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mardi 22 décembre 2020

"This is Us" : une longue série biographique

Les principaux héros de la série (source : Wikipedia)

 C'est une série au long cours, à la construction très complexe, qui mêle sans cesse les moments. Crée par Fox, sa première diffusion date de septembre 2016 sur le network NBC, année olympique, et la cinquième année, lancée le 27 octobre 2020 est actuellement en cours de diffusion. La série est filmée à Los Angeles pour l'essentiel ; chaque année compte 18 épisodes. Elle conte l'histoire d'une famille de deux parents blancs qui attendent des triplés. L'un étant mort à la naissance, il est remplacé, volontairement, à la clinique par un troisième enfant, abandonné, et qui est noir. C'est l'histoire de cette famille mixte à laquelle on assiste, famille et son environnement social, passager ou durable. Au cours des cinq années de la série - qui couvrent plus d'une vingtaine d'années réelles -, les enfants ont grandi et le couple a maintenant des petits enfants. Et chacun des personnages a vieilli avec ses problèmes : l'une oublie petit à petit, l'autre est obèse, l'un est soucieux et un peu perfectionniste, l'un a des problèmes d'alcoolisme...

30% des effectifs des auteurs qui ont collaboré à la série sont noirs (alors que l'on ne compte habituellement 4,8 % des auteurs noirs  !). Le titre, "This is Us" a été rendu en français par "Notre vie" au Québec, ce qui ne donne qu'une idée de la série ; "Voilà, ça, c'est nous" oubien "Voilà notre vie" auraient peut-être mieux rendu l'esprit de cette série qui a gardé son titre américain en France. En France, où, après Canal Plus, 6ter, puis M6, la série a connu des scores d'audience plutôt décevants... Aux Etats-Unis, NBC a diffusé la série en prime time mais Fox garde les bénéfices de la diffusion à l'étranger, en syndication et en streaming

Ces quatre familles connaissent au cours de cette trentaine d'années tous les problèmes possibles des familles américaines, parfois dramatiques mais aussi, le plus souvent, d'une grande banalité. Le montage des épisodes fait alterner les périodes, le passé des personnages étant souvent présenté comme des formes d'explication du présent, du futur également. Les téléspectateurs voient ainsi des vies qui se mêlent, tissées de moments tendres, touchants, d'une grande quotidienneté aussi, avec leurs bavardages, leurs drames, leurs joies, les fêtes... C'est l'ensemble de ces émotions banales qui fait l'intérêt de la série : les événements décrits donnent l'impression aux téléspectateurs de les partager ou de pouvoir les partager et, parfois, les mettent à distance. Ces cinq années font naître chez les spectateurs le sentiment d'une grande proximité mais aussi celui d'assister à un spectacle à distance. Le mélange des périodes, des personnages, contribue à cette distanciation.


vendredi 16 novembre 2018

TV: L'heure, c'est l'heure. Après l'heure, c'est plus l'heure

Télé-Loisirs, Programmes du 10 au 16 novembre, p. 14

L'hebdomadaire Télé- Loisirs se fait l'écho de téléspectateurs qui se plaignent des retards des émissions : l'horaire de diffusion n'est pas l'horaire annoncé dans la presse (l'écart étant parfois d'un quart d'heure). Le magazine a collecté une pétition de 22 000 signatures et a comptabilisé la durée hebdomadaire perdue à attendre les émissions attendues...

Au moment où l'on évoque les succès de Netflix et du streaming à la demande (SVOD), où le binge-viewing semble une évidence partagée, il est intéressant d'observer qu'une partie de la population française vit toujours au rythme des chaînes traditionnelles, historiques même (TF1 d'abord). Et d'abord au rythme du prime time. L'expression peut sembler surannée, ringarde même alors que l'on affirme que "prime time is my time".
La banalité des arguments rapportés par le magazine doit être soulignée : "Je me lève à 5h30 et j'aimerais pouvoir vois un film en entier un soir" ; quand on se lève tôt, on ne peut pas se coucher trop tard. La France qui se lève tôt !

Au-delà des arguments et des récriminations, que nous apprennent cet article et cette pétition ?
Ils nous rappellent que pour une partie de la population vivant en France, la télévision est affaire d'horaire : on attend qu'elle soit ponctuelle, politesse des rois ! Oubli, négligence des chaînes ? Ignorance ? Mais que savent les "chaînes" des téléspectateurs actuels et potentiels ? Elles ont les données d'audience a posteriori : en plus d'inspirer des tarifs publicitairesces comptages, effectués à partir d'un panel, traduisent des choix, des préférences de la population à un moment donné, rien de plus ; elles ne peuvent déceler des mécontentements qui montent et des changements de comportement en gestation.
 Les chaînes cherchent-elles à le savoir ? Les téléspectateurs ne sont pas si "enchaînés" à leur grille qu'elles veulent se l'imaginer. Les services de streaming à la demande (SVOD) en savent plus long sur les comportements de leurs abonnés (de TOUS leurs abonnés, à tout moment). Les résultats de la pétition de Télé-Loisirs, comme un élément d'un cahier de doléance, peuvent être perçus comme une involontaire et convaincante publicité pour Netflix et Amazon Prime Video dont le prime time est, par construction, toujours à l'heure de leurs abonnés. Alors, est-ce l'heure d'OTT qui vient de sonner pour les grandes chaînes ?

Ne méprisons pas les usages traditionnels des médias traditionnels. Voyez Amazon qui imprime et envoie des millions de catalogues pour les achats (de jouets notamment) de fin d'année ou encore Facebook qui, aux Etats-Unis, fait connaître sa dernière innovation (Portal) à grands coups de GRP TV (50 millions de $ en un mois). Quant à Google, il fait la une de la publicité extérieure avec son téléphone Pixel.

jeudi 12 avril 2018

Roseanne et sa sitcom se rejouent les élections américaines


Hier soir mardi, soirée TV, dîner avec "Roseanne". A 20 heures, sur ABC, juste après "Jeopardy". Pas terrible, cet épisode : une histoire de mère porteuse (gestation pour autrui) qui ne porte plus et qui comptait s'acheter un chien avec la récompense. La commanditrice de l'enfant escompté, mère intentionelle, reprend l'œuf de Fabergé qu'elle avait offert à la mère porteuse. Quel humour... Plus tard, à 9 heures, la série "Black-ish", c'était moins déprimant, une histoire de chien. Un enfant, grâce à de très bonnes notes à l'école (straight As!) a gagné d'avoir un chien. Ses parents lui avaient promis, confiants dans ses habituelles mauvaises notes. La promesse est compromise car le père est décidément contre. Débat familial, campagne électorale, vote : le fils gagne l'élection grâce au swing vote de sa petite sœur... Beau joueur, le père rapporte un chien à la maison, tout blanc. Sitcom sympathique, comédie filmée avec une seule caméra, sans public (Warner Bros., 22 mn).
Entre les deux séries, au milieu, une autre série "The Middle" (middle class, middle age, etc.) ; mais les écrans publicitaires pour les voitures ainsi que le décalage horaire m'ont vaincu : j'ai somnolé.

Revenons à "Roseanne", la sitcom (21 mn). Elle est enregistrée en direct, ce qui nous vaut les ricanements du public invité. C'est le succès de la saison télévisuelle. Inattendu. Comme l'élection de Donald Trump aux présidentielles. Roseanne, l'actrice comme le personnage, ont voté Trump et en sont fièrs (cfRoseanne et son partenaire interviewés lors du talk show de Jimmy Kimmel) ; sa sœur a voté Clinton. Débat dès les premiers épisodes : la série ne craint pas la controverse.
Le monde de "Roseanne" est un monde modeste (working class, blue collar), sans "distinction", celui d'une partie de l'électorat, mésestimé, sous-estimé. La famille Conner habite dans le Mid-West, Rust Belt, terre électorale de Donald Trump : désindustrialisation, chômage, difficulté lancinante à joindre les deux bouts (Roseanne conduit un taxi pour Uber). Bob Dylan a déjà tout dit de cet univers. "Roseanne", c'est le retour du refoulé, et la nostalgie : revival, reboot, dit la presse. Un monde normalement absent de l'univers télévisuel américain, où règne l'aisance sociale, surgit en plein prime-time. "Misère du monde" télévisuel.

Pour les séries, il y a donc une vie après la mort. Vingt ans après sa mort, la série est de retour. Elle fut à l'antenne de 1988 à 1997, sur ABC déjà. Si possible, on a repris les mêmes acteurs, pour sa onzième année, renouvelée par ABC Disney, en mars 2018. Les audiences sont bonnes, nombreuses (25 millions de téléspectateurs, beaucoup de 18-49 ans, key demo pour les annonceurs), et encore, c'est sans compter le streaming d'ABC, la rediffusion du dimanche et celle de Hulu. Le Président a félicité Roseanne pour ces audiences. Selon Samba TV, une plateforme d'analytiques TV, la série sur-performe dans les régions de vote Républicain et parmi les téléspectateurs de Fox News.
Anticipation des prochaines présidentielles ? La TV ne fait sans doute pas l'élection (question éternelle pour un grand oral à Sciences-Po) mais elle l'explique peut être mieux que les politologues (cf. Oprah élue bien avant Obama). On parle, au moment du marché upfront de "l'effet Roseanne".

Mise à jour (29 mai 2018). ABC annule (cancel) l'émission en raison d'un "tweet raciste" de l'actrice Roseanne Bar.

lundi 31 juillet 2017

Upftont market 2017 : quel bilan pour la TV américaine ?


On appelle aux Etats-Unis upfront market le marché d'espace publicitaire prime time qui se tient en avance ; les ventes par les régies nationales, comme il est de tradition, se sont terminées en juillet, pour l'ensemble de la saison télévisuelle 2017-2018 qui commence en septembre.
Pour juger des résultats du marché upfront, c'est à dire du dynamisme de la vente d'espace publicitaire par les régies télévision, celles des chaînes du câble et satellite (MVPD) et celles des networks (broadcast, nationaux), deux critères sont essentiels : le Coût Pour Mille (CPM) et le volume vendu.
Cette année, les CPM sont à la hausse (de 8 à 9%) soit 29$ pour les networks et 16$ pour les chaînes du câble, le chiffre d'affaires est en hausse également atteignant 20 milliards de dollars, soit une augmentation globale de 5,9% (+4,1% pour les networks nationaux, +7,6% pour les chaînes cab-sat).

Conclusions ?
  • Le marché upfront, tellement décrié qu'on le dit condamné depuis des années, a toujours la faveur des annonceurs et des agence. Notons que les spécialistes, pessimistes, avaient prévu des CPM constants, pariant un peu légérement sur les effets de l'érosion des audiences et sur les désabonnements (cord-cutting). La rationalité de ce marché échappe encore au calcul économique classique.
  • Les annonceurs continuent de privilégier la télévision pour leurs campagnes nationales (branding). L'augmentation des CPM ne les dissuade pas ; l'avantage d'une puissante couverture (reach) reste déterminant. De plus, le marché télévisuel n'est pas gangrené par des débats sur la visibilité des messages publicitaires (le Media Rating Council envisage de durcir les critères de la visibilité sur le Web), ni par les problèmes de mesure (cf. les miscalculations de Facebook) ou de mauvais placements (YouTube). Dans la plupart des cas, à ce stade, le numérique, et notamment la vidéo, ne joue encore qu'un rôle ancillaire. Apprentissage.
  • Manifestement, les acteurs du Web n'entament pas l'économie des chaînes de télévision. En revanche, ces chaînes ont davantage vendu leur actifs numériques. Les grands groupes de télévision sont mixtes : network, cab-sat et numérique. On ne sait pas distinguer quelle part des revenus revient aux plateformes de streaming, skinny bundles, comme Hulu, DirecTV Now ou Sling...

mardi 30 mai 2017

Téléviseur : la fin du monopole


Pourquoi a-t-on tellement besoin de répéter que le téléviseur n'est en rien menacé par les autres écrans, celui de l'ordinateur, celui du smartphone ou de la tablette ? Qui faut-il rassurer ? Les annonceurs et leurs agences avant l'ouverture du marché publicitaire (upfront market), les fabricants et vendeurs de téléviseurs ?

La statistique trimestrielle que publie Nielsen concerne les adultes (18 ans et plus, pourquoi ?). Selon l'estimation de Nielsen, le téléviseur l'emporte sans conteste sur les autres écrans quant à la durée de consommation : plus de 500 milliards de minutes tandis que l'ordinateur n'en prend que près de 32 milliards, le smartphone 11 milliards, la tablette près de 5 milliards. C'est surtout ce qu'a retenu la presse spécialisée...
En revanche, lorsque l'on prend en compte l'âge des répondants, le téléviseur voit sa part décroître pour les plus jeunes générations. Qu'en serait-il pour les pré-adolescents ? Une même évolution s'observe en France chez les plus jeunes, les cadres... (cf. synthèse du CSA).

La télévision est de moins en moins consommée uniquement sur le téléviseur dont le monopole s'effrite et, avec lui, sa place centrale, point focal dans l'univers domestique. Que deviennent alors les notions de "family viewing time" ou d'audience conjointe, voire même celles de prime time ou de "foyer TV" (TVHH) ? Et avec la fin du monopole du téléviseur, c'en est fait de la télévision comme mass média d'information, de divertissement et de publicité. D'ailleurs, l'enquête de U.S Energy Information Administration confirme que le nombre de téléviseurs par foyer décline...
Ordinateurs, tablettes et smartphones sont aussi des supports domestiques. Souvent même, ils accompagnent (ou s'accompagnent de) l'usage de la télévision (social TV) : partage de l'attention... Mise à jour : AT&T (DirecTV) propose un abonnement TV pour tablette (Prime) à partir de 10$ / mois (20 août 2017).

Sans monopole du téléviseur, la question du média planning TV se pose de manière différente : il faut disperser les messages selon les appareils. Les appareils comptent peut-être autant que les horaires. Le ciblage devra faire appel à la data afin de tenir compte des duplications, faire valoir les répétitions (effective frequency), les parcours du téléspectateur au cours de la journée, de la semaine voire du mois (Live, Live+1, Live+7, etc.), d'appareil en appareil.

L'économie de la télévision multi-support demande une nouvelle mesure, de nouveaux analytiques. D'autant que la notion de ménage, elle-même est bousculée : augmentation du nombre des ménages, réduction de leur taille (on compte de plus en plus de ménages d'une ou deux personnes), familles monoparentales, etc. Le ménage tend vers la personne (cf. Fabienne Daguet, INSEE Première, 28 août 2017). Tout comme l'équipement...

Source : Nielsen, The comparable metrics report, May 25, 2017

jeudi 31 décembre 2015

Mobile while mobile. Public transportation users are addicted to digital


What do people do while traveling?

In October 2015, Médiamétrie conducted a survey among 2043 Internet users from the Paris region (Ile-de-France). The access panel was representative of the area's population (quotas: age, geography, sex and profession). The survey was sponsored by MediaTransports and the University of Paris Dauphine (the chair of digital economy).
The Paris region is particularly interesting as it is well-known for offering all transportation solutions: buses, commuter trains, tramways and subway system (an exceptionally dense network of train lines, with 300 stations). The RATP (Paris public transport company) carries 3 billion passengers a year (mostly "franciliens" and tourists). On average, passengers spend one and a half hours every day in transportation (source: IXXI / RATP). This travel time is a major opportunity for media, especially digital media. How do passengers take advantage of this (almost) free time?
  • Which media do passengers use while mobile?  Their mobile as a medium of the media (media mediorum)!
47% use a smartphone
37% read papers or magazines (paper) N.B. Free newspapers are distributed in the subway stations
35% read books (paper)

The results of the survey show little difference in media behavior between men and women, although women are more prone to read books and men are more likely to use tablets or laptops. Everybody is multitasking.
  • What do passengers do with their screens?
74% write / read texts
49% write / read mail
45% visit social media (Twitter, Facebook, etc.)
39% make phone calls
38% use online services (weather, banking)
27.3% use maps
27% read online papers or magazines

The laptop is mostly used for work or off-line video and mail. The tablet is used for games or off-line videos. Depending on the connection quality people are off- or online (music, video, games).
Most often offline for the time being:

Music:  offline  38.7%   online 18.5%
Video games : offline 38.4%  online 22.2%
Video : offline 14.2% online 18.2%
  • What if...
Survey participants were asked what they would do if there were a good Internet connection (broadband, Wi-Fi). People say that they would use it for mail, search, social media and online videos.

Four out of ten people declare they would most likely interact with posters or DOOH screens in the subway corridors and on platforms or in train stations. What for? To take advantage of promotions, reductions, coupons, and to buy theater or concert tickets. But can they imagine what they would do if there were a broadband connection?

All in all, what can we conclude from this survey?

Digital media are already changing the time spent in transportation; passengers do not kill time, they use it. And better connections would improve the quality of this time, both leisure and work (productivity apps). Transportation is becoming a personalized mass media. People find themselves is different positions in public transportation: standing, sitting, crushed and packed together, walking - allowing or not allowing different activities: reading, using phones, listening with headphones. They maximize under constraint.
With one and half hours spent daily (and a strong prime time), transportation is becoming a real medium, digital and multi-platform: it is still mostly an opportunity for "wait marketing" ("économie de l'ennui") but it is bound to become something more than that. Screens and posters with supervised LED could easily become interactive, opening opportunities for e-commerce and, furthermore, for the  development of a "smart city".
MediaTransports, the advertising sales rep, should be able to orchestrate this complete set of advertising tools with data (leaving room for an efficient DMP).

mardi 9 juin 2015

Média public, média privé ? La presse invisible

Vending machineAP File photo

La presse perd du terrain dans la ville ? Dans les rues, sa part de voie s'étiole. Sa présence publique s'effiloche...

Dans les rues américaines, les distributeurs (vending machines) disparaissent ; avec leur Une "above the fold" comme un écran de prime time, ils furent, il y a trente ans, le symbole du défi que USA Today (Gannett), le nouveau quotidien national, jetait aux grands networks.

En France, le nombre de points de vente presse diminue ; en même temps diminuent la longueur totale des linéaires, et donc l'exposition aux passants. Concurremment, les ventes au numéro chutent (sources : MLP, Turnover Points de vente ; presstalis). La notoriété globale de la presse, son image en pâtissent.

Dans certains quartiers, les kiosques à journaux, plutôt que la presse, mettent en avant des colifichets pour touristes, des friandises et des boissons ; leur affichage semble moins consacré aux couvertures de magazines et davantage à des produits de mode ou de "luxe".
Même la réduction des formats (passage au format tabloïd, format poche dans la presse magazine) qui accroit la commodité de lecture affecte la visibilité de la presse.

La papier recule partout tandis que la presse investit le territoire numérique, réduisant sa visibilité : sa présence en ligne ne compense pas son absence publique. La presse a été un média de l'espace public,(cf. Jürgen Habermas, "Öffentlichkeit") lu dans les cafés et les cabinets de lecture ; les lecteurs s'affichaient avec leur titre, l'arboraient comme un drapeau (cf.  L'Huma avec ses CDH, la vente militante, la fête annuelle). Sur tablette ou smartphone, certes plus commodes, la presse devient un média de la sphère privée, discret, caché. Ainsi, quand Metronews (TF1), gratuit du métro parisien, cesse de publier sa version papier pour n'être plus présent qu'en ligne, le titre s'évanouit quelque peu...

Le modèle économique mixte, papier + numérique, peut assurer à la presse à la fois sa visibilité et sa puissance. Même une fois diffusé, un titre papier reste visible, dans les foyers, les bureaux... Facteur de circulation, de reprises en main, de durée de lecture, audience secondaire !
Comment stopper cet évanouissement de la presse, maintenir sa visibilité et sa notoriété tout en gagnant en puissance (data) ? La presse pourrait peut-être, par exemple, efficacement compter sur les écrans de l'espace public (DOOH) pour recouvrer sa place de média public.

dimanche 23 novembre 2014

Obama, Facebook et les networks


S'il ne l'a pas formellement demandé, le Président Obama aurait souhaité que les grands networks reprennent son discours de 14 minutes consacré à l'immigration illégale, question politique d'importance nationale à laquelle la population hispanophone est particulièrement sensible.
Les networks ont refusé de retransmettre le discours d'Obama, lui préférant les émissions prévues dans la grille initiale : ABC a diffusé "Grey's Anatomy", CBS "The Big Bang Theory", NBC "The Biggest Loser" et Fox "Bones". La raison invoquée : il s'agissait d'un discours politique partisan. On a pu y voir un engagement pro-républicain des networks. En fait, le choix était sans doute aussi économique : c'est la période des sondages d'audience locaux (sweeps) et le prime time du jeudi est important pour les stations.
Seuls PBS, le network de la télévision publique, Telemundo et Univision, chaînes hispanophones, ont retransmis le discours et bousculé leur grille pour lui faire une place.

En revanche, de manière inattendue, WNBC (DMA n°1), la station O&O new-yorkaise de NBC a préféré diffuser le discours du Président, en direct à 20 heures. WNYW, la station O&O Fox de New York, également, WLS la station O&O ABC de Chicago (DMA n°3). Les stations, dans chaque DMA, firent leur choix, local.
A Washington D.C. (DMA n°8), WJLA, la station affiliée ABC (Sinclair Boradcast Group) diffusa l'épisode final de la série "Grey's Anatomy" ("fall finale") tandis qu'à Boston (DMA n° 7), WCBV, la station affiliée ABC (groupe Hearst), lui préféra le discours présidentiel.
Cet événement politico-médiatique illustre l'inaliénable localisme de la télévision américaine et l'indépendance de programmation des stations, même lorsqu'elles sont des filiales owned and operated (O&O) de networks nationaux. Les stations locales ont d'abord le souci des téléspectateurs de leur marché.
On observe également que les chaînes nationales grand public restent indépendantes du pouvoir politique national.

Le déficit de couverture de l'événement a pu être partiellement comblé par la diffusion en avant-première d'une présentation vidéo (1 mn) du futur discours présidentiel par Facebook ; ceci ne manquera pas de conforter le réseau social dans son positionnement de concurrent majeur de la télévision.
Les networks n'ont certainement pas apprécié cette incursion de Facebook sur leur marché.
Le président Obama, sur Facebook

lundi 10 novembre 2014

Out-of-Home TV: +9%


What is out-of-home TV (OOH)?
TV away-from-home includes TV-watching in bars, restaurants, hotels, stores, in other people's homes, in offices and work places, gyms, transportations, hospitals, waiting rooms... you name it.

Nielsen measured this TV consumption in Chicago (DMA N°3) with Portable People Meter technology (PPM). Nielsen acquired this measurement technology when buying Arbitron in 2013.
The three-month test, starting April 2014, combined data from an LPM (Local People Meter) panel and a PPM panel (adults 25-54, speaking English and Spanish).

The results are good news for TV networks and stations: the average increase coming from OOH TV is about 7 to 9% (a rating lift of 14% for sport programming); the increase is strong for daytime TV, although much less for prime time TV. But for the time being, OOH TV audience cannot be sold since it cannot be included in the current Nielsen metrics (NTI or NSI). It amounts to free audience for advertisers.

All the TV that fits? 
The question now is how to combine three kinds of TV consumption: in home, outside the home (OOH) and mobile (smartphones, tablets) which is both in and out of home?

NB : The PPM passive technology uses a device that tracks all kinds of TV exposure. It detects an inaudible signal (encoded by TV networks) but not actual viewing, which requires attention if not intention and could only be captured by a TV set with a sensor (as used for DOOH measurements. See Eikeo). The survey combines two definitions of TV audience: being in a room with a TV set on (People Meter) and hearing a TV signal (PPM). Figures for hearing are probably higher than for watching.

jeudi 9 octobre 2014

Télévision américaine : le marché permanent des stations


Un network de la télévision commerciale américaine est une structure complexe de 210 stations terrestres (une par DMA), en évolution continue : le réseau réunit des stations directement contrôlées par le network (filiales, Owned-and-Operated, O&O) et des stations affiliées, sa structure change au gré des ventes de stations. Prenons l'exemple du network Fox.
  • Fox Television Stations, qui regroupe les stations du network Fox, achète KBCB-TV (DMA de Seattle-Tacoma, N° 14) pour 10 millions de $. En conséquence, Fox rompt son contrat d'affiliation, à partir du 17 janvier 2015, avec la station KCPQ (DMA de Seattle) qui appartient au groupe Tribune Co.
  • Dans le DMA de Charlotte (North Carolina, N° 24), Fox a acheté en 2013 les stations WJZY (affiliée au network CW) et WMYT (associée à MyNetworkTV). WJZY devient une station Owned and Operated (O&O) de Fox. Du coup, dans ce DMA, WCCB perd son affiliation avec Fox et s'affilie à CW.
  • En octobre 2014, Fox Television Stations acquiert deux stations dans le DMA de San Francisco-Oakland-San Jose (DMA N° 6), KTVU et KICU. Un échange a eu lieu avec Cox Media Group qui acquiert dans l'opération deux O&O de Fox : WHBQ (Memphis, DMA N° 50) et WFXT à Boston (DMA N° 7). Ces deux stations s'affiliant à Fox, leur programmation ne change donc pas.
  • Le network Fox compte 28 stations O&O couvrant ensemble 37,28% des foyers TV américains (113 802 820 TVHH) ; la limite réglementaire est fixée à 39% des foyers (FCC). Les foyers restant sont desservis par des stations affiliées (210 - 28, soit 182 stations).
Ces évolutions récentes de Fox illustrent la fluidité et la modularité du marché télévisuel américain. Son adaptation continue, sans à-coup réglementaire, à l'évolution démographique et économique des régions et, bien sûr, à l'évolution des audiences, est garante de sa pertinence économique. S'ajoutant à la délimitation des DMA, variable à la marge, county par county, nous sommes en présence d'une dentelle complexe toujours en phase avec l'économie locale et nationale de la télévision.

Mise à jour 21/10/2014

Quelques jours plus tard, revirement : Fox et Tribune Co. s'accordent et Fox reviennent sur la suspension d'affiliation de KCPQ ("notice of termination"). Le contrat d'affiliation se poursuivra jusqu'en juillet 2018. Tibune Co. a accepté de payer pour les programmes de prime time et de sport ("additionnal programming fees"). Ceci constitue une inversion de la relation network / affiliée, "reverse compensation". L'affiliation est un rapport de force.

Document : classement des DMA pour la saison TV  2014-2015. Source : Nielsen.   Ici

dimanche 31 août 2014

Sony NBC Netflix : chronologie média d'une série TV


Netflix acquiert "The Blacklist" pour 2 millions de dollars l'épisode.
Les 22 épisodes (42 mn) de la série sont achetés aux co-producteurs (Davis Entertainment Company, Sony Pictures Television et Universal Television). L'émission est semi-sérialisée : chaque épisode peut être consommé indépendamment, à quoi s'ajoute une méta-intrigue qui court d'épisode en épisode. Ce type de storytelling est bon pour l'abonnement.
Les abonnés à Netflix (streaming) voient la série sans publicité (9 dollars par mois).

Audience première diffusion
Cette série a déjà été diffusée sur le network national NBC (groupe Comcast) au cours de l'année télévisuelle précédente (23 septembre - 12 mai 2014), en prime time (10 - 11h, côte est). Programmée le lundi après "The Voice" (lead-in), elle a réuni une audience de 9,3 millions de téléspectateurs en direct. A cette audience première s'ajoutent 6,9 millions de téléspectateurs en différé : VOD + DVR, 5,6 millions dans les trois jours (C3), et 1,3 million dans les 7 jours (Live +7). On dit que la régie a vendu le 30 s pour 200 000 dollars.

Revenus off-network (rediffusions)
En plus de Netflix, les producteurs vendent la série en syndication (chaînes thématiques et stations locales), commercialisation assurée en Amérique du Nord par Sony Pictures Television ; ces revenus s'ajoutent aux 2 millions : au total, on évoque près de 3 millions de revenus off-network par épisode.
A cela s'ajoute la carrière internationale de l'émission (distribution : NBCU Television Distribution) : TF1 en France, RTL en Allemagne...

La chaîne nationale qui a réalisé la première diffusion selon un modèle économique publicitaire (avec interruption commerciale) a aussi, en même temps, construit la notoriété de la série (promotion, bouche à oreille, couverture média, Emmys, social TV, etc.) ; de plus, en indiquant un niveau d'audience, elle contribue à situer le prix de la série sur le second marché.

Comme la seconde saison est programmée pour l'automne 2014 (22 septembre), "The Blacklist" sera disponible simultanément sur Netflix (saison 1) et sur NBC (saison 2). Promotion croisée de la série d'autant que NBC a annoncé qu'un épisode sera diffusé immédiatement après le Superbowl 2015 puis le jeudi suivant : annonce du changement de jour de diffusion, qui passera du lundi au jeudi. NBC qui a dominé en 2013-2014 les audiences des networks voudrait reprendre la tête de la soirée du jeudi grâce à "The Blacklist".

Sur le même modèle, Netflix a également acheté les droits de la série "Gotham" (1,75 million l'épisode pour les Etats-Unis), mais, pour la première fois, l'achat a eu lieu avant même que la série n'ait été diffusée sur le network (Fox, début 22 septembre 2014). La série est produite et distribuée par Warner Bros. et comptera, pour la première saison 16 épisodes (45 mn). L'achat s'est effectué sur une base pluri-nationale (multi-territory rights), ce qui est nouveau.

Ainsi, Netflix apparaît exactement pour ce que c'est, un distributeur off-network, avant tout, pour l'instant. Son intervention en fait un catalyseur d'innovations sur le marché de seconde diffusion.

Cette série d'événements télévisuels permet d'observer en actes la chronologie des médias américains, le cycle de vie d'une série télévisuelle, sa logique commerciale globale : son "écosystème", en quelque sorte, si l'on accepte la métaphore courante. On peut dire alors que cet "écosystème" télévisuel est loin d'avoir atteint un état stable ; le peut-il ?

Ecosystème d'une série TV : "The Blacklist"


mardi 26 août 2014

Silicon Valley : six personnages de série en quête d'investisseurs


"Silicon Valley", série de HBO (Time Warner), met en scène les aventures d'une start-up, Pied Piper, à la recherche d'investisseurs.
La série fut diffusée le dimanche en prime time, à 10 heures, après "Game of Thrones", d'avril à juin 2014 (8 épisodes). Cette position dans la grille a dû contribuer au lancement ; la série a connu un honnête succès d'audience et cinq nominations aux Emmys (cf. Television Academy) : elle sera présente dans les grilles de rentrée de HBO (diffusée en Grande-Bretagne, en Australie, sur Orange OCS en France).

Source : Spectrum IEEE
Les personnages et les situations d'une start-up typique sont réunis : l'incubateur, le VC (venture capitalist), l'"elevator pitch" ( en quelques minutes, présentation de son idée par la start-up), reverse engineering (démonter une innovation pour la copier)...
A l'origine de la start-up se trouve un projet d'algorithme de compression musicale,  d'où son nom, Pied Piper, qui évoque, en anglais, la légende du joueur de flûte de Hamelin (Grimm, "der Rattenfänger von Hameln", 1842).
Le dernier épisode de la première saison est censé se dérouler au TechCrunch Disrupt à San Francisco, sorte de marché bi-annuel où se rencontrent des start-ups et des investisseurs ; tourné en studio, l'épisode constitue une satire féroce du milieu. Cf. Valleywag,"HBO's Version of TechCrunch Disrupt Was Better Than the Real Thing").

Télé-réalité ? Mike Judge, l'auteur, a été ingénieur dans la Silicon Valley, l'algo de compression (cf. formule ci-dessus) a été imaginé par un professeur de Stanford University et rôdé par l'un de ses doctorants, Vinith Misra.
Ce n'est pas du Pirandello mais la question reste : quelle est la réalité, où est le théâtre ? Réalisme, exagération ? Notons qu'il n'est pas si facile de rendre spectaculaires, pour figurer dans un prime time télé, un algorithme, le code, la limite de Shannon ou un taux de compression. Silicon Valley relève le défi, plutôt brillamment.

"Silicon Valley" veut  rendre compte de l'économie qui s'est concentrée dans cette région des Etats-Unis, de la société qu'elle a engendrée, décor de l'intrigue. Une économie avec ses manières, son style mégalo, ses rituels, ses clichés, son langage, sa vulgarité sexiste, la naïveté bonhomme des uns, la brutalité carnassière des autres sont ainsi présentés sans détour : on peut y voir une version californienne des "eaux glacées du calcul égoïste" (expression de Marx : "eiskaltes Wasser egoistischer Berechnung", 1848). On pourrait aussi y lire une moderne "American Comedy", à la Theodore Dreiser.

Ne boudons pas notre plaisir, voici une comédie souvent drôle et qui nous délivre des histoires de crimes et de prisons. Après l'échec de Start-Ups, HBO réussit à peindre cet "univers impitoyable", comme AMC a peint la publicité (Mad Men), ou Fox la médecine (House M.D.). Attendons la prochaine saison, la série est prometteuse.




jeudi 14 août 2014

Upfront Market : bilan provisoire de l'achat TV américain


Rappel : le marché publicitaire Upfront (en avance) concerne surtout les grands networks généralistes américains anglophones et l'année télévisuelle à venir (septembre - juin). A ce titre, les performances de ce marché constituent un indicateur de l'évolution du marché publicitaire de la télévision et de la santé des groupes TV. Il s'agit d'un marché assorti de garanties de GRP sur cibles alors que les ventes ultérieures, effectuées au début de chaque trimestre (scatter market), n'en comportent pas. N'est ici prise en compte que la tranche horaire de prime time (donc sans le sport) ; la cible est généralement celle des 18-49 ans.

Voici un bilan provisoire, encore incomplet. A ce stade, il est encore limité aux networks anglophones traditionnels et aux chaînes thématiques (câble, satellite, télécoms) upfront en juillet. Les données sont déclaratives : agences média, groupes TV principalement.
qui ont terminé leur
Ce bilan sera mis à jour et rectifié au cours des semaines prochaines, au fur et à mesure de la publication de nouvelles informations.
En résumé :
  • Le volume total des ventes, exprimé en dollars, a quelque peu diminué : deux explications sont avancées, mais ce sont des hypothèses incertaines, difficilement vérifiables pour l'instant.
    • un report au scatter market, d'une part, qu'il est trop tôt pour apprécier
    • une ponction effectuée par la video numérique, d'autre part. A rapprocher des proclamations lors du NewFronts ("Video Upfront" tenus fin avril - début mai sous l'égide de l'IAB, contrôlés par Google, AOL, Yahoo!, Microsoft, Digitas, Hulu). NewFronts se veut l'équivalent pour la vidéo online de l'upfront market de la télévision.
  • Les CPM sont en hausse modérée, autour de 5% en moyenne 
  • Les volumes sont en baisse pour le câble, pour la première fois (formidable erreur de prévision : on attendait +5%, ce fut -6%), sa part du marché publicitaire passant sans doute au-dessous de 42%. Source : Cabletelevision Advertising Bureau (CAB), 24 octobre 2014).
  • Les chiffres pour Univision et pour la syndication ne sont pas encore publics.


mardi 12 août 2014

Imagine, there is no free advertising


Imagine that newspapers, magazines, TV networks, radio stations were to stop talking for free about brands, new products, commercial events, etc. Imagine that media always ask brands to buy the necessary space or time instead? Media would no longer quote or copy press releases about brands without being paid. This type of public relations (PR) actually represents free advertising, doesn't it?

The opportunity cost of this free "advertising" - the loss of potential gain - is high. It is exactly the price of an ad / commercial that would be placed at the same time, at the same place, in the same format... Imagine the price charged for mentioning a brand during prime time on a TV network! Imagine the gain for the media if the mention of brand names during sports events were to become paid advertising (quoting of cycling teams, names and logos on jerseys, naming of a stadium, etc.)!

mercredi 6 août 2014

En espagnol : football et telenovelas pour tous


C'est Univision, chaîne hispanophone, qui est en tête des audiences des networks américains pour le segment 18-49 ans, réputé être le segment marketing le plus important pour les annonceurs de la télévision grand public en prime time. Il s'agit de la vague de juillet de la mesure de télévision locale (NSI). Deux stations Univision (O&O) étaient aussi en tête des stations : KMEX à Los Angeles et WXTV à New York.
Quelles explications peuvent rendre compte de cette évolution ?
  • Importance de la langue espagnole aux Etats-Unis. Sans doute. Mais, autant que la langue, sans doute, les cultures dites "hispanic" ou "latino": notion difficile à cadrer, qui, outre la langue et ses multiples accents et variantes, recouvre des traits culturels, des manières d'être, des goûts alimentaires, vestimentaires, musicaux, sportifs...
  • Période où la concurrence des networks anglophones est la moins forte. En été, leur programmation est faible tandis que Univision propose des telenovelas populaires ("Lo Que la Vida Me Robó", "Mi Corazón es Tuyo", etc.). En juillet 1993, déjà, Univision avait, pour la première fois, devancé les autres networks.
  • Effet fútbol (Coupe du monde). La population hispanophone s'intéresse plus au football (soccer) que la population anglophone : tradition, relation aux pays d'origine, joueurs hispanophones dans l'équipe des Etats-Unis (pas assez, dit-on). Cf. l'enquête de Langer Research, en juin 2014. A mettre au crédit de la variable culturelle.
Erosion des différences, intégration - dans les deux sens, selon le schéma classique - : les cultures des hispanic (latino), d'abord dominées, transforment et enrichissent désormais la culture des anglophones. "Compénétration mutuelle", dirait Claude Lévi-Strauss. Une sorte de bilinguisme s'installe progressivement, d'autant que l'espagnol est de plus en plus souvent la seule langue "étrangère" enseignée (high school).
L'audience et le goût télévisuels américains s'hispanisent, et les variables de segmentation (quotas, cibles marketing) se complexifient.


*  Définition de l'ethnonyme "hispanic" ou "Latino" par le Census Bureau

"People who identify with the terms “Hispanic” or “Latino” are those who classify themselves in one of the specific Hispanic or Latino categories listed on the decennial census questionnaire and various Census Bureau survey questionnaires – “Mexican, Mexican Am., Chicano” or ”Puerto Rican” or “Cuban” – as well as those who indicate that they are “another Hispanic, Latino, or Spanish origin." Origin can be viewed as the heritage, nationality group, lineage, or country of birth of the person or the person’s ancestors before their arrival in the United States. People who identify their origin as Hispanic, Latino, or Spanish may be of any race."

*  Depuis novembre 2011, Nielsen a mis fin à son panel "hispanic". Toute la télévision locale est mesurée par le panel NSI.

*  A partir de 2015, la FIFA change de chaînes et c'est la chaîne hispanophone Telemundo (groupe Comcast / NBCU) qui diffusera le football.

jeudi 5 juin 2014

Work and home audiences: BYOD


CNBC, the American business TV channel, does not want to use Nielsen measurements to guarantee its daytime audience. Why?
Because its audience cannot be accurately measured during this daypart. In the daytime, the network is watched mainly at the office (trading floors, etc.); since there are no people meters in offices, the work TV audience is not measured. The Nielsen people meter panel includes only households ("Nielsen families"). CNBC audiences in the evening (prime time) will still be guaranteed but for daytime TV, CNBC prefers to use its own "internal metrics" (cf. Sam Thielman, in Adweek).

Measuring audiences in the workplace can be a challenge for some media. It can be done for the press and radio: readership surveys or PPM (Portable People Meter, Arbitron / Nielsen) take all kinds of audiences into account, whatever their locations.
What about the Internet? Site-centric measurements cover audiences in the workplace. But what about panels (user-centric measurements)? Nielsen and comScore claim to measure Internet at work and they recruit people using computers at the office. What kind of company or IT department agrees to install measurement software to monitor company computers? Moreover, can we separate work from home use? This is probably an illusion: nowadays people carry their own laptop to the office; they work at home for their company; they use their company computer for personal tasks (e-commerce, mail, etc.); they bring company computers back home... That is why the majority of companies are implementing BYOD policies (cf. Bring Your Own Device): the consumerization of IT seems inevitable. BYOD is also said to be good for employee satisfaction and productivity... but includes security pitfalls (cf. "Avoiding BYOD desasters").

Audiences are not found only in the home. But while out-of-home audiences can be very important for TV and the Web, they are difficult to measure and, of course, to sell. Think of sports audiences: how many GRPs are going to be lost in out-of-home audiences, bars, hotels, offices, transportation?

vendredi 23 mai 2014

Upfront TV market aux Etats-Unis 2014-2015


Voici bientôt l'été, c'est le temps de la vente d'espace télévision à l'avance : upfront market. On dit chaque année que cette manière de vendre la télévision devrait cesser bientôt, qu'elle a tous les défauts, qu'elle est ringarde en ces temps programmatiques. Mais, pourtant, acheteurs et vendeurs d'espace se retrouvent pour un marché avec garanties sur GRP des écrans de l'année télévisuelle à venir.
Que prévoit-on ?
Les augmentations de prix de l'espace (CPM) devraient cette année se situer entre 4 et 7%, soit un peu moins que l'an passé. CBS serait en tête, suivi de ABC et Fox ; seul CW (mini network de CBS / Warner Bros) verrait son CPM baisser. Ed. Paparazian (Media Dynamics) prédit 5,5% d'augmentation globale pour les 5 networks, en prime time. On attend surtout la stratégie de NBCUniversal (désormais groupe Comcast) qui, cette année, a dominé le marché auprès de la cible publicitaire essentielle des 18-49 ans (première victoire au cours des dix dernières années) et qui propose une programmation prometteuse (cf. New Season 2014-2015). Logiquement, NBCUniversal devrait rejoindre le niveau de CPM des autres chaînes.

L'enjeu global de l'upfront market américain est de près de 20 milliards de dollars que se partagent presque également les chaînes généralistes terrestres (networks) et les chaînes du câble et du satellite. On prévoit une légère augmentation des revenus des chaînes du câble et satellite, les chaînes généralistes terrestres maintenant leur situation.

Donc tout va bien pour la télévision. Ni Netflix, ni YouTube, ni le programmatic ne semblent assombrir ou inquiéter le marché. Pour l'instant.

lundi 14 avril 2014

Médias sociaux et télévision


Nombre d'études rappellent que pendant les émissions de télévision, il y a beaucoup d'activité sur les réseaux sociaux, que les émissions suscitent. Certes, mais une large part de cette activité n'est pas consacrée à la télévision. Une nouvelle étude, effectuée aux Etats-Unis, confirme que le multiscreentasking pendant une émission concerne des intérêts beaucoup plus larges que la télévision. En regardant une émission, les téléspectateurs présents sur les réseaux sociaux ne parlent pas que télévision.

L'étude conduite par Nielsen pour le Council for Research Excellence vise à rendre compte de la relation des réseaux sociaux et de la télévision regardée. Elle a recouru à une appli sur mobile pour que soient déclarés par les téléspectateurs, à tout moment de la journée, leurs contacts avec les émissions de prime time ; le terrain a duré 3 semaines, 1 665 personnes âgées de 15 à 54 ans y ont participé (échantillon représentatif de la population américaine), du 16 septembre au 6 octobre 2013, lors de la rentrée de la nouvelle saison télévisuelle. La méthodologie était de type budget temps (diary), l'enquêté utilisant un smartphone pour noter ses comportements (on a compté 78 310 entrées pour 1 596 émissions).

Résultats : une personne sur 6 utilise un média social tout en regardant la télévision, mais dans la moitié des cas seulement, c'est pour parler de la télévision. Facebook est le média social le plus souvent mobilisé pendant la consommation de télévision. Beaucoup plus souvent que Twitter.

Comment est prise la décision de regarder ? Les personnes interrogées attribuent surtout leur choix aux auto-promotions ou messages publicitaires diffusés à la télévision pour l'émission. Ou encore à l'inertie : elles regardent l'émission suivante, sur la même chaîne, tout simplement.
L'influence des réseaux sociaux s'avère minime ; elle est inférieure à celle des guides de programmes TV. Malgré ce que pourrait laisser croire l'agitation qui entoure les médias sociaux, ces derniers sont dans l'ensemble peu déterminants pour la consommation télévisuelle : la télévision reste un média autonome.

Sources : Council for Research Excellence, Nielsen. 10 avril 2014.

jeudi 3 avril 2014

YouTube upfront à l'assaut des networks


A l'image des networks nationaux de la télévision américaine, YouTube envisagerait de garantir, aux Etats-Unis, l'audience de l'espace vendu en avance (upfront). En télévision, actuellement, une partie de l'espace publicitaire prime-time des networks - environ les deux tiers - peut être réservé / achetée / vendue jusqu'à neuf mois avant la diffusion.
Ainsi, les marché vidéo (TV) on- et off-line, se trouveraient placés sur un même plan, suivant les mêmes règles d'achat, recourant aux mêmes unités de mesure (OCR Nielsen ou VCe comScore, intégrés dans DoubleClick) pour évaluer le montant des éventuelles compensations. Pour un annonceur ou une agence, une campagne pourrait être mixte, mêler sans difficulté un support à l'autre ; la comparabilité serait presque parfaite, l'un compensant éventuellement l'autre. De plus, YouTube, multi-plateforme, pourrait introduire une forme de capping qui donnerait un avantage à la vidéo on-line : la diffusion s'arrête quand un seuil contractuel a été atteint (couverture, GRP).

YouTube s'aligne donc sur les pratiques du marché publicitaire de la télévision pour mieux le pénétrer. Un espace "premium" pourra être réservé et garanti. A cet effet, il semble que YouTube hiérarchiserait son offre publicitaire, distinguant des supports "premium" pour ce segment de marché télévisuel, mis à part du reste de l'offre vidéo on line, souvent perçue comme proliférante et donc dévalorisante. Il s'agirait en fait d'organiser une certaine rareté pour sortir d'une représentation défavorable propagée par le programmatique (RTB, etc.) et de prix tirés vers le bas (remnant inventory).
Stratégie de monétisation : au lieu de passer après la TV, vendu comme un média de comblement, subalterne, YouTube pourrait se présenter sur le marché en même temps que les grands acteurs et viser les gros budgets avec des CPM concurrents de ceux de la télévision nationale.
Logiquement, YouTube devrait être présent en mai-juin pour les négociations du marché TV upfront.

Passée cette première étape américaine, et selon ses résultats, YouTube, qui est un média mondial, pourrait être tenté de développer une démarche de monétisation semblable en Europe. Mais les marchés TV européens fonctionnent différemment...

L'assimilation de la télévision par le Web ne passe pas seulement par son évolution technologique ; elle passe par une évolution commerciale du Web. La télévision, que l'on dit vaincue (technologiquement), est-elle en train de conquérir le Web (commercialement) ?

lundi 24 mars 2014

Morts en séries : "The Good Wife"


Quand un acteur veut quitter une série, il faut que son personnage meure.

Spoiler Alert !

Coup de tonnerre à la télé américaine : l'un des personnages clefs de la série "The Good Wife" est mort dimanche dernier sur CBS, en plein prime-time, au cours de la cinquième saison. Josh Charles, l'acteur, ne voulait pas signer pour quelques saisons de plus, alors son personnage a été tué d'un coup de fusil, en plein tribunal.
Le choc est tel que les créateurs et producteurs, Michelle et Robert King, ont rédigé une lettre pour se justifier auprès des téléspectateurs et fans, lettre publiée par le site de l'émission (Episode 515) : "death is a part of the human experience that we want to share"...

Décidément, beaucoup de morts regrettées au cours des dernières années. Déjà, Taraji P. Henson (Joss Carter, la policière bien-aimée de "Person of Interest", CBS) est morte assassinée. Matthew, personnage central de "Downton Abbey", PBS) joué par Dan Stevens est mort dans un accident de voiture, laissant une veuve enceinte, Lady Mary, pour aller poursuivre sa carrière au cinéma. Brody ("Homeland", Showtime), condamné à mort par un simulacre de tribunal, est pendu et laisse, lui aussi, une femme enceinte (Carrie)... En revanche, avec Finn Hudson ("Glee", Fox), le personnage doit disparaître quand c'est l'acteur qui meurt (Cory Monteith)... Molière mourut sur scène, le malade n'étant pas "imaginaire" (1673).

N.B. "The Good Wife" est diffusée en France depuis 2011 sur M6, puis sur Teva.