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mercredi 5 février 2020

L'internet des choses de la vie


Des millions ou plutôt des milliards d'appareils connectés selon diverses modalités : entre eux, entre eux et des utilisateurs (via des applis et des smartphones), entre eux et des entreprises mères (installation, surveillance, maintenance), etc. Et bien sûr, il y a l'internet des choses industrielles. Des milliards de chiffre d'affaires à l'horizon ?
Mais il y a aussi l'internet des choses de la vie, de la vie quotidienne, consumer IoT : le chauffage (thermostats), l'éclairage, la serrure, les rideaux, le détecteur de fumée, les objets que l'on perd souvent (les clefs : pour les retrouver : Tile), l'aspirateur, les caméras de surveillance que vendent aussi les compagnies d'assurance, la santé, toute la smart home... c'est un monde de capteurs (sensors) et d'algorithmes que nous habitons, et habiterons de plus en plus. Capteurs de sons, d'humidité, de température, de lumière, de vitesse. Et l'automobile qui se conduira bientôt toute seule (LIDAR, etc.). Et, ici, il n'y a pas de fake news : des choses parlent aux choses dans leur "folie de machine" (Guillaume Apollinaire : "Les tramways feux verts sur l'échine // Musiquent au long des portées // De rails leur folie de machines"...).

Donc, prendre toutes les choses comme des faits sociaux, en inversant la règle célèbre d'Emile Durkheim ou en reprenant celle de Wittgenstein "Die Welt ist alles, was der Fall ist" (comme il l'énoncera à son tour : "le monde est tout ce qui arrive", traduira Pierre Klossovski). Les médias comme prolongements, la ville, le marché, le centre commercial, les transports, etc.
Quelles données ? Toutes : celles des observations armées par des capteurs, données composées et organisées en amont, pré-construites (cf. Bachelard). "Machines talk, we listen", déclare Augury. L'importance primordiale du Wifi, de sa qualité et de sa fiabilité : en cas de panne, que se passe t-il pour la température des pièces, les alertes de sécurité, etc.
Quid de la sécurité des objets gérant la sécurité ? Question de maintenance prédictive, de la mesure des consommations pour la maison intelligente ? Pour Minim, "To the smart home, the broadband quality is only as good as the WiFi signal". On pense au "Texte sur l'électricité" de Francis Ponge qui convainc que "l'électricité existe, que les appareils d'application existent, qu'il s'en trouve ou va s'en trouver (de plus en plus nombreux) dans chaque bâtiment, dans chaque demeure..." ou à la domotique, dont nous pouvons dire de même que veulent s'emparer les câblo-opérateurs (Comcast, etc.) ou Google avec Nest, Amazon, Apple...

Les problèmes spécifiques posés par ces choses connectées : la sécurité, le diagnostic à distance, la détection des anomalies, fingerprinting, identification du lieu, de l'appareil, du consommateur, les tests, les gestes... sont aujourd'hui les problèmes essentiels d'Internet. Notre vie est chaque jour davantage organisée et veillée par Internet.

mardi 12 mars 2019

Media-for-Equity: audience contre assurance pour la télévision allemande


Une société d'investissement (SevenVentures), filiale du groupe de télévision allemand Pro7Sat1. vient d'acquérir une participation minoritaire (14%) dans la société berlinoise d'assurance Fri:day. Il s'agit d'une opération de Media-for-Equity (M4E) : en échange de cette participation, le groupe de télévision fournira de l'espace publicitaire sur ses chaînes et leurs sites (communiqué de presse, ici).
Fri:day est une société berlinoise récemment crée (mars 2017), spécialisée dans l'assurance automobile. Elle relève de ce que l'on appelle InsurTech. Au total, avec l'investissement de M4E plus celui de Baloise Group, Fri:day aura levé 114 millions d'€.
Possédant de nombreuses chaînes en Europe germanophone, le groupe Pro7Sat1. peut proposer à Fri:day des possibilités publicitaires variées et puissantes, indispensables pour installer la notoriété d'une société à la première étape de son développement et visant le grand public.

InsurTech-ce que c'est ? Ce terme désigne les récentes évolutions des métiers et modèles économiques de l'assurance (depuis 2010) qui exploitent les capacités de l'intelligence artificielle ("supercharging insurance with AI", proclame la société Omni:us), de la téléphonie mobile et des données (predictive analytics). L'automatisation permet l'accélération et la simplification des procédures (stressfree, "less hassle"). Plateforme, cloud, tout numérique (plus de paperasse - no paperwork), recours au smartphone (mobile first) et des applis de l'assuré (photos), gestion numérique des dossiers et documents (numérisation, classement), etc : dans tous les cas, l'InsurTech réduit les coûts de transaction et, par voie de conséquence, les coûts pour les assurés. En recourant aux outils de l'Internet des choses (capteurs, etc.), à la biométrie (wearables), à la reconnaissance des images, au self-service, aux drones, aux selfies même, l'InsurTech simplifie les procédures, réduit les délais de transmission, de paiement (temps réel), diminue les risques d'erreur, favorise des décisions rapides fondées sur des données. De nouveaux produits apparaissent (assurance à la demande, sur mesure, pay-per-use-insurance, basée sur l'usage -usage based, épisodique, micro-assurance, continuous underwriting) et les compagnies d'assurance traditionnelles incubent des startups (AXA) pour se rénover... Disruption, révolution ? Transformation : cela suffit pour décrire sans emphase ce que l'on observe dans l'assurance comme dans d'autres secteurs : agriculture (AgTech), santé (HealthTech),  finance (FinTech), eau (WaterTech), alimentation (FoodTech), éducation (EdTech)...
Encore faut-il que les assurés aient la maîtrise des outils numériques et qu'ils disposent des appareils et des connections adéquats (ne pas être dans des zones blanches), ce qui n'est pas encore gagné : l'usage du numérique n'est pas encore universel - mais le papier-crayon ne l'est pas non plus...
Qui doit former à la maîtrise des outils numériques ? L'école pour les jeunes, certes, mais pour les plus âgés ? Des associations, des services publics ?
  • L'opération de Media-for-Equity réalisée par Pro7Sat1. combine un support publicitaire de masse encore traditionnel avec une entreprise innovante qui débute : la collaboration peut être prometteuse et dynamisante pour les deux partenaires et méritera d'être suivie. 
  • L'espace publicitaire, ou plutôt l'accès à l'audience, confirme son statut quasi-monétaire, statut que l'on observe depuis longtemps dans le troc publicitaire que pratiquent les stations locales américaines pour se procurer des programmes (barter syndication). Dans le premier cas, la TV paie une participation dans une entreprise avec de la publicité, dans le second la station paie un programme avec du temps d'exposition publicitaire. Tout est bien à condition que le cours de la monnaie soit bien établi, donc que l'audience et le retour sur investissement de la startup soient rigoureusement mesurés.
Fri:day Calcule combien tu roules et combien tu économises / Meilleure performance / Evaluations clients

mardi 6 mai 2014

Médias et domotique : smart home et smart cable


Les opérateurs américains du câble développent une offre domotique (home automation). C'est un prolongement et une diversification logique du câble, de la téléphonie et d'Internet. Les quatre services sont désormais souvent commercialisées ensemble, en "bundle" (cfBright House Bundle).
Le domaine de la domotique proposé par ces opérateurs concerne la sécurité de l'habitation (caméra, détecteur de mouvements), l'automatisation des ouvertures / fermeture (stores, portes), la gestion de l'énergie et de l'ambiance (température, lumière, humidité), les alertes de sécurité (intrusions, incendie, fuites, inondations, fumée, monoxyde de carbone), le contrôle des livraisons... En général, ces fonctions sont accessibles et pilotables depuis l'appli correspondante d'un Smartphone ou d'une tablette.

De nombreux MSO (Multiple System Operators) font appel à la société iControl Networks ; c'est le cas de Bright House Networks, de Comcast (XFINITY Home), de Cox Communications (Cox Home Security), de Time Warner (IntelligentHome) ou de Rogers Communications au Canada (Rogers Smart Home Monitoring). iControl est utilisé en marque blanche.
iControl a acquis en 2014 l'entreprise canadienne Blacksumac qui commercialise Piper, un appareil de télé-surveillance des domiciles (Home Monitoring Device). Piper a été financé par crowdfunding (Indiegogo), indicateur certain de sa popularité.
Parmi les investisseurs de iControl : Cisco, Comcast, Rogers, ADT, Intel Capital, Kleiner Perkins Caufield.

Et Google ? En achetant Nest pour 3,2 milliards de $ (2014), Google a attiré l'attention sur l'importance des fonctions domotiques : elles sont au cœur de l'habitation et de la vie quotidienne. Nest est principalement un thermostat intelligent : l'appareil apprend les habitudes de la maison (Nest Learning Thermostat) en collectant et analysant les données acquises : quelle température, pour quel horaire, pour quelle pièce... Nest effectue un travail de personnalisation en quelque sorte.

La domotique élargit l'écosystème numérique à l'Internet des choses (IoT). Non seulement le câble, mais aussi les opérateurs télécoms (AT&T : Digital Life, Verizon avec Home Monitoring and Control), et les opérateurs satellites (DirecTV achète LifeShield en 2013, Dish Networks s'associe à Control4 en 2014) sont présents sur ce marché. On attend l'arrivée de Qivicon, filiale de Deutsche Telekom (comme T-Mobile).

Avec le numérique et l'automatisation, arrivent la collecte et l'exploitation des données, l'intelligence artificielle (machine learning), l'accès aux domicile et à la communication mobile. L'enjeu économique est capital : il s'agit de la gestion courante du foyer.