mercredi 28 mars 2012

Télé en France. Rien de neuf

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Il y aura donc, en France, six chaînes commerciales de plus, à portée nationale. Toutes les autorisations ont été affectées à des groupes média déjà dominants. Toutes proposent des formats qui, peu ou prou, existent déjà, notamment dans le secteur public (France Télévisions) : sport, famille, musique, enfants, documentaire (cf. portraits des "mieux-disants"). On a beau s'y attendre, comment ne pas être déçu ? Alors qu'ailleurs les médias vivent au rythme des startups, des accélérateurs, de l'incubation et, finalement, de l'innovation risquée, en France, on semble avoir privilégié la monotonie, la conservation, le déjà vu. Pour rationaliser cette décision, on évoque l'extension de la HD et la création dite patrimoniale. Rien de bien nouveau sous le soleil télévisuel.

Mais, la "diversité" ? Parlons diversité : aux Etats-Unis, se développe la télévision visant les cultures et langue "hispanic". Rien de tel en France : toujours pas de berbère (tamazight), pas d'arabe... Et si peu de langues de nos régions. Les langue ne sont-elles pas diversité ? Quant au local, formidable multiplicateur de diversité, local et micro-local (LPTV) par lequel, aux Etats-Unis, transite la moitié des investissements publicitaires TV, il reste presque inexistant (hors France 3). Exception française ?

Le financement des nouvelles chaînes sera exclusivement national et publicitaire, puisant au même gisement que les chaînes "historiques". Mais rien n'indique que, grâce à ces nouvelles chaînes, les revenus publicitaires TV augmenteront significativement pour les groupes concernés. L'offre de télévision d'intérêt publicitaire est déjà importante dans les secteurs recherchés par les annonceurs visant les grands publics (FMCG) : divertissement et sport. On parle de 1 à 2 % de part d'audience, sans doute sur-estimée, par chaîne nouvelle et de 5 à 7% de part de marché publicitaire. D'où viendront les revenus nouveaux ? De la télévision, sans doute. Comment évolueront les prix de l'espace avec une offre TV plus dispersée et une demande qui ne s'accroît guère ?

Alors, rien de neuf ?
Si, si ! On apprend, mais c'est sans rapport, coïncidence malheureuse, que l'INA a confié la diffusion de ses archives à Google (via YouTube). Voilà qui ne manquera pas à terme de concurrencer les chaînes nouvellement créées, dès lors que cette télévision sera connectée au Web et, par conséquent, à Google. YouTube "se réjouit". A juste titre.
Comprenne qui pourra...
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8 commentaires:

@AnneSoBB a dit…

Après la numérisation des archives de la BNF en 2009, maintenant la prise en charge des archives de l'INA par Youtube : Ou quand la mémoire française travers l'Atlantique ...

Guyonne Mazeau a dit…

Au sujet de cette coïncidence, peut être la taxe-t-on de "malheureuse" trop vite. En effet, à l'heure de la mondialisation et de l'internet, pourquoi s'attarder sur des querelles patriotiques?
L'objectif est que ces archives puissent être regardées par le maximum de personnes. Rationnellement il est donc logique pour l'INA de se tourner vers Google pour leur diffusion!

En somme, ce commentaire est juste une alerte pour dire qu'il ne faut pas que l'"exception culturelle" dont on se vante tant devienne un prétexte au dénigrement de ce qui n'est pas français. La France a une culture, les Etats-Unis aussi, et tous deux, ensemble, en ont une nouvelle à construire.

Guyonne Mazeau

Hind_Benhamida a dit…

Je suis d'accord avec Guyonne. Pourquoi ne pas s'enrichir des autres cultures? D'autant plus quand ces "cultures" vivent en France depuis des décennies.

Raluca Mocanu a dit…

L'approche des six chaînes commerciales françaises est loin d’être valorisant, au contraire, dévalorisant. La thématique des émissions est monotone, linéaire et manque d'esprit novateur. Les chaînes TV des Etats-Unis privilégient la diversité culturelle, tandis qu'en France cela est presque inexistante dans les programmes.
Il est à remarquer que les nouvelles chaînes auront les mêmes sources de financement, nationales et publicitaires sans assister à une hausse de la qualité. Dans ce même contexte, Google est en train d’élargir le streaming en-ligne, et toutes ces chaînes seront connectées au Web, ce qui entrainera la concurrence entre les médias.

Jarvis Msdg a dit…

On se demande à la lecture de cet article d'où provient la demande de création d'une nouvelle chaine sur la TNT.

Certainement pas du côté des téléspectateurs qui voient l'offre s'étendre pour un contenu similaire. Les groupes y gagneront relativement peu en recettes publicitaires. Le législateur? La concurrence n'est pas renforcée puisque les chaines accordées appartiendront à des groupes média importants.

Va t'on vers une diminution globale des prix pour les espaces publicitaires télévisuels avec cette hausse du nombre de chaines? Microéconomiquement, le raisonnement se tient jusqu'à ce que l'on observe les possibles chiffres d'audience de ces futures chaînes, îlots de désolation télévisuelle.

Ou alors bien au contraire est-ce un moyen de niveler les prix de l'offre d'espace pour intégrer plus d'annonceurs à la télévision?

Aurélie Chanier a dit…

Il est vrai qu'à priori ces 6 nouvelles chaînes ne vont rien apporter de neuf. Mais on peut emmètre un petit bémol. En effet, certaines de ces chaînes, entre autre HD1 pour la fiction et RMC découverte pour le documentaire, souhaitent avoir des engagements significatifs dans la production française. A l’heure où la production de documentaires augmente et est apprécié du grand public et à l’heure où les français ont un engouement relatif vis-à-vis des fictions française comparées aux fictions américaine, on peut espérer que ces chaînes vont jouer un certain rôle pour dynamiser la production française !!

Charles_226 a dit…

Concernant le concept de diversité culturelle je pense qu'il faut prendre en compte les spécificités de la France et des États-Unis

En témoigne Frédéric Martel, écrivain et journaliste français, qui soulignait le paradoxe des rapports franco-américains.

Les États-Unis défendent la diversité culturelle dans leurs pays essentiellement sur un
fondement ethnico racial mais contribuent à un hégémonisme de leur culture en refusant
notamment de signer la Convention pour la diversité culturelle mise en place par l'UNESCO.
La culture américaine est aussi la plus diffusée dans le monde. Pour autant les américains ont
très peu accès à l’univers culturel des autres pays.

A l’inverse, la France qui défendait l’exception culturelle a signé la convention reconnaissant
la diversité culturelle à l’étranger. Elle devrait donc aujourd’hui en appliquer le concept sur
son territoire, pour autant elle défend la primauté de l'identité nationale, et continue à l’heure actuelle à mener une politique protectionniste et de défense de la
langue française.

Difficile de savoir si un compromis serait possible entre les deux systèmes mais cela pourrait constituer un développement intéressant pour la défense de la diversité culturelle.

Laura Valentin a dit…

En France, la promotion de la diversité culturelle à la télévision semble être dévolue au service public de l’audiovisuel (Arte, France 24, TV5 Monde). Le Cahier des charges de France Télévisions comporte en effet certains articles qui s’y réfèrent : article 37 sur « la représentation de la diversité à l’antenne », article 50 sur « l’intégration des populations étrangères vivant en France ». Pourtant, hormis France O, « chaîne de la mixité et de la diversité culturelle », aucuns moyens ne semblent être mis en place pour aller dans ce sens, et France O apparait davantage comme une chaîne permettant aux pouvoirs publics de se dédouaner de ne pas mettre plus de « couleur » à la télévision.

Ce que dit Charles sur la France qui a signé la convention reconnaissant la diversité culturelle à l’étranger tout en n’en appliquant pas le concept sur son territoire est tout à fait pertinent, car paradoxalement, l’Etat français ou encore des acteurs privés français n’hésitent pas à participer à la création de chaînes étrangères ; ainsi la chaîne marocaine 2M était gérée à ses débuts par la Sofirad et le groupe TF1, la chaîne maghrébine Medi 1 TV a été créée par les pouvoirs publics français (sur une volonté de J. Chirac) et marocains, la chaîne de télévision d’information internationale Africa 24 est éditée par la société Afrimédia basée en France, etc.

Par ailleurs, les acteurs privés n’ont peut-être pas forcément envie de se positionner sur un tel marché : lancer une chaîne destinée à des communautés ethniques quand on connait le peu de succès qu’ont rencontré des chaînes comme TV Breizh ou encore Pink TV (qui ciblait une minorité), peut paraitre risqué. De plus, ils peuvent aussi redouter une trop forte concurrence de la part des nombreuses chaînes étrangères diffusées sur le câble telles que RTPI, TVEI, RTR Planeta, CCTV-4, Al Masriyah, Canal Algérie, etc.