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dimanche 16 octobre 2016

Loisirs créatifs à vendre : Amazon et NBC s'y mettent aussi


Amazon fait incursion dans les loisirs créatifs et les produits artisanaux, fait main, avec sa boutique Handmade.
Amazon étend son empire pour concurrencer Etsy, place de marché américaine créée en 2005 et spécialisée dans le domaine (craftmanship) ; Google permet aux vendeurs d'Etsy de lancer des campagnes publicitaires pour leurs productions avec Google Shopping. Professionnalisation des amateurs (Pro-Ams).

Depuis longtemps, la presse magazine française témoigne de l'importance de ce centre d'intérêt, proche du bricolage, de la maison et de la décoration. Activités à l'origine plutôt féminine, liées traditionnellement aux travaux d'aiguille (tricot, broderie, crochet, etc.) : "les femmes ont du talent" souligne Modes & Travauxmagazine créé en 1919, qui dispose d'une boutique à Paris. Les magasins vendant du matériel pour réaliser de tels produits sont nombreuses (merceries, papéteries, etc.). Le do it yourself a aussi son propre salon, complétant l'écosystème des loisirs créatifs (ou son champ).

"Près de 3 Français sur 4 pratiquent une activité créative dans le cadre de leurs loisirs, selon Ipsos, plaçant cette activité devant la lecture, le sport et le cinéma (novembre 2015, enquête en ligne auprès d’un échantillon de 1 003 personnes représentatif de la population française âgée de 16 à 75 ans du 23 au 29 octobre 2015). L'enquête confirme l'aspect social et familial de cette pratique : les créatrices montrent et offrent leurs réalisations à leurs amies, à la famille.
La télévision aussi s'est emparée du thème : M6 propose l'émission"Cousu main" adaptée de "The Great British Sewing Bee" (BBCtwo, 2013) où s'affrontent des amateurs. Surtout, beaucoup de vidéos de type "How To" sont disponibles sur YouTube pour aider à créer, réparer, économiser...

En France, A Little Market en France (2008, cf. infra) occupe ce créneau où Facebook a lancé Marketplace en octobre 2016 : on y peut acheter et vendre. On n'est jamais loin du style du Bon Coin. Le commerce le plus moderne rejoint ainsi le commerce le plus ancien et l'économie informelle : le marché est un bien public, rappelle l'historienne Laurence Fontaine.

Mise à jour (19 janvier 2017) La presse suit également cette tendance : Mollie Makes, se déclarant "le magazine qui révolutionne le DIY", publie en janvier 2017 un hors série "Création avec le Web & les réseau sociaux" qui comporte un article intitulé "vendre ses création" (cf. supra).

Mise à (jour 11 mai 2017) Aux Etats-Unis, le network NBC Universal rachète le site Web Craftsy consacré aux loisirs créatifs (crafting : jardinage, quilt, cuisine, couture, broderie, etc.). Craftsy a mis en place des modules vidéo de formation.

Mise à (jour 23 mai 2017). Amazon attaque aussi le marché des objets artisanaux associés au mariage (Handmade Wedding shop).

Mise à (jour 7 juillet 2017). Etsy, en difficulté aux Etats-Unis, licencie et ferme deux filiales françaises : alittleMarket et alittleMercerie (cf. l'article de L'Usine Digitale). Pour l'instant le diagnostic n'est pas clair.



mardi 10 novembre 2015

Saveurs des blogs culinaires


Spécial blogs culinaires. Hors série de SAVEURS, 5,9 €, octobre 2015, 140 p. Index alphabétique des blogs et des recettes, des comptes Instagram. Carnet d'adresses.

Les blogs intègrent et alimentent la presse papier. 50 blogueuses et blogueurs prennent le pouvoir dans ce hors-série consacré à la cuisine.
Il s'agit de contributions délimitées, atomisées, élémentaires que le magazine agrège : les recettes, trucs, astuces, tours de main, conseils (how-to dans les blogs américains) conviennent bien à ce type d'exposition et d'organisation. S'adapte à tout ce qui relève des loisirs créatifs, du bricolage maison. Les loisirs créatifs, c'est le sens pratique, des habitus partagés, loin des légitimités établies. Des énoncés simples aussi, listes d'ingrédients, phrases brèves à l'impératif cordial...

Le hors série sélectionne et publie 127 blogs et 91 recettes.
Scandant le magazine, quatre double pages thématiques liées à la cuisine : pour les outils "du plan de travail", les livres, les ingrédients ("le placard idéal des blogueuses"), deux pages pour les astuces.
Le format est simple et clair, facilitant le feuilletage, la lecture et l'utilisation : deux pages par blogueuse, la page de gauche réservée à une "bio" avec anecdotes et photo d'identité, la page de droite pour deux recettes avec photos. Belles photos, d'ailleurs.
De tout cela se dégage une atmosphère de cordialité et complicité qui sied à la cuisine et aux échanges. Manifestement, quelque chose est en train de s'inventer.

Assiste-t-on à une transformation du journalisme par le Web et les réseaux sociaux ? S'agit-il de dé-professionnalisation ou de professionnalisation progressive d'amateurs (Pro-Ams) ? Une extension du domaine professionnel des journalistes qui deviennent découvreurs, éditeurs ? Une évolution de l'économie et des économies domestiques (on-demand economy ?) ? A suivre...
Ce hors séries de Saveurs confirme une piste d'innovation pour la presse qui finit par s'enrichir de la culture Web et mobile sans renoncer au papier. Saveurs est également présent sur l'Appstore d'Apple. Déjà, As You Like avait donné le ton empruntant aux "blogueuses, instagrameuses et créatrices connectées" : "féminin dénicheur de talents". Depuis, il y a eu aussi, entre autres, L'Atelier scrapbook : le meilleur des scrapblogueuses, bimestriel, 6,9€, octobre 2015 pour les loisirs créatifs.

Cette collaboration de l'ancien et du moderne, de divers supports, de blogs issus du Web publiés sur papier, peut évoquer ce qui se passe en vidéo / TV avec YouTube et les mcn. Par exemple : All Things Hair, chaîne de coiffure créée par Unilever avec ses "hair care how-to videos". Ou encore le journalisme citoyen (citizen journalism) tel que le pratique CNN avec iReport (cf. "Defeated by social media, CNN overhauls iReport", par Ricardo Bilton).

lundi 4 mai 2015

Magazine féminin ? As You Like... devient Oh! my mag


Oh !my mag : résultat de la fusionne du magazine papier As you like avec le site ohmymag en septembre 2017. Mensuel, 3 €.

As you like par Prisma (Gruner + Jahr), 152 p.
Lancement : 135 000 exemplaires. Trimestriel, 3€. "le meilleur des blogs en version papier". Site web.

ohmymag s'adressait à une cible féminine avec les ingédients habituels : style de vie, tendance, mode, beauté, luxe, cuisine. On dit plutôt lifestyle et food ! Et l'on déclare viser les millenials.

As you like devient Oh ! my mag. Le magazine de Prisma, portait un titre presque shakespearien ! Il avait failli s'appeler Follow, titre abandonné pour des raisons légales. Certes ce titre aurait bien collé à son positionnement éditorial : repérer des influenceurs et les tendances à suivre. Mais avec "comme il vous plaira" (traduction classique du titre de la pièce), le titre regagne des degrés de liberté et un ton est annoncé : légéreté, caprices, espièglerie. Plaisir des consommations et des comportements d'abord...
La couverture le dit en photo : il s'agit d'un magazine féminin et c'est bientôt l'été.

Qu'est-ce qu'un magazine féminin ? 
L'évolution de notre société aligne progressivement le statut des femmes sur celui des hommes et réciproquement, aussi n'est-il plus guère de territoires de consommation strictement féminins ou strictement masculins, hors des "techniques du corps". Reprenons la terminologie classique de Marcel Mauss, anthropologue (1934) : les techniques du corps incluent les soins du corps, le maquillage, les régimes alimentaires, la forme, la santé, les vêtements, la sexualité, la naissance, l'enfance. C'est dans les techniques du corps que presse féminine ou presse masculine trouvent leurs terrains de prédilection respectifs, leur spécialité marketing (Unique Selling Proposition).

Dans un magazine, tout autant peut-être que l'éditorial, la publicité commercialisée énonce et construit a posteriori la cible escomptée. Un magazine qui publie des messages publicitaires pour célébrer et vendre des produits féminins sera dit féminin.
Quels produits trouve-t-on dans As you like, qu'il s'agisse de la publicité ou des rubriques shopping (guide d'achat) ?
Inventaire : joaillerie, soins (épilation, bronzage, coiffure, minceur, régime), maquilllage, vêtements, décoration, accessoires. Voilà pour le cadrage féminin ; ne sont absentes, parmi les techniques du corps, que la naissance et l'enfance qui font généralement l'objet de sous-ensembles spécifiques de magazines féminins. Hors techniques du corps, on trouve dans le magazine de la publicité pour la cuisine, l'automobile et le voyage, qui sont des produits mixtes.

Journaliste ou blogueuse ?
L'innovation éditoriale essentielle du magazine consiste dans le principe d'une collaboration journalisme + blogs et réseaux sociaux (Instagram, Pinterest). Modèle économique popularisé par The Huffington Post. La blogueuse a-t-elle statut de journaliste (formation professionnelle, carte professionnelleetc.) ? Oui, dit le droit français, si la majorité de ses revenus provient du journalisme (cf. article L.7111-3 du Code du travail), oui, par conséquent, si la rédaction d'un blog est reconnu comme journalisme... On tourne en rond.
L'originalité éditoriale de As You Like vient des Blogs Hellocoton (plateforme de blogs achetée par l'éditeur en 2012) : les femmes sont auteurs. Ensuite, vient une sélection trimestrielle de contenus publiés sur les blogs, les réseaux sociaux. Two step flow of communication !
"Le magazine connecté qui explore le web et déniche les talents d'aujourd'hui et de demain", ainsi se définit le magazine. Elargie, la presse devient à son tour média de médias : le numérique a copié et dévalisé le papier ; en retour, le papier s'inspire des seules innovations éditoriales du numérique, les réseaux sociaux. "Stratégie rupturiste", annonce le communiqué de presse de lancement. "Ce magazine va dans le sens de la transformation que vit la presse féminine aujourd'hui, en se servant de son déploiement digital pour se réinventer", explique Pascale Socquet, Editrice du pôle Femmes de Prisma Media. Une volonté de repenser la presse féminine est déclarée, une expérience est lancée ; plutôt que de juxtaposer papier et support numérique, ce magazine organise et orchestre une synergie féconde entre eux. Saluons cette innovation qui se propage (cf. le hors série du magazine Saveurs consacrés aux "Blogs culinaires", 16 octobre 2015 : "nos 50 blogueuses coup de cœur" et leurs recettes).

Des blogueuses comme tastemakers, influençeuses influencées ; "blogger outreach" : les marques suggèrent des tests aux blogs, qui recommandent (ou pas) leurs produits ; ensuite, le magazine suit les blogs, leur emprunte des idées (blogger outreach campaigns). Ainsi, le prescripteur n'est directement ni le journaliste ni la marque.
Innovation éditoriale ? "Le meilleur de la toile", "être au fait des nouvelles tendances en matière de mode, déco, beauté, cuisine, et tourisme au travers de reportages sur des personnalités tendances". Des "personnalités" sont déclarées "tendance", elles sont repérées comme telles par des blogueuses spécialisées dans les tendances : à leur tour, ces blogueuses transmettent les tendances aux lectrices qui les suivent et deviennent tendance, accentuant ainsi la tendance, accélérant sa diffusion : self-fulfilling prophecy ? Magazine people, au second degré ? Prédictif ? Tout cela, sans doute.

Avec As you like, les blogueuses étaient autant actrices - au double sens du terme - que journalistes. Comment, dès lors, ne pas penser aux propos de Jacques dans la pièce de Shakespeare (As you like it, Acte II, scène VII) :

"All the world's a stage, 
And all the men and women merely players;
They have their exits and their entrances, 
And one man in his time plays many parts ..."

Oh ! my mag reprend et mêle des éléments du site Ohmymag (avec appli et vidéo) et du papier As you like. Synthèse logique, qui a sans doute des raisons économiques. La presse se cherche et cherche et semble revenir sans cesse à son point de départ, en le modernisant. La modernisation est dans l'articulation papier / numérique et dans l'articulation périodique / hors-série.

dimanche 16 novembre 2014

High-tech : 60 millions d'internautes à équiper


High-tech, Le guide d'achat60 Millions de Consommateurs, I.N.C., 5€90, 116 p.

Pour les spécialistes des équipements numériques et du comportement du consommateur, ce hors-série peut se lire au second degré, comme un document de sociologie de la consommation. Si les  professionnels ne sont pas directement dans la cible, évidemment, ils peuvent en revanche y apercevoir comment se débrouillent des consommateurs peu avertis (non Pro-Am), non spécialistes, qui veulent acheter un appareil numérique à l'occasion des fêtes de fin d'année, et surtout quelles difficultés ils rencontrent pour préparer leur achat "high-tech". L'ampleur des choix, la complexité des critères, le vocabulaire même sont intimidants.
Le magazine joue le bon sens et le réalisme. Ici, pas de frime : le consommateur connaît ses limites, tant techniques que budgétaires et les assume. Le magazine se veut objectif, vulgarisateur, didactique même ; de plus, l'absence de publicité le rend moins vulnérable aux sirènes des marques...

Le contenu du hors-série se décompose en quatre parties ; elles sont précédées d'un lexique de 6 pages, dont la présence indique combien les termes de ce domaine sont mal connus : beaucoup de mots anglais et d'acronymes (formats de compression, etc.). Le sociolecte de ce domaine est loin d'être maîtrisé : NFC, octet, streaming, cloud, appli, entre autres, demandent encore explication (ignorance que l'on n'avoue pas toujours).
Chaque partie propose en termes clairs des comparaisons entre appareils, entre solutions ; c'est le point fort du magazine, connu pour ses essais comparatifs.
Comment choisir, optimiser en une seule décision la contrainte budgétaire et les usages. Le magazine permet un premier débroussaillage pour construire l'ensemble de considération. Mais il y a peu d'information et de conseils sur les garanties et le service après-vente.
  • Première partie : les appareils mobiles (smartphones, tablettes, liseuses, GPS). Cela commence par une explication des dimensions et des qualités d'un écran ; ensuite, le dossier évoque la batterie, les questions de sécurité, de robustesse et d'étanchéité (IP), le passage d'Android à iOS, les applis, le stylet, le confort de lecture, etc. N.B. : attention aux imprécisions : un ouvrage acheté sur Amazon est lisible sur iOS (p. 35).
  • Deuxième partie : les ordinateurs (surtout portables et hybrides), les imprimantes, le stockage (disque dur et cloud) et le jeu vidéo (ordinateur, console).
  • Troisième partie : la photographie, les téléviseurs (dont 4K), casques, baladeurs, lecteurs DVD et Blu-ray, videéo-projecteurs, micro-chaînes.
  • Quatrième partie : les objects connectés, la domotique, les montres et les robots. Cette partie est surtout un coup d'œil sur l'avenir proche, science fiction plutôt que guide d'achat, sauf peut-être pour l'aspirateur. 
La presse est ici dans son rôle de guide d'achat qui n'est pas (encore ?) détrôné par le Web. La décision d'achat s'alimente à plusieurs sources : l'avis des proches, le Web, le point de vente et les magazines spécialisés. Il faut bien tout cela pour s'y retrouver : le choix et ses hésitations font partie des plaisirs de l'achat.
Signalons à cette occasion la place des hors-séries, de plus en plus essentielle dans l'économie de la presse (60 millions de consommateurs en publie sept par an). Cf. sur le même sujet : le "Guide d'achat numérique", Hors-série publié par le magazine images (juillet 2014).
Quelques jours après ce numéro, 01 net publiait un hors-série guide d'achat sur "Le palmarès 2015 de la high-tech" (N° 83, novembre-décembre, 5,5 €)...

vendredi 24 octobre 2014

Presse magazine et crowdsourcing


Guide pratique de la science participative en astronomie, hors-série de Ciel & Espace, octobre 2014, 100 p., 7, 5 €, distribué par Presstalis. Disponible aussi en version numérique.

Ce guide pratique est destiné aux astronomes amateurs. Le rédacteur en chef donne le ton d'emblée : "tous astronomes !" Le premier article titre sur "le grand retour des amateurs" et propose en une double page un tableau du "boom des sciences participatives en astronomie", historique remontant jusqu'à 1973. La participation de nombreux amateurs - la fameuse et mystérieuse "multitude" - à la science astronomique, c'est une des dimensions du crowdsourcing.

La presse magazine joue un rôle primordial dans l'activité de ceux que l'on appelle "amateurs – professionnels" (Pro-Ams).  Elle leur donne la parole, célèbre et partage leurs inventions, leurs créations et fait valoir leurs exploits les plus modestes. On s'en convaincra en parcourant les titres, nombreux relevant des "loisirs créatifs", qu'il s'agisse de couture, de crochet, de jardinage, de tuning ou de cuisine... Et les amateurs ne sont jamais très loin dès lors qu'il s'agit de sport ou de musique.
Grâce à Internet, ces pratiques d'amateurs, autrefois  isolées, peuvent communiquer instantanément, partager, coopérer. Elles prennent ainsi une nouvelle dimension ; c'est le cas avec l'astronomie : "la multitude des citoyens de ce monde interconnecté est une ressource pour analyser les millions d'images et de spectres qui sortent des grands téléscopes" affirme le rédacteur en chef, qui va jusqu'à parler à ce propos de "bol d'air démocratique pour l'astronomie". C'est ce qu'illustre de manière convaincante ce hors série dont le sommaire est organisé selon la difficulté des projets à la portée des astronomes amateurs.

Discipline scientifique souvent vulgarisée (cf. les cours d'astronomie populaire d'Arago, publiés en 4 volumes en 1864 puis L'astronomie populaire de Camille Flammarion, publié en 1880), elle trouve dans la presse magazine un soutien et un outil de diffusion : "Débuter en astronomie", "Je montre le ciel à mes enfants" (hors-série de Ciel & Espace), des guides d'achat ("Lunettes et téléscopes"), des conseils pratiques ("photographier le ciel"). D'ailleurs, on retrouve des "images d'amateur" sur le site de Ciel & Espace qui organise des compétitions d'astrophotographie entre amateurs.

Ce hors-série permet d'observer en œuvre le recours au crowdsourcing et la contribution des amateurs à la recherche professionnelle. S'agit-il d'une simple association - intéressée - de "grosses têtes" et de "petites mains" ou bien s'agit-il plus largement d'une relation nouvelle des loisirs et de la culture scientifique ? Le cas de Zooniverse, "portail de projets participatifs", illustre cette discussion sur "l'univers en expansion des sciences participatives". C'est aussi, par exemple, dans cet esprit que les astronomes citoyens peuvent contribuer à l'étude la "pollution lumineuse" (pp. 32-35).
Peut-on imaginer une évolution semblable pour la data, ou encore pour la médecine (cf. par exemple le site foldit) ?
Au-delà de l'astronomie, ce hors-série invite également à reconsidérer le statut de la vulgarisation scientifique et de sa relation à la formation scolaire et universitaire : l'étymologie du mot "école" n'est-elle pas le mot grec signifiant aussi "loisir" ! Dans quelles conditions pourrait-on imaginer une reconnaissance des acquis du crowdsourcing par les institutions éducatives ?


* Ciel & Espace : magazine mensuel, développé dans l'après-guerre, le magazine a donné naissance en 2006 à Ciel & Espace Radio avec des émissions podcastées et, en 2008, à Ciel & Espace Photos. Abonnement papier + online, tarif étudiant.

dimanche 19 janvier 2014

Loisirs créatifs : La Maison Victor, magazine professionnalisant


La Maison Victor
"La plateforme créative d'idées à confectionner soi-même" (sous-titre)

Distribution : Presstalis (ce premier numéro n'est pas facile à trouver)
Bimestriel : 5 numéros par an
6,95 € le numéro
Publié en Belgique et en France. L'éditeur (groupe Sanoma) est basé à Malines (Pays-Bas). Le magazine et le site sont en français ; certaines notations sommaires sont bilingues, français / néerlandais : les images, les patrons disent l'essentiel.

Le magazine est présent sur Facebook et Pinterest.

La couverture donne le ton d'emblée : "Plus de 30 idées de DIY (do it yourself)", "100% résultat garanti à l'aide de dessins et vidéos".
La Maison Victor est un magazine pour "faire", un guide pratique de loisirs créatifs : tricoter, crocheter, coudre, réaliser des vêtements et des accessoires.
L'utile, le plaisir, le meilleur marché, à domicile, à la mode : on ressort la machine à coudre pour habiller la famille en suivant des patrons, pour confectionner soi-même. Et des mannequins aux tailles réalistes, qui ressemblent aux lectrices et à leur famille ("toutes les silhouettes").
Ce n'est pas un magazine à lire passivement, à feuilleter distraitement. L'engagement est total.
En cela, son positionnement est radicalement différent de la presse qui brasse des opinions, fait voter (enfin, le fait croire), presse assoiffée de people en tout genre, politique, sportif, cinéma, variété, médias voire business.

Le magazine publie son manifeste : "Nous sommes des créateurs" (cf. texte infra) : la valeur première affirmée par ce manifeste est la personnalité et la personnalisation qui s'en suit, de facto. Ensuite, une proclamation démocratique : "tout le monde est capable de créer", la création n'est pas un don exceptionnel.

Copie d'écran sur le site
L'objectif de l'éditeur est de réhabiliter et déringardiser la couture et les loisirs créatifs en ramenant leur image dans la modernité : les amateurs se professionalisent.

Emblématique, la composition photographique réaliste qui juxtapose une machine à coudre, des bobines de fil et un ordinateur (MacBook Pro), une page du site de La Maison Victor à l'écran avec une vidéo. Cf. Communiqué de lancement (décembre 2013).

En ligne, le magazine propose aussi une boutique où l'on peut acheter des patrons (papier) mais aussi des leçons en vidéo (de 8 à 13 €, livraison gratuite en période de lancement).

Le travail pédagogique est méticuleux : marche à suivre et patrons, cours de couture. La réussite est promise : est-elle tenue ? D'après les blogs spécialisés couture, il semble que cela soit probable.
Manifeste de la créativité : Copie d'écran sur le site

jeudi 26 décembre 2013

Réseau social de mamans : actes de paroles

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Parole de mamans, (PDM) est un "magazine participatif". Les mères, actuelles et futures, peuvent en être rédactrices et lectrices (les pères aussi d'ailleurs), blogueuses et ambassadrices. C'est une communauté, où l'on recommande, partage, échange, témoigne, conseille ; un forum aussi.
C'est un magazine qui s'organise en réseau social, en réseau de blogs et de sites. Et sur son site, on peut feuilleter le magazine : c'est aussi le magazine d'un réseau.
Le magazine-réseau est aussi actif sur Facebook (42 000 like), sur Twitter (5 000 followers), et sur YouTube et Dailymotion avec des vidéos, et sur Pinterest et Instagram avec des photos.
Et il y a aussi des hors-série (loisirs créatifs, cuisine, guide d'achat), des numéros spéciaux (guides, Best of, etc.).
Et ce n'est pas terminé car il en manque encore : il n'y a pas d'applis pour smartphones...
Parole de mamans est en train de devenir un magazine total s'adaptant à un lectorat complexe, à des centres d'intérêt multiples, des pratiques de communication changeantes, pour des femmes plus qu'actives, co-managers de foyers avec enfants, foyers de plus en plus compliqués, fatigants souvent, et passionnants. Avec plus de 820 000 naissances chaque année en France (INSEE, 2012), le potentiel de croissance et d'invention de ce multi-média est imposant.

Un magazine, ce n'est vraiment plus ce que c'était il y a vingt ans. Enfin, oui et non.
  • La distribution des contenus s'est diversifiée ; donc l'organisation de ces contenus est complexe, moins linéaire : il y a désormais beaucoup de triage et d'aiguillages dans le chemin de fer. 
  • Le revenus se sont diversifiés. La publicité, c'est à la fois des pages dans le magazine et du display en-ligne ; s'y ajoutent maintenant les data de toutes provenances (first party : comportements, blogs, abonnements, etc.). Le ciblage peut aller du plus fin (n jours de grossesse, âge des enfants, département... et l'on croise...) au plus large (parents, femmes). La commercialisation de cet espace et de ces données par une régie est devenue un métier technique : trading desk, clusters, RTB, SSP, etc.  N.B. Parole de mamans participe à une offre de couplage Web avec aufeminin.com, netmums, lancé début 2013. Besoin de volume ?
Ce qui n'a pas changé, c'est le contenu, le rédactionnel, ce qui fait que la lectrice feuillette, lit, écrit, parcourt, partage, reprend en main pour suivre une explication, consulte pour trouver une information, un modèle, copier une adresse, un lien, une recette...
Le magazine et le site sont aussi écrits en partie par des parents/lecteurs, certes mais, au travail traditionnel de rédaction, cette participation ajoute l'animation et l'orchestration du réseau tous-azimuts dont le magazine est le cœur.

De plus en plus orienté pratique plutôt qu'opinion, un média comme celui-ci n'a plus de définition simple qui soit opérationnelle. Parole de mamans est devenu un objet médiatique nouveau : complexité d'usages, de supports, de lectures, de revenus. Cette complexité, cette effervescence continue, les outils de mesure et de commercialisation courants ne savent pas en rendre compte, ne peuvent pas les faire valoir pleinement. Seule sans doute la commercialisation par la data peut synthétiser, organiser et valoriser tous les aspects de cette "audience".
Audience ? Diffusion ? Lectorat ? Contrat de lecture ? Comme cette terminologie semble désormais surannée, mal adaptée pour décrire les activités de communication dont Parole de mamans est le sujet et l'objet, dont il traduit le besoin, et l'occasion ! Et ce n'est pas le recours à la notion si confuse d'engagement qui peut y ajouter quelque clarté.


Trimestriel, 2,9 € le numéro, 10 € l'abonnement annuel.
Lancé en octobre 2006.
81 300 exemplaires mis en distribution (Source : OJD, le magazine est classé dans la presse périodique gratuite d'information, depuis 2009).
Le réseau déclare 400 000 membres.
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lundi 7 octobre 2013

Lire la presse, c'est [pour ] faire : loisirs créatifs, déco, bricolage, cuisine, achat

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La presse constitue une catégorie générale confuse : catégorie juridique et fiscale aux contours précis, certes, catégorie matérielle assortie d'un modèle économique spécifique, certes, mais ce sont là des catégories ignorant l'usage. "Lire", "consulter", "feuilleter", disent les études pour définir audience et lectorat. Faudrait-il rajouter "faire", le terme "faire" permettant de ne pas avoir à distinguer entre travail et loisir, à démêler les constituants de ce "travail à-côté" (s'agit-il d'économie non marchande, d'auto-consommation) ?
Car que font les lecteurs avec les magazines qu'ils achètent ? A quoi leur servent-ils ?
Ne pourrait-on catégoriser les titres de presse selon les usages qu'ils suscitent, guident et accompagnent, selon l'activité à laquelle ils contribuent (les lecteurs sont des "actifs") ? On pourrait ainsi tenir compte de l'engagement pratique des lecteurs - en est-il d'autres ?

A parcourir les statistiques de la presse grand public publiées au cours des dix dernières années, une catégorie d'usages émerge : la catégorie pratique, celle des titres utiles pour faire et pour acheter. Il s'agit essentiellement de magazines, de publications qui font passer à l’acte (faire), et à l'acte d'achat.
Quel actes ? Bricoler, tisser, coudre, cuisiner, recycler, tricoter, encadrer, décorer, réparer, photographier, restaurer, crocheter, aménager, récupérer (upcycling), collectionner, configurer, échanger, jardiner, broder, ranger... et, toujours, créer. Ce sont, tout à la fois, des travaux domestiques et des loisirs (semi-loisirs ?), la plupart ont lieu à la maison et, souvent, pour la maison, pour la famille, les fêtes traditionnelles, les enfants...

On dénombre ainsi 1 100 titres centrés sur les loisirs créatifs, 350 sur le jardinage, 170 sur le bricolage, 800 sur la cuisine, 900 sur la décoration (maison), entre autres ; il faut encore y ajouter le maquettisme, les loisirs numériques, informatique, photo, etc. Cette presse montre comment "faire soi-même" ("do-it-yourself") ; didactique, elle énonce, pas à pas, un mode d'emploi, des recettes, des conseils, indiquant quel produit acheter, quel appareil utiliser, à quelle astuce recourir ("Système D", truc de grand-mère ou secret de professionnel), fournissant un patron, des fiches, des plans. Elle montre, décrit, illustre, explique des gestes ("500 gestes de jardinage", par Rustica). "Savoir tout faire" : en photographie, en plomberie, en électricité, en retouche beauté, avec tel ou tel logiciel... Le contrat de lecture de ces titres est sans ambiguité : il s'agit de "vie pratique" ("Déco à vivre")  et de création ("Noël Créatif", "Tricots créatifs") ; la publicité est partie prenante de la promesse.
De la lecture à l'achat, la distance est souvent franchie : ces magazines comportent presque toujours des guides d'achat (1 300 titres) : il faut acheter pour faire, et acheter le mieux possible. "Une question brico ? Une réponse produit", titre le hors série de "Bricoler du côté de la maison" (hors série du 28 mars 2014).
  • Loisirs créatifs et bricolage sont a priori le refuge de la valeur d'usage, du plaisir, de "l'artisanat facile" (Feutrine) ; le métier, c'est la valeur d'échange, le gagne-pain. Toutefois, la dimension valeur d'échange n'est jamais absente de ces pratiques qui permettent de faire des "économies". Parfois, cela peut aller jusqu'à Etsy ou Amazon Handmade...
  • La sociologie de ces pratiques permettrait une analyse plus fine des budgets-temps dans les familles (cf. Ménage, ménagère, manager) et permettrait de requalifier de nombreux titres classés dans la presse dite "féminine", catégorie faible qui mélange tout.
  • Cette presse des pratiques recourt à un large lexique technique et, par conséquent, à des actes de langage qui peuvent faciliter un ciblage en ligne précis, discriminant (souvent les termes technique sont expliqués (cf. "Debuter en couture", HS de Home Solutions de Oracom SA, mai 2014). 
  • La presse renoue avec son histoire : en 1831, aux débuts de la presse grand public, Émile de Girardin lançait le Journal des connaissances utiles (sous-titré Recueil encyclopédique de la famille). Petites choses (Little Things), dira-t-on plus tard  ! "Life's about the little things" proclame le site DIY lancé en septembre 2014, à New York.
  • Attention : la vidéo est un média concurrent, notamment avec YouTube (Google). Le how-to représente une partie importante et croissante de ses contenus (dont certains produits par des marques). Cf. "I want-to-do moments: from home to beauty". La presse doit apporter cette dimension éditoriale et publicitaire sur ses sites.
Source
Base MM (40 700 titres en novrembre 2018)
Ont été pris en compte pour cette analyse : les nouveaux titres et hors-séries publiés de 2003 à mars 2015 (plus de 15 000 titres grand public). N.B. A un même titre, peuvent être affectées plusieurs catégories, jusqu'à 4 ; par exemple : bricolage, décoration, guide d'achat.

Références

  • Florence Weber, Le travail à-côté. Une ethnographie des perceptions, éditions EHESS, 1989, 2009.
  • Philippe Coulangeon, Pierre-Michel Menger, Ionela Roharik, "Les loisirs des actifs : un reflet de la stratification sociale", Economie et statistique, N° 352-353, 2002). Voir, notamment, la notion de "semi-loisir".
  • lundi 26 août 2013

    Interférences politiques du journalisme

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    Médias et politique : comme le titre à la une le dauphiné dans son édition de dimanche (article de Xavier Frère, p. 30), on assiste à un recyclage de compétences, à des reconversions même. Il y en eut de célèbres, Ronald Reagan, journaliste sportif, devenant président de la République, Sarah Palin animant une émission après son échec aux présidentielles américaines. Combien d'anciens journalistes de la télévision française font une "carrière politique" ?

    Politique et médias exploitent donc les mêmes talents d'animation, mobilisent un même capital social accumulé lors de semblables fréquentations, de relations communes. Politique et médias exploitent les mêmes compétences de rhétorique générale ("polémiste", bateleur). Une même propension à la people-isation les caractérise : aller de la politique aux médias (en attendant) et retour permet d'entretenir une notoriété qui ne souffre pas l'absence.
    L'information sportive a donné l'exemple depuis longtemps en recyclant des champions retraités pour analyser et commenter les événements sportifs.
    Tout ceci s'organise en un mercato médiatique et il en va des animateurs radio et TV comme des footballeurs professionnels. Les médias s'achètent des politiques, pour faire du spectacle, pour faire de l'audience.

    Cette confusion des genres compromet l'indépendance du discours des médias, leur objectivité. Cette collusion dé-professionnalise l'image du journalisme d'information et le fait s'apparenter à une activité d'amateur (pro-ams). Elle accentue et généralise la people-isation de la représentation politique... Politique spectacle qui dévalorise l'élection, la république et le métier de citoyen.


    vendredi 14 décembre 2012

    BYOD : Bring Your Own Device

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    BYOD (bring your own device) : maxime nouvelle de la vie professionnelle dans un monde numérisé. Les entreprises acceptent, reconnaissent que leurs employés utilisent leur propres appareils sur le lieu de travail - ordinateur portable, smartphone, tablette (notamment iPad) ; elles l'encouragent même. Ainsi s'atténue, progressivement, la frontière entre bureau et domicile, personnel et professionnel (une appli comme Divide, acquise par Google, propose de les séparer : "keep your work and personal lives separate on a single device"). Phénomène engagé il y a une vingtaine d'années avec les équipements portables, ordinateurs puis téléphones. Effet de la banalisation de ces équipements, de leur usage, qui accompagne la chute de leurs prix, généralisant l'équipement personnel des cadres et la mobilité.
    Cette indistinction, personnel / professionnel, profite aussi de l'effet accélérateur des suites bureautiques gratuites, des WebMails et de leurs périphériques (agenda, contacts, blogs, etc.). Dropbox, iCloud Drive, SkyDrive et Google Drive, entre autres, qui généralisent les sauvegardes sur cloud pénètrent profondément les TPE et les PME, les administrations (cf. Google Apps for Business) ; ces applications synchronisent les différents appareils, permettant la collaboration à distance, la téléconférence. L'adresse fournie par le Webmail fonctionne comme identifiant unique pour l'accès à de nombreux services sur de nombreux appareils : tout cela sonne la fin d'une informatique compliquée, chère et délimitée. La confusion du personnel et du professionnel est aussi accentuée par les usages des réseaux sociaux, usages à la fois professionnels et personnels (cf. les cercles de Google +) : il arrive même que les tribunaux aient du mal à distinguer ces usages : "Who owns your Tweets?".

    Ainsi, la bureautique recourt de moins en moins à des spécialistes, laissant la place aux amateurs professionalisés (Pro-Ams). L'apprentissage continu de cette bureautique sans cesse mise à jour relève de plus en plus des magazines, de l'environnement professionnel ou familial : mutualisation des savoir faire. On attend seulement du lieu de travail, et d'ailleurs de tous les lieux (loisirs, éducation, transports), qu'ils fournissent une connexion Internet de qualité et sécurisée (cf. cisco : "La liberté sans danger pour le service informatique"). Il faut désormais pouvoir travailler de n'importe quel lieu, on ou off-line : la notion de lieu pour le travail, personnel ou professionnel, est de moins en moins pertinente. Les métiers de services ne font que suivre la voie ouverte par les artisans et compagnons qui possèdent depuis longtemps leurs propres outils : coiffeurs, maçons, plombiers...

    Cette évolution est un défi continu pour les instituts mesurant et analysant les audiences du Web ; ils s'efforcent de recruter des panels d'internautes distincts, au domicile (home), sur le lieu de travail (work), les deux (both) ou à l'université. Recruter des panels sur le lieu de travail est depuis les débuts du Web davantage un signe de bonne volonté que de bonne méthodologie. Personne n'y a vraiment cru. La fusion "BYOD" (ou COPE, corporate-ownd personnaly enabled) des usages (et des cookies) sur de mêmes appareils rend superfétatoire une telle distinction (cf. Work and Home audiences. BYOD). C'est la fin d'une illusion et c'est tant mieux.
    Aux panels de s'ajuster ; la culture informatique et bureautique change rapidement : par exemple,  il y a de plus en plus de produits Apple au bureau alors que certains panels ne savent pas encore les prendre en compte. Il faut décidément recaler plus souvent les études de calage (establishement surveys) : équipements et pratiques numériques changent très vite.
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    mardi 8 novembre 2011

    Consommateur marketeur

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    Dans un monde où le marketing est partout visible, où la publicité fait autant sa publicité que celle des produits, les consommateurs se mettent à calculer et parler comme des "spécialistes" de marketing. Ils se savent visés, repèrent les erreurs de ciblage et s'en moquent (cf. "Online ad targeting run aground" par Dave Zinman), se gargarisent d'images de marques, repèrent les marques distributeurs (MDD) et le couponnage dans les hypermarchés et le retargeting sur leur ordinateur, ils suivent les audiences des émissions de télévision, tour à tour directeurs d'antenne et médiaplanners... Les cookies aussi envahissent la koiné commerciale : 84% des internautes américains en sont conscients ("aware"; source : eMarketer, juillet 2011).

    Métier de consommateur. Les difficultés économiques aiguisent l'intelligence des consommateurs. "What we've learned through this whole recession is just how incredibly resourceful and smart our customers are", observe S. Quinn qui dirige le marketing de Walmart USA ("Walmart's Makeover"). "Guide anti-crise. 50 trucs et astuces pour réduire la facture" propose à la une le Hors Série du magazine Dossier familial (janvier 2012 ; slogan : "Acheter mieux. Dépenser moins").


    Jouant le jeu - qu'il connaît de mieux en mieux - sans y croire (sans illusion, c'est à dire, selon l'étymologie, sans être pris par le jeu, illusio), le consommateur qui se sait chassé, sait aussi qu'il doit se méfier ; mais il comme est aussi intéressé, il joue. Plus marketeurs que les marketeurs, les consommateurs apprennent les arcanes de la politique des prix avec les opérateurs de téléphonie, avec les linéaires du supermarché, les promotions, les variations du prix des carburants, les "faux avis de consommateurs", etc. (sur nombre de ces points, voir le site de la DGCCRF).
    Le self-service (publicité, édition, etc.) développé par Google, Twitter, Amazon, la gestion d'image, systématisée à tous par Facebook et Klout, les astuces du commerce (eBay, leboncoin), les guides d'achat omniprésents dans la presse magazine, tout approfondit le savoir faire marketing de ces amateurs presque professionnels (Pro-ams).

    De même que la clinique est altérée par les pseudo connaissances médicales des malades, le marketing est altéré par le savoir (ou pseudo savoir) des consommateurs. Cette stérilisation sous forme de langue de bois affecte la connaissance des comportements : le consommateur interrogé déclare ce qu'il croit que l'on attend qu'il dise, compte tenu de ce qu'il sait ou croit savoir du marketing, donc des attentes de l'enquêteur.  Sincérité calculée.

    Consommateurs, classe parlée de la "société du spectacle" ? Pas si sûr ! Derrière les conversations que l'on tente de lui extorquer (verbatim), il y a une sous-conversation inaudible aux enquêteurs, ignorée de la doxa, qui ne se déclare pas. Résistance tacite qui se lit dans la difficulté à recruter des panels représentatifs de la population, dans la dégringolade des taux de réponse. Anticipation rationnelle et rusée des consommateurs ("gibier de panel").

    "Foule sentimentale" des consommateurs, est-elle plus vulnérable aux réseaux sociaux ? Pour combien de temps ? Réseaux sociaux qui sont la continuation du marketing par d'autres moyens.

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    lundi 2 mai 2011

    Camping, caravanning : les médias d'une culture

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    A qui suit attentivement la presse, la publication régulière de nombreux titres traitant du camping et du caravanning constitue le signe d'une activité sociale et économique importante. Comme souvent, la presse témoigne de pratiques sociales, culturelles que le brouhaha people re-couvre (sport, infos, etc.) et dissimule à l'analyse.
    Plus qu'un miroir, la presse est un outil pour dé-couvrir la vérité des pratiques sociales et suivre leur évolution. La presse du camping et du caravanning est une presse thématique ciblante, à la fois pour les annonceurs captifs (véhicules, équipements, accessoires, terrains représentent un gisement naturel d'annonceurs), mais aussi pour des annonceurs "hors captif" qui visent des comportements culturels que les outils habituels de la presse laissent passer. Mailles du médiaplanning culturel trop lâches, comportements et valeurs trop humbles, éloignées des propres pratiques et valeurs du milieu publicitaire, et que la sociologie spontanée ne voit pas. A ce ciblage socio-culturel, s'ajoute le ciblage géographique, par commune, que permet l'enquête annuelle sur l'hébergement touristique (inventaire des terrains de camping, classés 1 à 4 étoiles, et de l'hôtellerie ; données disponibles depuis 2002).

    Linéaire automobile : la presse du camping et du caravanning
    Les études annuelles de l'INSEE (la plus récente publiée en avril 2011) indiquent que le camping est un mode de séjour touristique important et en croissance (cf. "Le tourisme en 2010, INSEE Première N° 1344, avril 2011) par Séverine Francastel et Dominique Panez), confirmant la tendance perçue l'année précédente (INSEE Première, N° 1296, mai 2010). Pendant la saison touristique de mai à septembre, le camping représente, en termes de fréquentations, un tiers des 204 millions de nuitées enregistrées en France (les deux autres tiers sont des nuitées d'hôtel). La tendance de ce tourisme est à l'amélioration du confort (terrains aménagés, avec bungalows et chalets), ce dont témoigne la terminologie de l'INSEE qui homologue le camping-caravanning comme "hôtellerie de plein air" (décret préfectoral). En 2015, le camping représentait 14% des dépenses de loisir de plein air des français (INSEE Première, N° 1664, 6 septembre 2017), après le sport (35%) et le jardinage (23%).

    • Camping et caravaning consacrent d'abord des vacances et un tourisme d'automobilistes, français et européens, que traduisent les titres des magazines, et leur classement dans la catégorie "auto" : 
      • Camping et caravanning. Le caravanier (1965), Camping-Car magazine (1978)
      • Le Monde du plein-air. Caravane magazine (1988), Le Monde du camping-Car (1988)
      • Mobil Home plus Magazine, La France en camping-car (2003), Annonces camping-car (1999)
      • Voyager en camping car (2008), Esprit camping-car (2007)
      • Camping-car Hôtes (2009), Camping car d'hôtes. Le Mag (2006)
      • L'argus camping-car (2006), L'essentiel du camping-car (2010), Evasion camping-car (2006)
    • Deux mensuels B2B, pour les professionnels
    • Des hors série
      • HS Remorques (Le Monde du plein air)
      • HS Mobile Home (Camping et caravanning)
      • HS Fourgons aménagés (Camping-Car magazine)
      • HS Mobil-homes et chalets (Le Monde du Camping-Car)
      • HS 40 itinéraires en France (Vacances en Camping-Car)
      • HS Guide d'achat locatif 2012 (Décisions)
      • HS Habitat locatif (L'officiel des terrains de camping)
      • HS Spécial Camper (Combi Magazine)
      • HS Super Wi-Fi (Décisions, septembre 2017)
    • Nouveauté 2017
      • Van Life magazine : l'évasion en fourgon aménagé, trimestriel, 5,9€, éditions Larivière
    Presse à rythme lent (bi-et trimestriel principalement), avec de nombreux hors-séries spécialisés, presse chère (entre 5 et 8 €) avec guide d'achats, essais et argus (véhicules, accessoires), itinéraires, locations. Presse de services au consommateur, précise, fonctionnelle : les lecteurs sont des pros ou de futurs pros (numéros d'initiation) du camping et du caravanning. Presse travaillant comme une presse professionnelle : ainsi, le groupe Motor Press France qui édite des guides, des sites et des magazines (dont Camping-car Magazine et Camping et Caravanning - Le Caravanier, et un B2B, OT. L'Officiel des Terrains de camping), organise depuis 1999 une Fête européenne du camping-car (13-15 mai en 2011, dans le Tarn).
    juillet 2017, trimestriel, 5,9 €
    éditions Larivière

    Le camping et le plein air ont suivi l'urbanisation industrielle et les conquêtes sociales du Front populaire (congés payés) ; le besoin de plein air prit alors une coloration presque militante d'un retour à la nature, de vacances pour tous, explicite dans divers mouvements sociaux : Wandervogel, Jeunese au Plein Air, colonies de vacances, scouts et éclaireurs, etc.). Aujourd'hui, les liens du camping avec ces origines se sont distendus et c'est une culture avec des pratiques dispersées allant du spartiate au luxueux. Avec ses diverses modalités, le camping reste sans doute une solution de vacances économiques pour des touristes disposant de plus de temps que d'argent. Comme la plupart des pratiques culturelles, il s'organise en un champ structuré qui à son tour, structure les pratiques : techniques du corps, guide d'achats, équipement et magasins (Au vieux campeur), presse, des séries télévisées et des films.
    Camping (2006 puis 2010) a connu le succès (plus de 5,4 millions d'entrées en salles pour le premier film). L'intrigue a pour théâtre un camping ("Les Flots bleus"). La série "Camping Paradis" (TF1, lancée en 2006, réunit plus de 9 millions de téléspectateurs pour son premier épisode) témoigne de la place et de l'actualité du camping dans la culture populaire ( "Die Camper", une série du même genre, fut diffusée en Allemagne : 117 épisodes de 23 mn, sur RTL de 1997 à 2006).
    Les mises en scène de cette culture et de ses traits principaux, comme comédie, non sans condescendance, rappelle que, même luxueux et cher, le camping reste une "culture moyenne" (comme les sociologues ont qualifié scientifiquement la photographie d'"art moyen". Mais la sociologie du camping et du caravanning reste à construire sans omettre les réseaux sociaux qui s'y tissent et la tendresse qui les imprègnent.
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    mercredi 19 janvier 2011

    Le B2B se mesure en ligne

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    BPA Worldwide  a passé un accord avec BBN, un réseau publicitaire (adnetwork) B2B réunissant environ 800 sites (70 groupes éditeurs), pour la mise au point d'un standard de mesure des audiences B2B en ligne.

    • Le BPA, comme l'OJD ou l'ABC, audite la diffusion des médias (papiers, numériques) et contribue à définir une certaine légitimité dans la mesure, notamment pour les médias B2B (2 600 supports).
    • BBN revendique une audience de 50 millions d'acheteurs et de décideurs en entreprises. Le réseau BBN a été lancé aux Etats-Unis en 2008 puis en Grande-Bretagne (octobre 2010) par des éditeurs ; il s'appuie sur 24/7 Real Media (acheté par le groupe publicitaire WPP en 2008).

    Au terme de cet accord, acheteurs et vendeurs d'espace publicitaire disposeront d'un ensemble de données d'analyse des sites ("analytics"). La mesure établira également des profiles transversaux à l'ensemble des réseaux (marchés verticaux). BPA exploitera des données de Nielsen et de Bizo, qui met en place un ciblage B2B. Bizo est connu pour ses bizographics qui profilent un internaute selon son métier, son secteur d'activité, la taille de son entreprise, sa formation initiale, son expérience (seniority) dans le métier, etc. L'audience d'un site peut-être décrite et ciblée selon ces dimensions.

    La profession publicitaire se retrouvera avec une mesure de plus, avec une méthodologie à part, différente de celle mobilisée par la mesure des autres sites et réseaux. Ceci complexifie, en régie et agences, le travail des vendeurs et acheteurs. La spécificité méthodologique du ciblage B2B était indéniable tant que l'on travaillait avec des supports analogiques ; elle s'estompe dès lors qu'il s'agit de supports numériques.

    Le B2B est tellement diversifié (spécialisation) et changeant (évolutions techniques, terminologiques) que toute segmentation empirique est toujours déjà insuffisante. Les taxonomies des produits, jamais asseez fines, ne peuvent être qu'en retard sur les pratiques professionnelles et doivent être sans cesse, et vainement, remises à jour.
    La solution ne se trouve certainement pas dans ces segmentations et taxonomies mais plutôt dans l'exploitation de la finesse des requêtes de l'utilisateur professionnel (qui utilise "sa" terminologie et "sa" syntaxe) et dans le ciblage de ces utilisateurs à partir des termes qu'ils utilisent. La catégorie, c'est désormais le mot ou le groupe de mots (syntagme).
    Comme la variété des pratiques professionnelles est innombrable, il faut s'en remettre, pour cibler, à des modalités d'analyse sur mesure, exploitant exactement l'observation des comportements en ligne. Par exemple, en suivant le vocabulaire des requêtes, pour une marque, un métier (voir le travail de Stéphane Levy dans ce domaine, à Weborama, avec Le Lab des Marques).

    Notes à propos du B2B
    • Le B2B est une catégorie dont la pertinence opérationnelle se dissout dans le Web et dans les nouvelles pratiques commerciales (internationalisation), dans la multiplication des petites et toutes petites entreprises. 
    • De plus, la séparation amateurs / professionnels est inopérante dans de nombreux métiers (Pro-Ams). D'ailleurs, nombre d'artisans, par exemple, s'approvisionnent chez les mêmes fournisseurs que les amateurs (décoration, bâtiment, cuisine, mécanique, etc.). 

      dimanche 28 novembre 2010

      Marmiton, du Web au papier

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      Thanksgiving Dinner Photo AiM CmM
      Encore un ! Encore un site Web qui commence une double vie média dans les points de vente presse (cf. l'obsession du papier). Pour son dixième anniversaire, Marmiton.org lance une édition papier. Beau magazine bimestriel de 148 pages, dos carré (3,9 €). Agréable à feuilleter. Des recettes (140) bien photographiées (le résultat final, pas les étapes), une cuisine pour les yeux, appétissante, engageante. Ce magazine a comme un penchant livre d'art que l'on garde et regarde.
      Des annonceurs ? Bien peu pour un magazine d'une telle qualité, qui sera conservé, repris en main (cumul de contacts). Les annonceurs captifs dominent. Elle et Vire (groupe Bongrain) vend sa crême "entière" en 4 de couv. LG ses fours encastrables (p. 5), Old Dutch Master un fromage hollandais, Monbana du chocolat, Licorne, une bière (p. 24). Des produits liés au Web, monlivregourmand.com (p. 2 de couv), des applis iGourmand pour iPhone (recettes, 3 de couv). Et Jambon d'Aoste qui vante les mérites de son site tout en offrant un coupon à présenter en caisse (p. 37). Pour ces quelques annonceurs malins, bien conseillés, combien d'annonceurs bizarrement absents nous viennent à l'esprit.
      Le magazine comprend des contributions d'amateurs (le marmiton est un apprenti), mais retouchées par des pros, des "chefs" (p. 37). Les résultats d'une analyse des déclarations d'internautes fréquentant le site marmiton.org signalent des tendances apparentes : la cuisine comme loisir créatif, une sensibilité déclarée aux aspects environnementaux, à la santé (pp. 35-36). Pas de révélation, mais des indications à suivre.

      Cette création est une démonstration convaincante de la division du travail entre magazines papier et site Web. La confrontation, un peu forcée et artificielle, de l'index des recettes du magazine (p. 143) avec l'index des recettes du site est éloquente. Celui du magazine n'est guère qu'un plat sommaire tandis que le site propose un moteur de recherche multicritère adapté aux recettes. Le site alimente le magazine en recettes ; le magazine lui assurera visibilité et publicité. Le site est opérationnel, le magazine est à parcourir en gourmet pour rêver, imaginer des repas festifs, des plats inattendus, avant de se lancer... Dans ce dispositif concertant, il n'est pas certain qu'une tablette ait un rôle à jouer, quant à l'iPhone, il apporte miniaturisation et portabilité, commodité, mobilité.

      Pour mémoire :
      • Marmiton.org, fondé en 1999, appartient au groupe Axel Springer qui a racheté auféminin.com en juin 2007 (le site avait racheté Marmiton fin 2006). Marmiton propose depuis 2009 une appli iPhone payante (2,39 €).
      • Si l'on en croit la présence de la cuisine et de la gastronomie dans les points de vente presse, la France marmitonne passionément : 70 titres nouveaux et hors série pour les onze premiers mois de 2010 (84 pour l'année 2009. Source : Base presse MM). 
      • D'après Presstalis, qui le distribue, le titre s'est vendu à 100 000 exemplaires et n'a compté que 20% d'invendus (15 avril 2010).

      mercredi 20 octobre 2010

      Modern Living Media

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      ValueClick lance aux Etats-Unis un réseau publicitaire thématique (vertical ad network) regroupant une cinquantaine de sites consacrés à la maison, au bricolage, à la décoration et au jardin : Modern Living Area.
      Le secteur économique couvert par la thématique de ce réseau est considérable : achats de matériaux, d'outillage, de mobilier, d'objets décoratifs, travaux d'artisanat, etc. La population cible de ces sites est majoritairement propriétaire de son habitation et les dépenses pour l'amélioration du domicile (home improvement) représentent une part importante son budget disponible. C'est le domaine des amateurs plus ou moins professionnalisés (Pro-Ams), domaine revigoré par l'écologie et les exigences du développement durable. Cible évidente du reciblage.
      Le potentiel publicitaire est donc conséquent, constitué d'abord d'annonceurs captifs. De plus, cette population présente, hors domaine, des comportements distinctifs, spécifiables, fondant le ciblage comportemental, qu'il s'agisse d'équipement automobile, de lecture, de finances, de télécoms, de loisirs, de santé, etc.
      Publicité devant un point de vente presse

      Par cette voie publicitaire, Internet réalise ce que la presse a peu développé au travers de couplages. Il s'agit d'un secteur puissant dans la presse, où il compte de nombreux titres et où il se trouve également atomisé sous la forme de rubriques (conseils, guide d'achat, tests, etc.) dans de nombreux autres magazines (télévision, féminins notamment). En France, ce secteur compte plusieurs centaines de publications professionnelles et grand public (pour situer l'ampleur du centre d'intérêt : il a publié près de 600 titres nouveaux et hors-série depuis 2005. Source : Base MM). Hormis quelques grands titres, cette offre est souvent mal mesurée, mal vendue, difficile à acheter par les agences. Ceci vaut bien plus encore pour les rubriques, souvent pointues, éparpillées dans des titres non spécialisés. Ces publications, souvent proches du catalogue, retrouvent le sens premier du magazine : le magasin dans toute sa diversité d'articles que traitent aussi bien l'éditorial que le commercial (publicité, boutique en ligne).
      • De tels réseaux publicitaires constituent-ils pour la presse, une source de concurrence publicitaire et d'inquiétude de plus ? Ou bien faut-il y voir plutôt une piste de développement et d'innovation marketing ?
      • Observons que, au contraire de ce que rabâche l'opinion régnante, c'est le monde analogique (papier, distribution matérielle) qui a, en la diversifiant, émietté, dispersé l'offre, tant commerciale qu'éditoriale, tandis le numérique la rassemble et l'agrège. 
      • Ce travail d'agrégation virtuelle, de recomposition de contenus qu'unit une même thématique, s'est d'abord réalisé selon des objectifs  publicitaires ; peut-il, à terme, prendre pied dans le domaine éditorial, pour fonder de nouveaux types de médias ?
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      vendredi 20 août 2010

      Sportifs pratiquants : le sport hyper-local est un média national

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      Gannett, le groupe de presse régionale américain (qui publie également le quotidien national USA Today) réalise un network d'une centaine de sites de sport scolaire (high school) local. L'objectif publicitaire est de permettre aux annonceurs de s'adresser aux sportifs pratiquants et à leurs proches tant au plan hyper-local qu'au plan national. Coeur de cible visé : les 12-17 ans et leurs familles).
      L'ensemble, selon Gannett, devrait toucher près de 10 millions de visiteurs uniques par mois.
      Les sites proviendront de Highschoolports.net et couvriront dès septembre 38 marchés (DMA) et collaboreront avec les stations de télévision (locales) du groupe (10 DMA). Le développement de micro-sites est confié à DataSphere Technologies.
      • Le local est de plus en plus local : quartier, voisinage (neighborhood) ; les médias ne peuvent couvrir cette dimension hyper-locale, complètement désertée par les grands médias, sous-investie par les annonceurs qu'en combinant les contributions éditoriales de journalistes, de localiers et d'utilisateurs (user generated contents).
      • L'extension marketing des sites inclut le couponnage et les annuaires (business directory) et des boutiques (équipement personnalisé des clubs). Ces sites s'inscrivent à la fois dans le réseau sportif national et dans la collectivité économique locale.
      • LocalNet (Datasphere Technologies) fournit également une solution de ciblage publicitaire.
      • Les sportifs pratiquants constituent un marché publicitaire différent du marché du sport spectacle. Véritablement impliqués dans leur sport et son animation, influenceurs, prescripteurs d'opinion et d'achat, ils sont plus intéressants pour les annonceurs, tant captifs (équipements) que non captifs (téléphonie, restauration, cinéma, loisirs numériques, etc.) que les simples spectateurs de sports professionnels. Cette initiative de Gannett évoque ce que mettent en place Footeo et Spacefoot Média en France.
      • Cette réflexion pourrait être étendue à d'autres pratiques culturelles que le sport : la musique, le théâtre, la danse, la photographie, le cinéma, etc. Internet est le média des amateurs.

      lundi 12 juillet 2010

      La leçon de foot des amateurs

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      L'image du football professionnel français, football spectacle, football people aura atteint en ce début d'été des sommets de vulgarité et de bêtise : pour beaucoup d'amateurs de football, il y a quelque chose de pourri au royaume du football professionnel. Mais ce football malade n'est qu'une partie, certes la plus "médiatisée", mais infime d'un univers social beaucoup plus large et beaucoup plus sain.
      Que sait-on du football amateur qui réunit plus de deux millions de bénévoles, de passionnés, dans 18 000 clubs ? Que sait-on de ce que pensent ceux qui jouent au foot, ceux qui, dirigeants, arbitres, éducateurs, font que l'entrainement et le match ont lieu, chaque semaine ?
      RIEN.
      Les médias spécialisés les ignorent et ne couvrent guère ces événements sportifs locaux, trop petits à leur regards distants.

      Avec Footeo, qui anime un réseau de près de 7 000 clubs (répartis dans plus de 5 000 communes), cela va changer. Footeo a consulté le Tiers-Etat du football. Un questionnaire auto-administré, en ligne sur les sites des clubs, a été rempli par plus de 2 000 licenciés : 50% de joueurs, 50% de dirigeants et éducateurs.

      Quelques réponses significatives :
      • pour la plupart d'entre ces amateurs, le foot représente 5 à 10 heures du budget-temps de la semaine (plus de 20 heures pour 25% d'entre eux)
      • pour deux tiers des répondants, le meilleur souvenir de foot est un souvenir de jeu, un souvenir de joueur, dans une équipe amateur. Les souvenirs de téléspectateurs sont loin derrière...
      • pour les joueurs, le football est de l'ordre du plaisir et de la passion, d'abord
      • pour les dirigeants et les éducateurs, c'est le partage et la convivialité qui comptent
      • la condamnation d'une équipe française qui s'est si piètrement illustrée lors de la Coupe du Monde est sans discussion (commentaires édifiants). Les pros feraient bien de s'aligner sur les amateurs !
      Cette premiere enquête montre la différence qu'introduit Internet dans la culture sportive, dans la connaissance que l'on en a et, surtout, dans la manière dont se forme l'image de cette culture. Quand il s'agit de parler football, les amateurs sont des pros. Enquête doublement intéressante.
      • D'abord, parce qu'elle donne la parole à ceux qui ne la prennent jamais (au mieux, des porte-paroles patentés parlent à leur place). Et Footeo laisse entendre que de telles enquêtes seront régulières. Alors qu'il est un objet "parlé" par quelques spécialistes, le football se donne avec Footeo les moyens de devenir le sujet de ses discours, de son image.
      • Ensuite, parce que cette enquête montre la puissance d'un nouveau média du sport, fonctionnant en réseau, selon une logique en rupture avec celle des médias du football professionnel. Pour Footeo, le football est un sport d'acteurs, et d'acteurs locaux, une communauté dynamique, avec ses valeurs, ses rites, ses principes, ses mots, ses émotions. 
      Engagement, esprit sportif, présence nationale, ancrage dans la vie locale : pour les annonceurs, le football amateur représente un support publicitaire alternatif et complémentaire au sport professionnel, à moins qu'il ne faille plutôt considérer le sport professionnel comme un complément publicitaire du sport amateur. Pour paraphraser un fameux slogan publicitaire (Nike) : le football n'est pas qu'un sport de spectateur ("is not a spectator sport").
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      jeudi 27 mai 2010

      New York StateS of Mind

      et.
      "Your City. Your News".
      2 applis gratuites, compatibles iPhone, iPad, iTouch pour suivre l'actualité du DMA de New York, telle que la vivent les chaînes locales NY1 et NY1 Noticias. L'une en anglais, l'autre en espagnol.
      "Tu Noticiero de 24 Horas".

      NY1 est une chaîne d'info locale, exclusive, du câblo-opérateur Time Warner Cable (TWC), l'un des principaux opérateurs de New York City (avec Cablevision). NY1 a été lancée en septembre 1992 ; elle est aujourd'hui disponible en HD et propose des contenus en VOD. Bien sûr, elle a sa propre régie publicitaire, tout comme le réseau qui la distribue.
      Sur ce modèle new yorkais, TWC exploite une vingtaine de chaînes de réseaux câblés locaux aux Etats-Unis : agglomérations de Tampa, Orlando, Austin, Buffalo, etc.

      Noter la fonction "Report" qui donne à chacun, s'il lui plaît, si l'actualité lui en donne l'occasion, un rôle de reporter amateur.

      Comme le montre également ESPN (cf. infra), les applis permettent d'approfondir et banaliser la relation au local. Les applis font la proximité encore plus proche : météo, circulation, l'école, la mairie... "Vivre est un village" ! Du texte, des photos et de la vidéo, l'info répartie par "arrondissements" (boroughs). Un outil de recherche.  Un bandeau publicitaire clickable en bas de page.

      Les applis android  et Blackberry devraient suivre.

      mardi 3 novembre 2009

      Payer l'information en ligne ?

      .
      Heureux de payer ! Le consommateur serait heureux de payer pour des informations générales en ligne (general-interest news) ! Telle serait la conclusion d'enquêtes menées par sondages en Australie, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, à la demande de News Corp. Conclusion : "If we get the the product and the delivery system right, people will happily pay for news content online" (publié par The Sidney Morning Herald). Une enquête Harris Interactive en Grande-Bretagne estime en revanche à 5% la proportion d'interviewés prêts à payer. Toute la différence tient sans doute à la méthodologie ! A quoi sert un tel sondage  sinon à  créer un peu de bruit favorable sur le mode de "l'opinion publique est avec nous" !
      Le patron de News Corp. - qui aura tout dit et son contraire sur ce sujet - et dont le groupe détient un grand nombre de médias gratuits (télévision notamment) a décidé que le consommateur paierait son information, en commençant par le Wall Street Journal sur iPhone ou The Times (Londres) sur Internet. Il faut en finir avec le "free is good" enchaîne un autre qui précise : "I fundamentally believe readers are willing to pay for quality journalism". Voilà un énoncé limpide. Il croit. Il sait ce qu'est un "journalisme de qualité". Payer combien ? 

      A quelles conditions, un internaute accepte(ra)-t-il de payer pour des informations en ligne ?
      • Il faut que l'information soit demandée, corresponde à un besoin de consommation exprimé. Et non qu'elle soit rencontrée ou proposée (vue plutôt que lue).
      • Il faut que cette information ne soit pas disponible gratuitement, ailleurs sur le net
        • Quelle information publiée en ligne par des sites de la presse d'information n'est-elle pas accessible gratuitement sur plusieurs sites concurrents fonctionnant selon un modèle publicitaire ? Accessible signifiant que l'on peut trouver par un moteur de recherche (y compris les blogs et les twits) ? Accessible dans quels délais ?
        • Pour de nombreux lecteurs, notamment pour l'information financière, économique, médicale, etc., la concurrence provient aussi de sites gratuits en langues étrangères. 
      • Ce qui n'est pas disponible ailleurs, ce qui est par définition exclusif, ce sont surtout des commentaires
        • Qui veut payer pour des opinions ? Qui n'a pas d'opinion ? Des opinions, voire même des idées s'épanouissent et s'échangent sur les blogs, les réseaux sociaux... qui valent celles des journalistes. Pour l'opinion, les amateurs souvent surpassent les professionnels.
      • Que le coût de transaction soit indolore et les ergonomies adéquates (claires, rassurantes). Plutôt l'abonnement que le micro-paiement (tel celui que propose Google à la presse), dit la rumeur (des sondages, encore!). 
      • Quel modèle écomique payant ?
        • Apple a imposé un modèle à la musique, aux applications (iTunes Store). Est-il adaptable à la presse ? Relay (Lagardère) permet à l'internaute de configurer ses propres alertes presse, de feuilleter des magazines en ligne, où se trouvent des réponses, avant d'acheter un numéro complet. Mais ceci ne vaut que pour des magazines de niche, publiant des informations rares et spécialisées, s'adressant à des "amateurs-professionnels" (point de croix, collections, jeux vidéo, "petits sports", histoire, etc.). Sur  iTunes, on achète un morceau de musique, pas un CD complet. En presse, cela signifierait acheter un article, pas un numéro complet. Ce qui ne manquerait pas d'affecter le modèle publcitaire. On dit que Time Inc. travaillerait à un kiosque électronique également. C'est aussi ce que promet maggwirre.com : "The iTunes of Magazine". Mais on s'est éloigné de l'information générale. 
        • Modèle freemium  (free + premium) développé par le marché des jeux vidéo : accès gratuit d'abord, puis les niveaux suivants, les versions améliorées sont payants. Le lecteur régulier de The Times paie 50 £ pour accéder à des contenus spécifiques (Times +, comme Sky +, sur le bouquet télé).
        • C'est un modèle à deux étages qui semble inspirer la presse : le déjà connu, le rassis est gratuit, l'info fraîche est payante... En langue de bois, cela s'euphémise ainsi : "free entry for a mass audience, with a charge for more up-market, high-quality data". Mais la valeur publicitaire de l'espace dans un contexte d'information gratuite risque de tendre vers le prix de l'info... Notons que l'exclusif d'aujourd'hui sera connu de tous demain, ce qui peut aussi conduire beaucoup de lecteurs à surseoir à leur lecture. Mais, comme chantaient déjà les Rolling Stones, "Who wants yesterday's papers? Nobody in the world"...
      "Hypocrites lecteurs, mes semblables, mes frères", quelle information êtes-vous prêts à payer ?
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      lundi 27 juillet 2009

      Cuisine partagée, cloud cooking


      "Le partage est l'ingrédient de ce magazine... car c'est vous, chers lecteurs qui en êtes aussi les auteurs". Ainsi commence l'édito du premier numéro de mes meilleures recettes (trimestriel, 2€, prix de lancement), "le 1er magazine qui publie vos recettes". Magazine publié par Sélection du Readers Digest.
      • L'originalité du titre tient à son association avec le site allrecipes.fr et à la combinaison rédactionnelle de travail de journalistes et d'amateurs.
      • La place données aux auteurs "amateurs" est encore modeste ; mais ils sont rémunérés : une recette publiée rapporte 50€ au cuisinier du dimanche.
      • Publicité captive (pleines pages quadri), en stricte affinité thématique et esthétique avec le rédactionnel.
      • Magazine composé d'éléments concis, aisément exportables sur des supports numériques, capables de ré-intéresser l'audience fréquemment, conformément aux objectifs du groupe Reader's Digest aux Etats-Unis.
      Ce que réalisent ces site et magazine, n'est autre que ce que réalisaient pour leur compte les cusinières amateurs. Internet n'invente pas mais permet d'effectuer autrement ce qui s'effectuait déjà. Professionalisation des amateurs, gain de productivité...Voilà longtemps que s'échangent les recettes de cuisine. Qu'on les découpe, les classe, les recopie, les annote (cf. des pages, ci-dessous, extraites du "cahier" de recettes de ma grand-mère). Déjà, des émissions de radio ont mobilisé le capital épars de la foule des cuisinières invitées à partager leurs astuces et leurs recettes (cf. les radio homemakers américaines des années 1920). L'appel aux lectrices, courant dans la presse féminine, est plus commode avec Internet : par exemple, Vie Pratique Gourmand recrute des "lectrices conseils".

      Il existe différentes manières de concevoir la division du travail entre site et papier, entre amateurs et professionnels. Tags, "cloud cooking", d'un côté ; fiches quadri à parcourir, feuilleter, découper, de l'autre... Cuisiner d'un côté, concevoir et publier de l'autre. Mariages de raisons. Interactivités à toutes les sauces.