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jeudi 28 décembre 2023

Médias : qui les possède ?

MEDIAS français. Qui possède quoi ?Le Monde Diplomatique, Décembre 2023 (double page centrale)

Qui possède les médias ? En France ? Non ! Utilisés par les Français(e)es, non et non, les médias français, seulement les médias français ! Donc aucun des fameux GAFAM (Google, Amazon, Apple, Facebook, Microsoft) n'est concerné, ni Netflix, ni Disney, ni même Uber, mais on n'en finirait pas de lister les "ni". Alors, à quoi bon cette présentation ? On ne saura rien de Twitter (reclassé X par Tesla) ou de Gmail ou de YouTube, ou encore des nouveaux produits de l'intelligence artificielle (ChatGPT, etc.). On ne saura rien non plus des géants chinois (Baidu, Alibaba, Tencent, etc.). Alors ? 

Dans le titre, au centre du tableau, est imprimé en tout petit, "français". Ah! Il ne s'agit donc que des médias français. Les lecteurs et lectrices du Monde Diplomatique auront ainsi l'illusion qu'il existe, autour d'eux et elles, des Français et Françaises qui peuvent vivre dans la douce illusion de consommer des médias français. Ce document est "devenu un classique", nous dit-on, à apprendre en classe alors, aurait-dit un de mes profs ... sait-on jamais ? 

Mais il y aurait alors un travail - des travaux - à accomplir pour répondre à la question "qui possède" les médias utilisés par les personnes qui vivent en France. Mais plus que du graphisme, utile certes, il faut surtout mettre en place des recherches en économie, en gestion, en sociologie peut-être aussi. Et d'abord, peut-être, qu'est-ce qu'un média en 2024 ? Qui doit répondre à cette question ? La recherche universitaire en économie et en gestion, d'abord ? Peu probablement les écoles de journalisme, trop dépendantes des médias...


lundi 23 septembre 2013

La langue française, avenir des médias français ?

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La langue française peut-elle constituer une "opportunité de marché", un avantage compétitif pour les entreprises françaises de média ? Certainement, écrit un analyste financier...

Le marché intérieur français de l'anglais
Les générations récentes et prochaines auront toutes été formées à l'anglais, plus ou moins bien, généralement depuis l'enseignement primaire, soit durant une dizaine d'années, au moins. Lorsqu'il s'agit de domaines professionnels et techniques (sciences, finance, médecine, technologie, etc.), l'essentiel de l'information des cadres et techniciens est déjà en anglais et leur compétence en anglais est souvent suffisante pour y accéder (compréhension écrite, passive).
Les universités, se pliant aux demandes du marché, proposent de plus en plus de cours en anglais. Phénomène accentué par les offres des universités en ligne (comme Coursera, qui, d'ailleurs, est en cours de traduction en chinois par Guokr -  果壳...). Sur le marché de l'emploi en France, nombre de profils de postes demandent désormais un "anglais courant".
L'anglais devient langue "professionnelle" sur des marchés où se rencontrent, en un dialogue - inégal -, des anglophones (native speakers) et des locuteurs qui n'ont d'anglais que scolaire. Ainsi, par exemple, Rakuten, entreprise japonaise, en s'internationalisant, est amenée à faire de l'anglais la langue de l'entreprise.
Pour le français, la bataille de la langue professionnelle internationale semble perdue.
Cette tendance globale affecte également la consommation de divertissement. Beaucoup, parmi les nouvelles générations, téléchargent et regardent des films et des séries en anglais, joignant l'utile à l'agréable, l'amélioration de la compréhension orale et le plaisir du média. Par voie de conséquence, la compétence générale de consommation média des nouvelles générations (compréhension orale, bilinguisme passif) est de plus en plus tournée vers l'anglais. Le "français langue des pauvres", fulmine Miche Serres qui appelle à la grêve de l'anglais.
En même temps, les autres langues européennes souffrent d'une sérieuse désaffection scolaire, même si elles acquièrent des bénéfices de rareté et de distinction (allemand, russe, notamment) que n'accorde plus l'anglais. Notons qu'en Chine, on réduit la part de l'anglais et retarde le début de son enseignement.

Industrie linguistique / ingénierie linguistique
Le Web est devenu une industrie linguistique. Les moteurs de recherche, le ciblage commercial reposent essentiellement sur l'analyse du lexique, la sociologie des mots l'emportant de plus en plus sur les socio-démos, ces dernières étant reconstituées à l'aide d'analyses linguistiques reposant davantage sur des statistiques lexicales que sur des études socio-linguistiques ou sémantiques.
Le ciblage fait appel au traitement automatique des langues naturelles (Natural Language Processing), la traduction automatique aussi (AI-complete problem) : parti du test de Turing, on arrive au "deep learning" que pratiquent Google, Facebook, Baidu et Microsoft. Indispensables à l'analyse des contenus des pages Web, des réseaux sociaux ("sentiment analysis"), ces techniques d'intelligence artificielle sont essentielles. A terme, l'abaissement des barrières langagières est probable sous le coup des entreprises qui ont fait de la traduction automatique une priorité. L'avenir du français se joue-il en Chine, aux Etats-Unis ? En Europe, seule la langue russe semble résister à l'hégémonie américaine, avec, par exemple, Yandex (moteur de recherche) et vKontakt (réseau social).

La francophonie est-elle un marché d'avenir ?
Autrement dit, verra-t-on, comme l'imagine l'étude Natixis (o.c. infra), se substituer les marchés linguistiques aux marchés territoriaux ?
On compterait 220 millions de francophones dans le monde (selon l'Organisation Internationale de la Francophonie qui définit comme francophone toute personne "sachant lire et écrire en français"). Les groupes média produisant des contenus en français pourraient en tirer profit : contenus de divertissement, d'éducation, entre autres, dès lors que ces médias se numérisent. Canal Plus, Lagardère, Vivendi, notamment, sont évoqués. On pourrait ajouter Dailymotion aussi, Orange... On mentionne la croissance d'une francophonie africaine, mais quid de la présence chinoise en Afrique ?
Un anglais appauvri, devenu une sorte de koiné, souvent à base de créolisations (spanglish, chinglish, 中式英语, singlish, denglish, franglais), peut-il fonder une consommation média mondialisée ? Manifestement, oui. En tout cas, le doublage y suffit (où l'on retrouve l'ingénierie linguistique). En revanche, le français comme l'allemand et le russe gardent des atouts dans le cadre de modèles médiatiques alternatifs au modèle hollywoodien. Mais ne s'agit-il pas surtout de marchés de distinction, plutôt que de marchés de masse ? Enfin, quel sera dans vingt ans le statut du chinois et des médias numériques chinois ?


Références
Organisation Internationale de la Francophonie, La langue française dans le monde, Paris, Editions Nathan, 2010, 384 p. Bibliogr, Index.
Natixis, "La francophonie, une opportunité de marché majeure", 11 septembre 2013.
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dimanche 14 juillet 2013

Les moteurs de recherche en Chine. Une indiscutable exception culturelle

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Le moteur de recherche Baidu (百度) domine le marché chinois, le premier marché au monde pour le Web. Mais Baidu subit une attaque redoutable et a récemment vu sa part de marché s'éroder (66,4%) au profit de Qihoo 360 (360搜索) qui a dépassé 16% de part de marché (pages vues). Qihoo 360 est une entreprise d'abord spécialisée dans le logiciel (antivirus) ; elle n'est rentrée sur le marché des moteurs de recherche qu'en août 2012. Qihoo s'est allié à Alibaba (阿里巴巴), pour développer un moteur de recherche dédié au e-commerce, 360etao.com.
La part de marché de Google (谷歌) était en juin 2013 de 2%, celle de Sogou (Sohu.com, 搜狗) proche de 9% (Sogou était à vendre : Baidu et Qihoo 360 auraient été candidats), celle de Soso (groupe Tencent) de 3%.  Source : CNZZ.com, juin 2013.
Mise à jour 16 septembre 2012
En septembre, Tencent a pris 36,5% de Sogou et fusionnerait Sogou et Soso.

Le premier marché du Web est donc tenu par des moteurs de recherche appartenant à des groupes que nous connaissons peu en Europe occidentale, marché dominé exclusivement par des entreprises américaines. En France, la part de marché de Google atteint 94% (Source : comScore, qSearch, décembre 2012).
Le marché chinois des moteurs de recherche, moins concentré que le marché français, est presque exclusivement contrôlé par des entreprises chinoises.
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lundi 26 novembre 2012

Le Web : fonctions régaliennes et souveraineté nationale

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Photo d'actualité politique, il y a quelques jours, à la une de nos journaux. Elysée. Autour de la table : le Président de la République française, deux ministres du gouvernement français, la Ministre de la culture et de la communication et la Ministre chargée de l'économie numérique ; en face du Président français, l'Executive Chairman de Google.

Il est question de la presse française. En fait, l'enjeu va bien au-delà des difficultés de gestion de la presse ; la télévision est également concernée, et tous les médias. Il y a problème fiscal aussi puisque certaines entreprises du Web très actives en Europe n'y paient guère d'impôt.

Il y a une dimension culturelle. Des entreprises collectent en Europe des données qui sont revendues à fin publicitaire (géolocation, données comportementales, données personnelles, etc.). Données précieuses dont on affirme qu'elles sont la nouvelle richesse des nations connectées.

Ces entreprises qui exploitent des moteurs de recherche, des réseaux sociaux, des navigateurs, entre autres, menacent-elles l'indépendance et la souveraineté nationales ? C'est ainsi sans doute que le conçoivent d'autres Etats, ce qui explique que la Chine ou la Russie, par exemple, encouragent le développement d'entreprises nationales puissantes travaillant en langue nationale (Baidu, Tencent, Vkontakte, Yandex, Alibaba, etc.), capables de tenir les entreprises étrangères à distance et de limiter leur emprise économique et culturelle.

Indépendance, souveraineté, diable ! Comme vous y allez ! Mais il y va de la langue française ou allemande. Il y va de l'accès aux savoirs, à l'information et à l'éducation. Il y va de la sécurité aussi.

Le développement international du Web, son omnipotence invitent à reconsidérer la liste des fonctions régaliennes, celles qui sont à la fois des "marques de souveraineté" et qui relèvent du devoir de l'Etat.
Traditionnellement, ces fonctions comprennent la sécurité intérieure ou extérieure, les finances, la justice. Faut-il y ajouter le numérique ?

N.B. L'Executive Chairman de Google confirme les images diplomatiques que les groupes numériques internationaux aimeraient donner d'eux-mêmes : L'Executive Chairman de Google estime qu'ils doivent être gérés comme des nations ("to run it more like a country", cf. The Wall Street Journal, Dec. 4, 2012). Image entretenue par la sémiologie implicite de la photographie ci-dessus.
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dimanche 21 octobre 2012

Local-Based Services: LBS = O2O + Maps

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LBS stands for Local-Based Services. It covers all that is related to local marketing and mobile. More than a trend, it is the logical consequence, a synthesis of the evolution in the digital industry: social, mobile, real-time, hyperlocal and search converge in LBS. Two components illustrate this emerging marketing culture: the maps and the strong bonds between on- and off-line.

The battle for maps is going on. Between Apple and Google of course but not only. In China alone, a dozen map companies fight for market share: among them, Baidu Maps develops many LBS. Maps are at the center of many services : local listings, street view, traffic, indoor location, public transportation schedules, etc.
Checking in, introduced first by social networks (Facebook, Foursquare, etc.), is now a sign of the times. Location is by default with smartphones ("xyz would like to use your current location") and most of the apps ask à la Facebook "where are you? (often you sign in for these apps with Facebook, your location is shared on your timeline).
All analytics produced by smartphones include geographic data, leaving most traditional off-line media in the dark, without precise geomarketing. To say "a store or a theater near you" is no longer enough.

Online to Offline (O2O) redimensions the hyperlocal and enriches it with mobile marketing using local discounts, vouchers, indoor maps, daily deals, mobile payment, group buying, loyalty cards... and drive. Recent examples:
  • From app to an event for which the app sells tickets or distributes coupons (cf. IUV.NY)
  • From crowdsourcing to mobile social networks (Weibo) to recommendations for restaurants (a new startup, HaoYouMeiShi in Beijing). 
  • With recently launched Evzdrop - what a name! - a place goes social ("listening to places through people"), targeting people who are in a store or who have already been there (retargeting).
  • The Tencent group is launching a new mobile platform in China which will incorporate maps, street views (SoSO, 搜搜), messaging (Weixin, 微信), mobile payment, LBS and mobile advertising.

jeudi 26 juillet 2012

Le monde selon Apple

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En mettant sur le marché une nouvelle version de son OS Mountain Lion (0S X 10.8), Apple expose en actes sa vision du monde, actuel et à venir. Au-delà des deux centaines de nouvelles fonctionnalités, améliorations, quelles tendances se dégagent ? Nous en isolerons quatre.
  • L'interface vocale. Présence de la voix, première dans l'histoire des médias, déjà présente avec Siri. On peut désormais tout dicter, partout où l'on peut utiliser un clavier. Presque toute la bureautique est concernée.
  • Le "cloud" partout. Avec iCloud, la sauvegarde est continue et la synchronisation entre appareils est constante (ordinateurs, tablettes, smartphones). 
  • Tout est prévu pour l'adaptation et l'intégration au monde sinisé. La relation aux principaux acteurs du web chinois chinois (navigateur, réseaux sociaux, vidéo) : Weibo ( 新浪微博), Baidu (百度), Tudou (土豆网), Youku (优酷网). Enfin, on sort de l'univers alphabétique ou du moins, Apple prend en compte un monde non alphabétique (caractères, pinyin, etc.). Décentrement salvateur dans notre univers tellement occidental et réducteur. 
  • La relation aux réseaux sociaux est intégrée : Facebook, Twitter, Weibo, Vimeo. Ils font désormais partie de la panoplie bureautique de base des internautes.
Dans cette évolution logicielle se perçoit l'affrontement mondial pour la confection et le déploiement des outillages conceptuels et communicationnels formateurs des modes de pensée fondamentaux. Dans ce domaine, l'Europe semble avoir déjà perdu la guerre, même si, parfois, ici ou là, une de ses régions gagne une bataille.

dimanche 22 mai 2011

Chercher les vidéos, trouver la pub

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Soku (搜库) est un moteur de recherche lancé par le site de vidéo Youku (优酷), site de vidéo dont l'entrée en bourse a été remarquée (NYSE, décembre 2010). Le moteur propose d'emblée d'orienter la recherche en distinguant trois catégories de programmes : les émissions de télévision, les films et les contenus plébicités (best sellers). Soku donne accès à toutes les vidéos du marché, y compris celles des concurrents, se positionnant comme un moteur global pour l'ensemble du marché sinophone. Soku prétend traiter tous les "actes" liés à la vidéo : rechercher, créer, regarder, partager, etc. On peut rechercher un titre, un réalisateur, etc. Soku recommande des programmes, recourant à un algorithme d'analyse des consommations passées, personnalise aussi selon le même principe.
Le premier tri s'effectue par catégorie. Est-ce nécessaire, est-ce pertinent ? La distinction vaut pour le marché des droits, pour les professionnels mais vaut-elle pour les spectateurs et les utilisateurs du moteur de recherche ? Catégorisation encore ethnocentriste. De plus, un même thème peut se trouver dans l'une et l'autre catégorie.
Page d'accueil de Soku

Soku rentre sur un marché chinois du moteur de recherche dominé par Baidu qui a lancé, en mars 2010, son propre moteur de recherche vidéo (Qiyi 奇艺). En fait, ce site s'apparente davantage au site américain de vidéo Hulu (pas de contenus amateurs) qu'à un simple moteur de recherche. Tendance qui semble en voie de généralisation, l'UGC (User Generated Content) a de moins en moins la cote. Est-ce une évolution générale d'Internet : Panda semble aller dans ce sens, le marché publicitaire aussi qui se gargarise de contenus dits "premium". "Amnésie de la genèse" !

La bataille est rude sur le marché de la vidéo en Chine. Des rumeurs d'acquisitions de Tudou (par Youku) et de nouveaux acteurs font monter les prix des droits vidéo : Xunlei (qui a acquis kankan.com), PPS.tv, Tencent, Qiyi, Sohu, 56.com, CNTV / CCTV, pour ne citer que les acteurs majeurs. Dans cette bataille, les outils de recherche peuvent jouer un rôle déterminant surtout s'ils transcendent tous les sites d'offres vidéo, selon le modèle global de Google ou de Baidu, car ils prescrivent de facto les consommations et la publicité qui les accompagne. Soku est l'arme de Youku dans cette bataille.

Aux Etats-Unis, blinkx, lancé en 2005, est installé sur les Boxee Box donnant aux téléspectateurs américains accès à 35 millions d'heures de vidéo (selon blinkx). En avril 2011, ce moteur de recherche a acheté un réseau publicitaire "vertical" (Burst Media), renforçant un modèle économique de plus en plus publicitaire alors que le marché de la vidéo publicitaire se développe. Modèle voisin de celui de Google : indexation des vidéos + personnalisation de l'offre + médiaplanning (ciblage personnalisé). Mêmes outils, mêmes méthodes.

Au-delà de l'aspect factuel de l'évolution du marché chinois de la vidéo, nous avons voulu attirer l'attention sur la convergence de discours en apparence disparates sur : les contenus "premium", l'association des moteurs de recherche vidéo avec le médiaplanning, les techniques d'évaluation des contenus trouvables sur la Web (Panda). Le marché chinois joue ici, entre autres, un rôle de dé-familiarisation, permettant un regard "dés-inter-essé". Comment peut-on être chinois ?
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lundi 19 juillet 2010

La Chine numérique s'est levée

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La Chine est, et de loin, la première des nations sur Internet (420 millions d'internautes, 36 millions de plus depuis le début de l'année. Source : CNNIC) ; par conséquent, le chinois est la première langue de l'Internet.
La nouvelle gestion des DNS permet les noms de domaine en langue chinoise : on a parlé de schisme de l'Internet alors qu'il s'agit de rendre sa place à l'écriture chinoise. Pour mieux comprendre l'attitude chinoise, et l'indécrottable ethnocentrisme de certains occidentaux, il suffit d'imaginer que nous devions écrire les noms de domaine des sites américains ou européens en chinois !

Parmi les premiers sites en nombre de visites, les sites chinois sont de mieux en mieux placés. Le classement de Doubleclick Adplanner (Google) permet de les situer : baidu (moteur de recherche), qq (réseau social), taobao (e-commerce), youku (vidéo), sohu (moteur de recherche), tudou (vidéo)... Tout cela se tient. Une entreprise numérique peut-elle être dite internationale si elle n'est pas présente solidement en Chine, en chinois ?

Nombre d'événements récents attestent de cette hégémonie :
  • Google s'est réconcilié avec le gouvernement chinois qui lui a renouvelé sa "licence".
  • Apple ouvre des AppleStores en Chine.
  • Les livres numériques prennent pied sur le marché universitaire (cf. Founder Apabi) et dans les bibliothèques chinoises.
  • Alibaba (阿里巴巴) rachète des entreprises américaines de commerce électronique B2B (Auctiva et Vendio qui fournisent eBay, Amazon et des milliers d'autres entreprises pour la gestion des enchères).  
  • L'agence d'information Xinhua (新华社) et China Mobile (中国移动通信554 millions d'abonnés) passent un accord de JV (août 2010) pour développer un moteur de recherche. Le message est clair pour Google et ses lointains suivants. Le texte du communiqué énonce les intentions du gouvernement chinois :
    • "Called Search Engine New Media International Communications Co., the joint venture will focus on creating a leading search engine while actively developing other businesses, including the internet, print media and advertising, said Zhou Xisheng, vice president of Xinhua, at a signing ceremony."Search engines, which have powerful information integration abilities, play an increasingly important role in disseminating information and influencing public opinion," he said. Zhou stressed the importance of setting up the joint venture, saying it was part of the country's broader efforts to safeguard its information security and push forward the robust, healthy and orderly development of China's new media industry. He said the joint venture will make full use of advanced search technologies and recruit world-class talent to offer quality services to customers from home and abroad".
    Complétez vous-même, depuis votre domaine de compétence !


    * A propos du titre : le 1er octobre 1949, pour la fondation de la République Populaire de Chine, discours de Mao Zedong : "La Chine s’est levée" (plus exactement, "中国人民从此站起来了" :  "le peuple chinois ...").
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    lundi 18 janvier 2010

    Internet est-il chinois ?

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    384 millions d'internautes en Chine fin 2009 (Source : CNNIC). Ils ne représentent que 29% de la population : le potentiel de croissance est encore immense pour ce pays de 1 300 millions d'habitants. Ce n'est qu'un début : "一 传十,十传百", dit un chengyu ("1 transmet à 10, 10 transmettent à 100"). Si l'on admet que les trois quarts des habitants d'un pays développé sont ou seront bientôt internautes, plus de 500 millions de Chinois passeront à Internet dans les toutes prochaines années. Pour 2009, le chiffre d'affaires réalisé par Internet en Chine est évalué à 74,3 milliards de yuan (11 milliards de $) par iResearch (艾瑞咨询集团). Que l'on y ajoute la diaspora chinoise, Taiwan : Internet est-il en passe de devenir chinois ?
    Voici l'un des premiers effets visibles de la mondialisation, que masquaient les inégalités économiques et politiques ; celles-ci s'estompant alors que la Chine occupe le devant de la scène mondiale, le paysage qui émerge n'est pas celui que nous prédisaient quelques penseurs pressés de conclure. Et nos références, notre culture générale, nos grands airs ont tout à coup une allure provinciale. Vu de Chine, Google n'est peut-être qu'un "tigre en papier" ("紙老虎").
    Pour finir, une question d'actualité que l'on ne (se) pose guère : Baidu, le moteur de recherche chinois, s'implantera t-il hors du "monde sinisé" ?
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    lundi 11 janvier 2010

    Alibaba : 10 ans Business to Business

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    Alibaba (阿里巴巴) est, avec Baidu, l'une des très grandes entreprises Internet nées en Chine (1999). Parmi les actionnaires d'Alibaba, Softbank et Yahoo!, ce dernier détenant 40% du capital (Alibaba gère Yahoo! en Chine). Son métier est le Business To Business (B2B) à l'échelle mondiale. Née de la nécessité de commercialiser les produits chinois hors de Chine, Alibaba a depuis dix ans fait rentrer dans sa caverne numérique 45 millions de clients, recrutés bien au-delà du marché chinois : "Global Trade Starts Here" (le commerce mondial commence ici) est son "Sésame, ouvre toi". 
    • Alibaba s'est diversifié et a développé des activités de stockage de données et de cloud computing (septembre 2009), de commerce B2C (Taobao qui détient 80% de marché C2C, et domine Youa, la filiale de Baidu), une place de marché publicitaire et de petites annonces (alimama), une plateforme de paiement (alipay). 
    • Alibaba dispose d'une plateforme pour le marché intérieur chinois et d'une plateforme internationale avec des sites en chinois, en anglais et en japonais. Alibaba est désormais présent en Europe occidentale, en Turquie et en Inde et propose ses offres en 6 langues (allemand, espagnol, français, italien, portugais et russe).
    • Alibaba offre à une entreprise des moyens commodes pour tester de manière fiable la pertinence de ses produits pour les marchés asiatiques (Chine, Japon, Vietnam, Indonésie, etc.). Alibaba fournit également à ses clients des informations indispensables au commerce international en ligne (transports, documents de douane, assurance, etc.).
    • La plateforme dispose d'un outil automatique d'achat de mots clés qui s'apparente à un moteur de recherche : Ali-Advance, permet aux "annonceurs" de placer leurs produits en position favorable dans l'offre visible .
    En conclusion, Alibaba est plus qu'une place de marché internationale. Sa plateforme peut être utilisée pour étudier un marché : combien de demandes, combien de concurrents potentiels, etc. Alibaba, comme Google, vise aussi le tissu économique des petites entreprises (PME, PMI, TPE), des jeunes entreprises auxquelles il apporte des moyens pour se lancer prudemment sur le marché international, se positionnant comme une sorte d'incubateur virtuel. Sa récente campagne publicitaire sur le marché américain allait dans ce sens invitant les petites, voire toutes petites entreprises à passer à l'acte, s'adressant à elles avec un slogan pragmatique : "Find it. Make It. Sell It".
    Né d'Internet, offrant une boîte à outils numériques de plus en plus riche, Alibaba n'est pas encombré par un passé de papier comme beaucoup de ses concurrents occidentaux. Adossé à l'immense marché chinois, Alibaba peut se prévaloir de ses ambitions internationales alors que la Chine est devenue en décembre 2009 le premier exportateur mondial. 

    mercredi 30 septembre 2009

    Inside Larry and Sergey's Brain

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    Note de lecture.
    Un livre de plus pour conter Google. Comme la plupart de ces ouvrages, il combine des éléments biographiques et des anecdotes rapportées par des collaborateurs à différents moments de l'histoire de Google. Rien de neuf dans ce livre pour ceux qui suivent les développements de Google. Pour les autres, une sorte de roman, un conte de fées, de facture agréable. Sans révélation, souvent édulcoré, déjà un peu dépassé (par exemple, sur les relations avec Apple, la téléphonie, Google wave, etc.). Méthode journalistique, intuitive, à base d'interviews (pas celles des fondateurs, que l'auteur n'a pas rencontrés), comme si d'une accumulation d'opinions et de faits dont on ne sait comment ils sont "faits" émergeait nécessairement quelque vérité. Au bout du conte, on ne sait donc ni ce que l'on sait, ni ce que l'on ignore... Mais l'on passe de bons moments tel celui de la préparation de documents pour l'entrée en bourse, par exemple, avec son canular eulerien : la valeur totale anticipée des actions vendues est estimée à 2,717 281 828 $, soit les 9 premières décimales de e !


    Difficile de tenir la promesse du titre : le cerveau de Google nous échappe ! On ne sait pas, en refermant le livre, comment pensent les fondateurs de Google. A coup sûr, ils pensent, et ils pensent (encore ?) autrement. De plus, ils pensent ensemble, et tout seuls. Chemin faisant, d'anecdotes en opinions, on comprend mieux leur originalité première, leur différence : culture de rigueur, obsession des faits, de l'analyse, de l'utilisateur. On perçoit surtout ce qu'il leur aura fallu de détermination pour résister, partiellement, à la machinerie financière qui accompagne la métamorphose parfois kafkaienne des entreprises naissantes en sociétés cotées, machinerie propre à décerveler des startups. On entrevoit aussi la puissance tentaculaire des forces de conservation : par exemple, les opérateurs de téléphonie avec leurs troupes de lobbyistes campant dans les couloirs de l'administration à Washington D.C., prêts à tous les coups (coûts) pour que rien ne change. L'idéalisme de Larry Page et Sergey Brin, et leurs erreurs - selon l'auteur - n'en paraissent que plus sympathiques et le succès de Google plus miraculeux. Et, du coup, on perd de vue des questions éludées, les fameux "blancs" de ce "discours lacunaire". D'abord, la question des effets à long terme, sur les cultures et sur les langues, de l'uniformisante googlisation des outils de travail intellectuel (par exemple, on n'a pas élucidé la résistance à Google des moteurs de recherche comme Yandex en Russie et Baidu en Chine. Résistance culturelle, langagière ? Cf. notre post sur Baidu et l'exception culturelle). Puis la question du pilotage d'une entreprise ayant une telle importance mondiale : la politique de Google doit-elle se faire "à la corbeille" (NASDAQ), peut-elle ne dépendre que d'actionnaires qui sont, par construction sinon par culture, insoucieux de l'intérêt général et du long terme ? La mondialisation que propagent les technologies numériques soulève des problèmes de politique internationale.

    A la dernière page, en tant que consommateur d'information, on se dit que Google est ce qui est arrivé de mieux aux médias américains, depuis longtemps. Mais le Google dont on rêve alors est une entreprise de rêveurs, d'inventeurs, entreprise généreuse et enthousiaste. Depuis notre Europe périphérique - c'est si loin Stanford - douze ans après, on risque de ne retenir de cette histoire, une fois désenchantée, que l'habituel "calcul égoïste", l'habituelle langue de bois, les habituelles RP, les licenciements, les abdications, comme ailleurs... Et l'on s'éveille de son rêve. Rêve, le mot clef de notre lien à Google. Ce rêve de Google qui se manifeste "comme une réalisation de notre souhait (ou désir)" d'entreprise ("als eine Wunscherfüllung", Freud).
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    mardi 17 mars 2009

    Les maîtres des mots en Chine


    Revenons sur l'affrontement entre les deux principaux moteurs de recherche mondiaux, Google et Baidu, sur le marché chinois (cf. notre post du 19 juillet 2008 sur Baidu et l'exception culturelle). C'est la bataille culturelle de ce début de siècle : elle concerne la partie la plus sensible et la plus universelle de la culture vivante : la langue et les mots.

    Quelle est la situation ? En Chine, premier pays du monde pour le nombre d'internautes, Google a capté une part des recherches supérieure à 25%, loin derrière Baidu, un moteur chinois qui en détient 65% (sources : Analysys, China IntelliConsulting, iResearch) ; un duopole s'est constitué, ne laissant que des miettes à Sohu (搜狐) et Yahoo! (dont la part était pourtant de 21% en 2005).

    La part de marché de Google est certes plus élevée que sa part de recherches, mais, pour 90% des Chinois, Baidu reste le moteur de premier choix. La marque Baidu bénéficie d'une meilleure notoriété spontanée que Google (malgré une réputation altérée par diverses illégalités, corrigées). L'existence d'une concurrence semble profitable au consommateur chinois.
    En Chine, les moteurs de recherche recourent aux médias traditionnels pour renforcer leur image, ne comptant pas seulement sur le bouche à oreilles : Baidu a lancé une grande campagne TV en fin d'année, qui s'est révélée efficace. Google, de son côté, a déjà recouru à une campagne dans le métro pour populariser sa nouvelle et ultracourte adresse : g.com.

    L'histoire de Google en Chine témoigne de l'importance de la localisation. Symbolique, le nom chinois de Google : nom constitué selon les règles usuelles de sinisation, phonétique et sémantique (Gu - 谷 céréales - Ge 歌 chant, soit le "chant des moissons"). Soumission ostentatoire à la langue chinoise.
    Pour survivre et obtenir une licence (juillet 2007), Google s'est plié aux lois locales, entre autres sur le filtrage de certains mots, pour des raisons de politique intérieure chinoise.
    Comme Baidu, Google a pris pied dans les contenus, au moyen d'acquisitions et partenariats : Tianya Wenda (天涯问答, sorte de "comment ça marche"), Kingsoft Ciba (词霸"le maître des mots", logiciel de traduction automatique anglais vers le chinois simplifié), Top100.cn (巨鲸音乐网, téléchargement musical), Chunyun ditu (春运 地图, itinéraires avec Google Maps pour les déplacements au moment de la Fête du printemps, mais aussi lors des tempêtes de neige et tremblements de terre), etc. Partenariat avec Sina aussi. Comme ses concurrents, Google a développé une méthode de saisie du chinois en pinyin (IME,Input Method Editor, 谷歌拼音输入法), pour laquelle on l'a accusé de plagier Sohu, plagiat reconnu par Google qui s'est excusé. 
    Google réussit d'autant mieux en Chine qu'il est moins américain, qu'il se sinise, colle au plus près de la vie quotidienne chinoise. La Chine a dompté Google et Google a sans doute beaucoup appris dans cette mutation. Que l'on se souvienne des Jésuites envoyés convertir la Chine au XVIème siècle, le pape les rappela : ils devenaient confucéens !

    Pour s'en sortir et se siniser, Google.cn a dû s'émanciper un peu de sa tutelle californienne. Comment gérer depuis la Californie une entreprise qui s'établit en Chine ! On dit que ce type de rigidité expliquerait aussi l'échec en Chine de Yahoo!, eBay, MySpace, Facebook et d'autres. Etre global et local ? Pas si simple. Le pragmatisme nécessaire au front s'accomode mal des grands principes concoctés à l'arrière.
    Pourquoi n'a-t-on pu suivre cette voie en Europe, et en France surtout où l'on parle tant de défense de la langue française, de la francophonie, d'exception culturelle. All talk, no action.

    谢谢, 岚

    samedi 19 juillet 2008

    Baidu : l’exception culturelle 百度更懂中文

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    Baidu est le premier moteur de recherche de l’Internet chinois : 60 % des recherches en Chine sont effectuées avec Baidu. La Chine est le premier pays au monde pour Internet, devant les Etats-Unis.
    Comment Baidu a-t-il résisté à Google alors qu’en France, par exemple, Google détient plus de 90% de part de marché, ne laissant que des miettes aux moteurs issus de cultures européennes ?
    Pour expliquer cette réussite, la direction de Baidu rappelle l’origine de la marque "Baidu" : mot à mot, Baidu signifie « très nombreuses fois », (百度 évoque un poème classique de la dynastie Song ("青玉案·元夕", 960-1279), écrit par 辛弃疾 (Xin qiji). Le poème décrit la recherche de l’âme sœur par un jeune homme, qui finit par la retrouver, après de nombreuses recherches, dans le chaos de la vie et de la ville. Imaginons un moteur de recherche européen qui devrait son nom à Du Bellay ou Pétrarque...

    百度更懂中文 : "Baidu sait mieux le chinois" 


    Baidu sait mieux le chinois que les Américains : c’est le thème d’un message publicitaire de Baidu diffusé à la télévision chinoise et sur Internet. Ce message illustre un tournant symbolique dans les rapports de forces culturels. 
    Dans ce message, un jeune lettré du XVème siècle (Tang Bohu, (唐伯虎 de la dynastie Ming) s’oppose à un Américain. Le duel littéraire consiste à ponctuer un texte en vue d’une récompense. Ce duel de lecteurs suppose une maîtrise parfaite de la segmentation. Google et Baidu se sont affronté sur la question du segmenteur.
    L’Américain, tout droit sorti d’un western, propose une lecture simpliste ; le jeune lettré entre en scène, s’esclaffe et administre, pinceau à la main, une leçon de segmentation : la segmentation est un problème clé pour un moteur de recherche en chinois où le même espacement sépare les "mots" et les caractères qui composent les mots (中文分词技术). Le texte affiché juxtapose trois fois en quatre colonnes les expressions "Je sais / Tu ne sais pas" (我知道你不知道). Avec ces caractères, sans changer leur disposition, on peut former nombre d'énoncés différents, selon la segmentation : "Moi, je sais ; toi tu ne sais pas. Je sais que tu ne sais pas, etc."
    Baidu revendique la tradition culturelle au service du numérique, la culture particulière plutôt qu'une méthode universelle. Résistance culturelle et positionnement marketing vont de pair.

    Universalité et uniformité
    Comme l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert fondait les Lumières, les moteurs de recherche, outils de classement et d’exposition (indexation), universalisent l’accès aux cultures. Mais une culture ne peut être séparée ni de son organisation ni de sa langue. Un moteur de recherche ne peut se penser hors d'une langue et d'une culture, culture qui ne peut sans dommage être réduite à un stock lexical, tout comme le font également les outils de traduction automatique associés aux moteurs de recherche.

    La solution : multiplier les moteurs au service de la diversité langagière. Dans ce domaine, comme l'établit François Jullien : "le châtiment de Babel, c'est la nécessité de traduire qui met au travail les cultures entre elles"(De l'universel, de l'uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures, p. 248). Cette affirmation vaut pour les moteurs de recherche dont l'objectif n'est pas d'effacer les différences mais plutôt d'en rendre compte (de même que traduire doit faire valoir les différences et non les abolir).

    La part de marché de Google dans les recherches effectuées par les internautes est un symptôme : un même moteur de recherches, hégémonique, applique à des langues différentes une seule et même méthode, issue d'une seule langue. Le châtiment de Babel s'avère ainsi une bénédiction, une opportunité. Il invite l'organisation sociale à construire la concertation des différences plutôt que l'uniformité.

    谢谢,岚
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    lundi 2 juin 2008

    The Googlization of the Advertising Market

    Google is the leading worldwide sales rep in number of clients and in turnover. The first one to be deliberately worldwide (cf. the language and transliteration tools, the number of languages covered, and so on). Any major resistance comes from a Chinese search engine (Baidu, 百度). Nobody can avoid Google anymore.

    Google’s most important impact is indirect. Adsense and Adwords are training advertisers and sales forces to acquire new professional habits while buying keywords, optimizing websites for search (SEO), analyzing traffic, landing pages, quality scores, PageRank … Moreover, Google ergonomics, user interfaces, vocabulary, etc. permeate our culture. Google has become a “habit-forming force”, building a habitus (“principle that regulates the acts”), which in turn paves the way to generating mindsets and actions that conform to Google’s grammar (sort of affordances or "action possibilities"). Planners and buyers employ the same modus operandi when using the numerous Google tools (Maps, Apps, Docs, YouTube, Search, Gmail, android, etc.).

    We now all speak “google” more or less fluently.

    Then comes the Google syllogism:

    • Internet is the model for all digital media
    • All media are becoming digital (switchover)

    Ergo …

    What works for the net will sooner or later work for all media.

    The digital advertising market is based on two main principles: automatization of the advertising chain (creation, planning, buying, adserving, analyzing) and self-service. All of this is nothing but the reduction of transaction costs (cf. R.H. Coase about the emergence of the very small firm, and about barter). It translates into an ad market place (auction-based, no more rate card) and opens the advertising market to a wide number of new advertisers: small, hyper-local, niche companies and SMEs (the “long tail”). Almost no barrier at the entry: pros and amateurs (Pro-Ams) can come to the market.

    So it should be no surprise that Google tests the water by joining the American ad market for print, radio and TV. Europe is probably next. And the Mobile Internet. Same tools, same methods, same reasoning. A new generation of planners and buyers, Internet geeks, Web 2.0 aces: all Google natives accomplish the mutation from the GRP culture to Internet culture: it is less about reach and frequency, more about interaction, call to action, behavioral targeting …

    Should we worry? Should we start a conservative crusade against Google? We could, but it would be hopeless since it is not just about Google; it is about the Internet and we cannot fight the Internet. Instead, let's take advantage of what Google has done and reinvent the advertising profession.


    About these concepts see Erwin Panofsky, Gothic Architecture and Scholasticism, 1951 and the Postface of the French translation by Pierre Bourdieu, 1967; see also Noam Chomsky, Aspects of the theory of syntax, 1965 and James J. Gibson, The Theory of Affordances, 1977.

    (Some of these ideas were presented at the EGTA conference in Dublin for European Television and Radio Sales Houses, May 30, 2008).