Claude Singer, Vichy, l'université et les juifs. Les silences et la mémoire, Paris, Les Belles Lettres, Paris, 1 1992, 2004, 437 p., index des noms de personnes
C'est un livre d'histoire ; il pourrait - et ce serait plus juste -s'intituler : l'université française "contre" les juifs. L'ouvrage date des années 1990, aussi ne comporte-t-il aucune révélation. Il retrace d'abord le développement de la législation anti-juive qui va "de l'intégration à la remise en question" pour traiter ensuite de "La législation antijuive et ses modalités d'application" qui fait l'objet du deuxième chapitre. Le troisième chapitre porte sur "L'exclusion : les silences de l'opinion publique" tandis que le chapitre suivant évoque "Les premières réactions". Le livre s'achève, brièvement, sur "la lutte pour la survie, pour la libération et pour la réintégration".
Ce livre est bienvenu qui raconte l'histoire d'une période bien peu glorieuse de la France. N.B. Les statistiques distinguent toujours "la métropole" et l'Algérie.
On trouvera, entre autres, une photo et le portrait de Jérôme Carcopino, normalien, ministre de l'éducation de Pétain et, quand même, élu plus tard à l'Académie française, en 1955 ! L'indulgence fut à l'ordre du jour de l'après guerre ! Bon, voici un livre important qui souligne la puissance de l'antisémitisme français qui recrute partout. Il semble que cet antisémitisme ait survécu, ses traces sont nombreuses aujourd'hui, toujours, dans l'opinion publique. Mais qu'est-ce donc que cette "opinion publique" ? Cette histoire est à reprendre là où Claude Singer l'a conduite, sans indulgence, pour comprendre l'antisémitisme et les dangers qu'il représente.
Deborah Feldman, Unorthodox: The Scandalous Rejection of My Hasidic Roots. A Memoir, Simon & Schuster, New-York, 274 p. , 2012,
Unorthodox, série allemande d'Anna Winger et Alexa Karolinski réalisée par Maria Schrader (2020) avec Shira Haas, Amit Rashav… Quatre épisodes de 52 minutes.
La série, produite et diffusée par Netflix, est inspirée du mémoire autobiographique qui raconte la vie de l'héroïne, Etsy (i.e. Deborah Feldman). Sur la couverture du livre, on voit Etsy qui retire et jette sa perruque (sa sheitel). Il s'agit d'une scène-clef de la série, scène qui se déroule au bord d'un célèbre lac à Berlin, der Wahnsee : c'est le geste, symbolique, qui met fin à sa vie de membre de la communauté de Williamsburg (Satmar), près de New York, la "réjection scandaleuse de ses racines hassidiques" (sous-titre du livre), et qui n'indique pas sa rupture avec le judaïsme.
Unorthodox est une belle série télévisuelle qui relève de l'histoire et de la sociologie. Comment une communauté religieuse détruite par les nazis survit à la "solution finale"? Quelles sont ses stratégies de vie à New York ? Et comment en sortir, si l'on veut ?
Etsi (i.e. Deborah Feldman) est membre de la communauté juive de Satmar (du nom d'une ville d'Europe de l'Est), communauté fortement déportée et massacrée par les nazis. La communauté est stricte, très stricte, opposée fermement au sionisme : dans le massacre des Juifs, elle ne voit qu'une punition imposée par la divinité. La communauté est venue de Hongrie après la guerre et s'est installée en grande partie à Brooklyn (New York).
Le livre, c'est la vie de l'héroïne, une femme ; la série en prend d'abord la trame essentielle et l'arrange, sans jamais la défigurer. C'est un difficile pari qu'a tenté et parfaitement réussi Maria Schrader. La série fait alterner des moments de la vie new-yorkaise de Deborah Feldman, fidèlement, tels qu'elle les a rédigés dans son "mémoire", et des moments de sa libération à Berlin, plutôt inventés. La vie new-yorkaise est racontée, la vie berlinoise est imaginée. Or Berlin est la ville du triomphe puis de la défaite des nazis allemands, d'autant que comme le rappelle un jeune allemand, c'est à deux pas de là que s'est tenue la Wahnseekonferenz lors de laquelle les nazis ont décidé, discrètement, "la solution finale", l'extermination des Juifs européens ("die Endlösung"), en janvier 1942.
La vie berlinoise de la nouvelle émigrée est ré-inventée. Une vie explique l'autre. La comparaison est flagrante qui juxtapose une vie de femme coincée dans les racines de la société hassidique, avec sa population extrêmement traditionaliste voire réactionnaire, ancrée dans le passé, et une vie progressivement libérée dans la ville de Berlin, avec ses contemporains, sa génération, libre de tout maintenant. La vie à Berlin est la victoire de Etsy et des siens sur le nazisme ; pour elle, la vie qu'elle a menée à New York n'a désormais plus de justification, de raison d'être. Ce n'était qu'une suite du nazisme. "Orthodox" est un mot trompeur ici : il signifie étymologiquement, en grec, opinion (et non pensée) droite. Or c'est l'héroïne qui est orthodoxe mais "non orthodoxe" pour sa communauté d'origine.
La vie de Etsy / Deborah Feldman est contée avec réalisme : les dialogues à New York sont en yiddish et l'actrice israélienne, Shira Haas, est parfaite, montrant la détermination inflexible de Etsy et aussi son étonnement devant la vie si décontractée des jeunes qu'elle rencontre à Berlin et auxquels elle se lie.
La série donne manifestement à réfléchir ; ses très nombreuses présences sur Internet invitent à comprendre l'évolution de la personnalité intellectuelle de Deborah Feldman. Comment se retrouver alors que l'on a tellement changé de monde, et que ce nouveau monde vous change tellement ? Ses entretiens (cf.infra) donnent à mieux comprendre son évasion. Mais le nazisme n'est pas mort, ni en Allemagne, ni aux Etats-Unis...
Des nombreuses interventions qu'a suscitées Deborah Feldman, nous en avons retenu trois, en plus du documentaire sur la série (cf.supra) :
Marie Hunstig, “Unorthodox: Warum die neue Netflix-Serie authentischer ist als andere – und Berlin dafür der ideale Schauplatz", Vogue (edition : German, mais existe également en anglais)
L'usage de la musique par les nazis
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Isabelle Mity, *Les maîtres-chanteurs du IIIe Reich. Musiques et musiciens
sous le nazisme*, Paris, Perrin, 2026, 330 p., Bibliogr., Index. 23€
"Musique....