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mercredi 22 juin 2022

Un authentique roman policier de la Silicon Valley: Theranos

 John Carreyrou, Bad Blood. Secrets and Lies in a Silicon Valley Startup, Vintage,  New York, 341 p. Index, 11,45 $

"Fake-it until you make-it culture"! Peut-être ou peut-être pas ! Cette histoire aura coûté un milliard de dollars à l'ensemble des investisseurs de Theranos dont ce livre raconte les mésaventures. Du début à la fin, cela aura duré 14  ans, de 2004 à 2018. Elizabeth Holmes, la créatrice, a 19 ans lorsqu'elle abandonne l'université en 2003, sans diplome (dropout), pour créer Theranos. En 2022, elle est condamnée (20 ans de prison) et la société est liquidée.

C'est, en fait, un véritable roman policier que l'auteur a réussi à rédiger, sans doute involontairement, mais on est pris jusqu'à la fin par son enquête, sa finesse, et l'entêtement professionnel du journaliste. Car même si l'on sait, dès le début, comment cela se termine pour les principaux acteurs de l'histoire, plutôt mal en l'occurrence, les lecteurs sont tenus par les détails et les mouvements de l'intrigue, par ses multiples rebondissements. Pourtant il n'y a pas de quoi s'inquiéter, il ne s'agit que du travail d'enquête d'un journaliste ! Oui, mais quel travail lorsque le travail est bien conduit ! Il faut dire d'abord que l'ambiance dans l'entreprise dont le journaliste analyse les événements est lourde : des employés sont virés sans préavis, Theranos fait prendre des risques à ses usagers, et le secret est partout... Les tentatives de Theranos pour impressionner et dissuader les contacts du journaliste furent d'ailleurs nombreuses et Theranos aurait sans doute pu fonctionner encore longtemps sans cette enquête.

Beaucoup de témoins importants sont convoqués. Certains ont reçu la fondatrice à de multiples reprises, tel Rupert Murdoch, le patron de News Corp., qui a investi plus de 100 millions de dollars, eut l'honnêteté de refuser d'intervenir pour contrôler l'auteur du livre, pourtant journaliste travaillant pour l'un de ses médias, Wall Street Journal ("a tabloïd magazine" comme se permettra de le qualifier Elizabeth Holmes). On peut noter les frères Walton (de Walmart), le président de Cox Entertainment, une ministre, Betsy DeVos (Department of Education du Président Trump), chacun y laissa une centaine de millions de dollars. La famille Clinton, la mère, alors candidate au élections présidentielles, est aussi présente dans les rencontres d'Elizabeth Holmes. Joe Biden, en juillet 2015, il est alors vice-président, visitera aussi Theranos : on lui montrera un faux labo et il n'y verra que du vrai. Pourtant tout était faux.

La créatrice imitait délibérément le patron de Apple, comme lui elle s'habillait de noir ; elle fit appel à la même agence de publicité ("Apple envy" !),  prenait une voix grave... Un ancien professeur de Stanford, sans doute ébloui, la compara à Newton, Einstein, Mozart, Léonard de Vinci ! Theranos avait le culte du secret et faisait signer des "non-disclosure agreements" à ses employés ; ceux-ci n'avaient pas le droit d'indiquer Theranos sur leur profile Linkedin, pas le droit non plus d'utiliser Google Chrome (Theranos prétendait craindre d'être espionné par Google !). En 2013, Theranos passa un accord de partenariat avec Walgreens pour des prises de sang dans les magasins (la collaboration cessera en juin 2016, et Walgreens entamera alors un procès. Le board de Theranos comptait nombre de personnalités : Henry Kissinger, George Shultz, etc. La société compta jusqu'à 800 employés, avant d'être liquidée, finalement.

Après avoir lu ce livre, un vrai documentaire ou un roman policier, vous ne lirez plus les promesses des entreprises qui vous assurent la santé, le sommeil, le bonheur, avec tranquillité. Mieux vaut savoir ce qu'il en est vraiment. Comment ? C'est là que les médias ont un rôle à jouer. Le jouent-ils correctement, honnêtement ? Pas vraiment. Ils se répètent les uns les autres, ils interviewent les acteurs de la pièce, contribuant à leur notoriété, sans se soucier de la réalité. Quand, aujourd'hui, on parcourt la revue de presse de Theranos, on est affligé. Car ce n'est pas à une pièce de théâtre que l'on a assisté, c'est le vrai monde. A quelques exceptions près, la presse n'a pas fait son travail, sauf Wall Street Journal qui fut d'ailleurs menacé, en vain, par Theranos.

samedi 4 octobre 2014

Audience numérique des journaux américains : mobile d'abord

Répartition des lectures numériques

L'audience numérique des journaux américains s'accroît = +18% en un an pour les internautes de plus de 18 ans. Les segments démographiques qui augmentent leur lecture de presse en ligne sont d'abord des segments féminins. Parmi les 18-24  ans (72% d'audience cumulée mensuelle) et les 25-34 ans (92% d'audience cumulée mensuelle), ce sont les femmes qui dominent (Source : Newspaper Association of America, comScore, 29 septembre 2014, 300 journaux mesurés).
A partir de 24 ans, l'audience numérique décline avec l'âge et la génération ; le segment 18-24 ans est en très forte croissance, surtout chez les femmes (+38%).

N.B. Rappelons qu'aux États-Unis, la presse quotidienne est presque exclusivement locale ou régionale ; on ne compte que peu de titres nationaux d'envergure hors de US Today (généraliste) et The Wall Street Journal (économie, finances).

Les lectures mobiles accentuent cette tendance (l'enquête dichotomise : desktops / laptops, d'une part, mobiles, d'autre part (tablettes et smartphones). La lecture sur desktop / laptop diminue (-14%), la lecture exclusive sur mobile augmente de 102%, la lecture hybride (tout appareil mobile) augmente de 48%. Globalement, les lectures sur appareils mobiles l'emportent sur celles qui sont effectuées sur ordinateurs. L'équipement des ménages américains en smartphones et tablettes va certainement renforcer cette tendance.

Voici donc de très bonnes nouvelles pour la presse quotidienne américaine. Tout d'abord, le numérique, loin de la condamner, va la sauver. En effet, les lectures numériques entraînent un rajeunissement de l'audience globale, et sa féminisation.
Reste à mettre en place les outils de monétisation publicitaire de cette audience de plus en plus mobile. Un travail s'impose de construction de segments de consommation (cibles) ; nul doute que l'exploitation de la data très riche que réunit cette presse le permettra, data allant bien au-delà du démographique et incorporant le géographique, le contextuel, le comportemental, etc. Cette data enrichira également la stratégie du travail journalistique.
La presse américaine est de plus en plus un média numérique.

mercredi 12 décembre 2012

The tablet as a perfect gift

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Of course, it makes perfect sense for Google to give a nexus 7 to households who subscribe to its Google Fiber in Kansas City, since the tablet is going to be used as a remote control for the television set. It is also an opportunity to test and find out who uses it, when and what for, who doesn't, etc. And of course, this tablet is a Google tablet (android).

Magazines and newspapers follow an old promotional path. In the past, with a subscription you might receive a radio, a CD player, a calculator or a clock, etc. Now it is the time of the tablet. In early 2012, for a yearly subscription to The New York Times there was a Nook tablet (Barnes & Noble). Now The Times proposes a Google nexus 7 to new subscribers (18 months / $28 a month) at a very reduced price (£50 instead of £199). The Financial Times (Pearson) offers nexus 7 to its digital subscribers (12 months at $48 a month, in the US). An FT app is - of course - preloaded. Do manufacturers help cover part of the gift? In French-speaking Europe, Le Soir, Les Echos (iPad mini), La Montagne, Le Progrès, Le Figaro (Arnova7 Archos) and now (March 2013) the local papers (Le Télégramm) also propose a tablet.

According to buzz from Santa's helpers, his sleigh is full of tablets. But no idea if there are newspaper or magazine subscriptions that come with them. Doubtful.

On the other hand, The Wall Street Journal (News Corp.) does not seem to need to sell tablets to convince people to subscribe.


dimanche 8 mai 2011

La presse, ça marche si...

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Les revenus du Wall Street Journal sont en hausse, quand toute la presse quotidienne américaine est à la baisse. Les revenus de la diffusion papier et la diffusion numérique (circulation revenue) ont augmenté, les revenus publicitaires (ad revenue) afférents également. Cf. Communiqé du PD-G de Dow Jones.
Quelles hypothèses explicatives peut-on proposer ?
  1. C'est un quotidien spécialisé (économie, finances), les autres sont généralistes. Son lectorat est composé de décideurs, de professionnels et dispose d'un pouvoir d'achat élevé.
  2. Son contenu rédactionnel est moins courant, moins disponible ailleurs sur le Web gratuit ; il est plus approfondi, plus crédible (enfin, c'est ce que l'on peut croire).
  3. Souvent, c'est l'entreprise qui paie l'abonnement professionnel au WSJ (perk) ou bien il est inclus dans les déductions fiscales.
  4. L'éditon numérique est payante, depuis toujours. Le groupe News Corp., lors du rachat du titre, avait envisagé le passage de WSJ.com au tout gratuit : il s'en est bien gardé.
En résumé : le WSJ est peu interchangeable avec d'autres supports d'information quotidienne, il est plus crédible (image), et rien n'y est gratuit. Le lecteur paie.  

mardi 23 novembre 2010

Sport local, sport national

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Le câblo-opérateur américain Comcast (MSO) met en place des éditions régionales numériques (PC, Mac, iPhone, iPad) en collaboration avec SportingNews TODAY dans la dizaine de régions où Comcast Sport Group dispose de chaînes de télévision sportive Comcast SportsNet (CSN) : Philadelphie, Baltimore, Californie, San Francisco, Chicago, Nouvelle Angleterre, New York, Nord-Ouest, The Mountain, Washington D.C.
L'abonnement mensuel à cette version quotidienne en ligne sera vendu 3,99$ contre 2,99 pour l'édition strictement nationale.
The National en été 1990
La régie locale sera assurée dans chaque région par Comcast Sports Group et la régie nationale par SportingNews.
  • Les médias nationaux de toutes sortes poursuivent leur progressive localisation. Plus que tout autre contenu, le sport se lit en deux dimensions, locale et nationale, épousant la logique commerciale de la plupart des annonceurs dont l'image de marque est nationale et la distribution locale. ESPN (Disney / ABC) a déjà lancé des éditions régionales de sa chaîne dans les principaux DMA : New York, Los Angeles, Boston, Chicago, Dallas.
  • Sporting News TODAY se vante d'être "the world's only daily sports magazine" : 365 jours par an, 30 pages d'information sportive. Il aura fallu attendre le numérique pour que se développe aux Etats-Unis une presse sportive quotidienne nationale spécialisée. Celle-ci n'a jamais pu trouver son modèle économique avec le support papier malgré la qualité unanimement reconnue de la dernière tentative, The National Sports Daily. The National n'aura tenu qu'un an et demi, de janvier 1990 à l'été 1991, pour n'avoir pas réussi à couvrir le sport local dans les délais adéquats (les horaires des fins de matchs retardaient trop le bouclage et se trouvaient incompatibles avec ceux de la distribution). The National utilisait les infrastructures du Wall Streeet Journal pour l'impression et la distribution. 
  • Sporting News publie une édition papier, Sporting News Magazine, mais bi-hebdomadaire.

mercredi 3 novembre 2010

News Corp. et Rubicon

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Alea jacta est. Un groupe média franchit le Rubicon. Le jeu de mots est facile et ne vaut pas cher, je le concède. Pourtant, il marche bien. News Corp. vient d'échanger la régie Internet de ses sites (Fox Audience Network, FAN) contre une participation dans Rubicon Project. S'associant à Rubicon, News Corp. ajoute des technologies de place de marché à ses régies.
News Corp. rejoint le camp des éditeurs qui dénoncent les serveurs de publicité (ad servers) et les réseaux publicitaires (ad networks) : le Manifesto de Rubicon est clair sur ce point. La philosophie de cette union est conservatrice : restaurer le poids de certains éditeurs, détenteurs autoproclamés de contenus "premium", ne concevant Internet que comme un média secondaire, complémentant des médias nobles.
Ce franchissement est symbolique, cohérent avec l'enfermement des sites de presse du groupe News Corp. derrière des octrois et la campagne récente du Wall Street Journal (racheté par News Corp.) contre les identifiants uniques (cookies). On peut y lire une réaction contre l'esprit d'ouverture, de gratuité, de liberté et d'égalité qui préside au développement d'Internet. Derrière un comportement de rationalisation technologique de l'activité de régie se profile un comportement réactionnaire, au sens strict du terme.
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jeudi 14 octobre 2010

Rentrée universitaire gratuits

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Comme dans beaucoup d'universités et d'écoles, on trouve, chaque matin, à l'entrée de Dauphine des piles de journaux et magazines mis à disposition gratuitement. Quels titres ? Voici le résultat d'un peu plus d'un mois de relevés mis à jour durant l'année universitaire.
Ce post a été revu, complété et corrigé avec des étudiants de Master de Communcation Intégré. Certains de leurs commentaires, qui n'engagent qu'elles /eux, sont cités à la fin du post.

Inventaire
Une douzaine de titres sont présents à partir de la mi-septembre, la plupart d'entre eux déposés entre 7 et 9 heures. A la douzaine de titres régulièrement présents s'ajoutent des titres irréguliers, présents de temps en temps. Certains de ces titres "gratuits" sont vendus également dans le kiosque, à quelques mètres de là.
  • Des quotidiens payants 
    • Les Echos
    • Wall Street Journal (Europe)
    • Libération
    • La Tribune
    • France Soir
    • L'Equipe
    • Le Figaro
    • Le Monde (de la veille)
    • La Croix
  • Irrégulièrement, s'y ajoutent des périodiques payants, en petites quantités 
    • L'Equipe Mag
    • Be
    • Femmes actuelles
    • Stratégies
    • Paris Match
    • Management
    • Le Journal des Finances
    • 01 Informatique
    • Les Afriques
    • L'Agefi Hebdo
  • Des quotidiens gratuits
    • Direct Matin
    • 20 Minutes
    • Metro
  • Des périodiques gratuits, en fonction de leur périodicité
    • FUSAC ("English speaking resources and contacts")
    • Campus Mag, grauit des universités ("le magazine des années étudiantes")
    • A nous Paris
    • Le Petit Juriste ("fait par les étudiants pour les étudiants")
    • L'Etudiant autonome (journal d'information étudiant)
    • Le Monde campus (supplément au quotidien)
    • Grandes Ecoles Magazine
    • ZOO (magazine culturel sur la BD et les arts visuels)
    • Zoom Japon
    • La Grande Epoque (The Epoch Times)
    • Recrut.com (Le bi-media au service de l'emploi)
L'offre gratuite est large, diverse (une trentaine de titres). Le rythme de "disparition" des exemplaires est significatif des attentes et des intérêts des étudiants. Les magazines "féminins", quand il y en a, disparaissent les premiers. Sans sur-interpréter ces données, quelle information peut-on tirer de l'observation de ce "marché" gratuit, qui neutralise les effets du coût et de la commodité (pas de déplacement, pas de queue pour payer) ?
  • Des indications de ciblage : une même personne peut vouloir Be et Wall Street Journal. 
  • Pour un public qui a fait de l'anglais durant presque toute sa scolarité, et qui se spécialise en sciences de gestion, Les Echos et Wall Street Journal sont dans le même ensemble de considération. Le rendement scolaire avantage le second. Un jour prochain, la presse spécialisée de certains secteurs pourrait laisser sa place aux titres en anglais. 
  • Aucun titre en espagnol, en arabe ou en allemand, ni bien sûr en chinois ou en japonais (pourtant, l'INALCO- Langues O - est présent dans l'immeuble). 
  • Gratuits et payants sont placés par ce marché au même niveau d'offre ; les "gratuits" partent un peu moins vite, entre autres parce qu'ils ont déjà été lus dans les transports en commun.
  • Ce kiosque improvisé en self service constitue un observatoire des pratiques de presse plus véridique, quant à certains aspects, que les enquêtes déclaratives : bon terrain pour des tests ?
En étant présente ainsi dans les universités, la presse cherche à conquérir et fidéliser un lectorat jeune, mixte et diplômé (bientôt !) alors que se forment leurs habitudes média. La majorité d'entre ces étudiant(e)s seront cadres en entreprises, certain(e)s, comme beaucoup de leurs aîné(e)s en entreprises de communication et de publicité.

Commentaires d'étudiant(e)s du Master de Communication Intégrée

Camille Allard
Parmi les titres distribués, il y a également Stratégies assez régulièrement, mais depuis peu de temps. De mémoire, nous avons aussi le droit à d'autres titres de manière plus sporadique tels que the Herald Tibune ou El Pais. J'ai aussi déjà aperçu Le Parisien. 
Etant inscrite à Dauphine pour la 6e année déjà, j'ai pu voir évoluer l'offre. Elle est devenue à la fois plus large mais aussi plus aléatoire. Certains titres sont présents depuis bien longtemps et de manière régulière. D'autres "réguliers" sont apparus assez récemment (comme La Croix présent depuis 2 ans seulement). Des titres peuvent n'être distribués que très ponctuellement (à ma connaissance Be, Marie-Claire). La combinaison de deux éléments déclenche le "désintérêt" des étudiants :
  • Les titres sont distribués en très peu d'exemplaires : une centaine d'exemplaires pour une fac qui regorgent d'étudiants mais aussi de thésards, de profs, de personnel et d'intervenants. Les piles des titres les plus plébiscités partent donc très rapidement.
  • Les titres sont distribués tous les matins entre 7h et 8h30, il ne sont disponibles que pour ceux qui arrivent tôt. Or les étudiants ont des rythmes de cours très très irréguliers si bien que se met en place une heuristique de décision : "les seules titres toujours disponibles à tout moment sont 20 minutes et metro pour lesquels l'accès est facile." Le réflexe de consulter l'offre disparaît car son intérêt diminue. 
J-H 
Il est vrai qu'il reste souvent plus de gratuits, cependant les journaux qui sont sortis et lus pendant les cours (notamment en amphi) ou en pauses sont bien plus souvent des gratuits que des payants. Je ne sais pas si cela présente un intérêt mais on peut ainsi se poser la question de la lecture effective du quotidien après la prise du journal. 


Guillaume Trillat
Un phénomène intéressant vous a peut-être échappé. Tous les journaux distribués rencontrent un vrai succès... Sauf un : La Croix. J'ai pu faire ce constat également lorsque j'étais dans une précédente université, Assas Paris 2 pour ne pas la nommer. Passé 18h, c'est le seul journal qui reste. Je pense que le désamour des étudiants envers ce titre vaut le coup que l'on s interroge à ce sujet : qu'est ce qui repousse les étudiants dans la lecture de ce titre ? Est-ce le contenu ou plutôt l'image que l'on renvoie lorsque l'on lit ce titre ? C'est d'ailleurs le seul titre "communautaire" distribué à la fac. Je pense que ce titre souffre de son image de journal religieux (d'ailleurs de nombreuses pages sont consacrées au catholicisme). Un étudiant lambda essayera le plus souvent de se fondre dans le moule et de ne pas se faire remarquer et encore moins par sa religion. De plus, le nombre de catholiques pratiquants à Dauphine et qui le clament haut et fort ne doit pas être gigantesque. Mes suppositions se basent sur une constatation empirique de plusieurs années de présence à Dauphine.
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dimanche 27 juin 2010

Journalisme de la richesse ?

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Vendu à News Corp., le Wall Street Journal perdra-t-il son indépendance ? Le quotidien de la finance et de l'économie américaines semble vouloir aller au people, et donner la parole aux puissances économiques en place (the powers that be!). Péché mortel du journalisme : fréquenter les pouvoirs au lieu d'établir des contre-pouvoirs.
Chaque vendredi matin, le site diffuse désormais la vidéo (VOD) d'une interview de patrons d'institutions, d'entreprises : "The Big Interview", allusion ironique - sans doute involontaire - au roman de John Dos Passos, The Big Money. Premiers interviewés : la Présidente du FDIC, puis le "White House Chief of staff"... Don et contre-don ? La presse comme contre-pouvoir ?

Pour les "small" interviews des familles endettées, le chômage, la maladie, pour le journalisme de la misère, il y le talk show d'Oprah (et bientôt sa chaîne). "All right we are two nations", reconnaissait déjà Dos Passos, en 1936, dans "The Big Money".

Notes
  • L'inflexion de la stratégie du Wall Street Journal pourrait être de s'ouvrir à des éléments rédactionnels moins spécialisés (sport, etc.) et d'attaquer le territoire du New York Times en fin de semaine avec une section "New York".
  • Se diversifier en affinité avec son lectorat : voyages (WSJ Travel), vins et spiritueux (Wine Merchants). 

mardi 20 octobre 2009

Digital out-of-home et bureaux

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Les médias numériques se développent hors des foyers, les écrans prennent place dans les points de vente, les espaces de loisir, les vitrines, les environnements de travail. Alors que les médias traditionnels semblent avoir du mal à épouser le numérique, des combinaisons originales trouvent leur public et des annonceurs.

The Wall Street Journal Office Network (WJON) est un réseau d'écrans plats LCD (HD) placés dans 800 immeubles de bureaux (halls d'entrée, ascenseurs, lieux d'attente, etc.), dans quinze grandes villes américaines. La société qui a monté l'opération est Office Media Network ; elle associe Dow Jones & Company et Lake Capital.
Lancé en 2006, WSJON s'adresse aux employés et cadres des entreprises sur leur lieu de travail en affichant des éléments d'information extraits de l'édition en cours du quotidien économique américain ; il toucherait près d'un million de cadres chaque jour, dont beaucoup de décideurs d'achat (estimation du média WSJON). Bien sûr, une place sur les écrans est mise à disposition de l'immeuble pour l'information de "service public" : sécurité, orientation, événements qui s'y déroulent (Property Portal).
Les campagnes publicitaires peuvent être ciblées géographiquement, par type d'immeubles, associées à certains types de contenus (contextuelles). Elles peuvent recourir à des éléments vidéo (15 s) ou statiques (durée totale de la boucle : 2 mn).
Son point faible reste toutefois la mesure des audiences et des contacts qui demeure enlisée dans des enquêtes déclaratives et des estimations.

Mise à jour septembre 2013
En revanche, elle pratique le retargeting sur les ordinateurs des bureaux des immeubles avec Bizo, étendant ainsi la puissance du média et son efficacité publicitaire.

Empruntant de manière flexible à la publicité extérieure, au Web, à la TV, à la presse quotidienne spécialisée, au B2B, combinant local et national... ce média de synthèse est inclassable dans les catégories usuelles qui décrivent l'activité publicitaire des médias. Son succès souligne combien la réussite numérique des médias anciens passe par une remise en chantier des modes traditionnels de distribution, de mise à disposition de l'information et de l'action publicitaire.
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dimanche 1 février 2009

Football superball :100 000 dollars par seconde


Chaque média a ses baromètres. La TV grand public américaine a le Super Bowl.
Les networks se le repassent d'une année sur l'autre. Cette année, c'est le tour de NBC. Le revenu publicitaire total net déclaré pour ce dimanche d'hiver 2009 : 261 millions de $ (inclut le pregame). Les spots de 30 secondes de la finale NFL auraient été vendus 3 millions de $ (pour une audience foyers assumée de 42,4%), les premiers vendus du moins ... les derniers, en janvier, peut-être moins. Tarif moyen en hausse (+10% ?). 84 messages, 45 mn de publicité durant la finale (Source : TNS). Succès considérable : dont Obama profite en donnant une première partie d'interview pendant le pregame. L'audience est légèrement supérieure à celle de l'an passé : 98,7 millions de personnes (2+, au lieu de 97,5).
Selon comScore, 41% des téléspectateurs ont utilisé Internet durant la retransmission, 15% ont visité un site d'annonceur.

Comme chaque année, cette finale de football est aussi une finale de création publicitaire pour les 32 annonceurs du match. Les spots sont visibles aussi sur Internet: NBCsports.com, Superbowl.com, Hulu.com (joint venture de Fox et NBC)), certains sur YouTube, voire sur le site des annonceurs (GoDaddy, qui a deux spots en finale, les diffuse en version plus osée durant la finale, sur Internet). Sur Hulu (qui est également annonceur), les messages du Super Bowl sont précédés de messages publicitaires (pre-rolls) ! Quand la pub est précédée de pub, ce n'est plus de la pub : les messages du Super Bowl ont changé de statut, pour devenir des contenus comme les autres.
Des sites appellent à élire les meilleurs messages (AdBowl.com), USA Today, le quotidien national publie un Ad Meter (depuis 1989) et même The Wall Street Journal invite ses lecteurs à voter  (le quotidien financier se déspécialise : à quand l'horoscope ? Effet Murdoch ?).
Des annonceurs ont ajouté Twitter à leur plan média, pour entretenir la propagation de leur effet et évaluer les réactions des téléspectateurs.
En comparaison, il saute aux yeux que l'Europe n' a pas réussi, à l'occasion des finales de football ou de rugby, à donner un tel tremplin à sa création publicitaire. Tremplin de Prix.

Peut-on en conclure que pour la TV grand public, tout va bien ? On peut certes en conclure que, récession ou pas, les événements qu'elle capture restent indispensables pour construire de très grands événements publicitaires. Leur puissance est remarquable.
Pourtant, l'optimisme doit être tempéré
  • C'était déjà comme cela l'an prochain, il y a deux ans... Le format des retransmissions ne change guère. Triomphe de la régularité, confort d'une prédictibilité un peu ringarde (cheerleaders, hymne, uniformes de cirque, etc.). Le risque d'inertie n'est jamais loin. 
  • Ce qui gagne avec le Super Bowl, c'est le football et sa fédération (NFL). Pas la chaîne. Petit à petit, la NFL s'émancipe, créant son site, sa chaîne, etc. Un jour elle n'aura plus besoin des networks. Ceci vaut également pour les compétitions européennes de football et de rugby : le numérique libère le sport.
  • Pour les annonceurs du Super Bowl, l'innovation  est surtout l'affaire d'Internet, bien peu de la télévision, bien peu du sport. Internet étend indéfiniment le terrain de jeu publicitaire et créatif : le coût d'opportunité de l'innovation, donc du risque, y est faible. A l'inverse, structurellement, la TV grand public craint le risque donc l'innovation. Aversion paralysante.

dimanche 30 mars 2008

Le taux d’intérêt de la presse


Le Wall Street Journal n'était pas encore acheté par News Corp., à l'automne 2007, que l'on trompetait déjà que la partie payante du site (plus d’un million d’abonnés) serait bientôt gratuite. Début janvier 2008, marche arrière : elle reste payante et plus chère (119 $, et 59 $ pour les abonnés à la version papier- écart qui laisse présumer de la valeur ajoutée de l'édition en ligne). On annonce des extensions gratuites (sport, politique politicienne, etc.), des ouvertures au gratuit (opinion, interviews vidéo, éditoriaux), peu importe, le modèle économique mixte reste en place. 
Quel raisonnement préside à ce revirement, outre le bon sens gestionnaire puisqu'un modèle mixte est moins vulnérable aux aléas du marché publicitaire ? Abordons plutôt la question sous l'angle du mediaplanning.

Le payant est doublement payant : il est signe d’un meilleur taux d’intérêt des lecteurs, d’où la valeur primordiale accordée en mediaplanning à la Diffusion Payée). La Diffusion Payée situe un lectorat primaire (qu'il faudrait plutôt appeler "premier", comme "primary"), qui a décidé de lire, et pour cela, d’acheter. Les lecteurs qui paient ne sont ni des lecteurs «en passant» ni surtout des passants qui lisent ; ils ne sont pas de ceux que Nietzsche appelait "les oisifs lisants" (je traduis littéralement "die lesenden Müßiggänger", que d'autres traduisent "ceux qui lisent en badauds"). Lecteurs engagés. Coeur de cible que recherchent annonceurs et mediaplanners, car il garantit la justesse de l’achat média.
Faire payer les lecteurs, leur proposer des contenus dont ils ont besoin, c’est les convaincre d’investir (les lecteurs mettent leur argent où il voient leur intérêt, il font, dans les deux sens de l’expression, crédit au média, crédit renouvelé, numéro après numéro). C’est aussi assurer une valeur supérieure à ces lectures et aux espaces publicitaires qu’elles découvrent. De plus, quand les lecteurs sont abonnés, il ont confié au titre des informations pertinentes que la régie peut utiliser (opt-in) pour leur proposer en plus des informations commerciales adéquates.
Cercle vertueux : le payant est payant car le payant valorise l’espace publicitaire.

Pour instruire plus avant cette affaire, prêtons attention à une décision récente de l’organisme d’audit de la presse américaine, ABC (Audit Bureau of Circulation, équivalent européen de l’OJD). L’ABC a décidé que sera considéré comme contribuant à la Diffusion Payée (paid circulation, DFP en France), tout exemplaire acheté, quelle que soit la part du prix facial payé (c’est déjà la cas pour les magazines). Jusqu’à présent, un quotidien devait indiquer pour le rapport d'audit la part des exemplaires payés au moins 50% de leur prix facial et la part entre 25 et 50%. A cela s’ajoutent d’autres modifications ; n’entrons pas dans les détails : retenons que la notion de payant s’étend notamment à des exemplaires que le lecteur obtient gratuitement (grâce aux compagnies aériennes, aux hôtels, aux cabinets médicaux, etc.).

C’est ainsi qu’une notion claire pour le mediaplanning, précise, qui différentiait la presse que l’on prend et que l’on paie de celle que l’on vous met en mains, s’évanouit. On a dissocié le paiement de la lecture. D'autres notions techniques indispensables chavirent en cascade : taux de circulation, lectorat secondaire (pass-along readers)... Qui audite les auditeurs ?
Revenons encore au coût de transaction : peut-on affirmer que plus un lecteur accepte un coût de transaction élevé plus il est motivé ? Ainsi pourrait-on ordonner les lecteurs : d’abord celui qui se rend dans un point de vente presse, au jour et à l’heure de sortie du titre, paie et emporte son quotidien ou son magazine, puis celui qui s’abonne pour n’en manquer aucun, jusqu’à celui, enfin, lecteur d'occasion qui n’a rien demandé et à qui l’on met dans la main un titre et l’abandonne sur place, ou encore à celui qui le reçoit malgré lui dans sa boîte aux lettres. 
Entre ces extrêmes : Internet, car on paie l’abonnement global à un fournisseur d’accès, Internet qui demande que l’on recherche le titre ou l’article, et que parfois l’on paie en confiant ses coordonnées pour recevoir une information commerciale choisie (lectorat hautement qualifié).
Bien des notions que nous avons ânonnées méticuleusement en agences média et en régies se trouvent aujourd’hui chamboulées par les nouveaux modèles économiques des médias (le modèle mixte existe aussi en radio, TV, musique, etc.). Sur quelles études fondera-t-on les nouvelles notions ? Faut-il encore distinguer "achetorat" et "lectorat", selon quelle arithmétique les combiner ? Un beau chantier à ouvrir : réparation, construction.