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mercredi 16 juin 2010

L'obsesssion du papier

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Le papier, quand même !

Mise à jour 12 mars 2012

Ils ont beau ne jurer que par le numérique, vouer leur âme aux iPad ou à Twitter, prédire soir et matin la fin du papier... dès qu'ils en ont l'occasion, ils en viennent au papier. A son tour, Rue89.com propose un magazine papier (3,9 €, 100 pages) ; trois ans après son lancement sur Internet, le site est décliné en version mensuelle et distribué par le réseau Presstalis (ex. NMPP) depuis le 16 juin (87 000 exemplaires).
Comment l'originalité du site (les trois types de journalisme, "l'info à trois voix"), s'adapte-t-elle à un support traditionnel ?
Diversification ? Optimisation par un modèle économique mixte ? Que recherchent les éditeurs qui redécouvrent le papier ? Bénéficier de notoriété grâce aux trente mille points de vente du réseau presse ?

En mars 2012, Rue 89 revient au tout numérique : après le passage au papier (reverse publishing), le mensuel passe aux tablettes numériques. Nouvelle étape de sa vie, nouvelle innovation, nouveau test ?
Le mensuel papier se serait vendu en moyenne à 19 000 exemplaires (2009). La version iPad est deux fois moins chère que la version papier (1,99€ au lieu de 3,9)

La tentation du papier se traduit parfois par un retour inattendu aux livres. Ainsi, le site des "Coupons Mom's", consacré principalement aux coupons de réduction pour les achats d'épicerie, publie un livre de conseils : comment diviser la facture d'épicerie par deux.


Il faut penser la relation papier / numérique hors du manichéisme courant. Voilà qui n'est plus si simple. D'abord, garder à l'esprit que la transition d'un modèle à l'autre est lente et contournée. Il est indispensable d'admettre que l'on doit expérimenter.
Puis prendre en compte des comportements qui échappent au calcul économique direct et immédiat, à la rationalité gestionnaire et technologique pour emprunter à l'économie, d'apparence irrationnelle, de la légitimité sociale, à l'accumulation d'autres formes de capital.
L'entreprise Internet reste-t-elle associée à une sorte de déclassement, à un déficit de légitimité ? Les travaux de sociologie de la culture manquent dans ce domaine. Le papier comme retour du refoulé ? "Ne dites pas à ma mère que je travaille dans [Internet], elle me croit... " A vous de compléter et adapter au goût numérique du jour le titre de Jacques Séguéla...
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dimanche 20 décembre 2009

Mediapart : vers un modèle mixte ?

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Mediapart, site Internet d'opinion et d'information mis en place par d'anciens journalistes de quotidiens nationaux et qui se réclame d'une information indépendante, commercialise un "cahier spécial du site Internet" consacré au "débat sur l'identité nationale". Le cahier de 32 pages sur papier journal, sans publicité aucune, est distribué par presstalis (ex. NMPP) et vendu 2,5€ ; presstalis annonce aux diffuseurs une publication trimestrielle et leur recommande de positionner Mediapart sur les linéaires près du Canard Enchaîné, de Siné Hebdo, du Nouvel Observateur et de Charlie Hebdo.

Ce numéro, qui prend parti, est constitué d'un bouqet d'opinions hostiles à la tenue de ce débat, opinions recueillies pour servir de "contre-argumentaire" dans des "contre-débats". En double page centrale, Mediapart publie une liste de noms établie parmi les "premiers signataires" de l'appel à ne pas débattre lancé par le site : "cent cinquante personnalités", parlementaires, élus, anciens ministres, "intellectuels traditionnels", people pensants de beaux quartiers, très beaux souvent.
Occasion manquée de donner la parole à ceux dont on semble préférer porter la parole, à ceux qui sont concernés matériellement, dans leur vie quotidienne, par l'objet de ce débat. On est loin des enquêtes du Libération des années Sartre, de la Cause du Peuple...ou de La Misère du Monde (Pierre Bourdieu et al.). Sans doute n'était-ce pas l'objet de ce numéro.

"En cette prériode de fin d'année, où il n'est pas toujours simple de se déplacer avec un ordinateur" : tel est l'argument évoqué par Mediapart pour expliquer la publication de ce "prolongement sur papier" (p. 4). Bof !
Voici un site qui, parti d'un modèle exclusivement Internet, en vient à un modèle économique mixte (comme Backchich), profitant du dispositif de distribution de la presse traditionnelle (papier) et de la loi Bichet. Est-ce un modèle économique de transition en attendant la fin du papier tellement annoncée ? Un test en tout cas, qu'accompagne sans doute un peu de nostalgie pour la visibilité que donne le papier !
Signalons que Mediapart publie également un livre de papier distribué en librairie (janvier 2010) intitulé N'oubliez pas ! 
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