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lundi 19 novembre 2018

The Kominski Method : le Paradoxe du comédien relu par Hollywood


The Kominski Method, série de 8 épisodes de 30 mn, Netflix, 2018.

Cette série originale de Netflix, produite par Warner Bros. et dirigée par Chuck Lorre ("The Big bang Theory") met en scène le métier d'acteur. Cela se passe à Los Angeles, bien sûr, où les immeubles de Netflix trônent désormais non loin de studios de cinéma presque centenaires !
L'histoire est celle d'un acteur vieillissant et de son meilleur ami, un agent un peu plus âgé, qui a réussi. Deux thèmes s'entrelacent pour conduire l'intrigue : le métier d'acteur et le vieillissement.

The Kominski Method est d'abord la tragi-comédie de l'âge, des grands et petits malheurs de vieillir au masculin. Cette série est un peu le pendant masculin, le négatif, de "Grace et Frankie" (Netflix), qui donne du vieillissement une image surtout féminine, plutôt heureuse et optimiste, l'humour aidant à dominer l'adversité. The Kominski Method donne de l'âge une image amère, férocement ironique, d'un réalisme souvent cynique : le deuil, la santé, les enfants, la sexualité vacillante... Beaucoup d'autodérision et d'humour dans des dialogues ciselés et calculés comme pour une stand-up comedy.
Le troisième - et dernier - âge est à l'honneur, et ses héros sont fatigués. C'est la tonalité de la série, cela frise parfois la gérontologie.

Un second thème est au cœur de la série : le métier d'acteur et comment l'apprendre. Un acteur autrefois adulé, maintenant sans rôle, enseigne pour survivre le métier d'acteur (coach). Mise en abyme ! Bien sûr, tout évoque l'Actors Studio (1947, à New York puis 1966, à Los Angeles) et sa "méthode" empruntée à Stanislavski (1863-1938, théoricien du théâtre russe) et Vakhtangov (1883-1922, Moscou) qui influenceront Lee Strasberg, créateur de l'Actors Studio.
Avant Stanislavski, revenons toutefois à Diderot et au Paradoxe sur le comédien (1773). L'acteur doit-il, peut-il jouer ce qu'il ne ressent pas ? Dans The Kominski Method, l'acteur qui joue l'acteur joue à ne pas ressentir sa vie qu'il fait semblant de jouer. La vraie vie et ses émotions finissent pourtant par le rattraper et il est tenté de jouer pour s'en sortir. Le seul tournage auquel on assiste est celui d'un spot publicitaire : l'acteur s'y laisse aller à sa sensibilité, l'homme prenant le pas sur le personnage. Erreur ? Revient le fameux paradoxe. "Les larmes du comédien descendent de son cerveau ; celles de l'homme sensible montent de son cœur", et Diderot d'insister : "C'est l'extrême sensibilité qui fait les acteurs médiocres : c'est la sensibilité médiocre qui fait la multitude des mauvais acteurs ; et c'est le manque absolu de sensibilité qui prépare les acteurs sublimes". Tel est le paradoxe au cœur de The Kominski Method et d'abord au cœur de "The method" de l'Actors Studio ("the home of method acting", fondé en 1947). Le jeu de l'acteur doit équilibrer émotion ressentie et émotion jouée. Le métier s'apprend à coups de répétitions, de techniques et d'exercices (gestes psychologiques, décontraction, etc.). On peut imaginer également des allusions à la "biomécanique" de Vsevolod Meyerhold (1974-1940, Moscou). Michelangelo Antonioni dira le contraire : "Je m'efforce de solliciter chez l'acteur l'instinct plus que le cerveau" (o.c. p. 20 ; voir aussi p. 31).

La série (single-camera setup) peut être regardée innocemment (sans savoir) ; elle peut aussi être regardée en pensant à tous les acteurs de cinéma issus de l'Actors Studio et à la fameuse émission qui les met en scène pour de longs interviews hors scène ("Inside the Actors Studio"). Pour ceux qui aiment le cinéma, série indispensable.
Brillante distribution d'acteurs (Alan Arkin, Michael Douglas). Travail remarquable tant par la réflexion, en acte, sur le travail de l'acteur, que par le traitement parodique du vieillissement masculin. Au plan théorique, il faudrait sans doute approfondir la différence, pour le jeu d'acteur, entre le théâtre et le cinéma où le nombre de prises peut être réduit ou multiplié.

MàJ 18 janvier 2019 La série ayant gagné deux Golden Globe Awards (meilleure "comedy series" et meilleur acteur, Michael Douglas), Netflix l'a renouvelée pour une saison.


Références
  • Denis Diderot, Paradoxe sur le comédien
  • Inside the Actors Studio", émission de la chaîne Bravo, 1994 (Paris Première en France), tournée avec le public de l'Actors Studio Drama School
  • Molière, L'impromptu de Versailles, 1663 : "c’est en quoi vous faites mieux voir que vous êtes excellente comédienne de bien représenter un personnage qui est si contraire à votre humeur: tâchez donc de bien prendre tous le caractère de vos rôles, et de vous figurer que vous êtes ce que vous représentez", Scène 1)
  • Sonia Moore, The Stanislavski System: The Professional Training of an Actor, 1984
  • Famous alumni of The Actors Studio
  • Michelangelo Antonioni, "Paradoxes sur les acteurs" (1959), "Réflexion sur l'acteur" (1961) in Ecrits (Fare un film è per me vivere), Editions Images Modernes, 2003, 351 p.

lundi 24 mars 2014

Morts en séries : "The Good Wife"


Quand un acteur veut quitter une série, il faut que son personnage meure.

Spoiler Alert !

Coup de tonnerre à la télé américaine : l'un des personnages clefs de la série "The Good Wife" est mort dimanche dernier sur CBS, en plein prime-time, au cours de la cinquième saison. Josh Charles, l'acteur, ne voulait pas signer pour quelques saisons de plus, alors son personnage a été tué d'un coup de fusil, en plein tribunal.
Le choc est tel que les créateurs et producteurs, Michelle et Robert King, ont rédigé une lettre pour se justifier auprès des téléspectateurs et fans, lettre publiée par le site de l'émission (Episode 515) : "death is a part of the human experience that we want to share"...

Décidément, beaucoup de morts regrettées au cours des dernières années. Déjà, Taraji P. Henson (Joss Carter, la policière bien-aimée de "Person of Interest", CBS) est morte assassinée. Matthew, personnage central de "Downton Abbey", PBS) joué par Dan Stevens est mort dans un accident de voiture, laissant une veuve enceinte, Lady Mary, pour aller poursuivre sa carrière au cinéma. Brody ("Homeland", Showtime), condamné à mort par un simulacre de tribunal, est pendu et laisse, lui aussi, une femme enceinte (Carrie)... En revanche, avec Finn Hudson ("Glee", Fox), le personnage doit disparaître quand c'est l'acteur qui meurt (Cory Monteith)... Molière mourut sur scène, le malade n'étant pas "imaginaire" (1673).

N.B. "The Good Wife" est diffusée en France depuis 2011 sur M6, puis sur Teva.