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vendredi 19 décembre 2025

Voleur, agrégateur ? 1828-1856. Et aujourd'hui, qui compile ?

Vignette de 1828, par Henri Monnier

Le Voleur fut une publication des années 1800, sous-titrée "Journal littéraire de Paris" ou encore "Gazette des journaux français et étrangers". Hebdomadaire, cette publication paraissait tous les 5 jours. Fondée en 1828 avec Emile de Girardin. Honoré de Balzac y a publié des extraits de "La peau de chagrin" mais on y trouvait également des textes de Chateaubriand, Victor Hugo, Lamartine, etc. En fait, le titre regroupait surtout des extraits de toute la presse française et étrangère de l'époque, d'où son titre, honnête, "Le Voleur", et sa légende : "Au peu d'esprit que le bonhomme avait // L'esprit d'autrui par complément servait, // Il compilait, compilait, compilait." Aujourd'hui, qui compile, sans s'en vanter ?

jeudi 1 mars 2018

daron magazine : pères sévères, ou pas ?



daron : les hommes et les enfants d'abord, "Le magazine des pères qui savent se servir d'une éponge". bimestriel, 5,9 €, 84p. Distribution Presstalis.

Mise à jour mars 2019.
Des pères de famille, Charles Péguy, qui eut quatre enfants, disait qu'ils étaient les "grands aventuriers du monde moderne". Cela vaut bien un magazine que l'on dira masculin puisqu'il existe des magazines féminins pour traiter de la grossesse, des jeunes enfants... Et il existe aussi des magazines dits parentaux...

Financement participatif 
daron a été mis en vente pour le week-end de la fête des pères, les 17-18 juin 2017.
Le lancement du magazine a été participatif (crowd funding), organisé par la plateforme de financement Ulule.
Le financement participatif est à l'origine de plusieurs innovations récentes de la presse magazine française : le mensuel L'Accent Bourguignon, le mensuel bilingue Verity Magazine (avec la plateforme KissKissBankBank), Les Sportives, AAARG!, le mensuel de BD ou Gonzaï avec Ulule comme daron.

daron vend son espace aux annonceurs avec élégance : des pages de publicité axées sur le rock (concerts, e-commerce édition), sur la santé aussi... Affinité ? On ne ressent pas d'encombrement. Editorial riche : articles sur le droit, sur le voyage, sur les règles, le rasage, sur les pères dans les séries télé, sur les comptines, etc. Le lecteur et la lectrice ne s'ennuieront pas.

Le père, parent pauvre de la presse traditionnelle
L'objectif éditorial de daron : réalisme d'abord ; redresser l'image des pères, s'opposer à celle qu'en donne une presse traditionnelle, dite "féminine", à celle qu'en donne la publicité peut-être ?
"Si daron s'adresse aux pères, c'est aussi, et avant tout, pour parler d'eux, en questionnant, pour la première fois, quelle est leur vraie place aujourd'hui, et en donnant au passage une vision plus conforme à la réalité, plus en phase avec le quotidien des familles que les préjugés et les stéréotypes encore trop souvent véhiculés dans la presse traditionnelle". "Le père a toujours été le parent pauvre de la presse traditionnelle", affirme Hugo Gaspard dans l'édito. Iconoclaste, daron se promet ainsi de "transgresser les codes de la presse masculine". Vaste programme ! Mais que veut dire dans ce cas "transgresser les codes" ? Quels codes ?

Aborder une parentalité transformée par la divorcialité (familles décomposées, recomposées), par l'adoption, par le chômage aussi... Cible marketing ? Intention d'être père ? Qu'est-ce que la masculinité ?
La paternité modifie le style de vie d'un homme : réduction de son activité professionnelle (cf. Stéphanie Govillot, INSEE, "Après une naissance, un homme sur neuf réduit ou cesse temporairement son activité contre une femme sur deux", INSEE première, 25 juin 2013). L'influence d'une naissance sur la carrière, plus subtile, est sans doute plus difficile à repérer, à évaluer, à dire...

Le métier de père dure toute la vie : changer le bébé, lui donner son bain, aider une adolescente à aimer les maths et le solfège, lire des histoires à n'en pas finir, cuisiner, participer à la réunion des parents d'élèves, amener le bébé chez le pédiatre, aller au supermarché, partager la liste des courses, aider à trouver des stages, un premiers emploi... daron a un bel avenir éditorial devant lui car les changements de vie qu'amène la paternité sont plus lourds que ne le mesurent les indispensables statistiques démographiques (la fatigue et ses variations, le stress, les soucis incessants, l'impossible gestion des emplois du temps conjugués...).
Combien de pères en France, quels âges, quels enfants ? Difficile de savoir. L'INSEE nous apprend que l'on comptait en 2013 plus de 6 millions de couples avec au moins un enfant de moins de 18 ans. Au moins autant de pères actifs donc (lecteurs potentiels) ? Et combien de grands-pères, "vaincus par un petit enfant" (Victor Hugo) ? Et la démographie ne dira pas tout : au-delà du cadrage, combien faudra-t-il beaucoup de données, subtilement collectées et analysées, pour échapper aux lancinants clichés, qu'il s'agisse de journalisme ou de publicité. A propos, qu'en disent les mères, et les enfants ?

En décembre 2018, Daron a sorti son premier hors-série, "le papa de Sasha" (16 €). En février 2019, le magazine Milk fait sa une sur "l'évolution du père"... Le père gagne du terrain rédactionnel !

N.B. daron ? Pourquoi ce mot ancien signifiant parent, "mot vieilli resté dans l'argot" (mais il y a aussi "daronne") ? Le "maître de la maison" (chef de famille ! ), dit le vieux Littré. Le mot est-il connu aujourd'hui, de qui ? En tout cas, "daron", sans majuscule, fait moins sérieux que père, met à distance pour mieux inciter à réfléchir en pères, sévères ou pas.


Références

Fabienne Daguet, INSEE Première, N°1663, 28 août 2017.

Laurent Lesnard, La famille désarticulée. Les nouvelles contraintes de l'emploi du temps, Paris, PUF, 2009, 213 p.

Médias en miettes : la semaine des conjoints actifs

Alice Mainguené, "Couple, famille, parentalité, travail des femmes. Les modèles évoluent avec les générations, INSEE Première, 1 mars 2011

Fathers, magazine trimestriel, 15€, mars 2015

Sara Brachet et al., "Avoir des enfants dans un contexte d’incertitude économique : une comparaison entre l’Allemagne et la France",  Allemagne d'aujourd'hui, N°28, 2016/4

"Etre père aujourd'hui", Enquêtes départementales de l'UNAF / UDAF, 2015-2016

mardi 24 mai 2016

Marseille sur Netflix, série mal aimée ?


Avec 8 épisodes de 52 minutes, "Marseille", série produite en France (doublée en anglais) avec une distribution française, est un des moments symboliques de l'internationalisation de Netflix ; de plus, les deux premiers épisodes de la série furent diffusés par TF1 en mai, une semaine après le lancement sur Netflix.

Pourquoi la critique française patentée a-t-elle tellement aimé détester cette série ? Pourtant prévenu et mis en garde, je l'ai néanmoins trouvée intéressante et agréable à suivre. Elle m'a même semblé plutôt subtile dans sa reconstruction fictionnalisée au présent de décennies de vie politique municipale à Marseille sous l'ère Defferre. Comme dans le rêve, cette reconstruction s'accompagne d'omissions, de condensations, de déplacements, de dramatisation du contenu latent. Le spectateur doit donc interpréter pour retrouver, derrière le contenu manifeste de la série, son contenu latent déformé par le travail de réalisation. Dans la série s'enchevêtrent du présent et du passé.

L'intrigue, classique, est digne d'un drame, du genre feuilleton : nous y ont habitués le théâtre de Beaumarchais, "Les Misérables", et Alexandre Dumas, surtout, avec Le comte de Monte-Cristo où Gérard Depardieu, qui interprétait alors Edmond Dantès, connut un immense succès dans la minisérie de TF1 (septembre 1998).
De nombreux traits culturels et acteurs sociaux associés à Marseille sont mobilisés : la presse quotidienne régionale (La Marseillaise et Le Provençal), le Vieux Port, Notre-Dame-de-la-Garde, la bouillabaisse, l'OM avec le stade vélodrome, la drogue (The Fench Connection, film de 1971), l'accent. Du présent lesté d'histoire... Des clichés ? Pas si sûr, tout dépend de la cible...
On a beaucoup commenté l'accent de l'un des acteurs, Benoît Magimel ; sa maladresse avec l'accent marseillais est réaliste et sans doute calculée : il faut qu'il soit mal à l'aise ! L'accent dit tout de sa relation politique aux électeurs : il trahit sa démagogie. Les accents ne s'imitent guère, notamment celui-ci "qu'on attrape en naissant du côté de Marseille" (que revendiquait Mireille Mathieu) ; la gestion compliquée de l'accent par les non natifs est le drame des candidats parachutés dans certaines régions ; l'accent est signe d'appartenance et de complicité de classe (hyper- et hypo correction, cf. William Labov).
7 Mai 1986 : décès de Gaston Defferre à la
une de La Marseillaise (Parti communiste)

Oublier Defferre ?

On a comparé Marseille à "House of Cards": une histoire de famille et de politique présidentielle à Washington, D.C., une histoire de famille et de politique municipale dans la deuxième aire urbaine de France. Comparaison discutable. La différence tient d'abord à l'épaisseur du local, à la notoriété du maire ("Bonjour Monsieur le Maire !", cf. l'émission de Pierre Bonte sur Europe 1, 1959-1984) et à la tradition régionale. "House of Cards", au contraire, c'est du national dans une capitale jeune, sans vie locale ; des vies de héros déracinés.
L'histoire récente de Marseille renvoie au règne de Gaston Defferre, résistant, maire de la ville pendant 30 ans. Il fonda Le Provençal à la Libération et le dirigea jusqu'à sa mort, au lendemain d'une réunion houleuse de la Fédération du parti socialiste.
Edmonde Charle-Roux, son épouse était journaliste (Elle, Vogue) et romancière (Oublier Palerme, L'homme de Marseille, ouvrage consacré à son mari). Dans la série de Netflix, l'épouse du maire est concertiste. Artistes, ni l'une ni l'autre ne sont des personnages politiques.

Trente ans : le temps a passé mais le système D (comme Defferre) hante encore la politique municipale, et la série: il faut lire l'éditorial de La Marseillaise du 7 mai 2016). "Marseille" présente une dimension historique, il y a du Defferre dans Gérard Depardieu / Robert Taro...

Les partis politiques, les combines, l'argent, les copains et les coquins, le découpage électoral, le financement de la presse, la frime (voiture, bateaux et montres), le chœur des citoyens électeurs et des personnels municipaux : il y a dans tout cela beaucoup d'universalité et aussi beaucoup d'actualité.
Marseille et le milieu marseillais, ce n'est pas qu'une légende, quant au sexisme dans la vie politique... Le rôle des médias dont on continue de croire qu'ils font et défont les élections s'affiche partout : les événements quotidiens sont ponctués de textos (bien rendus à l'écran), de publications sur le Web et les réseaux sociaux, le smartphone sont omniprésents.

Une chanson de Nino Ferrer, émouvante et désabusée,"la maison près des HLM" (1972), chanson du couple, représente une alternative rêvée à la vie politique, peignant la nostalgie. Comme dans les séries américaines depuis quelque temps, une chanson clôt chaque épisode, sur le générique de fin. Ici ce sont des classiques français que l'on entend : Barbara, Trenet... Couleur locale. N'oublions pas que le public visé par Netflix est mondial.

Tout cela est tour à tour réaliste et irréaliste, parfois tendre souvent violent, tellement franco-français aussi. Pas si mal...
Netflix réussit son coup double, séduire le public français, payer son tribut à la réglementation du cinéma en France. S'il n'a pas séduit les professionnels de la critique, on dit qu'il a satisfait le public, les abonnés. L'économie du cinéma en France y a certainement gagné ainsi que l'image internationale de la langue française, et, bien sûr, la notoriété de la ville de Marseille.

Notes
  • Sur le foot, les fans et la ville, Christian Bromberger, "Le football, entre fierté urbaine et territorialisation. Quelques réflexions à partir du cas marseillais", Métropolitiques.eu, 23 mai 2016
  • Edmonde Charle-Roux, L'homme de Marseille, récit-photos, Paris, Grasset, 2001, 223 p."Grâce à cet homme, comprendre une ville : Marseille. L'amour d'une ville, d'un certain parler, d'une certaine lumière."
  • La série est renouvelée pour une deuxième saison (source : Netflix, juin 2016, sur son compte Twitter). Evaluation, en acte, du succès de la série, au-delà des opinions journalistiques.
Copie d'écran de MYTF1 (mai 2016).


lundi 6 juillet 2015

Socio-démo : les grands-parents


Une catégorie massive
Hebdomadaire Pèlerin, 2 juillet 2015
Il y a plus de 15 millions de grands-parents en France ; on n'en comptait que 12,6 millions en 1999, selon l'INSEE. Les grands-parents sont de plus en plus nombreux et ils sont de plus en plus jeunes. Le premier des petits-enfants arrive quand les grands-parents ont passé la cinquantaine, vers 55 ans en moyenne, les femmes un peu plus tôt que les hommes. Les grands-parents sont donc en majorité des grands-mères (7 sur 10). A partir de 70 ans, 80% des français sont grands-parents (cf. histogramme ci-dessous, source : Nathalie Blanpain,  Liliane Lincot, INSEE Première, N° 1469, octobre 2014 ). C'est donc une catégorie socio-démographique importante autant par son nombre que par les budgets de consommation qu'elle contrôle. De plus, en contact fréquent avec ses petits-enfants, elle bénéficie de leur incitation et de leur sympathie numériques.

Les grands-parents sont partie intégrante de la famille. D'ailleurs, le droit des grands-parents ressemble par de nombreux aspects à celui des parents : droit de visite et d'hébergement, droit de correspondance ; obligation alimentaire en cas de défaillance des parents. La relation, en cas de conflit, est confiée au juge des affaires familiales.

La grand-parentalité : catégorie socio-démographique ?
Les grands-parents ne constituent pas une catégorie première, il s'agit d'une catégorie floue, mixte, relevant autant de l'âge (séniors) que de la situation familiale : adultes avec enfants, mais sans responsabilité directe, immédiate, les enfants étant la plupart du temps hors du foyer grand-parental. Cette catégorie renvoie à une dimension de l'appartenance familiale, à un lien entre générations, à une dépendance flexible. Comme catégorie socio-économique, elle se compose d'actifs et d'inactifs, de retraités au statut économique et professionnel très variable.
Pour toutes ces raisons, les grands parents s'avèrent difficiles à cibler, d'autant que n'y correspond pas de média spécifique, même s'il existe un magazine s'adressant à eux : GRANDS-parents. Le magazine des grands-parents actuels // Le magazine des jeunes séniors actifs (bimestriel, lancé en 2010, 2,9€) ; de temps en temps, est publié un numéro spécial ou un hors-série, par exemple, "Être grands-parents", hors-série de La Croix (décembre 2008, 7 €). Une marque de café (Grand'mère) a tenté de faire événement en lançant une fête des grands-mères (premier dimanche de mars, depuis 1987). Le succès est encore mitigé.
En termes de ciblage, ce n'est donc que des données que peut venir une solution. Quels comportements, quelles données caractérisent et identifient les grands-parents ?

Le métier de grand-parents
GP GRANDS-parents juillet 2015
A la fin du XIXème siècle, L'art d'être grand père, le recueuil de vers de Victor Hugo (1877) a inauguré une nouvelle "politique de l'intime", mettant en valeur l'indulgence, l'art pour les adultes de "gâter" les enfants, et les enfants des enfants. Puisque l'enfant est innnocence, sa place dans la société, l'attitude des adultes à son égard doivent être reconsidérées. Tout comme la pédagogie qui s'apparente encore à la discipline militaire (cf. à la même époque, la dénonciation des parents violents dans le roman de Jules Vallès, L'enfant, publié en 1878 en feuilleton).

Dans son dossier intitulé "Au bonheur d'être grands-parents", le magazine Pèlerin (Editions Bayard) illustre ce qui était, il y a un siècle et demi, une révolution et qui est devenu la règle : les grands-parents apparaissent comme des "passeurs de vie et d'amour", des "confidents de tous les instants". Grands parents + petits-enfants, c'est la formule pour un bonheur et une complicité partagés, en marge des parents : s'ils sont - et ont été - des parents, les grands-parents ne sont pas les parents et ne veulent pas l'être.

A la relation affective et éducative, s'ajoute souvent une relation économique : les grands-parents aident les familles de leurs enfants (transferts générationnels). "Nounou avant tout", ils gardent les petits-enfants après l'école, et, pour les enfants scolarisés en maternelle, le mercredi (cf. Olivia Sautory, Drees, Vincent Biausque et Joëlle Vidalenc, Le temps périscolaire et les contraintes professionnelles des parents, INSEE Première, septembre 2011). Les grands-parents accompagnent aussi les enfants à leurs activités péri-scolaires ("Mamie taxi"). De plus, ils s'occupent aussi des petits-enfants pendant les grandes vacances. Solidarité essentielle qui aide les parents des petits-enfants à traverser les périodes difficiles. Mais que les grands-parents trouvent parfois fatigante.

Aux grands-parents, on attribue les bénéfices de l'âge et de la tradition, du bonheur domestique. Les trucs et les recettes des grands-mères occupent une place importante dans les magazines de loisirs créatifs. La grand-mère évoque surtout la cuisine et notamment la pâtisserie et les gâteaux des fêtes.
"EWA La pâtisserie de nos grands-mères" (février 2005, 4 €) ; Femme Actuelle propose un hors-série avec "750 astuces et trucs de grand-mère" (janvier 2015, 4,5 €), "La pâtisserie de Noël de grand-mère", Les bonnes recettes d'autrefois (octobre 2014), "Les gâteaux préférés de grand-mère" (mars 2013), La cuisine des grands-mères (Télé CAB SAT, septembre 2012), "105 recettes et astuces de grand-mère" (Cuisine actuelle, août 2011, 3,5 €), "Pâtisserie façon grand-mère" (Cuisine sympa, novembre 2010, 3,5 €), "La bonne cuisine aux herbes de grand-mère", Les bonnes recettes d'autrefois (mars 2009), "Les recettes de pâtisserie de grand-mère" (DIANA La pâtisserie facile, novembre 2008, 5 €). Souvent, la grand-mère ou le grand-père cuisinent mieux que les parents : ils prennent le temps de gâter leurs petits-enfants et de cuisiner avec eux.

Libérés des contraintes du métier de parent, les grands parents partagent des propriétés qui en font une cible primordiale, tant pour les contenus éditoriaux que pour le marketing. Même si leur participation économique est appéciée, il voudraient plutôt être du côté des loisirs, du temps libre avec leurs petits enfants que du côté de la contrainte, scolaire ou autre. A eux les jeux, les voyages, les randonnées, les spectacles...
Copie d'écran. Source : INSEE, 15 millions de grands-parents, octobre 2013

Autres posts socio-démos :
Références

Claudine Attias-Donfut, François-Charles Wolff, "Les comportements de transferts intergénérationnels en Europe", Économie et statistique, N° 403-404, 2007

Nathalie Blanpain,  Liliane Lincot, "15 millions de grands-parents", INSEE Première, N° 1469, octobre 2014

 Francine Cassan, Magali Mazuy, Laurent Toulemon, "Douze millions et demi de grands-parents",  INSEE Première, N° 776, mai 2001

Vincent Gourdon, Histoire des grands parents, Paris, Perrin, 2001, 702 p. Bibliogr., Index.

Hugo (Victor), L'art d'être grand-père, 1877

Benini Romain, "La religion dans l'Art d'être grand-père de Victor Hugo : une politique de l'intime", Etudes romantiques, novembre 2009, ENS-LSH, 10 p.

Olivia Sautory, Drees, Vincent Biausque et Joëlle Vidalenc, "Le temps périscolaire et les contraintes professionnelles des parents", INSEE Première, N° 1370, septembre 2011

lundi 16 juillet 2012

Orthographe : de la dictée au moteur de recherche, du magazine au scrabble

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Timbrés de l'orthographe, (sous-titre : A lire sans faute). Trimestriel, 100 pages, tiré à 25 000 exemplaires, 4,9 €

Les Editions de l'Opportun, éditrices de ce magazine, ont mis en place un concours national de dictée (25 000 participants déclarés, avec finale dans un amphi de la Sorbonne) ; le magazine en publie corrigés et palmarès. Institution, le concours est parrainé par La Poste, défenseur des lettres et du courrier, d'où le titre du magazine ; il a le soutien du ministère de l'éducation, du Figaro littéraire...
Les Editions de l'Opportun commercialisent une gamme de produits orthographiques dérivés (guides pratiques, jeux), dont le magazine fait la promotion. Aucune autre publicité n'y est présente.
Le contenu du magazine est en grande partie didactique : exercices à trous, dictées préparées avec les "difficultés expliquées", comme à l'école. Il s'agit d'entraîner des lecteurs aux compétitions d'orthographe. Le magazine s'intéresse aussi, de manière plus désintéressée, à la langue française et publie des rubriques sur le secret oublié des expressions, l'évolution des mots, les publications récentes sur le thème.

"Science des ânes" ? "Politesse de la langue" ? Maladie ? Car on a médicalisé la faute d'orthographe : disorthographie ! Tout Français a vécu une partie de son enfance ballotté entre 0 et 5 fautes d'orthographes. Ce souci de l'orthographe et de ses pièges le poursuit : toute sa vie, il / elle sera jugé(e) sur son orthographe (stigmate) ; tout au long de sa vie, il jugera ses collègues et ses petits chefs, ses correspondants sur l'orthographe. Orthographe dans les copies de concours et d'examens, dans les CV et dans les courriers, dans les lettres d'amour même. L'orthographe a encore cours sur le marché de l'emploi et sur le marché matrimonial (cf. la chanson de Serge Gainsbourg, "En relisant ta lettre"). L'indignation orthographique a de l'avenir : l'orthographe est un filon éditorial riche d'autant que le Web y ajoute les fautes de frappe (typos, indissociables des claviers et de leur ergonomie), les corrections intempestives des logiciels de correction orthographique / typographique et des moteurs de prédiction (T9), le mélange avec les langues proches, les abréviations qui se propagent au-delà des textos... Orthographe et scrabble aussi (cf. infra, le hors série de Timbrés de l'orthographe, décembre 2016). D'ailleurs l'orthographe est associé aux jeux (cf. Scrabble magazine).
Pourquoi l'orthographe est-elle si importante ? On peut y déceler des explications sociologiques et politiques mais aussi, avec le numérique, des raisons techniques, donc économiques.
  • Explications sociologiques et historiques
L'orthographe a une valeur symbolique, Victor Hugo n'identifie-t-il pas que le mal à une "Faute d'othographe de Dieu" (1859) ? Héritée du certificat d'études primaires (CEP, 1866-1989), la dictée a été, avec l'écriture, le premier critère de réussite pour l'éducation scolaire obligatoire. Au CEP, 5 fautes à la dictée était éliminatoire. L'orthographe était avec l'écriture (que l'on évaluait à l'occasion de la dictée) le pilier de la culture scolaire, la faible distinction de ceux qui n'ont pas fréquenté longtemps l'école. La dictée reste déterminante au Brevet des collèges (cf. La dictée.fr). Aussi, réformer l'orthographe risque de dévaluer le capital culturel de ceux qui n'ont pour tout bagage et toute fierté scolaires que de l'avoir apprise et ne l'avoir pas oubliée.
D'obsession, de crainte, l'orthographe est devenue un divertissement, la dictée un jeu, de celle plutôt mondaine de Mérimée à celle télévisée de Pivot. Timbrés de l'orthographe en est l'illustration. Dans les pays anglophones, des concours existent également, Spelling Bees. La télévision s'est emparée très tôt de la passion orthographique : le premier des game shows, diffusé en 1938 sur la BBC, était consacré aux spelling bees. "Des Chiffres et des lettres", émission lancée en France en 1965, aujourd'hui sur France 3 et TV5, a une forte présence internationale, publie une appli, des jeux de société, etc. En novembre 2012, Mondadori lance un trimestriel "Des chiffres et des lettres magazine".
  • Explications politiques
Touchant à la langue officielle et à l'enseignement, l'orthographe et ses réformes sont affaire d'Etat(s) ; elles mettent en branle l'Académie française, les institutions de la francophonie internationale, les institutions éducatives, les médias... La question de sa réforme revient régulièrement, sous la pression des administrations scolaires, mobilisant des linguistes, des sociologues : diminuer la difficulté de l'orthographe pour améliorer la réussite scolaire, pour faciliter l'apprentissage de la langue française par les étrangers ? Produit de la tradition et de la convention, résultante de nombreuses couches d'arbitraire sédimentées depuis plusieurs centaines d'années, l'orthographe est même souvent perçue comme un patrimoine à conserver (cf. l'édito du magazine).
  • Orthographe et numérique
Les médias numériques donnent une dimension nouvelle à l'orthographe car elle affecte les performances des moteurs de recherche lexicaux (10% d'erreurs d'orthographie dans les requêtes, selon Google). Par voie de conséquence, l'orthographe concerne aussi le SEO, à travers l'orthographe des sites, des requêtes, des traductions automatique, imposant à l'exploitation des données lexicales une lemmatisation vigilante (cf. Orthographe. De la dictée au moteur de recherche). Des algorithmes de détection et de correction des fautes d'orthographe sont développés (cf. nécessité d'anticiper les typos et les fautes d'orthographe, ex. Keyword Typo Generator, etc.). La question globale de l'orthographe devra sans doute être repensée dans cette perspective.


Pour aller (un peu) plus loin
L'orthographe, plaisir des yeux. Compte-rendu du livre de Bernard Cerquiglini sur L'Histoire de l'orthographe française
Conseil Supérieur de la langue française, Les rectifications de l'orthographe, 1990
Spelling correction for Search engine Queries
Nuance, T9 The Global Standard for Mobile Text Input
et un film sur les concours d'orthographe aux Etats-Unis : Spellbound, 2002 (Jeffrey Blitz)

dimanche 12 juin 2011

#DSK : Twitter a la parole

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Twitter #DSK, via TweetDeck
On n'a rarement vu pareille créativité dans la communication publique. L'affaire DSK ("a" minuscule) déclenche sur Twitter une énorme éclosion de blagues, d'indignations, d'ironie et de fureurs exprimées en moins de 140 caractères : grivoiserie, politique politicienne, haine de classes, économie mondiale, féminisme et droits de l'homme, sexologie... les tweets font feu de tout bois ! Des jeux de mots en tout genre, de l'Almanach Vermot à l'"album de la comtesse", en toutes langues, argot et verlan inclus, sont mis à contribution pour exprimer tout cela.
Quelque politicailleur s'en plaint-il ? "Il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits"... #DSK (lire "hashtag DSK") a des airs de révolte. Il y faudrait Freud et Lacan pour interpréter, derrière le plaisir des "Witz", l'envie de revanche sociale, d'abolition des privilèges, le refus des autorités, le retour du refoulé... Parfois, on semble y percevoir, comme un refrain, le "ça ira", version Piaf. Gouaille et révolution : "ça parle où ça souffre".

Sur Twitter, la langue de bois passe mal, il faut appeler un chat un chat, mettre un "bonnet rouge au vieux dictionnaire". Irrespect radical qui devrait être par défaut le ton des médias d'information : en comparaison, ceux-ci paraissent tellement compassés, neutralisés, fades, bien trop polis... Sur Twitter, il fait bon se moquer de tout, des médias, des politiciens, des journalistes, des puissants, des "riches" et même de soi. Esprit de sérieux, s'abstenir. Quelques courtisans viennent pourtant y accomplir leur service "nulmérique" commandé. Bien essayé !
Twitter réalise une sorte d'écriture collective, de "cadavre exquis" à thème ; c'est "L'imagination, tapageuse aux cent voix" (Victor Hugo). Le montage est bref, télégraphique, on a exclu les "mots outils" pour introduire, en liens raccourcis, des citations, des illustrations. Ce style collectif, tissu de contributions individuelles à forme fixe, produit parfois une détonnante "défamiliarisation" créatrice, une "résurrection des mots" (Victor Chklovski) qui fait s'étonner. En 1968, les murs avaient repris la parole des étudiants. Avec Twitter, ça parle. Qui parle ?
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dimanche 23 janvier 2011

Vidéo en Europe

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Pour faire suite au post sur la video aux Etats-Unis, revenons à l'achat de LoveFilm - sous réserve d'autorisation - par Amazon. L'histoire n'est pas nouvelle : Amazon détenait 42% du capital depuis 2008 et LoveFilm avait acquis le service de location de DVD d'Amazon ... Cet achat valoriserait LoveFilm à près de 320 millions de $.
LoveFilm, lancé en 2002 fonctionne selon un modèle mixte, identique à celui de Netflix : location de DVD par courrier + streaming (on a parlé de "Netflix of Europe"). Streaming sur PC et PS3 avec le LoveFilm Player). Certains programmes sont gratuits et comportent des messages publicitaires. LoveFilm compte plus de 1,4 million d'abonnés répartis dans le Nord de l'Europe (Grande-Bretagne, Scandinavie, Allemagne). Pour l'instant, comme aux Etats-Unis, la location de DVD l'emporte sur la VOD en ligne. Mais sans doute le DVD (films, jeux vidéo) distribué par courrier n'est-il, à moyen terme, qu'une propédeutique à la VOD par streaming, une solution de transition, une rampe de lancement. Pour l'instant l'offre de programmes est 30 fois plus importante que celle du streaming (au total, 70 000 programmes selon LoveFilm). Le streaming représenterait le cinquième des locations de LoveFilm.
Enfin, notons que LoveFilm est repris par la distribution (Tesco, CDwow, Odeon, etc.), parfois en marque blanche.
Comment comprendre cet achat ?
  • Hypothèse la plus courante, la stratégie défensive : freiner le développement éventuel de Netflix en Europe. Netflix n'est présent qu'en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada). Au Canada, Netflix ne propose pas la location de DVD.
  • Hypothèse plus structurelle, celle d'une offensive qui se prépare. LoveFilm constitue une base pour développer les services de VOD d'Amazon en Europe (DVD + streaming). Car passer du VOD au streaming, c'est changer de marché, venir sur des territoires où déjà interviennent de grands opérateurs de télévision (Sky Digital, Virgin, BBC, etc.). Amazon dispose d'atouts : son image de marque, sa réputation numérique (Kindle), son portefeuille de clients issu du marché du livre, sa capacité de cloud computing... 
Par ailleurs, en France, dans un coup qui évoque celui de Google avec YouTube (5 ans après), Orange rachète une partie de Dailymotion. On attendait TF1, ce fut Orange... La valorisation de Dailymotion serait de 150 millions d'Euros. Dailymotion a passé un accord pour la diffusion de la Coupe de la ligue (football) pendant trois ans. Tiens ! On dirait de la télé !

Ces deux coups, des ouvertures assurément, ne se jouent-ils pas dans la même partie ? Attendons, les joueurs ne sont pas encore "sortis de la théorie"...
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lundi 6 septembre 2010

Rigoletto : quelle culture téléviser ?

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"Rigoletto", l'opéra de Verdi, inspiré d'une pièce de Victor Hugo ("Le Roi s'amuse", 1832), filmé par Marco Bellocchio, retransmis samedi soir, en direct de Mantoue, sur la chaîne de télévision France 3 aurait, selon le Médiamat (Médiatrie), retenu l'intérêt de plus de 541 000 personnes (pour l'Acte I).
Echec, lit-on dans la presse. Effectivement, "Les Experts" ont fait dix fois mieux sur TF1, les "Stars du rire" quatre fois (France 2) et les "Simpsons" deux fois (W9). France 3 n'est même pas dans le tiercé gagnant. Si échec il y a, de quoi est-ce l'échec ? De l'enseignement musical ou littéraire, de la communication de France Télévision, etc.
Et, dans quelle mesure, cette mesure est-elle pertinente pour apprécier la réussite d'une telle retransmission ? Simpsons / Rigoletto, même combat ? Et le commentaire des audiences de la télévision ne mérite-t-il pas mieux qu'un traitement de courses hippiques ?

Qu'un opéra réunisse plus d'un demi million de personnes est pourtant un formidable succès ! Combien de salles, pendant combien de temps faudrait-il pour réunir une telle audience ? Sans compter que ceux qui ont regardé n'avaient sans doute aucune chance de fréquenter un tel spectacle en salle : obstacles géographique, budgétaire, etc. Réussite donc pour France 3. Service public accompli.
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mercredi 11 mars 2009

Agrégateur d'infos pour faire son miel ?


meehive (jeu de mots sur Beehive, la ruche) est un agrégateur californien, lancé en mai 2008, qui fabrique votre média "quotidien", à la volée, à partir de ce qui est disponible sur le Web (blogs, CNN, sites de presse, etc.). Simple : déclarez vos centres d'intérêt et recevez immédiatement le journal correspondant. Au principe de ce "quotidien", se trouve un moteur de recherche (Kosmix) qui est propriétaire de meehive. On n'est pas loin des personnalisations que proposent d'autres moteurs avec iGoogle ou MyYahoo! (mais on ne peut arranger la mise en page de meehive).

"You are unique. Your newspaper should be too". Ce slogan ("vous êtes unique, votre journal devrait l'être aussi") repose sur un postulat : un journal doit être un miroir, un florilège personnel, confortable et réconfortant. Et s'il l'on posait le postulat inverse : un journal doit nous éloigner de nous-même, mauvaise compagnie, de notre ethnocentrisme et de notre solipsisme spontanés, nous déranger, nous surprendre, nous secouer.

Application pour iPhone gratuite, meehive est accessible aussi sur le compte Twitter, via RSS et email. Possibilité de partage et recommandations. Synthèse presque complète de la distribution de l'information sur des supports personnalisés et mobiles. 
Qui indique à quelle distance se trouve la télé et son 20H immobile...

Notez les habituelles métaphores, nostalgiques : "newspaper", "quotidien" (pourquoi  ?).
Notez aussi la quantité d'information que recueille un tel site : ce que souhaite le lecteur, ce qu'il lit effectivement, les mots choisis pour indiquer ses thèmes favoris, etc. De quoi alimenter en mots le marketing comportemental.

Reste le modèle économique : publicité ? Si revenus publicitaires il y a, seront-ils partagés avec les sites qui "confient" leur contenu à meehive ? Car enfin, où sont les abeilles de cette ruche, celles "dont le travail est joie" ("Les Châtiments") ? Celles aussi à qui Victor Hugo suggérait de quitter le "manteau impérial" et d'oser attaquer l'Empereur...
Automatisation, moteur de recherche, sélection par l'abonné qui devient son propre rédacteur en chef, zéro papier, fournisseurs gratuits : cette expérience (dont nous sommes tous bien sûr beta testeurs) permet de poser presque complètement les problèmes de la presse. Hélas, il a été mis fin à l'expérience en octobre 2010. "Fail fast", dit-on !

dimanche 1 mars 2009

Rimbaud sur Facebook


Nouvelle édition des oeuvres complètes de Rimbaud dans la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard, pas d'index, bibliogr.), par André Guyaux avec Aurélia Cervoni.
"Oeuvres complètes", qu'est-ce que cela veut dire ? L'intégrale de tous les moments de la vie de Rimbaud... Qu'est ce qu'une oeuvre ? 
Dans ces 1102 pages, il y a de tout : les textes publiés par Rimbaud lui-même mais aussi des exercices scolaires, français, latins, cahiers de brouillon, des poèmes recopiés par des proches (Verlaine, Germain Nouveau, etc.), des poèmes des autres recopiés par lui dans des lettres à des amis. Plusieurs versions d'un même poème. (N.B. : des corps inégaux distinguent les textes autographes des textes dont on ne trouve plus les manuscrits, l'oeuvre voulue et l'oeuvre involontaire).
Tout Rimbaud : "oeuvres, lettres, vie et documents", énonce le titre du Pléiade. Ce "tout" inclut aussi, au titre de documents, des  lettres de l'entourage (mère, soeurs, professeurs, etc.), par exemple celle de sa mère se plaignant d'un enseignant qui a recommandé la lecture des Misérables. Parmi les documents encore, la correspondance commerciale de Rimbaud, marchand en Afrique, englué dans un système colonial. Hélas, il n'y a pas d'illustrations, dommage, Rimbaud prenait des photos...

Une "oeuvre" comme celle que constitue un Pléiade est une construction sociale, historique. La notion d'oeuvre varie : aujourd'hui, elle se rapproche de ce que l'on trouve sur un réseau social. Oeuvre de récupération totale.  
Un poète sur Facebook ? Aujourd'hui, l'oeuvre de Rimbaud serait-elle là, à deux clicks d'ici, dispersée sur son profil, ses pages, et celles de ses vrais et faux amis, encombrée de liens, de photos, de notes de lectures, avec des topos sur sa situation militaire, sa comptabilité de marchand de café et de fusils, ses lettres sur les caravanes avec casseroles, la location de chameaux, sa jambe de bois, ses considérations sur le prix de l'ivoire... 

A lire et parcourir tous ces textes, on connaît mieux Rimbaud - on veut le croire - et l'on a remis la littérature à sa place dans sa vie. Peut-être comprenons-nous mieux aussi l'importance des réseaux sociaux et l'intérêt des longues chaînes de conversations à la Gmail. Un Pléiade comme celui-ci, c'est du réseau social congelé, arrêté, tous liens coupés. Alors, Facebook et Pléiade même combat, réconciliables sur un eBook, pour le plus grand bien de l'histoire littéraire, délivrée enfin de ceux qui sélectionnent dans la vie d'un auteur les seuls événements qui méritent attention ? On n'en est pas encore là... Et puis, est-on "auteur" de toute sa vie ? 
En tout cas, en parcourant ce Pléiade, "on s'attendait de voir un auteur et on trouve un homme", selon le mot de Pascal.

vendredi 13 février 2009

Presse et radio : Google renonce à l'analogique


Après avoir abandonné la presse (notre post du 22 janvier 2009), Google se retire du médiaplanning et de la vente d'espace publicitaire radio (Google Radio Ads ; AdSense for Radio Ads) et licencie 40 personnes ; son logiciel radio, acheté à dMarc Broadcasting en janvier 2006 est mis en vente. Une partie de l'activité sera convertie dans le streaming publicitaire pour l'audio en ligne (recentrage numérique). La commercialisation d'espace publicitaire pour la télévision est maintenue.

Conclusions ?
  • Google, "grandeur jusque là épargnée" n'est pas au-dessus des lois de la gestion des médias et sait anticiper une retraite. "Pour la première fois l'aigle baissait la tête ..." commentent certains, citant Hugo. Contresens : Google ne s'entête pas, ne se laisse pas vaincre par ses conquêtes (en octobre 2006, le DG avait envisagé un millier de personnes dans ce secteur !). Google a lu Tolstoï et attend, comme Koutouzov en 1812, que ces médias de plus en plus numérisés, se rendent, et commence les harcèlements publicitaires avec le streaming audio ! La crise actuelle, comme l'hiver russe, travaille pour les régies numériques.
  • Google en optimisant la transaction publicitaire devait amener de nouveaux annonceurs à la radio. Cela n'a pas marché. Ce n'est donc pas seulement la transaction qui est en cause. Le mal est plus profond, structurel. Irrémédiablement analogiques, ces médias ne peuvent être sauvés par les outils de Google, radicalement numériques.
  • Ce retrait émet, en acte, un pronostic réservé à propos des activités classiques de commerce publicitaire, et l'indication que les modèles économiques de certains segments de presse et de radio ne peuvent être sauvés, même par les outils, le talent et le prestige de Google. La question, lancinante, des usages de ces médias est posée ainsi que celle de leur adéquation aux besoins des annonceurs. Clear Channel Communications, partenaire de Google en radio (675 stations) se déclare déçu... les régies des stations ne le sont peut-être pas (la nouvelle n'est pas meilleure Emmis Communications et pour la radio par satellite qui était également dans le coup).
La télévision, numérisée, échappe à ce diagnostic. De nombreux outils de médiaplanning et de bilan de campagne ont été développés (prise en compte des différés, bilans couverture / répétition, tranches horaires sur mesure, etc.), un accord avec Harris Corporation signé. Le portefeuille de chaînes en régie s'étend : Sleuth, Chiller TV (groupe NBCU), Bloomberg TV et Hallmark Channels ont rejoint le bouquet DISH Network.