samedi 29 août 2009

anatomie d'une station de TV

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CBS4 est la station CBS du marché de Miami (Floride). Comme toute station filliale, elle diffuse la totalité de la grille du network national CBS et tous les écrans publicitaires. On dit qu'elle est "owned and operated" (O and O) à la différence de la majorité des autres stations membres du network qui sont affiliées.
Télévision gratuite, son modèle économique est exclusivement publicitaire. Sa régie (locale) commercialise l'audience de sa programmation locale (celle du DMA, N°16) ; l'audience des émissions nationales est commercialisée par la régie nationale du network, CBS.
A Miami, la station est associé à my33, station qui reprend la programmation du network MyNetworkTV, dans le cadre de "CBS is Always On" (sorte de duopole dans ce marché).

La régie commercialise également les audiences du site Internet de la station et celle d'un gratuit mensuel, The Adtimes Newspaper qui précise, en sous-titre, "News powered by CBS4.com", signature que l'on retrouve en pied de la plupart des articles du mensuel. Ce gratuit consacre plus du tiers de sa surface (64 pages) au rédactionnel. Distribué dans les supermarchés (CVS, Publix, Winn Dixies, Sam's Club), les multiplexes de Regal, des centres commerciaux, etc., représentant au total un potentiel de cinq millions de personnes.

Le site comporte des informations locales (avec flux RSS), du type faits divers, certaines en espagnol, des informations sur Cuba, l'île voisine, car la population immigrée cubaine est très nombreuse (près de la moitié de la population du DMA est hispanophone), des informations générales, la circulation et la météo, tellement  importante dans cette région d'ouragans .
Le mensuel gratuit suit la même ligne éditoriale et publie en insert un guide annuel dans lequel CBS4 conjugue tous ses médias, The CBS Hurricane Guide (en anglais et en espagnol).


Conclusion :
  • Un média total qui ne choisit ni les voies ni les rythmes d'accès de ses consommateurs à l'information : papier, internet, TV locales / immédiat et continu, mensuel, quotidien, etc. : à eux de choisir ce qui leur convient selon les moments.
  • Un ensemble d'outils publicitaires localisés permettant d'orchestrer la couverture pour un contexte rédactionnel et une zone de chalandise choisis.
  • Un média total autorise un médiaplanning sans médiaplanner. Faut-il un chef d'orchestre ? Faut-il une mesure 360°, si chère et si complexe, ou peut-on se contenter de laisser la main invisible du marché de l'audience se charger du plan média ?
  • La déclinaison du site en gratuit assure la couverture de la population non internaute ou qui n'ira pas chercher son information sur CBS4.com. Les deux médias, gratuits, sont complémentaires. Le gratuit contribue à la notoriété du site, donc de la station. Construction en cascade de la notoriété de chaque support.
  • Le modèle network articule local et national ; il donne au local tous les moyens de sa puissance. Il est déterminant dans la construction quotidienne de la puissance du média télé.

lundi 24 août 2009

Inserts publicitaire et presse quotidienne

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Les inserts (Free Standing Inserts, FSI ou preprinted inserts) appartiennent à la tradition de la presse quotidienne régionale du dimanche américain. Ils comptent pour plus de la moitié des pages diffusées par le "Sunday Paper" (cf. la rapide étude de cas ci-dessous à partir du Miami Herald, groupe McClatchy). Imprimés sur papier journal, formats divers, généralement plus courts : plus de 100 milliards d'inserts distribués par la presse américaine chaque année ! (photos d'inserts dans le Boston Globe).
Notre brève analyse montre pour ce numéro le quasi monopole publicitaire de la distribution locale/nationale. Pour l'essentiel, il s'agit de promotion (coupons, réductions de prix, etc.). On notera l'effet saisonnier de la rentrée scolaire prochaine (back to school).

Selon un sondage de MORI Research (pour la Newspaper Association of America, NAA, été 2009) auprès de 3000 personnes, 70% des américains déclarent lire régulièrement ou occasionnellement les inserts publiés dans la presse, et les préfèrent aux mailings. Beaucoup d'entre eux découpent et gardent les coupons (clipping). La NAA se fonde sur ce sondage pour montrer que la presse est un média d'action : "They [readers] are moved to take action by advertising in it". Les FSI ont une excellente réputation en marketing : bon marché, efficaces, association marque nationale et distribution locale, etc. Pour améliorer leur usage, et leur crédibilité, la NAA avec ABC (Audit Bureau of Circulation, l'équivalent américain de l'OJD) travaille depuis 2006 à un audit de la distribution de ces inserts (Insert Verification Service, IVS). Cf. un procès-verbal d'audit publié en ligne pour le Richmond Times-Dispatch.
Il reste à moderniser l'usage des inserts : le débat est en cours à la NAA (cf. "Inserts Revolution prompts Evolution"). Que peuvent devenir des inserts pour la presse diffusée sur Internet ? Quelle relation établir entre l'usage d'inserts (lecture, rédemption de coupons, etc.) et la visite de sites (pour l'instant peu messages encore renvoient à un site). Le couponnage électronique permet de rajeunir l'usage des coupons (cf. coupons.com, ou cellfire qui a développé une appli iPhone) auxquels la crise économique redonne de l'intérêt.

A ma connaissance, les inserts n'ont pas d'équivalent en France. Si tel est bien le cas, pourquoi ?

Etude de cas
Analyse rapide des inserts du Miami Herald du dimanche 17 août 2009
  • 289 pages de publicité insérée avec beaucoup de coupons. Accumulation d'images de produits avec leur prix et la réduction pratiquée par le point de vente.
  • 228 pages de journal (dont 67 pages de publicité : distribution surtout) réparties en 12 sections (sport, TV, Money,  Local and State, Travel, Neighbors, Issues and Ideas, Tropical Life, Home and Design, pour les principales en plus de la première section d'informations générales). Photo : les sections du Boston Globe.
Inventaires des inserts :
  • SmartSource : alimentation, coupons, 40 pages
  • Best Buy : électronique grand public, 24 pages
  • Chase banking : banque (carte grand format des agences de Floride en poster), équivalent 12 pages
  • JCPenney : grand magsin, habillement, 28 pages
  • CVS Pharmacie, coupons uniquement, 20 pages
  • Target : grande distribution de toutes sortes, 32p
  • kmart : grande distribution, équipement du ménage, habillement, hygiène, coupons, 23p
  • Macy's  :distribution habillement, cosmétiques, 16 p
  • Walgreens (edicion bilingüe) : distribtion, scolaire, pharmacie, hygiène, 16p
  • Sports Authority : distribution, équipement sportif, 8 pages
  • Verizon : téléphonie, 4 pages
  • Office Depot : distribution fournitures de bureau, électronique, papéterie, coupons, 12 pages
  • Publix : grande distribution, alimentation, équipement scolaire, 4 pages
  • GNC : produits diététiques, 4 pages
  • Miami Herald : autopromotion abonnement, 2 pages
  • ATT : téléphonie, 4 pages
  • redplum : distribution, grande consommation, coupons, 24 pages
  • Staples : fournitures de bureau, papéterie, 12 pages
  • Office Max : fournitures de bureau, papéterie, 4 pages

vendredi 21 août 2009

Mesurer la TV numérique

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La mesure de l'audience donne l'une des clefs de répartition des investissements publicitaires, mais elle donne également l'une des clefs de répartition des investissements dans les programmes (planification et achat dans les deux cas). L'audimétrie TV, mise en place depuis une trentaine d'années dans le cadre de la télévision analogique, aura été, et de très loin, le meilleur dispositif de mesure des audiences d'un grand média.
Mais le passage au numérique et l'expérience d'Internet suscitent de nouvelles attentes chez les utilisateurs : immédiateté des résultats, réactivité tactique, sélection pointue des contextes rédactionnels, ciblage par les comportements observés dans la longue durée, par les comportements langagiers analysés (Google, Weborama), etc.
On attend de la télévision aussi qu'elle innove, et suive ces mêmes voies.

Aux Etats-Unis, la grogne des télévisions et des annonceurs, rarement consensuelle, s'exprime régulièrement, publiquement. Récemment, une association s'est constituée pour promouvoir l'invention de nouveaux outils. Il s'agit surtout d'inciter Nielsen à plus d'innovation. Un peu de concurrence est toujours favorable à l'innovation (on dit que ComScore aussi travaillerait à un projet de mesure conjointe télévision / online). Les participants : les groupes des networks TV (NBC Universal, Disney/ABC, CBS/Viacom, News Corp./Fox plus Discovery et MTV Networks), des annonceurs (Procter and Gamble, ATT, Unilever) et des agences média (Groupe M et Starcom). Enjeu de cette "cooalition for innovative media measurement" (cimm) : 70 milliards de $ d'investissments annuels. Pour ce projet, cimm a recueilli 100 000 $ dollars de chacun des 14 membres comme droit d'entrée.

Plusieurs problèmes sont posés, plus ou moins explicitement, par ces participants.
  1. Les audiences non mesurées, donc non commercialisables, se multiplient. Ce n'est pas nouveau, seule l'est l'ampleur du manque à gagner pour les régies des chaînes et pour les vendeurs de programmes.
    • télévision consommée hors du domicile principal : résidences secondaires, hôtels, restaurants, etc. (les campus universitaires ont été intégrés dans le panel, il y a peu de temps)
    • télévision distribuée hors du foyer (out-of-home) : transports, lieux de vie et de commerce de toutes sortes (stades, centres commerciaux, salles d'attente, supermarchés, stations services, etc.)
    • télévision consommée sur des supports autres que le téléviseur : ordinateurs, iPhones, Googlephones, etc.
    • programmes distribués hors télévision linéaire : VOD (gratuite notamment), différés (catch-up TV, etc.). 
    • N.B. Les chaînes organisent elles-mêmes cette distribution tous azimuts : elles ne sont donc pas victimes, comme on le dit parfois, mais acteurs délibérés de cette évolution. Elles passent des contrats avec YouTube, avec iTunes, mettent en place leurs propres plateformes alternatives, développent leur présence systématique "out-of-home", etc.             
  2. Il faut distinguer la gestion opérationnelle de la mesure (gestion et audit des panels, développement de logicels d'exploitation, etc.) d'une part, et la recherche fondamentale et appliquée sur la mesure (audiences, compréhension et prévision des comportements), d'autre part. La première consolide et améliore les outils courants dans le cadre du paradigme actuel, "traditionnel", tandis que la seconde travaille à un paradigme nouveau, "révolutionnaire" (ceci étant énoncé dans la terminologie de T. Kuhn). La première est conservatrice par destination, la seconde se doit d'être "iconoclaste". A ce stade du développement télévisuel, elles sont l'une et l'autre indispensables, non contradictoires : Aussi, peut-on voir, par exemple, dans la même semaine, Time Warner (CNN, HBO, TBS, TNT, etc.) renouveler son contrat avec Nielsen pour 7 ans ET élargir son contrat de diffusion avec YouTube (que ne mesure pas Nielsen avec son panel TV). Cette distinction est structurante :
    • Trop de marketing quotidien dans la recherche la stérilise et la condamne à  un rôle de faire-valoir commercial (les trop fameux et très onéreux communiqués de presse). 
    • Trop de communication irréfléchie à propos des travaux de recherche (mal programmée, mal vulgarisée, mal ciblée) nuit à l'image de stabilité des outils (comparabilité, analyses diachroniques), image de confiance indispensable à l'action commerciale. Du coup, on fait taire la recherche au nom de l'efficacité commerciale.
Que ces deux dimensions restent plus ou moins confondues, dans la pratique et dans l'opinion, est contre-productif, tant pour la gestion commerciale que pour la recherche.
L'association nouvellement créée viserait les chantiers de recherche à ouvrir : ampleur, budget, objectifs, calendrier. La question budgétaire n'étant pas la moindre (cf. Apollo). Elle ne remet pas en question la mesure actuelle.
Un prochain appel d'offres concernerait deux chantiers de recherche primordiaux :
  • Un dispositif de mesure globale des audiences dispersées entre divers supports de la télévision dont la diffusion online (Hulu, YouTube, iTunes, Boxee, TVanywhere, etc.), la VOD, la télévision différée (time shifting) et la réception mobile (iPhone, etc.). "Source unique" ou "360°" réduits aux seuls supports de la TV (puisssance et duplication). Mesure multi-plateforme, multi-écrans, à la manière de TAMI (Total Audience Measurement Index) mis en place pour les J.O. par NBC .
  • Le recours aux bases de données collectées par les distributeurs (opérateurs télécoms, câble, satellite).
La propagation, à court terme, de ces débats vers les marchés télévisuels périphériques (Europe, etc.) qui dépendent des grands annonceurs internationaux basés aux Etats-Unis, est prévisible.
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mardi 18 août 2009

The Power of Shopping Lists


Back to school, back to basics at CVS.
When money is scarce, the financial future uncertain, people start making lists when shopping. Household shopper as cost killer.
Planned instead of impulse buying. When there is less money, people "pay" (with) attention : reading labels, comparing prices, etc.
A way to resist temptation by in-store marketing. Which in return forces in-store marketing to improve its techniques. A virtuous circle.

The CVS store (pharamacy + food, school supplies, cosmetics, etc.) surfs the trend and proposes a list for its customers doing Back to school shopping.



School supply list for 9 to 12 grades (secondary school in Europe). August 2009. N.B. Not everything on the list is sold in the store. No brand name, no CVS logo.

Walmart too proposes a store shopping list online (the same as for online supermarkets).

Of course there are iPhone / iTouch applications for shopping lists:

vendredi 14 août 2009

Trop de télévision pour les enfants ? Les malades de la dénonciation


Depuis des années, c'est de l'ordre des maronniers, revient dans la presse française la dénonciation de "l'abus de télévision". Comme d'habitude, on se réfère à une étude "médicale" pour légitimer et fonder en science cette dénonciation. La TV, on le sait, est coupable de tous les maux des enfants et adolescents : échec scolaire, pauvreté langagière, violence, sexisme ; agent pathogène, elle affecte le sommeil, le poids... Voici l'hypertension.

Quels sont les faits ?
La recherche mobilisée pour la dénonciation est publiée dans la revue Archives of Pediactrics & Adolescent Medicine (vol. 163, N°8, August 2009, pp. 724-770). L'objet de la recherche, tel que l'énonce le titre, est l'association entre sédentarité et tension artérielle ("Associations Between Sedentary Behavior and Blood Pressure in Young Children").
  • L'observation porte sur un échantillon de 111 enfants de 3 à 8 ans (54 filles, 57 garçons) ; elle dure 7 jours et porte sur trois variables :
  1. La tension artérielle des 111 enfants (systolic and diastolic BP)
  2. La sédentarité : elle est évaluée à l'aide d'un accéleromètre porté par les enfants à la hanche droite
  3. La durée de consommation d'écrans (screen time, soit TV, vidéo, jeu vidéo et ordinateur, mais pas le téléphone portable) : cette durée est déclarée, pour chacune de ses composantes, par les parents des enfants ("obtained via parent report"). 
    Notons l'écart de statut méthodologique entre les variables : les deux premières sont mesurées par les chercheurs eux-mêmes, à l'aide d'appareils assurant leur objectivité (en admettant que la participation à l'expérience ne perturbe les comportements observés et ne biaise pas les résultats) : en revanche, la troisième variable, la consommation de média avec écran est relatée par les parents dont l'objectivité est bien connue, tout comme la fiabilité des évaluations de la durée (ce que reconnaissent les chercheurs et que soulignent toutes les études rigoureuses du budget-temps).
    • Vient enfin le test statistique qui contrôle l'association entre tension artérielle et consommation de télévision (R²). Pour le tertile des moindres consommateurs de TV, l'association est statistiquement significative ([R²=0,32 ; P=0,001] pour la tension systolique, [R²= 0,23, P=0,002] pour la tension diastolique), sans toutefois que l'on puisse isoler les effets de comportements parasites tels que la consommation alimentaire durant la télévision. Si un enfant grignote des chips en regardant la télévision, c'est donc la télévision qui est en cause ! 
    •  Le seul point faible de la démonstration, mais c'est le plus important, est l'évaluation de la durée de consommation d'écrans qui constitue l'un des indicateurs de sédentarité. Durée quotodienne totale TV mesurée : 63 mn pour les filles, 84 pour les garçons (cette durée TV inclut DVD et vidéocassettes). 
    • La chaîne démonstrative vaut ce que vaut son maillon le plus faible (la mesure de la consommation de télévision) : elle est faible, voire trompeuse, si l'on vulgarise les résultats.
    • Ce travail comporte de nombreuses limites, la plupart sont mentionnées par les chercheurs eux-mêmes : pas de consensus sur un standard de sédentarité mesurée avec un accéléromètre, difficile appréciation de la durée consacrée à la TV, délicate définition de cette durée dans les domiciles où la télévision est toujours allumée, ignorance de certaines facteurs... Ce travail appelle une lecture circonspecte, entrant dans les détails, lecture incompatible avec le journalisme grand public (cf. l'appréciation des résultats des tests statistiques, par exemple). Vulgariser un tel travail est impossible, même pour un journaliste de talent qui aurait tout son temps et pourrait "éviter soigneusement la précipitation et la prévention".
    Pourtant, la conclusion ("inquiétante", souligne un magazine de TV rapportant l'article du quotidien racontant la recherche américaine) tombe sans hésitation, sensationnelle : la télévision provoque l'hypertension. Raccourci saisissant. Les chercheurs, prudents et circonspects s'en tiennent à l'association (corrélation) et n'évoquent pas de causalité.

    Dommage que l'on ne s'interroge pas sur les causes plus profondes de la sédentarité dans cette communauté rurale du Midwest américain où vivent ces enfants. Qu'y a-t-il d'autre à faire, quels sont les loisirs alternatifs dans cette commune pour de jeunes enfants (l'école s'achève en début d'après-midi, il n'y a pas d'école maternelle) ?
    Dommage que l'on n'évoque pas les milieux socio-économiques des familles, leur équipement culturel, le temps disponible des parents, leur propre consommation de télévision. Ce serait mettre en cause des politiques scolaires, familiales... suggérer des arbitrages budgétaires douloureux... Heureusement, il y a la télé, coupable idéal, formidable bouc-émissaire que  la presse aime dénoncer !

    jeudi 13 août 2009

    TV sans domicile

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    Dans les régions riches du monde, la télévision fourmille hors des domiciles sur-équipés pour que les annonceurs puissent suivre les consommateurs sur  des supports mobiles dans tous leurs lieux de consommation. Et dans la rue parfois, pour des événements sportifs, quand la saison s'y prête.
    Dans les régions pauvres du monde, où l'équipement au domicile est rare, la télévision s'installe hors du domicile pour rencontrer son plus grand public.
    En Afrique du Sud, des écrans 4x3m diffusent l'après-midi des programmes de télévision dans les parcs (14 parcs équipés, pour commencer). Les programmes reprennent des émissions diffusées par des chaînes du bouquet satellite DSTV. L'après-midi, émissions pour enfants, Disney (émissions importées). Les écrans sont allumés à partir de 14H, dès que la journée d'école est finie. En soirée, sport : football, rugby. 
    L'objectif est de permettre à la population démunie, pauvre, d'accéder à la télévision en toute sécurité : "TV to the people", c'est le slogan de Township TV (MTN Ekasi TV).
    Des parrains annonceurs, institutionnels, accèdent ainsi à une large notoriété et à une légitimité de service public. Les communautés locales peuvent ouvrir des stands pour la vente de boissons (pas d'alcool), de snacks, etc.
    Expérience collective, plein air. Spectacle gratuit, entièrement : il n'y a pas d'achat d'équipement à acheter, aucune barrière à l'entrée. De plus, la sécurité des personnes est assurée (l'un des droits de l'homme les plus aisément oubliés). 

    Cette offre de télévision collective remet en perspective les spéculations sur le "village mondial" ("global village") de Marshall. McLuhan (War and Peace in the Global Village, avec Quentin Fiore, 1968), "village  mondial" qui serait créé par la propagation des médias électroniques. Les très fastueuses dépenses que montrent au monde entier les retransmissions de la Coupe du monde de football fournissent une bonne occasion de remettre en chantier cette notion bein confuse.
    Grand écran HD au salon pour les uns, grand écran dans un parc grillagé pour d'autres : il y a plusieurs demeures dans le "village mondial". Mais y-aura-t-il un seul et même message diffusé, indifférent aux conditions de réception ? Une science des médias, si un tel projet a un sens, doit critiquer cet apparent paradoxe : écarts dans les conditions de réception / unicité du message. La variation du contexte commercial mène à un début de réponse : il n'y a pas de message unique, universel. La publicité s'adapte à la réception, au contexte de consommation.
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    mardi 11 août 2009

    Publicité numérique dans le métro


    DMG (Digital Media Group) est une entreprise spécialisée dans l'installation et la gestion des écrans plasma dans le métro des grandes agglomérations chinoises (Beijing, Shanghai, Chengdu, Hong Kong, Chongqing, etc.). Les écrans sont placés dans les voitures et sur les quais. Près de 5 000 écrans ont été installés jusqu'à présent.

    Le dernier en date à être équipé est le métro de Nanjing (ligne 2) avec des écrans de 19 pouces dans les voitures et de 103 pouces sur les quais de correspondance. Des écrans sont également associés aux automates d'achat (Automatic Fare Collection) pour donner aux passagers des infos sur les horaires, la sécurité, les directions, la météo...
    DMG inaugurera un nouveau mobilier à Beijing (ligne 4) en septembre 2009, Beijing où le métro compte déjà 2 300 écrans (dont 1700 de 17 pouces dans les voitures,  470 écrans sur les quais de 42 pouces et des grands écrans de 103 pouces). DMG travaille à la mise en place de systèmes interactifs recourant au Bluetooth et au Wi-Fi grâce auxquels les passagers accèderont à toutes les informations souhaitées sur leur téléphone portable. Les possibilités d'innovation ouvertes au marketing sont nombreuses.

    DMG réalise également des sortes de soap operas sur mesure, dits "地铁媒体剧", concisément et joliment traduit en anglais par "sub opera". Ces sub operas au format court sont diffusés sur les écrans du métro en Chine et à Singapour. Chaque épisode, qui dure deux minutes, est parrainé ; le premier sub opera, "A Sunny Day" fut parrainé par Starbucks. Un documentaire anniversaire est en cours de réalisation, selon le même format, sur les 60 années de la République chinoise avec des contributions de la population ("我 的 六 十年", "My 60 Years").

    Le métro chinois réussit donc à orchestrer, en une innovation média totale exemplaire, recherche technologique, recherche marketing et création de fiction. Succès de communication : toutes les grandes entreprises utilisent ce média, supérieur, pour tous les critères publicitaires, à l'affichage papier. Plus écologique aussi, moins polluant. Supérieur aussi pour ce qui est de l'intérêt des passagers qui bénéficient d'un système efficace et esthétique d'information et de divertissement.

    Service public et financement du métro y trouvent leur compte.

    vendredi 7 août 2009

    Points de vente pour la presse gratuite


    Non seulement des gratuits de toutes sortes (information, consumer magazines, B2B, etc.) éclosent dans tous les catégories de presse mais ils ont aussi de plus en plus souvent leurs propres points de distribution collective : restaurants, boulangeries, centres commerciaux... Avec leurs présentoirs.
    Cf. Ci-contre, un présentoir dans un restaurant Lina's (Paris) avec des titres consacrés à l'automobile, à l'économie, à la BD, à l'immobilier de luxe, à la finance et, bien sûr, un hors-série anniversaire du magazine de Lina's.
    Au-dessous, gratuits (free publications) dans un multiplexe américain, Regal (Miami).

    Difficile de ne pas y lire une défaillance de la presse. Quelle défaillance ? Bloquée dans des habitudes professionnelles surannées, cimentées dans le manichéisme d'un paradigme ancien, la presse est lente à digérer les changements de mode de vie (aménagement du territoire, emplois du temps, commerce, etc.) et ne les incorpore qu'en rechignant, bricolant à la marge un modèle sacralisé.
    Le passé de la presse étouffe ses avenirs. Défaillance nécessaire d'un vieux média donc, défaillance positive, seule à même de fonder les places et les fonctions actuelles de la presse.

    La fonction d'information et de divertissement de la presse semble à reconfigurer : les modes de distribution, la division du travail entre payant et gratuit, entre numérique et papier sont à recomposer, à réorchestrer : protéger des métiers anciens n'aide en rien. Le papier et le payant ne constituent qu'un cas particulier d'un modèle plus large ; plutôt considérer cette transformation en termes d'englobement qu'en termes d'antagonismes.
    Ni le payant ni le papier ne sont condamnés. Leur place, leur rôle sont à inventer dans un concert inouï de médias et de besoins d'information. Cest le marché qui se charge de l'innovation et de l'entrée dans le nouveau paradigme, à coup d'innovations limitées, heureuses et malheureuses. D'où l'importance d'un marché ouvert, flexible, clair.

    N.B.  Depuis le début de l'année 2009, en un semestre, plus de 360 nouveaux titres (dont 10% de gratuits), et deux fois plus de hors-série. Sans compter les sites correspondants. (Source : Base Presse MM). Signe d'un média créatif.

    jeudi 6 août 2009

    Eurosport for iPhone

    Eurosport just launched an iPhone application (designed by Backelite).
    It is free. What do we get ? Four sections for each sport: Headlines, in brief, Live and results. Everything can be filtered by sport: football, rugby, tennis, bikeracing, skiing, etc. The headline "Live" looks promising but it is not live video, only the simple scores of an ongoing sporting event.

    Customization is possible; once you discover how to do it. You can choose the country (among major countries of Europe and China but not the USA or India). Select a country, and its language - only one - follows: if you choose Germany, everything is in German (you cannot have it in Italian or French). Regardless of the country chosen, the sports offered are the same: you cannot get ping pong if you choose China. But you get Bundesliga (German soccer) with Germany and Calcio (Italian soccer) with Italy. You can also set a link to Facebook account to share results blow by blow with "friends".
    This iPhone application is a perfect tool for sports fans : simple, always on, always within reach. Short news, concise. If you want more, go to the net, and if you want to watch, there is TV, which has a de facto legal monopoly when it comes to sports.
    • Although Eurosport is an international TV network (owned by French Group TF1), there is no link of any kind to the network's TV programs, not a single word.
    • How about competition? The major international competition for Eurosport is ESPN; the American TV sports group (Disney) has already launched many applications for iPhone, only aiming at American football fans. Until now.
    • But since ESPN is invading European soccer the situation might change soon. ESPN is now on Freeview, the digital terrestrial platform in UK (DTT) and on BT Vision (IPTV). This follows the buying of soccer rights from Setanta Sports (our post from July 5, 2009). ESPN will certainly publish an application for British soccer.
    • No application from either of these operators for android. The iPhone has a  huge competitive advantage from its rich and diversified application store. android lags far behind for the time being.