Affichage des articles dont le libellé est annuaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est annuaire. Afficher tous les articles

dimanche 13 juin 2021

Le marché publicitaire français en 2020, selon l'IREP

IREP, Le marché publicitaire français en 2020, Paris, 2021, 115 p.

Comme chaque année, depuis plus de cinquante ans, l'IREP publie sa vision de l'état du marché publicitaire français. Le bilan prend en compte cette année les médias suivants : la télévision, le cinéma (les salles), la radio, la presse quotidienne nationale et régionale, la presse hebdomadaire régionale, la presse magazine, la presse spécialisée, la presse gratuite d'information, locale et thématique, la publicité extérieure, Internet (search, social,  display et autres - affiliation, courrier, comparateurs), les annuaires, le courrier publicitaire et les imprimés sans adresse. 

Le résultat total montre, pour la durée annuelle, une chute globale de 11,6% des recettes publicitaires. C'est la presse qui souffre le plus avec une chute de plus de 30% (publicité commerciale) ; la publicité extérieure perd beaucoup également (-33%). 

Et c'est Internet, seul, qui présente un résultat fortement positif.

Dans le bilan global, c'est donc Internet qui domine le marché français (42,4% - Tableau 5, p. 13). Si l'on compare avec le marché américain (cf. p. 75), on voit que la part de marché d'Internet en France est inférieure à ce que l'on observe aux Etats-Unis (où elle atteint près de 61%, comme en Russie) ; cette part de marché dépasse d'ailleurs 70% en Chine, et 71,5% en Grande-Bretagne. Pourquoi ces écarts, et notamment pourquoi un écart de près de 30% avec la Grande-Bretagne ? Beaux sujets de réflexion...

Comme on le voit, il y a du grain à moudre dans ce bilan annuel et il faut saluer le travail de Christine Robert qui dirige l'IREP et a permis l'établissement de ce bilan. Bien sûr, comme dans tout travail de ce type, il y a des a priori choisis pour ces calculs, a priori que l'on peut discuter et disputer, mais qui sont inévitables. C'est sans doute sur ces choix mis en oeuvre lors des calculs qu'il faut s'interroger maintenant, pour les améliorer, si possible. 

"L'essentiel par pays" est bienvenu même s'il comporte quelques "oublis" que l'IREP aura tout intérêt à combler : l'Espagne, la Pologne, la Suisse, l'Autriche, les pays scandinaves et le Portugal pour donner tout le marché européen ; au plan mondial, la Corée est absente.

L'ensemble constitue un outil de référence interprofessionnel pour les acteurs du marché publicitaire.

Le marché publicitaire des médias américains (estimation WARC, mars 2021)

vendredi 20 mars 2015

Small business is very big business

Copie d'écran de l'appli Ads Manager

Facebook annonce 2 millions d'annonceurs dans le monde (800 000 chaque mois). La majorité de ces annonceurs sont des petites, voire toutes petites entreprises, des PME (SMBs) voire des microentreprises, TPE, auto-entrepreneurs, entreprises unipersonnelles, etc.).

Semble visée par Facebook la très longue traîne des tout petits annonceurs qui recherchent pour leurs messages publicitaires des données rares et très discriminantes, pour le ciblage et la segmentation de précision. On compte 3 millions de microentreprises en France.
Ce sont de tout petits annonceurs qui travaillent avec des petits budgets, généralement sans intermédiaires, sans agences de publicité, procédant par essai et erreur, sans délai. Tout se passe comme s'ils faisaient des tests de campagnes en temps réel. D'ailleurs, un tel produit publicitaire pourrait constituer, pour des agences et de plus gros annonceurs, des occasions de tester les réactions à leurs créations (images, textes ou vidéo).

Avec Ads Manager, Facebook met à disposition des annonceurs des outils simples, à l'ergonomie évidente, qui permettent la gestion des campagnes depuis un mobile. L'appli Ads Manager for iOS (iTunes) permet d'accomplir les tâches courantes de création (édition), d'analyse des performances, de planning et de gestion budgétaire. Le tout sur mobile : Facebook est le média définitif de l'ère du mobile. "Self- média" publicitaire, cette appli abaisse la barrière à l'entrée dans la publicité et assure une réduction des coûts de transaction, d'apprentissage aussi. Simple, toujours à portée de la main, réactivité sans problème, Self-service. La vie sociale inclut la vie économique, le marché et notamment l'économie informelle, "à hauteur d'homme" (cf. Laurence Fontaine, Le marché. Un bien public).
Facebook peut également compter sur la migration vers le mobile des annonceurs du marketing direct, des petites annonces. C'est le marché des annuaires, des médias locaux, de proximité : PHR, PQR, radio, télévision, affichage, DOOH, digital indoor (écrans contextuels).
; elles
Facebook se place dans la tradition ouverte sur le Web par eBay (1995) et par Google (AdWords, 2003). Sa panoplie pour viser le marché local s'accroît des outils de paiement mobile via Messenger, et d'outils de recherche pour le e-commerce (acquisition de TheFind).

N.B. 
En 2012, l'INSEE comptait en France 2,6 millions de Très Petites Entreprises (TPE, moins de 10 salariés ETP) ; elles contribuent pour 9% au PIB et œuvrent principalement dans le commerce, les services aux particuliers et aux entreprises, la construction. Sources : INSEE, BPI France (Observatoire des PME, 2015).

dimanche 17 février 2013

Le présent de l'avenir du Web selon comScore

.
U.S. Digital Future in Focus. 2013. Key Insights from 2012 and what they mean for the coming years, (février 2013). Qu'est-ce qui ressort de cette publication synthétique, qu'est-ce qu'elle infirme ou confirme ?
  • Le déclin de l'ordinateur comme mode d'accès au Web. Son domaine se cantonne de plus en plus au travail (c'est le monde du Pack Office) tandis que s'étendent les domaines des supports mobiles, extensions gagnées grâce aux performances, aux ergonomies mais aussi grâce à la progression du Wi-Fi. Un tiers du temps consacré au Web l'est sur des supports mobiles, la majorité passant par des applis. Le commerce électronique via mobiles (M-Commerce) représente déjà 11% du C.A. du e-commerce. Dans cette perspective, l'expression "multi-plateforme", transitoire, contribue à dissimuler (avantageusement) le changement en cours, le temps de l'adaptation.
  • Le début de l'érosion des modalités traditionnelles de recherche. Le nombre des recherches effectuées avec des moteurs de recherche tend à diminuer et, surtout, le nombre de recherches par internaute diminue. Un nombre croissant de recherches est réalisé sur des sites tels que Facebook, Amazon, eBay, leboncoin, annuaires, catalogues, etc. Le "Vertical search", recherches effectuées au sein d'un sous-ensemble du Web, sous-ensemble délimité voire fermé, comme un "new walled garden", serait en augmentation. Le Graph Search de Facebook est symptomatique. 
  • L'explication de ces changements se trouve peut-être tout simplement du côté du mobile et de ses innombrables applis qui parcellisent le Web et personnalisent chaque appareil. Les supports mobiles rendent chaque jour le moteur de recherche moins indispensable. L'explication tient aussi à la meilleure maîtrise du Web et de ses fonctionnalités développée par des internautes de plus en plus habiles à inventer des usages.
  • En somme, le data marketing, ce sera d'abord des données issues d'activités observées sur mobile avec ce qu'elles comportent d'information géographique, historique, commerciale, d'intentions, etc. Big data enrichie en continu.
Le rapport de comScore lézarde l'image d'un Internet établi, qui a maintenant une quinzaine d'années. Cet Internet dont le credo est inculqué et récité par le marché publicitaire connaît ses premières transformations. Dans une publications précédente, comScore parle de "post-PC paradigm" (Brave New Digital World, décembre 2012). Il s'agit plutôt, selon les termes fameux de Thomas S. Kuhn, d'un changement dans le cadre du paradigme numérique plutôt que d'une révolution accouchant d'un nouveau paradigme. Les techniques de monétisation programmées (programmatic buying) amplifieront le retentissement de ce changement jusqu'aux mutations inéluctables du marché de l'emploi.

vendredi 19 novembre 2010

Fin d'annuaire

.
Google renonce aux Etats-Unis à la fonction d'annuaire téléphonique du moteur de recherche (Google Phonebook). Il y avait trop de plaintes, trop de personnes voulaient voir leur nom et leur numéro désinscrits, numéro personnel et numéro de la résidence (r-phonebook). On ne peut désormais trouver le numéro d'une personne que si l'on connaît également son code postal (5 chiffres).
  • Ceci témoigne de la sensibilité variable de la population américaines aux diverses dimensions de sa vie privée. Tous les aspects de la vie personnelle ne sont pas également privés : le numéro de téléphone l'est plus que d'autres (les cookies, ou une présence sur un réseau scoail, par exemple) car il est accès au domicile, à l'intimité du chez-soi. Résidence réelle et résidence virtuelle ne sont pas sur le même plan.
  • Cette résistance aux annuaires en ligne recoupe celle, tacite, aux enquêtes par téléphone qui utilisent des annuaires et qui reconstituent (random digit dialing) les numéros de ceux qui s'en sont exclus délibérément (numéros inscrits sur liste rouge, "unlisted numbers") pourtant clairs dans leur volonté de ne pas être contactés. Le taux croissant de refus de répondre qu'enregistrent les enquêtes téléphoniques illustre l'évolution de la définition de la sphère privée..

lundi 8 novembre 2010

Du magazine aux guides d'achat

.
L'édition papier du magazine américain U.S. News & World Report ne passera pas l'année. En décembre, c'est fini : le titre ne sera bientôt plus disponible qu'en ligne. Mais ce ne sera plus un magazine.
En kiosque, on trouvera encore en 2011, pour combien de temps, 8 parmi les nombreux guides et classements (U.S. News Rankings) que le groupe publie au terme d'enquêtes : éducation (meilleurs collèges, universités, lycées), santé (meilleurs hôpitaux selon les spécialités, maisons de retraite, assurance), automobile, voyages et vacances, droit (cabinets d'avocats), argent (placements, retraites, carrière), suivi des élus, de la Présidence... Des sortes d'annuaires assortis de conseils sous forme de classements (rankings).
Voici désormais les modalités de présentation du travail d'information effectué par le titre. Finie l'information générale, fini le magazine généraliste qui diffusait encore presque 1,3 millions d'exemplaires en 2009 et 1,7 en 2008 (Source : MPA). Le site compterait  9 millions de visiteurs uniques par mois (déclaration) ; le titre dispose d'une version iPad. Le papier ne sera plus qu'une vitrine du site.

Né en 1948 de la fusion de deux titres, l'hebdomadaire était devenu bi-mensuel puis mensuel en 2008. Le magazine n'avait pas suivi la peopelisation de ses deux concurrents hebdomadaires, Time et Newsweek (respectivement 3,3 et 2,3 millions d'exemplaires diffusés en 2009, Source MPA) et n'avait développé ni rubriques people ni sport.

Des enquêtes aux requêtes, telle est la mutation des métiers d'information : spécialisation, utilité. Les enquêtes alimentent des bases de données. Un article est d'abord la mise en scène d'une requête : Internet s'y prête particulièrement bien, bien mieux que le papier (personnalisation, interactivité).
U.S. News & World Report se targue de fournir à ses lecteurs des outils et des informations pour prendre les aider dans les décisions essentielles (santé, éducation, politique, etc.) : "We continue to look for new ways to provide information that helps people make important decisions" déclare le reponsable de la rédaction. Une telle évolution a commencé en France depuis de nombreuses années. Les guides d'achat sont nombreux (automobile, "grandes écoles", lycées, vin, santé, équipement de la maison, salaires, placements, montres, immobilier, etc.) ; ils représentent une part importante, sans doute croissante, des contenus ; ils semblent essentiels pour l'équilibre économique de beaucoup de titres.
N.B. L'évolution du U.S. News & World Report évoque celle du Washington Post dont le groupe vit principalement des revenus de sa filiale éducation (cf. Newspaper as a hobby).
.

mercredi 3 novembre 2010

Local à tous prix : O2O

.
Un nouveau mix marketing se met en place associant commerce local, téléphonie portable et Internet. La téléphonie portable et le marketing mobile débouchent inévitablement sur le commerce local et les petites entreprises (SMB). Des initiatives récentes permettent d'intégrer le téléphone dans un marketing très direct et interactif. On-line to Off-line ("o2o") ! C'est le retour de la "voix humaine" !

LocaLeads est lancé par ZipLocal, une entreprise d'annuaires couvrant la plus grande partie du territoire américain avec sa force commerciale (1 000 vendeurs sur le terrain plus 1 500 autres dits "indirects") et 300 annuaires papier. Elle compterait 300 000 annonceurs. LocaLeads recourt au téléphone pour tranformer en "lead" un message placé sur un site Internet : l'internaute qui voit le message (Internet mobile) est invité à appeler l'annonceur, généralement un commerçant d'une localité proche. D'un click, la connexion s'établit, et la vente peut commencer.

  • Le commerce annonceur a été taggé en quelques mots clés choisis par le commerçant lui-même. Chaque mot clé a un prix, l'annonceur paie au lead.  Le commerçant détermine un budget mensuel. 
  • LocaLeads crée le message, dont une version pour téléphone portable. Le numéro de téléphone est unique, attribué pour chaque campagne. Les appels sont enregistrés par LocaLeads et analysés pour détecter la présence effective d'une intention claire d'établir une relation commerciale (lead). 

Google AdWords propose un montage voisin. Un numéro de téléphone est inséré dans le message publicitaire : on peut mesurer, grâce à ce numéro unique, ce type de retour sur investissement en nombre et durée d'appels, voire de provenance géographique (AdWords call metrics).

Dans ces deux cas, la mesure et le paiement à la performance sont, pour l'essentiel, indiscutables ; l'originalité de LocaLeads tient à l'analyse et à l'évaluation d'une conversation (à voir). Dans ces deux cas, la relation est assurée entre on-line et off-line, l'attribution est indiscutable.
.

vendredi 15 octobre 2010

Extension du champ des audits média aux Etats-Unis

.
Le Media Rating Council (MRC) américain a rendu l'audit de Business.com, site B2B, filiale de Dex One Corporation. Business.com est une sorte d'annuaire permettant aux entreprises de rechercher des fournisseurs, des produits et services, dans les différents secteurs de l'activité économique. C'est donc une place de marché : chaque mois, 40 millions de vendeurs et acheteurs uniques s'y rencontrent (déclaration). Le site constitue évidemment un vecteur publicitaire et promotionnel.

Ce qui retient notre attention, c'est le domaine de l'audit effectué par le MRC pour l'interprofession et les institutions gouvernementales. L'audit de Business.com juge de la capacité pour le site à founir aux utilisateurs (annonceurs) des audiences adéquates, conformes aux promesses commerciales. De facto, l'audit juge de la qualité des audiences (affinité) et de leur volume (couverture x répétition). Le MRC ne se cantonne donc pas à vérifier la pertinence d'une méthodologie et la rigueur de sa mise en oeuvre ; il rentre dans la mécanique même de l'Internet et de la qualité du travail publicitaire puisqu'il vérifie la validité de l'audience fournie (pas de fraude aux clicks, etc.), conformément au souci des annonceurs qui veulent être certains de ce qu'ils achètent.
Le MRC audite déjà des serveurs de publicité ; parmi les accrédités : 24/7 Real Media (WPP), adtech, Atlas (Microsoft), MediaMind/Eyeblaster, FreeWheel ainsi que des serveurs de publicité de groupes média (TBS, CBS, Disney, Univision). Adify, un adnetwork d'adnetworks verticaux (metanetwork) pour les sites du groupe de télévision Cox Media, est également audité par le MRC.
Auditera-t-il les services de sociétés comme DoubleVerify (et son Fraud Lab), Adometry, AdSafe, Click Forensics ou Tribal Fusion, pour ne citer que quelques unes de celles qui déclarent vérifier ou assurer la qualité des placements publicitaires et des audiences ?
En élargissant la gamme des outils de travail publicitaire, Internet étend du même coup la gamme des compétences du MRC et la définition du champ des audits média et des outils de mesure publicitaire. 
.

vendredi 12 février 2010

Faire payer

.
Cela pourrait, en moins bien, plagier un titre à la Jean Yann, sur le mode de "Moi y'en a vouloir faire payer". Enonçons, en vrac, quelques directions de discussions.
Le problème du "faire payer" a émergé pour la presse quotidienne dès qu'Internet a mis en réseau tous les savoirs déjà gratuits (1995-2000). Chacun autrefois accédait parfois gratuitement à la presse quotidienne, mais à petites doses, dans quelques circonstances limitées, plus ou moins incommodes : dans les bibliothèques, les cabinets de lecture, dans la rue, affichée au mur, au bureau, chez le marchand, au bistro... Internet a généralisé tout cela : tout le monde, tout le temps, accède à tout, après avoir payé son accès ; et encore y a-t-il des lieux, nombreux, où  l'accès est "gratuit" : entreprises, institutions d'éducation, administrations... (affleurent ici de nombreuses difficultés de la mesure des audiences liées au lieu : provenance pour le papier, fréquentation au bureau ou à l'université pour Internet).
La presse n'est pas seule dans cette situation difficile qu'elle partage, entre autres, avec les encyclopédies, les livres non récents, les annuaires...
  • Faire payer, pourquoi pas, mais payer pour quoi ? Que fait payer la presse traditionnelle, "papier / messageries / points de vente" ? Distinguons accès et contenus. 
    • Avec Internet, l'accès ne "vaut" plus rien. D'ailleurs, la presse quotidiene gratuite doit son succès d'avoir rendu gratuit l'accès à la presse pour les voyageurs du métro. Dans la perspective de l'accès, la commodité, si décisive, est désormais banalisée : alertes, flux RSS, twitts etc. (on pourrait interroger la proximité des termes français et anglais commodity  / commodité)
    • Des contenus exclusifs ? Ils sont rares dans la presse nationale. La presse régionale en propose :  plus elle est locale, plus elle est exclusive.
    • Des services ? La plupart des services importants sont déjà gratuits : recherche, alertes, tendances, réseaux, commentaires, publication (blogs), archives, etc. 
  • La presse quotidienne a-t-elle trouvé ce qui mérite d'être payé ? Que produit-elle d'exclusif et d'indispensable, hors agrégation de contenus produits par d'autres ? C'est la production de cet exclusif qu'il faut encourager, stimuler, et subventionner, plutôt la production élémentaire, primaire que l'agrégation.
  • Internet n'a pas inventé la gratuité : beaucoup de contenus furent accessibles "gratuitement" bien avant Internet, grâce à la radio puis la télévision (financées par la taxe et la publicité). D'ailleurs, la presse a tenté autrefois de limiter la diffusion de l'information par la radio (accords de 1937) ! Les premiers concurrents "gratuits" de la presse, bien avant Internet, sont la radio et la télévision.
  • Réserver certains contenus à ceux qui paient ? Charger de cens la lecture ? Un régime "lectoral" censitaire est-il, dans son esprit, compatible avec celui du droit des aides publiques à la presse ? 
  • Le journaliste dont l'article est réservé à l'accès payant perd de facto une partie importante de sa rémunération : sa notoriété, monnayable sous forme de publications diverses, ou de "ménages", et tout simplement d'évolution de carrière et de liberté.
  • Avez-vous noté que les plus ardents militants du "faire payer" sont souvent ceux qui ne paient rien, grâce à un service de presse, une Newsletter ou  un abonnement professionnels ? Google et quelques autres ont aboli ces privilèges.
  • La presse magazine est dans une situation différente : de nombreux titres produisent des contenus exclusifs, utiles. Ainsi s'explique sa fécondité : plus de 600 titres nouveaux en 2009, année de crise (Source : Base MMM, janvier 2009).
.

dimanche 24 janvier 2010

Médias de poche

.
Havas Media publie le Média Poche. Christine Chambault pilote cette somme annuelle de la théologie média depuis des années. L'ouvrage, qui compte cette année 598 p. (dont quelques pages de publicité très ciblées), est vendu 99 € (22 € pour les étudiants). On l'obtient auprès de Havas Edition (commande via le site). N.B. l'édtion précédente est consultable en ligne.

C'est un outil formidable, imposant, commode. Au sens strict et noble du terme, un manuel. On y trouve tout ce qu'il faut pour s'orienter dans le marché média. Enfin, presque tout. Car bien sûr, l'uilisateur est tenté d'y chercher ce qui ne s'y trouve pas encore. Seule une critique situant les limites (inévitables) de ce travail documentaire peut témoigner du respect pour le travail accompli. Et, qui sait, la suggestion peut faire son chemin et, l'an prochain, le Media Poche s'en trouvera plus utile encore.

Inventorions d'abord ce qui se trouve dans cette encyclopédie pratique des médias français.
  • des éléments de cadrage socio-démographique et géographique 
  • le marché publicitaire
  • la grande distribution (indispensable, et l'on en redemande)
  • le marché des études (on aimerait aussi des tarifs, et, pourquoi pas, une sorte de pige de ces études)
  • un chapitre sur le développement durable et la manière dont il affecte l'exploitation publicitaire des différents médias (nouveau)
  • des chapitres "grands médias" (presse, TV, radio, cinéma, publicité extérieure, annuaires)
  • le digital et la convergence (présentation originale, solide, donc discutable de ce domaine de plus en plus vaste et complexe)
  • le marketing direct (chapitre indispensable, et encore par trop modeste)
  • le sport et le divertissement (le début d'une approche thématique ? pourquoi pas la santé ? )
Il y a tellement d'informations esentielles dans cet ouvrage que l'on en attend encore plus. Soyons mauvais joueur et réclamons quelques éléments de plus.
  • dans le marché des études : 
    • la part réservée aux études Internet site centric ignore la majeure partie de l'offre : Weborama, Xiti et Google Analytics devraient être mentionnés : ne représentent-ils pas à eux trois plus de 98% de ce marché. Pourquoi favoriser à ce point l'approche user centric ?
    • dans les études out-of-home (cf. "lieux de transit", p. 358) et le "digital signage", il faudra, pour la prochaine édition, mentionner la toute récente Digimétrie
    • indiquer quelles études sont ou ne sont pas auditées par le CESP (et, mieux encore, quelle partie de ces études est ou n'est pas auditée)
    • rien sur les médias d'Outre Mer (Metridom, etc.) ?
  • sur le cinéma, on est surpris de ne pas trouver plus de données issues des travaux, tellement riches, du CNC
  • pour le numérique, manque une approche des adservers, des ad networks, du search engine marketing : les nouvelles générations d'étudiants ne parlent que de cela... et des applis pour les téléphones, encore absentes
  • épargnez nous le ridicule des données d'investissement bruts !
  • dommage que les "lieux de transit" n'incluent pas divers réseaux tel celui des pharmacies (Futuramedia) ou des grands écrans extérieurs (Medialarge), par exemple.
  • quand elle est possible et pertinente, la juxtaposition des données de deux sources différentes pour un même domaine est stimulante et bienvenue (comScore / NNR ou encore TNS / Yacast, etc.).
  • le marketing direct mérite une plus large couverture : il ne lui est accordé qu'une douzaine de pages quand le MD représente en investissements plus que la presse, la TV, la radio et le cinéma réunis.
  • quid du médiamagasin, shopper marketing et in-store marketing ?
Un tel travail documentaire, synthétique et opérationnel, ne peut plus être exhaustif. La vitesse de transformation de la communication commerciale demandera à court terme d'autres approches, d'autres supports, mais à coup sûr un même effort, un même talent.

N.B. (1). Je n'ai pas payé mon exemplaire du Media Poche... donc mon objectivité doit être a priori suspectée.
N.B. (2). Cet ouvrage est un excellent outil d'enseignement, dès lors que l'enseignant, dispensé d'exposer ce qui s'y trouve, peut concentrer son énergie à la critique de ces médias, de leur mesure, de leur utilisation, d'une part, à l'approche de leur évolution, d'autre part.
Peut-on espérer un tarif particulier lorsque le Média Poche est acheté pour tous les étudiants d'un cours ? N'oublions pas que ces utilisateurs universitaires sont de futurs décideurs du marketing de la communication commerciale et des médias, et, auparavant, de futurs stagiaires.
.
.

lundi 11 janvier 2010

Alibaba : 10 ans Business to Business

.
Alibaba (阿里巴巴) est, avec Baidu, l'une des très grandes entreprises Internet nées en Chine (1999). Parmi les actionnaires d'Alibaba, Softbank et Yahoo!, ce dernier détenant 40% du capital (Alibaba gère Yahoo! en Chine). Son métier est le Business To Business (B2B) à l'échelle mondiale. Née de la nécessité de commercialiser les produits chinois hors de Chine, Alibaba a depuis dix ans fait rentrer dans sa caverne numérique 45 millions de clients, recrutés bien au-delà du marché chinois : "Global Trade Starts Here" (le commerce mondial commence ici) est son "Sésame, ouvre toi". 
  • Alibaba s'est diversifié et a développé des activités de stockage de données et de cloud computing (septembre 2009), de commerce B2C (Taobao qui détient 80% de marché C2C, et domine Youa, la filiale de Baidu), une place de marché publicitaire et de petites annonces (alimama), une plateforme de paiement (alipay). 
  • Alibaba dispose d'une plateforme pour le marché intérieur chinois et d'une plateforme internationale avec des sites en chinois, en anglais et en japonais. Alibaba est désormais présent en Europe occidentale, en Turquie et en Inde et propose ses offres en 6 langues (allemand, espagnol, français, italien, portugais et russe).
  • Alibaba offre à une entreprise des moyens commodes pour tester de manière fiable la pertinence de ses produits pour les marchés asiatiques (Chine, Japon, Vietnam, Indonésie, etc.). Alibaba fournit également à ses clients des informations indispensables au commerce international en ligne (transports, documents de douane, assurance, etc.).
  • La plateforme dispose d'un outil automatique d'achat de mots clés qui s'apparente à un moteur de recherche : Ali-Advance, permet aux "annonceurs" de placer leurs produits en position favorable dans l'offre visible .
En conclusion, Alibaba est plus qu'une place de marché internationale. Sa plateforme peut être utilisée pour étudier un marché : combien de demandes, combien de concurrents potentiels, etc. Alibaba, comme Google, vise aussi le tissu économique des petites entreprises (PME, PMI, TPE), des jeunes entreprises auxquelles il apporte des moyens pour se lancer prudemment sur le marché international, se positionnant comme une sorte d'incubateur virtuel. Sa récente campagne publicitaire sur le marché américain allait dans ce sens invitant les petites, voire toutes petites entreprises à passer à l'acte, s'adressant à elles avec un slogan pragmatique : "Find it. Make It. Sell It".
Né d'Internet, offrant une boîte à outils numériques de plus en plus riche, Alibaba n'est pas encombré par un passé de papier comme beaucoup de ses concurrents occidentaux. Adossé à l'immense marché chinois, Alibaba peut se prévaloir de ses ambitions internationales alors que la Chine est devenue en décembre 2009 le premier exportateur mondial. 

dimanche 6 septembre 2009

Dictionnaire et désordres alphabétiques



C'est la rentrée des classes et des dictionnaires. Dictionnaires en papier, dictionnaires numériques (sur ordinateur, téléphone). De nombreuses différences les séparent, poids, encombrement, ergonomie, mobilité, mais l'une surtout est formidable : le dictionnaire éléctronique nous libère de l'alphabet. Entrez un mot dans le cartouche, et aussitôt arrivent le nom, sa définition, son étymologie, sa prononciation. Finis feuilletage et repérage approximatifs. Les moteurs de recherche ignorent l'ordre alphabétique. Le numérique promeut et instaure le désordre alphabétique.
  • Les élèves du numérique rechignent à rechercher dans le dictionnaire de papier, à errer selon l'ordre alphabétique. Certains dictionnaires jouent sur une double, voire triple, présence : sur ordinateur, sur téléphone et en volume papier. Lagardère (Larousse) publie son Dictionnaire de français en application sur iPhone (4,99€). 
  • Le spectre de la gratuité hante ce secteur. Un même destin guette la presse et le dictionnaire. Un dictionnaire numérique n'est pas un dictionnaire papier parachuté sur Internet (cf. Wikipedia). A quand le dictionnaire numérique, gratuit, laïque et obligatoire à l'école ? Combien déjà de très bons dictionnaires gratuits sur Internet ? Une marque unique ? Est-ce une bonne idée ?
Mises en ordre, annuaires, classements, listes : l'alphabet règne, alpha et oméga de toute bureaucratie et ceci, sans doute, depuis la Bibliothèque d'Alexandrie. Alphabétisés, nous sommes habités par l'ordre alphabétique, principe omniprésent d'indexation. Culture primaire, maternelle même, de l'alphabet qui se chante (sur un air de Mozart !) et se récite (cf. l'usage qu'en fit "Sesame Street" dont chaque émission est parrainée par une lettre de l'alphabet ; ici avec Cookie Monster). Abécédaires aux murs des écoles, abécédaires au point de croix (modèles publiés par les magazines). Inculcation continue. Rimbaud voyait les voyelles en couleur, la gematria assigne à chaque lettre de l'alphabet hébreu une valeur numérique à fin exégétique... L'ordre alphabétique fut au principe de nombreuses métaphores en mathématiques, théologie, génétique... "Abcedmindedness" disait M. McLuhan ("Joyce, Mallarmé, and the Press", 1954).
L'édition numérique rompt avec l'esprit alphabétique. Rupture profonde, et invisible.

L'humanité alphabétisée se distingue de l'humanité sans alphabet : cultures orales, cultures chinoises. L'enfant chinois commence par tracer des caractères, pas des lettres. Ces caractères, il les retrouve dans les dictionnaires, classés selon leur nombre de traits (les traits eux-mêmes s'exécutant selon un ordre imperturbable), ou selon le radical (ou "clé", 部首 ; il y en a 214).
C'est ainsi, par exemple, que l'ordre du défilé des équipes "nationales" aux J.O de Beijing fut établi selon le nombre de traits dans le premier caractère du nom du pays, pas selon l'ordre alphabétique. L'alphabet est, logiquement, une dimension de notre ethnocentrisme.

Photos : campagnes publicitaires en cours dans le métro et en abribus (septembre 2009, Paris).
.

dimanche 3 mai 2009

Local, local, local


Des études diverses convergent pour affirmer le développement du marketing local en ligne. 
La part de marché de la recherche pour des petites entreprises et des commerces locaux s'accroît ; dans une étude effectuée pour Yellow Pages Association, ComScore situe cette part à 12% sur les grands portails. 
L'étude indique aussi que 72% des mots clés utilisés pour les recherches effectuées sur les sites de Yellow Pages n'indiquent pas de nom de marque. En conséquence, la géographie et les mots dans le médiaplanning visant le local prennent une importance déterminante. La géographie, ce sont des mots aussi (toponymes), et ces mots, "noms de pays" (cf. M. Proust, Du côté de chez Swann, 3), sont en quelque sorte des marques. Le géo-marketing, par défaut, propose à toute recherche la réponse géographique la plus proche (à la manière de Google Suggest) : tout médiaplanning devient ainsi marketing de l'affinité géographique.

Commerces et entreprises américains (PME-PMI) accroissent leurs investissements en publicité, et notamment en publicité locale sur Internet selon l'étude publiée par Borrell Associates, Main Street Goes Interactive: How Small Businesses are spending their online dollars. Ce qui représenterait 11% de leurs dépenses publicitaire totale (4% trois ans aupraravant) et ce n'est sans doute qu'un début.
Cette longue traine des milliers de petits annonceurs est mal servie par les grandes agences et cherche ses partenaires, médias méticuleux du local (66x3, SpaceFoot, etc.). 

Le géo-marketing est à la pointe de ces développements, sur ordinateur mais aussi sur téléphone. Les applis locales pour iPhone, par exemple multiplient les occasions de localiser les PME-PMI au plus près des besoins personnels ou B2B des clients (cf. par exemple, l'appli de l'annuaire Superpages, disponible dans la boutique iTunes).

Toutes ces tendances tiennent à l'organisation de la vie quotidienne : elles devraient s'exprimer bientôt en France.

vendredi 24 avril 2009

L'annuaire Google


Google lance sans grand bruit un nouveau produit : l'annuaire personnel sous le nom de Google profile (ouvert aux Etats-Unis uniquement, dans une première phase).
Le modèle économique est impeccable puisque ce sont les intéressés eux-mêmes qui remplissent le formulaire standard et fournissent les informations (donc tout est opt-in par construction). Lorsqu'un internaute a rempli ce formulaire, c'est ce profile qui apparaît en tête des résultats lorsque son nom est recherché sur Internet. C'est là que sont les incitations primordiales : trouvabilité (findability) et maitrise de sa propre identité.
Ce formulaire établit par défaut des liens avec d'autres fonctionnalités de Google utilisées par l'internaute (Gmail et contacts, Picassa, YouTube, etc.). 
Une opération de promotion croisée avec iPrint permet même à 10 000 élus de voir leur profile imprimé en cartes de vistes.

Imaginer cet annnuaire gagnant en notoriété, en puissance, et en finesse au fur et à mesure que les intéressés enrichissent leur profile, y compris par des liens vers les photos, les contacts, les agendas, etc.
Imaginer un annuaire où se trouveront d'abord les plus actifs de la population, remisant la variable "actifs /inactifs", si confuse, utilisée couramment par le marketing et le médiaplanning.
Imaginer sa déclinaison mobile.
Imaginer le fantastique outil qui se profile alors, tentaculaire, international et plurilingue, personnel et professionel.  

Comment un tel projet se combine-t-il aux réseaux sociaux existants ? Plutôt complémentaire que concurrent, multiplicateur d'investissements personnels, Google Profile constituant les cellules élémentaires des réseaux. 
Les menaces les plus sérieuses concernent évidemment les annuaires traditionnels et les instituts d'étude :
  • A quand un semblable développement B2B, pour les PME-PMI et les TPE, prolongement logique des produits existants de Google Enterprise ?
  • Google Profile comme base de sondage pour les enquêtes ? On imagine la capacité de réalisation de divers access panels que recèle à terme un tel annuaire.