Affichage des articles dont le libellé est Le Monde. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le Monde. Afficher tous les articles

lundi 2 mai 2022

Flaubert, bien vu, bien raconté

"Gustave Flaubert. Le romantique enragé", Le Monde, Hors série, décembre 2021, 124 p., 8.9€

Le numéro que Le Monde a consacré à Flaubert commence par une biographie en images et se termine par la publication, quelques mois après sa mort, de Bouvard et Pécuchet et par une photographie de sa tombe au cimetière de Rouen.
De Madame Bovary dont le sous-titre évoquait Balzac ("Moeurs de province" pour Flaubert, tandis que Balzac sous-titrait Eugénie Grandet "Scènes de la vie de province"), on arrive ainsi à Bouvard et Pécuchet, "l'encyclopédie critique en farce". 

"Flaubert est un homme siècle", conclut Gisèle Séginger, normalienne, spécialiste de Flaubert, sur qui elle a fait sa thèse. Ni réaliste, comme le voulait Sainte-Beuve, ni naturaliste comme le voyait Zola, Gustave Flaubert, s'il admire Victor Hugo et Jules Michelet, rejette Lamartine et Musset, et finira en "très mince républicain". Gisèle Séginger dépeint Flaubert en "excessif" : "Flaubert, écrit-elle, n'aime pas son époque, ce XIXe siècle, où l'industrie et les bourgeois en habit noir triomphent. Il rêve d'Orient, selon lui, la patrie symbolique du beau...". Bel entretien avec Yann Plougastel au coeur du numéro.

La partie "Débats" commence avec les plaidoyers des avocats au procès de  Madame Bovary : à Ernest Pinards, procureur impérial, répond l'avocat de la défense, Jules Senard ; le jugement du 7 février 1857 qui prononce l'acquittement. Puis vient la querelle de Salammbô, et Flaubert répond à Sainte-Beuve. Barbey d'Aurevilly, à propos de L'éducation sentimentale, accuse son auteur de faire des inventaires et de n'être "qu'un faiseur de bric-à-brac". Ensuite, nous avons Proust évoquant le style de Flaubert, et Sartre qui déclare ses intentions au Monde en 1971 : "Mon but est de montrer une méthode et de montrer un homme". Enfin viennent les hommages de Théophile Gautier, de Georges Sand, d'Emile Zola ("Il (Flaubert) était très doux devant la langue, ne jurait pas, attendait des heures qu'elle voulût bien se montrer commode. Il disait avoir cherché des mots pendant des mois". 

Tout cela se termine par des "Références" et un "Lexique" établi par Virginie François ; elle montre un Flaubert hostile à la Commune, à ce qu'il appelle la "bêtise démocratique" et au suffrage universel. Elle montre aussi Flaubert en surpoids, atteint de la syphilis (comme Baudelaire, Daudet, Goncourt, Maupassant...). On pourra regretter qu'elle n'évoque pas également Pierre Bourdieu ("L'invention de la vie d'artiste", Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 1. 2, pp. 67-93) ou Marcel Proust ("À propos du style de Flaubert", La NRF, n° 76, 1er janvier 1920, pages 72-90 ).

L'ensemble constitue une excellente introduction à l'oeuvre de Flaubert et donnera envie de le (re)lire.

dimanche 22 novembre 2020

Les comptes presque à l'équilibre du Canard et "la joyeuse débâcle de la presse"

 

Le Canard enchaîné publie ses comptes. Ils sont pour la première fois de sa déjà longue carrière, négatifs, de très peu. Bien sûr, il y a la responsabilité de l'épidémie du COVID, les grèves de l'année aussi et puis il y a, surtout, les comptes de Presstalis, la société responsable de la distribution de la presse qui a été placée en redressement judiciaire. Perte de plus de 3 millions pour le Canard... 
Alors, finalement, le Canard plongera dans le numérique, ce qui devrait permettre à ses lecteurs d'acheter leur journal en ligne. Enfin. Dommage pour les kiosquiers, qui sont là, souvent, COVID ou grève.

La presse française va très mal : Le Point, L'Equipe, L'Obs, Le Monde, L'Humanité, L'Express, Les Echos, Le Parisen, Libération ne vont pas bien, voire très mal. Ils réclament des aides à leurs lecteurs (leurs prix montent), mais surtout à ceux qui ne les lisent pas (l'Etat), à Google aussi... La presse de province ne va pas mieux.
Alors, la presse papier est-elle finie ? Le passage au numérique est inévitable ; mais il y aura de grandes difficultés, car la publicité ne suivra pas. Et l'impôt ?

Le Canard enchaîné, 18 novembre 2020, p. 4
Source : Le Canard enchaîné, 18 novembre 2020, p. 4


dimanche 15 novembre 2020

Le roman d'une génération lycéenne d'aujourd'hui ?

Francesca Serra, Elle a menti pour les ailes, Paris, Editions Anne Carrière, 2020, 470 p.

Voici un roman. Il est long, trop long à mon avis. Mais qu'importe mon avis ! Le roman se laisse lire et même, on le lit avec intérêt même si la fin est un peu lente et longue. Mais qu'importe, il faut le lire pour le début. Et, surtout, le lire pour l'ambiance...
Il y est question d'une jeune fille, sa mère est de prof de danse, dans une ville où l'on est passé, comme dans le reste de la France, "en trois générations, de la lecture hebdomadaire de la Bible à celle de la presse féminine". Tout le livre est dans ses descriptions. Description de la vie d'un lycée de province, portrait de quelques groupes de lycéennes et lycéens : "Elle retrouve l'event sur son appli Facebook et clique sur le lien Google Maps"... Ainsi va la vie quotidienne du lycée telle que la comptent les adolescents.

Le livre a obtenu un prix littéraire du quotidien Le Monde. 

"Et on a des images de tout maintenant. Dans notre poche, vingt quatre-heures sur vingt-quatre. La distance du cinéma, on l'a réduite à rien. Qui a encore besoin des stars pour fantasmer? N'importe quelle influenceuse de YouTube fait le job. Parce que c'est nous les images maintenant ! La télé, on n'était pas dedans : internet, on est passés de l'autre côté". Voilà les cultures de deux générations qui s'opposent, radicalement, la culture de la télévision et la culture d'internet (p. 218). Le livre se veut délibérément le livre de la génération internet et c'est une conversation au Commissariat qui énonce la réalité nouvelle. Bon. 

Ce livre veut mettre en évidence les nouvelles oppositions culturelles, celle des jeunes (YouTube, Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat et autres) et celles des anciens, de la télévision, de l'administration du lycée, celles du Monde... En fait, l'opposition se trouve surtout dans les mots et ce sont les mots qui font le roman, "la grande machine à histoires" d'Internet. La génération de Garance (anagramme de "carnage" !), l'héroïne de 15 ans, très belle, est née avec internet et elle vit avec. Et l'auteur la regarde vivre, l'espionne. Une histoire presque mythologique qui se déroule à Ilarène ("île à reine", illa en latin, arène !), ville du bord de mer qui empreinte à l'Ajaccio de l'auteur.

Est-ce un bon livre ? Ou pas ? Imparfait, sans doute. Livre d'une génération, sûrement. Et à ce titre, un livre à lire.

L'auteur interviewée par France 3, octobre 2020 (YouTube)


mardi 2 juillet 2019

Les footballeuses françaises vaincues à Paris

Le Monde, du lendemain.

Penalty ou pas ? A la 85ème minute, un penalty n'est pas mentionné : l'arbitrage de l'arbitre, Ukrainienne, et la règle ont décidé que non... Bon, donc la France a vraiment perdu. Déjà, elle avait encaissé le premier but, dès la cinquième minute, devant une équipe américaine bien peu originale mais stable, et réaliste.

Le VAR (Video Assistant Referee ou Assistance Vidéo à l'Arbitrage) a sans doute perdu également un peu de sa "bonne réputation"... en attendant de prochaines, et inévitables, améliorations. Bien sûr, il y avait sans doute penalty, et l'on peut disserter des conséquences de ce refus de voir. Ce qui et certain, c'est qu'il faut encore améliorer l'exploitation de ce VAR, afin qu'il n'y ait plus de discussions vaines après les matchs.

Avec 12,2 millions de téléspectateurs en France (sur TF1, selon Médiamétrie, soit plus de 51% des parts d'audience, ce à quoi il faut a jouter les déclarations - certes marginales - de Canal Plus) ; avec 10 millions pour chacun de ses quatre matchs, l'équipe française a donc réussi son passage. Aux Etats-Unis, l'audience était moindre sur Fox mais elle atteint malgré tout 6,3 millions spectateurs.

Mais l'équipe française est éliminée des Jeux olympiques également. Elle fera mieux la prochaine fois... "Oui, c'est un échec sportif, il ne faut pas se cacher. Maintenant, j'espère que l'on a gagné autre chose. Le coeur des gens. J'espère que ça va aider notre discipline à franchir encore un capOn a vu qu'on n'était pas loin des Etats-Unis", a déclaré à L'Equipe Corinne Diacre, la sélectionneuse des Bleues

lundi 2 octobre 2017

Le Redoutable, un film à la Godard, sur le cinéma

L'affiche du film

Mes étudiants, cinéphiles et grands amateurs de médias, m'ont suggéré d'aller voir "Le Redoutable", film de Michel Hazanavicius consacré à une année dans la vie du cinéaste Jean-Luc-Godard. C'était une bonne idée.

On a oublié Le Redoutable ; c'était une fièrté nationale, le premier sous-marin à propulsion nucléaire lanceur d'engins (SNLE), inauguré le 29 mars 1967 par De Gaulle. Emblème de la "force de dissuasion" et de la stratégie militaire gaullienne, ce sous-marin donne son nom au film. Film à la Godard, quelque peu pastiche des films de Godard. Long métrage, genre biopic. Le film commence par une scène de petit-déjeuner, la radio diffuse un reportage réalisé à bord du sous-marin ; Le Monde publiera à la Une, le jour même, un article sur le même sujet se concluant par cette phrase que Godard aimait beaucoup citer : elle ouvre et conclut le film : "Ainsi va la vie à bord du Redoutable".

68, année politique ! Année clé pour Jean-Luc Godard, c'est l'année qui suit la sortie de son film "La Chinoise" dont les journalistes diront que c'est un échec - selon quel critère ? "Le Redoutable" montre un couple amoureux, Jean-Luc Godard et la jeune actrice de "La Chinoise" (et, avant, du film de Robert Bresson, "Au hasard Balthazar"), Anne Wiaziemsky. Elle est l'auteur des romans autobiographiques dont s'inspire le film (cf. infra). Jean-Luc Godard se veut alors marxiste-léniniste ; converti récent, il épouse consciencieusement la rhétorique et les slogans maoïstes. Jean-Luc Godard, lanceur de pavés et d'invectives...

Tout le film se déroule sur fond d'"événements" du printemps 1968 : barricades au Quartier Latin, pavés, gaz lacrymogènes, voitures retournées, occupation de la Sorbonne, discours en tous genres, à n'en pas finir. Le maoisme s'affiche : étagères de Petits Livres Rouges, portraits de Mao ZeDong, dazibao (大字报) à la française... Et ça parle ! Faire la révolution, c'est alors faire des discours sur le révolution telle qu'on l'imagine, la rêve. C'est surtout, malgré la fameuse mise en garde d'une citation de Mao, "un dîner de gala" ! Ça philosophe, ça ratiocine : Mao, Marx, Lénine, Trotsky, subtiles dailectiques ; les situationnistes et Guy Debord sont à peine évoqués... Dans les manifestations, Jean-Luc Godard perd ses lunettes à plusieurs reprises, et il n'y voit plus rien. Gag à répétition, cécité symbolique. Le festival de Cannes est amputé : mise en abyme, cinéma dans le cinéma. Débats politiques byzantins et surannés, sibyllins ("gaullistes", "révisionnistes", termes incompréhensibles aujourd'hui). Beaucoup de fumée pour rien. Puis De Gaulle revient à Paris, l'essence dans les stations-services ; alors les grévistes peuvent partir dans leurs voitures, pour des vacances en Espagne franquiste...
Portrait d'une époque, d'un milieu mondain journalistico-cinématographique (Michel Cournot du Nouvel Observateur et des "Gauloises Bleues") qui fraye avec un milieu d'étudiants d'"héritiers". C'est la mode chic du moment, frisson assuré. La plupart des héros du film sont des privilégiés au style de vie peu prolétarien, people vivant dans un confort luxueux...

Timbre d'octobre 1969 célébrant Le Redoutable
"Le Redoutable" montre un Jean-Luc Godard coincé entre son maoïsme appliqué, rigide, et sa jalousie récurrente, rongeuse. Constat redoutable, l'avenir appartient aux jeunes ; or, il ne l'est plus. Son passé l'encombre mais il en vit ; pour tous, il reste son passé, "Pierrot le fou" (avec Jean-Paul Belmondo), "Le Mépris" (avec Brigitte Bardot), "A bout de souffle"... Lui, pense n'avoir plus d'avenir cinématographique. Incompréhension amoureuse, incompréhension politique... "Adieu au langage", déjà (le film est de 2014) ? "Le Redoutable" fourmille d'allusions cinématographiques (Dreyer, Truffaut, Godard, etc.) : le cinéma est omniprésent dans le film. Il se dégage une certaine tendresse pour un Godard, maladroit, mal à l'aise, trop lucide. Il y a du Guy Debord dans sa désespérance et sa méfiance ambigüe envers une "société du spectacle" qu'il déclare mépriser mais dont pourtant il se délecte.

De cette époque, film et romans mêlés, quels médias émergent ? Les affiches, un peu, la radio, beaucoup (stations commerciales "périphériques"), la télé, pas du tout (l'ORTF est en grève), et la presse passionnément, avec Le Monde, que Godard lit rituellement, à tout moment, même à table, entre les plats... Et puis les livres : d'abord les Petits Livres Rouges, puis les deux autobiographies qu'exploite le film, etc.
Belle affiche pour le film, photo-montage qui évoque tout à la fois le périscope d'un sous-marin, les lunettes et le viseur du cinéaste.

En 2002, Le Redoutable devint un musée à Cherbourg.
Pour mes étudiants, cette histoire est de l'histoire. Toutefois les réflexions de Jean-Luc Godard sur le cinéma, et notamment sur l'économie du cinéma, sur le montage, sur le son, restent indispensables (cf. par exemple, "Manifeste. Lutter sur deux fronts", tome 1 de Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, pp. 305-327). Rappelons aussi que, à la demande de France Telecom, en 1988, Jean-Luc-Godard réalisera un moyen métrage, "Puissance de la parole" (25 mn), à partir d'un texte d'Edgar Poe (Power of words), traduit par Baudelaire... Godard décidément classique. "Le Redoutable" de Michel Hazanavicius donne envie de (re)voir les films de Jean-Luc Godard. Succès salutaire.


Références
Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, édition établie par Alain Bergala, Cahiers du cinéma, 2 tomes,1998, Index. On trouve, dans le tome 1, un chapitre consacré aux "années Mao" (pp. 301-375)

Jacques Mandelbaum, Jean-Luc Godard. Le livre, Le Monde, Cahiers du cinéma, 2007, Filmographie, Bibliographie.


mardi 5 septembre 2017

Presse magazine de l'été : hybridations créatrices


Doctissimo le magazine. Prenez votre santé en main ! relancé en juin 2017.
Bimestriel, 5,9 €. 132 p.

Génération Féministe, hors-série du site ChEEks, publié en juillet 2017 et de l'hebdomadaire les Inrockuptibles,  8,5 € (3,99 € en version numérique, Flash Player...)

Oh !my mag, septembre 2017. Mensuel, 3 €. Groupe Prisma. 160 p. Dos carré.

TEMPO Santé by Notre Temps, lancé par le Groupe Bayard, 5,95 €, septembre 2017, 100 p.


On annonce la mort prochaine du support papier pour la presse. Annonce très exagérée ! Sa disparition, certainement pas, sa transformation, sûrement.
L'innovation dans la presse peut prendre la forme d'une hybridation créatrice numérique / papier.
Nous avons retenu pour illustration quatre des plus récents symptômes de cette transformation : d'un site à un magazine papier, d'un site à un hors-série papier, d'un titre confirmé à un titre nouveau, un spin-off, comme l'on dit en télévision.
  • Le lancement par Doctissimo d'un magazine papier. Bimestriel né du site de Lagardère Active avec Pressmaker. 65 000 exemplaires. Fort de sa réusssite numérique, Doctissimo affronte et complète une concurrence nombreuse et variée de titres traitant de la santé. A chacun sa manière d'être malade, à chacun sa manière de se soigner. "Tout savoir pour bien manger", est le thème du premier numéro : cuisine, alimentation et santé...  Le numéro 2, porte sur les médecines douces.  Le site Doctissimo s'est déjà associé au Monde pour lancer le bimestriel Sens & santé, en mars 2017 (100 p., 5,95€).
  • En septembre, toujours sur ce secteur général de la santé, le groupe Bayard a lancé le bimestriel TEMPO Santé by Notre Temps.  Préserver ma santé, c'est essentiel ! (tirage de 140 000 exemplaires). Ce titre remplace Notre Temps Santé (mais 2014). C'est un spin-off de  Notre Temps  (noter le "by Notre Temps"). Un titre établi (Notre Temps) se prolonge d'un titre nouveau, ciblé plus précisément, plus étroitement. Déclinaison... On compte sur un transfert de la notoriété de marque (tout en apportant une image différente), un transfert de lectorat peut-être pour vendre plusieurs produits au même client. 
  • Lancement fin juillet, par Les Inrocks, de Génération féministe, hors série papier commun avec version numérique du magazine numérique ChEEks. Début 2017, le magazine Les Inrockuptibles (racheté en 2009 par le groupe de Matthieu Pigasse) avait acquis ChEEks, lancé en 2013 par trois journalistes. Spin-off ? Test ?
  • Oh ! my mag, du groupe Prisma (Gruner + Jahr, groupe Bertelsmann) avec sa filiale Groupe Cerise acquise en mai 2016, est isssu de la fusion du magazine papier As you like (avril 2015) avec le site ohmymag (français, allemand). Tirage de 120 000 exemplaires.
Toutes ces hybridations, mouvements logiques, ont évidemment des raisons économiques. Ce sont des modèles économiques. La presse que l'on appelle - drôle de nom - "féminine" se cherche, et cherche, et semble revenir sans cesse à son point de départ, en modernisant, en régénérant, rajeunissant son héritage de rubriques et de thèmes.
Sa modernisation se situe plutôt dans l'articulation papier / numérique et dans l'articulation périodique / hors-série (régulier / événementiel, attendu / inattendu). Et dans la combinaison de ces caractéristiques.
Et les lectorats ? Dans les quatre cas, des femmes sont visées (l'image à la une indiquant le ciblage). Rajeunissements (Millenials), glissements de thématique.

L'exploitation des data devrait faciliter le travail d'innovation, d'enrichissement des supports existants. Les magazines actuels sont des mixtes d'opinions et de conseils pratiques ; d'une part la doxa des "influenceuses" (cf. FOLLOW me, étude de Prima, consacrée aux tendances et styles de vie), et, d'autre part, des données pratiques (conseils de spécialistes, loisirs créatitfs, santé, bricolage, guide d'achats, métier de parent, de grand-parent, hexis corporelle, calendrier...). Lire c'est faire !

La nouveauté se situe peut-être dans l'irruption du mot "féministe" donné pour titre à un magazine (à notre connaissance, pour la première fois. Source : Base MediaMediorum, plus de 37 500 titres). Positionnement : XXIème siècle sera féministe, affirme l'édito de Génération féministe. Pourtant, le féminisme n'est pas né d'aujourd'hui : génération Simone de Beauvoir et génération Simone Weil, Manifeste des 343 ?
La presse "féminine" traditionnelle est-elle conciliable avec le féminisme ?
Les femmes féministes en décideront...

mardi 27 septembre 2016

La presse et son droit voisin


Laurence Franceschini, assistée de Samuel Bonnaud-Le Roux, Rapport de la mission de réflexion sur la création d’un droit voisin pour les éditeurs de presse, Ministère de la culture et de la communication, Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, Paris, 2016, 41 p.

Faut-il, pour la presse, mettre en place un droit voisin du droit d'auteur épousant l'évolution technologique comme cela a été fait pour la musique et l'audiovisuel (cf. La protection par les droits voisins, Code de la Propriété Intellectuelle) ? Fin 2015, la question est posée par la Commission Européenne qui demande aux pays membres d'examiner "la possibilité offerte aux titulaires de droits de délivrer des licences et d’être rémunérés pour l’utilisation de leurs contenus, y compris les contenus diffusés en ligne". Le travail de Laurence Franceschini et de Samuel Bonnaud-Le Roux contribue à la réflexion pour une réponse française en examinant le contexte juridique dans lequel ce droit peut s'inscrire. Laurence Franceschini est Conseillère d'Etat, elle a été nommée médiatrice du cinéma en novembre 2015.

Pourquoi des droits voisins ?
Laurence Franceschini justifie ainsi la nécessité de mettre en place des droits voisins pour les entreprises de presse : "Les droits voisins trouvant leur raison d’être dans l’investissement que les entreprises effectuent, la question de leur instauration au bénéfice des éditeurs de presse se pose compte tenu des investissements qu’ils réalisent et de l’utilisation du contenu de la presse liée au numérique."
Deux constats fondent cette réflexion :
  • D'une part, les entreprises de presse investissent pour la création de contenus originaux : rémunération des journalistes, salaires chargés, frais de mission, marketing (dont sites, applications, mesure, etc.). Le montant de cet investissement est aisément calculable ; il faut y ajouter l'évaluation de la prise de risque de l'éditeur. L'ensemble constitue un investissement à protéger.
  • D'autre part, ces contenus sont utilisables, et utilisés en partie par des entreprises du numérique qui en retirent divers profits, publicitaires notamment, sans compter la notoriété, l'image, la fidélisation, etc.
Les éditeurs de presse sont en droit de réclamer une rémunération pour l'utilisation de leurs contenus. Sont visés les agrégateurs, les plateformes numériques ainsi que les robots d'indexation (web crawlers) producteurs de panoramas de presse (dont le principe existe depuis très longtemps. (Cf. Naissance d'une presse européenne d'information politique).
Ce que changent la publication de la presse sur le Web et les outils numériques de collecte automatique, c'est la facilité de réalisation de tels panoramas ainsi que l'échelle élargie de leur diffusion (en extension, profondeur et complexité de ciblage). Il y a un indiscutable risque de destruction de valeur (destruction créatrice ?).

Le droit doit donc être adapté pour permettre à l'éditeur d'être rémunéré au titre d'une œuvre collective, au-delà du droit d'auteur. Quel est le métier de l'éditeur ? "Le métier d’éditeur consiste à créer une marque éditoriale", affirme le rapport de Laurence Franceschini. De cette définition, elle conclut qu'il manque un droit protégeant sans ambiguïté les investissements de l'éditeur et lui donnant du pouvoir pour agir, équilibrer les partenariats (vendre, négocier, percevoir une compensation, se défendre devant les tribunaux, etc.).
"Au regard de l’importance des investissements effectués par les éditeurs de presse, un droit voisin de l’éditeur, constitue la contrepartie de la reconnaissance de son rôle spécifique. Il serait logique qu’un tel droit fasse partie de l’actif immatériel de son fonds de commerce, puisse être valorisé, être l’objet de contrats et fonder plus efficacement une action en contrefaçon".

Résumons. Un éditeur investit pour créer une marque éditoriale. La protection de cet investissement demande l'établissement d'un droit voisin pour défendre cette marque. Intérêt économique et nécessité juridique se confondent.

L'objectif est-il d'unifier les droits voisins des médias, presse, télévision, musique ? Ce ne serait pas déraisonnable puisque l'économie et les technologies numériques tendent vers l'indifférenciation des médias : qu'il s'agisse d'information ou de divertissement, l'entreprise de presse produit de plus en plus de vidéo. Toute entreprise média consiste à créer une marque média : TF1, Le Monde, NRJ sont des marques média. On pourrait aussi parler de plateforme media ("One Global" dit l'ACPM qui fusionne plusieurs études). Omnicanal : web, mobile, applications, PDF, papier, e-commerce.
La reconnaissance de droits voisins est d'autant plus urgente pour la presse que les contenus des médias sont de plus aisément désagrégeables, atomisables, dispersables et réagrégeables. La plupart de ces miettes de contenus sont désormais mesurables et participent de la puissance totale d'une marque média : il y a réagrégation par la mesure.

Notons encore quatre points :
  • le droit voisin ne doit compromettre ni la liberté de l'information ni le droit de citation.
  • le droit du producteur de base de données (donc de DMP ?) n'est pas différent et relèverait de ce même droit voisin. 
  • la question des archives pose celle de la durée s'appliquant au droit voisin. 
  • ni la durée ni la périodicité ne constituent plus des caractéristiques distinctives des médias (cf. binge reading comme binge watching, consommation de la presse à l'article sur le principe de la VOD).
N.B. Le rapport évoque les exemples belge, allemand (Leitungsschutzrecht : le jugement du tribunal de Berlin est donné en annexe, en allemand) et espagnol de mise en place de dispositifs législatifs s'apparentant au droit voisin.

lundi 19 septembre 2016

Snapchat à la conquête du Monde ?


Qui l'eût cru ? Le Monde se presse sur le réseau Snapchat.

Echange : légitimité contre lectorat ? A coup sûr, on peut y percevoir le signe avant-coureur d'un changement de philosophie de la presse quotidienne nationale. Le Monde espère ainsi se mettre sur la longueur d'ondes des plus jeunes générations de lycéens et des universités, tandis que Snapchat se rapproche de la légitimation culturelle et du prestige qui font la réputation du Monde depuis sa naissance.
Bien sûr, il y a des messages publicitaires, dits "Snap Ads", associés à cette avancée, sous le forme de vidéos de 10 secondes. Des marques ont parié sur la présence de leur cible sur ce support.
Comment sera intégrée cette audience dans l'audience totale du titre ?

Si d'autres titres ont été embarqués sur Snapchat, Le Monde, seul, y symbolise un changement social de l'information. Double révolution : une grande partie du lectorat vit à l'heure numérique des smartphones, il est jeune, urbain, mobile, de plus en plus diplômé et donc féminin. Cible logique d'un "prestige newspaper" d'aujourd'hui.
Ce mouvement réaffirme que la presse ne se distingue décidément plus ni par un support matériel (papier, écran), ni par une périodicité, mais par des contenus et par leur qualité. Désormais, on attend l'information partout, sur le smartphone et sur l'ordinateur, dans la boîte aux lettres, sur le linéaire du supermarché ou d'un kiosque. A l'information de s'adapter, d'inventer de nouvelles formes.
Avec Snapchat, Le Monde s'adapte au mobile et au réseau social : un mois plus tard, The Economist le rejoint sur Snapchat.

D'ailleurs, il faudra bien, un jour, donner un nouveau nom à la presse, le mot "presse" n'évoquant plus rien pour les lecteurs d'aujourd'hui : Gutenberg et la presse à bras, c'est un peu loin pour cette métonymie, bientôt six siècles ! Quant à "lectorat", admettons que le terme convient mal à la vidéo...
Et puis, finalement, n'est-ce pas la moindre des choses pour Le Monde, qui a plus de 70 ansd'être de son Temps !


Références :
  • Ithiel de Sola Pool, Harold D. Lasswell, Daniel Lerner, The "Prestige Papers". A Survey of their Editorials, Stanford University Press, 1952. 
  • En 1944, à la Libération, Le Monde succède au quotidien Le Temps (1861-1942), quotidien "de référence".
  • Im-pertinences de la terminologie média 

mercredi 1 octobre 2014

Lids down ? Multitasking en cours et en réunion


Un collègue américain, Clay Shirky, qui enseigne les media studies à l'université de New York (NYU), prend publiquement parti, à contre-cœur, dit-il, contre l'utilisation par les étudiant(e) des smartphones, laptops et autres tablettes pendant les cours. Je cite :

"So this year, I moved from recommending setting aside laptops and phones to requiring it, adding this to the class rules: “Stay focused. (No devices in class, unless the assignment requires it.)” Here’s why I finally switched from “allowed unless by request” to  “banned unless required.”

Selon lui, ce multitasking numérique nuit à la qualité de l'attention des étudiants, à leur concentration, à la mémorisation, au travail intellectuel (cognitive work), en un mot, à l'efficacité globale des cours.
La discussion du multitasking, ici évoquée à propos de l'enseignement, pourrait être étendue à d'autres situations, par exemple, aux réunions en entreprise où le multitasking numérique sévit aussi (on dit que des mesures pour l'interdire auraient été prises chez Google, et même en Conseil des ministres...). Une réunion à Amazon commence par la lecture silencieuse des documents préparatoires écrits (narratives)... A New York, le smartphone est interdit au lycée.

Par-delà ce qui relève - malgré tout - de la courtoisie, de la politesse et du savoir-vivre, le multitasking renvoie à la question de l'utilité des cours et des réunions, donc de leur durée et de leur nombre. Trop de temps perdu, de discours inutiles, de monologues à écouter, assis ou vautrés ? Qui, hypocrite lecteur, n'a jamais somnolé en cours ou en réunion ? Le multitasking pourrait-il d'ailleurs être lu, de même que l'assiduité, comme un indicateur du taux d'intérêt d'un cours ou d'une réunion.

Du fait de sa durée et de la qualité des présents, une réunion coûte souvent très cher, mais ce coût total est rarement calculé. Une réunion ne doit-elle pas être la plus brève possible, s'achever sans délai avec une décision ? Au journal Le Monde, du temps de Hubert Beuve-Méry, la conférence de rédaction du matin se tenait debout pour qu'elle soit de courte durée et attentive.

Et la durée des cours ? Il y a de plus en plus d'outils didactiques qui peuvent se substituer au cours dit "magistral" ou en réduire la durée. Et notamment des outils numériques (cours en ligne, didacticiels, etc.). Ne relève donc du format "cours" que ce qui suppose des interactions : questions, explications, approfondissements... A quelles conditions un cours est-il indispensable ? La question renvoie aux débats sur l'assiduité, l'évaluation, le contrôle des connaissances et des compétences, la prise de notes et leur circulation...

Aux arguments de Clay Shirky, les étudiant(e)s opposent que - eux / elles, enfants d'une génération numérique - sont évidemment capables de multitasking. En fait, le procès du multitasking reste noyé dans l'opinion, dans l'intuition ; pour l'instruire en toute rigueur, il faudrait disposer de plusieurs analyses, souvent manquantes.
  • L'analyse des effets du multitasking (à distinguer de la dextérité numérique) :  éparpillement de l'attention ou gain de temps ? Je ne connais pas de démonstration valable et généralisable...
  • L'analyse coût / efficacité (ROI) des réunions ou des cours, coûts directs et coûts d'opportunité (prendre en compte le temps passé, le temps de déplacement, l'occupation des locaux, etc.). 
Enfin, une réflexion homologue concerne les médias. Car la mesure de l'audience des médias omet la réflexion sur le multitasking. Toute audience est-elle bonne à compter ? Le multitasking double-t-il le nombre des contacts ? Traduit-il une augmentation ou une diminution de l'attention ? Que sait-on de la valeur des contacts selon qu'il y a multitasking ou multiscreentasking ?

jeudi 5 avril 2012

La presse et le marché de l'éducation

.
Les produits para-scolaires prennent place sur le marché français de la presse. L'édition scolaire en avait jusqu'à présent le monopole avec les cahiers de devoirs de vacances et les annales du bac. La presse élargit cette offre. Elle tire profit de son réseau de distribution (30 000 points de vente) et de sa légitimité culturelle auprès d'une partie de la population (pour certains titres, du moins). Beaucoup de ses lecteurs, les enseignants notamment, sont prescripteurs (les publications du Monde, cf. infra, sont d'ailleurs parrainées par la MAIF, compagnie d'assurance des enseignants).
Marché de la "bonne volonté culturelle" aussi : beaucoup d'adultes en profitent pour tenter de boucher des trous creusés par l'oubli et le manque de pratique, voire pour se mettre au niveau de leurs enfants ("Auriez vous le bac aujourd'hui", demandera ironiquement Le Monde).
Les produits para-scolaires publiés par la presse font appel à plusieurs genres didactiques et les mélange : quizz, jeux, résumés, tests, exercices corrigés, fiches. La proximité des contenus avec les programmes des examens (bac) et des concours (culture générale) le principal argument de vente. Toutes les classes, du CP au baccalauréat (et à certaines classes préparatoires) sont touchées. Le Monde fut précurseur en 1973 avec ses Dossiers & documents suivis plus tard des Dossiers & documents littéraires.
  • Exemples de Hors-séries ou numéros spéciaux consacrés à des tests, quiz et autres interros
Le Point : la philo,
Le Monde : la psychologie, la géographie de la France, du monde
L'Expanion : l'économie
L'Express : le français, la France et ses régions (spécial jeux)
Le Figaro : la géographie de la France, la littérature française, Histoire de France (questions et jeux)
Beaux Arts Magazine : l'art
L'Etudiant : Cahier de vacances de culture générale pour les adultes, quizz de culture générale
ça m'intéresse : Cahier de jeux & d'exercice
Le Nouvel Observateur / Challenge : Réussir son Bac S. Révisions Maths 2012 (DVD)
Actualité de l'Histoire, 250 questions pour tester vos connaissances historiques
  • Pour l'école primaire
Champions du CP, du CE1, etc. magazines qui publient également des cahiers de vacances ("pour réussir l'entrée au CM1", etc.), Mon cahier après l'école (classe par classe), Tout pour réussir le CP, Mon magazine du CP... Sans compter "les bons sites d'Internet pour faire mes exposés" (Images DOC)
  • Ton bac d'abord. Le marché des examens
Avec plus de 650 000 candidats (2011), des épreuves réparties sur deux ans, le bac représente en France une clientèle potentielle importante. Même si sa valeur universitaire s'érode, cet examen vieux de plus de deux siècles (1808) reste un rite de passage capital (cf. le film de Pialat, 1978). En parcourant le magazine pour le Français 1ère, candidats et professurs auront une pensée pour Zola, recalé deux fois au bac, jamais reçu mais qui se rattrape par une présence imposante dans les textes proposés à l'examen.

Source : Presstalis
Le Monde lance en avril les révisions du bac et publie six hors séries : tout ce qu'il faut pour réussir, dans plusieurs disciplines (manquent les maths, la physique et les langues). Sur le même segment, le Magazine Littéraire s'attaque à "L'épreuve anticipée de français" offrant "les clés de la réussite" (5,9 €). Citons encore le "Guide de survie au bac philo" publié par le magazine Philosophie (5,9 €), ou Lire traitant des "écrivains du bac". La presse magazine occupe depuis longtemps déjà le segment de l'apprentissage des langues étrangères (I love English, Vocable, etc.). Le Monde ajoute aux contenus didactiques des articles déjà publiés par le quotidien ; ce recyclage de documents journalistiques actuels semble risqué, surtout pour les futurs candidats. Dans ce premier numéro (mais je n'ai lu que le Français), il n' y a pas de publicité : les éditeurs d'ouvrages classiques y auraient pourtant leur place.

Entre les questions d'orientation et la préparation des examens, le marché de l'éducation est déjà très important et compte de nombreux titres et hors séries. Pour l'instant, ce marché est saisonnier, épousant le rythme des vacances, des rentrées et des examens. La pression pour la réussite scolaire s'accroît sous l'effet du marché de l'emploi, de la détérioration de l'enseignement gratuit et laïque, de la généralisation du lycée : la presse devrait y trouver une occasion de développement et de diversification, surtout si elle sait jouer de la dynamique papier / Web. Il faudra suivre l'initiative d'accompagnement scolaire payant de Ouest France proposée, pour l'instant, sur le Web uniquement : meilleurenclasse. N.B. : le site meillerenclasse et les magazine de préparation au bac publiés par le Monde sont, l'un et l'autre, produits par un même éditeur, rue des écoles (dont la MAIF est "partenaire").
Sur ce marché, la presse aura des concurrents média :
  • CanalSat a lancé en mai - juin, une chaîne conjoncturelle, Campus Bac pour la préparation de l'écrit ! 
  • France 2 diffusa en mai 2012 un quizz "La grande révision pour le brevet des collèges"(émission ouverte au parrainage). 
Voilà qui réconciliera les enseignants avec la télévision.
.

samedi 5 mars 2011

Wikileaks : malaise dans l'information

.
Wikileaks est un des événements majeurs de l'information et de la vie politique. Passé le scandale, la presse finalement s'est emparée des "révélations" de ce qui était caché par des gouvernements pour en publier de "bonnes feuilles".
La question qu'impose Wikileaks aux médias d'information n'est pas tant celle de la "révélation" que celle de ce qui est caché, tant celle des contenus que de la pratique politique et administrative. Nous nous sommes habitués à vivre les Républiques et la démocratie sur le mode de la monarchie et du secret. People et vie de cour d'un côté, secrets de l'autre, deux faces d'une même pièce. L'une montre pour mieux détourner l'attention de ce qu'il faut cacher.
Wikileaks révèle que la presse assure mal le travail ordinaire de dévoilement (l'un des noms de la vérité), se satisfaisant trop souvent de publier, et gloser, au mieux, ce qu'on lui demande de "communiquer" (on, c'est à dire une entreprise, une administration, un éditeur, un parti, un Etat, etc.).
Le communiqué de presse nourrit les médias, souvent repris sans critique, il s'apparente au people en tant qu'exhibition et leurre, selon le principe de la prestidigitation : distraire, atirer l'attention ailleurs. Rappelons qu'en France les dépenses des entreprises en relations publiques s'élèvent au double de celles réalisées en radio et la moitié de celles effectuées en télévision (Source : France Pub / IREP pour 2009). La fuite (leak) est le contraire de l'information et de la transparence, le symptôme inespéré d'une maladie politique.
La réaction à la révélation de dossiers par un fonctionnaire d'une collectivité locale (Bouches-du-Rhône, Marseille) en dit long sur le fonctionnement a priori secret de nos administrations et le prétexte d'un "devoir de réserve" dévoyé) pour maintenir des secrets qui n'ont rien à voir ni avec ceux des affaires, ni avec la sécurité. La démocratie impose au contraire un devoir de transparence à la chose publique (res publica) qui par définition n'est justement pas la chose privée de gouvernements ou d'administration.

N.B. La bataille livrée en Egypte pour les achives de la police d'Etat (SSI) est une illustration récente de la relation entre transparence et démocratie (cf. l'accès difficle des historiens aux archives dans les pays de l'ex. boc soviétique).
.

dimanche 14 novembre 2010

L'OJD des applis

.
L'OJD publie les résultats mensuels certifiés de la fréquentation des applis de quelques médias. 
Observons tout d'abord que certaines applis de la presse et d'autres médias ne sont pas encore à l'OJD... 
Le Monde domine haut la main le monde de l'information. En pages vues/lues, c'est 4 fois 20 minutes, près de 20 fois Libération, 70 fois Les Echos100 fois La Tribune. La statistique des visiteurs uniques confirme cette hégémonie. 
Le Parisien fait bonne figure dans ce classement. Encore peu de visiteurs uniques mais un nombre élevé de visites par visiteur et de pages vues par visite. Est-ce parce que ce quotidien est à la fois local et national, qu'il est un des seuls à couvrir certains faits divers (pas si divers) ? Seule l'analyse des comportements de lecture sur l'appli peut tester ces hypothèses.
Les applis des magazines, avec moins de 100 000 visiteurs uniques par mois, sont dans les choux ou absentes du contrôle.
La corrélation simpliste, effectuée a priori, entre segmentations socio-démographiques et pratiques d'information sur smartphones est un peu bousculée. A moins que ces segmentations, telles qu'on les pratique encore en média ne veuillent plus rien dire (mais cela peut constituer un objectif, de ne rien dire !). L'équipement en smartphones mais surtout les usages qu'il en est fait ne sont sans doute pas ce que l'on croit. De l'intérêt de ce travail de contrôle et certification par l'OJD.

18 Applications Mobile
VISITES
Octobre 2010
VISITEURS
Octobre 2010
Visites/ Visiteurs
PAGES VUES
Octobre 2010
P.V./ Visites
 Appli LeMonde.fr
12 686 726
1 080 021
11,75
56 884 815
4,48
 Appli La Chaîne-Météo
7 182 111
890 054
8,06
36 383 526
5,06
 Appli Pages Jaunes
5 043 309
1 420 887
3,55
7 419 616
1,47
 Appli LeParisien.fr
4 143 112
272 798
15,19
30 716 614
7,41
 Appli L'Equipe
3 209 744
155 203
20,68
25 573 349
7,97
 Appli 20minutes.fr
2 557 276
341 029
7,50
13 888 303
5,43
 Appli LePoint.fr
904 071
93 447
9,67
5 961 267
6,59
 Appli Liberation.fr
714 553
94 477
7,56
3 075 431
4,30
 Appli Logic-Immo.fr
566 613
76 942
7,36
14 483 346
25,56
 Appli LePost.fr
525 885
50 226
10,47
3 041 267
5,78
 Appli NouvelObs.com
449 732
64 907
6,93
2 131 476
4,74
 Appli Latribune.fr
260 560
90 513
2,88
513 818
1,97
 Appli LeMonde.fr Sport
223 395
61 509
3,63
1 434 500
6,42
 Appli LesEchos.fr
216 545
65 172
3,32
797 209
3,68
 Appli Topannonces.fr
150 074
46 582
3,22
2 132 894
14,21
 Appli ParuVendu
101 628
34 887
2,91
2 604 757
25,63
 Appli Challenges.fr
63 786
15 647
4,08
309 848
4,86
 Appli RegionsJob.fr
55 000
14 816
3,71
768 777
13,98
Source : OJD, 14 novembre 2010, pour le mois d'octobre 2010.

Les consommations mobiles avec applis bouleversent donc les hiérarchies de consommation produites par le web ou le papier. Autres médias, autres pratiques. Autres lecteurs ?
Notons deux cas particuliers de consommations mobiles particulièrement utilitaires, engagées, locales.
  • Les informations météorologiques avec La Chaîne Météo. 
  • L'annuaire Pages Jaunes.
Alors que l'équipement en smartphones se généralise, que le Wi-Fi s'étend, les consommations en mobilité n'ont pas fini d'étonner. Comment les conjuguer aux autres modalités de consommation, fixes ou mobiles ? Quelles données multi-plateforme pour les annonceurs ?
.

jeudi 14 octobre 2010

Rentrée universitaire gratuits

..
Comme dans beaucoup d'universités et d'écoles, on trouve, chaque matin, à l'entrée de Dauphine des piles de journaux et magazines mis à disposition gratuitement. Quels titres ? Voici le résultat d'un peu plus d'un mois de relevés mis à jour durant l'année universitaire.
Ce post a été revu, complété et corrigé avec des étudiants de Master de Communcation Intégré. Certains de leurs commentaires, qui n'engagent qu'elles /eux, sont cités à la fin du post.

Inventaire
Une douzaine de titres sont présents à partir de la mi-septembre, la plupart d'entre eux déposés entre 7 et 9 heures. A la douzaine de titres régulièrement présents s'ajoutent des titres irréguliers, présents de temps en temps. Certains de ces titres "gratuits" sont vendus également dans le kiosque, à quelques mètres de là.
  • Des quotidiens payants 
    • Les Echos
    • Wall Street Journal (Europe)
    • Libération
    • La Tribune
    • France Soir
    • L'Equipe
    • Le Figaro
    • Le Monde (de la veille)
    • La Croix
  • Irrégulièrement, s'y ajoutent des périodiques payants, en petites quantités 
    • L'Equipe Mag
    • Be
    • Femmes actuelles
    • Stratégies
    • Paris Match
    • Management
    • Le Journal des Finances
    • 01 Informatique
    • Les Afriques
    • L'Agefi Hebdo
  • Des quotidiens gratuits
    • Direct Matin
    • 20 Minutes
    • Metro
  • Des périodiques gratuits, en fonction de leur périodicité
    • FUSAC ("English speaking resources and contacts")
    • Campus Mag, grauit des universités ("le magazine des années étudiantes")
    • A nous Paris
    • Le Petit Juriste ("fait par les étudiants pour les étudiants")
    • L'Etudiant autonome (journal d'information étudiant)
    • Le Monde campus (supplément au quotidien)
    • Grandes Ecoles Magazine
    • ZOO (magazine culturel sur la BD et les arts visuels)
    • Zoom Japon
    • La Grande Epoque (The Epoch Times)
    • Recrut.com (Le bi-media au service de l'emploi)
L'offre gratuite est large, diverse (une trentaine de titres). Le rythme de "disparition" des exemplaires est significatif des attentes et des intérêts des étudiants. Les magazines "féminins", quand il y en a, disparaissent les premiers. Sans sur-interpréter ces données, quelle information peut-on tirer de l'observation de ce "marché" gratuit, qui neutralise les effets du coût et de la commodité (pas de déplacement, pas de queue pour payer) ?
  • Des indications de ciblage : une même personne peut vouloir Be et Wall Street Journal. 
  • Pour un public qui a fait de l'anglais durant presque toute sa scolarité, et qui se spécialise en sciences de gestion, Les Echos et Wall Street Journal sont dans le même ensemble de considération. Le rendement scolaire avantage le second. Un jour prochain, la presse spécialisée de certains secteurs pourrait laisser sa place aux titres en anglais. 
  • Aucun titre en espagnol, en arabe ou en allemand, ni bien sûr en chinois ou en japonais (pourtant, l'INALCO- Langues O - est présent dans l'immeuble). 
  • Gratuits et payants sont placés par ce marché au même niveau d'offre ; les "gratuits" partent un peu moins vite, entre autres parce qu'ils ont déjà été lus dans les transports en commun.
  • Ce kiosque improvisé en self service constitue un observatoire des pratiques de presse plus véridique, quant à certains aspects, que les enquêtes déclaratives : bon terrain pour des tests ?
En étant présente ainsi dans les universités, la presse cherche à conquérir et fidéliser un lectorat jeune, mixte et diplômé (bientôt !) alors que se forment leurs habitudes média. La majorité d'entre ces étudiant(e)s seront cadres en entreprises, certain(e)s, comme beaucoup de leurs aîné(e)s en entreprises de communication et de publicité.

Commentaires d'étudiant(e)s du Master de Communication Intégrée

Camille Allard
Parmi les titres distribués, il y a également Stratégies assez régulièrement, mais depuis peu de temps. De mémoire, nous avons aussi le droit à d'autres titres de manière plus sporadique tels que the Herald Tibune ou El Pais. J'ai aussi déjà aperçu Le Parisien
Etant inscrite à Dauphine pour la 6e année déjà, j'ai pu voir évoluer l'offre. Elle est devenue à la fois plus large mais aussi plus aléatoire. Certains titres sont présents depuis bien longtemps et de manière régulière. D'autres "réguliers" sont apparus assez récemment (comme La Croix présent depuis 2 ans seulement). Des titres peuvent n'être distribués que très ponctuellement (à ma connaissance Be, Marie-Claire). La combinaison de deux éléments déclenche le "désintérêt" des étudiants :
  • Les titres sont distribués en très peu d'exemplaires : une centaine d'exemplaires pour une fac qui regorgent d'étudiants mais aussi de thésards, de profs, de personnel et d'intervenants. Les piles des titres les plus plébiscités partent donc très rapidement.
  • Les titres sont distribués tous les matins entre 7h et 8h30, il ne sont disponibles que pour ceux qui arrivent tôt. Or les étudiants ont des rythmes de cours très très irréguliers si bien que se met en place une heuristique de décision : "les seules titres toujours disponibles à tout moment sont 20 minutes et metro pour lesquels l'accès est facile." Le réflexe de consulter l'offre disparaît car son intérêt diminue. 
J-H 
Il est vrai qu'il reste souvent plus de gratuits, cependant les journaux qui sont sortis et lus pendant les cours (notamment en amphi) ou en pauses sont bien plus souvent des gratuits que des payants. Je ne sais pas si cela présente un intérêt mais on peut ainsi se poser la question de la lecture effective du quotidien après la prise du journal. 


Guillaume Trillat
Un phénomène intéressant vous a peut-être échappé. Tous les journaux distribués rencontrent un vrai succès... Sauf un : La Croix. J'ai pu faire ce constat également lorsque j'étais dans une précédente université, Assas Paris 2 pour ne pas la nommer. Passé 18h, c'est le seul journal qui reste. Je pense que le désamour des étudiants envers ce titre vaut le coup que l'on s interroge à ce sujet : qu'est ce qui repousse les étudiants dans la lecture de ce titre ? Est-ce le contenu ou plutôt l'image que l'on renvoie lorsque l'on lit ce titre ? C'est d'ailleurs le seul titre "communautaire" distribué à la fac. Je pense que ce titre souffre de son image de journal religieux (d'ailleurs de nombreuses pages sont consacrées au catholicisme). Un étudiant lambda essayera le plus souvent de se fondre dans le moule et de ne pas se faire remarquer et encore moins par sa religion. De plus, le nombre de catholiques pratiquants à Dauphine et qui le clament haut et fort ne doit pas être gigantesque. Mes suppositions se basent sur une constatation empirique de plusieurs années de présence à Dauphine.
.