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mardi 7 janvier 2020

Virgin River : la vie y est presque belle


Virgin River. Série. Netflix, 10 épisodes.

Sur un roman de Robyn Carr (collection Harlequin, un ensemble de 20 romans vendus à 13 millions d'exemplaires), la série de dix épisodes, un "romantic drama", a été tournée par Netflix au dernier trimestre de l'année 2018. La série suit les aventures d'une nouvelle et jeune sage femme et infirmière, Mel (Melinda), qui, de Los Angeles, vient s'installer à Virgin River, au Nord de la Californie, suite à une annonce parue dans la presse, et, surtout, suite au décès de son mari. L'essentiel du tournage a lieu au Canada dans la région de Vancouver (British Columbia) ; une grande partie des acteurs est canadienne.
Il y a Jack, le patron du bistrot, ancien marine en Irak, qui, d'emblée, fait une cour assidue à Mel. Il y a le médecin grincheux, qui, il ya vingt ans, trompa sa femme. Il y a sa femme, le maire de Virgin River, non moins grincheuse, qui ne digère pas d'avoir été trompée. Il y a Charmaine, la coiffeuse, celle qui se dit la girl friend du patron du bistrot. Il y a Preacher, le copain de Jack... Tout ce monde vit plus ou moins ensemble, plus ou moins gentiment mais les histoires se compliquent, heureusement...
La série est sympathique, les malades sont soignés, le bistrot tourne. Dix nouveaux épisodes viennent d'être tournés, en 2019, pour une seconde saison à venir.
Dans le même ordre d'idées, Netflix a entrepris une nouvelle série à partir d'un autre roman de la même collection Harlequin, Sweet Magnolias, qui devrait voir le jour en 2020.
Netflix avec ces séries, tourne des idées gentilles, ces "drames romantiques" qui trouveront sûrement un public attentif et régulier. C'est le pari du moment. Même si ce n'est ni Fellini ni Bergman.

Melinda et Jack

jeudi 1 décembre 2016

Midnight Diner: une série de petites histoires japonaises sur Netflix

Couverture du manga
(Anime News Network)

Le générique lance de belles images nocturnes de Tokyo, de Shibuya, centre de Tokyo où tout le monde se croise. Carrefour de néons, de couleur et de précipitation. Sous-titres en anglais.
C'est l'histoire d'un restaurant de nuit, ouvert de minuit à 7 heures du matin. La série réalisée par Joji ­Matsuoka est basée sur un manga de Yaro Abe, manga primé qui a connu un succès considérable au Japon.
Ce restaurant cuisine des plats de cuisine familiale presque triviale, on y sert aux noctambules du saké et de la bière. Chacun y écoute l'histoire de son voisin, de sa voisine, dans la vie urbaine, sous l'œil bienveillant du chef ("master").

Choix remarquable de Netflix qui sert cette série de 10 épisodes de moins d'une trentaine de minutes (depuis le 21 octobre 2016). Choix sans grand risque puisque cette série exploite un filon de notoriété avéré : en plus du manga, elle a été précédée de deux ensembles d'épisodes et d'un film. Succès d'audience à chaque fois.

Les habitués qui se rencontrent dans le restaurant, fatigués de la journée, sont en général de modestes héros, humbles, parfois un peu ridicules mais beaucoup de générosité et de tendresse les habitent. Des histoires d'amour improbables se dénouent, des complicités se créent : une femme tricote pour déclarer sa flamme, une chauffeure de taxi, aux amours contrariées, dit la fièreté de son métier, une Coréenne émigrée travaille pour payer les dettes de ses parents, un acteur que le public boude, un joueur de mahjong et son jeune fils...

La série décentre, elle bouscule l'ethnocentrisme du téléspectateur occidental que la culture télévisuelle japonaise désoriente : la langue d'abord, la bande-son, la politesse méticuleuse (les techniques du corps), les calligraphies, les plats et les manières de cuisiner. Le titre de chaque épisode renvoie au met cuisiné ce jour là (l'omelette au riz, etc.). On notera l'art subtile de filmer le travail du cuisinier qui montre la place des couleurs dans la cuisine japonaise, l'élégance des baguettes, le bruit des cuissons... Claude Lévi-Strauss, qui fut un amoureux fervent du Japon, recommandait aux occidentaux d'en "apprivoiser l'étrangeté" (L'autre face de la Lune. Ecrits sur le Japon, Paris, Seuil, 2011). "Midnight Diner" y contribue...

"Midnight Diner", montre l'ambiance tendre d'un lieu public étroit et réconfortant, un bistrot de quartier (Shinjuku) ; on peut penser au diner de Edward Hopper, mais sans le sentiment de solitude ("Nighthawks", 1942). Synthèse d'exotisme du quotidien (pour les télépectateurs occidentaux), de vignettes, de portraits rapidement brossés. L'ambiance, le bistro comme point de concours du social, la structure narrative tout cela fait penser aux textes de Henri Calet, Joris-Karl Huysmans et parfois à "How I met your mother" (CBS).