mardi 22 mai 2012

Vendre Internet au kilo octet

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Comcast, depuis longtemps déjà, cherche un modèle économique pour la commercialisation de l'Internet.
Comcast est un groupe média complexe et tentaculaire qui réunit aux Etat-Unis : des stations de télévision (O&O), deux networks nationaux (NBC et Telemundo), des chaînes thématiques, des sites Web et des studios (Universal). C'est aussi le premier câblo-opérateur américain (MSO) et le premier fournisseur d'accès Internet (FAI).
Comcast est l'une des premières puissances du marché média américain : ses prises de position sur le marché sont suivies avec attention et circonspection, d'autant que la FCC a autorisé la fusion Comcast / NBC sous réserves que soient respectées certaines conditions anti-concentration draconiennes.

S'inspirant des modèles économiques de la téléphonie, Comcast teste de nouvelles politiques des prix pour Internet.
Depuis 2011, les abonnés haut débit qui consommaient plus de 250 GB voyaient leur abonnement interrompu. Dorénavant, au-delà d'un certain forfait (300 GB, sans distinction de source, donc téléchargement pour Netflix et Skype inclus), l'abonné serait facturé (10$ par tranche de 50 GB ?). Cf. Blog de Cathy Avgiris qui dirige ce secteur pour Comcast.
Depuis 2008, l'abonnement inclut tous les contenus fournis par l'opérateur sur le câble (XFinity) mais pas les contenus transitant par Internet comme NBC.com, Hulu mais surtout Netflix ou YouTube.
Discrimination, disent certains, dont Netflix, qui en appellent à la FCC au nom de la neutralité du net.

Quel modèle économique pour le haut débit ?
Il semble impossible de concilier abonnement illimité et prix limité, qu'il s'agisse d'Internet ou de téléphonie. Faut-il traiter également tous les contenus ? Faut-il laisser les opérateurs gérer leur politique des prix à leur manière ? Qu'est-ce qui relève d'obligations de service public dans cette affaire ? Le développement de services de VOD tels que YouTube ou Netflix, Vudu ou Amazon, oblige les opérateurs à anticiper. Pour Comcast ou Time Warner, les problèmes sont d'autant plus cruciaux et sensibles que ces MSO sont à la fois fournisseurs d'accès et de contenus. Les opérateurs de téléphonie ne manqueront pas d'être concernés également.

Le président de la FCC, l'organe réglementaire américain a fait connaître son point de vue, favorable à un prix basé sur l'utilisation : "Usage-based pricing would help drive efficiency in the networks”. Une bataille commence.
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6 commentaires:

Bird_face a dit…

Il est intéressant de voir comme le monde est cyclique, Internet avait commencé avec des abonnements limités en nombre d'heure pour se tourner vers l'illimité pour retourner à une limite en volume.
Internet est un véritable vecteur de croissance et la question de la fin de la neutralité de celui-ci devrait être un débat public puisque les conséquences se feront ressentir partout, et non seulement au sein des fournisseurs de contenus ou des heavy users.
Enfin, si limitation il y a, il sera nécessaire de développer des systèmes de comptage des volumes indépendants et fiables, qui sait aujourd'hui combien de GB il consomme?

Alizée CHRETIEN a dit…

Je ne suis pas du tout pour le fait de payer internet selon ce que l'on consomme. Les utilisateurs ont le droit d'utiliser librement internet, pour le président de la FCC qui pense qu'un "Usage-based pricing would help drive efficiency in the networks” est pour moi en aucun cas la meilleure des solutions.

dan a dit…

Les tarifes selon les différents abonnements deviennent de plus en plus des moyens de marketing ou de pressions concurrentielles. Un bon exemple en Europe, plus particulièrement en France, est l'entreprise "Free" qui a délibérément cassé les prix en tant que stratégie commerciale, obligeant ainsi les autres opérateur à faire de même.

Ce calcule des tarifs est étroitement lié aux coûts engendrés par l'infrastructure du réseau Internet/téléphone, qui est jusqu'à présent supportée en grande partie par les opérateurs. A côté de cela, les intermédiaires offrant des services les plus variés, jouissent de cette infrastructure sans y contribuer. Ils en dégagent de grandes marges par rapport à leur investissement. La réflexion nous amène au principe de "neutralité du net". En d'autres termes, il s'agit de trouver un équilibre, basé sur une discrimination positive. Le principe serait de facturer l'utilisation du réseau proportionnellement à l'utilisation de celui-ci: un moyen permettant d'équilibrer les coûts engendrés par l'infrastructure d'Internet. Ceci aurait bien évidemment une répercussion sur les tarifs des abonnements téléphoniques ou encore sur les raccordements internet.

Benjamin Ferre a dit…

Il est intéressant de voir comment les idées d'il y a dix ans refont aujourd'hui surface.
En effet Jean Marie alias J2M, croyait en l'entreprise créatrice de contenue et diffuseur, modèle que beaucoup d'entreprise ont ensuite intégré ! A cette même époque une entreprise américaine répondant au nom de Enron à voulut faire du trading et vendre de la bande passante (cf : Enron the smartest guys in the room et Le nouvel âge du capitalisme de E.Cohen). Ce n'est pas en soit une innovation majeur que de vouloir vendre des kilos octet, mais la différence est qu'ici ce soit à destination des particuliers. Je ne suis pas certain de voir la cohérence de l'offre étant donnée qu'aujourd'hui l'heure est au tout illimité...

Patrick P. a dit…

Faire payer l'internaute par rapport au contenu et oublier l'illimité.. ?
À mon avis, cela veut dire la mort d'Internet… en tout cas la fin de certains principes qui font ce qu'est l'Internet.
Si l'idée est de lutter contre le téléchargement illégal et protéger la propriété intellectuelle, il y a sûrement d'autres moyens à envisager…

L'année dernière certaines informations circulaient déjà en Amérique du Nord sur un changement de modèle économique pour la distribution d'Internet. Des employés de Bell Canada et de Telus avait confirmé que les providers étaient en train de s'entendre pour limiter l'accès Internet avec un modèle similaire à celui de la TV et de ses forfaits par bouquets de chaînes. Aussi le blocage de sites non inclus dans les forfaits d'accès à Internet auraient commencé et les grandes corporations se prépareraient à la chose...

En fait l'idée c'est : ce que vous pouvez consulter sur Internet dépend de votre forfait. Ainsi plus vous payez, plus vous avez accès à un grand nombre de sites… Mais ça veut dire la disparition d'une quantité de sites qui n'auront bien sûr plus de visiteurs. Si de telles limites sont posées, ça veut dire aussi de la censure et du filtrage, de la discrimination et la fin de la liberté et d'un espace d'échange et de circulation d'informations…

J'espère que ce désastre n'arrivera pas...

Quelques documents intéressants sur le sujet :
- http://www.dailymotion.com/video/x5wtsu_2012-la-mort-d-internet_news
- http://www.numerama.com/magazine/19348-la-mort-d-internet-se-confirme-un-peu-plus-a-bruxelles.html

Kad Ars a dit…

Il y a bien u risque de « saturation du réseau » avec le développement de l’internet mobile. Avec les smartphones on utilise de plus en plus de gros contenus comme la vidéo et cela occupe les bandes passantes. Ce pour cela il faudrait investir dans la fibre optique, réseau 4G, etc. Mais une solution moins onéreuse serait de gérer la pénurie en répartissant la bande passante en fonction de critères discriminatoire. Cette solution irait à l’encontre de la « net neutralité ». Car internet est dans l’esprit des internautes un espace libre, créatif et illimité. Et aussi une source d’innovation.

Plusieurs types de discriminations possibles
• Sur les récepteurs : les opérateurs peuvent être tentés de garantir un débit minimal.
• Sur les émetteurs : les fournisseurs d’accès favorisant tel ou tel site, en offrant un accès plus rapide que chez le concurrent
• Sur les contenus : bloquer certains sites ou limiter les contenus qui utilisent trop de bande passante
En mai dernier, le président Obama s’est même « engagé à défendre la neutralité de Net ». (vidéo)

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=fwkwO6Hz27g

Arslan Kadir Unifr