Affichage des articles dont le libellé est DVD. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est DVD. Afficher tous les articles

lundi 19 février 2024

Notre temps, un magazine pour passer le temps

 Notre temps, mars 2024, 132 p., mensuel, 4,4 €

De qui est-ce le temps ? Quel temps, celui qui passe, celui auquel on appartient ? Si l'on s'en tient à la une de ce magazine, à la photo qui illustre ce numéro mensuel, on ne peut douter : il s'agit du temps des trentenaires. Mais en feuilletant le magazine, le doute s'installe, et il s'agit plutôt de la seconde partie de la vie, de celle qui précède et anticipe la retraite, la maladie, la mort, les petits enfants, partie de vie jamais nommée mais horizon toujours présent de toutes les décisions, médicales ou économiques. Mais enfin, déclare une actrice interviewée, "il y a de beaux rôles pour les actrices de plus de 50 ans". D'autant que la part de la population des "50 ans et plus" s'accroît régulièrement... 

Si l'on en croit l'OJD et l'ACPM, l'audience de ce titre est de 2,4 millions de personnes, composée d'un tiers d'hommes et de deux tiers de femmes. Les abonnements représentent 81% de la population des acheteurs du titre ; des fidèles donc. Rappel : en France, une personne sur cinq a au moins 65 ans (source : INSEE, 2022) et la France compte 66 millions de personnes, donc 13 millions sont la cible de Notre temps, cible du magazine papier et/ou cible du site Internet de ce même titre. Au total d'ailleurs, ce magazine est de facto le premier des magazines, juste derrière les hebdomadaires de fin de semaine et ceux de télévision dont les audiences sont menacées par les divers outils numériques.

En gros titre, en rouge, donc, de ce numéro de mars : la retraite des femmes. Cela constituera le "cahier central" intitulé "vos droits et votre argent" : tout d'abord, le logement qui est traité en tenant compte de l'avancée en âge ("après un veuvage", etc...), des déménagements. Ensuite, vient la retraite : le passage à la retraite est souvent difficile pour les femmes, retraite dont le calcul financier est compliqué par des carrières interrompues par les enfants, par le métier du mari, qu'elles suivent, en général.

Puis, après un peu d'activités manuelles (un "tote bag brodé"), il sera question de la cuisine, de celle que l'on se mijote, centrée ce mois-ci sur le citron ,"un zeste de soleil" ; 6 pages lui sont concentrées, avec des recettes mais aussi des conseils diététiques (la santé toujours !), mais rien sur le citronnier qui pousse dans le jardin ou sur le balcon, dommage ! Ensuite, il est question du marché : l'églefin, les oranges sanguines, les radis red meat et les asperges ; puis du supermarché ("Banc -test : les crottins de chèvre", avec les prix au kg). Articles utiles, voire indispensables. Ensuite, des recettes pour les feuilletés.

L'agriculture ("le bio a pris racine", 2 pages pour un bilan qui reste modeste), et le salon des séniors. Puis une page pour l'année 1974 ("Souvenirs, souvenirs", cela s'est chanté, il y a bien des années). Le dossier santé est consacré à la musculature, il est suivi de deux pages sur les compléments alimentaires, puis d'un dossier sur la presbytie, d'un dossier sur une innovation médicale, les ultrasons pour améliorer la situation du coeur et, enfin les fleurs sauvages : c'est beau et bon pour le sol.

Ensuite, vient la culture avec le cinéma et les DVD, des romans (il y en a même un sur Spinoza, philosophe malin, si loin de son temps !). Puis viennent quatre pages, dans le cadre des "Amours historiques", sur celle qui deviendra l'héroïne du Roman de la rose, épouse de Louis IX, dit Saint Louis, à qui les français de religion juive devront de porter une rouelle d'étoffe jaune, suggestion faite au roi en 1269 par un juif converti ! Ensuite, quatre pages sur Evreux, puis cinq pages sur Sri Lanka : tourisme, ici ou là-bas.

Finalement viennent les jeux, mots croisés, mots fléchés, le bridge, etc. puis la publicité et les annonces classées (pp. 110-132) : au total, environ 38 pages de publicité dans le magazine, presque toutes utiles.

Concluons. Manifestement, dans Notre temps, il y en a pour tous les goûts, pour de nombreuses lectures actives (moi, j'aime bien les recettes) : il y en a pour un mois. Magazine multitâche sans être généraliste, il est conçu pour aider ses lectrices et lecteurs à devenir vieux. Alors qu'est-ce que c'est qu'être vieux, que devenir vieux ? Ce magazine donne des réponses à ces questions futiles mais vitales que l'on ne se pose pas, sauf parfois le soir quand on ne dort pas. Les réponses sont intelligentes, variées. Du très bon travail, assurément. "Notre temps, le plaisir d'avoir son âge", promet la régie publicitaire du titre. Peut-être !

dimanche 1 novembre 2020

Netflix, modes d'emploi et révolution culturelle dans l'entreprise

Reed Hastings, Erin Meyer, No Rules Rules. Netflix and the Culture of Reinvention, 2020, Penguin Random House, 320 p. , Bibliogr., Index

Cet ouvrage est en quelque sorte dialogué. D'une part, Reed Hastings P-DG et fondateur de Netflix en 1997 ; d'autre part, Erin Meyer, qui enseigne à l'INSEAD, en banlieue parisienne, dont elle a reçu un MBA en 2004. Elle est aussi l'auteur d'un livre intitulé "The Culture Map: Breaking Through the Invisible Boundaries of GlobalBusiness", publié en 2014. 

Il est rare que le patron d'un média prenne la parole, en détails, pour expliquer et justifier, la manière dont fonctionne son média. Le patron de Netflix explique ses choix et ceux de l'équipe qu'il a recrutée. Il expose donc ses erreurs, aussi. Le livre est par conséquent intéressant tant les remarques sur le fonctionnement de l'entreprise sont franches et peuvent être étendues à d'autres médias, notamment à ceux qui ne comptent pas sur la publicité pour vivre.

Netflix a commencé par la location de DVD via envoi postal (DVD by mail) avant de passer à l'abonnement en ligne, par téléchargements. Fin 2020 Netflix est devenue la première entreprise mondiale, diffusant et produisant des émissions et films de télévision. Comment, en moins de vingt ans, Netflix en est-elle arrivée à ce stade de la  réinvention permanente ? L'ouvrage passe en revue les raisons, et les moyens, de réussir.

  • En commençant par "talent density". Quand, dans l'entreprise, la densité des talents, des savoir-faire, est élevée, tout le monde dans l'entreprise en profite et, surtout les bons ("top performers") qui deviennent encore meilleurs car "la performance est contagieuse". C'est le point de départ, "the first dot", qui repose donc sur les "stunning colleagues" (impressionnants, doués).
  • Parler franchement, face à face ("Only say about someone what you will say to their face") est un moment décisif dans l'évolution de l'esprit de l'entreprise. Reed Hastings se fait l'avocat de la candeur, il faut donner un feedback qui ne blesse pas, et pour cela il recommande aux employés de dire au chef d'entreprise et aux cadres ce qu'ils (elles) pensent : "it's when employees begin providing truthful feedback to their leaders that the big benefits of candor really take off" et c'est la réception de ces critiques qui fait l'ambiance d'une entreprise (d'où l'importance des "belonging cues", les justes réponses des victimes à la franchise des critiques exprimées). Ce qui accroît encore l'importance de "Preach feedback anywhere, anytime" et de sa conséquence : "Get rid of jerks as you instill a culture of candor". Netflix n'a pas besoin de leaders excentriques ("brilliant jerks").
  • "Remove vacation policy", cet énoncé qui établit la totale liberté des vacances est la conséquence de "in the information age, what matters is what you achieve, not how many hours you clock", déclare Reed Hastings qui précise n'avoir jamais prêté attention au nombre d'heures de travail de ses employés. Ensuite, la logique veut que les notes de dépense et de frais de voyages disparaissent également. C'est une culture de frugalité et de bon sens : "Spend company money as if it were your own" qui deviendra plutôt "Act in Netflix's best interest". 
  • "Bonuses are bad for flexibility" : le bonus n'encourage pas le changement, il nuit à l'évolution de l'entreprise ; cela suit l'idée du "rock-star principle" (il faut recruter d'abord celles et ceux qui inventent, résolvent les problèmes rapidement). Il s'en suit qu'une culture de transparence demande d'en finir avec les bureaux fermés, avec les assistant(e)s qui montent la garde à l'entrée. Il faut ouvrir les livres de compte aux employés, et leur apprendre à lire un P&L (document qui analyse les pertes et profits d'une opération).

Et l'ouvrage se poursuit ainsi : "ne pas chercher à plaire à votre patron". Chercher ce qui est le meilleur pour votre entreprise. Prendre en compte tous les éléments nécessaires pour une décision. La densité des talents est la première des qualités d'une entreprise ; le reste suit, logiquement. Ainsi, le cycle d'innovation commence par la recherche systématique des désapprobations, des divergences ("farming for dissent") : il faut écouter les désaccords et "prendre la température" de l'entreprise (cette idée est née de l'échec cuisant de Qwikster, l'entreprise qui devait gérer les DVD tandis que le streaming l'était par Netflix). L'objectif n'est pas le consensus souvent trop mou mais la bonne décision. "What matters is moving quickly and learning what we're doing". L'essentiel est d'aller vite, et d'apprendre ! L'erreur est banale : "First if you take a bet and it fails, Reed will ask you what you learned. Second, if you try out something big and it doesn't work out, nobody will scream and you won't lose your job."

Virer un bon employé pour en recruter un meilleur ? "Firing a good employee when you think you can get a great one". Aussi la famille n'est-elle pas une bonne comparaison pour penser une excellente entreprise ; l'équipe sportive, compétitive semble une meilleure métaphore.

Quelle est la structure optimale d'une entreprise ? Pour Netflix, elle a déjà changé depuis la publication du livre, mais l'idée essentielle reste que, pour réussir, Netflix doit devenir une machine à apprendre internationale ("international learning machine"), sa forme générale évoquant plus l'arbre avec tronc, racines et branches principales que la pyramide. "Leading with context" serait le principe de la cartographie, de l'organisation générale, à condition que la "densité des talents" le permette.

Tout décider en moins de trente minutes, et surtout "Talk, talk, talk". Avec la vitesse, tel est le principe fondamental du travail international. L'erreur majeure : "it's failing to attract top talent, to invent new products, or to change direction quickly when the environment shifts" et Reed Hastings insiste, c'est plus du jazz que de la musique classique, "Leave the conductor and the sheet music behind. Build a jazz band instead". Donc une culture d'improvisation et de franchise dans un ensemble qui sait où il va.

Ce livre donne des idées pour la gestion des entreprises, des idées essentielles, pour que l'innovation soit continue. Trois points paraissent particulièrement importants : tout d'abord le talent et la vitesse d'exécution et puis communiquer sans cesse dans l'entreprise. Plus que des stratégies, ce livre donne des principes pour une culture d'entreprise vivante. La vraie révolution culturelle dans l'entreprise doit être une "réinvention" permanente. 


mercredi 11 septembre 2019

Scandal : une vie de Président de la République


Kerry Washington

C'est une longue série, qui dura cinq années. Elle commence le 5 avril 2012 pour s'achever le 19 avril 2018 en ce qui concerne la première diffusion. La série est diffusée par le network américain ABC le jeudi soir et compte 124 épisodes de 41 minutes pour les 7 années de sa diffusion.
Après son passage sur ABC, la série commence une nouvelle vie en syndication sur Black American Television (BET) ; après, elle revit sur Netflix aux Etats-Unis, Canada et Mexique, puis en DVD avec Walt Disney avant d'être accessible en Europe sur Amazon. En France, elle a d'abord été diffusée par Canal Plus, puis par M6 et Téva. Au total, une assez belle carrière pour une série aussi longue, exploitant la plupart des  possibilités offertes par les marchés : 7 millions de téléspectateurs mesurés lors des premières diffusion aux Etats-Unis, qui atteignent 12 millions en année 4 avant de retomber dans les 5 à 6 millions de téléspectateurs. Mais l'audience totale est beaucoup plus importante si l'on cumule les audiences sur les différents supports et si l'on prend en compte le long terme.

Shonda Rhimes est la productrice de la série qui met en scène un Président de la République, élu, sa femme, et sa maîtresse, Olivia Pope (Kerry Washington) comme acteurs principaux. On retrouve beaucoup des trucs et astuces de Grey's Anatomy, la série que Shonda Rhimes a dirigée auparavant.
La série conte les problèmes et les aventures de la présidence où les jeux de l'amour l'emportent sur ceux du hasard. La maîtresse, Olivia Pope, ex-directrice de la communication de la Maison Blanche, est devenue le chef d'une entreprise de management de crise et mêle sa vie personnelle aux aventures qu'elle est censée régler.

La série met en scène la vie amoureuse de la maîtresse et plus ou moins de chacun des membres de l'équipe de la Maison Blanche. Le chef de cabinet de la Maison Blanche est gay. Chacune des personnes recrutées par Olivia Pope est plus ou moins abîmée par les événements qui ont marqué leur vie et reste plus ou moins dépendante d'un passé jamais oublié.
La série est beaucoup commentée par les réseaux sociaux.
La série donne à voir, et à imaginer, quelque peu la vie quotidienne de la Maison Blanche, et dans une assez faible mesure, la vie politique américaine.

Shonda Rhimes a signé en juin 2019 un contrat avec Netflix pour plusieurs années.

mercredi 14 mars 2018

Distribution du cinéma aux Etats-Unis : Movies Anywhere


Les distributeurs de Movies Anywhere auxquels 
s'ajoute FandangoNow (Comcast) depuis mars 2018
Movies Anywhere, lancé en octobre 2017 par Disney, soutenu par la plupart des studios hollywoodiens, semble en voie de réussir.
S'agit-il encore une contre-attaque, d'une alliance contre Netflix ?
Ensemble se retrouvent Pixar, Marvel Studios et Lucasfilm (Walt Disney) avec Sony Pictures Entertainment, Twentieth Century Fox Film, Universal Pictures et Warner Bros. Entertainment. Un guichet unique pour 7500 films téléchargeables à l'aide d'une appli via iTunes (Apple), Vudu (Walmart), Google Play et amazon. Deux absents notoires, pour l'instant : Paramount Pictures et Lionsgate (qui termine l'acquisition du bouquet TV, Starz). Pas d'abonnement, paiement à l'unité ("No subscription fee. Ever").
FandangoNow, qui appartient à Comcast, a rejoint Movie Anywhere en mars 2018.

Movie Anywhere n'est pas la première tentative du genre ; en 2011, UltraViolet l'avait précédée, que n'avaient soutenu ni Disney, ni Google, ni Apple, ni Amazon. UltraViolet a pourtant annoncé 30 millions d'utilisateurs en juin 2017. FandangoNow reste membre de UltraViolet.

L'accès à Movies Anywhere peut s'effectuer à l'aide des principaux streamers : Roku, Apple TV, Chromecast, iPhone, Amazon Fire, Android TV, etc. Les clients peuvent y retrouver les films qu'ils ont achetés en DVD ou disques Blu-ray ; ils peuvent ainsi constituer et rassembler leur librairie en un seul point ("Your Movies, Together at last", clame le slogan de Movie Anywhere). C'est le fonctionnement de iTunes Match pour la musique.
Cinq films gratuits sont offerts lors de l'inscription.

"Movies Anywhere", "TV Everywhere", streaming : aux Etats-Unis, la relation au cinéma et à la télévision est désormais universalisée : partout, n'importe où (pas nécessairement dans les salles, fût-ce de séjour), tout le temps, 24/7. Les technologies de distribution (dont ATSC 3.0) ont ébranlé puis effacé les anciennes contraintes de la linéarité (lieux, horaires) : finies les chaînes et les grilles, la télévision se libère !

mercredi 5 juillet 2017

Jane the Virgin. Telenovela pastiche


Diffusée par The CW pour le début de la saison 2014, "Jane the Virgin" s'inspire d'une telenovela vénézuélienne ("Juana la Virgen", diffusée par RCTV en 2002). Acclamée, nominée à de nombreuses reprises, récompensée plusieurs fois dont une d'un Golden Globe. Programmée en prime-time le lundi puis le vendredi. (N.B. The CW est un network national appartenant à Warner Bros. (50%) et CBS (50%.) ; son audience est plus jeune que celle des autres networks).
La série se consomme à deux degrés : au premier degré, l'intrigue est typique du genre, peu subtile mais délassante ; au second degré, "Jane the Virgin" se moque sans vergogne du genre telenovela, de ses clichés (playboys aux costumes rutilants, fans qui se pâment, décors et maquillage, larmes et cris, etc.). Mise en abyme : il y a un tournage de telenovela dans la telenovela... le père de l'héroïne s'avérant un acteur de telenovela adulé et fameux...
L'humour n'est pas absent : "Jane the Virgin" n'hésite pas à plaisanter avec certains aspects de la religiosité catholique (la virginité et la sexualité, le mariage, l'immaculée conception, etc.) et de la culture hispanic. Plus de 40 épisodes passent et Jane est toujours vierge, et elle est sans doute veuve... le suspense continue donc.
Dramedy, soap opera, sitcom ? Genre télévisuel hybride.

The CW a renouvelé la série pour une quatrième saison commençant en octobre 2017. Au total, la série comptera un ensemble de plus de 70 épisodes de 42 minutes chacun. En France, la série est diffusée par Téva et M6 (dont 6play).

L'action se déroule à Miami, en majorité dans deux lieux : la maison d'une famille hispanic et un hôtel de luxe. Trois femmes latina sont au cœur de l'intrigue, quatre générations "sous le même toit", la fille, la mère et la grand-mère qui partagent le même appartement et le nouveau-né (fils de Jane). Les rebondissements sont nombreux et, pour l'essentiel, improbables et loufoques.
La série est bilingue, l'espagnol étant sous-titré en anglais. En plus des personnages, il y a un narrateur, agissant comme un chœur qui commente et explique l'action en voix off, rappelant lors de chaque début d'émission les épisodes précédents ("it should be noted that..."). Il s'exprime aussi à l'aide d'éléments graphiques à l'écran, introduisant ainsi une sorte de distanciation (second degré).
La narration recourt sans cesse au smartphone, toujours à portée de la main des personnages ; omniprésent, deus ex machina portable, le portable préside aux retournements de l'intrigue ; il est partie prenante du jeu de chaque personnage, son prolongement. Les textos sont affichés à l'écran au fur et à mesure de la saisie, et l'action est parfois commentée à l'aide d'une série d'emoji. Construction de la narration évoquant l'anadiplose...

Avec sa diffusion par Netflix, la série accueille une audience élargie, internationale.


N.B. Le personnage de Jeanne dite la Pucelle hante l'histoire de la littérature et du cinéma. Appropriation par divers partis, revendiquée en France par les républicains laïques (héroïne combattante et résistante) mais aussi canonisée par l'église catholique ("Johanna nostra est") : de Friedrich von Schiller ("Die Jungfrau von Orleans" (1801) à Jules Michelet (1841), de Paul Claudel et Arthur Honegger ("Jeanne au bûcher", 1938) à Charles Péguy (1897) en passant par Bertolt Brecht ("Sainte Jeanne des abattoirs", 1930), le personnage de Jeanne d'Arc séduit les écrivains. De nombreuses œuvres cinématographiques lui sont consacrées : Georges Méliès (1900), Carl Dreyer, Robert Bresson (1962), Jacques Rivette (1994)...

Voir aussi : Jeane d'Arc et ses mythographes in MediaMediorum


lundi 13 juin 2016

Walmart : la grande distribution américaine prend le parti du streaming

Wal*Mart Network, décembre 2005. Photo FjM

En temps que distributeur, le plus important des Etats-Unis, Walmart a une longue histoire avec la télévisision.

D'abord, il y eut une chaîne de télévision, Walmart*Network, diffusée par satellite, sur des téléviseurs suspendus dans les magasins.
Puis, en 2010, Walmart fit son entrée sur le marché de la VOD en rachetant Vudu, pour concurrencer Netflix et Amazon.
Par ailleurs, Walmart fut, et est toujours, un très important distributeur d'équipement électronique domestique et un distributeur de DVD.
C'est à ce titre que Walmart demande maintenant à ses clients de se désabonner des MPVD (câble, satellite) et de s'acheter des appareils de substitution (streaming devices, hdtv antennas, routeurs, etc.) ou de complément (télécommandes, lecteurs Blu-ray, consoles de jeux vidéo, etc.).

Son slogan, en forme d'adresse aux consommateurs américains, est direct et clair : "Cut the cable. Switch to streaming TV".  Et le distributeur enfonce le clou, prêt à profiter pleinement de l'évolution de la consommation de télévision : "What better way to save money on your cable than by getting rid of it all together? At Walmart.com, we can help you cut the cord with devices like streaming players and antennas that will keep you entertained and save you money at the same time."
Ceci est assorti d'une promotion de l'équipement télévisuel qui durera deux mois (juin, juillet).

Cette intervention de Walmart est significative de l'évolution du marché de la consommation de télévision aux Etats-Unis. Walmart compte plus de 1 million d'employés aux Etats-Unis et plus de 20 millions de visites par jour dans ses magasins. Cette prise de position n'est donc pas anecdotique.


jeudi 17 avril 2014

Binge, magazine pour sériephiles


"To go on a binge" : se laisser aller (à boire, manger, etc.). "To drink heavily", selon le Oxford English Dictionary. Un mot anglais dont on ne sait rien, un mot sans histoire. Evoque To indulge... remise de la peine due au péché (christianisme). Donc un excès que l'on se pardonne. Nous revoilà à la télé perçue comme drogue douce ("plug-in drug", etc.). La société du spectacle n'est-elle pas un paradis artificiel ? Attendons le "Binge watching disorder" !
L'expression "binge viewing" a fait fortune depuis la diffusion simultanée par Netflix, pour la première fois, des 16 épisodes d'une saison de "House of Cards" en avril 2013 (cf. Chronologie des médias et consommation groupée -Binge viewing ; "Binge viewing. Nouveau régime télévisuel"). Convaincu, Comcast organise pour ses abonnés à xFinity un "Watchathon Week" qui obtient un grand succès, selon l'opérateur.

Binge est un magazine trimestriel de 100 pages, dos carré, publié par la société 2B2M, diffusion MLP. Binge est vendu 5,9 € en kiosques. 100 pages. Abonnement annuel : 4 numéros pour 22 € avec, en cadeau, un coffret de 3 DVD ("Bates Motel"). 5 pages de publicité (séries, bière, BD).
2B2M a racheté en septembre Chronicart, mensuel généraliste culturel (Chro désormais), qui couvre aussi, entre autres, les séries télé. 2B2M publie également Popcorn un bimestriel de cinéma (depuis 2013) qui traite aussi des séries.

Au sommaire de ce premier numéro de Binge : "Game of Thrones", un article sur les adaptations de roman ("Racines littéraires"), "24: Live Another Day" et "Gang Related" (Fox), "Gomorra" (Sky, en 2015 sur Canal+), "True Detective" (HBO), "Skyfall" (Showtime), un article sur "L'Australie, l'autre pays des séries"...
Le magazine annonce et prépare ses lecteurs aux séries à venir en France.

En matière de télévision, la presse magazine épouse l'évolution du média : le guide de programmes correspondait à la télévision linéaire, au téléviseur familial et à son audimètre. Puis vint le magnétoscope et les enregistrements (DVD, etc.) ; Binge est le magazine de la télévision complètement délinéarisée : il n'y est presque plus question de chaînes mais de programmes, d'émissions, d'œuvres autonomes, de tournages. Peu importe le canal ! En s'évadant de la grille des chaînes, le format série prend une liberté nouvelle.
De plus, la chronologie réelle de diffusion des séries américaines est bousculée : les chaînes contrôlent de moins en moins le calendrier des consommations ; celui-ci se rapproche du calendrier américain, entre autres. Ainsi, "24:" sera diffusé presque en même temps aux Etats-Unis (Fox) et en France sur Canal+ ("24h Chrono").

mercredi 9 avril 2014

Hors-série sur les séries TV


Studio Ciné Live, magazine du groupe Express-Roularta consacre un excellent hors-série à "toute l'actualité des séries télé" (5,5 €). Pour réaliser ce numéro, la rédaction a sélectionné 40 séries, 20 essentielles, 20 prometteuses. En introduction, un dossier de 20 pages est consacré à "Game of Thrones" (HBO), la série où ce sont les méchants qui gagnent, série qui a débordé les serveurs de HBO Go lors du début de la quatrième saison : cet accident mesure-t-il le succès de la série ou fait-il partie de la promotion ? En tout cas, HBO vient de commander deux nouvelles saisons de la série.

Le rédacteur en chef, Fabrice Leclerc, pose d'emblée les termes d'un problème crucial quant à l'industrie de la fiction : cinéma et / ou séries TV? La télévision semble en voie de dominer le marché de la fiction : pourquoi ? Afin de pouvoir répondre à ces questions, il nous semble qu'il manque à ce hors-série une partie sur la fabrique des séries aux Etats-Unis, sur leur modèle économique. Ceci permettrait d'éclairer les raisons de leur domination du marché télévision occidental. Pour un numéro futur ?

Parmi les séries essentielles, la rédaction a retenu, entre autres : "Mad Men" (AMC) dont la septième et dernière saison a déjà fait le plein publicitaire (CPM : 65 000 $ loin toutefois du record de "Breaking Bad", AMC aussi, 340 000 $), "Sherlock" (BBC), "Homeland" (Showtime), "The Good Wife" (CBS), "The Mentalist" (CBS), "Downton Abbey" (PBS), "House of Cards" (Netflix) et une série de France 3, "Un village français". Puis viennent les séries prometteuses, autant d'invitations à regarder. Cette double sélection caractérise brièvement chaque série, indique les modalités de diffusion aux Etats-Unis et en France (chaînes, DVD).

Puis viennent des articles transversaux : un dossier sur les "téléstars" (actrices et acteurs à forte notoriété aux Etats-Unis) et un article sur les "téléstars" qui réussissent à passer des séries au cinéma. Signalons également un article analysant les séries comme des "reflets de nos sociétés". Ce point, si classique et rarement révoqué en doute, mérite discussion. Tout d'abord, il n'est pas impossible que la société reflête en retour l'univers des séries américaines. Mais surtout, il serait plus juste de parler des séries comme "reflets de la société américaine". En fait, ces séries sont consommées de deux manières : l'une par les publics américains, l'autre par les publics étrangers. Il faudrait donc évoquer l'influence sur les publics français de ces séries et de la réprésentation qu'elles véhiculent des cultures américaines fonctionnant comme modèles et singées à tout va : hexis corporel et techniques du corps, habillement et mode, expressions américaines insérées dans la langue parlée en France, etc. Mais n'est-ce pas trop simple ?

Le public français n'est-il pas condamné, comme d'autres publics non américains, à ne comprendre ces séries qu'au premier degré de l'intrigue et des personnages (storytelling / narration), manquant la plupart des connotations culturelles, les allusions, la saveur de la langue et des accents.
Existe-t-il - peut-il exister - des travaux de recherche sur ces sujets qui dépasseraient l'analyse de contenu et traiteraient de la réception des séries par tel ou tel segment de public ?

jeudi 28 février 2013

Downton Abbey, série culte ?

.
"Dowton Abbey" est une série diffusée sur le network de secteur public américain, PBS. Le dernier épisode de la troisième saison (90 mn) a été regardé par 8,2 millions de téléspectateurs (Live+7), le dimanche 17 février. Derrière CBS ("The Mentalist" et "Amazing Race" réunissaient 9 millions de téléspectateurs), derrière "The Walking Dead" qui rassembla 11,1 millions de téléspectateurs sur AMC, mais devant "Breaking Bad", "Homeland" et "Mad Men"...
Le taux d'audience a doublé de l'année 2 à l'anée 3. "Beaucoup de tweets également à propos de l'émission, y compris pendant le Super Bowl : "Dowton Abbey" serait en passe de devenir une "série culte", que l'on re-regarde, dont on parle, dont on connaît des répliques par coeur, que l'on cite...
Il s'agit d'une co-production de Masterpiece Classic (WGBH, DMA de Boston) et de Carnival (société de production britannique appartenant à NBC Universal / Comcast) ; la série est parrainée par Ralph Lauren et Viking River Cruises.


Sur le site PBS.org, la série compte 3 millions de téléchargements (avec une charge publicitaire inhabituelle : display, 1 pre-roll, 2 mid-rolls). Les épisodes des deux premières saisons sont distribués par Netflix, iTunes, Amazon (sans publicité) et en DVD. Amazon (Prime Instant Video) a acheté l'exclusivité de la saison 3 et pris une option pour la suite.

Mise à jour, 20 décembre 2013 :
Selon Comcast (XFinity On Demand Awards), en 2013, "Dowton Abbey" fut en tête des séries vendues en VOD.

La série met en scène la vie d'une famille de la noblesse anglaise et de ses serviteurs, au début du XXe siècle. Costumes et voitures d'époques, héritages, changement social (la mise en question du statut traditionnel des femmes, du mariage), changements technologiques (on voit arriver l'électricité, la machine à écrire, le téléphone, l'automobile, le tracteur, le grille-pain), résistances aux changements, etc. Une sorte de soap, un quasi-"huis clos" où l'enfer comme le paradis, "c'est les autres". Une ambiance parfois whartonienne... Une langue aristocratique avec une prononciation "distinguée" (upper-class British), très éloignée de l'américain contemporain, ajoute encore du charme à la série.

Plusieurs points remarquables quant au modèle économique. 
  • Le secteur public américain peut faire aussi bien et mieux que les grands networks commerciaux et servir de vecteur pour lancer des séries à portée internationale. On observera que la série est co-produite par une grande station du secteur public et la filiale d'un network commercial.
  • La série précipite la concurrence entre les nouveaux distributeurs de vidéo (OTT) mettant hors jeu les acteurs habituels.
  • D'emblée, la série vise un public mixte, américain (PBS) et anglais (ITV). Le casting s'adapte progressivement à cette ambition (arrivée de Shirley MacLaine en 3ème saison, recrutement en cours d'un acteur afro-américain). Distribution mondiale (en France, sur TMC seulement et en DVD).
  • L'histoire, toujours l'histoire... le Titanic, la grippe espagnole, l'indépendance de l'Irlande, la guerre mondiale 1914-18 et les tranchées... 

vendredi 23 novembre 2012

Preview, magazine Série & Télévision

.
Tout est dit dans le titre. 3,9 €, 100 pages. Peu de publicité.
Les séries constituent une pratique culturelle importante, un ensemble de références partagées, voire d'identifications. Segmentantes, elles permettent de (se) placer sur les axes principaux de "l'anatomie du goût". "Criminal Minds", "The Mentalist", "Homeland", "Glee" mais aussi celles d'autrefois : "Dallas", "ALF", "MacGyver", "I Dream of Jeannie", "Navarro", "L'Instit"... Nostalgie, culte... la série est marqueur historique. Racontant des histoires, c'est une structure narrative qui reprend des principes que ne contesterait pas le théâtre classique.

Après le DVD, la VOD et le streaming multiplient les occasions de regarder des séries hors des chaînes, sur le Web, à tout moment. Non plus seulement à doses unitaires hebdomadaires mais aussi par plus grandes rations, deux ou trois de suite. Soirée séries à la demande.

Les séries épousent souvent l'avant-garde des changements culturels (sexualité, mode, manière de parler, vie familiale, gestique, nudité, etc.) ; à ce titre, leur efficacité sociale va bien au-delà de la stricte distraction. La majorité des séries diffusées en France sont américaines de conception et de réalisation ; cela ajoute une touche d'exotisme et introduit un peu de flou dans la compréhension (même, et surtout peut-être, pour ceux qui regardent les séries en V.O.). Ces séries propagent à la périphérie des manières américaines de voir et regarder le monde, de le raconter aussi : la globalisation est souvent américanisation. De tenter d'y résister naissent des politiques d'exception culturelle (Chine, France).
Le premier numéro du magazine comporte un dossier sur les soap operas, ceux de prime-time et ceux de daytime. On y lira aussi des articles sur "Revenge" (série phare du prime time de ABC, diffusée en France par Canal Plus Family puis, ensuite, sur TF1), sur le tournage de la saison 5 de "Un Village français" (France 3), sur les nouvelles séries programmées par les networks anglophones américains mais aussi sur des séries programmées sur les chaînes européennes. A noter encore une brève réponse à une question qui mériterait de plus longs développements : "La fiction française est-elle au bout du rouleau ?"

Pour ceux qui aiment les séries, les voir et les revoir.
.

dimanche 7 octobre 2012

Très court traité d'économie des médias

.

Humour publicitaire pour la campagne d'affichage de Numéricâble, fournisseur de haut débit et de télévision en France (câble, VOD). L'argument présenté est un modèle de raisonnement en matière d'économie domestique ! Plutôt que dépenser pour des loisirs extérieurs (cinéma, concert, spectacle sportif, etc.), il vaut mieux rester chez soi et regarder de tels spectacles grâce à un abonnement à la télévision payante. Donc il faut s'abonner... pour profiter de son appartement chèrement acquis. D'autant que l'abonnement accroît le coût d'opportunité du spectacle extérieur. Reste la question de la production de satisfaction finale... qui varie selon les consommateurs.
.

dimanche 29 juillet 2012

Books in Paris, the French way

.
Two major bookstores in Paris simultaneously bought outdoor space (posters) to advertise their services during the month of July.
FNAC is a chain of stores that sells books, mostly best sellers. It also sells CDs, DVDs, video games, phones, TV sets, computers; it is a mix of Best Buy and Barnes & Noble.
Gibert Jeune is another major bookstore, particularly for students in Paris. Located in the Latin Quarter (and in the 13th district), it sells textbooks and scientific books in most of the academic fields (liberal arts, medicine, business, math, physics). It also buys and sells used books.
Both of them compete with Amazon, online and offline, in different ways. Note that none of the ads mention that the stores offer a drive (where you can order a book online and pick it up at a store -"retrait en magasin", cf. Amazon Locker Delivery). Both campaigns highlight two different sets of USPs:
  • Gibert Joseph's USP is that it is a real bookstore where you can actually handle the books ("à portée de main") and skim through the store's enormous inhouse inventory (500,000 books). It is also very close to you (less than 30 minutes, wherever you live once you are in the metro).
  • FNAC's USPs are:
    • it delivers books for free. 
    • it sells an eReader, so you can travel light while on vacation. The price of the Kobo eReader is comparable to the Kindle Touch (amazon).
Both advertising campaigns share a common point in that they are very traditional (posters). It might have been more convincing had they taken advantage of the network of digital screens located throughout the metro (DOOH). Given the main target, something interactive could be effective, for instance using smartphones and apps.

Poster in the metro (on the platform). 500,000 books (get there by metro, bus, taxi... skateboard, etc.)
The closest FNAC store? At home. Fnac.com : Freee delivery for all your books


Books for vacation: "This summer, I travel light: a bikini, a skirt and a thousand books"

lundi 23 juillet 2012

A Netflix for magazines? What for?

.
I read on the Bloomberg Businessweek website that a "Netflix" for magazines could be launched, delivered on iPad. The author, a journalist, Rich Jaroslovsky, describes thoroughly the nuts and bolts of the so-called "Netflix app for iPad", "Next issue".

Why did Netflix succeed? Because it is simple and convenient (mailbox at first, DVD by mail, subscription). But mostly because it proposes a very popular entertainment product with a huge supply: movies and series.
There is no other "cultural product" as popular, as cheap. The product is almost universal: every home owns a DVD player plugged into a TV set. Every home has a mailbox.
Streaming makes it even more convenient for well equipped and video smart homes (connected TV, etc.).

Let's compare succinctly the market for magazines with the Netflix video market. 
  • Most of what you can find in an online magazine you find in another one or in a pure player website, for free. 
  • All news has been already covered by the other media, online (websites, social media) or offline (radio, TV, press). There is no exclusivity, at all. Any scoop lasts about 5 minutes at most. 
  • With the help of a search engine, you can find and gather on your tablet or computer all the news that fits, screened by the languages you can read. 
  • What do we need a "netflix for magazines" for? What is the added value? Its USP?
  • Netflix can count on family audiences, and movie and series addicts; do magazines have such a following?
What will save magazines? Wonderful quality and exclusive content. 

lundi 18 juin 2012

Médias numériques : une économie de transitions

..
Amazon Publishing achète l'éditeur américain Avalon Books. Avalon Books est un éditeur traditionnel crée en 1950 qui publie des livres de fiction populaire (ouvrages décrivant un mode de vie "positif", cf. consignes données aux auteurs). Amazon accède aux droits numériques de plus de 3 000 titres (romance, western, mystère). Les versions papier continueront d'être vendues en librairies.

Amazon ne pourra recruter des auteurs en ne leur proposant qu'une publication numérique (surtout si,  gardant l'exclusivité des droits numériques, pour lesquels le taux de marge est plus élevé, ses ouvrages papier se voient refusés par les librairies de Barnes and Noble). Amazon a besoin d'une présence physique chez les libraires, sans doute pour longtemps encore. Un auteur grand public ne peut se satisfaire d'une publication et d'une visibilité numériques. Un éditeur numérique se doit de publier des auteurs très grands public pour vendre ses "liseuses" numériques (eReader).

Pour longtemps, papier et numérique devront coexister, dans l'édition comme dans la presse, rendant leur modèle économique plus réaliste mais plus complexe et plus délicat. La transition est lente. La presse en fait l'expérience chaque jour : il faut d'abord vendre beaucoup de papier pour financer, développer et propager le numérique qui le remplacera...

Le raisonnement s'applique également aux médias audio-visuels. Ainsi, le DVD n'est-il toujours pas mort. Netflix, Walmart, RedBox (distributeurs automatiques de DVD), entre autres, s'appuient sur le DVD pour ancrer leur stratégie de streaming. En attendant. RedBox lancera un service de >streaming avec Verizon (télécoms). Walmart propose à ses clients de "streamer" leurs DVD (Disc-to-Cloud)...
.

dimanche 15 avril 2012

Multitasking and green peas


Daniel. Photo with his authorization

At the market (in Paris, Sunday morning), I buy two kilos of peas ("petits pois"). Daniel, the greengrocer, comments while serving:
"That's great. Now you have an excuse to watch a video on the sofa, have a drink while you pod the peas".

Green peas, stringing beans: TV encourages healthy eating habits! In our grandmothers's time, all the family would share these tasks, chatting around the kitchen table. No TV, family time.

There is also knitting, sewing, ironing - all household tasks which reduce the TV opportunity cost - even cooking if there is a TV set in the kitchen (you can pod the peas during the commercial pods).

The Web will probably never steal that show. But most of the peas now come to the kitchen in cans. Too bad.

This is not an anecdote. What is amazing, and revealing, is that green peas can spontaneously bring to mind and connote television viewing. It says a lot about television as a complement to tedious chores. Television has become a complementary media, less and less independent.

mardi 10 avril 2012

TV américaine N°14: to cut or not to cut... the cord?

.
That is the question. And it is not an easy one to answer.

Why "cut the cord"? 
  • Economic reason: to save money (The "official poverty rate" is 15.1 % of Americans in 2010. Source: Census Bureau, September 2011). Monthly pay-TV bills average 73 $ (source: LRG, 2011) and 91.44 $ for cable + broadband (without add-ons or premium channels, of course. Source: SNL Kagan, Feb. 2012).
  • To regain some degrees of economic liberty: with free terrestrial TV (broadcast), you receive all the commercial networks available in your area (DMA) and their local stations; you get PBS as well as a few other stations (indies, etc.). Plus you can rent DVDs from kiosks (Redbox, etc.). No cord anymore (but how about the Web connection?)
  • Also, cord-cutting and unbundling have a transaction cost (paperwork, changing email address, phone number, etc.) which act as as barrier to exit.
Then come the numbers

How many TV households (TVHH) unsubscribe (churn rate), but also how many new subscribers? Among cord-cutters, how many moved for personal or professional reasons? How many moved into a nursing home? How many passed away?

According to the Convergence Consulting Group (April 2012), 1.05 million TVHH cut their subscription last year: in other words, 1% of subscribing TVHH. New subscribers were 0.11 million. All in all, since 2008, cable and satellite lost 2.65 million subscribers. Some of them now subscribe to telcos: U-verse (AT&T) or FIOS (Verizon). Some might subscribe to Netflix or Hulu+, etc. Anyway, these households did not cut the cord; they just switched cords (cf. Satellite, cable and connected TV). Nielsen call them "cord swappers".

Among the households that did unsubscribe, how many were "poor" customers who subscribed only to the cheapest services? MSO and satellite companies prefer usually to focus on "good" customers and they might want to lose "poor" customers in order to increase their margin with good ones - those who buy many services (DVR, multiroom equipment, triple play, etc.). Subscription management is more complex  than gaining or losing subscribers.

Among households without TV sets (3 to 4% of American households), how many subscribe to broadband and only watch on tablet, computers? According to Nielsen, their number is growing. Remains to be seen.

To make a long story short: there does not seem to be such a thing as cord-cutting. There is some cord swapping. Some people watch TV only on the Net. 
.

lundi 26 mars 2012

Les Années DVD Blue Ray

.
Les Années Laser ont 22 ans. Le magazine, né avec l'éphémère vidéodisc / laserdisk, traite des équipements électroniques domestiques (home cinema, son, HD, installations cinéma, etc.), des DVD et du Blu-ray. Tout pour le cinéma à domicile. 
Mensuel (10 numéros par an), le titre est diffusé par Presstalis. 186 pages, 4,9 €. L'OJD (DSH 2011) indique une diffusion totale d'environ 40 000 exemplaires (dont 10% de diffusion non payée). Parmi les ventes, il y a des PDF (700 exemplaires en décembre), un peu moins chers que les exemplaires papier : 4,6 au lieu de 4,9 €, des abonnements postaux (1/4 de la diffusion). Les ventes sont stables. Le site Web et la présence sur Facebook comblent les attentes des fadas de cinéma (calendrier de sortie, avis critiques, jaquettes, etc.). Cf. la présentation du titre par son rédacteur en chef dans une émission de france Info.

Les guides d'achat Hors Série, DVD et Blu-ray, sont annuels (5,9 €). Ces guides constituent des supports de publicité valorisants pour l'image de marque de certains produits : les reprises en main sont certainement nombreuses, le lectorat s'étend à toute la famille et la période de référence, très longue, est intéressante. Malgré tout, le guide d'achat est peu encombré (mais Amazon, présent à la Une, ne s'y est pas trompé).
Le format est agréable (226 pages), maniable ; les classements sont alphabétiques et par catégories courantes. Un mode d'emploi expose minutieusement, dans les premières pages, les caractéristiques des supports : Dolby, codecs, etc.
  • Comment évoluera ce magazine et ses Hors Séries alors que le numérique développe des ergonomies nouvelles pour les guides d'achat, les catalogues ? Que peut lui apporter les tablettes et les smartphones (cf. iPod et catalogues en ligne)
  • On dit que DVD et Blu-ray sont condamnés par le streaming. C'est aller vite en besogne : IHS Screen Digest observe certes aux Etats-Unis que le nombre de films loués ou achetés en ligne (iTunes, Netflix, Lovefilm, etc.) croît rapidement, mais le chiffre d'affaires n'est encore que de 1,72 milliard de dollars, quand celui des DVD / Blu-ray est six fois plus élevé (11,1 milliard). 
  • Les prévisions en cours tablent en général sur une extrapolation des tendances actuellement observables : il est toutefois peu probable que les studios laissent Netflix (par exemple) proposer leurs films dans le cadre de forfaits à bon marché.



mardi 28 février 2012

Au bout du e-commerce, le camion de livraison, ou le drive

.
Au bout du e-commerce, loin du retargeting, du clic et des transfos, il y a le transporteur, le livreur, le code d'entrée de l'immeuble, le gardien et ses horaires, la taille de la boîte aux lettres... Paradoxalement, le succès du e-commerce le plus moderne repose sur ce qu'il y a de plus trivial, de plus matériel : des motos, des camions garés en double file, des embouteillages... Et encore faut-il que l'acheteur, qui généralement travaille, se trouve chez lui au moment de la livraison. Maillons faibles de la chaîne qui n'est jamais entièrement numérique.

Qu'une seule de ces étapes faillisse et l'achat attendu n'arrivera pas à destination, ou arrivera trop tard ; le temps gagné à l'achat est perdu à la réception. La chaîne dématérialisée du e-commerce a la fragilité de chacun de ces maillons terriblement matériels. La superstructure numérique, de plus en plus efficace, de plus en plus séduisante repose, en dernière instance, sur une infrastructure logistique énorme et complexe dont la performance globale ne va pas s'améliorant. On parie sur les drones !

Quelles solutions ?
Evoquons une solution hybride, celle du "drive-thru". Afin de limiter les désagréments matériels qui entravent le développement du commerce en ligne, la grande distribution (super et hypermarchés) généralise la livraison dans les "drives" : l'acheteur fait ses courses en ligne loin de la cohue du magasin et passe prendre sa commande au "drive", quelques temps après, à l'horaire qui lui convient, sans se soucier de parking.

Solution pour les vendeurs de produits packagés (FMCG), solution qui pourrait séduire d'autres commerces, des libraires, des distributeurs de DVD ou de produits bruns, par exemple, pour concurrencer Amazon ou Netflix qui n'ont de distribution que par transporteurs (Best Buy recourt déjà au drive thru et Amazon a mis en place Amazon Locker). Walmart, par exemple, peut tirer profit de son très dense réseau de points de vente (d'où l'enjeu de l'implantation de la grande distribution dans les centres villes). Le point de vente n'est plus seulement un espace commercial, il peut devenir le complément logistique des achats en ligne.

Cf.  sujet de ABC News sur le Drive-Thru Groceries Shopping aux Etats-Unis.

Il n'est de numérique immatériel qui ne repose sur du matériel. La notion de pure player est une sorte de mensonge, un péché intellectuel par omission ou enthousiasme. Alors que fleurissent des visions enchantées du monde numérique, visions intéressées, il faut garder présent à l'esprit ce "déterminisme" logistique. A quoi il convient d'ajouter que le magasin "physique", de moellons et de mortier, joue souvent le rôle de vitrine où se forme et se vérifie l'opinion des acheteurs.
De l'importance de travailler en synergie offline et online. Le drive-thru shopping est au confluent du online et du offline.

Mise à jour 30 novembre 2012
Google vient d'acheter BufferBox une société canadienne qui propose à ses clients de regrouper et envoyer les achats effectués en ligne à une seule adresse à son nom avant de passer en prendre livraison à sa convenance, généralisant à tout commerce en ligne le principe du drive ("BufferBox’s self-serve kiosk").

Mise à jour octobre 2012
Un gouvernement envisage une réglementation d'urbanisme commercial encadrant spécifiquement les drives. Cf. LSA.

Mise à jour juillet 2012
Bibliogr. : Voir l'excellente infographie de Margot Ziegler, publiée dans LSA d'après des données de Kantar, LSA Expert et NielsenTableaux et cartes (cf. copie de la carte ci-dessous).
Voiture de livraison Monoprix à Paris (avril 2012)



mardi 7 février 2012

TV Time: A Question of Dosage?

.
How do you watch TV? When ?
Watching TV used to be simple. On Thursday, it was "The Cosby Show" on NBC at 7:00 (CT) - every Thursday of the TV season - with few exceptions. Plus reruns in the summer. It was simple for TV viewers, families and even mediaplanners.
Then came the VCR and DVR/PVR, videocassettes and DVDs. People were able to watch a full season of "Desperate Housewiwes" in a single weekend. With no commercial breaks. Finally, one could skip the credits. No schedule: TV on "OUR" demand.
Non linear TV. Freedom to watch. If you pay, of course.

This month Netflix and Hulu, two major video services, are streaming series they just produced (scripted originals). They made two different choices, two release policies.
  • Hulu makes its programs (like "Battleground") available on a weekly basis. Every Tuesday, starting on Valentine's Day. It follows the network model for TV series: Hulu belongs to the studio networks (ABC, Fox, NBC)... People will wait for the next episode and talk about it, "like" and tweet during the week. Hulu counts on social media like Facebook and Twitter to build reputation, awareness and buzz (word of mouth, sharing, recommendation, etc.). It is like a branding strategy.
  • Netflix makes all 8 episodes of "Lilyhammer" available at once. It is trying to (re)build its subscribership. 
  • Amazon seems to also plan on producing programs... 
Two ways to spend TV time. Two ways to publish
  • During the nineteenth century, novel publishers used the same strategy: a chapter every week to start with (serialized novels) and then, at the end, all at once, an entire book. Thus were published Dickens, Balzac, Tolstoy, etc.
  • Often now, a series gives birth to a movie at the end of its television life ("24", "Gunsmoke", "Mission Impossible", etc.).

lundi 19 septembre 2011

Walmart is going digital

.
Walmart is the largest multinational retailer in the world (4,000 stores in the U.S., 200 in China). Digital marketing is a challenge for such a company with mostly lower and middle class clients. Walmart cannot - will not -give up digital media. How will a company whose core of business is mass market (FMCG) break away from mass media. How will the transition take place? The creation of Walmart Labs in Silicon Valley (not far from Googleplex) in April 2011 is a visible sign of a decisive change.
Walmart faces three different and interconnected challenges:
Updated April 30, 2012
  • From DVD to VOD
Sam's Club app for iPhone
Walmart was known as a major in-store retailers of DVD's.  In order to remain in the market, given the recent evolution of VOD - from DVD to streaming (see Blockbuster) -Walmart acquired Vudu in 2010 and entered the streaming-media business, competing with iTunes, Netflix, Amazon and Hulu. Now it offers more than 10,500 episodes for VOD.
By the way, Walmart shut down its online music store in August.
  • From DVD to the Cloud
In April 2012, Walmarts launches "Disc-to-Cloud". People bring their DVDs to their local Walmart store. They pay a small fee and then can access their content stored in the cloud through any device.
  • From Walmart TV to Smart Network and digital signage
Little by little, the in-store TV network, launched in 1997 and operated by PRN, went digital. From satellite broadcasting to IP network, from TV sets hanging high over shoppers' heads to flat screens installed at eye level  in the middle of products (zone specific, endcaps or category screens). Although they steal part of the show from the products (as those of 3Gtv), reducing the facing, screens are here to sell: they support the marketing at the Point Of Sale (POS) digital displays. The message needs to be clear, concise, simple, efficient. Over the last 15 years in-store marketing has gone from TV to display, following the Web and its logic. It is not TV anymore, it is digital signage. Walmart went from TV viewers to shoppers, from audience (30s spots and contacts collected by intercept surveys to build GRPs) to recommendations, conversions and purchases. The next step will establish a proven relationship between what people watch and what they buy: sales lift pricing. Online and offline problems  - and solutions - converge: capping, attribution management, branding, ROI, mobile payment, etc.
  • Smartphones and in-store marketing
Shoppers can use their smartphone for shopping, making lists, couponning, comparing prices, collecting product information (barcode, etc.), looking for products (mapping the stores).
iPhone app for a Walmart store in
Iron Montain (Wisconsin)
Walmart tests the water at Sam's Club with an app: according to a survey, members suggest using  smartphones as membership cards (loyalty cards), for viewing purchase history, discounts, etc.
To go further into digital, Walmart bought Kosmix (social media, April 2011) and seems to be testing Shopycat, an app using social profiles to make recommendations.
Kosmix is known for a platform called "Social Genome" which analyzes purchase and surfing data to improve personalization and recommendations. In September, Walmart acquired OneRiot which will become part of Walmart Labs. OneRiot describes itself as a "Social Targeting Engine" developing a "Social Geo Census Database". Later, Walmart bought three startups specialized in mobile marketing and retail: Small Society, Grabble and Set Direction.
Along the same lines and at the same time, Walmart has invested in two large Chinese e-commerce companies (B2C), Yihaodian (于1号店 ) and 360buy.
Recently, Wallmark launched a localized Facebook app, "My Local Walmart". Customers can download a a store map and receive news concerning their local store: events; savings, etc.
In March 2012, Walmart bought Social Calendar, a Facebook app (birthday reminders, virtual greetings, etc.).

Get on the shelf: @WalmartLabs has launched a contest in order to determine which items should be available on the Walmart shelves, crowd sourcing suggestions for product listing. People vote with videos.

To conclude, for the time being: Walmart going digital opens (or reopens) four major issues:
    1. EDLP strategies (Every Day Low Price) and/or member cards (for personalized EDLP,  "EDLP for me"): which is best and when?
    2. Online and offline strategies, online and offline data. Online marketing is now in line with store marketing, both kinds of data can be merged. At Walmart, e-commerce is no longer independant from offline commerce. Since September, online commerce reports to offline store management. 
    3. Social networking is a growing part of Walmart's strategy
    4. How to take advantage of such fantastic data?