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dimanche 22 mai 2011

Chercher les vidéos, trouver la pub

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Soku (搜库) est un moteur de recherche lancé par le site de vidéo Youku (优酷), site de vidéo dont l'entrée en bourse a été remarquée (NYSE, décembre 2010). Le moteur propose d'emblée d'orienter la recherche en distinguant trois catégories de programmes : les émissions de télévision, les films et les contenus plébicités (best sellers). Soku donne accès à toutes les vidéos du marché, y compris celles des concurrents, se positionnant comme un moteur global pour l'ensemble du marché sinophone. Soku prétend traiter tous les "actes" liés à la vidéo : rechercher, créer, regarder, partager, etc. On peut rechercher un titre, un réalisateur, etc. Soku recommande des programmes, recourant à un algorithme d'analyse des consommations passées, personnalise aussi selon le même principe.
Le premier tri s'effectue par catégorie. Est-ce nécessaire, est-ce pertinent ? La distinction vaut pour le marché des droits, pour les professionnels mais vaut-elle pour les spectateurs et les utilisateurs du moteur de recherche ? Catégorisation encore ethnocentriste. De plus, un même thème peut se trouver dans l'une et l'autre catégorie.
Page d'accueil de Soku

Soku rentre sur un marché chinois du moteur de recherche dominé par Baidu qui a lancé, en mars 2010, son propre moteur de recherche vidéo (Qiyi 奇艺). En fait, ce site s'apparente davantage au site américain de vidéo Hulu (pas de contenus amateurs) qu'à un simple moteur de recherche. Tendance qui semble en voie de généralisation, l'UGC (User Generated Content) a de moins en moins la cote. Est-ce une évolution générale d'Internet : Panda semble aller dans ce sens, le marché publicitaire aussi qui se gargarise de contenus dits "premium". "Amnésie de la genèse" !

La bataille est rude sur le marché de la vidéo en Chine. Des rumeurs d'acquisitions de Tudou (par Youku) et de nouveaux acteurs font monter les prix des droits vidéo : Xunlei (qui a acquis kankan.com), PPS.tv, Tencent, Qiyi, Sohu, 56.com, CNTV / CCTV, pour ne citer que les acteurs majeurs. Dans cette bataille, les outils de recherche peuvent jouer un rôle déterminant surtout s'ils transcendent tous les sites d'offres vidéo, selon le modèle global de Google ou de Baidu, car ils prescrivent de facto les consommations et la publicité qui les accompagne. Soku est l'arme de Youku dans cette bataille.

Aux Etats-Unis, blinkx, lancé en 2005, est installé sur les Boxee Box donnant aux téléspectateurs américains accès à 35 millions d'heures de vidéo (selon blinkx). En avril 2011, ce moteur de recherche a acheté un réseau publicitaire "vertical" (Burst Media), renforçant un modèle économique de plus en plus publicitaire alors que le marché de la vidéo publicitaire se développe. Modèle voisin de celui de Google : indexation des vidéos + personnalisation de l'offre + médiaplanning (ciblage personnalisé). Mêmes outils, mêmes méthodes.

Au-delà de l'aspect factuel de l'évolution du marché chinois de la vidéo, nous avons voulu attirer l'attention sur la convergence de discours en apparence disparates sur : les contenus "premium", l'association des moteurs de recherche vidéo avec le médiaplanning, les techniques d'évaluation des contenus trouvables sur la Web (Panda). Le marché chinois joue ici, entre autres, un rôle de dé-familiarisation, permettant un regard "dés-inter-essé". Comment peut-on être chinois ?
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vendredi 13 mai 2011

La qualité d'un site selon Google : la loi du Panda

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Panda est l'algorithme de Google conçu et sans cesse ajusté, depuis février 2011, pour que les recherches des internautes débouchent de manière primordiale sur des sites de qualité (high-quality websites). Google a publié 23 critères selon lesquels Panda juge et classe les sites, critères qui constituent une sorte d'échelle de qualité.
Réduisons ce questionnaire à 8 catégories essentielles.
  1. Promouvoir les contenus originaux, pénaliser les contenus redondants et la production de masse
  2. Privilégier l'expertise et les autorités reconnues
  3. Favoriser les sites en qui l'on peut avoir confiance (paiement, santé) et que l'on peut recommander
  4. Privilégier la qualité formelle, le soin dans l'écriture (langue, orthographe, syntaxe)
  5. Qualité factuelle des contenus présentés (vérification)
  6. Favoriser l'honnêteté intellectuelle, l'objectivité, l'exhaustivité dans le traitement
  7. Défavoriser les sites que l'encombrement publicitaire rend illisibles
  8. Favoriser les sites dont le contenu serait digne d'être publié dans un livre, une encyclopédie ou un magazine
Ces critères sont aussi ceux que mobilisent, ou devraient mobiliser, un titre de presse ou un ouvrage collectif. Rien à objecter en principe à de tels critères. Conservateur et conformiste, Google suit les règles de qualité des médias traditionnels (points 2 et 8). Quelle influence sur la créativité formelle ? N'est-ce pas comme si l'on soumettait des textes d'écriture automatique (cf. Champs magnétiques) ou des "cadavres exquis" aux règles de L'Art poétique de Boileau ?
  • Comment déceler l'original de la copie, si Google a "crawlé" la copie avant l'original ? 
  • Comment prendre les marques à leur juste mesure ? Leur contenu n'est pas toujours à la hauteur de leur autorité et Google semble l'ignorer. Soumission pour le moins douteuse du Web aux "grandes marques".
  • Comment est traitée la communication non verbale (photo, vidéo, dessin, par exemple) ?
  • Jusqu'où doit s'exercer la police des mots ? Comment ne pas penser à l'audiovisuel américain et à sa ridicule liste de sept mots à ne pas prononcer à l'antenne ("Seven dirty words" ou "filthy words").
  • Il me semble qu'il manque une prise en compte des références aux sources originales et à leur vérifiabilité (liens, citation). Quid du plagiat (content theft) ?
Il faut que cette liste un peu floue suscite une réflexion approfondie sur le rôle des moteurs de recherche dans l'accessibilité aux documents publiés sur le Web. Déjà, Google propose une appli permettant d'évincer définitivement un site des réponses obtenues (Personal Blocklist). Tout semble se passer comme si Google développait, à sa manière, une censure au profit d'une sécurisation contextuelle des investissements publicitaires - dite "Brandsafety" ou "Adverification", allant ainsi sur les brisées des DoubleVerify, AdLoox, Adwatch, Suresafe, Pubscan (Contextual Media Group) ou AdXpose (Mpire Corporation).
Sous des apparences techniques, anodines, Panda définit des normes éditoriales pour le Web. Google se trouve ainsi auto-investi, sans penser à mal (bien sûr !), d'un rôle de distributeur et d'organisateur des linéaires numériques : sur Internet, c'est Google qui gère le facing, les mises en avant et les stop rayons.