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lundi 13 juillet 2015

mcn (YouTube), nouvelles voies pour la télévision ?


La télévision et la vidéo, c'est pareil. Pour les consommateurs, du moins ; donc bientôt pour les grands annonceurs aussi. Des spécialistes ergoteront encore longtemps sur les nuances et différences. Casuistique, stérile.
Les chaînes dites historiques (i.e. anciennes) n'ont plus le monopole que leur ont longtemps valu la complexité et la lourdeur de la distribution terrestre du signal télévisuel (réseau terrestre, satellite, networks, câble, etc.). Cette lourdeur s'est accompagnée en Europe de centralisation politique, intéressée (autorisation de diffusion, réglementation, financement par l'impôt) et de contrôle étatique : "la télévision fait l'élection", disait-on.

Mise à jour avril 2017

Aujourd'hui la création vidéo se développe ailleurs et les jeunes générations ignorent une culture télévisuelle viellissante. La distribution de la vidéo sur le Web naît sous d'autres cieux, elle relève du streaming (OTT). Le modèle original en est YouTube, racheté par Google en 2006. Facebook puis Snapchat se font également diffuseurs de vidéo et tentent de concurrencer YouTube et ses mcn. YouTube apparaît de plus en plus comme une plateforme où viennent se développer de nouvelles formes de télévision et de publicité : Susan Wojcicki, qui dirige YouTube, déclarera en mars 2017 que les vidéo-bloggers sont les prochaines entreprerises média" : "Unsere Video-Blogger sind die nächsten Medien-Unternehmen".
 Les chaînes plus ou moins anciennes se réveillent de leur sommeil dogmatique : elles empruntent la voie que YouTube a ouverte avec les réseaux multi-chaînes (mcn, multi-channel networks). Les mcn sont un moyen pour les groupes télévisuels de collecter les innovations, de les aider à décoller, à trouver leur public, de faire leur place sur le Web et sur le marché américain. De facto, ils jouent un rôle d'incubateur multiplateforme ; ils permettent d'amortir la création et la production sur des espaces mondiaux et linguistiques, donc publicitaires. Ce faisant, Google s'attaque au marché publicitaire télévisuel international, visant surtout les cibles jeunes et mobiles, YouTube proposant ses GRP estampillés par les mesureurs des performances de la télévision traditionnelle. Son seul problème est la mauvaise gestion des emplacements publicitaires, dont la médiocre sécurisation a été dénoncée par les grands annonceurs.

Nous avons déjà souligné les investissements de BSkyB, de Disney, de RTL; de Comcast... Le développement des mcn, amorcé il y a quelques années, s'accentue. Ajoutons quelques exemples récents, européens notamment.
  • Pro7Sat1 vient de racheter la totalité du réseau multi-chaîne Collective Digital Studio (CDS) dont il détenait 20%, acquis en 2014. L'ensemble, CDS 71 (250 personnes), regroupera un millier de chaînes après fusion avec le MCN de Pro7Sat1, Studio71 (créé en 2013). Les visites se comptent en milliards. CDS produit "Epic Meal Time", "Good Mythical Morning" (émission quotidienne avec Rhett et Link), Lilli Singh (dite "Superwoman"). Il produit également avec Rocket Jump Studios "Video Game High School" (VGHS)
  • TF1 et Mediaset ont pris une participation dans Studio71 tandis que Pro7Sat1 prenait une participation dans le mcn de TF1, Finder Studio.
  • Modern Times Group (Kinnevik) a acheté Splay, un MCN scandinave de 420 chaines, dont le slogan est : "connecting brands and influencers". Splay se définit comme the next generation digital media house". Quelques jours plus tard, en juillet, MTG achète 51% de Zoomin.TV, un mcn de 2000 chaînes (100 millions d'abonnés dans le monde) créé aux Pays-Bas.
  • Le MCN francetv a signé un accord avec Studio 100 Media pour la distribution de dessins animés (Zigby, Blinky Bill, etc.) sur YouTube et Dailymotion.
  • Vivendi a racheté Dailymotion à Orange. Dailymotion pourrait-il développer une stratégie semblable à celle de YouTube ?
  • ITV prend en Grande-Bretagne une participation dans Channel Mum (une quinzaine de chaînes s'adressant à des jeunes mères, "mummy vloggers", "the honest face of parenting").
  • Aux Etats-Unis le network hispanophone Univision, à la recherche de nouveaux talents, lance un mcn, Univision Creators Network.
  • WPP prend des participations dans des mcn : dans Fullscreen en 2012 (avec partenariat publicitaire), dans All Def Digital (ADD, 3 millions d'abonnés), en juin 2016.
  • En France, M6 lance deux chaînes sur YouTube en janvier 2016, l'une consacrée à la danse (DotMove), l'autre, Vloggist, est consacrée à la beauté féminine.
  • En mars 2017, Sky rachète Diagonal View (15 millions d'abonnés) : "All Time 10s", "Football Daily", "All Time Movies ", "Draw my Life", "All Time Conspiracies", etc.
Capture d'écran de splay mcn (juillet 2015)

mardi 26 août 2014

Silicon Valley : six personnages de série en quête d'investisseurs


"Silicon Valley", série de HBO (Time Warner), met en scène les aventures d'une start-up, Pied Piper, à la recherche d'investisseurs.
La série fut diffusée le dimanche en prime time, à 10 heures, après "Game of Thrones", d'avril à juin 2014 (8 épisodes). Cette position dans la grille a dû contribuer au lancement ; la série a connu un honnête succès d'audience et cinq nominations aux Emmys (cf. Television Academy) : elle sera présente dans les grilles de rentrée de HBO (diffusée en Grande-Bretagne, en Australie, sur Orange OCS en France).

Source : Spectrum IEEE
Les personnages et les situations d'une start-up typique sont réunis : l'incubateur, le VC (venture capitalist), l'"elevator pitch" ( en quelques minutes, présentation de son idée par la start-up), reverse engineering (démonter une innovation pour la copier)...
A l'origine de la start-up se trouve un projet d'algorithme de compression musicale,  d'où son nom, Pied Piper, qui évoque, en anglais, la légende du joueur de flûte de Hamelin (Grimm, "der Rattenfänger von Hameln", 1842).
Le dernier épisode de la première saison est censé se dérouler au TechCrunch Disrupt à San Francisco, sorte de marché bi-annuel où se rencontrent des start-ups et des investisseurs ; tourné en studio, l'épisode constitue une satire féroce du milieu. Cf. Valleywag,"HBO's Version of TechCrunch Disrupt Was Better Than the Real Thing").

Télé-réalité ? Mike Judge, l'auteur, a été ingénieur dans la Silicon Valley, l'algo de compression (cf. formule ci-dessus) a été imaginé par un professeur de Stanford University et rôdé par l'un de ses doctorants, Vinith Misra.
Ce n'est pas du Pirandello mais la question reste : quelle est la réalité, où est le théâtre ? Réalisme, exagération ? Notons qu'il n'est pas si facile de rendre spectaculaires, pour figurer dans un prime time télé, un algorithme, le code, la limite de Shannon ou un taux de compression. Silicon Valley relève le défi, plutôt brillamment.

"Silicon Valley" veut  rendre compte de l'économie qui s'est concentrée dans cette région des Etats-Unis, de la société qu'elle a engendrée, décor de l'intrigue. Une économie avec ses manières, son style mégalo, ses rituels, ses clichés, son langage, sa vulgarité sexiste, la naïveté bonhomme des uns, la brutalité carnassière des autres sont ainsi présentés sans détour : on peut y voir une version californienne des "eaux glacées du calcul égoïste" (expression de Marx : "eiskaltes Wasser egoistischer Berechnung", 1848). On pourrait aussi y lire une moderne "American Comedy", à la Theodore Dreiser.

Ne boudons pas notre plaisir, voici une comédie souvent drôle et qui nous délivre des histoires de crimes et de prisons. Après l'échec de Start-Ups, HBO réussit à peindre cet "univers impitoyable", comme AMC a peint la publicité (Mad Men), ou Fox la médecine (House M.D.). Attendons la prochaine saison, la série est prometteuse.




vendredi 7 février 2014

Les Voix de la France


Sondage CSA / Havas Media sur les marques les plus présentes dans la vie des Français (notoriété), estimation d'un "sentiment de présence" par les Français. 159 marques étaient proposées par l'institut d'études CSA. 4 596 personnes de 15 à 59 ans ont été prises en compte (2013). Source : Havas, février 2014.
Il en ressort que les voix qu'entendent les Français sont d'abord celle de Google (Google + YouTube, qui appartient à Google). Ensuite viennent Facebook, puis TF1 et M6...
Après, mais après seulement (et après Coca Cola !), France Télévisions et Orange.

Bientôt, YouTube sera sans doute la première chaîne française.

On peut mesurer à ce bilan une situation culturelle, et l'économie vécue des médias en France. "La voix de la France" disait un Président de la République, en juin 1969, c'est l'ORTF (dont l'équivalent serait aujourd'hui l'ensemble France Télévisions et Radio France).
La voix de la France, ce serait donc surtout Google et YouTube, et Facebook ?
Exception culturelle, diversité culturelle ? C'est bien mal parti...

N.B. Nielsen Médiamétrie (MNR) confirme : en décembre 2013, YouTube comptait 1,83 milliard de vidéo vues, TF1 50 millions, France Télévisions, 20 millions (pas de données disponibles pour Facebook). Février 2014.


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lundi 23 septembre 2013

La langue française, avenir des médias français ?

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La langue française peut-elle constituer une "opportunité de marché", un avantage compétitif pour les entreprises françaises de média ? Certainement, écrit un analyste financier...

Le marché intérieur français de l'anglais
Les générations récentes et prochaines auront toutes été formées à l'anglais, plus ou moins bien, généralement depuis l'enseignement primaire, soit durant une dizaine d'années, au moins. Lorsqu'il s'agit de domaines professionnels et techniques (sciences, finance, médecine, technologie, etc.), l'essentiel de l'information des cadres et techniciens est déjà en anglais et leur compétence en anglais est souvent suffisante pour y accéder (compréhension écrite, passive).
Les universités, se pliant aux demandes du marché, proposent de plus en plus de cours en anglais. Phénomène accentué par les offres des universités en ligne (comme Coursera, qui, d'ailleurs, est en cours de traduction en chinois par Guokr -  果壳...). Sur le marché de l'emploi en France, nombre de profils de postes demandent désormais un "anglais courant".
L'anglais devient langue "professionnelle" sur des marchés où se rencontrent, en un dialogue - inégal -, des anglophones (native speakers) et des locuteurs qui n'ont d'anglais que scolaire. Ainsi, par exemple, Rakuten, entreprise japonaise, en s'internationalisant, est amenée à faire de l'anglais la langue de l'entreprise.
Pour le français, la bataille de la langue professionnelle internationale semble perdue.
Cette tendance globale affecte également la consommation de divertissement. Beaucoup, parmi les nouvelles générations, téléchargent et regardent des films et des séries en anglais, joignant l'utile à l'agréable, l'amélioration de la compréhension orale et le plaisir du média. Par voie de conséquence, la compétence générale de consommation média des nouvelles générations (compréhension orale, bilinguisme passif) est de plus en plus tournée vers l'anglais. Le "français langue des pauvres", fulmine Miche Serres qui appelle à la grêve de l'anglais.
En même temps, les autres langues européennes souffrent d'une sérieuse désaffection scolaire, même si elles acquièrent des bénéfices de rareté et de distinction (allemand, russe, notamment) que n'accorde plus l'anglais. Notons qu'en Chine, on réduit la part de l'anglais et retarde le début de son enseignement.

Industrie linguistique / ingénierie linguistique
Le Web est devenu une industrie linguistique. Les moteurs de recherche, le ciblage commercial reposent essentiellement sur l'analyse du lexique, la sociologie des mots l'emportant de plus en plus sur les socio-démos, ces dernières étant reconstituées à l'aide d'analyses linguistiques reposant davantage sur des statistiques lexicales que sur des études socio-linguistiques ou sémantiques.
Le ciblage fait appel au traitement automatique des langues naturelles (Natural Language Processing), la traduction automatique aussi (AI-complete problem) : parti du test de Turing, on arrive au "deep learning" que pratiquent Google, Facebook, Baidu et Microsoft. Indispensables à l'analyse des contenus des pages Web, des réseaux sociaux ("sentiment analysis"), ces techniques d'intelligence artificielle sont essentielles. A terme, l'abaissement des barrières langagières est probable sous le coup des entreprises qui ont fait de la traduction automatique une priorité. L'avenir du français se joue-il en Chine, aux Etats-Unis ? En Europe, seule la langue russe semble résister à l'hégémonie américaine, avec, par exemple, Yandex (moteur de recherche) et vKontakt (réseau social).

La francophonie est-elle un marché d'avenir ?
Autrement dit, verra-t-on, comme l'imagine l'étude Natixis (o.c. infra), se substituer les marchés linguistiques aux marchés territoriaux ?
On compterait 220 millions de francophones dans le monde (selon l'Organisation Internationale de la Francophonie qui définit comme francophone toute personne "sachant lire et écrire en français"). Les groupes média produisant des contenus en français pourraient en tirer profit : contenus de divertissement, d'éducation, entre autres, dès lors que ces médias se numérisent. Canal Plus, Lagardère, Vivendi, notamment, sont évoqués. On pourrait ajouter Dailymotion aussi, Orange... On mentionne la croissance d'une francophonie africaine, mais quid de la présence chinoise en Afrique ?
Un anglais appauvri, devenu une sorte de koiné, souvent à base de créolisations (spanglish, chinglish, 中式英语, singlish, denglish, franglais), peut-il fonder une consommation média mondialisée ? Manifestement, oui. En tout cas, le doublage y suffit (où l'on retrouve l'ingénierie linguistique). En revanche, le français comme l'allemand et le russe gardent des atouts dans le cadre de modèles médiatiques alternatifs au modèle hollywoodien. Mais ne s'agit-il pas surtout de marchés de distinction, plutôt que de marchés de masse ? Enfin, quel sera dans vingt ans le statut du chinois et des médias numériques chinois ?


Références
Organisation Internationale de la Francophonie, La langue française dans le monde, Paris, Editions Nathan, 2010, 384 p. Bibliogr, Index.
Natixis, "La francophonie, une opportunité de marché majeure", 11 septembre 2013.
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mardi 20 août 2013

The end of 3D TV?

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How is 3D TV doing ? Not well.
ESPN 3D has said it was stopping 3D production for sporting events by the end of 2013. The BBC also is stopping production and will not launch a 3D channel: why ? "lack of public appetite for the technology". In 2013, the French tennis open (Roland Garros) was not broadcast by France Television in 3D anymore.

Last year, Canal+ (France) stopped broadcasting its 3D channel in France. In Australia, Foxtel will stop broadcasting 3D programs next week. ESPN 3D will close at the end of the year, BT Sport calls 3D "a waste of time".
There are still 3D channels: in the US, DirecTV still has 3D lineup (with ESPN 3D and 3net), but for how long? ; in Turkey, 3D exists within Digiturk's package (with Discovery); in France, Orange offers 3D on canal 333 as well as some VOD and there is still a Canal+ 3D in Spain. And there is Sky3D in the UK.
Among the reasons mentioned by operators against 3D TV: the price of a 3D TV set, lack of programming, the need to wear special glasses at home...
Being "smart" for TV will not include 3D.
3D was supposed to be the next big thing for TV, people were supposed to buy expensive 3D TV sets... It will not happen.
For the time being, you can still watch 3D movies in theaters...

vendredi 31 août 2012

PhotoPhone : SmartPhoto et phonéographie

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SmartPhoto se positionne comme "le magazine de la photographie et de l'image avec un smartphone". Le même éditeur publie aussi "images. Le magazine de la photographie et des auteurs contemporains".  
Lancé en juillet 2012, bimestriel, 68 p., 3,9 € (abonnement 4 numéros, 15 €), le premier numéro compte une huitaine de pages de publicité captive. Annonceurs : opérateur de téléphonie (SFR, Orange), imprimantes (Brother, HP, Samsung), Expos (Salon de la Photo, Dupon les Expos) et SanDisk.

Voici assurément une bonne idée de magazine car le smartphone devient l'équipement courant, banalisé, pour toutes les générations, utilisé pour les loisirs, la pédagogie mais aussi, de plus en plus, pour le travail (enquête, reportage, prise de notes en photographiant un tableau de salle de réunion, etc.). D'où cette innovation lexicale, le "photophone" (d'après le grec, ce qui est quand même plus cool que l'anglais !).
Les photos que l'on prend avec un smartphone, on les imprime rarement, on les montre plutôt sur un support numérique (tablette) ou on les envoie directement sur un site de partage. Le magazine couvre la double vocation du smartphone : outil de célébration et de mémorisation domestiques (phtos de familles, vacances, voyages...), outil de  socialisation : de Facebook à Pinterest, de Foursquare à Instagram, le réseau social devient de plus en plus un réseau photographique. Les histoires se racontent en photos et en vidéo. Le magazine Chasseur d'images de novembre consacre un dossierà la "phonéographie" : "Créatif avec un téléphone".

Chaque nouveau modèle, chaque nouvelle version d'0S et d'appli améliore les performances photographiques des appareils étendant les utilisations des photophones. D'où la question, légitime, que pose le rédacteur en chef dans son édito : "Sous-photo ou photo de demain ?". Le smartphone, selon lui, ouvre le monde de la photo de demain, ce qui justifie l'existence de ce nouveau titre.

Encore un magazine de papier qui assure la promotion d'appareils numériques. Comme pour Facebook,  etc. la presse magazine remplit son rôle d'éducation à la consommation.

Le magazine couvre et illustre toutes les facettes de la photophonie, techniques et artistiques.
  • Artistiques, esthétiques
    • Les photos prises par des photographes confirmés avec un photophone sont convaincantes.
  • Pratiques, techniques 
    • Le stockage. Sur ce point, le lecteur reste sur sa faim (rien sur iPhoto, sur Aperture, peu sur iCloud, sur Picasa, Flickr...). Dans les numéros suivants, on attendra des approfondissements et des analyses sur les logiciels et les applis de classement, etc. La question n'est pas triviale, il s'en faut.
    • Les filtres, les réglages, les retouches, les applis, les réseaux sociaux (Instagram, Pinterest). Des guides d'utilisation : luminosité et mises au point pour l'iPhone, sur l'élaguage d'une vidéo.
    • Des articles sur la vidéo, sur un long métrage tourné avec un smartphone, "Olive", sorti en 2011.
Les pratiques sociales et esthétiques nouvelles qu'engendrent les smartphones invitent à remettre en chantier le  classique de la sociologie de la photographie qu'est "Un art moyen. Essai sur les usages sociaux de la photographie (Paris, Editions de Minuit, 1965, 361 p., Index). Ce travail de recherche, dédié à Raymond Aron, fut financé il y a cinquante ans par Kodak : tout un symbole alors que l'entreprise a déposé son bilan cette année. Il y eut le "Kodak Moment" (slogan de la marque), pour désigner un moment mémorable, digne d'être photographié ; il y a désormais le "Smartphone Moment"... La différence entre ces deux "moments" constituerait certainement sans doute une illustration frappante des changements sociaux et culturels qui séparent deux technologies.

Dossier de Chasseur d'images, novembre 2012
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mardi 6 mars 2012

TV américaine. N°13. Lancement d'une série. De Glee à Smash

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Production des studios Universal (Comcast NBC) et de DreamWorks (Steven Spielberg), la série "Smash" (43 mn sans les messages publicitaires) est diffusée par le network NBC, en fin de prime time, le lundi à 22 H (ET). C'est l'une des nouvelles séries phares de la saison 2011-2012. L'audience du pilote était considérée comme excellente (11,5 millions de téléspectateurs, 3,8% de taux d'audience, 10% de part d'audience), les diffusions suivantes obtinrent des audience moins nombreuses ; en revanche, la dernière en date (cinquième épisode), est en hausse (7,9 millions de téléspectateurs), bien emmenée par "The Voice" (16,7 millions de téléspectateurs). La chute d'une émission à l'autre est toutefois bien forte.

Lundi musical
NBC recourt à une stratégie de programmation classique pour un lancement en cours de saison. Dans la grille du network, "Smash" a été placée dans le sillage de "The Voice" (lead-in, diffusée à 20H, ET), les deux émissions visant la même cible primaire : 18-49 ans. "The Voice" devrait accumuler de l'audience pour "Smash" (piggyback) qui, dans la grille, précède les informations locales ; de son succès d'audience dépend en grande partie l'audience locale des stations du network.
Avant son passage à l'antenne, l'émission a été diffusée sur certaines lignes d'American Airlines puis, gratuitement, en VOD sur iTunes, Vudu (Walmart), Amazon et, bien sûr, sur Hulu et NBC.com. Lancée début février 2012, 15 épisodes sont prévus avant l'été.
La chaîne a mis en place nombre de compléments numériques à partager par les fans de l'émission sur son site officiel NBC.com.

"Smash" se déroule dans le monde du show-business, le titre connotant la réussite exceptionnelle d'une pièce. L'intrigue tourne autour de la mise en oeuvre (financement, casting, etc.), pour un théâtre de Broadway, d'un spectacle consacré à la vie de Marilyn Monroe, de DiMaggio (base-ball) à Kennedy (politique).
L'émission exploite le filon télévisuel des crochets et concours "musicaux", terrain défriché par "American Idol" (Fox, 2002) et "The Voice" (version sans script, unscripted), par "Glee" (version scénarisée). Les chansons en constituent des temps forts et significatifs, tout comme dans "Glee". Elles donnent le ton et contribuent au portrait des personnages. Elles assurent une fonction descriptive.

L'Amérique au miroir de Broadway
Broadway représente un pan essentiel de la scène théâtrale et musicale américaine : plus de 12 millions de spectateurs en 2011 à New York pour une quarantaine de théâtres, à quoi s'ajoutent les tournées, les plus petits théâtres dits Off-Broadway. Plusieurs acteurs clés de "Glee" viennent de Broadway (Darren Criss, Lea Michele, Matthew Morrison, Jonathan Groff). A propos de Broadway : on pourra écouter l'émission de Laurent Valière, "42e Rue", sur France Musique, le dimanche matin).



Au-delà de ses apparences d'universalité, la série, cherchant la complicité du public américain, mobilise sans cesse des références et allusions à la culture américaine la plus quotidienne et la plus traditionnelle. Exemple (4e épisode) : Karen, "midwestern beauty", personnage central de la série, "montée" à New York pour faire carrière, retourne au pays chez ses parents le temps d'un week-end pour assister à une fête amicale ("Baby shower") ; elle interprète pour ses amies d'enfance une chanson country, hymne à la vie en province, qui en revendique tous les traits ("Redneck Woman" de Gretchen Wilson) aux antipodes de la vie à New York (les paroles opposent Victoria's Secret à Walmart, le Champagne - taste - à la bière -budget -, etc.). Trahison de la middle class d'origine (country girl ; on peut penser à Sheila, "petite fille de français moyen", tube de l'été 1968) ? Rêve de mobilité sociale par le show biz ou le sport, comme dans "Glee". N.B. L'actrice qui joue ce rôle, Katharine McPhee, elle-même passée par "American Idol" est un produit de cette mobilité. Dans l'émission, seule l'intrigue, d'ailleurs fort simple, est universelle ; en revanche, les descriptions sont méticuleusement américaines.
Quelle pourra être la réception par le grand public français de cette émission tellement américaine (diffusion par Orange et TF1 en VOD) ?


Rappel : études de cas sur la télévision américaine 

N°1 Station contre network                                                         N°2 Fox change d'affiliée
N°3 Question de couverture                                                         N°4 Pour network, le local compte
N°5 Syndication : le talent d'Oprah, le poids du local                    N°6 Lancement d'une chaîne
N°7 Une émission, deux écrans                                                    N°8 Stratégie de syndication
N°9 Un network prend le taxi                                                      N°10 Réglementation : son de la pub TV
N°11 TV à la station service                                                         N°12 Networks hispanophones

Episodes de Smash à vendre sur iTunes

vendredi 30 septembre 2011

Multitasking + Multiscreen = MultiScreenTasking

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Let’s attempt a neologism: "MultiScreenTasking". Such factorization describes the new situation of television. TV viewers do many things at the same time with many screens. Much of multitasking involving TV is also multiscreening, it is also transmedia.

Mise à jour 5 janvier 2012

Multitasking 
It has always been an issue with the media: listening to the radio while reading a magazine, driving a car, having breakfast, doing homework... or… reading a paper while listening to the radio, to music, etc. TV, in turn, developed a new kind of multitasking: reading the TV guide, knitting or having dinner in front of the TV.
Multitasking means putting more activities in a given time period, simultaneusly. Two or more activities in one unit of time. Does this mean sharing attention between two activities or doubling attention capacity? Marketing prefers TV only; or Web or magazine only, assuming that multitasking allocates less time to commercials. Of course, there might be a dominant task and a secondary one. TV viewing has always involved multitasking, but this multitasking activity has only been measured by declarative surveys (time budget).

Multiscreening
It happens when people look at two or more screens at the same time and when messages resonate from one screen to another. Of course, there might be a dominant screen and an ancillary screen. TV, laptop, tablet, smartphone. ebook: screens of all sizes generate a multiscreen experience. TV is intensified, completed, explained, explored by another screen, smaller but more connected, with interactive capacities thanks to apps: a laptop, a smartphone or a tablet (iPad). And this seems to be good for advertising; according to a Google/Nielsen/CBS study, it increases awareness and likability.

Transmedia?
Transmedia is what happens when a story (as in storytelling) is spreading beyond one single media, generally beyond one single screen, beyond one single platform. It might increase engagement for people who are following the story from one platform to another. In such a case, media are less simultaneous and there is almost no multitasking.

Why and how to MultiScreenTask? Social TV is the thing this year!
First and foresmost, TV MultiScreenTasking means going social with Facebook, Twitter or Google+: social TV viewing called sometimes "Facebookisation of television". See, for examples, Tunerfish, fav.tv, i.TV, SnappyTV, Into-Now (bought by Yahoo!), Yap.TV Social TV Guide, SocialGuide, Clipsync, etc. Comcast is testing a Facebook app for cable TV, Squrl, personal IPG, integration with social networks.
TV is not an isolated media anymore: it is less and less uniquely family. The TV experience is extended beyond home, beyond kids and parents (“audience conjointe”, TF1). It is enlarged to include your "friends". Instead of passive TV audience, marketing deals with active viewers. TV was a mass media, multiscreentasking transforms it into a massive personal media.
TV was already pretty much "social" at its beginning (Cf. Dinah Washington, the "Queen of the Blues", 1953, "TV is the thing this year"), but that is another story ;-) !

Examples
  • Navigate, choose programs, bookmark: remote control, interactive progam guides, TV Forecast, TV Schedules, ZAP2>it, buddyTV, TeeVlog, Yidio, ZeeboxPeel, Dijit, Zapitano, etc.
  • Puts TV viewers on TV: YouToo, which claims to be "the first social TV network", allows people to show off. "Be on TV", "Be Seen on TV", "Be social about TV": the three commandments for multiscreentasking TV!  "Sign up to be a star"says TV Dinner!
  • Track shows online: sideReel, GetGlue (integrated into DirecTV) 
  • Search, find, recommend: Gracenote eyeQ, SeaChange (recommendation engine), Blinkx, Shelby.tv ("powered by your friends"), iblbblr (conversation, recommendation)
  • Vote: iPowow scoring system, Live Talkback (social TV, participation and voting, clap or boo programs: “involve your audience”) 
  • Play:  see Intrasonics SDK for mobile apps
  • Tag a show or a commercial to get more content or advertising: Shazam for TV, uhuhh
  • Shop, buy, pay, download discount coupons: Ding Ding Youhui (BesTV, Shanghai), shopkick (avec le network CW)
  • Explain, inform, complete, share: TVCheck (Orange), Miso, an app that synchronizes with "Dexter" (Showtime), TV Foundry (AT and T/U-Verse), Umami ("Your TV companion")
  • Manage recording: save.tv ("Ihr persönliches Online-Videoarchiv"), TiVO
  • Interact with fictional characters and friend Zelda ("Legend of Zelda", the videogame), Kurt Hummel ("Glee") or Severus Snape ("Harry Potter"): cf. SocialSamba.
Questions 
What kind of analytics do we need for multiscreentasking? Do we need audience measurement for each of the screens? Probably not: instead of audience (passive by definition), these companion apps bring actions. Actions speak for themselves. One needs new kinds of tools to analyse conversations and sentiments about programs (see Trendrr, for instance), one needs new kinds of tools to analyse viewing acts (as in "speech acts"). Multiscreentasking does more than increase pure and simple frequency: it increases not only the number but also the density of impressions (acceleration effect). 
How is attention shared between screens? The math of attention can be estimated, since only one sense is at play, vision. What is the path of the eyes between screens? We could  draw screen graphs, modelize the dynamics of actions:  a new kind of social graphs.

Note also that
  • The living room wall could become a huge screen: NDS Surfaces brings multiscreentasking to a new dimension. One screen for a major TV program and many other screens on a wall where one can watch, at the same time, news, weather, interactive widgets, OTT apps, etc. The viewer can change the size of the different screens with the remote (tablet). 
  • TV programs are usually divided in scripted and unscripted programs: the unscripted part is now on another screen, personalized. 
  •  Multiscreentasking is hyper engagement (hyper activity?); it does not affect our downtime, but it might affect our opportunity to daydream while watching TV. And daydreaming is probably where ideas, new decisions, creativity come from ... 
  • Comments about TV (TV Genome data) can be used by advertisers or TV networks (cf. bluefin Labs)
  • According to McLuhan's classification of media, TV was "cool"; is multiscreentasking making it a "hot" media?
  • And to go even further: people used to talk to their TV set (loud "dialog" or interior speech, "sous-conversation"); with multiscreentasking, they do more than just talk, they actually do something to the TV. A new behavioral psychology of engagement is to be invented. 
  • How about radio? Could Nielsen's PPM play a role in a cross-platform strategy?

lundi 26 septembre 2011

Glee, rêveries d'adolescents


TapTap Glee, l'une des appli iOS 
Glee, l'émission du network américain Fox, entame aux Etats-Unis sa troisième saison, chaque mardi en prime time (20-21h). Ce feuilleton conte l'histoire d'adolescents dans une high school, l'équivalent américain du lycée. Deux groupes divisent l'établissement : le côté football ( jocks et cheerios), le côté musique, ceux qui chantent et dansent (Glee Club). Quelques un(e)s font les deux, dilemme. Et beaucoup ne font ni l'un ni l'autre, sans doute font-ils des maths et de l'anglais... Horresco referens ! Mais, de cela, il n'est presque jamais question.
En France, la série est distribuée depuis mars sur W9 et M6 (reprise cette semaine) et accessible sur Orange (CinéHappy, VOD).
Cette chorale dansante, qui parfois évoque Fame, reprend les succès de Broadway dont sont issus beaucoup des acteurs mais aussi de pop stars contemporaines : Katy Perry, Madonna, Lady Gaga, Michael Jackson, Justin Bieber, Adele, etc. L'émission parcourt ainsi, d'épisode en épisode, les répertoires de plusieurs générations de goûts musicaux ; les  "gleeks" (Glee + Geeks) se recrutent dans tous les âges. A chaque génération ses "Silly love songs" (par Glee, en promo à la télé en 2011 ou par Paul Mcartney and Wings en 1976)... et, comme disent les paroles, personne n'en a jamais assez. D'ailleurs l'équipe de Glee a enregistré 13 albums (6 millions d'albums vendus, 30 millions de single, selon Nielsen Soundscan).

Lyrics | Paul McCartney lyrics - Silly Love Songs lyrics 

Une culture pour oublier les classes ?
Toute l'intrigue ou presque se déroule dans le cadre d'un établissement secondaire public fréquenté par des enfants de  milieux non favorisés ; on y croise l'administration (direction, conseillère d'orientation, infirmière) et les élèves, rarement les enseignants. Au premier plan, les coachs successifs de l'équipe de football, celle des cheerleaders et surtout l'animateur de cette sorte de comédie musicale "live" et continue qu'est le "Glee Club".
Au gré des épisodes, on est confronté à un débat sur les "minorités", d'où il ressort que la majorité - sinon la totalité - des élèves participant au "Glee Club" se sentent appartenir à une minorité, à un titre au moins, et se valorisent mutuellement, chacun puisant dans son répertoire musical. Surtout, ces élèves se sentent et se disent relégués (underdogs) ; pour eux, le "Glee Club" est un rattrapage, une chance de revanche aussi. La question de la "popularité" est omniprésente, déclinaison en réduction locale des aspects people. La série cultive aussi un côté soap opera.
On assiste au développement d'une culture adolescente, faite de musique populaire et de mode, qui voudrait transcender et sublimer les classes (et les classements), en euphémise les conflits... Le réalisateur déclare avoir voulu rompre avec une culture télévisuelle donnant la première place aux séries violentes consacrées à la criminalité.
Dans tout cela, de jeunes téléspectateurs français peuvent essayer de se retrouver, non sans risque de contre-sens. Comme d'habitude, reçue en France, cette émission l'est fatalement un peu de travers : la "high school" n'est ni le collège ni le lycée. Le sport scolaire n'a pas le même statut dans les deux cultures. Surtout, les connotations et sous-entendus des chansons restent souvent insaisissables (les traductions en sous-titres n'aident guère), mais les Français, en singeant les Américains, ont pris depuis longtemps l'habitude de ne pas comprendre tout à fait ce qu'ils entendent. Acquiescement à la domination culturelle, à la mondialisation ?

Extension systématique de la marque, tous azimuts
Le plus remarquable est l'environnement médiatique engendré par "Glee" : des sites de toutes sortes assurent la promotion et la propagation de l'émission, site officiel de la marque télévisuelle, sites de communautés locales, aux Etats-Unis, en France. La marque "Glee" l'emporte de loin sur la marque de l'agrégateur, qu'il soit Fox ou simple détenteur provisoire des droits, comme M6 ou d'autres. Le groupe fait des tournées, il y a un film en 3D. Leur musique se vend formidablement, albums ou téléchargements (cf. iTunes). La troupe a chanté à la Maison Blanche, pour Oprah, etc. Bien sûr, il y a des applis pour tout cela, où l'on tweet et partage, chante (karaoke) et joue (trivia), etc. Il y a un livre (Glee Piste 1, chez Hachette Jeunesse) et un film en 3D, du merchandising à foison, du karaoke pour Wii, des DVD, etc.
En France, la presse magazine des adolescents se repaît de "Glee" : numéros spéciaux et hors série. Les magazines y vont de leurs posters : Séries fan, Like Hit !, Teen People, Séries City, Séries Mag, Séries City, Melody Stars, Teenager, etc. Presse d'ailleurs non mesurée, donc inconnue des outils de travail des médiaplanners. Même Phosphore a titré sur "Glee" pour la tournée du groupe à Londres. Le film "glee on tour 3D" est sorti dans les salles en France en septembre 2011.
  • Depuis juin 201, la chaîne thématique Oxygen (groupe NBC Universal) diffuse "The Glee Project" un reality show permettant, après éliminatoires, de recruter des participants à la série diffusée par Fox. Les épisodes durent 44 mn. Des versions canadienne et anglaise existent également. L'émission est diffusée par des chaînes du monde entier (syndication).
  • En 2012, NBC lance "Smash", une émission reprenant le principe des radio-crochets et concours de chants dont on a dit qu'elle était un "Glee" pour adultes.
L'audience, l'emprise internationale et multimedia de "Glee" sont puissantes mais peu mesurables : faillite partielle de la multitude dispersée et dispersante des outils de mesure, faillite totale de l'ambition de tout mesurer ("360°", etc.).
Comparons quand même, à titre d'exemple, la "notoriété" de"Glee" à celle de "Mad Men". Cf. ci-dessous, les données issues de Google Insight pour les recherches effectuées sur Google au cours des 12 derniers mois (ce graphe figure à titre d'illustration, car les données n'en sont pas aisément interprétables du fait de la normalisation et des effets d'échelle).

voir aussi, sur MediaMediorum
De Glee à Smash : lancement d'une série
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dimanche 23 janvier 2011

Vidéo en Europe

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Pour faire suite au post sur la video aux Etats-Unis, revenons à l'achat de LoveFilm - sous réserve d'autorisation - par Amazon. L'histoire n'est pas nouvelle : Amazon détenait 42% du capital depuis 2008 et LoveFilm avait acquis le service de location de DVD d'Amazon ... Cet achat valoriserait LoveFilm à près de 320 millions de $.
LoveFilm, lancé en 2002 fonctionne selon un modèle mixte, identique à celui de Netflix : location de DVD par courrier + streaming (on a parlé de "Netflix of Europe"). Streaming sur PC et PS3 avec le LoveFilm Player). Certains programmes sont gratuits et comportent des messages publicitaires. LoveFilm compte plus de 1,4 million d'abonnés répartis dans le Nord de l'Europe (Grande-Bretagne, Scandinavie, Allemagne). Pour l'instant, comme aux Etats-Unis, la location de DVD l'emporte sur la VOD en ligne. Mais sans doute le DVD (films, jeux vidéo) distribué par courrier n'est-il, à moyen terme, qu'une propédeutique à la VOD par streaming, une solution de transition, une rampe de lancement. Pour l'instant l'offre de programmes est 30 fois plus importante que celle du streaming (au total, 70 000 programmes selon LoveFilm). Le streaming représenterait le cinquième des locations de LoveFilm.
Enfin, notons que LoveFilm est repris par la distribution (Tesco, CDwow, Odeon, etc.), parfois en marque blanche.
Comment comprendre cet achat ?
  • Hypothèse la plus courante, la stratégie défensive : freiner le développement éventuel de Netflix en Europe. Netflix n'est présent qu'en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada). Au Canada, Netflix ne propose pas la location de DVD.
  • Hypothèse plus structurelle, celle d'une offensive qui se prépare. LoveFilm constitue une base pour développer les services de VOD d'Amazon en Europe (DVD + streaming). Car passer du VOD au streaming, c'est changer de marché, venir sur des territoires où déjà interviennent de grands opérateurs de télévision (Sky Digital, Virgin, BBC, etc.). Amazon dispose d'atouts : son image de marque, sa réputation numérique (Kindle), son portefeuille de clients issu du marché du livre, sa capacité de cloud computing... 
Par ailleurs, en France, dans un coup qui évoque celui de Google avec YouTube (5 ans après), Orange rachète une partie de Dailymotion. On attendait TF1, ce fut Orange... La valorisation de Dailymotion serait de 150 millions d'Euros. Dailymotion a passé un accord pour la diffusion de la Coupe de la ligue (football) pendant trois ans. Tiens ! On dirait de la télé !

Ces deux coups, des ouvertures assurément, ne se jouent-ils pas dans la même partie ? Attendons, les joueurs ne sont pas encore "sortis de la théorie"...
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vendredi 6 août 2010

Newspaper as a hobby

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Dans The New Yorker d'août, The Talk of the Town, la rubrique "Open Secretsest consacrée au groupe du quotidien régional américain Washington Post, la Washington Post Company.
  • Kaplan, la filiale éducation du groupe est à l'origine de 60% des revenus (tests, formation professionnelle, préparation aux examens, etc.). Il est effectivement légitime donc d'appeler ce groupe, depuis 2007, "education and media company". Kaplan, société fondée en 1938 a été rachetée par le groupe en 1984.
  • Une blague de salles de rédaction prétend que la Washington Post Company n'est qu'une entreprise de préparation aux examens qui, à titre de passe-temps, édite un quotidien  ("a test-prep tutoring service that puts out a newspaper as a hobby", p. 17). Voilà qui remet à sa juste place un titre qui a tendance à se prendre - et parfois à être pris, surtout à l'étranger - pour "la voix des Etats-Unis" quand ce n'est sans doute que la voix démocrate de la vie politique à Washington D.C.
  • Cette blague a le mérite de mettre en question les classifications courantes qui datent : un tel nettoyage classificatoire devrait être appliqué aux actuels groupes médias et aux nouveaux, à diverses fins (analyse, réglementation, etc.). Ainsi Yahoo, Google, Amazon, Apple, Orange, SFR, AT and T, JCDecaux, etc. sont-ils des groupes médias ? Quid de la FFF ou de la NFL, de la FIFA ? Quelle est la définition actuelle, opérationnelle d'un groupe média ?
  • ValueClick vient d'acheter Investopedia au magazine économique Forbes. Investopedia est un site au format éducatif, "your source for investing education" : simulateurs, didacticiels, dictionnaires spécialisés, préparation d'examens, documentation. ValueClick est un réseau publicitaire (adnetwork) ; est-ce un groupe média ? Le devient-il avec cette acquisition ?
  • Dans la mesure où le financement publicitaire se généralise à un nombre croissant de segments éducatifs, quelle est la place des services éducatifs dans la diversification numérique des médias ?  Et réciproquement ?
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vendredi 8 mai 2009

Vivre en pannes


Il y a peu, Gmail est tombé en panne ("a glitch") ; à son tour, Hotmail tomba en panne quelques jours plus tard, puis Gmail à nouveau. Le 9 mai, dans le Sud Est, Orange a dû interrompre ses services pendant plusieurs heures (mobile, TV, Internet : triple play !). Pour les adeptes du cloud computing, c'est préoccupant. Comme Gmail et Hotmail sont gratuits pour le grand public, on leur pardonne plus facilement, d'autant qu'avec le travail off-line et le "flaky connection mode", ce fut supportable pour les usagers de Gmail.

Les fournisseurs d'accès interrompent leur service de temps en temps : ils expliquent, quand ils daignent expliquer, que c'est "la faute à France Telecom", au dégroupage partiel, total... Impossible de s'y retrouver : c'est la faute à personne. Il n'est pas surprenant qu'Internet devance de peu la téléphonie dans l'Observatoire des plaines de l'Afutt et tienne bien sa place dans le Baromètre des réclamations de la DGCCRF. Voir le commentaire mesuré de la revue Que Choisir ? et le baromètre d'insatisfaction des consommateurs prisonniers de "l'enfer des hot lines" : pour eux "la galère reste en ligne" : tous les FAI sont au-dessous de la moyenne, sauf Darty.

A propos, avez-vous déjà entendu parler de pannes de facturation ? Non ? Bizarre...

Quant aux pannes des ordinateurs, aux bugs divers, aux courriers erratiques, c'est là monnaie courante. Blogs et forums regorgent d'astuces et de trucs pour survivre dans la jungle bureautique : aidez-vous les uns les autres. Et ne comptez surtout pas sur les modes d'emploi ou les aides en ligne : ils répondent à toutes les questions que vous ne vous posez pas. Appeler un service après vente, un service client ? N'y pensez même pas ! Les opérateurs, les fabricants comptent désormais sur les clients pour venir en aide aux consommateurs qu'ils ont naufragés. Ils ont "crowd sourcé" leur SAV.

Même s'ils perdent quelques batailles, fabricants, opérateurs et consorts ont gagné cette guerre d'usure. Le consommateur, accablé, ne se plaint plus trop, il se débrouille. Triomphe du bricolage. Le nombre de réclamations, indicateur commode, sous-estime la réalité des mécontentements ; il ne prend en compte que le plus vérifiable, le plus indéniable (facturation excessive, etc.). D'autant qu'il faut du temps et du savoir-faire pour se plaindre : les plus vulnérables ne savent pas ; Que Choisir ? publie des lettres-types pour faciliter le dépôt de réclamations et aider les victimes. Le consommateur vit désormais les pannes comme un destin. Minuscule pot de terre contre tentaculaires pots de fer, il se méfie. Il sent bien que les méchantes Parques qui filent nos vies numériques, et les coupent, se réjouissent des incompatibilités entre logiciels qui nous frappent à chaque nouvelle version, à chaque mise à jour, qu'elles se réjouissent aussi des tarifs et CGV ésotériques de la téléphonie portable, des anti-virus pré-installés, des assurances, des garanties... A chaque jour suffit sa panne !

Coûts de transaction
Le temps que fait perdre cette gigantesque accumulation de pannes, de bugs, de fausses promesses, de déceptions, de dissuasion, de démoralisation a un coût, qu'il faudrait évaluer, pour revoir à la baisse les déclarations de satisfaction tonitruantes... et, à la hausse, la facture numérique réelle des consommateurs et des entreprises. A imputer aux coûts de transaction !

dimanche 29 mars 2009

Appli promo TV


CBS Mobile lance une appli gratuite pour la promotion de Harper's Island, sa nouvelle série policière, deux semaines avant sa mise à l'antenne sur le network : clips, carte de l'île, compte à rebours jusqu'au lancement, etc.

Voici un moyen de plus dans la panoplie publicitaire et surtout promotionnelle des chaînes de télévision (marketing d'antenne). Pour CBS, cette appli dédiée à une émission s'ajoute à TV.com, appli lancée en février, grâce à laquelle on peut regarder des émissions de la chaîne (depuis les Etats-Unis uniquement). Au total, CBS a déjà mis en place une dizaine d'applis.
Contenu longtemps dans les limites des médias traditionnels et des magazines TV, le marketing de l'antenne recourt aux lieux de vie hors domicile des téléspectateurs potentiels  : digital signage dans les supermarchés, les stations services, les centres commerciaux... iPhone et GPhone constituent l'un de ces lieux que le téléspectateur emporte avec lui, à toute heure, de lieu en lieu. Lieu géométrique de toutes les virtualités. Non lieu.

On compte plus de 7 millions de iPhones aux Etats-Unis où l'appareil est désormais vendu sans abonnement dans les boutiques Apple et AT&T (no-contract iPhone). Aux iPhones s'ajoutent les iTouch qui, avec le Wi-Fi, disposent de capacités semblables en ligne. En France, le iPhone est désormais commercialisé par tous les opérateurs et un GPhone est commercialisé par Orange et SFR (avril).

L'application fonctionne à la fois comme vecteur de personnalisation et multiplicateur d'interactions ; elle donne à l'iPhone, au GPhone (Android) et bientôt au Blackberry une dimension nouvelle (800 millions de téléchargements pour 25 000 applications iPhone en un an). Nous voyons se dessiner trois conséquences :
  • Toute entreprise doit désormais s'interroger, comme elle a dû le faire pour Internet : quelle appli offrir, ou vendre, pour quel objectif, pour quel support ? 
  • Quelles synergies entre ces appli mobiles et les médias im-mobiles ?
  • Dans ce contexte, la question de la mesure de l'efficacité de ces appli, de l'évaluation de leur retour sur investissement se pose de façon cruciale, et inédite. 
  • Un nouvel axe créatif se dégage qui accentue l'importance des développements informatiques dans les métiers de la publicité.