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dimanche 28 janvier 2018

Au temps des Pentagon Papers et du papier roi : "The Post"


Titre original du film: "The Post" (en France, "Pentagon Papers", 1 heure et 55 minutes).
Nous n'évoquerons ni l'histoire que raconte Steven Spielberg, ni Meryl Streep dans le rôle de Katharine Graham, Présidente inattendue du quotidien de Washington, actrice aujourd'hui en guerre avec la Maison Blanche ; nous ne discuterons pas non plus la véracité, l'exhaustivité des faits... D'autres le font parfaitement.
Nous nous en tiendrons à ce que le film fait voir de l'histoire de la presse, au spectacle de la fabrication et de la distribution des journaux avant l'informatique, avant le smartphone, avant le web, avant Google. Notons encore que Katharine Graham fut l'une des premières femmes à diriger un journal, d'abord sous-estimée, bien sûr, et dont l'action s'avère décisive, ce que le film évoque, subtilement.

L'action du film se déroule en 1971. The Washington Post, bientôt centenaire (1877), entre en bourse (NYSE, juin 1971). 40 ans plus tard, il est racheté par l'actionnaire d'Amazon (2013) et, depuis, numérisé à marche forcée pour épouser son temps et sortir du rouge.
Retenons du film de Steven Spielberg les images documentaires de ce qu'était la presse avant le numérique.
  • Lourdeur de la fabrication : l'encre, les grands formats, les machines à écrire et les téléphones des salles de rédaction, le bruit des machines qui font tout trembler (lynotypes, rotatives). Labeur de l'imprimerie... Gutenberg n'était encore pas si loin.
  • Lourdeur de la distribution : les paquets de journaux que l'on ficelle avant de les charger dans des camions, de les placer dans les distributeurs (vending machines)...
  • Lourdeur de la documentation : "Paper" est à prendre au pied de la lettre car les "Pentagon Papers", ce sont 7000 pages dactylographiées, non numérotées, qu'il faut transporter dans des cartons (en première classe) et explorer, analyser à la main. Ce travail passerait aujourd'hui par des algorithmes de machine learning et de NLP, après lecture automatique (OCR).
En 1971, la TV américaine était encore au second plan des médias, malgré le célèbre "CBS News" de Walter Cronkite. C'est la presse qui décide de l'actualité (agenda setting function) ; elle constitue alors l'essentiel du quatrième pouvoir (cf. David Halberstam, The Powers that Be, 1979, livre de journaliste...). Bientôt ce sera Watergate (1972), apogée de la presse d'investigation...
Aujourd'hui, en revanche, la Une d'un quotidien ne fait plus la Une de l'actualité. Autres temps, autres médias. La presse n'"accuse" plus guère...
Le film traite aussi de la collusion entre les patrons de presse, les cadres des entreprises de presse, les journalistes et les gens du pouvoir (mondanités, amitiés, voyages, parties, dîners, etc.). Collusion dangereuse pour l'honnêteté de l'information, qui conduit à mettre sur un même plan l'actualité people (mariages, etc.) et une actualité politico-militaire, chaque jour plus dramatique.

vendredi 14 novembre 2014

Facebook élu par les élections américaines


Les prochaines élections présidentielles américaines (novembre 2016) ont-elles déjà élu Facebook ?
Nous observons depuis quelque temps que Facebook fournit des données exclusives aux instituts d'études. C'est déjà ce que l'on peut observer en France, avec OCR (Online Campaign Rating), outil d'évaluation publicitaire de Nielsen / Médiamétrie pour lequel Facebook fournit les données socio-démographiques. Aux Etats-Unis, Facebook collabore avec Nielsen pour la mesure de l'audience de la télévision regardée sur des supports mobiles.
Facebook dispose d'une quantité de données de comportement et d'attitudes concernant 1350 millions de personnes (source : Facebook). De plus, ces données, rafraîchies fréquemment et interconnectées (non atomisées), permettent des études longitudinales.

Aux Etats-Unis,, les élections représentent un enjeu particulièrement important pour Facebook puisque la publicité électorale y est autorisée et qu'elle constitue une formidable source de revenus pour les médias. Dans la perspective des élections présidentielles de 2016, Facebook attaque ce marché dont profite surtout, jusqu'à présent, la télévision, nationale et locale. Notons que, pour annoncer sa politique d'immigration, le Président Obama a recouru à Facebook (cf. Byron Tau,"Obama Turns to Facebook to Announce Big News", Wall Street Journal, Nov. 19, 2014).
Lors de son entrée en bourse, Facebook avait prévenu que son ambition était de s'emparer du marché publicitaire de la télévision. A cette fin, Facebook dispose désormais d'une puissante force de frappe vidéo, notamment mobile.
Les élections vont-elles se jouer sur Facebook ? Le débat politique ne manquera pas d'y avoir lieu. De plus, Facebook sera la base d'analyses de sentiment politique ("sentiment analysis") effectuées à partir de son corpus langagier, immense et varié, naturel, actuel. Ces études seront mises à disposition des journalistes de Buzzfeed News et du network ABC, de leurs politologues et analystes électoraux (data journalism).

Que fera-t-on de telles données ?
S'il ne s'agit que de s'en tenir à la distinction entre opinion positive ou négative (opinion mining), il n'y a pas grand chose à en attendre, sinon des benchmarks donnant aux journalistes des occasions régulières de communiquer.
Mais Facebook aura aussi pour effet d'étendre le champ du politique et d'abaisser le "cens caché" qui barre l'entrée dans la politique (l'abstention a sa sociologie. cf. Alain Lancelot). Certes, ceux qui ne sont pas sur le réseau social, ceux qui n'y sont pas actifs resteront des "abstentionnistes". En revanche, même s'ils ne participent pas expressément à la discussion politique, les internautes actifs manifesteront sur Facebook des opinions, des sentiments, des émotions à partir desquels, grâce à l'analyse textuelle (NLP, deep learning), on pourra reconstituer des habitus susceptibles de prédire des dispositions politiques.
De telles analyses ajouteraient une dimension quali au quanti des sondages, un supplément d'âme, d'ethnologie électorale...

Source : Buzzfeed, The Facebook Election

mardi 19 août 2014

Facebook, dans une certaine mesure


Facebook serait-il en passe de devenir une entreprise de référence en matière de mesure et d'études publicitaires ?
Ce n'est certes pas dans la définition stricte de son métier, de sa "mission" (cf. document de l'IPO). Les signes avertisseurs pourtant ne manquent pas.
Nous en retiendrons trois.

Le premier est sa mise en œuvre par Nielsen dans le cadre de OCR. Avec son tag omni-présent, OCR arbitre entre les mesures de l'audience publicitaire Web et mobile (calibration engine). En France, par exemple, Facebook peut apporter un supplément de couverture aux panels classiques, panels de taille limitée parce que trop chers à recruter et à maintenir, surtout depuis la généralisation du mobile comme outil exclusif de téléphonie. Aux quelques milliers de panélistes de Nielsen, Facebook peut "ajouter" les millions de personnes actives sur son réseau. Si Nielsen ou Médiamétrie sont gages de représentativité (quotas), Facebook est gage de quantité. Qui peut se passer de qui, à votre avis ?
Pour l'instant, l'association des données Nielsen / Facebook s'effectue via des cibles socio-démographiques élémentaires (sexe, âge), mais ce n'est qu'un début...

Le deuxième signe se lit dans la communication de Facebook sur sa capacité à dédupliquer les audiences numériques. Facebook peut identifier à tout moment les audiences qui passent des supports mobiles à des supports fixes, des lieux de travail au domicile : couverture et répétition globales, GRP cross-device...
Cet identifiant unique, qui serait indifférent aux appareils utilisés, semble un serpent de mer publicitaire. On en parle, on l'imagine mais on ne le voit guère. En revanche, Facebook, avec ses centaines de millions de personnes identifiées sans erreur, avec son immense audience mobile, dispose apparemment de tous les moyens pour suivre une audience publicitaire et en attribuer les effets (conversion, impact, branding...) .
De plus, avec ses utilisateurs mobiles, Facebook peut localiser précisément un utilisateur, situer son environnement et sa proximité commerciale.

Le troisième signe est la place que Facebook occupe auprès de la télévision. Aux Etats-Unis, Facebook est partenaire de Nielsen pour la mesure de l'audience de la télévision reçue sur supports mobiles. Facebook est aussi le média qui accompagne de plus en plus les usages sociaux de la télévision (social TV) ; il se trouve donc à même d'évaluer l'audience totale de la télévision (volume, comportements, goûts, MultiScreenTasking).

Facebook a constitué, de facto, un gigantesque panel, mobile et fixe, épousant strictement et sans délais la sociologie des comportements et des consommations : big data (des mots, des relations, des photos) et intelligence artificielle. Facebook semble en mesure de réaliser un rêve ancien des instituts d'études : permettre des études 360°, holistiques et continues des consommations. Et, en prime, pluri-nationales et plurilingues...

mercredi 30 juillet 2014

Audience mobile : le grand chambardement


Le mobile, smartphone ou tablette, n'en finit pas de tout remettre en question dans les médias. Alors que tout semblait se stabiliser après le choc Internet, les médias mobiles bouleversent tout à nouveau. Avant tout média était fixe, au foyer ou hors du foyer. Maintenant, le mobile, non seulement est partout mais il est plus ou moins lié à tous les autres médias. Obsolescence non calculée, la communication mobile ringardise l'ordinateur. Social TV et multiscreentasking au foyer. Les formats courts vidéo prennent de plus en plus d'importance. Dans la ville, devant les vitrines et les affiches, dans les points de vente, le mobile convoque les applis commerciales du e-commerce.

La mesure, qui, mieux que tout, mesure le désarroi et l'enthousiasme qui saisit parfois le marketing, reflète ce chambardement. Voilà que l'on a plus de data d'activité média (cookies) que de personnes : les consommateurs se sont dédoublés, multipliés car on ne sait guère saisir le consommateur unique, le même, celui, celle, qui tour à tour lit son courrier sur son smartphone, joue sur sa tablette, travaille sur un ordinateur au travail et sur un autre ordinateur à la maison. Tout cela avec des applis. Les panels y perdent leur statistique et les cookies s'émiettent. On rêve bien sûr de donner au consommateur un identifiant unique, de reconnaître la même consommatrice au magasin et sur un site de e-commere (off-line to online, O2O). On comptait sur le smartphone pour réconcilier les pratiques : iOS 8 met ce rêve au rancart en rendant l'identifiant aléatoire (random MAC address). Adieu store analytics avec Wi-fi et smartphones ! Voici le iBeacon et le Bluetooth LE.
Cauchemards marketing ? Voici toutefois deux éclaircies.
  • OCR (Nielsen) prend désormais en compte le mobile (navigateurs et applications). Heureusement car Facebook sans le mobile semblait une mauvaise blague. Il semble d'ailleurs que Nielsen et Facebook échangent des informations concernant les consommations de télévision sur mobiles (cf. Robert Faturechi, Meg James, "Facebook to track users' TV habits", Los Angeles Times, July 14, 2014). Il semble qu'avec l'exploitation massive de data, Facebook fournisse de plus en plus de données marketing et d'audiences, devenant ainsi un partenaire des instituts d'études... avant peut-être de devenir davantage qu'un partenaire ?
  • Mesure de l'audience de la TV reçue sur mobiles
Nielsen, encore, dans le DMA de San Francisco Bay Area (DMA N°6, premier DMA pour la population asiatique américaine - Asian Americans), mesure et qualifie l'audience sur support mobile de la station KTSF 26. Le signal broadcast est reçu en direct sur mobiles avec Syncbak qui a intégré le SDK de Nielsen (watermarking). Syncbak permet également la réception de la VOD payante.
KTSF-TV est une station indépendante (Lincoln Broadcasting Company) s'adressant particulièrement à la population asiatique de la région de San Francisco (1,5 million de personnes ; chinois mandarin et cantonais, japonais, coréen, etc.). Cette population semble sur-équipée en mobiles.

L'audience sur mobiles, ainsi mesurée, sera intégrée dans la mesure locale du DMA (NSI). Notons que cette mesure est plus complète que la mesure locale courante puisqu'elle est passive, qu'elle donne des informations socio-démographiques riches, indique les épisodes d'une série regardés en VOD, les messages publicitaires vus...

Syncbak fait partie des solutions tentées aux Etats-Unis pour la réception de la télévision locale broadcast sur support mobile : cfla télévision partout. Le network CBS est actionnaire minoritaire de Syncbak qui devrait connaître un sort plus favorable que Aereo, attaqué et coulé par les puissances télévsuelles en place.

Appli KTSF /Syncbak dans l'App Store

lundi 21 avril 2014

Le GRP fait la loi, mais le téléspectateur aussi


Avec OCR et vCE, voici le retour du GRP. La télévision impose sa loi au Web, au moins lorsqu'il s'agit de vidéo. YouTube (Google) s'est finalement soumis ; le Web s'aligne pour attirer les annonceurs de la télévision et promettre l'amélioration de l'image de marque (branding). OCR est intégré dans Doubleclick.
OCR sera cet été étendu à la vidéo mobile. Les tests techniques seront menés avec BrightRoll et TubMogul qui testent OCR depuis 18 mois. OCR recourt au panel Nielsen de foyers "cross-platform homes" et à des données anonymisées de tierces parties (third-party providers).
De son côté, comScore annonce aussi la mise en place de la mesure des GRP sur mobiles : Campaign Essentials Mobile (vCE Mobile) et validated Media Essentials Mobile (vME Mobile).
Comme OCR, comScore prendra en compte, dès l'été, la publicité Web mobile aussi bien que la publicité dans les applis iOS et android (in-app ads).

Les deux instituts d'études promettent aux annonceurs une meilleure connaissance de l'efficacité des campagnes d'image (branding) et aux éditeurs (publishers) une meilleure valorisation de leur inventaire. Aux uns et aux autres, comScore et Nielsen promettent une mesure légitime, consensuelle, compatible avec celle de la télévision (couverture, répétition, GRP) : il s'agit en effet, pour les médias on-line, d'attirer les annonceurs de la télévision vers le Web.

En conséquence, il faut s'attendre à davantage de publicité sur les appareils mobiles. Toutefois le smartphone reste un appareil particulier : la réaction à la publicité risque d'y être pour le moins circonspecte voire récalcitrante, l'audience étant plus soucieuse de rapidité, entre autres pour des raisons de facturation. La catégorie "mobile" n'est pas homogène, aussi serait-il raisonnable de distinguer, dans les statistiques de consommation, ce qui concerne les tablettes et ce qui concerne les smartphones. Ce qui n'est pas fait, sans doute par commodité et problème d'effectifs pour les échantillons.

Pour tempérer les enthousiasmes quant à la télévision sur mobile, reportons-nous à une publication récente de IPSOS OTX ; il s'agit d'une étude conduite en février 2014 dans 20 pays : Channeling TV Habits, 15 551 personnes de 16/18-64 ans. L'étude indique que le téléviseur reste l'appareil préféré pour regarder des émissions de télévision. Et que cette consommation s'effectue de préférence en direct (télévision linéaire) à raison de 81% aux Etats-Unis, de 93% en Europe (Allemagne, Espagne, France).
La télévision traditionnelle résiste.

jeudi 3 avril 2014

YouTube upfront à l'assaut des networks


A l'image des networks nationaux de la télévision américaine, YouTube envisagerait de garantir, aux Etats-Unis, l'audience de l'espace vendu en avance (upfront). En télévision, actuellement, une partie de l'espace publicitaire prime-time des networks - environ les deux tiers - peut être réservé / achetée / vendue jusqu'à neuf mois avant la diffusion.
Ainsi, les marché vidéo (TV) on- et off-line, se trouveraient placés sur un même plan, suivant les mêmes règles d'achat, recourant aux mêmes unités de mesure (OCR Nielsen ou VCe comScore, intégrés dans DoubleClick) pour évaluer le montant des éventuelles compensations. Pour un annonceur ou une agence, une campagne pourrait être mixte, mêler sans difficulté un support à l'autre ; la comparabilité serait presque parfaite, l'un compensant éventuellement l'autre. De plus, YouTube, multi-plateforme, pourrait introduire une forme de capping qui donnerait un avantage à la vidéo on-line : la diffusion s'arrête quand un seuil contractuel a été atteint (couverture, GRP).

YouTube s'aligne donc sur les pratiques du marché publicitaire de la télévision pour mieux le pénétrer. Un espace "premium" pourra être réservé et garanti. A cet effet, il semble que YouTube hiérarchiserait son offre publicitaire, distinguant des supports "premium" pour ce segment de marché télévisuel, mis à part du reste de l'offre vidéo on line, souvent perçue comme proliférante et donc dévalorisante. Il s'agirait en fait d'organiser une certaine rareté pour sortir d'une représentation défavorable propagée par le programmatique (RTB, etc.) et de prix tirés vers le bas (remnant inventory).
Stratégie de monétisation : au lieu de passer après la TV, vendu comme un média de comblement, subalterne, YouTube pourrait se présenter sur le marché en même temps que les grands acteurs et viser les gros budgets avec des CPM concurrents de ceux de la télévision nationale.
Logiquement, YouTube devrait être présent en mai-juin pour les négociations du marché TV upfront.

Passée cette première étape américaine, et selon ses résultats, YouTube, qui est un média mondial, pourrait être tenté de développer une démarche de monétisation semblable en Europe. Mais les marchés TV européens fonctionnent différemment...

L'assimilation de la télévision par le Web ne passe pas seulement par son évolution technologique ; elle passe par une évolution commerciale du Web. La télévision, que l'on dit vaincue (technologiquement), est-elle en train de conquérir le Web (commercialement) ?

mercredi 5 mars 2014

Du Web pour compenser la télévision ? Vers un contact tout écran ?


La chaîne de télévision américaine ABC (network de Disney) proposerait à ses annonceurs la possibilité de combler on-line, sur ses sites, un déficit d'audience off-line sur sa chaîne. On dit aussi qu'il arriverait à Fox, dans certains cas, de recourir au site de vidéo Hulu, pour des compensations.
Le principe de compensation par des make-goods ou Audience Deficiency Units (ADU) est appliqué depuis longtemps par la télévision américaine, notamment pour les achats effectués sur l'upfront market : la chaîne compense un éventuel déficit de GRP sur la cible achetée par des GRP de même nature : même chaîne, même cible, même tranche horaire. Il s'agit de la mise en œuvre de la garantie d'audience accordée à l'annonceur qui achète son espace publicitaire longtemps à l'avance.

Ce qui est nouveau, c'est de compenser on-line un déficit off-lineCela laisse augurer des plans TV conçus d'emblée comme mixtes, associant des emplacements TV et des emplacements Web. L'évolution de la mesure des audiences va dans ce sens : ainsi du Digital Program Rating (DPR, Nielsen), qui mesure l'audience du streaming des émissions sur le site des chaînes et devrait bientôt intégrer le mobile. C'est la direction que suggèrent, en France, les outils OCR Nielsen / Facebook ou encore le panel mixte TV-Web de Google / Médiamétrie. La consolidation de mesures hétérogènes reste toutefois un problème.

Jusqu'où peut-on pousser ce principe de "porosité" entre on- et off-line (l'expression est de Nielsen) ? Assistons-nous à la mise en place d'une monnaie publicitaire unique, tout écran, indifférente aux particularités de ces écrans (tailles, ergonomies, contextes de consultation), indifférence facilitée par le responsive design (RWD) ?
Alors, qu'importe l'écran, pourvu qu'on ait le contact ?
Dans ce cas, pourquoi ne pas étendre ce principe aux écrans DOOH, écrans du métro, des points de vente, des aéroports, des centres commerciaux, des gares ? Ou encore au cinéma en salles ?

lundi 20 mai 2013

Online GRP. Nielsen vs comScore

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La bataille pour la mesure des audiences multi-support online se déroule aux Etats-Unis, qui sont encore, pour quelque temps, le premier théâtre des opérations publicitaires online. Deux petits événements, l'un publicitaire, l'autre média, colorent la situation actuelle.
  1. Les agences qui achètent aux Etats-Unis les médias Web pour les clients du Groupe Publicis ont choisi comScore plutôt que Nielsen. Procter & Gamble, l'annonceur qui dépense le plus en publicité dans le monde (grande consommation, FMCG, CPG), premier client de Publicis, avait déjà choisi comScore et son Validated Campaign Essentials (vCE).
  2. Le concurrent du vCE de comScore est un produit de Nielsen, Online Campaign Ratings (OCR) qui peut se targuer de clients éditeurs comme AOL, Disney (ABC, ESPN), Facebook. Récente victoire de Nielsen : OCR est étendu aux supports mobiles dans le cadre d'une collaboration (pilote) avec le groupe sportif multimédia ESPN (chaînes de télévision, magazine, Web, mobile, radio). OCR se met en place en Europe (Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, France), en Australie et au Canada.
vCE et OCR ont été partiellement audités et accrédités par le Media Rating Council ; certaines de leurs fonctionalités sont encore en cours d'audit (pour le détail des données accréditées, cf. infra). Les critères pris en compte et validés par le MRC sont de deux types :
  • les composantes de vérification : visibilité (viewability), sécurisation de la présence de la marque (brand safety), respect et contrôle du ciblage géographique des campagnes (in-country geographic delivery), exclusion des contacts provenant de robots (removal of non-human traffic) et engagement. Ces notions sont inégalement vérifiables, la plus confuse étant celle d'engagement.
  • les composantes de mesure d'audience : audience unique (cookie unique), couverture et répétition, GRP.
Source : MRC, novembre 2012 (dernière information disponible).
A la mesure publicitaire, Nielsen ajoute une mesure de l'audience en ligne des émissions avec Nielsen Digital Program Rating dont la méthodologie est calquée sur OCR. Ce pilote (mai-juillet 2013), auquel participent tous les grands networks, donnent les audiences veille, la couverture et le nombre de streams, le tout croisé avec une typologie d'émissions, l'âge et le sexe pour les programmes regardés en ligne.

L'enjeu premier de l'affrontement Nielsen / comScore est le marché de la mesure de la publicité online. En fait, Nielsen et comScore s'accordent sur deux points : le principe du panel et la reconnaissance de l'arbitrage méthodologique du MRC.
Au-delà de ce consensus, il s'agit pour Nielsen de pouvoir combiner les audiences de la télévision collectées par les audimètres (NTI, NSI), avec celles du Web et du mobile (OCR), afin de calculer un GRP multi-plateforme, dédupliquant les audiences entre divers appareils (les chaînes s'accordent pour estimer que l'audience des émissions sur le Web - audience non commercialisable actuellement - représenterait 12% de l'audience totale). L'adjectif pour décrire cette opération est "holistique" : qui constitue un tout, complet (du grec olosὅλος). C'est l'ambition de Nielsen avec son Cross Platform Campaign Ratings, XCR (en cours d'audit). Publicité inter-écrans (cross-screen et responsive design) et extension des campagnes TV avec la "social TV" (cf. Twitter, par exemple).
Ainsi, Nielsen dispose d'un avantage compétitif important, pour plusieurs années. Au-delà, une fois la grande majorité des téléviseurs connectés au Web, vCE comme OCR seront à même de traiter la télévision connectée. Enfin, avec la fusion de Nielsen avec Arbitron, l'avantage de Nielsen s'accroît encore de la mesure de la radio off-line.

Trois commentaires :
  • La comparaison Nielsen / comScore suggère le besoin pour comScore d'un panel permettant la mesure de la télévision off-line. D'où l'enjeu de la fusion Arbitron / Nielsen : en cas de refus par la FTC, comScore aurait pu être intéressé... (cf. Fusion en cours dans l'audience des médias).
  • Dans cette bataille, les armes de l'audit et de l'accréditation sont de plus en plus importantes.
    • Le MRC distingue trois niveaux : "en cours d'audit" (in process), "soumis pour accréditation" (submitted for accreditation consideration) et accréditation. Précisions qui évitent toute ambiguité de communication de la part des audités. 
    • Le champ de l'audit du MRC n'est pas précisément décrit. S'agit-il de la méthodologie seulement ou également des données ? 
    • Dans quelles limites les conclusions tirées d'observations américaines sont-elles transférables en Europe ? 
  • Third party data: l'ampleur de cette bataille renvoie au Big Data ; Facebook figure avec Experian parmi les premiers fournisseurs de données (third-party data suppliers). Quid de Twitter ou de YouTube ? Certains voient dans l'utilisation de Facebook par OCR un risque pour la vie privée.

jeudi 18 août 2011

Catalogues de catalogues

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Google met en place une appli permettant d'utiliser des catalogues sur une tablette iPad (appli gratuite via iTunes Store). Google reprend Google Catalog Search, lancé en 2002 pour le Web, (scans de catalogues imprimés puis OCR), fermé en 2009. Entre temps, d'autres applications pour catalogues sur iPad ont été publiées : Catalog Spree et TheFind Catalogue, notamment. Dans son principe, cette dernière appli présente beaucoup de points communs avec Google catalogs qui semble toutefois plus achevée.
Google catalogs présente plusieurs caractéristiques :
  • C'est un catalogue de catalogues, une sorte de syndication : des dizaines de catalogues peuvent être consultés et confrontés sur le même support. Pratique pour comparer les produits et leurs prix. 
  • C'est aussi un catalogue de toutes les actions commerciales possibles, pour un consommateur, sur le Web : feuilleter, comparer les prix, partager, créer un "collage" personnalisé des produits retenus, souhaités, zoomer, rechercher, trouver la boutique la plus proche, acheter (grâce à des liens vers le site du marchand), etc. 
  • Pour certains équipements, le catalogue va jusqu'aux conseils et aux démonstrations (cf. pour le catalogue de Williams-Sonoma, ci dessous, une vidéo montrant l'utilisation de la machine faire des glaces - ice cream maker - de Cuisinart).
Une telle appli, qui recrée sur écran l'expérience du centre commercial (le mall et ses mêmes enseignes), donne une vie nouvelle aux catalogues dont le modèle économique est compromis : prix du papier et de la fabrication, difficultés de la distribution et attentes des consommateurs (mises à jour fréquentes).
Une arborescence simple et intuitive, une ergonomie courante (c'est celle de l'Ipad), tout facilite la consultation. L'iPad s'adapte parfaitement à la logique d'organisation des catalogues. Affinité plus forte que celle de la presse avec l'iPad, plus convaincante aussi que celle du catalogue avec le Web. Grâce à cette appli, la concurrence catalogue/site Web devient une collaboration, le consommateur pouvant jouer à sa guise de leur correspondance. Enfin le catalogue autorise des développements promotionnels, des coupons de réductions, par exemple. En mars 2012, iTunes Store ouvre une catégorie "Catalogs" (cf. notre post).
La presse magazine et les catalogues ont une grande proximité éditoriale. Or la plupart des magazines thématiques comportent une dimension guide d'achat : il y a là une voie à tester pour le développement de ces magazines en ligne.

Choix de catalogues (copie d'écran)
Copie d'écran du catalogue Williams-Sonoma
C'est un joli mot catalogue, ancien : on dressait déjà le catalogue des bateaux dans L'Iliade. Du grec "liste complète".
Mot parfaitement domestiqué, depuis des décennies : les catalogues de Manufrance (1885), de Sears (1888-1993), de La Redoute (1922), des 3 Suisses (1949) installent la vente par correspondance (VPC) et les sociétés de consommation au coeur des foyers, à domicile où que l'on habite, grâce à la poste. Sortes d'encyclopédies, inventaires complets des objets et outils à vivre que l'on peut acheter. Fascination des enfants pour les catalogues et notamment les catalogues de jouets : Sears édita un catalogue pour les fêtes de fin d'année, "Sears Wishbook", dès 1933.
Le catalogue sera perçu comme un média de la modernité du XXe siècle naissant : Apollinaire, "Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent" ("Zone" dans Alcools).
Enfin, comment ne pas imaginer une allusion au "catálogo de catálogos" de La Biblioteca de Babel (Jorge Luis Borges) ou encore, espièglerie à la Doodle, une allusion au paradoxe russelien du catalogue des catalogues qui n'appartient pas à ce catalogue... D'ailleurs, Borges aura l'honneur d'un Doodle le 24 août !
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mardi 12 août 2008

Tout marketing est géomarketing


Internet met la cartographie à la portée de tous, tout le temps, partout. Mobile ou immobile, la cartographie n'est plus seulement une information passive : elle est potentiel d'action. Repérer des points de vente pour un produit/service, en sélectionner un, obtenir ses coordonnées, des directions pour s'y rendre, etc. Cartographie interactive, personnalisable.

En auto, à pied, en tram, en bus ou à vélo... le téléphone est une boussole moderne dont le GPS et la cartographie font un outil marketing omniprésent : Google Maps, Yahoo! Local Maps, Mapquest, Live Search Maps (Microsoft), Nokia Maps (qui a racheté Navteq, s'allie à Lonely Planet), Garmin, TomTom... Les nouveaux terminaux téléphoniques (iPhone 3G, HTC Diamond, Nokia N95, Samsung Instinct, par exemple) y puisent un argument d'achat et de distinction (cf. illustration, dans une Apple Store, aux Etats-Unis)
Google y ajoute la plannification des trajets utilisant les transports en commun (transit functionality), accessible pour divers téléphones (BlackBerry, Windows Mobile, Symbian, Java). Une cinquantaine d'agglomérations sont concernées par le premier test, dont deux en France : Bordeaux (tram et bus, avec Tbc) et Maubeuge / Val de Sambre (bus, avec stibus).

Google a acheté à la National Geospatial-Intelligence Agency (NGA) l'exclusivité des droits d'exploitation cartographique on-line du satellite GeoEye-1, indiquant l'importance que l'entreprise accorde à la cartographie. Satellite lancé le 6 septembre 2008.

Les données de comScore / M:Metrics indiquent une hausse des usages de la cartographie mobile de 82% aux Etats-Unis. En tête, le iPhone suivi du N75 de Nokia. Les utilisateurs ne représentent encore qu'une faible partie des abonnés à la téléphonie portable (moins de 3% en France, 7,5% aux Etats-Unis) mais la chute des prix des appareils et des services amplifiera les usages jusqu'à en faire un outil universel.
Pour l'Internet fixe, la pénétration est plus avancée. Plus du tiers en Europe, près de la moitié des internautes aux Etats-Unis recourent aux outils cartographiques. La carte, le plan sont moyens de recherche marketing, mais aussi des outils efficaces pour présenter et lire les résultats (map mashups, voir par exemple le mapmixer de Yahoo! ou Minimap Sidebar de Mozilla), outils qui appellent une sémiologie cartographique appropriée. Tous les sujets s'y prêtent : le ministère espagnol de la culture recourt à Google Maps pour fait valoir le patrimoine culturel des régions avec Geocultura (idée que devrait bien suivre la prochaine édition de l'inventaire communal de l'INSEE), SpaceFoot y recourt pour faire valoir et animer le patrimoine footballistique amateur français. Avec l'API Gears Geolocation, Google donne à un site les moyens de localiser ses visiteurs et d'y adapter son offre en utilisant l'adresse IP, les coordonnées de la cellule téléphonique dans laquelle ils se trouvent, des données de la connexion Wi-Fi, etc. Cf. Google Code Blog.
Tout annonceur peut être présent sur Local Business Center de Google qui constitue un annuaire cartographique gratuit avec photos, vidéos et informations essentielles pour les clients. De plus, le géo-marquage des photographies (geotagging) donne aux commerçants et aux clients des resssources marketing nouvelles. La bataille des annuaires promet d'être rude.

Enfin, le croisement de la lexicographie et de Street View, grâce aux technologies dites "text-to-image" (OCR, Optical Character Recognition) est explosif puisque les éléments langagiers (graphèmes) inclus dans les images photographiques du paysage urbain pourront être repérés et indexés par les moteurs de recherche. D'autres projets du même ordre sont en cours comme MARA de Nokia (Mobile Augmented Reality Applications).
"L'alphabet des enseignes", cher au poète russe Vladimir Maïakovski, rentre ainsi dans le rang des textes indexables.