samedi 2 février 2008

Lapsus télévisuel et corruption de la langue

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En direct à l’antenne, une jeune présentatrice de PRO 7, l’une des principales chaînes privées de télévision allemande (dans l'émission "Nightloft"), s’adresse à un téléspectateur qui a téléphoné : “Allons, tu dois être un peu enthousiaste, et ... travailler ... le travail rend libre”, suivi d’éclats de rire (“Ja aber komm, da musst Du ein bisschen enthusiastisch und... yeah arbeiten... Arbeit macht frei"). Cette répartie, d’où elle se trouve drôle, reprend le slogan qui surmontait la grille d’entrée de nombreux camps de concentration et d'extermination nazis. Cette présentatrice n’en savait sûrement rien. 

Ignorance satisfaite et béate de la présentatrice, qui s’excusera à la fin de l’émission invoquant le direct pour se justifier, "call-in Sendung" et “live moderation” ! Comme si le direct à bas prix donnait le droit de mettre et dire n'importe quoi à l'antenne.

Mise à jour 9 juin 2012 L'enregistrement de cette partie d'émission a été retiré de YouTube.

Au-delà de ces sinistres éclats de rire, tout ceci rappelle la force des mots, qui parlent à notre place, bien au-delà de ce que l’on pense. Car l’on parle toujours plus que l’on ne pense, surtout dans les médias. Et qui rappelle aussi le travail de “dénazification” d'une langue allemande empoisonnée que se proposaient, par exemple, le poète de langue allemande Paul Celan, mais aussi l’observateur méticuleux de la langue nazie, Victor Klemperer (LTI. Notizbuch eines Philologuen, 1957, Reklam Verlag, Leipzig). 

La langue est notre média de base, et les mots la matière première même des médias.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

chouette blog :) beau génitif hébraïque dans l'adresse du site