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samedi 31 janvier 2026

Anatomie d'une affaire de sondages

Alain Garrigou, Anatomie d'une "affaire". Les sondages de l'Élysée, Préface d'Olivier Beaud, 2025,  236 p. 

C'est une histoire presque drôle que raconte Alain Garrigou dans ce livre. L'affaire commence en été 2009 et s'achève en automne 2021 : il s'agit du financement de sondages électoraux par l'Elysée. L'auteur, agrégé d'histoire et de sciences politiques, est à la fois observateur et acteur de cette période.
Cette autobiographie commence par le contrôle des comptes, le premier, de la présidence de la République (le président est alors Nicolas Sarkozy). La Cour des comptes notait dans son rapport des dépenses "exorbitantes" de près de 1,5 million d'euros pour des sondages politiques.
La Cour des comptes évoquait aussi un personnage anonyme, Patrick Buisson, ancien rédacteur en chef de Minute, "journaliste d'extrême-droite" mais également patron de la chaîne Histoire (groupe TF1). Il sera l'adversaire constant d'Alain Garrigou durant la durée de cette "affaire".
On assiste à une longue bataille d'un universitaire contre une institution qui a beaucoup de pouvoirs : les forces sont inégales mais l'universitaire gagnera quand même.
Ce livre est une bonne leçon pour les universitaires qui seraient amenés devant les tribunaux pour défendre leurs opinions même solidement et juridiquement fondées. 

vendredi 13 mai 2016

Audiences TV des jeunes. Méconnaissances


On lit, ici et là, que les jeunes regardent moins la télévision. Les jeunes d'aujourd'hui moins que les jeunes d'hier ? Les jeunes d'aujourd'hui moins que les moins jeunes d'aujourd'hui ?

Comment le sait-on ? Puisque l'on lit aussi que les jeunes répondent beaucoup moins aux enquêtes d'audience. Les jeunes d'aujourd'hui moins que les jeunes d'hier ? Les jeunes d'aujourd'hui moins que les moins jeunes d'aujourd'hui ?

"Y a quelque chose qui cloche là-dedans..." (Boris Vian)

mercredi 3 novembre 2010

Publiphiles et publiphobes

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Ah! ces petits mots grecs, si commodes, tellement flous en français ! Un sondage établit que la publiphobie augmenterait. A première lecture, l'affirmation semble claire. Pourtant, comment interpréter cette horreur, cette crainte de la publicité ? Etrange maladie.
D'abord, à quelles conditions un consommateur "aime"-t-il la publicité "en général" ? La question "générale" est bizarre, car elle ne se pose guère... que dans les sondages. Voyons plutôt quand, à quelle occasion notre consommateur "aime" un message publicitaire particulier ? Il "aime"(philein, φιλεῖν) ce message s'il lui est utile (information commerciale tombant à point, exploitable à court ou moyen terme) ou / et agréable (humour, rêverie, curiosité, etc.). Si le ciblage est bien conduit, si le message atteint le "bon" consommateur, au "bon" moment, alors ce consommateur est, à l'occasion de ce message, publiphile sans le savoir, sans même s'interroger car il ne se pose pas ce genre de question. En cas contraire, il sera, pour l'occasion, publiphobe, sans le savoir, pour la même raison. Il est raisonnable de ne pas aimer, de ne pas rechercher la publicité dont on n'est pas la cible.
Un même consommateur passera donc, tour à tour, en quelques instants, au gré des rencontres publicitaires, pratiquement, de la publiphobie à la publiphilie. Le temps d'un écran pub à la télé, d'un site sur Internet, d'un couloir dans le métro.

Cette opinion publique n'est que le produit d'un sondage. Qui n'est pas sondé n'a pas d'opinion sur le sujet. Mais qui donc accepte d'être sondé ? De qui le sondé est-il représentatif ? Son opinion est la réponse à une interrogation simplificatrice : questions fermées (type cafetaria : choix limités et exclusifs). Sa réponse est pré-formatée. C'est une déclaration dans l'air du temps, conforme sans doute à ce que le sondé croit que le sondeur attend (causalité du probable) ?
Poser de telles questions, hors contexte, abstraitement, c'est imposer à des consommateurs des questions qu'ils ne se posent pas, c'est inventer pour eux des positions "théoriques" à "prendre". La publiphobie, la publiphilie, n'existent pas. Ce sont des inventions, des artéfacts de sondage, et des maronniers.
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