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mercredi 21 février 2018

La Corée des adolescents. Magazine et plateforme d'échanges


K ! WORLD. Le mag des stars coréennes, Bimestriel, 5 €, 80 pages. L'abonnement (30 €) inclut deux livres.

Le numéro s'ouvre par un édito qui tutoie les lecteurs. Le ton de complicité est donné. K ! World vise un public de fans de K-pop et de dramas, adolescent(e)s pour la plupart.
La une du premier numéro (janvier 2018) célèbre Kim Jonghyun, le chanteur du groupe (boyband) SHINee, qui s'est suicidé à 27 ans. Dépression. Un article couvre les funérailles de la star, le magazine publie sa lettre d’adieu en coréen avec la traduction française. Un poster est encarté en hommage de l'idole. 
L'essentiel du magazine est consacré à la K-pop et à leurs groupes stars. Une page donne même un modèle très simplifié de lettre en coréen pour s'adresser à son idole. Viennent ensuite des pages mode et beauté, deux pages de cuisine, puis des pages de calendrier.
Interviews d'acteurs du drama "The Package" ; la série, diffusée par la chaîne jtbc, met en scène le voyage d'un groupe de touristes coréens en France.
Puis, le magazine présente sa plateforme Fanfi K!, une plateforme d'écriture en ligne, qui permet de poster des fanfictions (fanfics) ou des Role Plays (RP), de rechercher parmi des fanfictions postées par d’autres, d'échanger (cf. infra). Une sorte de réseau social spécialisé, bien délimité.
Pas encore de publicité, à l'exception d'un publi-reportage sur des romans K-world. Deux pages de jeux dont une de mots croisés.
L'ensemble est délibérément ésotérique si l’on ne participe pas de cet univers. Volonté d'être entre-soi que symbolise la présence sympathique de l'écriture coréenne, sans toutefois d'ambition didactique dans ce premier numéro.
Le magazine constitue une porte d'entrée, étroite, dans la culture coréenne mais sans évoquer les conditions de production de cette industrie musicale, l'exploitation scandaleuse de ses stars par des talent management agencies aux termes de contrats plus que léonins (dits "slave contracts", tout un programme !). La K-pop est un "univers impitoyable" dont le suicide de Kim Jonghyun est un tragique et récent symptome. Le magazine ne perdrait rien à évoquer l'enfer que masquent les apparences iréniques de la K-pop.
La K-pop comme les dramas (séries TV) constituent une composante majeure de la vague coréenne (hallyu) sur laquelle surfe K! World ! La présence en kiosque du magazine - merci à la loi Bichet - lui apporte une première visibilité, une vitrine pour déclencher l'abonnement mais l'essentiel, et le modèle économique, se trouvent sans doute dans la plateforme numérique interactive gratuite. Presse hybride donc.


Références
Kim, Yo-jin, "K-pop stars punished by unfair contracts", The Korea Times, December 5, 2014.
MediaMediorum,
    Hallyu : Netflix dans la vague coréenne avec "IRIS" et "White nights"
    Misaeng, la gestion dans une entreprise coréenne vue par une série TV

dimanche 6 août 2017

Etats de la presse écrite. Réponses à quelques objections

Pour le télécharger : ICI 

Rappelons d'abord que la numérisation de la presse aura été entièrement payée par les revenus tirés du papier. En effet, la presse a laissé s'installer, à son corps défendant, un curieux modèle économique : donner sur le web ce qu'elle vend en magasin. Bonne propagande pour le développement du Web, triste marketing pour le réseau des points de vente presse forcés de financer leur concurrent, réseau déjà bien mal en point. Déficit d'invention, d'innovation, de clairvoyance, de témérité, d'investissement ?
Aujourd'hui, de grands prédicants évoquent la fin du papier comme un destin qui les accable. On croirait du Racine !
"Puisqu'après tant d'efforts ma résistance est vaine // Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne" (Andromaque, I, 1).
Distinguons pourtant le destin, auquel on ne peut que se laisser aller "en aveugle", tacitement, et la volonté stratégique, dont il faut prendre en compte lucidement les raisons sociales, culturelles et politiques, dont les aides à la presse sont un pilier et une manifestation comptable. A l'économie de la presse correspond en France une volonté de l'Etat, qui traduit et exécute la volonté générale : fonction de service public pour satisfaire un intérêt général (lois de Rolland : continuité, mutabilité, égalité).

Avec Weborama et IPSOS, nous avons publié un Livre blanc sur la presse. Suite à diverses réactions, objections, nous souhaitons, en retour respecteux, réaffirmer, modaliser quelques points.



  • Ce livre blanc part du constat primordial, vérifié et validé chaque jour, depuis des années (source : Base MM de plus de 39 200 titres et hors série, juin 2018) : constat de vitalité et de créativité continues (ainsi en 2017, on compte plus de 2100 nouveaux titres et hors-série). Effet de la loi Bichet, entre autres, et des diverses aides à la presse.



  • Le papier, c'est la vie, et c'est la ville. Son réseau de distribution, ses vitrines, étalages et linéaires confèrent aux contenus de la presse une remarquable et incomparable visibilité et notoriété, un rythme temporel aussi (attentes, etc.). 



  • La presse, rédactionnel et publicité confondus, constitue le vaste mode d'emploi de tous les domaines de la vie courante, privée. Une encyclopédie permanente. Pas de titre sans présentation d'un produit ou d'un service, sans analyses comparatives, sans guide de consommation. Pas d'innovations sans nouveaux titres et hors série. Rôle économique. 



  • La multiplicité, la variété des opinions exprimées sont garantes de la démocratie politique et sociale ; la presse participe du ciment social et de la formation de l'opinion publique. Faite par des journalistes, dirigée par des comités de rédaction, la presse se tient par construction à l'abri des fake news.



  • La presse s'avère une école permanente, parallèle, a-t-on dit parfois, mais pas concurrente. Elle ne remplace pas l'école, mais elle s'appuie sur la culture que transmet à tous l'école publique, laïque, obligatoire et gratuite (externalité positive). Elle la renforce. Elle illustre cette culture en commençant par l'expression écrite de la langue française. En contrepartie de cette fonction culturelle et sociale, la presse est un produit aidé par l'impôt.



  • Lutter contre le "duopole" publicitaire américain ? D'abord, il s'agit de bien davantage que d'un duopole, il faut y inclure amazon et Microsoft, entre autres (cf. "Anatomy of a hegemony"). Et ne perdons pas de vue que la puissance innovante de cet oligopole provient d'investissements scientifiques et technologiques considérables. La question n'est donc pas seulement celle de la concurrence publicitaire, c'est surtout celle, plus profonde, plus grave, de concurrence technologique touchant au mode de production et de collecte des données. En donnant accès à son lectorat pour profiter du réseau de distribution numérique, la presse, par le même mouvement, brade son contenu et laisse piller ses données. On a confondu une question de distribution et d'accès (par des réseaux sociaux, des moteurs de recherche), et une question de prix du produit (bradé). La distribution a un coût, le produit en a un autre. Le prix de vente public doit intégrer ces deux coûts. Lorsqu'un groupe de l'industrie alimentaire négocie avec des hypermarchés pour qu'ils référencent et distribuent ses produits, il ne les donne pas (pas de vente à perte). Or la valeur de la presse est celle de ses données. Comment résister à la puissance armée des technologies de pointe des GAFAM ? La puissance ne suffit pas si elle n'est pas servie par la technologie. Des coalitions suffiront-t-elles aux régies publicitaires ? On parle en Europe de Verimi, de Emetriq, de Gravity, de Log-in Alliance, de SkyLine... Evoquons encore Criteo Commerce Marketing Ecosystem : Criteo, qui dispose d'un fort capital scientifique et technique, proposera aux détaillants, aux marques, aux publishers, une "coopérative" comme base de résistance à Amazon, base où rassembler leurs données (anonymisées ou non). A suivre...



  • Valeurs et data. La notion de "monnaie unique" appliquée à des mesure d'audiences des médias est l'un des récents lieux communs du milieu - topoï - pour mettre en avant sa puissance pluri-média. Le seul commun dénominateur possible entre les médias est constitué par les data, atomes de sens, agrégeables, concaténables. Les données collectées peuvent donner lieu à un traitement transversal à fins d'analyse comparée, de ciblage, de répartition. Seules les données peuvent constituer une sorte d'équivalent général, vers lequel toute connaissance converge. Pas les audiences, si mal connues, si floues.



  • La presse, média hybride. Pourquoi est-ce si important ? Parce que la couverture spaciale et sociale du numérique est loin d'être universelle. La France est tachée de zones blanches (ou grises) où le numérique est défaillant et l'accès à une version numérique de la presse est par conséquent aléatoire. Problème classique de modernisation (mutabilité) et d'aménagement du territoire que connaissent d'autres services publics (poste, santé, enseignement, transports, etc.). A cela s'ajoutent les écarts d'équipement donc d'ergonomie, de compétence (le numérique, on l'oublie facilement, est un média d'héritiers, comme toute culture)... Cf. infra, document ARCEP ou l'étude de l'association Que Choisir? "7,5 millions de consommateurs privés d’une connexion de qualité à Internet !" (septembre 2017). Parce que la presse est un média hybride, elle seule est accessible, presque tout le temps, par presque toute la population de la France. L'hybridation papier / numérique (mutabilité) est une valeur de la presse.

  • ARCEP, L'état d'Internet en France, mai 2017, p. 6

    Sur le même sujet :

    jeudi 7 janvier 2016

    Les mots et les choses dans les titres de la presse française


    L'analyse lexicologique porte sur l'ensemble des termes présents dans les titres du corpus : tous les nouveaux titres et tous les hors-séries depuis 2003, soit 24 080 titres. Sont exclus de la collecte les titres de jeux et mot croisés, les titres de la presse syndicale et d'entreprise, de la presse des administrations territoriales, de la presse électorale, associative, etc.

    Avant le comptage, nous avons effecué un nettoyage en plusieurs étapes. D'abord en excluant les signes de ponctuation (on compte 1092 points d'exclamation et 246 points d'interrogation), puis en évacuant les mots-outils et mots vides (stop words) : prépositions, conjonctions, articles, pronoms. Enfin, nous avons pratiqué une lemmatisation pour ne garder des mots que leur forme canonique (infinitif, masculin, pluriel). Sont regroupées à cette occasion les orthographes diverses d'un même terme (erreurs, translittérations variables de mots arabes, chinois, japonais, russes, turcs), des équivalences (& / et), recours ou non au tiret, abrévations, abandon ou non de signes diacritiques (accents)...
    Source : Base presse MM (le comptage est arrêté au 1er décembre 2015). Cette statistique est issue d'un travail de recherche
    dont les principaux résultats ont fait l'objet d'une communication au séminaire Média de l'IREP en décembre 2015.

    L'histogramme obtenu pour la distribution des mots évoque la loi de Zipf. Une longue traîne de mots dont peu de mots émergent en tête de distribution.

    La syntaxe des titres ne fait pas dans le sentiment (ou très rarement), elle est strictement dénotative faite de juxtapositions (parataxe de mots), de génitifs. On compte 5 144 prépositions "de", 2 004 conjonction "et" (hypotaxe), 1 017 "en".
    "Vous", vocatif de l'apostrophe est présent 118 fois avec les adjectifs possessifs "votre" et "vos" (509) : injonctions à la participation, à l'appropriation, à la personnalisation de la réception peut-être (cf. le nombre de points d'exclammation : 1092 contre 246 ). Acte de langage, valeur performative. "Montez votre PC 100% gaming" (H-S PC Gamer), "Votre grand horoscope", "Réussir votre prépa" (Jogging international), "Votre histoire", "Rénover votre maison" (H-S Viva déco),  Défendez vos droits, "Les médicaments et vous" (H-S Notre Temps), etc.

    Au terme de cette analyse, qu'avons-nous pu apprendre ?
    • Le mot le plus fréquent est "guide", il appartient à la définition d'un genre intervenant dans la composition d'un magazine tout comme les mots "recettes", "achat" et "idées". La dimension primordiale de la presse française, et la raison essentielle de son succès, est sa fonction d'utilité (cardinale), la satisfaction des consommateurs (lecteurs utilisateurs). 
    • Passés les 1 000 premiers mots, on peut observer une longue longue traîne de 13 000 mots mobilisés par les titres. Effet indirect de la loi Bichet : la presse magazine est diverse, changeante, riche. Des milliers de mots n'ont qu'une occurence. Richesse de mots, diversité d'idées ?
    Les mots qui suivent le mot "guide" (fréquence décroissante) énoncent des thèmes, des domaines d'application de ces genres : cuisine, automobile, maison, histoire, sport... Cette liste corrobore celle des domaines distingués dans l'analyse en catégories et centres d'intérêt.
    Le titre, s'il est l'élément majeur du paratexte -pour reprendre l'expression de Gérard Genette dans Seuils, relève surtout du marketing, qu'il s'agisse des titres de presse ou des titres de livres. Il appartient d'abord au packaging.

    dimanche 20 décembre 2015

    Presse française : une année hors-séries


    L'année 2015 aura vu paraître plus de 1200 titres nouveaux. Parmi ces nouveaux titres de papier, on compte deux tiers de hors-séries. L'innovation continue de la presse est manifestement le fait des hors-séries, c'est un plébiscite en acte de la loi Bichet. Comme l'indique l'histogramme ci-dessous, alors que le nombre de lancements de nouveaux titres diminue régulièrement depuis 2004, les lancements de hors-séries sont de plus en plus nombreux depuis 2012, rejoignant le niveau de 2008.
    Comment les hors-séries sont-ils pris en compte dans les statistiques, diffusion et lectorat, de la presse ? Le terme de hors-série n'a de justification que réglementaire (les messageries de presse en produisent une définition complète : périodicité, présentation, etc.) : le hors-série est plus spécialisé que les numéros de la série habituelle sans la rompre absolument. Il est généralement concentré sur un sujet, sur un genre, un événement. Toutefois, les hors-séries ne sont pas considérés comme des produits presse papier à part entière (cf. les définitions par Presstalis).

    Les thématiques qui contribuent le plus à la publication de hors série sont principalement la cuisine, l'histoire, les loisirs créatifs dont la création et la décoration de la maison. Les genres dominants sont le guide, le mode d'emploi, la recette, le savoir-faire, la didactique et, plus encore, le guide d'achat. Par construction, ces genres sont proches du genre publicitaire : faire connaître un produit, un service, un outil, en exposer les intérêts, les comparer, apprendre à s'en servir, trouver où l'acheter... ce sont là des objectifs publicitaires.

    Alors que la presse d'information politique occupe le devant de la scène - de sa scène - relayée par les radios et la télévision, la presse que les consommateurs achètent est une presse utile, utilisable, une presse associée à la vie quotidienne à la maison. Presse domestique donc, qui trône au milieu du foyer. Déjà, au tout début de l'histoire de la presse magazine, triomphait Le Journal des connaissances utiles qui se voulait le "recueil encyclopédique de la famille" (hebdomadaire lancé par Emile de Girardin en 1831, 50 000 exemplaires chaque samedi).

    En 2015, le prix de vente moyen du hors-série fut de 7,7€ (9,2€ pour un hors-série Histoire et 5,4€ pour un hors-série Cuisine). Le hors-série est cher ; son prix d'achat témoigne de l'intérêt que lui accordent ses lecteurs. Comme dit Presstalis, "le prix n'est pas un frein à l'achat". L'économie des hors-séries signale, pour la presse magazine, un modèle économique moins dépendant de la publicité et des "aides" à la presse.
    Source : Base presse MM (le comptage est arrêté au 1er décembre 2015). Cette statistique est issue d'un travail de recherche
    dont les principaux résultats ont fait l'objet d'une communication au séminaire Média de l'IREP en décembre 2015.

    lundi 20 août 2012

    Vendre la presse papier avec des écrans

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    Le point de vente presse reste un difficile problème de marketing. Comment faire valoir, faire trouver le bon magazine, au bon moment.
    L'encombrement des points de vente est notoire (il n'est d'ailleurs pas sans charme, celui de la serendipity). Le développement et la généralisation des moteurs recherche a inculqué chez les acheteurs de nouvelles attentes, impatiences (commodité, rapidité, pertinence de l'organisation des linéaires). Beaucoup sont habiles (tech-savvy) avec les outils numériques.
    Un danger menace la distribution de la presse comme celle de tout produit culturel dont la description statistique est celle d'une longue traîne (livres, applis, musique, etc.) ; si l'on n'y prend garde, toute optimisation commerciale de l'assortiment risque de réduire l'étendue de l'offre, sa diversité, pour s'en tenir aux items les plus achetés, à des hit-parades, etc. L'inverse de la serendipity.

    Le recours à des écrans, généraux ou personnels, apporte au point de vente l'exhaustivité de la présentation de l'offre, celle qu'a permis en France l'application de la loi Bichet (1947).
    • Ecran généraux. Visibles par tous, qui affichent des titres, assurant leur visibilité et leur promotion dans le point de vente (PLV). Ecrans vitrines, écrans dans les vitrines, qui peuvent devenir supports de publicité nationale ou régionale pour la presse et s'auto-financer (effet de réseau). Ces écrans "généraux" peuvent être interactifs (gestes ou claviers) et disposer d'un outil d'information et de sélection personnel, de type borne interactive. La borne présente plusieurs inconvénients : d'abord, son écran est visible par tous, mais, surtout, et c'est rhédibitoire, elle encombre le point de vente (coût d'opportunité très élevé).
    • Ecrans personnels, smartphone ou tablette avec appli du point de vente (ou du réseau). Le smartphone présente des atouts sérieux pour le marketing, avantages déjà testés et éprouvés par la grande distribution (cf. Digital Grocery Shopping: all you need is an app). Exemples :
      • C'est un équipement en voie de banalisation que les consommateurs ont toujours à portée de la main. Il assure la discrétion parfaite des transactions : sélection de titres, paiement (fonction d'isoloir)
      • Il ne prend pas de place dans le point de vente
      • Il peut fonctionner avec une application associée à un ou plusieurs points de vente (réseau), téléchargeable par le client dans un point de vente presse, permettant la recherche de titres à partir de thèmes, de sommaires, de journalistes, etc. Une telle application permet l'extension de la vente à la demande,  dépassant le marketing de l'offre ; elle permet aussi des propositions promotionnelles ciblées (avec coupons, etc.).
      • L'application une fois installée sur un smartphone permet au client de s'identifier quand il entre dans le magasin (comme procède Starbucks)
      • L'appli, personnalisable, peut intégrer une carte de fidélité associée au réseau
      • Elle peut fonctionner avec un plan du magasin (disponibilité, localisation des titres : on clique sur l'icône d'un titre pour le localiser dans le point de vente)
      •  Le smartphone devient terminal de paiement mobile (NFC, cf. Starbucks encore) et permet de faire retenir un magazine (drive), payé et mis de côté dans le point de vente, d'acheter un ancien numéro, de s'abonner sur le point de vente (associant et coordonnant ainsi abonnement et vente au numéro), etc.
      • Production d'informations marketing (data) précieuses pour la gestion du point de vente et des éditeurs : analytics en temps réel, continus (rythmes de fréquentation, horaires d'achat, paniers, modélisation pour la gestion de l'assortiment presse -GAP, etc.)
      • Mobilisation des réseaux sociaux (pour des alertes, des recommandations, etc.)
      • Conciliation, intégration de certaines fonctionalités avec le e-commerce (analytics synthétiques, fidélité, paiement, recommandations, etc.)
    L'avenir du point de vente presse est sans doute à imaginer dans cette perspective globale coordonnant équipement Wi-Fi, linéaires, applis et écrans interactivables, tous éléments multiplicateurs du plaisir de fréquenter un point de vente. Facteurs aussi de valorisation du métier de kiosquier et de l'image du kiosque. Sur un sujet voisin : "L'information est dans la rue".
    Sans doute, n'ya-t-il pas de solutions techniques isolées : ce n'est pas une question d'écrans, de linéaire, d'optimisation de l'assortiment (data, CRM) mais un problème global de service public dans la ville donc de marketing total, à traiter en partant du point de vue du client.


    Les trois illustrations pour ce post proviennent de l'imposant magasin de presse de la gare de Stuttgart (Konrad Wittwer GmbH, Pressecentrum). Chaque écran délimite une portion physique de l'offre de magazines présentés clairement au-dessous (photos fm).

    Sur la notion d'assortiment :

    dimanche 5 juin 2011

    Modèle économique : Témoignage Chrétien

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    TC, juin 1944. Source : Archives de la vie littéraire sous l'occupation, 2011Ed. Taillandier, IMEC, p. 369
    Témoignage Chrétien (TC) est un hebdomadaire sur papier journal, se positionnant depuis toujours à "gauche" ("l'info qui résiste", "la résistance spirituelle"). Titre issu de la Résistance, lancé dès novembre 1941 (Cahiers puis Courrier français du Témoignage Chrétien) quand une bonne partie des chrétiens, des médias et des journalistes français collaboraient sereinement. Après la Libération, l'hebdomadaire ne trahit pas ses principes et prit position contre la colonisation. TC fut aussi à l'origine de Télérama dès 1947. Peu de titres peuvent se vanter d'autant de lucidité politique et d'anticipation média.

    Changement de modèle économique
    Pour ses 70 ans, à partir du 17 juin, TC renonce à la distribution en kiosque ; il ne sera plus guère accessible que par abonnement (111 €/an). Le titre compta 80 000 abonnés dans les années 1950, il en compte actuellement 8 000 plus 4 à 500 exemplaires vendus au numéro (source : TC). Avec 48 numéros, ce sont quand même, chaque année, plus de 400 000 exemplaires achetés et payés par des lecteurs.
    Absent des points de vente, TC compensera le déficit de visibilité, dit la rédaction, par sa présence sur le Web et dans quelques librairies.
    La réussite de ce modèle économique passe, à tout le moins, par le travail de référencement sur le Web et par l'invention d'interactions de lectures entre journal et Web, journalistes et lecteurs. Un contrat d'information ? Le Web pourrait apporter bien plus que de la visibilité à un tel titre qui sut, dans des situations dramatiques, constituer un "lien" (cf. supra, son sous-titre).

    Qui peut s'inspirer d'un tel modèle ?
    TC vit de ses lecteurs, directement, pas de leurs consommations. Sauf cas particuliers, annonceurs et conseils média l'ignorent.
    L'abonnement postal est commode, il est subventionné (tarifs préférentiels). Le fichier des abonnés permet, éventuellement, des opérations de marketing direct ciblées. Finis les invendus : tirage = diffusion payée.
    TC, juin 2011
    Ce modèle, "tout postal", est déjà celui d'une grande partie de la presse professionnelle (B2B), pour laquelle, il constitue sans doute une étape vers le "tout numérique". Presse militante et presse professionnelle présentent des points communs : précision du ciblage, caractère indispensable et exclusif de l'information pour les lecteurs, régularité et fidélité du lectorat.
    Pour la presse militante, qui dépend peu de l'événement, qui ne fait pas d'effets de manchette,  le kiosque apporte peu. Déjà, cette presse n'est présente que dans un nombre restreint de points de vente, et, lorsqu'elle est présente, ces points de vente ne lui apportent guère de visibilité car ses titres sont relégués aux confins des linéaires, attendant que le chaland les débusque ou les demande.

    Vive l'abonnement ?
    C'est le modèle économique le plus transparent, le plus vertueux pour l'économie des médias : le lecteur achète sa lecture, son concert, son film...
    L'abonnement, c'est aussi une lecture de la loi Bichet. Comment faire pour qu'il participe à la visibilité qu'installe cette loi ?
    Reste, le Web l'a mise au goût du jour, la question des fichiers. L'abonnement comme l'adhésion impliquent un fichage (opt-in), en comparaison duquel le cookie du Web paraît inoffensif. Associées, adresse postale + adresse IP constituent un fichier marketing (ou politique) d'une rare qualité : l'adresse est nécessairement mise à jour chaque année, au moins. Qui veut être discret, prudent, achète en kiosque, paie en liquide au lieu de payer un abonnement par chèque ou carte.
    Quid d'un abonnement qui serait pris et servi en kiosque ?
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    mercredi 30 mars 2011

    La loi Bichet

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    Cette loi, issue de la Résistance (2 avril 1947), doit son nom à un député MRP (parti démocrate chétien). Elle constitue l'un des piliers de l'économie de la presse française. Elle stipule d'abord que la diffusion de la presse est libre (art. 1). Les éditeurs sont égaux en droit, qu'ils soient grands ou petits," puissants ou misérables". L'accès au réseau de distribution est libre. Hors abonnements, tout groupement pour la distribution doit prendre une forme coopérative (art. 2).
    La France compte de nombreux titres de presse, il s'en crée des centaines chaque année (plus de 660, selon nous, en 2010, et deux fois plus de hors série. Souce : Base MM). Diversité exemplaire, dynamique que connaissent peu de médias. La loi Bichet y est pour beaucoup. Pas seulement cette loi : les diverses aides de l'Etat à la presse, directes et indirectes, contribuent largement aussi à cette diversité de genres, d'opinions, d'engagements, de styles, de goûts, de prix.
    Diversité inévitablement méconnue par les grandes agences média qui investissent surtout dans les plus grands titres, ceux qui sont pris en compte par les études de lectorat et les logiciels de mediaplanning. La contrainte politique sur la distribution équilibre en quelque sorte la puissance publicitaire.

    La loi Bichet est remise en question par les grands éditeurs et par des représentants des distributeurs. S'il  y avait moins de titres dans les points de vente, on les trouverait mieux, il y aurait plus de place, disent-ils. Les titres distribués seraient plus visibles, la mise en place plus commode et plus rapide. La loi Bichet plaçait la presse au-delà d'une logique exclusivment commerciale (marketing), l'offre ne devant pas être déterminée par la demande.
    La contestation de la loi Bichet concerne ce que l'on appelle la réforme de l'assortiment. Elle touche la charge de travail des diffuseurs (points de vente), le marketing des titres et la diversité et le dynamisme de la presse française. Cela fait beaucoup. Observatoire remarquable de l'économie des médias, le débat sur la Loi Bichet secoue en cascade bien des traditions françaises qui font "l'exception culturelle". La législation française considère que la presse n'est pas un produit comme les autres : supprimer la Loi Bichet reviendrait sur ce principe directeur. Mais, dès lors qu'elle deviendrait un produit comme les autres, pourquoi maintenir les aides directes et indirectes sans lesquelles beaucoup de titres ne survivraient pas ? Comment concilier rigueur de gestion et respect des principes politiques ? Comment l'offre d'information et de divertissement présente et accessible sur le Web affecte-elle les moyens de satisfaire à cet impératif de diversité ?
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    lundi 27 septembre 2010

    Presse TV à géométrie variable

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    Lundi, dans les points de vente presse, c'est le jour de la télé. La plupart des titres de presse télévision sortent le lundi matin.
    Depuis quelque temps nombre d'entre eux sortent en plusieurs versions : avec DVD, livres, suppléments divers. Dans mon point de vente, ce lundi, 8 titres. 5 d'entre eux proposent la version simple et des versions avec suppléments. Le plus diversifié, Télé 7 jours, propose 5 versions en plus de la version simple. Télé Star en propose 4. Au total, 23 modalités d'offres pour ces 8 titres.
    Voyons Télé 7 Jours (20 septembre).
    • Le numéro simple, sans supplément est vendu 1€
    • Avec un CD de la collection des Concerts Mythiques de l'Olympia (cette semaine, Johnny Halliday) : 2,99€
    • Avec le DVD d'Arabesque (série policière américaine) : 5,99€
    • Avec un volume des Incontournables de la littérature en BD : 6,98€
    • Avec Paris Match : 2,5€
    • Avec Télé 7 Jeux : 1,5€
    Le mercredi, Télérama propose 5 versions de son magazine : une simple, une avec album, une avec DVD musique, une avec 2 VD cinéma (cette semaine, Chabrol), et un hors-série de Télérama horizons consacré à Depardon.

    Toutes ces offres enrichies sont intéressantes mais compliquées pour les clients, compliquées pour les getionnaires des points de vente surtout qui doivent exposer ou stocker toutes les versions, expliquer au client les variantes de la semaine, s'assurer qu'il a pris celle qu'il souhaitait, lui en rappeler le prix. Il y a des clients qui décident au coup par coup, selon la BD, le DVD, d'autres qui collectionnent et pour qui il faut "mettre de côté" (comme un abonnement)... Seul le réseau de diffuseurs peut assurer ces transactions complexes, changeantes.

    Cette multiplication des variantes se généralise ; elle touche surtout la presse féminine : d'abord, ce furent les double formats (classique et poche), puis les "plus-produits", puis les packages de plusieurs titres (on ajoute un Hors-Série, un numéro ancien, un autre titre du même éditeur, etc.). Tout ceci n'empêche pas "la profession" de se plaindre du trop grand nombre de titres référencés, de la loi Bichet...

    La presse TV reste un segment essentiel de la presse en France : les deux tiers des personnes de 15 ans et plus en lisent au moins un titre (AEPM 2010). Beaucoup de titres de presse TV sont parmi les plus puissants du marché (exemplaires diffusés X taux de circulation X reprises en main). Quel est l'effet sur la diffusion de ces offres augmentées, de cette géométrie variable du magazine ? Sur quelles concurrences, sur quels budgets mordent-elles ?
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    mercredi 16 juin 2010

    L'obsesssion du papier

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    Le papier, quand même !

    Mise à jour 12 mars 2012

    Ils ont beau ne jurer que par le numérique, vouer leur âme aux iPad ou à Twitter, prédire soir et matin la fin du papier... dès qu'ils en ont l'occasion, ils en viennent au papier. A son tour, Rue89.com propose un magazine papier (3,9 €, 100 pages) ; trois ans après son lancement sur Internet, le site est décliné en version mensuelle et distribué par le réseau Presstalis (ex. NMPP) depuis le 16 juin (87 000 exemplaires).
    Comment l'originalité du site (les trois types de journalisme, "l'info à trois voix"), s'adapte-t-elle à un support traditionnel ?
    Diversification ? Optimisation par un modèle économique mixte ? Que recherchent les éditeurs qui redécouvrent le papier ? Bénéficier de notoriété grâce aux trente mille points de vente du réseau presse ?

    En mars 2012, Rue 89 revient au tout numérique : après le passage au papier (reverse publishing), le mensuel passe aux tablettes numériques. Nouvelle étape de sa vie, nouvelle innovation, nouveau test ?
    Le mensuel papier se serait vendu en moyenne à 19 000 exemplaires (2009). La version iPad est deux fois moins chère que la version papier (1,99€ au lieu de 3,9)

    La tentation du papier se traduit parfois par un retour inattendu aux livres. Ainsi, le site des "Coupons Mom's", consacré principalement aux coupons de réduction pour les achats d'épicerie, publie un livre de conseils : comment diviser la facture d'épicerie par deux.


    Il faut penser la relation papier / numérique hors du manichéisme courant. Voilà qui n'est plus si simple. D'abord, garder à l'esprit que la transition d'un modèle à l'autre est lente et contournée. Il est indispensable d'admettre que l'on doit expérimenter.
    Puis prendre en compte des comportements qui échappent au calcul économique direct et immédiat, à la rationalité gestionnaire et technologique pour emprunter à l'économie, d'apparence irrationnelle, de la légitimité sociale, à l'accumulation d'autres formes de capital.
    L'entreprise Internet reste-t-elle associée à une sorte de déclassement, à un déficit de légitimité ? Les travaux de sociologie de la culture manquent dans ce domaine. Le papier comme retour du refoulé ? "Ne dites pas à ma mère que je travaille dans [Internet], elle me croit... " A vous de compléter et adapter au goût numérique du jour le titre de Jacques Séguéla...
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    vendredi 7 mai 2010

    Le poids du papier : du Web au kiosque

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    Rue 89 lance le 16 juin Revue89, un mensuel d'une centaine de pages (3,9€), Allociné lance Contrechamps, une revue annuelle, destinée aux professionnels. Déjà, Mediapart a lancé en décembre 2009 un cahier trimestriel (et aussi un livreet depuis septembre 2009, Bakchich publie une version hebdomadaire qui vendrait 17 000 exemplaires (1,5€, passé du mercredi au samedi)... Vendredi avait tenté, fin 2008, de publier sur papier un hebdomadaire recyclant des articles parus sur le Net (le titre cesse sa parution en été 2009). Après dix ans de Web, Marmiton a donné naissance avec succès à un magazine papier de référence.
    En mars 2014, pour son troisième anniversaire, Atlantico lance un hors-série de 140 pages : "France, encéphalogramme plat" (14,9 €).

    Que penser du passage au papier de ces titres revendiquant, parfois haut et fort, un modèle économique et sociologique numérique ? Quelques hypothèses :
    • La diffusion dans les points de vente apporte une visibilité différente de celle du Web, donc complémentaire : le papier assure la promotion du site dans quelques milliers de points de vente (grâce aux aides à la presse et à la loi Bichet). Et réciproquement : du Web au kiosque.
    • Si la duplication entre les lectures Web et celles des exemplaires papier est sans doute faible (et surtout mal connue), le papier augmente la couverture du titre. Ceci plaide pour un modèle économique mixte mais conçu à l'envers : le titre est basé sur Internet qui assure le régulier, le fréquent, tandis que le moins fréquent et l'irrégulier, l'équivalent des hors-série, est proposé en kiosque pour profiter d'un complément de revenu, de notoriété, de visibilité, voire de légitimité. Faire événement.
    • Cette double vie devrait donner lieu à des recherches sur les synergies, méconnues pour l'essentiel, entre les deux modes de distribution.
    D'autres raisons ?
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    samedi 2 janvier 2010

    Les applis font vendre du papier

    Après CityPhone, voici encore deux magazines consacrés aux applications iPhone / iTouch. Les éditeurs ont parié sur les fêtes : à qui l'on a offert un iPhone, il faut un guide des usages et des achats allant au-de là du mode d'emploi d'Apple, avec des suggestions, des illustrations, des évaluations, des conseils. C'est souvent peu, mais il s'agit d'une première approche pour s'orienter. La presse joue un rôle considérable dans la pédagogie, voire la didactique de la consommation, notamment pour les produits nouveaux. Ensuite, on peut consulter la boutique d'apllis de iTunes et les nombreux sites spécialisés.
    • mobiPHONE est un nouveau trimestriel, vendu 5,95 € (distribution MLP). Ce magazine se veut un "guide complet" et propose 250 applis classées en 20 thèmes. Pour chaque aplication, une brève description, une note (sur quelle base ?) et le prix. Pas de publicité hormis 3 pages de promotion de magazines du groupe, sur le catch et la musique sur PC.

    • Le magazine Mobiles (groupe Oracom) propose son deuxième hors série (le volume 1 est sorti en octobre) sur le même canevas, au prix de 9,5€. Un inventaire de 240 applis, réputées "les meilleures". Classées en 20 thèmes, notées. Publicité : quelques pages, de publicité captive surtout, et des pages pour les magazines du groupe.
    A l'exception de CityPhone, les revenus publicitaires de ces titres sont sans doute maigres voire inexistants. Les prix de vente sont élevés, le rédactionnel plutôt limité et standardisé : modèle économique clair. Le marché des applis est un marché naissant, il va au-delà de l'iPhone et tend vers l'universel. Tout téléphone donnera bientôt accès à des applis (voir sur ce point ce qu'indiquera le nouveau Nexus One de Google / android).

    Trois titres en un mois sur un même thème. Beaucoup de ressemblances.
    Certains professionnels y verront l'illustration et la cause d'un trop grand nombre de titres dans certains points de vente. D'autres y verront une heureuse diversité. Laissons le consommateur trancher, comme pour d'autres produits, comme il tranche aussi tous les jours entre les multiples "féminins", les nombreux titres de sport ou les titres people dont la diversité n'est pas toujours éclatante. Reste, bien sûr, la question de la nature du marché. La presse est un produit subventionné par l'impôt, comme beaucoup d'autres. Ce débat là n'a pas lieu.
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    dimanche 20 décembre 2009

    Mediapart : vers un modèle mixte ?

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    Mediapart, site Internet d'opinion et d'information mis en place par d'anciens journalistes de quotidiens nationaux et qui se réclame d'une information indépendante, commercialise un "cahier spécial du site Internet" consacré au "débat sur l'identité nationale". Le cahier de 32 pages sur papier journal, sans publicité aucune, est distribué par presstalis (ex. NMPP) et vendu 2,5€ ; presstalis annonce aux diffuseurs une publication trimestrielle et leur recommande de positionner Mediapart sur les linéaires près du Canard Enchaîné, de Siné Hebdo, du Nouvel Observateur et de Charlie Hebdo.

    Ce numéro, qui prend parti, est constitué d'un bouqet d'opinions hostiles à la tenue de ce débat, opinions recueillies pour servir de "contre-argumentaire" dans des "contre-débats". En double page centrale, Mediapart publie une liste de noms établie parmi les "premiers signataires" de l'appel à ne pas débattre lancé par le site : "cent cinquante personnalités", parlementaires, élus, anciens ministres, "intellectuels traditionnels", people pensants de beaux quartiers, très beaux souvent.
    Occasion manquée de donner la parole à ceux dont on semble préférer porter la parole, à ceux qui sont concernés matériellement, dans leur vie quotidienne, par l'objet de ce débat. On est loin des enquêtes du Libération des années Sartre, de la Cause du Peuple...ou de La Misère du Monde (Pierre Bourdieu et al.). Sans doute n'était-ce pas l'objet de ce numéro.

    "En cette prériode de fin d'année, où il n'est pas toujours simple de se déplacer avec un ordinateur" : tel est l'argument évoqué par Mediapart pour expliquer la publication de ce "prolongement sur papier" (p. 4). Bof !
    Voici un site qui, parti d'un modèle exclusivement Internet, en vient à un modèle économique mixte (comme Backchich), profitant du dispositif de distribution de la presse traditionnelle (papier) et de la loi Bichet. Est-ce un modèle économique de transition en attendant la fin du papier tellement annoncée ? Un test en tout cas, qu'accompagne sans doute un peu de nostalgie pour la visibilité que donne le papier !
    Signalons que Mediapart publie également un livre de papier distribué en librairie (janvier 2010) intitulé N'oubliez pas ! 
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    lundi 28 septembre 2009

    Bakchich : le papier au secours d'Internet ?

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    Encore un média qui enfreint le postulat économique - au double deux sens du terme - selon lequel la presse doit saborder le papier pour se convertir à Internet. Bakchich est d'abord un site d'information statirique ouvert il y a un peu plus de trois ans. Le groupe lance maintenant un titre papier du même nom (100 000 exemplaires mis en place pour le premier numéro). En attendant probablement Bakchich.tv.
    • Sous-titre : "Informations, enquêtes et mauvais esprit". Superbe positionnement ! 
    • Slogan  : "Votre nouveau canard satirique", révérence au Canard Enchaîné, dont il ne semble pas concurrent. 
    • Bakchich hebdo (20 pages) est mis en place dans 1 800 points de vente le mercredi (le jour du Canard) pour 1,8€ (Le Canard est vendu 1,2€). Distribution NMPP. 

    Cette initiative, comme une extension de marque, fait l'hypothèse tacite qu'il existe deux types de lectures, sinon de lecteurs. Si les ventes et les données d'enquête le vérifient, cela signifie que le papier suscite de nouveaux lecteurs, et qu'un lecteur papier ne se substitue pas à un lecteur en ligne (aura-t-on des données pour cette démonstration ?). Le papier peut aussi apporter les revenus publicitaires nouveaux grâce à la spécificité du support, des lecteurs, des lectures. Et le papier donne de la visibilité, une notoriété nouvelle grâce aux points de vente qui fonctionnent dans ce cas comme un réseau de 1 800 affichages. Enfin, le papier apporte un style différent, contraignant l'écriture et la mise en page à d'autres formes ; pour simplifier, on pourrait dire que le site d'information et l'hebdomadaire papier constituent deux genres journalistiques à forme fixe dans l'information, comme le sonnet et le roman en littérature.
    Donc, Bakchich tente, à rebours des expériences classiques qui vont du papier vers Internet, un modèle économique deux fois mixte : (Internet + papier) X (publicité + ventes). Selon une dépêche de l'AFP (Google News), le site est déficitaire : dépense 50 000 € et en gagne 20 000. Le papier rajoute 40 000 aux dépenses. Toutes choses égales par ailleurs, le point d'équilibre global demande 70 000 € de rentrées pour le papier (pub + ventes).  Mais il y aura aussi des effets de la version papier sur la version on-line.

    En attendant les leçons de cette innovation, leçons que seul pourra tirer le marketing du Groupe Bakchich, il faut remarquer que cette initiative, comme d'autres déjà (cf. liens infra), révoque en doute les clichés sur la fin du papier, sur l'inopportunité de la loi Bichet (dont le lancement de Bakchich est une parfaite illustration), etc. Et elle constitue une occasion de penser sans prévention la notion de marque média. A suivre....

    Sur le passage on-line / off-line :
    News from Net to Paper
    Dans les papiers de Vendredi
    La tentation du papier
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    vendredi 7 août 2009

    Points de vente pour la presse gratuite


    Non seulement des gratuits de toutes sortes (information, consumer magazines, B2B, etc.) éclosent dans tous les catégories de presse mais ils ont aussi de plus en plus souvent leurs propres points de distribution collective : restaurants, boulangeries, épiceries, centres commerciaux, grande surface spécialisée... Avec leurs présentoirs. Sans parler des distributions aux sorties de métro...
    Cf. Ci-contre, un présentoir dans un restaurant Lina's (Paris) avec des titres consacrés à l'automobile, à l'économie, à la BD, à l'immobilier de luxe, à la finance et, bien sûr, un hors-série anniversaire du magazine de Lina's.
    Au-dessous, gratuits (free publications) dans un multiplexe américain, Regal (Miami).

    Difficile de ne pas y lire une défaillance de la presse. Quelle défaillance ? Bloquée dans des habitudes professionnelles surannées, cimentées dans le manichéisme d'un paradigme ancien, la distribution de la presse est lente à digérer les changements de mode de vie (aménagement du territoire, emplois du temps, commerce, etc.) et ne les incorpore qu'en rechignant, bricolant à la marge un modèle sacralisé.
    Le passé de la presse étouffe ses avenirs. Défaillance nécessaire d'un vieux média donc, défaillance positive, seule à même de fonder les places et les fonctions actuelles de la presse.

    La fonction d'information et de divertissement de la presse semble à reconfigurer : les modes de distribution, la division du travail entre payant et gratuit, entre numérique et papier sont à recomposer, à réorchestrer : protéger des métiers anciens n'aide en rien. Le papier et le payant ne constituent qu'un cas particulier d'un modèle plus large ; plutôt considérer cette transformation en termes d'englobement qu'en termes d'antagonismes.
    Ni le payant ni le papier ne sont condamnés. Leur place, leurs rôles sont à inventer dans un concert inouï de médias et de besoins d'information. C'est le marché qui se charge de l'innovation et de l'entrée dans le nouveau paradigme, à coup d'innovations limitées, heureuses et malheureuses. D'où l'importance d'un marché ouvert, flexible, clair qu'encourage la Loi Bichet.

    N.B.  Depuis le début de l'année 2009, en un semestre, plus de 360 nouveaux titres (dont 10% de gratuits), et deux fois plus de hors-série. Sans compter les sites correspondants. (Source : Base Presse MM). Signe d'un média créatif.

    jeudi 11 juin 2009

    Don't fight the Internet


    Ce qui a fondé la décision du Conseil constitutionnel de refuser certains articles de la loi dite "Hadopi", ce sont les Principes Généraux du Droit (PGD) ou "principes de valeur constitutionnelle".
    Le Conseil affirme qu'Internet relève des Droits de l'homme au titre de la liberté de communication, de la vie démocratique, de la formation et de l'expression des idées.
    Voici le texte fondateur de la Décision du Conseil constitutionnel :

    "12. Considérant qu'aux termes de l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : " La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi " ; qu'en l'état actuel des moyens de communication et eu égard au développement généralisé des services de communication au public en ligne ainsi qu'à l'importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l'expression des idées et des opinions, ce droit implique la liberté d'accéder à ces services ;"

    Au même moment, en Grande-Bretagne, l'Ofcom - qui régit l'économie numérique de la communication - arrive à une semblable conclusion par une voie démonstrative différente (enquête sociologique sur l'accès à Internet) : "the internet is increasingly becoming a service which is an essential tool for social and economic participation".

    Internet acquiert le même statut qu'ont acquis autrefois les anciens médias d'information et de culture : Internet est libre parce que, selon les lois républicaines (1881, Bichet, 1986, etc.), la communication est libre. Le droit à Internet est imprescriptible. Des conséquences politiques se déduisent de cette affirmation ; elles concernent l'aménagement du territoire, les tarifs du haut débit, le régime scolaire, les dispositifs d'incitations, etc.
    Le droit rejoint le réalisme économique et politique et traduit dans son code cet aphorisme de l'économie numérique : on ne se bat pas contre Internet.

    dimanche 30 novembre 2008

    La tentation du papier


    La pente de la presse, récemment, c'est de passer au numérique, corps et biens. Sans trop savoir : oeuvre de Panurge ? Suivre sa pente, pourvu que ce soit en la remontant, recommandait un héros de Gide. Nonfiction.fr suit cette maxime ; c'est un site consacré aux ouvrages récemment publiés : sciences sociales ou humaines, art, philosophie. Tout sauf la fiction ? Presque, car le site ne couvre ni le jardinage, ni le bricolage, ni la cuisine, ni la santé, ni les loisirs créatifs ou numériques. Qui comptent pour une part importante du chiffre d'affaires de l'édition.

    Ce titre en ligne, pour son premier anniversaire, s'offre une version papier dans les points de vente (20 000 exemplaires, selon les MLP qui le distribuent. N.B. : sans loi Bichet, il serait mort né). Cet éditeur fait à rebours le chemin de ses concurrents qui commencèrent leur vie dans le papier, pour passer, non sans mal, sur Internet. Rythme trimestriel ; en ligne, il est quotidien, 4,9 € le numéro. Quadri, bon grammage, 100 pages, agréable à feuilleter et à lire. Belle maquette.
    Le contenu ? L'objectif de donner envie de lire, d'éveiller la curiosité, d'informer de la parution de nouveaux ouvrages est partiellement atteint. A mon avis, trop de politique politicienne (on a déjà tout entendu, jusqu'à la nausée), impression parfois de communiqués de presse des "piètres penseurs", toujours les mêmes... On attend d'un tel magazine un positionnement plus rare, moins "microcosme", pas news du tout, différenciant... Exemple, la place exceptionnellement raisonnable accordée à la Chine (3 articles), à François Jullien et Anne Cheng (mais on aimerait aller plus loin). 

    Peu d'annonceurs pour ce premier numéro : Allocine en quatre de couv, Radio France en 3 (pour les émissions sur les livres), les Editions du Félin en 2 ; à l'intérieur, quelques publicités pour une librairie (Mollat, Bordeaux, le magazine L'Histoire, evene.fr, un site sur l'art, Philosophie Magazine, donc des annonceurs captifs, principalement. Médiaplanning tautologique, conservateur par défaut. Quand même, ni Amazon, ni Gallimard, ni Hachette, ni chapitre.com ... Espace mal vendu ou mal acheté ? Pourtant, c'est dans une revue comme celle-ci que la publicité devrait évoquer les automobiles, les parfums, les montres, les vacances, les ordinateurs ... Evidemment, si l'on ne conçoit les plans médias qu'à partir des données en "bécanes" (AEPM ou OJD) dans les agences média, aucune chance. Car un titre nouveau n'y est pas, restant invisible aux repèrages du marché, aux médiaplanners... En revanche, on apprendrait du site Internet et de ses analytiques (mais je doute que Google Analytics y suffise) ... Associer la régie du papier à celle du site ? Pourquoi pas, même combat de l'affinité, de la long tail ? Transferts d'outils. A étudier ...

    600 "rédacteurs", annonce le magazine pour le site. Quel est leur statut ? Journalistes ? "Jeunes chercheurs, journalistes, militants politiques, syndicaux et associatifs et créateurs de sites Internet" dit la présentation au-dessus de l'ours. On n'est pas loin d'une sorte de crowd sourcing restreint... Intéressant.

    Alors que les grands prédicants déclarent la presse papier condamnée, le mouvement à rebours de NonFiction.fr suscite l'intérêt. Tentation du modèle mixte ? Oracom prend des riques : pourquoi pas ? Spécialisé dans la presse des télécoms et du numérique (plus d'une douzaine de titres), l'éditeur a l'habitude des esssais et erreurs ... Voici une contribution en acte aux Etats généraux de la presse écrite !

    Même si l'on redoute une diminution des ventes de livres et le basculement éventuel des lectures sur suppports électroniques, le modèle économique mixte attire les magazines consacrés aux livres, chacun visant son segment particulier : la non-fiction"l'actualité par les livres du monde" (Books Mag), les romans (Service Littéraire, "le magazine des écrivains fait par les écrivains" consacré aux romans et qui se veut un "Canard Enchaîné culturel") ... pour ne citer que les très récents. 

    En suivant ces innovations hardies, à contre-courant, on pense à cette remarque de Stendhal dans Le Rouge et le Noir (II, XI), digne de Mandelbrot : "Quelle est la grande action qui ne soit pas un extrême au moment où on l'entreprend ? C'est quand elle est accomplie qu'elle semble possible aux êtres du commun." En gestion, seul le réalisé prouve le possible ; le non réalisé ne prouve rien, et surout pas l'impossible. Donc, suivons l'avenir de cette initiative.

    jeudi 18 septembre 2008

    Presse écrite : Etats généraux et doléances particulières


    Mise à jour 2017. A télécharger : ICI
    Un Président de la République a convoqué des Etats généraux de la presse écrite (octobre 2008). Mais où sont les "Cahiers de doléances" dans lesquels même Chateaubriand voyait, pour ceux de 1789, "un monument précieux de la raison en France" ?
    Que pense le Tiers Etat de la presse ? Qui entend les vendeurs, les kiosquiers, les localiers, les médiaplanners, les journalistes, les graphistes, les clients, les lecteurs, et, au fin fond de ce Tiers, les non lecteurs ? Qu'en sait-on ? Pas grand chose. Où le "Tiers Etat" de la presse s'exprime-t-il ? On aura les cahiers des "corporations", ceux de la Noblesse et du Clergé des médias, mais pas ceux du Tiers...

    Que sait-on de la relation des lecteurs à la presse ?
    • On dispose des audiences, certes, déclarées. Mais seuls quelques titres voient leur lectorat mesurés : quelques centaines sur quelques milliers.
    • Quelle relation aux contenus, au style des contenus (mise en page, ergonomie de la lecture et du feuilletage, format) : les études Vu-Lu ("eye tracking") sont rares, souvent rudimentaires. Comment la relation aux contenus (rédactionnels, publicitaires) évolue-t-elle selon les générations, les formations ? Qu'est-ce que l'attention, la mémorisation ? Qu'est-ce qui et retenu ?
    • Quid de la commodité matérielle ? Les "gratuits" sont tendus aux passants, aux voyageurs, qui ne font pas la queue, ne cherchent pas le titre, n'attendent pas leur monnaie. Comme beaucoup de produits, la presse connaît désormais plusieurs modalités d'accès, de distribution. Si un mode d'accès ne chasse pas l'autre, il faut organiser la relation, la conjugaison des modes de distribution (site, web, papier, appli tablette ou smartphone, eBook). Comment certains lecteurs effectuent-ils déjà cette combinaison, selon les types de titres, de contenus ? Et les annonceurs ? Comment s'optimise un plan multisupport d'un même titre ? Sur quelles données fonder et vérifier ce travail média, sur quelle durée ?
    • Ce sont là de premières doléances : à moins d'ouvrir un tel chantier de recherche, il n’est pas de diagnostic crédible, seulement des opinions, colportées par les porte parole patentés, doxosophes de service.
    Presse invisible ? Pas vue, pas lue !
    Que sait-on des occasions de voir la presse, au moment précis où l'on peut l'acheter (commodité encore) ? Il manque à la presse un indicateur de distribution qui serait l'équivalent de l'initialisation en télévision. Géographie vécue des points de vente, des horaires de distribution. Comment la presse doit-elle organiser sa visibilité ? Pas seulement ponctuellement, le temps d'un lancement, mais dans la continuité, au jour le jour. Pas seulement sur le point de vente. Partout. Tout le temps. Là aussi où sont les non lecteurs. cf. La presse invisible.
    Deuxièmes doléances.

    Presse introuvable ?
    La presse crée et fournit des contenus, à foison, à qui en veut, en demande. Des histoires, de l'histoire, des conseils et des guides en tout genre pour acheter, cuisiner, lire, décorer, réparer, se soigner, épouser la mode, voyager, rêver du prince charmant ou se moquer des people du jour, apprendre à dessiner, à programmer, à tricoter ... Cf. Lire la presse, c'est pour faire.
    La presse innove à jet continu : plus de 600 nouveaux titres par an, deux fois plus de hors séries. Source : base de données MM, 38500 titres, février 2018). Entrez dans un point de vente et, peu importe le jour, demandez les titres nouveaux de la semaine, les Hors Séries du jour...

    Toute cette richesse est bien cachée :
    • Dans les points de vente même, où l'innovation et la diversité sont peu évidentes, faute d'espace sur les linéaires, de vitrines...
    • Dans les agences média où l'on s'en tient aux quelques dizaines de grands titres bien servis en statistiques par les études de références et les commodités progicielles, grâce aux régies dominantes qui offrent aussi leurs titres aux médiaplanners.
    • Dans les médias (radio, TV) et sur Internet où les titres, pillés souvent, cités rarement, découpés menu, sont dispersés à tous les vents de la toile et des ré-agrégateurs dits sociaux. Copiée / collée, la presse sert de matière première aux autres médias et à de nombreux travaux universitaires (histoire, science politique, etc.).
    • Sur le Web où la mise en avant est encore simpliste faute d’outils de ciblage suivant les comportements langagiers : car chaque titre parle une "langue de spécialité"- plus qu'un sociolecte, un idiolecte - et les indicateurs linguistiques sont plus efficaces que les indicateurs sociodémographiques (cf. les travaux de Weborama) : la socio des mots plutôt que la socio-démo. Seule une socio des mots peut produire une sémantique ou, plutôt, mais le terme n'et plus en faveur, une sémiologie ("science qui étudie la vie des signes au sein de la vise sociale", disait Saussure).
    Voilà longtemps que la presse et ses points de vente sont confrontés aux paradoxes de la "longue traîne" : une offre abondante et variée pour une demande dispersée et pointue (loi Bichet). Des centaines de titres spécialisés, précis, minutieux, détaillés approfondissent une région, une passion, un métier, une affinité élective... Tout y est : les loisirs numériques et créatifs, le bricolage, de la maison à la voiture, de l'ordinateur au jardinage, l'apprentissage du métier d'enfant et du métier de parent, l'art d'être téléspectateur et internaute, pêcheur à la carpe, footballeur, touriste, fan de, philosophe, randonneur à pied, à cheval ou en voiture… Quels contrats de lecture !
    La presse est disponible au coin de la rue, sans effort technologique, à tous les prix. Pourtant, paradoxalement, elle est souvent invisible, introuvable. Or la leçon première d'Internet, en acte, c'est le moteur de recherche qui la donne : trouver rapidement ce que l'on veut, sauter de trouvailles inattendues en recherches. La télévision y travaille, un peu et plutôt mal (guides de programmes interactifs, applis), mais la presse n'a pas encore trouvé son moteur de recherche.
    Troisièmes doléances.

    dimanche 3 août 2008

    La loi Bichet, façon Walmart

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    MediaGuardian.co.uk (le site du quotidien anglais) publie un mémo interne adressé par l'enseigne de distribution Asda, filiale de Walmart depuis 1998 (Asda a racheté Sainsbury's en 2003) aux magazines anglais qu'elle distribue. Ce document envisage, comme base de discussion, une nouvelle forme de rémunération du distributeur pour les linéaires presse dans ses magasins : troquer cet espace contre des pages de promotion / publicité ou de couverture éditoriale (editorial / advertising space) gratuites.

    Erreur commise par un débutant, selon le communiqué de Asda ! Le mémo prévoit aussi, outre la rémunération du mètre linéaire ("space contribution"), un bonus indexé sur les ventes (2% trimestriel), une compensation en cas de ventes inférieures aux prévisions ( "hurdle rate"), etc. Asda demande aussi aux titres de mettre en place des "linksaves" incitant le client à tester avantageusement un autre produit (avec réduction de prix, etc.).

    Bien sûr, les groupes de presse crient qu'on leur fait outrage. De son côté, Asda rappelle au Guardian qu'établir une "liste de souhaits" comme point de départ avant une négociation est une procédure normale : "The email sets out a number of proposals aimed as a starting point to begin discussions. As with any negotiation, both parties have a wish list which will quickly change as middle ground is sought and an agreement that suits both parties is found."

    Au-delà des discours d'usage, ce mémo doit donc être interprété comme un acte manqué révélateur de l'inconscient de la grande distribution, de la manière dont serait traitée la presse en l'absence de toute législation ou réglementation spécifiques.
    Ce courrier, merveille de clarté (ce débutant a de l'avenir !), constitue une invitation à distinguer et calculer l'impact des législations européennes en matière de distribution (en France, la loi Bichet). Cette "wish list" est tout un programme.

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    jeudi 1 mai 2008

    L'espace et l'image de la presse







    La presse a un problème d’image, et d'espace. Gratuite, elle déborde quotidiennement des poubelles du métro, s’entasse à l’entrée des universités. Piétinée, abandonnée sur place.
    Dans les points de vente spécialisés, sur des linéaires souvent encombrés, des centaines de magazines s’empilent, attendant la relève et le chaland fouineur. Trop rares occasions de voir ! Malgré tous les efforts du réseau de vente (exemple : la "certification merchandising" des diffuseurs par les NMPP, en cours), une extraordinaire richesse reste méconnue, invisible. L’esprit de la loi Bichet (loi qui fonde le droit à la distribution depuis 1947) doit être mieux défendu : la liberté de la presse et de sa diffusion (son fameux Article 1), c’est aussi la capacité d’être vue et feuilletée avant d’être lue. Offrir impartialement des occasions de lire !
    La presse a besoin d’espace pour être vue afin d'être lue. A-t-on déjà conduit des études Vu-Lu (ou plutôt Vu-Feuilleté) sur le point de vente pour les titres distribués ? A quoi rime le droit de distribuer sans le pouvoir d’exposer ? Et que l'on nous épargne le topo, fort suspect, sur une nécessaire réduction du nombre de titres distribués (à ne pas confondre avec le légitime "plafonnement des quantités"). Pour faire plus d’un heureux, il faut plus d’un journal !
    Il arrive que la presse prenne toute sa dimension, que lui soit donnée l’occasion d'exposer sa profusion. Par exemple.
    • Premier cas. Quand la presse magazine est présentée dans l’environnement commercial qui lui convient. Affinité spatiale, logique : la presse maison et bricolage dans les magasins de bricolage et décoration, la presse de beauté dans les parfumeries, près des linéaires de maquillage, la presse de glisse dans les magasins vendant rollers et planches… Quelques titres seulement, voire tous les titres du secteur (et l’on retrouve l’esprit de la loi Bichet) mais dans un environnement favorable. Ciblage parfait qui ne peut que convaincre les annonceurs de ces titres, captifs ou non.
    • Deuxième cas. Quand la presse fait salon. Il est des lieux de détente, de rencontre et de socialisation où la presse trouve sa place, où elle est mise en valeur : certains cafés, par exemple. Où elle participe de l’attente, de la flânerie, de la rêverie. Où le lecteur qui feuillette est bien vu (N.B. l'audience qui "feuillette"dans le point de vente est prise en compte par les études de lectorat).
    Voici (cf. photos en tête de ce post) deux illustrations américaines. Le News Cafe avec terrasse le long d’une grande rue passagère (Miami, Floride), et un café plus modeste dans un centre commercial (mall) de la même agglomération.
    En revanche, photo ci-contre (prise aussi au téléphone, mal éclairée), l'avertissement donné aux clients d'un point de vente de l'Est de la France : sur l'affiche jaune, en haut du présentoir, on lit : "Réservés à la vente // Pas à la lecture".
    Opposition édifiante de deux modes d'exposition.
    On peut songer aux cabinets de lecture d’autrefois, « boutiques à lire » (cf. le beau travail de Françoise Parent-Lardeur, Lire à Paris au temps de Balzac). Mais, pour aujourd'hui, on devrait d'abord penser au renouvellement du marketing de la presse dans des points de vente qui pourraient être aussi des lieux de vie, d'aventure intellectuelle et de curiosité.
    Dans le cadre de la réflexion sur l’évolution de la presse, les éditeurs et la distribution devraient repenser la publicité sur les points de vente et d'abord autour : à quoi riment ces affiches enchaînées devant le magasin (cf. photo de gauche au bas de ce post), inesthétiques voire vulgaires (on est sur le chemin d'écoles maternelle et primaire), que le point de vente se voit imposer contre une rémunération parfois humiliante (espace accordé par la mairie) ? Tout le merchandising doit être revisité par les nouvelles technologies. Par exemple, quelle place donner aux écrans dans cet univers (cf. tout au bas de ce post : un distributeur de presse quotidienne avec écran numérique, dans un point de vente près de Boston), comment optimiser la circulation des clients, les rapides et les flâneurs, quel rôle confier à la vitrine (en connaît-on l'efficacité ?), quelle place pour le Wi-Fi, quelle efficacité des linéaires, des présentoirs ?

    Il faut des lieux efficaces pour des acheteurs pressés, décidés, et d’autres propices aux lectures rêveuses, heureuses, suscitant un achat d'impulsion lente. Des lieux mixtes aussi. La variété et la qualité des modes d'exposition sont une dimension de la liberté de la presse, liberté vécue au jour le jour. Elles constituent aussi une riposte dans la concurrence entre médias alors que la télévision s'apprête à la portabilité et s'infiltre dans tous les lieux de vie hors des domiciles (cf. notre post ci-dessous : "la télé n'est plus seulement au salon"). Elles participent enfin de l'ambiance de la ville et de la rue.