Stéphane Legleye, Annaïck Rolland (division Conditions de vie des ménages, Insee), "Une personne sur six n’utilise pas Internet, plus d’un usager sur trois manque de compétences numériques de base", INSEE Première, N° 1780, 30 octobre 2019.
L'INSEE vient de publier une étude sur la place d'Internet dans la vie des ménages français.
Tout d'abord, internationalement, en Europe exclusivement, les Français se tiennent dans la moyenne, un peu au-dessous, comme l'Espagne, le Portugal ou l'Irlande mais bien loin derrière l'Islande, les pays scandinaves, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou l'Allemagne. Découpage géographique qui en recoupe d'autres, très anciens (catholiques / protestants ; couverture des toits en tuiles / ardoises, etc.) ; la France est plutôt à la traîne, derrière l'Europe du Nord ; mais elle se situe devant l'Europe du Sud et de l'Est. A moins que ce ne soit le niveau de vie : la Norvège, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, la Suisse, la Finlande et le Royaume-Uni sont en tête.
Pour ce qui est de la "capacité numérique" et des "usages d'Internet", le diplôme s'avère discriminant mais, néanmoins, les chômeurs sont mieux placés que les autres inactifs et retraités (effet d'âge, effet de la nécessité ?), de même que les ménages avec enfants (les enfants enseignent et forment leurs parents).
Un quart de la population est encore incapable de s'informer à l'aide d'Internet. Notons que 49% des usagers d'Internet se trouvent incapables de chercher des informations administratives (33% sont incapables de trouver des informations sur un produit ou un service) : ce qui pointe leur défaillance, certes, mais aussi celle de l'administration et de l'Etat : il faut inventer sans cesse une didactique spécifique capable de promouvoir les usages d'Internet.
![]() |
Part de personnes ayant une incapacité ou en situation d'illectronisme
|
La conclusion de l'étude, sans surprise, est qu'il faut lutter contre l'illectronisme, cause de "vulnérabilité sociale", parmi d'autres : "Ne pas avoir accès à Internet ou ne pas savoir utiliser les outils numériques représente donc un réel handicap". Mais si cette étude est sans surprise, c'est aussi parce qu'elle s'en tient aux généralités... Aller fouiller dans les détails donnerait à mieux comprendre la société française contemporaine.
Une des principales leçons que l'on peut également tirer de l'étude est le besoin de services publics d'Internet chargés d'enseigner son usage, services qui pourraient être confiés systématiquement, entre autres, à des entreprises du secteur public (éducation, transports, santé, postes, etc.) mais également aussi aux banques, aux commerces...
En fait, pour conclure, plus on est pauvre et moins on accède aux services d'Internet, mais ceci est vrai de toutes les pratiques culturelles, et on le sait depuis longtemps... Cette étude le confirme dans ses grandes lignes, et c'est bien.


