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lundi 6 mai 2019

The Big Bang Theory : c'est la dernière séance


La série TBBT qui finit par s'achever fait la une d'un numéro de l'hebdomadaire Entertainment Weekly , "The Ultimate Guide to the Big Bang Theory", $13,99, publié par  Meredith Corp. en mai 2019.

Le tournage du dernier épisode (qui dure une heure) de la plus longue des séries multi-caméra de la télévision américaine vient de s'achever en présence du public. 279 épisodes pour CBS, le network national, produits par WarnerMedia. Immédiatement après le dernier épisode (le 16 mai 2019), CBS diffusera une sorte de rétrospective de 30 minutes, "Unraveling the Mystery: A Big Bang Farewell", animée par deux des acteurs, Johnny Galecki et Kaley Cuoco.

Succès d'audience en prime time depuis 12 ans, donc succès publicitaire pour ce média traditionnel (legacy), nombreuses nominations pour des Emmy Awards et les Golden Globe. Entre la première diffusion et la rediffusion en syndication (reruns sur TBS depuis 2011, en exclusivité, et sur de nombreuses stations, dont les stations O&O de Fox), le succès aurait rapporté gros, y compris aux acteurs de la série, dont les revenus seraient comparables à ceux des acteurs de "Friends" (NBC).

Conclusions ? 
  • Alors que commencent les ventes publicitaires (upfront market), le modèle télévisuel le plus traditionnel, network national de stations locales puis syndication, semble encore fonctionner et les annonceurs américains s'y engagent toujours. Bien sûr, les audiences ne sont plus ce qu'elles furent, bien sûr l'audience se répartit autrement dans la durée, bien sûr la consommation en streaming (OTT) ne compense pas l'érosion de la diffusion linéaire et des MVPD (cord cutting et cord shifting). Mais, pour une marque, rien ne vaut une série comme TBBT, pour sa puissance sur une une cible large de consommateurs. 
  • La diffusion en syndication off-network (second marché télévisuel, broadcast et chaînes câble satellite) continue de bien se tenir, de même que les ventes à l'étranger qui, depuis des années, en font une série télévisuelle presque mondiale.
  • TBBT a été produite et lancée avant la réussite du streaming, avant l'ère de Netflix et Amazon Prime Vidéo et de la vente directe aux consommateurs : qu'en sera-t-il dans le nouveau marché de la vidéo, marché dit parfois "flixocalyptic" ?


Références
"The Big Bang Theory : des hommes savants, des geeks ridicules", Media Mediorum, octobre 2016.

lundi 28 mai 2018

SyncBak, et la télévision locale américaine est connectée



Voici, avec SyncBak, le début de la télévision connectée pour les programmes locaux américains.
En mai 2018, la plateforme de streaming SyncBak a lancé SBTV, un service qui permet aux stations locales de télévision de diffuser leurs programmes OTT (over the top) sur tout support numérique (cf. copie d'écran de l'appli iOS, ci-contre). La maxime de SBTV est "Live streaming made simple", simple pour le stations émettrice et simple pour les téléspectateurs.
  • Pour les stations, la diffusion des programmes par Synbak est gratuite.
  • Les émissions sont gratuites pour les téléspectateurs, le financement étant assuré par la publicité. SyncBak recourt à l'insertion publicitaire dynamique (DAI, Dynamic Ad Insertion) avec adSync.
  • Les programmes sont syndiqués et mises à disposition sur une place de marché (Cloud Syndication Marketplace) ; ils sont accessibles à la demande (VOD) ou en direct avec SimpleSync.
Ce dispositif permet aux stations d'être accessibles hors de leur DMA d'origine, lorsque les droits le permettent donc cela ne peut concerner ni les programmes du networks - pour les stations affiliées à un network ou lui appartenant (O&O) ni les programmes qui sont achetés par une station sur le marché de la syndication.
Quel est le fonctionnement ? L'appli localise d'abord le téléspectateur ; pour des raisons de geo-fencing, celui-ci doit se trouver sur le territoire américain. Ensuite, le téléspectateur doit rechercher le marché (DMA) qui l'intéresse afin de se connecter aux programmes des stations de ce marché, dans leur version hors marché (out-of the market version). 

Disposer d'un accès aux stations locales distantes (hors marché) peut s'avérer importante pour une population mobile, qui déménage souvent et reste attachée à son marché d'origine (c'est un problème que la presse régionale connaît bien). Mais pourquoi appliquer un geo-fencing national aux programmes locaux ou hyper-locaux d'information ? Il semble que ce soit pour des raisons publicitaires... On peut certes le comprendre pour les droits sportifs, mais pour l'actualité locale ?

Les services recourant à SyncBak représentent d'ores et déjà 196 DMA (sur 210, soit 98% des foyers TV américains) ; les principaux groupes de télévision (broadcast) participent. Gray Television, qui compte une centaine de stations dans 57 DMAs, a été le premier groupe à y recourir. SyncBak est utilisé aussi par des virtual MVPD (Multi Video Programming Distributor) comme Hulu, Fubo TV ou Play Station Vue. Il s'agit donc d'un acteur technologique déjà important sur le marché de la télévision américaine.
CBS a investi dans SyncBak en 2013 et l'utilise pour son service OTT, CBS All Access. Le groupe Northwest Broadcast (une douzaine de stations dans 6 marchés) dès 2012, puis Gray Television en 2016, ont également investi dans SyncBak.

Le développement de SBTV est une nouvelle illustration  du dynamisme de la télévision locale américaine et de son adaptation au numérique et à la mobilité, en attendant que se généralise la "télévision de la nouvelle génération" ("NextGen TV", ATSC 3.0.).

mercredi 25 avril 2018

Soap magazines, dernier carré de la presse TV américaine


Sur le présentoir avant une caisse
dans un supermarché Publix (avril 2018)
La presse télévision américaine a vécu ; elle a été asphyxiée par l'abondance de télévision et par le développement d'outils de connaissance et de sélection électronique puis numériques, plus commodes, offerts d'abord par le câble puis le satellite, puis, enfin par Internet. Cela se poursuit par des applis et des assistants vocaux. Netflix donne le ton du guide de la consommation de la télévision de l'abondance. L'ergonomie des guides électoniques ou numériques reste discutable ; la commande vocale est approximative... mais cela progressera ! Dernière des évolutions : Netflix propose une appli pour des previews de 30 secondes...

Pourtant, une presse résiste discrètement qui reste en vente dans les supermarchés, une presse de magazines papier qui couvrent les soap operas (en plus de deux titres spécialisés). Plutôt people télévision : gros plans sur des acteurs, leur vie, leur vêtements... Récapitulation des intrigues (Storyline recaps), indications concernant les événements en cours (sneak previews). Tout ce qu'il faut pour suivre son soap favori.

Voici trois titres. Ils se ressemblent : bimensuels, même format poche, 98 pages, même prix (4,99 $). Ils traitent des soap opera diffusés par les trois networks historiques (ABC, CBS, NBC), en début d'après-mdi (tranche horaire dite daytime). Très peu de publicité, surtout pour des produits VPC.

  • Soap Opera digest
  • CBS Soaps in depth
  • CBS ABC NBC Soaps
  • Les soaps constituent un genre télévisuel après avoir été un genre radiophonique ils témoignent d'un phénomène télévisuelet socio-culturel remarquable. Certains soaps ont une longévité étonnante. "Guiding Light" commença sa diffusion à la radio en 1937 avant de passer à la télévision en 1952 ; pendant une phase de transition, il fut diffusé à la radio et à la télévision et sa diffusion ne cessa qu'en 2009 (après plus de 20 000 épisodes - radio + télévision). Une chaîne spécialisée (câble et satellite) a existé entre 2000 et 2013, Soapnet (groupe Disney); elle se consacrait à la rediffusion de soaps.

    Les soaps, c'est toute une culture ! Ils ont leurs fans, au premier comme au second degré (House, le fameux médecin de la série, est un de ces fans). Des fans très nombreux et fidèles (loyalty). Chaque soap suit les aventures et les querelles de familles établies dans une ville moyenne, meurtres, maladies graves, mariages, divorces... c'est qu'il en faut des événements pour qu'un soap puisse durer ! Du coup, il existe des Soap Trivia pour que s'y mesurent les spécialistes et fans (exemple), et de véritables addictions.

    Les magazines traitent principalement de quatre soap opera :
    • "General Hospital" (GH), diffusé par ABC, compte plus de 14 000 épisodes ; il a débuté en 1953, c'est le plus célèbre. Elisabeth Taylor et Roseanne Barr (de "Roseanne") y ont été invitées.
    • "The Young and the Restless" (Y&R) est diffusé par CBS depuis mars 1973 et compte près de 12 000 épisodes.
    • "Days of Our Lives" (DOOL), co-produit par Sony Picture Television, a été lancé par NBC en novembre 1965. Plus de 13 300 épisodes.
    • "The Bold & the Beautiful" (B&B), sur CBS depuis mars 1987.



    dimanche 28 janvier 2018

    Au temps des Pentagon Papers et du papier roi : "The Post"


    Titre original du film: "The Post" (en France, "Pentagon Papers", 1 heure et 55 minutes).
    Nous n'évoquerons ni l'histoire que raconte Steven Spielberg, ni Meryl Streep dans le rôle de Katharine Graham, Présidente inattendue du quotidien de Washington, actrice aujourd'hui en guerre avec la Maison Blanche ; nous ne discuterons pas non plus la véracité, l'exhaustivité des faits... D'autres le font parfaitement.
    Nous nous en tiendrons à ce que le film fait voir de l'histoire de la presse, au spectacle de la fabrication et de la distribution des journaux avant l'informatique, avant le smartphone, avant le web, avant Google. Notons encore que Katharine Graham fut l'une des premières femmes à diriger un journal, d'abord sous-estimée, bien sûr, et dont l'action s'avère décisive, ce que le film évoque, subtilement.

    L'action du film se déroule en 1971. The Washington Post, bientôt centenaire (1877), entre en bourse (NYSE, juin 1971). 40 ans plus tard, il est racheté par l'actionnaire d'Amazon (2013) et, depuis, numérisé à marche forcée pour épouser son temps et sortir du rouge.
    Retenons du film de Steven Spielberg les images documentaires de ce qu'était la presse avant le numérique.
    • Lourdeur de la fabrication : l'encre, les grands formats, les machines à écrire et les téléphones des salles de rédaction, le bruit des machines qui font tout trembler (lynotypes, rotatives). Labeur de l'imprimerie... Gutenberg n'était encore pas si loin.
    • Lourdeur de la distribution : les paquets de journaux que l'on ficelle avant de les charger dans des camions, de les placer dans les distributeurs (vending machines)...
    • Lourdeur de la documentation : "Paper" est à prendre au pied de la lettre car les "Pentagon Papers", ce sont 7000 pages dactylographiées, non numérotées, qu'il faut transporter dans des cartons (en première classe) et explorer, analyser à la main. Ce travail passerait aujourd'hui par des algorithmes de machine learning et de NLP, après lecture automatique (OCR).
    En 1971, la TV américaine était encore au second plan des médias, malgré le célèbre "CBS News" de Walter Cronkite. C'est la presse qui décide de l'actualité (agenda setting function) ; elle constitue alors l'essentiel du quatrième pouvoir (cf. David Halberstam, The Powers that Be, 1979, livre de journaliste...). Bientôt ce sera Watergate (1972), apogée de la presse d'investigation...
    Aujourd'hui, en revanche, la Une d'un quotidien ne fait plus la Une de l'actualité. Autres temps, autres médias. La presse n'"accuse" plus guère...
    Le film traite aussi de la collusion entre les patrons de presse, les cadres des entreprises de presse, les journalistes et les gens du pouvoir (mondanités, amitiés, voyages, parties, dîners, etc.). Collusion dangereuse pour l'honnêteté de l'information, qui conduit à mettre sur un même plan l'actualité people (mariages, etc.) et une actualité politico-militaire, chaque jour plus dramatique.

    mercredi 5 juillet 2017

    Jane the Virgin. Telenovela pastiche


    Diffusée par The CW pour le début de la saison 2014, "Jane the Virgin" s'inspire d'une telenovela vénézuélienne ("Juana la Virgen", diffusée par RCTV en 2002). Acclamée, nominée à de nombreuses reprises, récompensée plusieurs fois dont une d'un Golden Globe. Programmée en prime-time le lundi puis le vendredi. (N.B. The CW est un network national appartenant à Warner Bros. (50%) et CBS (50%.) ; son audience est plus jeune que celle des autres networks).
    La série se consomme à deux degrés : au premier degré, l'intrigue est typique du genre, peu subtile mais délassante ; au second degré, "Jane the Virgin" se moque sans vergogne du genre telenovela, de ses clichés (playboys aux costumes rutilants, fans qui se pâment, décors et maquillage, larmes et cris, etc.). Mise en abyme : il y a un tournage de telenovela dans la telenovela... le père de l'héroïne s'avérant un acteur de telenovela adulé et fameux...
    L'humour n'est pas absent : "Jane the Virgin" n'hésite pas à plaisanter avec certains aspects de la religiosité catholique (la virginité et la sexualité, le mariage, l'immaculée conception, etc.) et de la culture hispanic. Plus de 40 épisodes passent et Jane est toujours vierge, et elle est sans doute veuve... le suspense continue donc.
    Dramedy, soap opera, sitcom ? Genre télévisuel hybride.

    The CW a renouvelé la série pour une quatrième saison commençant en octobre 2017. Au total, la série comptera un ensemble de plus de 70 épisodes de 42 minutes chacun. En France, la série est diffusée par Téva et M6 (dont 6play).

    L'action se déroule à Miami, en majorité dans deux lieux : la maison d'une famille hispanic et un hôtel de luxe. Trois femmes latina sont au cœur de l'intrigue, quatre générations "sous le même toit", la fille, la mère et la grand-mère qui partagent le même appartement et le nouveau-né (fils de Jane). Les rebondissements sont nombreux et, pour l'essentiel, improbables et loufoques.
    La série est bilingue, l'espagnol étant sous-titré en anglais. En plus des personnages, il y a un narrateur, agissant comme un chœur qui commente et explique l'action en voix off, rappelant lors de chaque début d'émission les épisodes précédents ("it should be noted that..."). Il s'exprime aussi à l'aide d'éléments graphiques à l'écran, introduisant ainsi une sorte de distanciation (second degré).
    La narration recourt sans cesse au smartphone, toujours à portée de la main des personnages ; omniprésent, deus ex machina portable, le portable préside aux retournements de l'intrigue ; il est partie prenante du jeu de chaque personnage, son prolongement. Les textos sont affichés à l'écran au fur et à mesure de la saisie, et l'action est parfois commentée à l'aide d'une série d'emoji. Construction de la narration évoquant l'anadiplose...

    Avec sa diffusion par Netflix, la série accueille une audience élargie, internationale.


    N.B. Le personnage de Jeanne dite la Pucelle hante l'histoire de la littérature et du cinéma. Appropriation par divers partis, revendiquée en France par les républicains laïques (héroïne combattante et résistante) mais aussi canonisée par l'église catholique ("Johanna nostra est") : de Friedrich von Schiller ("Die Jungfrau von Orleans" (1801) à Jules Michelet (1841), de Paul Claudel et Arthur Honegger ("Jeanne au bûcher", 1938) à Charles Péguy (1897) en passant par Bertolt Brecht ("Sainte Jeanne des abattoirs", 1930), le personnage de Jeanne d'Arc séduit les écrivains. De nombreuses œuvres cinématographiques lui sont consacrées : Georges Méliès (1900), Carl Dreyer, Robert Bresson (1962), Jacques Rivette (1994)...

    Voir aussi : Jeane d'Arc et ses mythographes in MediaMediorum


    jeudi 8 décembre 2016

    YouTube connaît la musique, et la télé


    En France, YouTube pourrait donner son surnom à une taxe, preuve indéniable de son succès commercial et culturel... Cette taxe, si elle voit le jour, touchera-t-elle également Amazon, Facebook, Netflix, entre autres ? Comment seront établis son assiette, son périmètre et sa proportionnalité ? Mais la loi est encore loin d'être en place...

    En 2016, YouTube se vante d'avoir reversé un milliard de $ à l'industrie musicale (cfle post de YouTube). Une grande partie de cette somme provient sans doute du transfert vers YouTube de budgets publicitaires des médias traditionnels. D'où l'importance pour Google de montrer à quelles conditions un message conçu pour la télévision pourrait être efficace sur YouTube (cf. Think with Google).

    De son côté, Apple Music annonce 20 millions d'abonnés. C'est l'autre modèle, payant (abonnement), sans publicité. C'est dans cet environnement concurrentiel que Vivendi lancera WatchMusic en 2017.

    Variety a publié le classement des vidéos les plus virales de l'année 2016 sur YouTube : en tête, une partie de l'émission de CBS, “The Late Late Show with James Corden” considérée comme la vidéo la plus virale de l'année avec le "carpool-karaoke" segment en compagnie de la chanteuse Adele (cf. infra, vue 135 millions de fois). Ensuite, vient “Pen-Pineapple-Apple-Pen” une vidéo de 68 secondes du comédien japonais Piko-Taro. Le classement prend en compte, selon une pondération non précisée, des critères mal connus de viralité relevant de l'interaction (commentaires, likes, partages...).


    Le rôle de YouTube dans l'économie de la musique est manifestement décisif (cf. la découverte de la musique). Mais son rôle devient significatif aussi dans l'économie de la télévision. Comme on peut le lire dans le tableau ci-dessous, la télévision traditionnelle (legacy) est présente à plusieurs reprises dans ce palmarès : CBS, NBC, HBO... De même qu'elle est présente dans les multichannel networks (mcn)...
    Selon une indiscrétion de CBS, YouTube préparerait sous le nom de Unplugged, un bouquet de chaînes qui concurrencerait les MVPD (câble ou satellite notamment). Le bouquet serait diffusé en streaming (OTT) pour 35 $ par mois.
    YouTube se rapproche décidément de plus en plus de la télévision classique  (cf. YouTube dans MediaMediorum).

    YouTube : Top trending videos of 2016 (December 2016, Variety)

    jeudi 1 décembre 2016

    Midnight Diner: une série de petites histoires japonaises sur Netflix

    Couverture du manga
    (Anime News Network)

    Le générique lance de belles images nocturnes de Tokyo, de Shibuya, centre de Tokyo où tout le monde se croise. Carrefour de néons, de couleur et de précipitation. Sous-titres en anglais.
    C'est l'histoire d'un restaurant de nuit, ouvert de minuit à 7 heures du matin. La série réalisée par Joji ­Matsuoka est basée sur un manga de Yaro Abe, manga primé qui a connu un succès considérable au Japon.
    Ce restaurant cuisine des plats de cuisine familiale presque triviale, on y sert aux noctambules du saké et de la bière. Chacun y écoute l'histoire de son voisin, de sa voisine, dans la vie urbaine, sous l'œil bienveillant du chef ("master").

    Choix remarquable de Netflix qui sert cette série de 10 épisodes de moins d'une trentaine de minutes (depuis le 21 octobre 2016). Choix sans grand risque puisque cette série exploite un filon de notoriété avéré : en plus du manga, elle a été précédée de deux ensembles d'épisodes et d'un film. Succès d'audience à chaque fois.

    Les habitués qui se rencontrent dans le restaurant, fatigués de la journée, sont en général de modestes héros, humbles, parfois un peu ridicules mais beaucoup de générosité et de tendresse les habitent. Des histoires d'amour improbables se dénouent, des complicités se créent : une femme tricote pour déclarer sa flamme, une chauffeure de taxi, aux amours contrariées, dit la fièreté de son métier, une Coréenne émigrée travaille pour payer les dettes de ses parents, un acteur que le public boude, un joueur de mahjong et son jeune fils...

    La série décentre, elle bouscule l'ethnocentrisme du téléspectateur occidental que la culture télévisuelle japonaise désoriente : la langue d'abord, la bande-son, la politesse méticuleuse (les techniques du corps), les calligraphies, les plats et les manières de cuisiner. Le titre de chaque épisode renvoie au met cuisiné ce jour là (l'omelette au riz, etc.). On notera l'art subtile de filmer le travail du cuisinier qui montre la place des couleurs dans la cuisine japonaise, l'élégance des baguettes, le bruit des cuissons... Claude Lévi-Strauss, qui fut un amoureux fervent du Japon, recommandait aux occidentaux d'en "apprivoiser l'étrangeté" (L'autre face de la Lune. Ecrits sur le Japon, Paris, Seuil, 2011). "Midnight Diner" y contribue...

    "Midnight Diner", montre l'ambiance tendre d'un lieu public étroit et réconfortant, un bistrot de quartier (Shinjuku) ; on peut penser au diner de Edward Hopper, mais sans le sentiment de solitude ("Nighthawks", 1942). Synthèse d'exotisme du quotidien (pour les télépectateurs occidentaux), de vignettes, de portraits rapidement brossés. L'ambiance, le bistro comme point de concours du social, la structure narrative tout cela fait penser aux textes de Henri Calet, Joris-Karl Huysmans et parfois à "How I met your mother" (CBS).


    dimanche 30 octobre 2016

    The Big Bang Theory : des hommes et des femmes savants, des geeks ridicules


    En septembre 2016, la série de CBS a eu dix ans et a diffusé plus d'une deux cents épisodes. Programmée le jeudi, en prime time (20 heures), elle est en tête des audiences pour la cible commerciale des 18-49 ans. Reprise en syndication par TBS pour le câble cinq jours par semaine (distribuée par Warner Bros) et par les stations de Fox (0&0 et affiliées), la série est reprise également par CBS All Access et Netflix. L'ensemble de ces diffusions construisent une forte notoriété.
    Sitcom, la série ne comporte pas d'intrigue générale ; l'intrigue, c'est la vie du groupe qui vieillit. Chaque épisode, indépendamment, tourne autour d'une ou deux situations plus ou moins imbriquées impliquant quelques uns des personnages clés, trois femmes, cinq hommes. Les situations sont souvent improbables, inattendues mais après neuf saisons, les personnages, leurs caractères sont prévisibles.
    Le comique de "The Big Bang Theory" est d'abord de nature langagière : jeux de mots, exagérations verbales, catchphrases, gestes ; le tout est émaillé de références culturelles américaines et d'allusions cinématographiques. Suivie depuis le début de leur vie d'adulte, la biographie des personnages passe par les étapes attendues : premier travail hors de l'université, flirts, rendez-vous (dates), mariage. Bientôt un enfant ?
    La série est tournée devant audience, ce qui nous vaut une bande-son avec rires, soupirs et autres réactions bruyantes de l'assistance du jour. Insupportable générique et ponctuation (virgules à tout moment, à la place des écrans publicitaires sur Netflix ?).

    L'audience est celle que recherchent les annonceurs à la télévision, les 25-54 ans. Le message publicitaire de 30 secondes se serait vendu 286 000 dollars pendant le upfront market 2016-2017 (deux fois le prix d'un spot sur NCIS pour une audience voisine).

    La culture scientifique est évoquée conformément à un stéréotype usé : on se moque des jeunes savants éthérés (geeks, nerds), quelque peu professeurs Nimbus, obnubilés par la science dont l'inaptitude aux relations sociales étonne. Chercheurs au CalTech (Pasadena, Californie), issus de grandes universités américaines, ces jeunes géniaux ont des loisirs d'adolescents. Loin du sport spectacle, fans de Prix Nobel, devisant de mécanique quantique, du principe d'indétermination de Heisenberg, du chat de Schrödinger, du boson de Higgs, des photons, de la NASA... Aussi, le bon sens pratique de Penny, la voisine sexy qui emménage sur le même palier, provoque des réactions interloquées chez ses savants voisins, séduits quand même.
    Les héros des personnages masculins de la série sont surtout des personnages de films de science fiction ("Star War", "StarTrek" dont ils savent par cœur les répliques) et de super héros de comics (Batman, Green Lantern, The Flash, Wonderwoman : "intimate strangers" !). La série a invité, entre autres, comme acteurs d'un jour, des célébrités de la science et de l'astronautique : des acteurs de Star Trek, Elon Musk (Tesla Motors, SpaceX), Steve Wozniak (ex. Apple), des physiciens (dont Stephen Hawking)... La réalité hybridant la fiction.

    Pour les Fans, un site propose toutes sortes de merchandising :
    DVD, T-shirts : ceux de Sheldon, l'algorithme de l'amitié, etc.

    Le ressort comique nait de la confrontation de deux discours, de deux logiques, de deux vocabulaires : ceux de la science (physique, astronomie, biologie) et ceux de la vie quotidienne, mondaine, et des relations sociales. On pensera aux Femmes savantes : "un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant" (acte IV, scène 3).

    D'épisode en épisode, la série dresse le tableau clinique de Sheldon Cooper, donnant à voir toute la psychopathologie de sa vie quotidienne. Névrose obsessionnelle ? Il prend tout au pied de la lettre, il a du mal à percevoir les sarcasmes, tout comme l'intelligence artificielle des émotions ! Excessif, têtu à propos de diététique, d'hygiène, de cohabitation mais ni dépressif ni pédant.
    Sheldon ne voit autour de lui qu'"obligeants diseurs d'inutiles paroles" : il n'est assurément pas "l'ami du genre humain". Car il y a de l'Alceste dans son personnage, souvent ridicule à force de franchise et de sincérité. Amoureux, il fait penser à l'"atrabilaire amoureux"(sous-titre du Misanthrope). Petit à petit, toutefois il est apprivoisé par ses proches, indulgents.

    La mise en scène exploite jusqu'à la corde une ambiance de colocs et de campus universitaire où l'on se rencontre partout et potine : lingerie, cafeteria, palier et escaliers, bureaux, librairie de BD (comic books), salle du restaurant (Cheesecake Factory) où Penny est serveuse, appartements, surtout celui que partagent Sheldon et Leonard. Pas de tournage à l'extérieur.

    On a pu se plaindre que la série développe une attitude fréquemment condescendante envers les femmes ainsi qu'un discours ridicule pour moquer les jeunes savants. Apparences, jeu ? Finalement, malgré tout, les personnages sont attachants.
    Combien de saisons la série a-t-elle encore devant elle ?

    jeudi 18 août 2016

    De TF1 à Netflix : "Crossing lines", série policière internationale ?


    La série policière "Crossing Lines" décrit l'activité (police procedural) d'une unité de police européenne, transfrontalière ; la série est plus ou moins inspirée par l'action de la Cour Pénale Internationale (International Criminal Court, ICC). Cette unité de police, fictive, est amenée à souvent agir à la limite du droit local qu'illustrent et défendent des fonctionnaires nationaux jaloux de leurs prérogatives territoriales. Beaucoup de plans de coupe illustrant des voyages, des trains à grande vitesse (TGV, Thalys), des gares, des hélicoptères (choppers) meublent la série. Difficile de ne pas penser à "Criminal Minds" (2005), la série de CBS dont l'équipe du FBI, d'épisode en épisode, se déplace rituellement en avion à travers les Etats-Unis pour résoudre des "cas", transcendant symboliquement les juridictions des Etats.

    Copie d'écran de l'appli Netflix 
    (août 2016)
    Pour élargir le marketing de la série, un policier new yorkais est enrôlé dans l'équipe européenne. Cette unité de police en vient souvent, pour le bien commun, à franchir les ligne tracées par le droit international ("crossing lines"). Polysémie du titre.
    La complexité des intrigues tient en partie à leur internationalité. Il est certes difficile de rendre compte, de faire voir, l'internationalisation ; celle-ci est souvent traitée superficiellement à coups de clichés. La série se trouve ainsi émaillée d'images touristiques, de cartes postales. Plus originales sont les illustrations graphiques, à base de cartes, de plans, de lignes croisant des destinations, des provenances... Datavision trop peu exploitée. Quant aux insurmontables difficultés liées aux barrières langagières - tant de langues et d'accents en Europe - elles sont vite surmontées : l'anglais est la koiné de cette police internationale. Ce n'est guère crédible, d'autant que l'accent anglais de certains acteurs non anglophones est parfois difficile à comprendre, sans compter l'accent irlandais... La fiction croise ici les problèmes classiques de l'internationalisation des interfaces vocales (cf. Appen) pour les assistants virtuels (voice bots) : Google Now, Siri, Cortana, Alexa, etc.

    Dans son ensemble, "Crossing lines" est agréable à suivre même si l'intrigue est parfois quelque peu décousue, désarticulée voire incohérente : d'un épisode à l'autre, d'une saison à l'autre, des personnages disparaissent sans explication (facilité narrative des événements hors champ, notamment lors du passage de la saison 2 à la saison 3).

    La série co-produite par Tandem Productions, TF1 et Sony, compte trois saisons (2013-2015 : 34 épisodes de 45 minutes). Elle a été diffusée par TF1 (France), NBC (E-U), Sat1 (Allemagne), RAI2 (Italie), Netflix, Amazon Video (Grande-Bretagne), RTS1 (Suisse), La Une (Belgique) et AXN (Inde, Sony). NBC a diffusé la série en été et s'en est tenu à la première saison, faute d'audience suffisante. TF1 n'a diffusé que deux saisons.
    Après son échec - relatif - sur NBC, la série trouve une nouvelle vie avec Netflix.

    mercredi 6 juillet 2016

    Etudes de cas sur la télévision américaine : CW, network hybride avec Netflix ?


    L'organisation du marché de la télévision américaine est flexible, modulable à volonté et stable. On y compte peu d'interventions réglementaires. Les acteurs modifient leur stratégie, leur développement tout en se coulant dans des règles claires, incontournables dominées par l'esprit de ses lois, le localisme. C'est un univers où les coups et leurs conséquences sont prévisibles.

    The CW Network est le plus petit des networks ("weblet") ; J.V. de CBS Corp. et de Warner Bro., il se compose, comme tous les networks américains, de stations O&O et de stations affiliées.
    Un contrat d'affiliation lie le network au groupe Tribune Co., à toutes les stations du groupe sauf WGN, station de Chicago, l'un des principaux marchés télévisuels américains (DMA n°3). Ensemble, les 12 stations affiliées apportent une couverture de 25% des foyers TV américains (28 millions de foyers) ; parmi ces 12 stations, on compte KTLA-TV à Los Angeles (DMA n°2) et WPIX-TV à New York (DMA n°1).
    A Chicago, CW sera désormais diffusé par la station WPWR-TV (qui appartient au groupe Fox).
    L'accord intervient juste à temps pour le marché publicitaire upfront des networks.
    Il semble que CW ait envisagé quelque temps une solution de diffusion en streaming, de type OTT ; il y a bien sûr un différend quant au montant que paie Tribune Co. à CW (reverse compensation).
    A partir du 1er septembre, WGN-TV devient une station indépendante (Indie) diffusant surtout une programmation locale, notamment sportive. Ainsi, une station a changé d'affiliation (WPWR-TV), une autre est passée du statut d'affiliée à celui d'indépendante (WGN-TV)

    CW diffuse notamment "Jane the Virgin", "Crazy Ex-Girlfriend", "The Flash", "Arrow", etc. L'accord de rediffusion de CW avec Hulu qui reprenait certaines émissions le lendemain de leur diffusion s'achève en octobre 2016.
    En 2011, CW a déjà eu un accord avec Netflix. L'accord exclusif pour les Etats-Unis, conclu en juillet 2016, permettra à Netflix de rediffuser l'ensemble des émissions de CW (dont "Supergirl", ex. CBS) ; Netflix contribuera ainsi fortement à l'équilibre économique du network (on parlait déjà de 1 millliard de $ en 2011). Les séries de CW seront diffusées 8 jours après le dernier épisode de la saison (season finales) ce qui permet à CW de profiter des revenus publicitaires de la première diffusion par ses stations.
    A cette occasion, on peut percevoir la place importante que prend Netflix sur les marchés télévisuels traditionnels (à suivre, dans cette perspective, en France : la relation de Netflix et TF1, cf. "Marseille"). Logiquement, CW se définit désormais comme un "hybrid network" : broadcast avec ses stations, streaming avec Netflix.

    lundi 9 mai 2016

    Comcast : concentration et diversification dans la télévision américaine


    La concentration dans les médias américains va bon train. Nous assistons à la création d'un gigantesque groupe télévisuel et numérique ; le groupe Comcast NBC Universal.
    Comcast fut d'abord un opérateur du câble (1963), le premier des multi-system operators (MSO), un MVPD (Multiple Video Programming Distributor).

    Intégration verticale
    De distributeur (broadcast et broadband), il devient producteur de contenus en 2011 en prenant le contrôle du network NBC et des studios Universal ; Comcast règne alors sur deux networks nationaux : l'un anglophone (NBC), l'autre hispanophone (Telemundo) ainsi qu'un fournisseur de contenus (studios).
    En achetant DreamWorks Animation (Shrek, Kung Fu Panda, Madagascar, How to Train Your Dragon) pour 3,8 milliards de $ cash en mai 2016, Comcast poursuit sa mue, s'étendant de la distribution vers les contenus, le divertissement : production de fictions pour la diffusion dans les médias (télévision familiale, pour enfants) et l'utilisation pour les parcs à thème et le merchandising.

    Dans les domaines de la fiction et de l'animation, Comcast Universal devient un concurrent sérieux de Disney et de Time Warner.

    Avec Dreamworks, Comcast acquiert aussi un multi-channel network (mcn), AwesomenessTV.

    Comparé aux autres groupes de télévision, Comcast se distingue par une présence sur tous les segments, tous les supports (cf. tableau synoptique ci-dessous).
    Tous ces groupes se distinguent nettement de Netflix dont l'essentiel de l'activité concerne désormais la production, l'achat de droits et l'internationalisation. Aux antipodes de Comcast.

    Stratégie numérique
    En même temps, Comcast a pris plusieur dizaines de participations dans des startups liées à la vidéo (Video Service Providers, VSP) et au programmatique : mobile, ad-insertion, DOOH, WI-FI, réalité virtuelle... FreeWheel, acheté par Comcast en 2014, a acheté en mai 2016 le SSP français StickyADS.tv, spécialisé dans le programmatique vidéo.
    En 2015, NBC Universal a investi 200 millions de $ dans Buzzfeed (réseau social d'information) et 200 millions dans Vox Media qui regroupe 8 marques d'information sur le Web (technologie, sport, jeu vidéo, shopping, décoration, style, etc.).
    Le numérique devient un vecteur alternatif, un relais des contenus de Comcast, le complément et l'avant-garde de sa télévision linéaire et le laboratoire de la nouvelle publicité télévisée.

    Avec ces multiples fers au feu, Comcast développe une stratégie offensive, sur tous les fronts.

    Tableau synoptique des principaux groupes de télévision américains (aux Etats-Unis uniquement)

    vendredi 29 avril 2016

    Médias sans pub : la grande évasion publicitaire


    Le développement de médias exclusivement payants restreint le potentiel des actions publicitaires.
    Netflix et Amazon en donnent un exemple significatif : les dizaines de millions d'abonnés à Netflix ou Amazon n'ont plus d'occasions de voir de publicité sur leur téléviseur (hors placement de produits). Les millennials consomment moins de télévision linéaire gratuite et achètent de plus en plus leurs contenus audio-visuels (Global Web Index, 2016).

    Vidéo et musique se présentent de plus en plus souvent à deux vitesses, au choix : une version payante, sans interruption publicitaire, une autre gratuite avec publicité, pour fauchés ?
    Les versions payantes, sans publicité, se multiplient : YouTube dispose maintenant de sa version premium, YouTube Red, lancée en octobre 2015 (ad-free, $9,99). Vevo envisagerait également un modèle semblable... HBO a modifié sa distribution pour suivre ce modèle avec HBO Now ($14,99) suivi par Showtime ($10,99).

    Manifestement, une partie de la population préfère payer pour échapper aux interruptions publicitaires qui s'apparentent à du harcellement : nouveau modèle économique, du gratuit au payant, du ponctuel à l'abonnement mensuel. La publicité, mal conçue, repoussoir, suscite le payant.

    Ce modèle est omniprésent en musique : Spotify (cf. copie d'écran ci-dessous), Pandora, Deezer, Apple Music (13 millions d'abonnés, sans publicité). Deezer souligne : "No ads, no interruptions". Même proposition pour Pandora : "Upgrading your Pandora account to Pandora One, our paid subscription option, will remove all forms of outside advertising from Pandora". Idem pour SoundCloud.
    On retrouve un tel modèle dans d'autres sites : par exemple, le site de rencontres grand public Tinder Plus qui a développé une version payante sans publicité pour 5$ / mois. Kindle aussi : les liseuses d'amazon diffusent de la promotion par défaut, mais si l'on paie un peu plus cher, on a droit à une version sans publicité...
    Dans le même ordre d'idées, Hulu diffuse ses émissions pour enfants sans publicité mais, en août 2016, Hulu finit par supprimer sa version avec publicité, gratuite, lancée à ses débuts en 2007. Et l'on dit que CBS All Access envisagerait une version sans publicité pour 2017.

    A cette évasion publicitaire, s'ajoute désormais celle des utilisateurs d'Adblocking ("adblockalypse !).
    La presse développe parfois une argumentation homologue : si vous n'acceptez pas la publicité (adblocking), alors il vous faut payer pour le contenu... Adblock Plus voit dans le paiement direct avec Flattr Plus un moyen systématique de monétiser les contenus autrement que par la publicité...

    Cette double évasion publicitaire est loin d'être négligeable ; elle l'est encore moins si l'on imagine le type de profils qui échappe à la publicité de cette manière : des jeunes adultes, des millennials, des personnes plutôt aisées, ou et diplômées, les parents de jeunes enfants... Comment retrouver et toucher cette cible tellement intéressante et précieuse, celle des publiphobes ? Superbe défi pour ceux qui savent utiliser subtilement les données...

    Abonnement Spotify Premium (30 JOURS gratuits, puis, 9,99 € / mois)


    vendredi 11 décembre 2015

    De la linéarité au linéaire TV


    Sélection des services
    explorés par l'appli
    L'hebdomadaire français télé 7 JOURS est à vendre, dit-on : ce qui fut le magazine emblématique de la télévision linéaire serait sur le point d'être cédé par Lagardère. Le magazine a perdu plus de la moitié de sa diffusion au cours de ces 20 dernières années. Créé en 1944, l'Etat le revend en 1960, télé7 JOURS a accompagné et ponctué l'histoire de la France et de sa télévision, des années 1960 aux années 2000.

    Vingt ans après que lTV Guide américain ait abandonné la partie, est-ce bientôt le tour de son équivalent français ? Ce n'est pas un très bon signe pour la presse dont il était un titre phare, et c'est un très mauvais signe pour la télévision traditionnelle, celle qui avait un horaire et dont on préparait le prime time dans les foyers, dès le lundi, avec un magazine. Le streaming et Netflix l'ont rendue obsolète, les réseaux sociaux aussi avec les plateformes mobiles. Les video streamers Chromecast, Roku, Amazon Fire TV Stick, Apple TV l'achèveront.

    Comme le Lycée à l'époque de l'Université Impériale mettait tous les lycéens de France à la même heure pour une version latine (c'était la fierté de Fontanes, Grand-maître de l'Université), la télévision mettait presque toute la France à la même heure pour une série ou un film, "Au théâtre ce soir" ou "Apostrophe". Jacobine et nationale, cette télévision a fait son temps. Qu'est-ce qui unit encore un pays, qu'est-ce qui lui donne un peu de cohésion et de solidarité nationale, qui pourrait s'opposer à son démembrement (sur ces notions, voir Laurent Davezies) ? Cela devait être l'école, mais elle semble y avoir échoué... La conscription ? Abandonnée. Une langue nationale ?
    La télévision fut un rempart de l'unité nationale. La télévision en miettes, est-ce un progrès ? Un progrès pour qui ? De cet univers télévisuel, seul le magazine était payant. Tous égaux devant la télé ?

    Au moment où télé 7 JOURS tremble, Yahoo! publie aux Etats-Unis une appli gratuite permettant de rechercher une vidéo à la demande : Yahoo Video Guide : from searching to streaming in seconds ! L'appli recherche parmi les offres de Netflix, Amazon, Hulu et d'une quarantaine de grands fournisseurs de programmes sélectionnés par l'utilisateur. Finie la linéarité, finis les horaires, voici le super marché, le linéaire TV et ses têtes de gondole. A chacun son programme, à l'heure choisie, sur le support de son choix... programme payant.
    Depuis plus d'un demi-siècle, l'école et la télévision semblent avoir suivi les mêmes transformations, allant du gratuit au payant, de ce qui rassemble à ce qui segmente. Qui en a décidé ? Le progrès, l'histoire des innovations technologiques, du commerce ? Cette histoire, le progrès, encore un procès sans sujet ?

    Copie d'écran de iTunes preview.

    lundi 7 septembre 2015

    Mr. Robot : l'habitus du hacker


    La première saison de "Mr. Robotvient de s'achever (10 épisodes). Ce fut un succès d'audience et de notoriété pour la chaîne USA (Comcast / NBC Universal). Quelle audience, quelle notoriété pour ce psychological thriller ?
    Beaucoup de différé (VOD, iTunes, etc.), deux fois plus que d'audience en direct, beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux. Presque cent mille followers sur Twitter. Désormais, la réussite d'une série ne se mesure plus seulement aux GRP TV de Nielsen, mais aussi en retentissement sur les média sociaux. Faut-il y voir une indication indirecte du déclin social de la télévision, mais aussi, simultanément une indication de la prééminence des contenus, donc des studios ?
    Avant le lancement, une campagne de promotion de la série a été effectuée sur un grand nombre de plateformes numériques, par exemple, la plateforme de jeux vidéo Twitch (rachetée par Amazon en septembre 2014) : USA proposait d'effacer les dettes de participants en direct (cf. infra) indiquant ainsi, à la fois l'importance du thème de l'endettement et le cœur de la population en affinité avec la série.

    "Affiche" de la série
    La série fut diffusée de juin à septembre, la diffusion de l'épisode final du cyber-thriller ayant été repoussée suite à l'assassinat en Virginie d'un journaliste et d'un caméraman dans une station de télévision. La réalité a semblé par trop rattraper la fiction...
    La série de Sam Esmail reviendra pour une nouvelle saison en 2016. Elle a tout pour devenir une série culte comme Mad Men. Elle sera disponible en streaming sur Amazon Prime en 2016.

    Le sujet : le piratage informatique, son univers, ses personnages. Elliot Alderson, le héros de la série, est un informaticien génial travaillant dans une entreprise new-yorkaise de sécurité informatique, Allsafe. Paranoïaque, accro à la morphine, il est recruté par FSociety, un groupe d'"anarchistes", pour attaquer une grande entreprise multinationale, E-Corp, symbole du mal. E-Corp est client de AllSafe pour sa cyber-protection.
    Elliot semble atteint du syndrome de Asperger, une sorte d'autisme, dont les principaux symptômes sont notamment la difficulté du rapport aux autres. La série peut être comprise aussi, au-delà de l'intrigue, comme une observation clinique de la maladie. On assiste d'ailleurs à des séances de psycho-thérapie ; l'interprétation psychanalytique est suggérée : le "père sévère", "les noms-du-père /non-duppes errent ? On évoque aussi les personnages du film "The Fight Club" (roman de Chuck Palahniuk).

    Le microcosme du piratage (Subculture ?) semble évoqué de manière réaliste et exacte, tant sur le plan technique (vocabulaire, code, écrans, etc.) que social. La série dresse le portrait robot du hacker, de ses habitudes, de ses gestes, de sa manière d'être (hoodie noir et sac à dos pour transporter un PC peu portable), de son habitus. Cliché ? Le rapport au monde de notre hacktivist passe par le piratage, il se représente le monde comme un monde à pirater. Ainsi, pour faire connaissance avec quelqu'un, il pirate les réseaux sociaux, les serveurs de courrier, les communications téléphoniques, les transactions bancaires... Anticipation rationnelle d'une société future ?
    Mr. Robot constitue un tournant dans la culture des séries américaines. Ancrée dans la culture la plus contemporaine, la série fourmille de citations, d'allusions, à des films, des séries, des musiques. Sam Esmail, le réalisateur, cite, entre autres influences, celles de films comme "Taxi Driver", "American Psycho", "A Clockwork Orange", "Blade Runner", etc. L'esthétique est délibérément glauque.

    La série illustre la dépendance technologique de nos sociétés, leur vulnérabilité ; elle illustre la fragilité de la société numérique américaine (européenne bientôt ?) sur-déterminée par les drames de l'endettement ("prisons of debt" : 40 millions de personnes avec des emprunts étudiants). Les allusions à des événements américains récents sont nombreuses : le téléspectateur pensera aux subprimes, au NSA, à Ellen Pao et la situation des femmes ingénieurs dans l'économie numérique, à Occupy Wall Street, Anonymous, aux innommbrables vols de données récents (data / security breach) touchant de grandes entreprises (Target, Sony, iTunes, Akamaïetc.), à la révélation publique d'éléments de vie intime (Apple et "the celebrity photo hack", Ashley Madison piraté par The Impact Team, etc.)... Les DDoS évoqués dans la série sont courants (Distributed-denial-of-service).
    Le héros aide des personnes en difficulté, se bat pour des causes qu'il estime justes : pirater pour changer le monde, le sauver, le rendre meilleur, le rendre à tous ("democracy has been hacked") ? Le piratage se met ainsi au service de la justice sociale et du Bien, comme dans le cas des héros de "Person of Interest", la série de CBS. La révolution par l'ordinateur et le piratage (hacktivism, cyberinsurgents), certes, mais quand même, cette révolution est télévisée  (cf. le dernier épisode) !

    Copie d'écran de Twitch à propos de Mr. Robot

    jeudi 9 avril 2015

    Drones : du loisir au professionnel


    Drone Multirotor. Le 1er magazine sur l'univers des drones, bimestriel, version numérique.
    5,9 €, 84 pages

    Voici un magazine exclusivement consacré aux drones civils. Publié par le groupe Hommell (Télécâble Sat Hebdo, Echappement, VTT Magazine, AUTO hebdo, etc.), il prend la suite de Hélico RC.
    Il exploite la licence du magazine américain Multirotor Pilot publié par un éditeur spécialisé dans les jouets radio-commandés (RC) et les robots.

    Connus pour leurs prouesses militaires (cf. Big data militaire et publicitaire), mais aussi comme jouets, les drones ont surgi dans l'univers des médias quand le président d'Amazon annonça sur CBS ("60 minutes", fin 2013) que le distributeur se proposait d'y recourir pour les livraisons (Prime Air). Alibaba a communiqué également sur ses essais de livraison (avec Taobao). Google aussi, (Project Wing, cf. Alexis c. Madrigal, "Inside Google's Secret Drone-Delivery Program"). Et Facebook aussi, bien sûr.
    Il est normal qu'un magazine assure la couverture de cette technologie d'avenir en affinité étroite avec le numérique.

    Le drone est nommé d'après le mot anglais désignant le bourdon, en raison de son vol stabilisé accompagné d'un bourdonnement continu. Le drone s'apparente d'abord à l'aéromodélisme (le premier article est consacré au salon de Nuremberg) mais on envisage de plus en plus des missions professionnelles pour les drones. Le magazine donne des exemples  : inspection de pylones de GSM, photo aérienne, topographie, tourner la vidéo d'un champion sportif (VTT), réaliser un documentaire sur les marais de canneberges pour la RAI... L'utilisation des drones recourt aux tablettes pour la navigation et, certainement, pour la collecte de données (observations, etc.) et s'insert ainsi dans la nouvelle économie des médias (voir DroneDeploy et ses applis) et de l'information (cf. l'utilisation du Phantom par Stringwire de NBC Universal). Alors que la marine américaine déclare vouloir remplacer les avions traditionnels par des drones (moins chers, etc.), l'avenir commercial des drones semble asuré.

    Le magazine propose de nombreux bancs d'essai de drones mais aussi d'appareils photo, de chargeurs de batteries, de contrôleurs de vol, de nacelles. Un article est consacré aux "règles d'usage d'un drone de loisir", le droit du domaine étant en cours d'établissement. Le contenu pratique et les conseils sont essentiels : bricolage électronique (soudure), photographier, recharger des batteries, optimiser le temps de vol... S'y ajoutent un carnet d'adresses, un calendrier, et, pour finir, un article sur les financements de drones par Kickstarter (financement participatif).

    La publicité est strictement captive, en affinité avec le marché du drone (régie Profil-1830) : 4 de couverture pour Parrot (drone caméra), des pages pour Drone-consult, Hexadrone, salon Drone days, Droneshop, FP4ever...

    Beau magazine, séduisant, donne envie de jouer avec des drones, en attendant - ce qui paraît inévitable - de travailler avec.

    N.B. Fin mai 2015, ce magazine est rejoint dans les points de vente par un guide d'achat, L'officiel du Drone (5,95 €, trimestriel) devenu La vie du Drone (trimestriel, 5,95 €).

    samedi 10 janvier 2015

    OTT everywhere. A TV paradigm shift?


    American television goes over-the-top (OTT). Streaming, broadband, stand-alone, OTT, vMVPD: are we seeing the beginning of a TV paradigm shift?

    Streaming started for TV with Netflix, Amazon and Hulu around 2006-2008. A few years later, as OTT flourishes, Netflix boasts over 43 million subscribers, more than HBO. Now, traditional media launch their own OTT service. Among them:
    • CBS All Access, a paid subscription channel ($6/month with commercials, $10 without), on-demand. Sort of catch-up TV. All kinds of its programs with a few notable exceptions: NFL or "The Big Bang Theory". CBS will use its Syncbak server. Each CBS station will be equipped with it. Generally speaking, CBS affiliated stations approve CBS All Access. Note that since it is not part of Hulu, CBS was free to develop CBS All Access. In retrospect, it also explains the determination to destroy Aereo. In July 2015, CBS All Access reaches 75% of U.S. TV homes. In August 2017, CBS All Access adds CBSN. In 2018, CBS All Access will be available ad-free via Amazon Channels (Amazon Prime subscribers).
    • CBS News
    • HBO Now launched a stand-alone OTT service, like Netflix. It is not necessary to buy packages to watch HBO (included in premium bundles) as a Web streaming-only service. No need for a pay-tv subscription. HBO is expecting 10 million subscribers. HBO costs $16 a month while Netflix is sold for $9 (in the USA). HBO Now $14,99 per month (via iTunes Store)
    • Showtime (CBS Group): the President says Showtime is "prepared for an OTT World" (Showtime's OTT service to debut in July 2015, $10.99).
    • Dish Network launched its OTT service in February 2015, Sling TV streaming 19 channels for $20 (600,000 subscribers, February 2016)
    • ESPN will create a stand-alone service with NBA
    • For Starz, "going OTT is a no-brainer for content owners". Launched in April 2016 ($8,99).
    • In December 2014, DirecTV launched YaVeo, a service for Spanish-language programming ($8), including programs from Univision, Caracol, etc. YaVeo was closed in December 2015.
    • Nickelodeon (Viacom) launched Noggin, an OTT channel dedicated to children using mobile in 2015 ($6)
    • Major League Soccer will go OTT in 2015 too
    • Urban Movie Channel (UMC) launched in February 2015
    • Watchable by Comcast (beta version, September 2015)
    • Cox Flare MeTV (November 2015), Flare Kids
    • CuriosityStream, non-fiction programming, 2015
    • Verizon Communications: Go90, free to start with (October 2015)
    • Smithsonian Earth, $3,99 (November 2015)
    • Univision Now (Univision, UniMas), $5,99, launched in November 2015
    • SeeSo, comedy channel, launched by NBCU (January 2016), closed in 2017
    • FilmStruck, streaming service, announced by Turner (April 2016, Time Warner)
    • PlayStation Vue, launched by Sony in March 2015 (120 000 subscribers in June 2016). Cloud DVR.
    • Hulu: slimmed-down bundle (planned Q1 2017)
    • DirecTV Now (with AT&T, planned March 2017)
    • Glosi ($9,99): Hispanic multiscreen service with Cox (2017 ?) 
    • Fox Nation will be launched in 2018 (fourth quarter)
    A new TV paradigm? What are the implications? For the time being, the development and generalization of OTT television pose many questions.
    • HBO and Showtime going OTT could interfere with MVPDs (Multiple Video Programming Distributors) like DirecTV and MSOs, which sell HBO or Showtime as a flagship product in a bundle, a mix of programs. Is there a risk of cannibalization?
      • Could OTT increase the propensity to leave bundling, raising the number of cord-cutters or cord-nevers? Will MVPDs sell the streaming service too? What are the consequences on MVPDs and their bundle economy? Is this the beginning of the end for MVPDs?
      •  
      • Would OTT become just another way to sell TV programs, as CBS says? A "supplementary offering" to reach broadband-only homes (cord-free)? 
      • How about Net neutrality? The FCC will vote on new rules. Netflix is criticizing the Republican "fast lane" proposition, calling it a "misconception", but the FCC wonders if Netflix is not building or testing its own "fast lane".
      • What about advertising? OTT channels do not carry commercials. But this could change... Could free OTT with advertising make sense?
      • How will commercial measurement keep up with these new platform developments? 
      • In the long run, will every network develop its own OTT(s)?
      Screenshot of http://www.cbs.com/all-access/

      mercredi 17 décembre 2014

      Cours de journalisme en série : The Newsroom


      Voici que s'achève la troisième et dernière saison de la série The Newsroom diffusée par HBO depuis juin 2012 (puis HBO GO) : 25 épisodes de 52 minutes.
      The Newsroom raconte le quotidien et les péripéties de News Night, le journal du soir d'une chaîne d'info, ACN (chaîne fictionnelle, du type CNN). Le générique de la première saison place d'emblée la série sous les auspices favorables des grands ancêtres de l'information télévisée américaine : Edward R. Murrow (CBS), Walter Cronkite (CBS), Chet Huntley et David Brinkely (NBC).
      Le réalisateur et auteur est Aaron Sorkin, un habitué de la fiction politique : "The West Wing", "The American President" ; il est aussi le réalisateur de "Social Network", un film sur les débuts de Facebook.

      The Newsroom relève d'une double lecture : au premier degré, une trame politique, celle de la chaîne, d'événement en événement ; des histoires secondaires s'y entrelacent, amours, rivalités, drames, ambition... Le téléspectateur partage la vie fébrile de la salle de rédaction, petite communauté dont l'incessante communication numérique exaspère le quotidien. L'information télévisée se fait à coups de Web et de smartphones : Twitter, iTunes, Facebook le disputent aux blogs et aux e-mails.
      En même temps que se déroulent ces narrations croisées, d'épisode en épisode, la série approfondit une réflexion critique sur le journalisme et ses limites : le financement de l'information par la publicité, l'obsession lancinante des taux d'audience (ratings) et des sondages, la langue de la télévision, malade, de plus en plus orwellienne, la starification des présentateurs, le "journalisme citoyen" (amateur), l'agenda setting... L'équipe de News Night rêve d'une information sans contrainte, libérée des taux d'audience, indépendante des actionnaires, de la publicité... Dépendre des subventions et des pressions des pouvoirs politiques plutôt que de la publicité ? Hum !

      Les problèmes évoqués et parfaitement illustrés concernent la construction et la hiérarchisation des faits, la question des sources et de leur vérification, la course au scoop... C'est toute l'économie de l'information, de sa production et de sa consommation que la série réussit à mettre en scène : à ce titre, elle pourrait servir de base à une réflexion de science politique sur le journalisme et, plus généralement, sur le "quatrième pouvoir". Le postulat politique de la série, qui semble hérité de Benjamin Franklin (cf. Apology for the Printers", 1731), est que la qualité d'une démocratie dépend de la qualité de l'information de ses citoyens. Mais que peuvent vouloir des téléspectateurs intoxiqués par la culture politique hégémonique de leur temps, de leur pays ?

      Une mythologie du journalisme, empreinte de nostalgie, est sous-jacente : celle du Watergate, faire l'événement plutôt que s'en tenir à le raconter. How to do things with words ! Le journaliste devient le héros de l'histoire qu'il raconte.
      Un dialogue aux allures de fable confronte la journaliste d'un magazine people au présentateur de News Night : inégales dignités journalistiques ? Qu'est-ce qui fait et distingue le journalisme, le métier et sa technique, sa déontologie ou bien les sujets auxquels ils s'appliquent ? Noblesse des grands principes d'un côté, petitesse des indiscrétions de l'autre ? La série met en scène différents "caractères" journalistiques : le moraliste redresseur de torts, le correspondant de guerre, héroïque, bras en écharpe et cicatrices au visage, le geek sympathique et savant, le technicien financier à la rigueur inflexible, le présentateur emprisonné qui ne trahit pas ses sources...

      Comme la narration est riche, qu'elle est profondément inscrite à la fois dans le contexte culturel américain et dans l'actualité, le public étranger risque de s'y perdre, peu familier avec le Tea Party, les primaires en New Hampshire, la grêve des enseignants du Wisconsin, les viols impunis sur les campus universitaires, la pollution par BP du golf du Mexique, la peine de mort, la légalisation de l'immigration mexicaine, Fox News, la géographie électorale, la National Rifle Association (NRA) et le port d'armes, le New York Post... La plupart des téléspectateurs non américains ne profitent guère des multiples allusions culturelles ou historiques qui forment le fond de références nationales sur lequel se détache l'histoire de la chaîne. Limites de l'internationalisation.

      Pour apprécier pleinement l'émission, il faut se mettre dans la peau du téléspectateur américain. Celui-ci est nourri d'information pré-digérée par les partis politiques officiels et leur lobbying qui forment le consensus essentiel, tacite et invisible, celui qui les fait s'accorder sur les modalités du dissensus et limiter ainsi les choix politiques. Le présentateur tente de mettre à jour ce consensus conservateur en décapant les journaux télévisés de leur langue de bois convenue, en exhibant ses contradictions. Ce qui peut apparaît comme de la condescendance (smugsanctimoniousness, disent les critiques) ne serait que conscience professionnelle. L'information télévisée, ainsi conçue, accomplit un travail didactique afin de provoquer l'étonnement du téléspectateur. Il y a du Brecht dans cette démarche maïeutique : réveiller ("distancier") le téléspectateur (Verfremdungseffect, defamiliarization). Will, le présentateur, se voit "in a mission to civilize" (allusion à Cervantès) quand on attend de lui qu'il fasse de l'audience... Aaron Sorkin, aussi, voudrait nous civiliser : "You can act like a knight even if you do not have a horse" et, romantique, se réclame de Don Quijote...

      Superbe série, teintée de nostalgie, dont on pressent qu'elle parle d'un média qui s'achève et doit se réinventer... sous les coups et à l'aide du numérique.

      Elle est diffusée en France par Canal+ Séries.
      A noter, le merchandising pour les fans (boutique avec T-shirts, mugs, stylos, DVD) et les liens avec Facebook (pour quoi faire ?).

      jeudi 4 décembre 2014

      Facecast : The One Thing. Facebook TV news ?


      Depuis le 1er décembre, Facebook diffuse "Facecast; The One Thing" ; cette synthèse vidéo de l'information quotidienne d'une minute est réalisée à partir des infos du network national ABC (World News Tonight, WNT). Facecast est présentée par David Muir depuis les studios new-yorkais de ABC, tout comme les infos du soir du network (18h30), chaque jour de semaine (weekday).
      Le format choisi, une minute, est de ceux qui conviennent sans doute le mieux aux plus petits écrans des appareils mobiles. Le côut de l'opération est modique, puisqu'il ne s'agit à ce stade que de l'adaptation de contenus existants (sélection, montage).

      Pour Facebook, il s'agit d'un pas de plus en direction de la télévision.
      ABC appporte à Facebook sa légitimité de network national grand public. Facebook apporte au network sa couverture, son public mobile : le network compte puiser dans le gigantesque gisement d'audience mondiale de Facebook et y gagner peut-être de la notoriété.
      Echange égal, inégal ? La télé nourrit-elle imprudemment son concurrent ?

      Les médias d'information sont mal en point ; il leur faut s'adapter aux nouvelles habitudes du public, à son équipement de réception.
      La presse d'info quotidienne passe sur mobile, l'info télé aussi. L'une et l'autre s'offrent en streaming, en vidéo, à la demande (CBSN). Que de changements à digérer ! De l'analogique au numérique, du fixe au mobile et aux applis. Et bientôt en temps réel et formats courts, comme la publicité.
      Dans cette configuration, Facebook se présente comme distributeur de télévision, tout comme YouTube (OTT ?).
      Ainsi, la révolution de l'information télévisuelle commence-t-elle par sa distribution, sa logistique. Le contenu, pour l'instant, n'est encore touché que dans sa mise en forme matérielle, dans son style narratif (journalisme). Il est peu probable pourtant que le contenu des messages échappe encore longtemps à la révolution numérique du média.
      Copie d'écran de Facebook

      dimanche 23 novembre 2014

      Obama, Facebook et les networks


      S'il ne l'a pas formellement demandé, le Président Obama aurait souhaité que les grands networks reprennent son discours de 14 minutes consacré à l'immigration illégale, question politique d'importance nationale à laquelle la population hispanophone est particulièrement sensible.
      Les networks ont refusé de retransmettre le discours d'Obama, lui préférant les émissions prévues dans la grille initiale : ABC a diffusé "Grey's Anatomy", CBS "The Big Bang Theory", NBC "The Biggest Loser" et Fox "Bones". La raison invoquée : il s'agissait d'un discours politique partisan. On a pu y voir un engagement pro-républicain des networks. En fait, le choix était sans doute aussi économique : c'est la période des sondages d'audience locaux (sweeps) et le prime time du jeudi est important pour les stations.
      Seuls PBS, le network de la télévision publique, Telemundo et Univision, chaînes hispanophones, ont retransmis le discours et bousculé leur grille pour lui faire une place.

      En revanche, de manière inattendue, WNBC (DMA n°1), la station O&O new-yorkaise de NBC a préféré diffuser le discours du Président, en direct à 20 heures. WNYW, la station O&O Fox de New York, également, WLS la station O&O ABC de Chicago (DMA n°3). Les stations, dans chaque DMA, firent leur choix, local.
      A Washington D.C. (DMA n°8), WJLA, la station affiliée ABC (Sinclair Boradcast Group) diffusa l'épisode final de la série "Grey's Anatomy" ("fall finale") tandis qu'à Boston (DMA n° 7), WCBV, la station affiliée ABC (groupe Hearst), lui préféra le discours présidentiel.
      Cet événement politico-médiatique illustre l'inaliénable localisme de la télévision américaine et l'indépendance de programmation des stations, même lorsqu'elles sont des filiales owned and operated (O&O) de networks nationaux. Les stations locales ont d'abord le souci des téléspectateurs de leur marché.
      On observe également que les chaînes nationales grand public restent indépendantes du pouvoir politique national.

      Le déficit de couverture de l'événement a pu être partiellement comblé par la diffusion en avant-première d'une présentation vidéo (1 mn) du futur discours présidentiel par Facebook ; ceci ne manquera pas de conforter le réseau social dans son positionnement de concurrent majeur de la télévision.
      Les networks n'ont certainement pas apprécié cette incursion de Facebook sur leur marché.
      Le président Obama, sur Facebook

      dimanche 9 novembre 2014

      CBSN: chaîne d'info, format mixte


      CBSN : CBS News et CBS Interactive ont lancé une chaîne d'information.
      Distribuée OTT, la chaîne est accessible via le Web en streaming (téléviseur connecté, smartphone, tablette). Le format est hybride pour une consommation flexible : linéaire en direct d'abord (linear stream), de 9h à 24 h en semaine, avec des journalistes présentateurs (anchored) ; ensuite, les sujets antérieurs sont accessibles à la demande (en une sorte de catch-up TV). Pas de contenus nouveaux : la chaîne accomode des programmes provenant des chaînes de CBS et des stations affiliées : l'innovation est toute dans le repackaging.

      Le modèle économique est publicitaire ; les annonceurs au lancement (inaugural sponsors) sont Amazon et Microsoft ; la chaîne est présente sur le site CBSnews.com, sur des applis smartphone pour Amazon Fire et Windows Phones, ainsi que Roku. Les versions Android et iPhone viendront plus tard, en fin d'année : le parrainage a son prix et ses conditions !

      Concurrente des chaînes infos du câble / satellite comme Fox News, MSNBC ou CNN / HLN (Time Warner), CBSN ne remet pas en question le modèle économique du network avec sa double présence, nationale et locale. La télévision OTT ne menace encore que le câble / satellite : pas de problème pour CBS qui n'avait pas de chaîne d'information.