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mardi 23 avril 2013

Facebook, nouveau mass-media ?

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Qu'est ce qu'un média de masse ?
Un média qu'utilise presque tout le monde, presque tous les jours. Large couverture, répétition des usages. Suivant M. McLuhan, on ajoutera que ce média se distingue en inculquant un changement perceptif, voire cognitif, chez ses utilisateurs (l'effet invisible du média s'avérant tout aussi puissant que celui, mesurable, des messages).
Le journal, le cinéma, la radio furent des mass-médias. La télévision reste le plus présent des mass-médias... Facebook, social media, laisse-t-il entrevoir un nouveau type de mass-média ?

  • Média financé par la publicité, donc perçu comme gratuit par ses utilisateurs, Facebook se doit, comme la télévision, de réunir des audiences massives. Innombrables utilisateurs : on en compterait plus d'un milliard (selon Facebook). 
  • Facebook étant accessible partout, à partir du Web et des supports mobiles connectés, les utilisateurs en font un usage quotidien, voire multi-quotidien, en temps réel (Messenger). Facebook n'est jamais éteint, toujours sous la main, sous les yeux : dans les points de vente, dans les cours (hum!), dans les transports, au travail, tous lieux restés hors de portée de la télévision. Facebook devient le fond de toute communication (multiscreentasking).
  • Mass-média, car tout le monde l'utilise, Facebook est aussi un média personnel puisque chacun l'utilise à sa manière et en fait son micro-média. Paradoxe : c'est parce qu'il est tellement personnel (personnalisable), qu'il peut être mass-média.
  • Facebook constitue progressivement un univers total : il dispose de son propre moteur de recherche (Graph Search), de son propre courrier, de sa propre messagerie, il est servi par une kyrielle d'entreprises ancillaires et d'applis qui aident les marques, les entreprises, les institutions à y surveiller leur image (monitoring), à y configurer des alertes déclenchées en cas de mention gênante, à y étudier leur audience, leur influence, les sentiments et les engagements s'y exprimant à leur égard (analytics). 
En consultant notre tableau comparatif simplifié TV / Facebook (cf. supra), on perçoit deux grandeurs dont l'incommensurabilité tient aux effets de réseau (loi de Metcalfe), d'une part, et à la portabilité, d'autre part.
Par les ergonomies qu'il suscite, Facebook transforme délibérément l'appréhension du monde social et sa perception : création d'un idiome, incorporation du réseau puis, avec Facebook Home, de gestes ("We're not building a phone and we're not building an operating system. We're building something that's a whole lot deeper than an app" explique M. Zuckerberg). Et ce n'est pas tout ! Facebook envisage d'envahir l'écran d'accueil du téléphone (home screen), cette page qui est "l'âme du téléphone" selon M. Zuckerberg. Après la "facebookisation de la télévision", la facebookisation du smartphone : contagion propre aux mass-médias.
Au bout de tout cela, on comprend que Facebook sécrète une quantité diabolique de données.
Mass-data à vendre ?
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lundi 17 septembre 2012

iTunes: from Ping to Facebook

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Share with iOS 6: Facebook,
Twitter and Chinese Weibo ( 新浪微博)
Ping, the social network launched by Apple two years ago, closes at the end of September. It "will no longer be available" as the euphemization goes (cf. infra). As a social network for music, all kinds of music, Ping should have succeeded. On paper it was very promising. But it proved disappointing, despite the strong support of iTunes and its million users and music fans.
Why? Probably because of Facebook. Facebook,- more than YouTube, which seems to become more and more a place for broadcast, like radio or TV. For most people, Facebook is the natural place for sharing music with friends. Music is what we share with friends. Music is social, it is often the basic cement of friendship, a first step in sharing feelings and love.

Apple has drawn the conclusion from the Ping experience and will now collaborate with Facebook. Facebook and Twitter (already in iOS 5) will both be fully integrated. From iTunes, you can now share and like directly on Twitter or Facebook. In iOS 6, by the way, the YouTube app is no longer installed by default. All of this sounds like a major ongoing battle, Google (YouTube and Google +) on the one hand, Facebook and Apple on the other.

Why Facebook? Metcalfe's law, the network effect, incites merging,... The barrier to entry for new social networks is now very high. The only place left is for specialized social networks: music, sport, photos, health, wine, cooking, video games... and professional sites  (including LinkedIn, Viadeo, ...). And, except for professional reasons (or hobbies), you probably only use one single network. Facebook is becoming a total, one-stop networking experience: localization (check in), friending, communication, shopping...
N.B. It should be noted that, in Russia, Rutube, the so-called Russian YouTube, links up with Facebook.

Specialized social networks for musicians are plenty. Most of them are like marketplaces where people look for jobs and promotion in the music industry. Examples include: Fandalism ("Use Fandalism to show your playing and meet other musicians"); Dilettante, a social network for classical music, did not last long (January 2008 - December 2010); Pitchfolio, "the Worldwide Contact Point and Job Noticeboard for the Classical Music Profession"; Socialnetworkformusicians ("Assert your presence on social networking sites to generate sales AND expand your fanbase!"), etc. These specialized social networks all refer back to Facebook as a meta social network.

There are obviously two kinds, two levels, of social networking: those which strive to be universal and those which are specialized. In the long run, which category will Pinterest, FourSquare, Instagram, Yelp, etc. belong to?

Sceenshot of iTunes (September 2012)

dimanche 5 avril 2009

Wikipédistes et Lumières


Planche sur le Coutelier, réalisée par Diderot
qui était fils de coutelier
En octobre 2009, Microsoft referma Encarta, lancé en 1993. Wikipedia, encyclopédie en ligne, collaborative, libre, gratuite (mais payée par qui, quelles donations ?) a mis hors service l'encylopédie sur DVD, payante. Fin d'un monde, d'un mode de distribution, d'un modèle économique. Après le papier, le dernier support matériel grand public rend les armes. Le monde des supports "infinis" commence.

Par-delà les transformations matérielles, c'est la victoire de l'encyclopédie, de son "enchaînement de connaissances" (Diderot, dans l'article "Encyclopédie" de l'Encyclopédie). La notion d'enchaînement est au coeur de l'entreprise, comme une sorte de loi de Metcalfe pour un réseau de mots : "Un article omis dans un Dictionnaire commun le rend seulement imparfait. Dans une encyclopédie, il rompt l'enchaînement" (D'Alembert, Discours préliminaire de l'Encyclopédie). "Changer la façon commune de penser" (Diderot) s'accomplit au moyen d'une révolution dans l'ergonomie de la consultation des savoirs, de la recherche et du penser (cf. notre post sur les effets de Google, Res Googlans). Le média, pas seulement le message (M. McLuhan).

L'idée de rassembler, organiser, relier des savoirs de tous ordres, qui prit son essor au XVIIIème siècle est vivante, Diderot, D'Alembert et les encyclopédistes salueraient Wikipedia, eux qui avaient ouvert la voie avec les renvois, les planches pour illustrer toutes les techniques ("arts"), tous les métiers ; eux qui avaient collecté les mots des savants, des artisans, des commerçants, des paysans. Ils admireraient certainement le plurilinguisme de l'entreprise wikipédique, le nombre des contributeurs (mais leur sélection ?), les incessantes mises à jour, l'accès simple aux photos, à la vidéo, aux schémas. Gages de continuité, endémiques au modèle, certains problèmes demeurent : plagiats, contrôle des informations, neutralité des contributions... Mais il manquerait aux Encyclopédistes des Lumières ce qui était pour Diderot l'essentiel : l'enchaînement des connaissances, leur raison d'être...

Désormais, pour la plupart des étudiants, dès le collège, et même avant, il n'est d'ouvrage de référence que sur le Web. Rien ne résiste à la commodité, au nouvel habitus acquis avec Internet et les hyperliens, avec les moteurs de recherche, les copier-coller... Feuilleter un dictionnaire alphabétique en papier semble d'un autre âge. L'encyclopédie d'aujourd'hui est partout chez elle "dans les nuages", accessible partout, dès lors qu'il y a une connexion Internet. 
Quant à la Grande Encyclopédie, elle est au musée ; on peut la voir à Langres, pays de Diderot, à la bibliothèque Marcel Arland. Encarta va sûrement l'y rejoindre.

Emmanuelle Tisserand bibliothécaire à Langres, présente son trésor au grand public (notre photo)