samedi 31 octobre 2015

Câble et téléphonie mobile aux Etats-Unis : stratégie Wi-fi


Comcast, ainsi que d'autres opérateurs du câble américain, se rapprochent de la téléphonie. En passant par le Wi-Fi. Devant la perspective de chute des abonnements (cord-cutting), les MVPD envisagent une nouvelle source de revenus : le quad play qui associe Internet, TV, téléphonie fixe et mobile comme le fait déjà AT&T avec DirecTV. Ayant dû renoncer à la fusion avec Time Warner Cable, Comcast s'oriente vers une nouvelle voie de croissance.

Comcast vient d'annoncer son intention d'exercer l'option de MVNO avec Verizon ; suite à un accord avec Verizon Communications, signé en 2011, des tests pourront commencer 6 mois après cette annonce, la commercialisation du service dans un an. Dans ce cas, Comcast revendrait un service de téléphonie mobile basé sur le Wi-Fi accessible dans ses zones de couverture (WiFi-first phone). Comcast déclare disposer de 11,7 millions de hot spots Wi-Fi publics aux Etats-Unis.
Là où il n'a pas de Wi-Fi, Comcast pourrait revendre les services de Verizon ou de Sprint.
Time Warner Cable, au titre du même accord, pourrait exercer la même option.

Par ailleurs, les détenteurs de fréquences terrestres (broadcasters), dont les stations O&O de NBCU, peuvent revendre une partie de leurs fréquences à la FCC (reverse auction) qui, à son tour, pourra les revendra aux enchères aux opérateurs de téléphonie mobile (forward auction).

De son côté, le câblo-opérateur américain Cablevision (que vient de racheter Altice) a déjà mis en place un service mobile mais uniquement basé sur le Wi-fi, depuis février 2015 (Freewheel, 9,95 $ / mois pour les abonnés de Cablevision, 29,95 $ pour les non abonnés). Cablevision dispose de 1,1 million de hotspots.
Et Google ? Google travaille à une option semblable, Project FI, montée avec les opérateurs de téléphonie Sprint et T-mobile ; sa technologie permet à tout moment de sélectionner la connection la plus adéquate.

L'entrée des MVPD (Multichannel Video Programming Distributors) sur le marché de la téléphonie mobile constitue évidemment une concurrence inquiétante pour les entreprises de téléphonie. Elle peut constituer une incitation à des fusions entre MVPD et téléphonie. Pour l'appréciation de la concurrence dans le secteur, voir la FCC : Mobile Wireless Competition Report, 17th Annual Competition Report, December 18, 2014.

3 commentaires:

Adrien Lemire a dit…

L'entrée des MPVD sur ce marché possède un avantage important : celui de la stimulation concurrentielle. Compte tenu du prix des abonnements à la téléphonie mobile aujourd'hui aux États-Unis (aux alentours de 40 dollars pour un abonnement semblable aux nôtres qui sont à moins de 20€), l'arrivée de nouveaux opérateurs sur le marché risque d’effrayer les opérateurs déjà bien installés, favorisant ainsi la baisse des prix et surtout l'innovation si ces opérateurs actuels de téléphonie mobile souhaitent rester "indépendants". L'inconvénient premier de ces nouveaux services est celui de favoriser encore plus la diversification des servies proposés par les grands groupes de l'audiovisuel, renforçant ainsi leur pouvoir. I est probable qu'à long terme, leurs moyens d'actions étant beaucoup plus développés, ils "engloutissent" les opérateurs de téléphonie mobile. Ainsi, même si, à court terme, les projets sont bénéfiques pour le consommateur, le seront-ils à long terme pour le marché ?

Sophie Munck a dit…

M. Mariet,

Ce qui m'intrigue dans cet article c'est le basculement de l'accès au réseau mobile quand des opérateurs du câble américain se rapprochent de la téléphonie. Désormais, la connexion se fait par internet sans fil, wifi, et non plus par les réseaux cellulaires. Toute l'architecture du réseau mobile est alors remise en cause. Que feront-on des réseaux coeurs ? Des fréquences porteuses ? Quid du lancement de la 4G et de la 5G ? Pourquoi investir autant si finalement les grandes entreprises investissent dans le wifi?

Concernant les hotspots wifi que vous mentionnez. Cablevision en dispose de 1,1 million et Comcast 11,7 millions aux Etats-Unis. C'est grâce à ces bornes que le nouveau réseau se mettra en place d'après les prévisions. Mais je me demande si bientôt, ces grandes entreprises ne vont pas profiter des boxs de ses clients qui sont éparpillées dans le pays. Je m'explique. Si le nouveau réseau se fait en grande partie par le wifi, pourquoi investir autant dans la mise en place de hotspots publics si l'opérateur peut, de manière très discrète, profiter du réseau qui est déjà existant grâce à ses clients ? Si c'est le cas, nous arrivons à une nouvelle architecture du réseau où le client est comme une antenne ou une borne du réseau qui émet les fréquences nécessaire pour que les individus communiquent entre eux. Mais le paradoxe est que ce sont ces clients-là qui payent pour avoir ce réseau, qui peut potentiellement être exploité à leur insu. L'entreprise serai gagnante gagnante dans ce cas de figure puisque elle est payée pour déployer et développer son propre réseau. Etrange non ? Pensez-vous que cela peut arriver ? Le quad play proposé par les MPVD qui font des accords avec des entreprises de téléphonie mobile pourrait-il en arriver à là ?

Amaury Tiacoh a dit…

Il est intéressant de remarquer le modèle que semble prêts à adopter ces "nouveaux" opérateurs de télécommunication. Sur la forme, cela ressemble assez au modèle préconisé par des applications du type What's App et Viber. Leur avantage essentiel repose dans la présence d'une base de consommateurs qui peut être transformée en nouveaux abonnés et c'est intéressant de voir cette nouvelle alternative aux opérateurs historiques. En revanche, il s'agit d'un modèle qui dépend fortement de la démocratisation d'internet, cela va donc créer un désavantage entre certaines zones : il marcherait donc dans des zones très connectées mais moins dans des endroits avec une forte fracture numérique. Sur le fond en revanche, on a un paradoxe sur le montant de l'investissement de départ qui sera plus faible, mais pire : on se base sur la technologie Wi-Fi, un technologie qui est présente avec l'investissement réalisé par d'autres opérateurs... Comment rétablir un entre opérateurs anciens et nouveaux opérateurs si l'activité de l'un dépend essentiellement de l'infrastructure développée par l'autre ?