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jeudi 2 juillet 2020

On est bien à la campagne en été



Bien à la campagne. Jardin, cuisine, maison... inspirations pour une nouvelle vie, trimestriel, Reworld Media, 4,95 €, 116 p.

Comment mieux profiter de la vie à la campagne cet été : tel est le programme de ce trimestriel. Le magazine prétend donner des "inspirations pour une nouvelle vie" : après cette période de confinement, il fallait nous redonner le moral, nous redonner des envies, de la joie de vivre.
Des envies de cuisiner des confitures maison (cerises, de rhubarbe avec gingembre, de figues avec citron et pignons), des envies aussi de melon cuits par le soleil (c'est l'étymologie : μήλων + π ε ́ π ω ν !) et de figues (le magazine en signale huit variétés !), des envies de fleurs, de cuisine au barbecue, et de Bourgogne blanc pour l'accompagner (Saint-Véran, Rully, etc.).

Et puis, il y a l'agenda de l'été : quand semer, arroser, récolter, désherber, tailler ... Quelles plantes supportent la sécheresse ? Quels conseils donnent les expert(e)s pour que le jardin n'ait pas soif ? Brumiser de l'eau sur les plantes, biner le sol s'il n'est pas paillé, conserver les boutures de vacances... Un article est consacré aux ruches, un autre aux hortensias japonais, un autre aux animaux du jardin ("accueillir une chouette dans son jardin", ou bien un hérisson). Et puis, il y a l'herbe à Robert, ce géranium sauvage qui, entre autres, dissuade les moustiques mais dont la tisane est bienfaisante. Les tomates ? Comment et quand les planter, puis les cueillir ?
La Provence au pays des ocres invite à voir le Luberon à vélo. Enfin, peut-on encore : vivre à la campagne, randonner dans le Jura, visiter le Gévaudan (pour saluer les loups) ou Granville en Normandie. Et le magazine se termine par deux pages d'invitations à la lecture.
Beau magazine qui offre de la lecture utile, des idées. La publicité ? Il y en a peu et celle pour le train suffit à convaincre de partir. Le magazine tient la promesse de son titre : on doit être bien à la campagne, en été. Et il nous convainc d'en tirer tout le profit possible.

jeudi 25 juillet 2019

Des Jardins extraordinaires en région parisienne


Le hors série "Patrimoine & balades", est publié par Le Parisien (5,9 €) ; il traite des "Jardins extraordinaires", 124 pages + un Guide pratique de 24 pages décrivant adresses et bons plans. A la manière de Charles Trénet, car le magazine, s'il ne croise pas de "canards qui parlent anglais", se propose néanmoins de guider ses lecteurs par des lieux proches de Paris mais bien souvent méconnus des parisiens. Il en fait voir une vingtaine répartis dans neuf départements de la région capitale. Suivons les guides.

Le magazine, réalisé par Connaissance des Arts, propose donc une vingtaine de "petits paradis terrestres" comme les appelle Stéphane Bern, ces domaines boisés de la région parisienne. Ils constituent une véritable "boussole vers le vert" selon l'expression de Gregory Plouviez, "des cathédrales végétales".
Donner à reparcourir ces parcs, ces maisons, c'est le pari du hors-série de ce magazine. Chaque lieu est décrit pour faire voir et faire visiter ce qu'il a d'original, d'essentiel aussi, d'historique même. Mais surtout de beaux endroits pour passer une journée au vert, près de Paris. Le magazine donne à voir les cartes et les endroits : certains de ces endroits sont même au coeur de Paris, d'autres sont plus éloignés et requièrent une voiture. Au bout du compte, on sera diverti et l'on aura accru un peu sa pensée...

Prenons un exemple, un seul, et laissons les lecteurs découvrir les dix-neuf autres : voyons "la vallée aux loups", à Chatenay-Malabry, au sud de Paris. Ici, sont regroupés des témoignages historiques de François-René de Chateaubriand, qui a habité cette propriété aujourd'hui devenue propriété du département des Hauts-de-Seine. Chateaubriand, qui a des besoins d'argent (le romantisme connaît des limites !), revend cet endroit après dix années, en 1817. Des arbres historiques, des cèdres notamment, des cariatides de marbre blanc, un escalier de bateau d'autrefois placé à l'intérieur, un pavillon mauresque tout encore évoque le voyageur, réel et rêveur...

Bon, revenons à notre magazine. Il tient à la fois du guide touristique et de la description d'une région à visiter. Il peut guider les visiteurs (horaires, etc.) dans la région parisienne. Ainsi la presse reconfirme-t-elle sa vocation, donner à voir, penser. Un tel magazine vaut aussi comme guide à emporter (c'est le rôle du "guide pratique", petit format pour la poche) et faire la visite mais aussi comme coffee table book, pour préparer, en pensées, une sortie dans la région parisienne. A l'avenir, car un tel magazine a un avenir, on attend encore d'avantage d'idées de visites. Notons encore que la publicité y et rare et bien disposée.

lundi 13 août 2018

Regain. Journal de campagne pour citadins inquiets


Regain. Journal de campagne, 146 p. trimestriel, été 2018, 7,5 € (abonnement annuel : 25 €), grand format, avec un Carnet pratique inséré (16 pages de recettes en tous genres).

Regain se veut un "journal de campagne" au positionnement nouveau : "Regain célèbre le progrès agricole, la nouvelle génération paysanne, les métiers de la ferme, la vie animale, la bonne chère, les balades en campagne et les feux de cheminées". Pourquoi Regain ? Le titre proclame une philosophie écologique qu'énonce l'édito de la directrice de la publication, Daphné Hézard : "l'urgence de ralentir", "l'art de vivre à la campagne", "le regain pour les sols sains", pour l'agriculture biologique, contre "l'agriculture intensive". Regain s'adresse aux citadins stressés qu'inquiètent de plus en plus la mal bouffe, le bruit, la pollution, le réchauffement climatique, le massacre de l'environnement urbain, citadins qui éprouvent de plus en plus un "désir de campagne". Le mot "Regain" connote encore un peu Jean Giono (cf. p. 142) et son roman publié en 1930, adulé par le pétainisme ; une photo noir et blanc, intitulée "pensée", est une référence ambigüe qui pourra être mal comprise et n'est pas nécessaire... Le mot "regain" évoque surtout une seconde jeunesse, celle des prairies (seconde coupe), des figuiers et des gens. Tout le magazine respire la douceur de  vivre - et de travailler ? - à la campagne, le retour à la nature, aux produits bio, la biodiversité.... Tentation nostalgique d'une civilisation rêvée qui n'a pas existé, tentation que produit et alimente une urbanisation galopante. Gare aux risques d'utopie !

Regain milite pour des villes vertes, des villes intelligentes au service des piétons et des cyclistes, un aménagement du territoire respectueux du monde rural ; soucieux d'avenir, Regain milite pour les toutes prochaines générations. Ce titre se distingue radicalement de la presse agricole professionnelle, réunie dans le Syndicat National de la Presse Agricole et Rurale (SNPAR), qui compte plus de 130 titres (je n'inclus pas la presse dite cynégétique, presse des chasseurs), titres spécialisés par pratique et souvent localisés. Dans le sillage de Regain, il faut plutôt évoquer les titres conçus pour tous ceux et celles qui veulent Vivre BIO ("Nature et bien-être", précise ce titre en sous-titre). Combien de titres et de hors séries mettent en avant le "bio" ? D'après nous, plus d'une centaine de titres nouveaux et de hors séries au cours des quinze dernières années, beaucoup portant sur l'alimentation, la diététique et la cuisine mais aussi le jardinage (le potager), la santé, les cosmétiques.
Magazine lancé en 2008, 4,2€. Bimestriel

La structure rédactionnelle de Regain est classique qui, aux articles de fond, ajoute une rubrique mode présentant des articles associés au mode de vie à la campagne, au travail agricole... une rubrique littéraire, une rubrique cuisine / gastronomie... Beaucoup de portraits (militants écologistes, héros actuels ou anciens du retour à la nature, etc.), évocation touristique d'un village, des articles sur les vaches, sur "l'analyse microbiologique des sols", sur l'ostréiculture, sur les poules, sur le marché... Un article bienvenu sur les "prairies connectées" traite de l'agriculture numérique (agtech : financements participatifs, robots agricoles, logiciels de gestion commerciale, drones) ; on attend davantage de réflexions sur l'apport des outils numériques au retour à une agriculture plus humaine, plus respectueuse, des sols, de l'eau, des arbres, des animaux, de la santé... La solution ne peut se trouver dans la réaction, le refus des innovations scientifiques et techniques, les retours en arrière ; la solution emprunte certainement à certains aspects de l'économie numérique : intelligence artificielle, capteurs, internet des choses, cloud computing, 5G, connected farm, smart irrigation ...
Une dizaine d'annonceurs sont présents dans ce numéro, certains bien intégrés dans leur contexte : De bonne facture (vêtements fabriqués en France), Kokopelli (semences biologiques), la fondation Goodplanet, luniform.com (sacs de toutes sortes), Trunk (vêtements, chaussures), Monocle (shampoing, soins), Buly (cosmétiques d'origine naturelle, opiat dentaire), France Culture (station de radio du secteur public), Hermès (bijoux)...
Regain est-il un magazine politique ? Sans doute ! Regain pose des problèmes quotidiens, vitaux, que l'on ne saurait éluder bien longtemps et qui sont des problèmes politiques cruciaux ; la question agricole ne peut être réduite à la discussion bureaucratique des subventions européennes. "La ruralité est une chance pour la France", titrait un hors-série de Village (octobre 2016) sur "le pouvoir des campagnes", Village qui titre en août 2018 sur "le grand retour des métiers manuels", sur le bio...

Magazine séduisant et raisonnable, discutable (stricto sensu), Regain invite au débat, à la réflexion : qu'en est-il du réalisme économique des solutions évoquées dans le magazine ? Certaines peuvent sembler un peu romantiques, certes, mais que penser du réalisme économique du système actuel, de ses erreurs et de ses horreurs ? Magazine généreux, élégant, écrit, avec de belles photos, copieux, à lire et consommer lentement, à appliquer aussi, à ruminer ; il y en a bien pour un trimestre. L'évolution de ce titre innovant sera suivie avec intérêt : la ruralité sera désormais de plus en plus moderne.


Références

Repenser la vie dans les villes, à propos d'un livre blanc de JCDecaux, Villes. La nouvelle donne

Faire son chemin, sans média

Vivre autrement ? Quelle place pour le numérique. A propos de Tom Hodgkinson

Richard Golsan, "Jean Giono et la « collaboration » : nature et destin politique", Mots. Les langages du politique, 1998, pp. 86-95 in Persée

jeudi 7 janvier 2016

Les mots et les choses dans les titres de la presse française


L'analyse lexicologique porte sur l'ensemble des termes présents dans les titres du corpus : tous les nouveaux titres et tous les hors-séries depuis 2003, soit 24 080 titres. Sont exclus de la collecte les titres de jeux et mot croisés, les titres de la presse syndicale et d'entreprise, de la presse des administrations territoriales, de la presse électorale, associative, etc.

Avant le comptage, nous avons effecué un nettoyage en plusieurs étapes. D'abord en excluant les signes de ponctuation (on compte 1092 points d'exclamation et 246 points d'interrogation), puis en évacuant les mots-outils et mots vides (stop words) : prépositions, conjonctions, articles, pronoms. Enfin, nous avons pratiqué une lemmatisation pour ne garder des mots que leur forme canonique (infinitif, masculin, pluriel). Sont regroupées à cette occasion les orthographes diverses d'un même terme (erreurs, translittérations variables de mots arabes, chinois, japonais, russes, turcs), des équivalences (& / et), recours ou non au tiret, abrévations, abandon ou non de signes diacritiques (accents)...
Source : Base presse MM (le comptage est arrêté au 1er décembre 2015). Cette statistique est issue d'un travail de recherche
dont les principaux résultats ont fait l'objet d'une communication au séminaire Média de l'IREP en décembre 2015.

L'histogramme obtenu pour la distribution des mots évoque la loi de Zipf. Une longue traîne de mots dont peu de mots émergent en tête de distribution.

La syntaxe des titres ne fait pas dans le sentiment (ou très rarement), elle est strictement dénotative faite de juxtapositions (parataxe de mots), de génitifs. On compte 5 144 prépositions "de", 2 004 conjonction "et" (hypotaxe), 1 017 "en".
"Vous", vocatif de l'apostrophe est présent 118 fois avec les adjectifs possessifs "votre" et "vos" (509) : injonctions à la participation, à l'appropriation, à la personnalisation de la réception peut-être (cf. le nombre de points d'exclammation : 1092 contre 246 ). Acte de langage, valeur performative. "Montez votre PC 100% gaming" (H-S PC Gamer), "Votre grand horoscope", "Réussir votre prépa" (Jogging international), "Votre histoire", "Rénover votre maison" (H-S Viva déco),  Défendez vos droits, "Les médicaments et vous" (H-S Notre Temps), etc.

Au terme de cette analyse, qu'avons-nous pu apprendre ?
  • Le mot le plus fréquent est "guide", il appartient à la définition d'un genre intervenant dans la composition d'un magazine tout comme les mots "recettes", "achat" et "idées". La dimension primordiale de la presse française, et la raison essentielle de son succès, est sa fonction d'utilité (cardinale), la satisfaction des consommateurs (lecteurs utilisateurs). 
  • Passés les 1 000 premiers mots, on peut observer une longue longue traîne de 13 000 mots mobilisés par les titres. Effet indirect de la loi Bichet : la presse magazine est diverse, changeante, riche. Des milliers de mots n'ont qu'une occurence. Richesse de mots, diversité d'idées ?
Les mots qui suivent le mot "guide" (fréquence décroissante) énoncent des thèmes, des domaines d'application de ces genres : cuisine, automobile, maison, histoire, sport... Cette liste corrobore celle des domaines distingués dans l'analyse en catégories et centres d'intérêt.
Le titre, s'il est l'élément majeur du paratexte -pour reprendre l'expression de Gérard Genette dans Seuils, relève surtout du marketing, qu'il s'agisse des titres de presse ou des titres de livres. Il appartient d'abord au packaging.