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lundi 3 septembre 2018

Netflix and Amazon Prime Video in the French TV guides

Editorial by the editor-in-chief of Télé 7 Jours 
(circled in red by FM)

In contrast to the United States, where almost no TV guides exist any more in paper form (cf. References, infra.), there are still more than a dozen in France . The most widespread is Télé 7 Jours (Lagardère group) and, since the end of August 2018 ("la rentrée", back to school), the weekly has just now decided to publish information about Netflix and Amazon Prime Video. According to the editor-in-chief Claude Bosie, "the cultural offering" will now include "new movies, series and documentaries aired on VOD and SVOD platforms  (Netflix, Amazon...) in the cultural section ('rubrique Culture')." Nothing less!
Although Télé 7 Jours circulation decreases little by little, from year to year, like all the TV press, it still boasts 1 million copies in 2018 (paid circulation in France, audited by ACPM), to which one must add four times more pass-along readers. This signifies high frequency readership: each issue being read many times a day, making Télé 7 Jours, as they claim on the cover, 'the most widely read weekly in France' (cf. below: left, under the logo).

This Télé 7 Jours editorial (27 August) is symbolic of the growing importance of streaming platforms in the French television market. It is becoming difficult to ignore the fact that many French household are clients of Netflix or Amazon Prime Video and watch less of the French legacy TV channels which are still the heart of the French TV guides (almost four million Netflix subscribers). To be frank, however, subscribers to these platforms will find very little information to guide their viewing selection. For the time being...

There is not much more information about these platforms in the other TV magazines (Télé Star, Télé Loisirs or Télé 2 semaines) and nothing at all in Télérama or Télé cable sat. 
Obviously, TV magazines are at loss with Netflix and Amazon Prime. They do not have much time to invent a strategy: how many of their readers subscribe to Netflix or Amazon Prime Video? Do readership surveys provide this kind of information?

Covers of some of the major French TV magazines mentioned in this post
References in MediaMediorum
Presse TV au supermarché (Star Market)
La presse télé, du guide TV au magazine TV sans programme

lundi 8 septembre 2014

Un Canard pas assez déchaîné ?


Le Canard enchaîné rend des comptes à ses lecteurs. Transparence appréciable : la qualité de la gestion, le montant des bénéfices sont garants de l'indépendance éditoriale.
Pour 2013, les ventes ont chuté (16 %). Ce n'est pas le prix de vente au public qui est en cause puisque, depuis  23 ans, le prix de vente n'a pas changé (1,2 €). Alors ?
L'explication que propose l'hebdomadaire ressort de la politologie : « notre diffusion baisse – c'est ainsi – quand la gauche est au pouvoir ». D'après le P-DG du Canard, le déficit de lectorat proviendrait de la désertion de l'électorat des partis de gauche. Selon cette explication, l'électeur lecteur de gauche, partisan, bouderait le Canard, lui rapprochant de tenir un discours hostile aux partis qu'il a élus.

On pourrait ajouter deux autres hypothèses.
  • D'abord, une hypothèse technique. L'insuffisance du réseau de distribution et un certain manque de souplesse et de réactivité dans la gestion de l'approvisionnement. Le réglage des services est insuffisant : souvent le Canard, publié le mercredi, est absent des points de vente avant la fin de la semaine. Le Canard, qui ne fait pas concurrence aux points de vente de Presstalis avec une distribution numérique plus ou moins gratuite, mériterait d'être mieux traité. 
  • Ensuite, d'un point de vue politologique, on pourrait renverser l'explication que donne Michel Gaillard (cf. document infra) : des partis de dits de gauche étant au pouvoir, le contenu du Canard deviendrait moins féroce, donc moins drôle et moins intéressant. Pas assez déchaîné, trop domestiqué le volatile ? Du coup, la partie du lectorat qui appartient à l'électorat de l'opposition, de gauche ou de droite, serait moins encline à acheter le Canard
Pour tester et vérifier ces hypothèses explicatives - qui ne sont pas incompatibles et sans doute se cumulent, il faudrait disposer d'une analyse de contenu longitudinale, qui n'existe pas. Faute de cela, on pourrait invoquer l'habitus intellectuel et politique des collaborateurs du Canard... Mais ces études n'existent pas non plus, à notre connaissance. Que fait la science politique des médias ?
  • « Le Canard, écrit M.G., ne tire ses ressources que de ses lecteurs ». Pas tout à fait : il y a une aide de 557 000 € (compensation pour tarif postal en 2013, Source : Ministère de la culture et de la communication). C'est bien peu, comparé à d'autres titres qui contribuent si faiblement au débat démocratique et au pluralisme mais empochent des millions. De plus, Le Canard enchaîné n'a aucun revenu publicitaire : il ne vend pas ses lecteurs à des annonceurs, ne tire aucun profit de son lectorat secondaire (faute d'études d'audience, on ne peut calculer le taux de circulation du titre ; le lectorat secondaire est sans doute égal au double ou au triple de sa diffusion payée, au moins). Journal unique par son modèle économique, son contenu et son rôle dans le débat politique.
Le Canard enchaîné, 3 septembre 2014, p. 4 (M.G. = Michel Gaillard, P-DG de l'hebdomadaire)

Références sur l'histoire du Canard enchaîné :
  • La thèse de Laurent Martin, "Le Canard enchaîné ou les fortunes de la vertu. 1915-1981", Université de Paris 1.
  • Son article dans la revue Vingtième siècle - Revue d'histoire, "Pourquoi lit-on le Canard enchaîné ?",  2000, N°68, pp. 43-54 (disponible ici)
  • Le Canard enchaîné. 100 ans. Un siècle d'articles et de dessins. Avec "Le roman du Canard" par Patrick Rambaud, Paris, 2016, Seuil, 614 p.

jeudi 6 septembre 2012

Cuisine : les recettes de notre histoire

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Cuisine Actuelle passe en revue cinq décennies de cuisine, de 1950 à 2000. Deux passions majeures des lecteurs de magazines sont réunies dans ce hors-série : la cuisine et l'histoire. Ce N°100 ((3,9 €) compte 100 pages ; il comporte un index des plats évoqués (un index des ingrédients de base serait bienvenu).
Cuisine Actuelle, lancé en 1977, publie chaque année 12 numéros réguliers auxquels s'ajoutent 6 hors-série thématiques. Pour un abonnement annuel (38,9€), le mensuel offre une yaourtière...
Dérivé de Femme Actuelle, c'est une marque de Prisma (groupe Gruner + Jahr / Bertelsmann). Selon l'OJD 2011, sa diffusion France Payée est de 159 000 exemplaires ; son lectorat est de 3,8 millions de personnes dont 3 millions de femmes (Source : One 2011). Le taux de circulation est de 24 lecteurs par exemplaire.
  • La revue historique évoque d'abord quelques produits emblématiques de ces cinq décennies, produits dont l'illustration publicitaire et le packaging appartiennent à l'histoire culturelle du siècle : le casse-croûte BN, la levure Alsa dans un sachet avec son Alsacienne en costume régional, danette, La vache qui rit, en portions dans une boîte ronde, la moutarde Amora et ses verres illustrés (cf. infra)... On aurait pu ajouter les sucettes de La Pie qui Chante, Banania, les Entremets Franco-russes, le chocolat Lanvin, la chicorée Leroux... La publicité pour ces produits a contribué à la socialisation de générations d'enfants avec des outils scolaires (protège-cahier, buvards, images à coller dans des albums, porte-plume, double-décimètres). La plupart de ces marques, régionales et artisanales, ont été rachetées par des groupes alimentaires multinationaux (cf. la bataille d'Amora selon L'Express).
  • Cuisine Actuelle dresse ensuite un inventaire de plats français traditionnels et courants, cuisine de tous les jours, sans frime, souvent bon marché : langue de boeuf, steak au poivre, côtes de porc, pâté de campagne, tomates farcies, pommes au four, râble de lapin, gratinée, paupiettes, raclette, parmentier, quiches... Cette cuisine populaire s'est enrichie d'importations : riz cantonnais, tiramisu, crumble, chili con carne, risotto, sushi...
  • Une "rétrospective gourmande" montre en photos l'évolution esthétisante de certains plats traditionnels, le relookage de la poule au pot, de la salade de betteraves et de l'oeuf en gelée ("Variations gourmandes", p. 70-74).
  • Un inventaire des présences de la cuisine à la télévision ("les petits plats dans l'écran" !) parcourt ce demi-siècle, de Raymond Oliver à "Top Chef" (M6) ou "Master Chef" (TF1).
On savait bien que la "cuisine actuelle" a une géographie ; ce hors-série rappelle qu'elle a aussi une histoire. Cette dimension est toutefois peu développée par ce numéro qui s'en tient à l'histoire récente et à quelques points de repère générationels (chansons, mode, etc.). On aimerait en savoir plus sur la diffusion de ces mets traditionnels, leur dé-régionalisation, l'effet de l'histoire coloniale (fruits exotiques, épices, etc.), des technologies (cocotte-minute, robots mixers, fours, moulin à café et cafetière, wok, grille-pain), l'influence nipponne, celle des Pieds Noirs...
A lire ce numéro, on se demande comment un pays doté d'une telle tradition culinaire a pu se laisser aller à importer une restauration rapide de masse sans goût. L'histoire de la cuisine courante plus encore que celle de la gastronomie est celle du goût : comment se transmet-il, comment se structure-t-il ? L'influence de la cuisine industrielle l'emporte-t-elle sur celle de la cuisine familiale ? Quel est l'effet des cantines (scolaires, universitaires, d'entreprise) ? On oublie que la cuisine et l'art culinaire touchent au coeur même du patrimoine, de la socialisation, de l'urbanisme, de l'aménagment du territoire...

Buvard Verres AMORA décorés La Fontaine

lundi 28 mai 2012

LA Times Magazine. Style de vie en crise

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Copie d'écran de l'appli iPad
Un magazine ferme. Mensuel, se disant "Lifetime Magazine", le LA Magazine vit certainement ses derniers jours.
  • Abonnement : 10 $ pour 12 numéros. La distribution des 400 000 exemplaires s'effectue essentiellement par portage au domicile (82%) ciblant les "beaux quartiers" de Los Angeles à partir des codes postaux étendus (zip codes) : "The magazine is distributed in select zip codes that are home to affluent and educated tastemakers. Our distribution covers all 5 counties of the LA DMA" (Source : Media Kit).
Le LA Timescomme le Chicago Tribune, appartient au groupe pluri-média Tribune qui détient également plusieurs stations de télévision.

Le lectorat affiche pour le marché publicitaire des caractéristiques dites haut de gamme : population aisée (220 000 $ / an de revenus moyens), 94% ont fréquenté l'université, 89% sont propriétaires de leur domicile.  Prescripteurs de goût (à la mode !), dits tastemakers. Le magazine circule peu (deux lecteurs par numéro). Les annonceurs appartiennent principalement à l'univers du luxe, de la mode, de la décoration (Source : id.). Une appli iPad et un site Web accompagnent et dupliquent le magazine. Magazine célébrant un "style de vie" luxueux, de consommation ostentatoire ("conspicuous consumption", T. Veblen), il est sans doute vulnérable à une conjoncture de crise économique.

Le magazine fermera après le numéro de juin 2012. Licenciements probables. Un trimestriel lui succéderait couvrant les mêmes domaines, éditoriaux et publicitaires, divisant par 4 les coûts de distribution. Explication "langue de bois de la direction" : "the entire magazine industry has been faced with a very challenging environment". Cette fermeture confirme les difficultés de la presse américaine tant au plan des contenus que des recettes publicitaires ; le tout souvent couronné de mauvaise gestion. Petit à petit, une question s'impose : par temps de crise économique, peut-on rafistoler avec des moyens et des talents numériques un secteur sinistré ? Qui disait de la presse qu'elle était "la sidérurgie des bobos" ? Peut-être faut-il tout revoir, de fond en comble.
"We introduced ourselves to a young man we thought to be a social-media mogul
but turned out to be from the catering company". LA Magazine, novembre 2011
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dimanche 18 mars 2012

"Le Temps" de Rousseau

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Le Temps est un quotidien suisse francophone, récent (1998), issu de la fusion de deux titres, dont le fameux Nouveau Quotidien, très innovant et iconoclaste. Plus de quatre cinquièmes des ventes (45 000 exemplaires) du Temps proviennent des abonnements. Lecteurs fidèles et réguliers. Taux de circulation : 3. (Source : Etude Mach Basic 2011-2012). Il y a ces lecteurs du papier, il ya aussi des lecteurs du numérique (42 000  exclusifs) et ceux qui lisent à tous les râteliers (10 000 "mixtes". Source : Etude pilote Total Audience 1.0). Ces mixtes effectuent aussi des lectures à partir de la toute récente application mobile. Notons, en passant la complexité, à peine effleurée ici, de l'évaluation des lectures multiples proposées par un unique titre média, Le Temps. Aucun média ne peut proposer une aussi grande variété de lectures que la presse.

Le samedi, c'est le jour de la culture. Et, cette semaine, le 17/3/2012, Le Temps consacre sa Une, toute sa Une, et encore son supplément, tout son supplément, Samedi Culturel, à Rousseau. Incroyable ! Un journal qui ne se plie pas aux meilleures ventes ("best-sellers") ou à l'idole du jour. Un quotidien qui, suivant la maxime de Thoreau, fait lire l'éternité ("Don't read the times, read the eternity"). Héritage du Nouveau Quotidien ?

A la Une du supplément, Rousseau, réfugié dans un coin de nature, écrit avec un ordinateur, sur fond de gratte-ciel. Se demande-t-il toujours "si le progrès des sciences et des arts... a corrompu nos moeurs" ? Dirait-il aujourd'hui que le Web, comme l'Imprimerie, a causé des "desordres affreux" et "n'a rien ajouté à notre véritable félicité" ? (Discours sur les sciences et les arts", Par un Citoyen de Genève, 1750).
Le dossier de Samedi Culturel imagine des réponses rousseauistes à des questions contemporaines. Par exemple, "Etes-vous tenté de vous inscrire sur Facebook ?" Réponse imaginaire de Rousseau, paraphrasant Aristote : "O mes amis, il n'y a pas d'amis". Mais Rousseau mettrait-il aujourd'hui ses Confessions sur Facebook, "Le Devin de Village" sur YouTube ? Les considérations de Rousseau sont décidément actuelles qu'il s'agisse de la "lenteur de penser" ou encore de son avertissement à propos des inégalités : "Vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personne" (1755).
L'oeuvre de Jean-Jacques Rousseau a presque de trois siècles ; à la Une du Temps, c'est Voltaire qui apporte le gâteau d'anniversaire pour "entarter" son adversaire préféré.
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mardi 13 septembre 2011

Die Zeit sur iPad : presse de qualité et numérique

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L'hebdomadaire allemand Die Zeit ("le temps" ; diffusion : 490 000 exemplaires, lectorat : 2 millions ; édité par le groupe Holzbrinck) en vient à l'iPad. Le plus classique des titres du journalisme germanophone franchit le pas. Le mercredi, donc un jour avant l'édition papier, on pourra désormais, sur iPad, accéder au numéro de la semaine. Le site propose le journal complet plus une galerie de photos, de vidéos, etc.
Défi majeur : passer du très grand format papier (broadsheet) au petit écran de la tablette.
Le lecteur peut télécharger une version complète du titre ou une version allégée (texte uniquement). En fait, le lecteur dispose de deux lectures, l'une à la manière d'un livre, sans illustration ni publicité, l'autre avec illustrations et publicité (Original Ansicht) que l'on peut agrandir et zoomer à volonté.

Modèle économique ?
Aucune incitation économique à lire le titre sur l'iPad plutôt que sur papier. Sur l'iPad (l'appli est gratuite), Die Zeit est vendu au prix du numéro papier, sauf pour les lecteurs qui paient déjà abonnés à une édition numérique ou à une édition papier.
Ecran avec page complète. A gauche, le sommaire déroulant
  • Prix de l'édition numérique (au numéro)
    • Pour les abonnés papier : 0,40 €
    • Pour les abonnés numériques : 2,99 €
    • Pour les non abonnés  :  3,99 €
  • Prix de vente de l'édition papier en Allemagne : 4€ (mais 5,2 € en France)
  • Un taux de circulation (= lectorat / diffusion) voisin de 4 peut inciter l'éditeur à favoriser les achats personnels par rapport aux achats pour les foyers. En effet, bien que dite payante, cette presse est lue gratuitement par au moins 3 lecteurs sur 4 (= lectorat - diffusion payée). 
Ecran avec texte seulement (page allégée)
Evidemment, l'App Store de Apple (iTunes) prend sa marge (30%) en tant que distributeur, pour chaque numéro acheté, soit 1,2 €.

Il semble que la publicité soit la même sur papier et sur iPad. Dans ce cas, le lectorat iPad pourra être additionné au lectorat papier (ABC /OJD) mais cela risque de confondre, dans certains cas, apport de couverture et apport de répétition (lecture papier + lecture iPad). Pour l'instant, la publicité n'est pas clickable, les messages ne comportent aucun lien, n'engagent aucune transfo (il faudrait une créa spécifique et l'autorisation d'Apple). Pas d'index des pages de publicité, non plus (comme dans la version papier)...Pas de liens pour des mots difficiles, propres ou communs, vers un dictionnaire ou vers Wikipedia. En revanche, on peut remplir les mots croisés faisables directement sur la tablette, tout un programme ! On perçoit donc les limites, et les avantages, de reproduire à l'identique la version papier sur l'iPad.

Au bas de l'écran, menu avec pages miniatures
En feuilletant cet hebdomadaire sur iPad, on pressent que la presse de qualité est mal à l'aise dès qu'elle est loin du papier. Elle n'arrive pas à s'en détacher, elle s'y empêtre. Elle pense papier, articles, tournes, titres, longs paragraphes, longues phrases. Le journaliste écrit, compose papier. En fait, Die Zeit n'a pas admis que l'évolution de son lectorat n'est pas tant une question de support que de contenu et d'accès au contenu. Un même contenu rébarbatif sur papier ne devient pas aimable sur écran. Beaucoup de lecteurs attendent autre chose de la presse (qu'il ne faudrait plus appeler la presse, nous sommes prisonniers de la terminologie) : Twitter, Facebook, FourSquare, Tumblr, YouTube, Google Places et d'autres donnent des indications sur ces attentes, sur les ergonomies et l'esthétique qui les façonnent.

Publicité pleine page
Le lecteur de Die Zeit sur iPad peut choisir la taille des caractères, ce qui est agréable, mais il ne peut pas choisir la taille des articles, leur style, leur esthétique. Penser à Nietzsche qui, toute sa vie intempestif (unzeitig), réclama un lecteur à sa convenance, qui l'aurait lu comme un philologue d'autrefois lisait son Horace (Ecce Homo, 1888), un lecteur lisant lentement, profondément... "Apprenez à bien me lire", exhorte la préface d'Aurores (Morgenröte : "Lernt mich gut lesen", 1881). C'est ce que semblent affirmer tacitement aussi bien la version iPad que la version papier de Die Zeit : apprenez à bien me lire. Pourquoi pas : apprenons à bien écrire ? N'est-ce pas -aussi - l'objectif de l'édition sur tablettes que de promouvoir une autre "mise en mots" pour une autre lecture? Notons au passage que les plus belles pages, les plus communicantes, sont des pages de publicité. Quant au format papier, si l'école n'enseigne plus à le lire dans sa mise en page austère, la bataille de Die Zeit est perdue. Formé à la lecture des textes numériques, le lecteur, sauf s'il est aussi "philologue", ne saura plus lire ces textes. Dans quelques générations, plus de "philologues" ! D'où surgissent quelques questions : comment mettre Nietzsche sur iPad ? peut-on enseigner contre son temps ?
Défi actuel de la presse : s'adapter, inventer et changer la lecture et les lecteurs ou maugréer contre l'air du temps qui a changé, contre les lecteurs qui ne savent plus lire... 
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mardi 4 janvier 2011

Qu'est-ce qu'un média local (3) : La Liberté, quotidien de Fribourg (Suisse)

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La Liberté est un quotidien suisse romand, en langue française, édité à Fribourg depuis 1871. C'est un journal indépendant des grands groupes de presse. Le journal est vendu 2,5 francs (CHF) en semaine et 3,7 le samedi (soit approximativement 1,9 et 2,8 €). Il paraît 6 jours par semaine du lundi au samedi.
L'abonnement annuel s'élève à 378 FS. Notons qu'un rabais est accordé, sur demande, aux moins de 22 ans et aux étudiants (ainsi qu'aux chômeurs).
Le numéro du vendredi comprend un encart de 16 pages "TV sélection" qui donne les programmes de la semaine à venir. Le samedi, TV8, le supplément TV est vendu avec le quotidien (86 000 exemplaires vendus) ; il donne de manière détaillée, en une centaine de pages, les programmes de la semaine à venir. Le premier cahier de ce magazine, au contenu people, jeux, etc. semble rencontrer un succès publicitaire.
Le tirage contrôlé du quotidien (certifié Remp, Recherche et études des médias publicitaires), pour 2009-2010, est de 39 000 exemplaires. Le lectorat est de 101 000 personnes. Soit un taux de circulation supérieur à 2 : le titre engendre peu de lectures gratuites. Le lectorat est en progression (7,5% sur dix ans).
Différents cahiers de La Liberté. 
La concurrence régionale provient de La Gruyère, tri-hebdomadaire sud-fribourgeois (34 000 lecteurs) mais également de 24 Heures, le quotidien vaudois de Lausanne, sur les secteurs limitrophes des cantons de Vaud et de Fribourg (régions d'Avenches-Payenne-Moudon-Oron). Le Freiburger Nachrichten, qui vise la population de langue allemande dans la région de Fribourg, voit son lectorat progresser (41 000 personnes).
  • Le prix facial est ce qui surprend le plus un habitué des médias français : le quotidien régional est plus cher en France qu'en Suisse.
  • Deuxième surprise : pas d'aides de l'Etat, à la différence de la France. Seulement des tarifs postaux adaptés, comme partout dans le monde.
  • Presse qui ne perd pas de terrain, alors que les grands titres régionaux ou nationaux, gratuits (20 minutes) ou payants (La Tribune de Genève) connaissent des baisses de diffusion importantes
Le numéro du vendredi (comptages effectués sur ceux du 12 novembre et du 17 décembre) compte 32 pages réparties, comme toujours en 4 sections (cahiers) : une première section nationale et internationale, une section Régions, une pour le Sport, la dernière section compte une page "Jeunes", une page cinéma, une page de programmes télévision, une page multimédia, une dernière page, généraliste avec la météo et trois pages de publicité.
Le quotidien accueille au total 6 pages de publicité (sur 32). Dans le numéro de samedi, la quatrième section est ititulée  "Magazine Culture" (8 pages).

La Liberté est déclinée partiellement en accès gratuit sur Internet (http://laliberte.ch/). Un abonnement annuel à la version PDF du titre est vendu 199 francs (contre 378 pour l'édition papier). Le coût d'accès au PDF pour les abonnés à la version papier est de 35 francs.
Le site compte en page d'accueil de nombreuses vignettes clickables (petit format). Petites annonces immobilières, emploi. Des bonnes adresses (classement thématique). Le titre est présent sur Facebook.
Le titre a confié sa régie publicitaire à Publicitas.

Seule la section "Régions" est vraiement locale, une partie de l'information sportive également (en concurrence avec les pages Sport du Matin). La publicité et les petites annonces sont locales. Tout le reste est supra-régional (collaboration avec des titres francophones : Libération, Rue 89 et La Libre Belgique). Pour les informations en Suisse, La Liberté collabore à un pool rédactionnel et pubicitaire comprenant des régionaux non lémaniques ; il dispose aussi de rédactions décentralisées à Lausanne, Berne, Payerne, Bulle et Romont.
Les archives sont numérisées de 1871 à 1920, rendant l'histoire locale et régionale accessible à tous.

En résumé, à confronter avec notre approche d'un régional américain et d'un régional français :
  • Le positionnement du titre est délibérément généraliste et pluri-dimensionnel, local (Fribourg), régional, national et international. Le lecteur dispose avec ce journal d'une offre informationnelle complète.
  • Le titre se vend plus cher qu'un quotidien régional français (à titre de comparaison, l'abonnement annuel au Bien Public, quotidien régional de Bourgogne s'élève à 306 €).
  • Le titre maintient et améliore sa position sur le marché média malgré le développement de la concurrence numérique, de la télévision locale (la télé) et de la presse gratuite. "Cela signiifie que nous habitons très bien notre zone économique", résume Nancy Zürcher (responsable marketing).
  • La numérisation semble se mettre en place prudemment, lentement peut-être. Il s'agit sans doute d'être en phase avec le lectorat. Toutefois, étant donné l'importance de la population universitaire dans la région, des initiatives numériques plus hardies permettraient, peut-être, d'étendre le lectorat du quotidien et de moderniser l'image du régional. L'"infomanie", qui permet aux lecteurs témoins d'un événement d'alerter les journalistes par téléphone, pourrait aisément devenir la base d'un dispositif de crowd sourcing de l'info locale et régionale.

mercredi 18 août 2010

Qu'est ce qu'un média local (1) ? The Day (Etats-Unis)

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Boîte pour déposer le journal  (portage)
placée devant l'habitation  des abonnés.
Effet d'image dans les zones comptant
beaucoup d'abonnés. Photo CmM.
Prenons l'exemple d'un journal américain local et quotidien : The Day avec son sous-titre latin, "Mare Liberum, Vox Libera" qui dit la vocation maritime, commerciale et militaire, de la région. The Day a été créé en 1881 ; sa zone de diffusion se situe entre Boston et New York, au Sud-Est du Connecticut ; elle couvre une trentaine de "comtés" ("20 towns") autour de la petite ville de New London. Le lectorat déclaré pour le papier est de 100 000 personnes ; le site génère 7 millions de pages vues en ligne, par mois (déclaration du titre). Le titre appartient à une fondation (public trust), ce qui lui laisse plus d'indépendance de gestion qu'un actionnariat privé (les bénéfices sont redistribués à des associations, non-profit organizations) locales (primary circulation area).

Quotidien papier
  • 7 jours sur sept. 75 cents pour l'édition papier en semaine. 
  • Abonnement annuel : 247 $, portage inclus.
Quotidien numérique
    Explorons les contenus de l'édition papier du journal du samedi 14 août, section après section (N.B. aux Etats-Unis, le 15 août est un jour comme les autres).
    • Section A, 8 pages. La première page est consacrée à des questions locales. La dernière donne les horaires du rammassage scolaire local. Les 6 autres pages sont nationales et internationales. 
    • Section B, 6 pages. Toute entière consacrée à la région.
    • Section C, 8 pages. Sport national en majorité. 1,5 page de sport local. 1,5 page de Petites Annonces locales. 0,5 page de jeux. 1 page de météo nationale.
    • Section D, 6 pages. 0,5 page locale (Business+ programmes des salles de cinéma)
    • Sections E et F, 12 p. Toutes deux consacréees à l'automobile, "Wheels". En fait, il s'agit d'un cahier publicitaire.
    En comptant largement en faveur du local, sur 40 pages, seules 10,5 pages sont d'intérêt local. Près des trois quarts de la surface rédactionnelle et publicitaire vient d'ailleurs : syndication nationale, agence de presse (AP), etc. Un comptage homologue pour le numéro du lundi 16 août donne une proportion de "local" de moins d'un tiers (7 pages sur 24).

    Observations
    • Pour un lecteur équipé pour la consultation quotidienne d'Internet : l'offre en ligne est plus riche (archives), plus commode, plus ergonomique que l'offre papier. Elle est ausi gratuite lorsqu'il s'agit du site ; elle est deux fois et demi moins chère en reproduction numérique avec viewer.
    • Pour un annonceur : l'édition en ligne présente les mêmes atouts publicitaires, auxquels s'ajoutent une connaissance plus certaine et plus détaillée des pages vues (lesquelles, combien de fois) et une maîtrise de la fréquence (capping). Toutefois, l'édition papier reste manifestement plus puissante* (cf. infra). Des possibilités sont offertes par la collaboration avec Yahoo! (plateforme APT) pour la vente de certains espaces publicitaires dans un cadre national. L'insertion de ces supports numériques locaux dans des réseaux publicitaires (ad networks), leur collaboration avec des outils modernes de vente seront cruciaux dans un proche avenir.
    • Cette presse dite locale n'est pas si locale qu'elle le prétend. Le contenu non local n'est pas exclusif, il s'en faut de beaucoup ; on peut même dire de ce contenu non local qu'il est disponible partout ailleurs : radio, TV, Internet. En fait, la conception éditoriale de ce journal est restée celle du temps où la presse était un média unique et total pour ses lecteurs. 
    • Le site comme le journal sont "remplis" de contributions de l'agence Associated Press (AP StateAP NationAP World, AP Video), de Bloomberg News, de contenus syndiqués, de publi-rédactionnels (ARAlifestyle), etc. Est-ce raisonnable ? Ne vaut-il pas mieux investir dans le journalisme local, exclusif, que payer un abonement pour des informations omni-présentes et passe-partout (cf. la stratégie de CNN) ?
    • Comme il est peu local, le titre est doublement vulnérable à la concurrence
      •  Pour les aspects régionaux, nationaux et internationaux, à celle des deux quotidiens régionaux des très grandes villes voisines, le New York Times et surtout le Boston Globe (qui appartiennent au même groupe). D'aileurs, le Boston Globe mène en ce moment sur la zone de recrutement de Today une importante campagne de recrutement téléphonique. 
      • Pour les aspects locaux, à la concurence des médias exclusivement locaux, souvent gratuits (cf. infra, le cas d'un concurrent gratuit hebdomadaire) 
      • Vending machines en milieu rural (Photo CmM).
        Boîte de droite, un concurrent gratuit, hebdomadaire
        (groupe Sun), publié le jeudi (10 000 ex). Contenu 100%
        local avec inserts et beaucoup de Petites Annonces.
    Le salut de cette presse locale se trouve sans doute dans les contenus strictement locaux, voire hyper-locaux et dans le recrutement d'abonnés et lecteurs des éditions numériques. Cela passe par un nouveau journalisme, le recours maîtrisé au crowd sourcing, la réinvention des localiers (cf. les "town bloggers"). Tout ce travail de reconfiguration du travail d'information locale est à l'oeuvre avec la diversification : un site communautaire, Zip 06, des hebdomadaires, des guides thématiques, etc.
    Le prochain défit pour ces éditeurs est celui de la publicité locale mobile et du géomarketing.


    * Mon estimation des pages vues papier ("educated guess" !) par mois : 
    = lectorat (100 000) / taux de circulation (4) x reprises en main par page (2,5) x nombre de page (40) x 30 jours 
    = 75 millions de pages vues / mois ; une même estimation avec l'édition du lundi donne 45 millions de pages vues papier / mois. Sans doute, en moyenne, avec le dimanche, 8 à 10 fois plus, pour l'édition papier que pour l'édition numérique (comment l'édition Epaper est-elle comptabilisée, avec l'édition papier ou l'édition numérique ?).
    Cette estimation est évidemment approximative mais les écarts repérés restent indiscutablement en faveur de l'édition papier. Bien sûr, on ne sait guère ce qu'est la duplication entre les lectures sur Internet et celles du papier. Mais s'agit-il des mêmes médias ?
    N.B. Pourquoi le médiaplanning pour l'édition papier ne prend-il jamais en compte le nombre de pages vues ?

    mardi 23 mars 2010

    Presse : lectorat secondaire, le payant engendre le gratuit

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    Dans les médias, dénoncer la gratuité est un exercice salvateur. On en oublierait que la télévision la plus regardée est gratuite, que toute la radio est gratuite, et l'affichage aussi (mobilier urbain, transports). Et que la presse payante, elle-même, est souvent gratuite pour la majorité de ses lecteurs.
    En effet, pour un exemplaire payé, on compte de nombreuses lectures gratuits : lectures dans les points de vente, lectures dans les lieux où l'on attend où l'on attend (wait marketing : coiffeur, médecin, dentiste, etc.), lectures dans les transports (train, avion), exemplaires mis à disposition, prêtés, donnés... On parle alors de lecteurs secondaires, par opposition aux lecteurs primaires, ceux qui ont choisi d'acquérir un exemplaire, se sont rendus au point de vente et l'ont payé, autant d'indiscutables témoignages d'engagement, d'intérêt. Les lecteurs secondaires sont des lecteurs d'occasions, profitant d'une opportunité.

    Le rapport entre l'audience totale du titre et la diffusion payée (DFP) est le nombre moyen de lecteurs par numéro vendu ou taux de circulation. Ce taux indique le nombre de lecteurs "gratuits" engendrés par un numéro payé. Par exemple, en 2008, Fan 2, bimestriel visant les adolescentes, comptait 1 466 000 lectrices (AEPM) pour une diffusion de 80 065 exemplaires (OJD, DFP). Soit : 80 065 lectrices qui ont payé et 1 386 000 qui n'ont pas payé. Taux de circulation = lectorat / DFP =  18,3. Voir l'exploitation de ces données par la régie publicitaire du titre, Régie M6 Interactions.
    • Toutes ces pratiques de gratuité visent le marché publicitaire, elles font pencher l'équilibre économique du titre en faveur des revenus publicitaires (l'éditeur vend des lecteurs à des annonceurs plutôt que des magazines à des lecteurs). 
    • Les numéros déposés à l'entrée des universités relèvent de la même finalité commerciale : recueillir une audience jeune et diplômée, actuellement rare dans le lectorat de la presse quotidienne mais aussi recruter et fidéliser des lecteurs/trices encore jeunes (investissement). 
    • Comment valorise-t-on un lecteur payant par rapport à un lecteur gratuit ? Combien de lecteurs secondaires vaut un lecteur primaire ? Pour le calcul de l'audience totale et d'un Coût Pour Mille Lecteurs (CPM), on divise parfois l'audience secondaire par deux. Que sait-on de la différence entre lecture primaire et lecture secondaire ? Peut-on affirmer que le taux de circulation est l'inverse d'un taux d'intérêt ?
    • Peut-on transférer ces notions à d'autres médias ? Qu'est-ce qu'un téléspectateur primaire sinon celui qui tient la télécommande ? Un auditeur secondaire ? Celui qui entend la radio sans avoir voulu l'écouter (passager d'un taxi, client d'un bistro, etc.) ? Et sur Internet, avons-nous encore des lecteurs secondaires ? Redoutables questions si l'on s'en sert pour analyser la relation aux contenus qui composent un média, pour analyser les différences de réception, de perception entre un contenu que l'on a trouvé après l'avoir cherché et un contenu que l'on a trouvé sans le chercher (serendipity). 
    Dans une économie de médias à la demande, y aurait-t-il encore des consommations secondaires ? La gratuité dans les médias n'est pas exceptionnelle, et certainement pas nouvelle, au contraire. Plutôt dénoncée qu'analysée, elle est pourtant la base même de l'économie des médias.
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    mercredi 14 octobre 2009

    Lecteurs et payeurs

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    Il y a des lecteurs qui paient pour lire la presse et il y a des lecteurs qui lisent la presse sans la payer.
    Ni la "presse gratuite" ni Internet n'ont inventé la lecture gratuite. La presse payante, surtout lorsqu'elle est vendue au numéro, génère un nombre élevé, parfois très élevé, de lecteurs gratuits. Sans doute davantage que la presse gratuite. L'habitude de gratuité est ancienne et bien ancrée dans les comportements des lecteurs. Emprunter, lire hors du foyer (bistro, bureau, coiffeur, médecin...), différer la lecture, lire et relire des numéros anciens : autant de ruses de lecteurs.

    Illustration (rappel)
    Prenons un exemple théorique, mais réaliste. Soit un titre qui vend 100 exemplaires (Diffusion France Payée, donnée OJD, procès-verbal de diffusion) et qui compte 600 lecteurs (enquête déclarative sur la lecture de la veille, dite lecture dernière période, LDP) : le titre a généré 500 lecteurs gratuits (audience secondaire, secondary ou pass-along readers). Le taux de circulation (readers-per-copy) est un multiplicateur de lecteurs (dans notre exemple, Tc = 6). Il représente le rapport audience totale / audience première (primary). Ces lecteurs gratuits sont de diverses provenances (salles d'attente, emprunts, dépôt dans les universités, lecture sur le point de vente, au bistro, à la bibliothèque, etc.). Ce taux de circulation sous-estime encore la réalité puisqu'il ne prend en compte que la période dite de référence, correspondant à la périodicité du titre ; certains titres s'apparentent au livre et sont conservés, lus et relus bien au-delà de cette période de référence, certains sont gardés très longtemps, collectionnés même (l'éditeur commercialise des reliures à cette fin).
    • Le taux de circulation peut varier de 3 à plus de 20. 
    • Notons que le payeur n'est pas toujours un lecteur, ni même un prescripteur d'achat. 
    • Souvent, un taux de circulation faible est compensé par un nombre élevé de reprises en main (exemple : presse TV) ; en revanche, les reprises en main sont, hélas, rarement prises en compte dans le médiaplanning (on ne prend en compte que le lecteur "unique" comme ailleurs le visiteur unique - VU).
    La publicité achète les contacts avec tous les lecteurs, dont ces lecteurs gratuits ; la presse met en place les études qui lui permettent de valoriser ce lectorat gratuit auprès des annonceurs et des agences média.
    • Selon les pays, le coût pour mille lecteurs gratuits (CPM) vaut une fraction plus ou moins grande du CPM lecteurs payants (primaires). 
    • Cette structure de lectorat payant / gratuit traduit une structure de chiffre d'affaires (revenu direct des ventes / revenu publicitaire, indirect). Le revenu publicitaire est en général plus volatile, plus sensible à la conjoncture économique que le revenu des ventes (numéro ou abonnement).
    A verser au dossier de la gratuité et de la lecture gratuite dont l'existence n'a pas attendu Internet.
    • Peut-on transférer à Internet le couple notionnel "lecture primaire / lecture secondaire" ? Peut-on assimiler l'audience de la presse sur Internet à un lectorat secondaire ?
    • Quelle est la pertinence sociologique, et donc commerciale, du primat accordé au lecteur "unique" et instantané (couverture à au moins 1 contact) ? Acceptable pour des gratuits quotidiens que l'on jette une fois parcourus, ce primat a moins de sens pour la plupart des titres de plus longue durée : pour les magazines notamment, les reprises en main sont significatives et importantes, elles sont gages d'engagement, d'un taux d'intérêt élevé, d'un contrat de lecture riche.
    • Le lecteur qui feuillette sur le point de vente, au bureau ou au bistro (lectorat secondaire) ne se différencie du lecteur sur Internet que par le contexte publicitaire. A publicité égale, pourquoi ce dernier vaudrait-il moins cher ? D'où tient-on qu'un message vu gratuitement (ODV d'un écran, dit "page") sur Internet est beaucoup moins efficace qu'un message vu gratuitement sur papier (ODV dans un numéro) ?