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mercredi 15 mai 2019

La presse cuisine, on en n'a pas soupé !


La Grenouille à Grande Bouche. La société à travers ce que l'on mange, 116 p, 13€

Derrière (sous) ce titre étrange, se trouve un fort beau magazine qui intéressera ceux qui s'intéressent à l'histoire sociale et/ou ceux qui aiment cuisiner. Les auteurs sont d'origines, d'âges et de compétences diverses (crowd sourcing oblige) ; la publicité est absente : le lecteur est le payeur, pas la marchandise. Une seule page, quand même pour des cafés et chocolats acheminés et fabriqués à Morlaix (Grain de Sail) selon des normes respectueuses de l'environnement. La soupe, c'est d'abord loin de la frime et de la gastronomie pédante, la maison maternelle, le chez soi, la famille.

Chaque numéro est thématique. Le premier numéro est consacré à la soupe ; le suivant sera consacré au lait. La ligne éditoriale est déclarée par le sous-titre : sciences sociales et alimentation, on est ce que l'on mange, dit-on aussi. L'alimentation est traitée par les auteurs comme un analyseur des sociétés. Alors, que dit, que révèle la soupe à propos des sociétés, de leur organisation, de leurs contradictions, de leurs illusions aussi.

Cela commence par une histoire des soupes industrielles conçues pour nourrir à bon marché la population ouvrière et maintenir la force de travail en état de produire : Liebig et Royco, Knorr, le bouillon KUB. Bel éclairage, une lumineuse leçon d'économie sur le capital humain. Avec des avis sans concessions de l'UFC-Que Choisir et de Foodwatch.
La dominante régionale du titre est bretonne mais on trouve aussi des éléments concernant le Nord ("la Louche d'or") et la Champagne troyenne  ("Kantinetik"). Un article évoque la tradition de la soupe au lait pour célébrer les mariages en Bretagne. Non loin du folklore, on trouve quelques pages de Germinal (Emile Zola) pour se rappeler la qualité des portraits du romancier et la vie ouvrière dans le Nord en pays minier où la soupe occupait une place essentielle dans l'alimentation.
Beaucoup d'idées de lecture (la soupe aux livres) y compris de livres dits "d'enfants". Une playliste pour des soupes à écouter !

Beaucoup de recettes, d'origines diverses, sont expliquées, commentées. Un gros plan sur les soupes de poisson avec l'interview d'un poissonnier de Rennes (qu'en dirait un poissonnier de Toulon ?), un article sur la soupe miso (Japon) et des recettes de soupes "anti gueule de bois".
Bien sûr, chaque lectrice regrettera l'absence de certaines soupes qui lui sont proches : celle de la garbure (du Béarn), celle de la chorba des dîners de Ramadan (ah! la chorba blanche algéroise !), celle des gaudes avec son lait froid (Bresse), "the chicken soup" (pas celles de Campbell qu'a peintes Andy Wharol (1968) et auxquelles allude la une du magazine mais celle, traditionnelle, que recommandait Maïmonide, dite parfois "Jewish penicillin", soupe qui requinque. Manque aussi "l'alphabet soup" qui permet aux enfants d'écrire leur nom sur le bord de l'assiette mais qui désigne aussi la surabondance d'acronymes rencontrés dans les médias, le web et la publicité. Et la soupe à la queue de boeuf (Ochsenschanzsuppe ou Oxtail soup)... La grenouille a de quoi publier un second numéro consacré aux soupe.

Il y a des tests produits, appétissants (il y a des enfants testeurs, bien vu). Il y a un point lexical sur la soupe, clair et  bien utile (vous saurez enfin la différence entre soupe et potage, consommé et bouillon, etc.) ; il y a des rubriques santé et des tests de trois lieux d'achat ("le panier de la grenouille"), des faits divers, les épices, les herbes : en fait, il y a de tout chez cette grenouille, sauf l'explication du titre (je ne l'ai pas trouvée : a-t-il été tiré au hasard dans la dictionnaire, comme Bourbaki ?). Une géographie de la France des soupes serait bienvenue.

La revue se veut "participative", elle est parrainée par un animateur de France Inter ("on va déguster"). Lisez l'édito (ci-contre) : tout y est (bien) dit. Richement illustré, la diversité de ce magazine en fait un véritable "lieu de savoir" culinaire.
Notons la créativité continue des magazines de presse cuisine française : cf. le trimestriel 180°C . Des recettes et des hommes.

N.B. Pour la presse cuisine dans ce blog, cliquer ici.

dimanche 28 janvier 2018

Au temps des Pentagon Papers et du papier roi : "The Post"


Titre original du film: "The Post" (en France, "Pentagon Papers", 1 heure et 55 minutes).
Nous n'évoquerons ni l'histoire que raconte Steven Spielberg, ni Meryl Streep dans le rôle de Katharine Graham, Présidente inattendue du quotidien de Washington, actrice aujourd'hui en guerre avec la Maison Blanche ; nous ne discuterons pas non plus la véracité, l'exhaustivité des faits... D'autres le font parfaitement.
Nous nous en tiendrons à ce que le film fait voir de l'histoire de la presse, au spectacle de la fabrication et de la distribution des journaux avant l'informatique, avant le smartphone, avant le web, avant Google. Notons encore que Katharine Graham fut l'une des premières femmes à diriger un journal, d'abord sous-estimée, bien sûr, et dont l'action s'avère décisive, ce que le film évoque, subtilement.

L'action du film se déroule en 1971. The Washington Post, bientôt centenaire (1877), entre en bourse (NYSE, juin 1971). 40 ans plus tard, il est racheté par l'actionnaire d'Amazon (2013) et, depuis, numérisé à marche forcée pour épouser son temps et sortir du rouge.
Retenons du film de Steven Spielberg les images documentaires de ce qu'était la presse avant le numérique.
  • Lourdeur de la fabrication : l'encre, les grands formats, les machines à écrire et les téléphones des salles de rédaction, le bruit des machines qui font tout trembler (lynotypes, rotatives). Labeur de l'imprimerie... Gutenberg n'était encore pas si loin.
  • Lourdeur de la distribution : les paquets de journaux que l'on ficelle avant de les charger dans des camions, de les placer dans les distributeurs (vending machines)...
  • Lourdeur de la documentation : "Paper" est à prendre au pied de la lettre car les "Pentagon Papers", ce sont 7000 pages dactylographiées, non numérotées, qu'il faut transporter dans des cartons (en première classe) et explorer, analyser à la main. Ce travail passerait aujourd'hui par des algorithmes de machine learning et de NLP, après lecture automatique (OCR).
En 1971, la TV américaine était encore au second plan des médias, malgré le célèbre "CBS News" de Walter Cronkite. C'est la presse qui décide de l'actualité (agenda setting function) ; elle constitue alors l'essentiel du quatrième pouvoir (cf. David Halberstam, The Powers that Be, 1979, livre de journaliste...). Bientôt ce sera Watergate (1972), apogée de la presse d'investigation...
Aujourd'hui, en revanche, la Une d'un quotidien ne fait plus la Une de l'actualité. Autres temps, autres médias. La presse n'"accuse" plus guère...
Le film traite aussi de la collusion entre les patrons de presse, les cadres des entreprises de presse, les journalistes et les gens du pouvoir (mondanités, amitiés, voyages, parties, dîners, etc.). Collusion dangereuse pour l'honnêteté de l'information, qui conduit à mettre sur un même plan l'actualité people (mariages, etc.) et une actualité politico-militaire, chaque jour plus dramatique.

mercredi 21 décembre 2016

Fake news, fact checking, curation, censure. L'utopie algorithmique


Les fake news sont à la une de la presse couvrant les médias. Fake news ?
D'abord, le nom : que désigne "fake news" en anglais ? Des fausse nouvelles, délibérément falsifiées contrefaîtes, disséminées, partagées. Misinformation, désinformation. Leur fausseté conjuguée à leur viralité (cela se calcule et se programme) peut entraîner des conséquences électorales, politiques, commerciales...
Ce sont des nouvelles publiées non contrôlées, non vérifiées. Parfois des erreurs commises par omission, désir de scoop, par défaut de professionalisme (cf. Pascal Riché, "Les médias sont des tontons flingueurs", L'Obs, 3 mars 2015). Pour les médias, la diffusion d'informations présuppose leur contrôle, leur vérification préalables qui sont partie prenante de l'édition (d'ouvrages, de journaux, de sites web, de données, etc. ). Métier de journaliste.

Pour les réseaux sociaux, il s'agit d'un problème économique radical. Dans l'univers de l'information, les réseaux sociaux se ditinguent par le nombre des collaborations qu'ils mobilisent (User-Generated Content) ; elles se chiffrent en dizaines voire en centaines de millions (selon leur propres déclarations). De plus, la publication est immédiate, effectuée en temps réel. Contrôler une telle production de contenus supposerait le recrutement de milliers de journalistes diversement spécialisés et équipés, intellectuellement et techniquement, pour les tâches de vérification (à moins que l'on ne sous-traite ces tâches et fasse appel à des personnels peu qualifiés et sous-payés, comme il semble que ce soit le cas et qui n'est pas encourageant).
D'où la protestation incertaine de Facebook : we are not a media company mais a technology company. Toutefois, cette proposition est ensuite modalisée (cf. video 22/12/2016 ; 6:10), laissant entrevoir des ajustements à venir : “Facebook is a new kind of platform. It’s not a traditional technology company”;“It’s not a traditional media company. You know, we build technology and we feel responsible for how it’s used.” Manifestement, Facebook est à la recherche d'un nouveau modèle social et économique et éditorial. Notons la tournure de passivation : "we feel responsible for how it’s used" ("how it's used" et non "how we use it", "we feel responsible" et non "we are responsible").
Une curation rigoureuse supposerait aussi de renoncer au temps réel : il faut du temps pour vérifier. La curation est un travail éditorial complexe, délicat qui demande du temps et de l'expertise, elle relève de journalistes hautement diplômés et expérimentés, donc bien payés.
Le modèle économique des réseaux sociaux se situe à l'opposé de celui des médias. Les réseaux sociaux sont des distributeurs de contenus, de contenus produits gratuitement par des consommateurs et aussi de contenus fournis par des médias en mal d'audience aisément touchée (sans compter les relations publiques). Leur modèle économique semble, a priori, aux antipodes d'une curation rigoureuse, qui n'est pas leur métier.
Au contraire, les médias sont des producteurs et éditeurs de contenus et cette production / édition coûte cher : rémunération de journalistes effectuant la collecte, la rédaction, la vérification et la curation des contenus diffusés.
Quelle solution à cette contradiction entre contenus massifs et curation ? Quelle utopie ?

On peut imaginer de faire contribuer les "lecteurs" au travail de vérification (crowd sourcing), de faire effectuer ce travail par des algorithmes conçus pour débusquer les erreurs, volontaires ou involontaires mises en ligne. De tels algorithmes n'existent pas encore, pour autant qu'ils soient réalisables à court terme. La situation semble désespérée : les réseaux sociaux sont-ils condamnés aux plus ou moins fake news ? Par ailleurs, à partir de quand la curation s'apparente-t-elle à une censure, les fact-checkers s'apparentant à des gate-keepers ? Dans certains cas, certains politiques privilégient la communication directe unfiltered... et préfèrent publier sur Twitter ou Facebook ou Reddit...

De ce bref constat, on peut tirer plusieurs bonnes nouvelles :
  • Le métier de journaliste a un bel avenir devant lui. La formation des journalistes aussi, notamment pour la formation au contrôle, à la curation. Les réseaux sociaux de leur côté ne devront-ils pas recruter des journalistes capables de trier les contenus publiés. A moins qu'ils n'acceptent de succomber aux fake news. La presse papier n'est pas à l'abri des fake news : un certains nombres de titres en vivent...
  • Il appartient aux lecteurs de se méfier, de se détourner des fake news. Pour que les lecteurs futurs en soient capables, il faut compter sur l'éducation scolaire, sur sa capacité à former des esprits critiques, aptes à douter, à distinguer le vrai du faux, le croire du savoir, le vraisemblable de l'invraisemblable, le mensonge de la vérité. Apprendre ce travail à l'école ? Cela commence par une formation à la rigueur et donc sans doute par une formation à l'esprit scientifique de tous les élèves, et tout d'abord de tous les enseignants. Question de service public. Nos sociétés en prennent-elles le chemin ?
  • Un contenu contrôlé, vérifié, estampillé est un contenu très cher à produire : aux médias de se vendre cher aux réseaux sociaux ou de les laisser s'ébattre dans les eaux boueuses des fake news. Voilà qui repose la lancinante question de leur modèle économique.

jeudi 15 décembre 2016

Jeudi : 20 nouveautés presse dans les kiosques


Editions Prisma
(groupe Berlsmann)
Riche journée dans les points de vente presse pour ce jeudi de décembre : plus de 20 nouveautés, présentes sur les linéaires presse pour plusieurs semaines.
  • 2 nouveaux titres
    • Fair Play, consacré au rugby (bimestriel, 6,5 €) : rugby et société, rugby et culture, rugby et vie.
    • Avions de combat (trimestriel, 9,5 €) : histoire militaire de l'aviation.
  • 3 remises en vente (trimestriels pour jeunes enfants, première mise en vente au printemps)
  • 19 hors-séries
    • 3 magazines people : Public, Closer et Royals
    • puis des guides d'achat, des magazines d'histoire (Le temps des colonies. Des conquêtes aux indépendances, 1830-1962), des magazines consacrés à la vulgarisation scientifique, aux sports mécaniques, à la chasse, aux super-héros, à l'art, aux loisirs créatifs...
    • A part les titres people qui sont relativement bon marché, les magazines hors-séries sont plutôt chers, entre 8 et 13€. 
Comment ne pas s'étonner que la presse et ses distributeurs fassent si peu pour faire connaître cette fécondité, cette diversité continues, d'autant que ses titres sont disponibles en version papier mais aussi en version numérique sur mobile et sur ordinateur ? 


Voir aussi sur le même sujet, "Presse française, une année hors séries"

vendredi 15 mai 2015

"Mr Selfridge", histoires de la grande distribution


"Mr Selfridge" est une série de PBS (Masterpiece, 2013), une co-production de la station WGBH (DMA de Boston) et de la chaîne commerciale ITV (Grande-Bretagne). Elle compte 3 saisons et 30 épisodes (2013-2015).
Le personnage central de la série est Harry Gordon Selfridge qui ouvre un magasin à Londres en 1909. Américain du Middle West (Wisconsin), il a commencé sa vie professionnelle à Chicago dans les luxueux magasins Marshall Field's (ouvert en 1852). Les magasins Selfridges existent toujours.
La série parcourt l'histoire du début du siècle à travers la vie de ce grand magasin emblématique de la modernité. En effet, la seconde partie du XIXème siècle a vu le développement de grands magasins multi-spécialistes, organisés en départements (department stores). Ces magasins sont conçus comme des monuments, "cathédrales du commerce moderne", dira Emile Zola, "faites pour un peuple de clientes" : à Paris, ce seront Au Bon Marché (avec une architecture métallique de Gustave Eiffel, 1852), Le Bazar de l'Hôtel de Ville (1856), Le Printemps (1865), Les Galeries Lafayette (1894), les magasins A l'Innovation en Belgique... On se souvient que Joseph A. Schumpeter prend la distribution pour illustrer le concept de destruction créatrice (Capitalism, Socialism and Democracy, chap. 7).
Peu de temps avant "Mr Selfridge", il y eut une série intitulée "The Paradise", diffusée d'abord par la BBC (2012) puis par PBS aux Etats-Unis et finalmeent par Netflix ; la série, qui était inspirée du roman d'Emile Zola, Au bonheur des dames (1883), connut un moindre succès d'audience et dut s'arrêter après 2 saisons, souffrant de la concurrence de "Mr Selfridge".

Dans Mr Selfridge, le siècle voit émerger de nouvelles techniques de marketing. C'est d'abord la puissance continue des investissements publicitaires de la grande distribution et la pression qu'elle lui permet d'exercer sur la presse via l'achat d'espace. C'est la création d'événements artificiels pour promouvoir l'image du magasin qui fait ainsi son actualité : les photographes de presse sont omniprésents, couvrant chaque pseudo-event qu'il s'agisse de Louis Blériot, qui vient de traverser la Manche en avion et pose devant son monoplan, de Arthur Conan Doyle dédicaçant ses ouvragess ou de démonstration de télévision, dès 1925... Symbolique, l'heure de l'ouverture : on attend les trois coups, fébrile : comme au théâtre ou au NASDAQ, public et acteurs se tiennent prêts pour le lever du rideau.
C'est aussi l'époque des catalogues, des livraisons à domicile, des défilés de mode, des promotions ponctuelles (ventes flash), des vitrines spectaculaires, thématiques (Wimbledon), du parrainage (actrice, danseuse de l'opéra), de la marque distributeur, du "produit-star", de la logistique, déjà. A Selfridges, on montre les produits, on les exhibe ; le client est roi ("the customer is always right"), on lui laisse regarder les articles de près, les toucher, les essayer, les goûter. Le luxe est à portée de main (Guerlain, Yardley, Coty, Lanvin, Neuhaus...).

Le cœur du magasin, son esprit, c'est la mode, l'innovation de l'image. La clientèle est surtout féminine, de nouveaux rayons sont consacrés au maquillage, aux parfums, aux accessoires. "Give the lady what she wants" était déjà le slogan de Marshall Field's. Un salon de thé est ouvert à l'intérieur du magasin, comme à Marshall Field's. Le shopping est désormais promu comme un plaisir, une activité légitimes. On assiste aux débuts de la consommation de masse grâce à de fortes baisses de prix, au passage du sur mesure au prêt à porter...

Déclaration de guerre, mobilisation, syndicalisme, l'histoire de l'époque est aussi présente au travers de scansions technologiques, l'avion, la télévision, la bicyclette, l'automobile que l'on expose au centre du magasin, le cinéma (visite de Mack Sennett) ; comme dans Downton Abbey, ces innovations technologiques ponctuent la série. La série accorde une place importante au changement de statut social et économique des femmes : le mouvement des suffragettes revendique le droit de vote (National Union of Women's Suffrage Societies, 1897). Quant à la presse, sa fonction publicitaire dans la gestion des ventes est manifeste, le rôle du journalisme dans la fabrication et la manipulation de l'opinion publique est illustrée et dénoncée à de nombreuses reprises.
Après Zola, la télévision romance l'histoire, à sa manière. Bonne occasion de (re) lire le roman de Zola (Au bonheur des dames, 1883 la préface écairante de Jeanne Gaillard).

Mr Selfridge consulte sa montre : c'est l'heure de l'ouverture. Copie d'écran du site de Masterpiece (PBS). Mai 2015.

lundi 8 septembre 2014

Un Canard pas assez déchaîné ?


Le Canard enchaîné rend des comptes à ses lecteurs. Transparence appréciable : la qualité de la gestion, le montant des bénéfices sont garants de l'indépendance éditoriale.
Pour 2013, les ventes ont chuté (16 %). Ce n'est pas le prix de vente au public qui est en cause puisque, depuis  23 ans, le prix de vente n'a pas changé (1,2 €). Alors ?
L'explication que propose l'hebdomadaire ressort de la politologie : « notre diffusion baisse – c'est ainsi – quand la gauche est au pouvoir ». D'après le P-DG du Canard, le déficit de lectorat proviendrait de la désertion de l'électorat des partis de gauche. Selon cette explication, l'électeur lecteur de gauche, partisan, bouderait le Canard, lui rapprochant de tenir un discours hostile aux partis qu'il a élus.

On pourrait ajouter deux autres hypothèses.
  • D'abord, une hypothèse technique. L'insuffisance du réseau de distribution et un certain manque de souplesse et de réactivité dans la gestion de l'approvisionnement. Le réglage des services est insuffisant : souvent le Canard, publié le mercredi, est absent des points de vente avant la fin de la semaine. Le Canard, qui ne fait pas concurrence aux points de vente de Presstalis avec une distribution numérique plus ou moins gratuite, mériterait d'être mieux traité. 
  • Ensuite, d'un point de vue politologique, on pourrait renverser l'explication que donne Michel Gaillard (cf. document infra) : des partis de dits de gauche étant au pouvoir, le contenu du Canard deviendrait moins féroce, donc moins drôle et moins intéressant. Pas assez déchaîné, trop domestiqué le volatile ? Du coup, la partie du lectorat qui appartient à l'électorat de l'opposition, de gauche ou de droite, serait moins encline à acheter le Canard
Pour tester et vérifier ces hypothèses explicatives - qui ne sont pas incompatibles et sans doute se cumulent, il faudrait disposer d'une analyse de contenu longitudinale, qui n'existe pas. Faute de cela, on pourrait invoquer l'habitus intellectuel et politique des collaborateurs du Canard... Mais ces études n'existent pas non plus, à notre connaissance. Que fait la science politique des médias ?
  • « Le Canard, écrit M.G., ne tire ses ressources que de ses lecteurs ». Pas tout à fait : il y a une aide de 557 000 € (compensation pour tarif postal en 2013, Source : Ministère de la culture et de la communication). C'est bien peu, comparé à d'autres titres qui contribuent si faiblement au débat démocratique et au pluralisme mais empochent des millions. De plus, Le Canard enchaîné n'a aucun revenu publicitaire : il ne vend pas ses lecteurs à des annonceurs, ne tire aucun profit de son lectorat secondaire (faute d'études d'audience, on ne peut calculer le taux de circulation du titre ; le lectorat secondaire est sans doute égal au double ou au triple de sa diffusion payée, au moins). Journal unique par son modèle économique, son contenu et son rôle dans le débat politique.
Le Canard enchaîné, 3 septembre 2014, p. 4 (M.G. = Michel Gaillard, P-DG de l'hebdomadaire)

Références sur l'histoire du Canard enchaîné :
  • La thèse de Laurent Martin, "Le Canard enchaîné ou les fortunes de la vertu. 1915-1981", Université de Paris 1.
  • Son article dans la revue Vingtième siècle - Revue d'histoire, "Pourquoi lit-on le Canard enchaîné ?",  2000, N°68, pp. 43-54 (disponible ici)
  • Le Canard enchaîné. 100 ans. Un siècle d'articles et de dessins. Avec "Le roman du Canard" par Patrick Rambaud, Paris, 2016, Seuil, 614 p.

mardi 31 décembre 2013

New York : la presse s'estompe...


Newspaper vending machine
en état de marche à Chinatown
La presse se fait rare dans les rues de New York. Peu de kiosques ouverts, presse rarement présente à l'étalage des petits magasins ; quant aux "newspaper vending machines", elles ont presque disparu du paysage urbain. Il y a trente ans, Gannett en avait installé partout aux couleurs de USA Today ; les machines étaient conçues comme des écrans de télé où l'on pouvait regarder les grands titres du jour... USA Today, national, allait concurrencer la télévision avec son grand titre et sa photo centrale, "above the fold". Ecran contre écran !

Aujourd'hui, les distributeurs automatiques de journaux sont en piteux état ; souvent vides, ils ne vendent plus guère... que des gratuits (parmi les exceptions : le China Daily cf. ci-contre).
Absence de visibilité, absence de notoriété, absence de publicité (d'existence publique). Ces absences ne sont pas, ne seront pas, compensées par les indispensables présences numériques. Ce manque à voir rappelle combien la presse est un média mixte qui doit s'afficher.

Penser la presse dans la ville, c'est davantage que penser la presse : c'est aussi penser la place publique comme lieu d'idées, d'échanges, de conversation. Les réseaux sociaux numériques ne remplacent pas la place publique. Penser la présence de la presse dans la ville, l'aider, la stimuler est un problème politique, par définition. Pourquoi ne pas donner à la presse un privilège d'affichage numérique dans les lieux publics ? Un pauvre urbanisme commercial sans idées a remplacé les points de vente presse des centres villes par des boutiques de téléphonie (cf. La presse dans le quartier) : nos villes ont besoin de mettre des médias au cœur de l'urbanisme.

Distributeurs automatiques (7ème Avenue / 23 ème rue)
N.B. Place publique : l'agora (ἀγορά, du verbe ἀγείρω, "assembler"), place publique d'Athènes où, ainsi que dans les échoppes qui l'entouraient, se construisait et se discutait la vie publique à l'époque de Démosthène et Périclès. Cf. Sian Lewis, News and Society in the Greek Polis, 1996, University of North Caolina Press, 206 p., Bibliogr. Index

lundi 29 octobre 2012

L'info est dans la rue

Toronto, juin 2012 (photo FjM)
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L'affichage public a joué un rôle important dans l'histoire de l'information, dès le 16e siècle. Longtemps, les journaux ont tenu le haut du pavé avec les crieurs qui annonçaient les grands titres et les scoops, les affichages militants sur les murs (L'Humanité).
En Chine impériale, il existait une tradition d'affichage d'information dans la rue, reprise au cours des années 1970 par les dazibao, journaux manuscrits en grands caractères (大字报).
En France, dans l'après-guerre, on venait lire les quotidiens régionaux gratuitement et regarder les photos d'actualité dans les vitrines d'un local du journal ouvert au public dans le centre ville. En reste-t-il encore ?
Au Japon, lors du séisme qui a dévasté sa ville, un quotidien local dont les installations étaient détruites a réalisé des journaux muraux manuscrits pour informer la population sinistrée (cf. l'exposition au musée Guimet).

Lire des écrans dans les rues 
Avec le numérique, les écrans peuvent donner une nouvelle vie à ce mode de diffusion de l'information. Le plus spectaculaire est sans doute l'affichage des dépêches de Reuters sur un mobilier urbain monumental placé sur un trottoir du centre de Toronto (Canada).

Des écrans dans les ascenseurs et dans les bureaux
  • Captivate Network (groupe Gannett) présente des contenus de journaux (USA Today, Chicago Tribune, Business Week, etc.), d'agences (Reuters, AP) dans les ascenseurs des grands immeubles d'affaires nord-américains (10 000 écrans). On dit qu'il s'agit d'audience captive. Le modèle Captivate Network ressemble à celui de la société chinoise Focus Media mais cette dernière n'affiche que de la publicité.
  • The Wall Street Journal Office Network (OMN) a été lancé en 1995 ; ce network est présent 780 immeubles, répartis dans les grandes agglomérations américaines (15 DMA). OMN publie des infos économiques et financières sur des écrans installés sur les lieux de travail ("It works, right where you do"). Evidemment, il n'y a pas de son. Le format des messages publicitaires, soit plein écran soit sur 30% de la surface de l'écran est de 15 secondes, ce qui semble bien long. La régie prend en charge l'adaptation de messages existants pour 500 dollars (fixe) ou 1 500 dollars (vidéo). OMN collabore avec Vistar Media pour l'achat programmé (programmatic buying, RTB, etc.). Des opérations spéciales de marketing direct peuvent être réalisées (Events). Sur un sujet voisin : "Vendre la presse avec des écrans"
Ces médias dits "Digital Placed-based Media" (cf. Digital Place-based Advertising Association, DPAA) sont une sorte de Digital Signage (ou Digital Out-Of-Home). 
Ce sont des supports de publicité, ce sont aussi, et c'est peut-être plus important, de formidables outils pour la promotion des titres affichés.
Pourrait-on imaginer de tels "affichages" sur des écrans placés dans des lieux publics pour promouvoir la presse d'information ? On saurait en mesurer l'audience que pourrait comptabiliser les études de référence. On pourrait concevoir des modalités d'interaction du type de celles que l'on voit dans les vitrines ou, mieux grâce à l'appli correspondante dans le smartphone du lecteur.  Notons encore que le lectorat ainsi évalué pourrait être incorporé dans les études d'audience de référence (papier et numérique).
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Ecran de Captivate Network dans un ascenseur  Toronto juin 2012 (photo FjM)


dimanche 17 juin 2012

Wasabi : magazine culturel

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Wasabi. Le goût du Japon est un magazine trimestriel publié depuis 2004 (on en est au N°31). Consacré à la cuisine japonaise, il est distribué dans les restaurants japonais (environ 500 à Paris et en province). Modèle économique mixte : si le magazine est gratuit dans les "points de vente"(restaurants) grâce à la publicité, il faut s'abonner pour le recevoir chez soi : 40 € pour 4 numéros + un livre sur l'art du sushi.

36 pages de gastronomie, conseils culinaires, recensions de livres de cuisine. La publicité, en parfaite affinité avec les articles, est discrète, utile, jamais intrusive : ingrédients divers (sauce au soja, vinaigre, riz), boissons, restaurants japonais, cours de langue, livres de cuisine... Le magazine publie aussi un carnet d'adresses recensant les restaurants qui le distribuent. Mise en page élégante et efficace.

Deux sites Web correspondent à ce titre :
- un site gastronomique : www.wasabi.fr
- le site de l'école professionnelle de sushi : www.chef-sushi.com
  • Modèle économique : gratuit et payant peuvent coexister. 
  • La culture, c'est du singulier universel : la cuisine est culture d'intégration, de fusion et d'enrichissement. Ni exclusion, ni renfermement, ni rejet.
Ce magazine se positionne à l'intersection de plusieurs tendances observables dans l'économie de la presse et de la culture.
  • Média presse : gratuité pour le consommateur, distribution dans et par des lieux en affinité, contenus thématiques, rythme de parution long (bimestriel et trimestriel)
  • L'intérêt pour les cultures japonaises se manifeste par la diffusion des mangas, de la cuisine, des arts martiaux, de l'animation (Japan Expo lancé 1999 connaît un succès croissant). On compte plus de 60 nouveaux titres et Hors Série sur le Japon depuis 2004 inclus
  • Quant à la passion pour la cuisine et la gastronomie, elle se traduit par plus de 600 nouveaux titres et Hors Série cuisine depuis 2004 inclus. (Sources : MM)

mardi 28 février 2012

Au bout du e-commerce, le camion de livraison, ou le drive

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Au bout du e-commerce, loin du retargeting, du clic et des transfos, il y a le transporteur, le livreur, le code d'entrée de l'immeuble, le gardien et ses horaires, la taille de la boîte aux lettres... Paradoxalement, le succès du e-commerce le plus moderne repose sur ce qu'il y a de plus trivial, de plus matériel : des motos, des camions garés en double file, des embouteillages... Et encore faut-il que l'acheteur, qui généralement travaille, se trouve chez lui au moment de la livraison. Maillons faibles de la chaîne qui n'est jamais entièrement numérique.

Qu'une seule de ces étapes faillisse et l'achat attendu n'arrivera pas à destination, ou arrivera trop tard ; le temps gagné à l'achat est perdu à la réception. La chaîne dématérialisée du e-commerce a la fragilité de chacun de ces maillons terriblement matériels. La superstructure numérique, de plus en plus efficace, de plus en plus séduisante repose, en dernière instance, sur une infrastructure logistique énorme et complexe dont la performance globale ne va pas s'améliorant. On parie sur les drones !

Quelles solutions ?
Evoquons une solution hybride, celle du "drive-thru". Afin de limiter les désagréments matériels qui entravent le développement du commerce en ligne, la grande distribution (super et hypermarchés) généralise la livraison dans les "drives" : l'acheteur fait ses courses en ligne loin de la cohue du magasin et passe prendre sa commande au "drive", quelques temps après, à l'horaire qui lui convient, sans se soucier de parking.

Solution pour les vendeurs de produits packagés (FMCG), solution qui pourrait séduire d'autres commerces, des libraires, des distributeurs de DVD ou de produits bruns, par exemple, pour concurrencer Amazon ou Netflix qui n'ont de distribution que par transporteurs (Best Buy recourt déjà au drive thru et Amazon a mis en place Amazon Locker). Walmart, par exemple, peut tirer profit de son très dense réseau de points de vente (d'où l'enjeu de l'implantation de la grande distribution dans les centres villes). Le point de vente n'est plus seulement un espace commercial, il peut devenir le complément logistique des achats en ligne.

Cf.  sujet de ABC News sur le Drive-Thru Groceries Shopping aux Etats-Unis.

Il n'est de numérique immatériel qui ne repose sur du matériel. La notion de pure player est une sorte de mensonge, un péché intellectuel par omission ou enthousiasme. Alors que fleurissent des visions enchantées du monde numérique, visions intéressées, il faut garder présent à l'esprit ce "déterminisme" logistique. A quoi il convient d'ajouter que le magasin "physique", de moellons et de mortier, joue souvent le rôle de vitrine où se forme et se vérifie l'opinion des acheteurs.
De l'importance de travailler en synergie offline et online. Le drive-thru shopping est au confluent du online et du offline.

Mise à jour 30 novembre 2012
Google vient d'acheter BufferBox une société canadienne qui propose à ses clients de regrouper et envoyer les achats effectués en ligne à une seule adresse à son nom avant de passer en prendre livraison à sa convenance, généralisant à tout commerce en ligne le principe du drive ("BufferBox’s self-serve kiosk").

Mise à jour octobre 2012
Un gouvernement envisage une réglementation d'urbanisme commercial encadrant spécifiquement les drives. Cf. LSA.

Mise à jour juillet 2012
Bibliogr. : Voir l'excellente infographie de Margot Ziegler, publiée dans LSA d'après des données de Kantar, LSA Expert et NielsenTableaux et cartes (cf. copie de la carte ci-dessous).
Voiture de livraison Monoprix à Paris (avril 2012)



dimanche 5 février 2012

Walmart : merchandising d'abord

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Les équipes de merchandising et de marketing de Walmart étaient jusqu'à présent alignées au même niveau hiérarchique ; elles reportaient également au P-DG de Walmart (Etats-Unis, 4 750 magasins). Une réorganisation vient de prendre effet qui met désormais le marketing sous la responsabilité du merchandising et qui rassemble les deux entités. Le merchandising prend donc le pouvoir : relation aux clients, organisation des ventes et des linéaires (display), assortiment des produits, politique des prix.
Ce tournant, amorcé il y a quelques mois, s'est manifesté pleinement lors du long week-end du "Black Friday".

Ainsi Walmart prend acte des changements intervenus dans les comportements et consommations médias de ses clients : emprise des réseaux sociaux (Facebook surtout), ampleur et intérêt stratégique supposé de la data produite à chaque étape de la consommation. La principale de ces transformations, celle qui les orchestre toutes est l'équipement en téléphonie portable. Promu au devant de la scène commerciale par ces transformations, le merchandising semble mettre la publicité au second rang des priorités de Walmart.
Au lieu d'événements promotionnels, ponctuels, les prix les plus bas, tout le temps (Every Day Low Price, EDLP). La fidélisation serait à ce prix. Qu'il faut néanmoins faire connaître.
Fini le point de vente comme enchantement, théâtre. Des palettes partout ("Action Alley"). Le plus grand nombre de produits possible (EGS). Moins chers. Organisation de crise ?

Dans cette perspective, que devient l'établissement et le maintien d'une image de marque, d'une notoriété ? Le merchandising peut-il remplacer la publicité pour atteindre ces objectifs ?
Un tel changement est il propre à la grande distribution ?
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dimanche 9 octobre 2011

Presse magazine : l'exception est la règle

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La question des formats en presse magazine est complexe.
Beaucoup de titres, quelques dizaines, disposent désormais à côté de leur version classique une version au format poche ou sac à main, plus facile à feuilleter, à transporter, moins chère aussi. Concession raisonnable à la mobilité.

En même temps, de temps en temps, des titres proposent une version grand format. L'hebdomadaire Voici (Groupe Prisma Presse  / Gruner + Jahr) publie pour la troisième fois une version dans un format plus grand que d'habitude (226x312). "Numéro exceptionnel !" mais vendu 1,5 €, comme la version habituelle (1,5 € "seulement"). Grâce à cette exceptionnalité (suffixe S), alors que le titre est hebdomadaire, cette version grand format ne sera pas "chassée" par le numéro suivant (règle de rappel) et restera deux semaines en kiosque. Double visibilité pour le titre.
Les prix, eux-mêmes, varient de plus en plus. Cet été Voici a été vendu à un "prix exceptionnel" (1 €, ce qui est aussi le prix pour les abonnés à l'année). Quant à ceux qui achètent le numéro de Voici en version numérique, ils le paient, semble-t-il, 1,18 € (et 0,99 € lorsqu'ils sont abonnés).
En presse magazine, l'exception est de plus en plus souvent la règle. On ne dit pas assez cette modernité de la presse, ce travail d'optimisation empirique...

A gauche, "numéro exceptionnel" d'octobre ; à droite, numéro de juillet au "prix exceptionnel"

jeudi 11 août 2011

Kindle Singles : Amazon éditeur

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Mise à jour 15 novembre 2011
Amazon a déclaré vendre plus de livres numériques que de livres en papier. Difficile à croire. Communiqué de presse repris, paresseusement, photo comprise, par les médias, y compris ceux qui prétendent le plus au sérieux professionnel. Exemples, dans la presse économique italienne et américaine : Il Sole 24 HoreThe Wall Street Journal, etc.
Evidemment, plus que d'autres, je n'ai pas les moyens de vérifier ces données. Il faudrait disposer d'audits interprofessionnels, comme en fait effectuer une grande partie de la presse, rare exemple, dont elle ne se vante pas assez (allez donc chercher des données fiables concernant les divers abonnements en télévision, les membres des réseaux sociaux, les équipements divers, etc.). Bien sûr, un panel distributeur, du type GfK ou IPSOS, ne peut remplir ce rôle pour la distribution de produits numériques sur le Web. Faute d'audit, la statistique publiée par Amazon est sans valeur autre que d'être le symptôme de préoccupations de l'entreprise qui les fait circuler, gratuitement - avec la complicité de nombreux médias, dont cela n'arrange pas l'image. Quelles préoccupations ? L'avis d'analystes financiers, l'image de la marque, la concurrence...

Les données propagées par le service de presse d'Amazon portent sur le nombre de livres vendus et non sur le chiffre d'affaires. Que dit le nombre de livres ?
  • Notons d'abord que, Amazon, comme d'autres distributeurs numériques, donne ou vend à très bas prix nombre d'ouvrages classiques en version numérique Kindle (que l'on peut lire sur plusieurs plateformes, iPad, android, iPhone, Mac, PC, etc.). Initiative louable qui augmente le nombre d'exemplaires distribués et peut s'apparenter, comptablement, à un investissement promotionnel.
  • Comment sont pris en compte les livres prêtés (Kindle Book Lending program) ou les ouvrages de promotion (exemplaires de passe) ?
  • Enfin, et surtout, parmi les livres vendus par Amazon, en exclusivité, il faut désormais compter les Kindle Singles.
Les Kindle Singles
Lancés en janvier 2011, les Kindle Singles sont définis comme des oeuvres brèves, un peu plus longues qu'un article de magazine (long-form journalism), un peu plus courtes que des petits livres. Beaucoup des essais publiés actuellement dans la collection semblent écrits par des journalistes ou apparentés. Le genre, difficile à délimiter, inclut des essais, des mémoires, des reportages, des nouvelles. Définition liminaire : "Compelling Ideas Expressed at Their Natural Length". Le genre est dit "naturel" alors que, comme tous les genres littéraires, il est construit (longueur, forme, sujet), objectivé par le cahier des charges et le contrat d'édition (digital self-publication and distribution program). Notons qu'il s'agit d'un format court, comme le Web semble les favoriser dans d'autres domaines (vidéo) ; ceci abaisse la barrière à l'entrée dans le "livre".
  • Longueur : 5 000 à 30 000 mots, soit 30 à 50 pages
  • Prix de vente :1 à 5 $
  • Oeuvre absolument originale (ni presse, ni Web). Le risque de plagiat et de spam existe : la stratégie d'Amazon pouvant s'apparenter à celle de certains collecteurs de contenus ("content farms") 
  • Pas d'ouvrages de conseil (how-to) : cuisine, tourisme, loisirs créatifs, bricolage, etc. Pas de livres d'enfants, etc. Sans doute parce que ces ouvrages requièrent schémas, photo et couleur.
  • Droits d'auteur : 70% pour les ouvrages vendus 2,99$ et moins. Participation de l'auteur aux frais de distribution. Paiement à la fin de chaque mois (pour plus de précision, voir l'"expérience" d'auteur relatée par Larry Dignan dans ZDNeT ou encore celle de Edward Jay Epstein dans the Atlantic wire)
  • Exemple de Kindle Single, recension de Media Makeover.
On ne peut exclure que ce petit format, bien que récent, explique en partie le nombre d'ouvrages vendus par Amazon. Dommage que l'on ne dispose pas d'une statistique selon le prix de vente. Secret des affaires ? Une statistique publiée pour rien ? Besoin de notoriété ?

Nous retiendrons surtout que
  • le numérique est peut-être en train d'"inventer" un genre littéraire. Ce n'est que la première d'innovations littéraires qui, partant des contraintes des supports numériques, affectent voir définissent la forme des contenus publiés. Les tablettes, les rouleaux de papyrus et l'imprimerie aussi, en leur temps, ont produit des formes littéraires, dont nous avons hérité. Apple se met à son tour aux e-singles et vend des "Quick Reads" numériques à partir de 0,99$ (non-fiction) ; toutefois, Apple n'est pas (encore ?) éditeur.  Penguin lance Penguin Shorts en Grande-Bretagne, fin 2011 (1,99 £).
  • Amazon, de distributeur, devient éditeur. Les éditeurs papier lui imposent leurs prix, pour l'instant. Un jour, les éditeurs de livres papier pourraient bien venir acheter leurs droits chez Amazon.

N.B.
Sur le format dit "long-form journalism" voir :http://longform.org
Sur l'édition numérique de tels ouvrages : The Atavist, plateforme de publication d'ouvrages du genre "original nonfiction storytelling", qui sont repris en Kindle Singles.
Voir aussi, par exemple : la collection One Shot de StoryLabEdition ("shots littéraires de 30 à 40 minutes de lecture" pour 0,99€)
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mardi 26 juillet 2011

Presse régionale en vacances


C'est l'été et les vacances. Les lecteurs aussi prennent des vacances et partent quelque part en France, en famille, en camping, à l'hôtel, en location. Loin de leur journal régional et des nouvelles de chez eux.
Période à risque pour la presse régionale : à l'occasion des vacances, les abonnés peuvent se déshabituer de leur journal, interrompre un abonnement qui arriverait en vain dans leur boîte aux lettres. Et qui lira, à son retour de vacances, une pile de journaux des semaines passées ? "Who wants yesterday's papers" chantaient les Rolling Stones !

Pour améliorer son service, la presse régionale propose à ses abonnés de livrer leur abonnement dans leur lieu de vacances, sans supplément de prix, voire même avec un ou plusieurs numéros offerts. Cf. les offres dans les Ardennes de deux régionaux : le quotidien L'Ardennais (en haut) et La Semaine des Ardennes (en bas). Ce service est aussi une incitation à s'abonner.

Mobilité de cette presse locale qui, évidemment, ne peut bénéficier comme les magazines de distribution nationale. Bien sûr, les abonnés pourraient retrouver leur journal sur le Web, mais peu sans doute partent avec leur ordinateur, disposent de connection en vacances, et le smartphone reste incommode pour lire la presse régionale. Et enfin, ce n'est pas pareil : le journal régional, pour beaucoup de lecteurs, c'est aussi une certaine sensation, une ergonomie de feuilletage et de reprises en main que ne rend pas le numérique.
"Mon journal me suit" : mobilité postale, à l'ancienne ; organistion simple de la "proximité du lointain" pour être, même ailleurs, encore comme chez soi .

Presse régionale à l'entrée du  kiosque de la gare de Charleville-Mézières (Ardennes, 08)

dimanche 5 juin 2011

Modèle économique : Témoignage Chrétien

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TC, juin 1944. Source : Archives de la vie littéraire sous l'occupation, 2011Ed. Taillandier, IMEC, p. 369
Témoignage Chrétien (TC) est un hebdomadaire sur papier journal, se positionnant depuis toujours à "gauche" ("l'info qui résiste", "la résistance spirituelle"). Titre issu de la Résistance, lancé dès novembre 1941 (Cahiers puis Courrier français du Témoignage Chrétien) quand une bonne partie des chrétiens, des médias et des journalistes français collaboraient sereinement. Après la Libération, l'hebdomadaire ne trahit pas ses principes et prit position contre la colonisation. TC fut aussi à l'origine de Télérama dès 1947. Peu de titres peuvent se vanter d'autant de lucidité politique et d'anticipation média.

Changement de modèle économique
Pour ses 70 ans, à partir du 17 juin, TC renonce à la distribution en kiosque ; il ne sera plus guère accessible que par abonnement (111 €/an). Le titre compta 80 000 abonnés dans les années 1950, il en compte actuellement 8 000 plus 4 à 500 exemplaires vendus au numéro (source : TC). Avec 48 numéros, ce sont quand même, chaque année, plus de 400 000 exemplaires achetés et payés par des lecteurs.
Absent des points de vente, TC compensera le déficit de visibilité, dit la rédaction, par sa présence sur le Web et dans quelques librairies.
La réussite de ce modèle économique passe, à tout le moins, par le travail de référencement sur le Web et par l'invention d'interactions de lectures entre journal et Web, journalistes et lecteurs. Un contrat d'information ? Le Web pourrait apporter bien plus que de la visibilité à un tel titre qui sut, dans des situations dramatiques, constituer un "lien" (cf. supra, son sous-titre).

Qui peut s'inspirer d'un tel modèle ?
TC vit de ses lecteurs, directement, pas de leurs consommations. Sauf cas particuliers, annonceurs et conseils média l'ignorent.
L'abonnement postal est commode, il est subventionné (tarifs préférentiels). Le fichier des abonnés permet, éventuellement, des opérations de marketing direct ciblées. Finis les invendus : tirage = diffusion payée.
TC, juin 2011
Ce modèle, "tout postal", est déjà celui d'une grande partie de la presse professionnelle (B2B), pour laquelle, il constitue sans doute une étape vers le "tout numérique". Presse militante et presse professionnelle présentent des points communs : précision du ciblage, caractère indispensable et exclusif de l'information pour les lecteurs, régularité et fidélité du lectorat.
Pour la presse militante, qui dépend peu de l'événement, qui ne fait pas d'effets de manchette,  le kiosque apporte peu. Déjà, cette presse n'est présente que dans un nombre restreint de points de vente, et, lorsqu'elle est présente, ces points de vente ne lui apportent guère de visibilité car ses titres sont relégués aux confins des linéaires, attendant que le chaland les débusque ou les demande.

Vive l'abonnement ?
C'est le modèle économique le plus transparent, le plus vertueux pour l'économie des médias : le lecteur achète sa lecture, son concert, son film...
L'abonnement, c'est aussi une lecture de la loi Bichet. Comment faire pour qu'il participe à la visibilité qu'installe cette loi ?
Reste, le Web l'a mise au goût du jour, la question des fichiers. L'abonnement comme l'adhésion impliquent un fichage (opt-in), en comparaison duquel le cookie du Web paraît inoffensif. Associées, adresse postale + adresse IP constituent un fichier marketing (ou politique) d'une rare qualité : l'adresse est nécessairement mise à jour chaque année, au moins. Qui veut être discret, prudent, achète en kiosque, paie en liquide au lieu de payer un abonnement par chèque ou carte.
Quid d'un abonnement qui serait pris et servi en kiosque ?
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mercredi 30 mars 2011

La loi Bichet

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Cette loi, issue de la Résistance (2 avril 1947), doit son nom à un député MRP (parti démocrate chétien). Elle constitue l'un des piliers de l'économie de la presse française. Elle stipule d'abord que la diffusion de la presse est libre (art. 1). Les éditeurs sont égaux en droit, qu'ils soient grands ou petits," puissants ou misérables". L'accès au réseau de distribution est libre. Hors abonnements, tout groupement pour la distribution doit prendre une forme coopérative (art. 2).
La France compte de nombreux titres de presse, il s'en crée des centaines chaque année (plus de 660, selon nous, en 2010, et deux fois plus de hors série. Souce : Base MM). Diversité exemplaire, dynamique que connaissent peu de médias. La loi Bichet y est pour beaucoup. Pas seulement cette loi : les diverses aides de l'Etat à la presse, directes et indirectes, contribuent largement aussi à cette diversité de genres, d'opinions, d'engagements, de styles, de goûts, de prix.
Diversité inévitablement méconnue par les grandes agences média qui investissent surtout dans les plus grands titres, ceux qui sont pris en compte par les études de lectorat et les logiciels de mediaplanning. La contrainte politique sur la distribution équilibre en quelque sorte la puissance publicitaire.

La loi Bichet est remise en question par les grands éditeurs et par des représentants des distributeurs. S'il  y avait moins de titres dans les points de vente, on les trouverait mieux, il y aurait plus de place, disent-ils. Les titres distribués seraient plus visibles, la mise en place plus commode et plus rapide. La loi Bichet plaçait la presse au-delà d'une logique exclusivment commerciale (marketing), l'offre ne devant pas être déterminée par la demande.
La contestation de la loi Bichet concerne ce que l'on appelle la réforme de l'assortiment. Elle touche la charge de travail des diffuseurs (points de vente), le marketing des titres et la diversité et le dynamisme de la presse française. Cela fait beaucoup. Observatoire remarquable de l'économie des médias, le débat sur la Loi Bichet secoue en cascade bien des traditions françaises qui font "l'exception culturelle". La législation française considère que la presse n'est pas un produit comme les autres : supprimer la Loi Bichet reviendrait sur ce principe directeur. Mais, dès lors qu'elle deviendrait un produit comme les autres, pourquoi maintenir les aides directes et indirectes sans lesquelles beaucoup de titres ne survivraient pas ? Comment concilier rigueur de gestion et respect des principes politiques ? Comment l'offre d'information et de divertissement présente et accessible sur le Web affecte-elle les moyens de satisfaire à cet impératif de diversité ?
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dimanche 5 septembre 2010

Menus, recettes, listes et comportement du consommateur

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Résultat (escompté !) de la recette
Les meilleures promo du moment, près de chez moi, pour un produit alimentaire donné : c'est ce que propose le site américain Prevention.com grâce à son outil de recherche. Ce moteur est proposé dans la partie "recettes de cuisine"du site, Healthy Recipe Finder (recherche de recettes "bonnes pour la santé").

Prevention.com est le site du mensuel du même nom, publié par Rodale, éditeur américain de magazines, de livres et de sites consacrés à la santé et aux loisirs sportifs. Prevention, créé en 1950, est consacré à la santé et à l'alimentation (1 $ le numéro) : près de 3 millions d'exemplaires diffusés (11 millions de lecteurs). Le site est développé par une JV de Qponix (pour les listes) et de MyGrocery.com (pour les promos).

Dans le moteur, il faut indiquer d'abord le code postal (zip code), puis une catégorie de produits, et éventuellement, une enseigne de magasin ; par défaut, le moteur prend en compte toutes les enseignes alimentaires correspondant au code postal. On peut, par exemple, partir d'une recette de cuisine et rechercher les ingrédients nécessaires, au meilleur prix, dans les enseignes proches. Le moteur sort les promotions correspondant à la catégorie de produits et signale les magasins où elles sont proposées. Il est possible ensuite d'inscrire, d'un click, le produit choisi sur une liste que l'on peut imprimer avant d'aller faire ses courses. Solution peu commode. En fait, il manque une appli...

Cette appli, nous la trouvons avec Qponix qui l'a développée pour l'enseigne Meijer (Meijer MealBox), par exemple. On part des menus de la semaine, des recettes nécessaires (y compris des recettes des clients, user generated content) ; la liste des produits à acheter se constitue en optimisant le budget : l'appli promet 50% de réduction de la facture d'épicerie. S'y ajoutent les coupons et les publicités propres à un point de vente donné (local deals) ainsi que la carte de fidélité. L'appli garde en mémoire les recettes, les produits achetés, etc. La liste s'organise selon les rayons et les linéaires pour rationaliser le trajet dans le point de vente et faire gagner du temps au moment des courses.

Liste des ingédients classés par linéaire
On le comprendra, de tels développements, si l'usage s'en généralisait, remettront en question nombre de postulats du shopper marketing (in-store marketing), du comportement du consommateur et de la distribution.
  • Dans cette logique de type AroundMe, le client devient le centre de son monde ; la zone d'attraction, de chalandise change de sens. Le point de vente n'est plus au centre du comportement des consommateurs (révolution copernicienne du marketing !). 
  • Le moteur ne propose même pas de filtrer les propositions à partir d'une marque : les marques, plus encore que les enseignes, sont dissoutes par la logique même du moteur. Le moteur de recherche transcende les marques et optimise les choix commerciaux à partir du prix et de la proximité, variables commodes et indiscutables, toutes choses égales par ailleurs. Cette démarche, favorable aux marques distributeurs (MDD), impose un nouveau marketing aux marques traditionnelles (référencement, prix) car la notoriété et l'image sont moins discriminantes.
  • La PLV traditionnelle devra trouver des voies plus créatrices pour retenir l'attention des chalands car nombre de décisions d'achat sont effectués avant l'entrée du client dans le magasin.

dimanche 1 août 2010

Are the magazines going to "go postal" !

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La Poste américaine (U.S. Postal Service, USPS) veut augmenter ses tarifs. Cette augmentation pourrait toucher la presse mais aussi d'autres segments "marketing" comme les catalogues et la publicité adressée. Pour les périodiques, l'augmentation pourrait atteindre 8% en janvier 2011 et 5,1% pour les catalogues.
La presse a constitué un groupe de pression pour contrecarrer une telle décision : l'"Affordable Mail Alliance" rassemble les éditeurs (MPA, Magazine Publishers of America), l'association américaine de marketing direct (DMA), des imprimeurs, des fabricants de papier... Cette coalition attaque le modèle économique de la poste : les emplois, l'organisation du travail, le niveau des rémunérations...

La logique économique travaille contre la presse et contre le papier en général. L'argumentation de la presse coalisée contre l'augmentation consiste à brandir la menace des pertes d'emplois (cela a bien marché pour l'automobile, vache sacrée de l'économie et de la politique américaines). Plus inattendu est l'argument Internet que l'on peut résumer ainsi : si la Poste veut notre clientèle, il faut qu'elle fasse un effort car la presse dispose désormais d'une solution alternative, Internet.
  • Ce débat, crucial pour les deux protagonistes, montre l'impact actuel et futur des solutions numériques. Cercle fatal pour le papier : la distribution numérique réduit la distribution postale de la presse, ce qui conduit la Poste à augmenter ses tarifs, ce qui oblige la presse à se tourner davantage vers la distribution numérique, et ainsi de suite...
  • Ce conflit illustre l'avenir probable du papier, de l'imprimerie et des supports matériels auxquels ils ont donné naissance : MD, presse, catalogues... et  distribution postale. Des transformations draconiennes sont inévitables. Faut-il à tout prix chercher à les retarder ?
  • Anne-Sophie Batalla (Université de Paris-Dauphine), qui effectue des recherches sur la VOD, me fait remarquer que ceci constitue une mauvaise nouvelle pour Netflix qui compte sur la poste pour l'acheminement des DVD loués par les abonnés. Ce sera une incitation de plus pour passer au modèle tout numérique (streaming).

vendredi 7 mai 2010

Le poids du papier : du Web au kiosque

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Rue 89 lance le 16 juin Revue89, un mensuel d'une centaine de pages (3,9€), Allociné lance Contrechamps, une revue annuelle, destinée aux professionnels. Déjà, Mediapart a lancé en décembre 2009 un cahier trimestriel (et aussi un livreet depuis septembre 2009, Bakchich publie une version hebdomadaire qui vendrait 17 000 exemplaires (1,5€, passé du mercredi au samedi)... Vendredi avait tenté, fin 2008, de publier sur papier un hebdomadaire recyclant des articles parus sur le Net (le titre cesse sa parution en été 2009). Après dix ans de Web, Marmiton a donné naissance avec succès à un magazine papier de référence.
En mars 2014, pour son troisième anniversaire, Atlantico lance un hors-série de 140 pages : "France, encéphalogramme plat" (14,9 €).

Que penser du passage au papier de ces titres revendiquant, parfois haut et fort, un modèle économique et sociologique numérique ? Quelques hypothèses :
  • La diffusion dans les points de vente apporte une visibilité différente de celle du Web, donc complémentaire : le papier assure la promotion du site dans quelques milliers de points de vente (grâce aux aides à la presse et à la loi Bichet). Et réciproquement : du Web au kiosque.
  • Si la duplication entre les lectures Web et celles des exemplaires papier est sans doute faible (et surtout mal connue), le papier augmente la couverture du titre. Ceci plaide pour un modèle économique mixte mais conçu à l'envers : le titre est basé sur Internet qui assure le régulier, le fréquent, tandis que le moins fréquent et l'irrégulier, l'équivalent des hors-série, est proposé en kiosque pour profiter d'un complément de revenu, de notoriété, de visibilité, voire de légitimité. Faire événement.
  • Cette double vie devrait donner lieu à des recherches sur les synergies, méconnues pour l'essentiel, entre les deux modes de distribution.
D'autres raisons ?
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lundi 3 mai 2010

Free-quent buyer program

Comment inciter à l'achat de la presse magazine dans un réseau donné ? Comment fidéliser les acheteurs ?

Le réseau américain HMSHost, présent dans les restaurants, cafés, librairies d'aéroports et près des autoroutes (motorways, travel plazas) propose une carte de fidélité à ses clients.
Pour 6 magazines achetés, le septième est gratuit. L'offre MagazinePlus est disponible dans une vingtaine de grandes agglomérations.