Affichage des articles dont le libellé est Apollinaire (G). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Apollinaire (G). Afficher tous les articles

lundi 15 août 2022

La tentation des revenus publicitaires à laquelle succombent les écrivains

 Myriam Boucharenc, L'écrivain et la publicité. Histoire d'une tentation, Paris, Champ Vallon, 2022, 338 p., Index, Bibliogr.

La publicité est à la fois célébrée mais aussi dénoncée par les artistes. Célébrée pour son originalité par les poètes - Guillaume Apollinaire, l'un des premiers, souligna son apport au paysage urbain, à la ville - et appréciée pour les revenus qu'elle apporte à ceux qui en ont besoin ou en veulent toujours davantage. Mais il est généralement aussi de bon ton de s'en offenser, voire de s'en détourner, en apparence du moins.

Ce livre dresse le bilan des relations entre les écrivains et le monde de la publicité. A lire la liste impressionnante de ceux et celles qui y ont gagné de l'argent, qui ont été payés par la publicité, on a du mal à imaginer qui n'a rien touché ! 

Avec Jean-Paul Sartre (les montres Universal) et Francis Ponge (le vin Margnat, le soutien-gorge Maryse, le Poulet du Roy), il y a tout le monde dont Céline, le Docteur Ferdinand Destouches, qui fut collaborateur médical des laboratoires Cantin ; il avait des revenus réguliers de la pharmacie. Colette touchait beaucoup (dont ceux de Ford qui fait la couverture du livre), Paul Morand (les trains de luxe de la Revue des Wagons-lit) et Mac Orlan (qui oeuvrait pour Peugeot, ou pour La Grande Maison de Blanc), Armand Salacrou, alors journaliste à L'Humanité qui travailla pour le vermifuge Lune et la pommade Marie Rose contre les poux en tirait des revenus raisonnables et réguliers. Jean Cocteau fut "conseiller artistique" de Coco Chanel et vanta les bas de femme (Kayser) mais aussi un anxiolythique, et un téléviseur (Ribet-Desjardins) : en fait, ses contributions qui s'étalent sur 40 ans sont très nombreuses. Le surréaliste Robert Desnos qui en fit tellement (pour la Loterie Nationale, pour l'amer Picon, l'anis Berger, etc.), Jean Anouilh, François Mauriac, Claude Roy, Jacques Audiberti, Frédéric Mistral, Jean Giono (Klébert-Colombes), Blaise Cendrars, Louise de Vilmorin (le parfum Lanvin, le cognac Rémy Martin), Léon-Paul Fargue, Paul Guth, Marcel Pagnol (pour les cigarettes Lucky Strike), Françoise Sagan (Simca, l'huile de moteur BP Energol), François Coppée (pour les petit-beurre LU), Roland Dorgelès (Hotchkiss), Philippe Soupault et la Compagnie Transatlantique, etc. La liste est longue que dresse l'auteur : il s'agit plus que d'une "tentation", c'est un modèle économique ! Tous "ou presque - ont oeuvré partiellement à la publicité". Mais on ne le sait guère, on l'a oublié : c'est "l'histoire occultée d'une liaison sulfureuse", comme le souligne l'auteur. L'histoire de la littérature est décidément bien mal traitée y compris, notamment, par les manuels scolaires et universitaires. Ou plutôt tellement bien traitée !

"Souscrivez à Dada, le seul emprunt qui ne rapporte rien", proclamaient, réalistes, les Dadaïstes, qui, en matière de publicité ne s'y trompaient guère. Myriam Boucharenc prend aussi l'exemple des académiciens (pp. 121-127) : ils ont tous "touché", Paul Valéry pour les Aciers de France, ou pour un laboratoire pharmaceutique (L'idée fixe ou deux hommes à la mer), Paul Claudel ("La Mystique des pierres précieuses", publié pour Cartier) et tant d'autres... Le livre s'achève sur des moments contemporains qui ne retiendront pas l'attention. Pour terminer, citons, avec l'auteur, Louis Aragon : "Toute femme élégante est cliente du Printemps", à la bonne heure ! Mais défense de crier en vers "Du travail et du pain".

Voici un très bon livre où l'on apprend beaucoup sur l'histoire de la littérature, sur l'histoire mal connue encore aujourd'hui de ses fréquentations publicitaires. Il y a bien quelques pages consacrées rapidement à l'économie de cette publicité littéraire mais il faudrait maintenant un travail plus complet, plus rigoureux pour que l'on s'y retrouve et que l'on puisse y voir clair, vraiment clair, dans l'économie de la littérature. C'est le talent de l'auteur que de faire mieux percevoir cette absence., mais il reste du travail !


mercredi 30 septembre 2020

Les nouvelles formes fixes : arts poétiques


La versification introduit dans la littérature des contraintes formelles. Le théâtre classique la suit avec la règle des trois unités (Nicolas Boileau et L'art poétique et d'autres, plus tard, comme Paul Verlaine). La créativité a trouvé dans ces contraintes des appuis : le genre à forme fixe, comme le sonnet, figures imposées par l'époque...

Dans la communication publicitaire et autre (mais, est-il d'autre communication que publicitaire ?), les formes fixes sont nombreuses ; elle évoluent lentement. Les formes fixes, ce sont, par exemple, les formats : le 4x3m de l'affichage, le 30 secondes puis le 20 secondes pour la télévision, quelques formats Web, le format des petites annonces, le quart de page de la presse... La télévision a créé le sitcom et les séries : 26 mn, n fois...

De la forme fixe, de l'alexandrin classique, on est passé progressivement au vers libre (Guillaume Apollinaire). Qu'en est-il dans la communication publicitaire ?
Twitter crée un format court 140 caractères, chaque réseau social crée son propre format, de Facebook à Snapchat à YouTube... 

Il y a trop de figure libres ? Revenir à Nicolas Boileau, mais : "Avant donc que d’écrire, apprenez à penser"  (Chant 1, vers 150) !


mercredi 5 février 2020

L'internet des choses de la vie


Des millions ou plutôt des milliards d'appareils connectés selon diverses modalités : entre eux, entre eux et des utilisateurs (via des applis et des smartphones), entre eux et des entreprises mères (installation, surveillance, maintenance), etc. Et bien sûr, il y a l'internet des choses industrielles. Des milliards de chiffre d'affaires à l'horizon ?
Mais il y a aussi l'internet des choses de la vie, de la vie quotidienne, consumer IoT : le chauffage (thermostats), l'éclairage, la serrure, les rideaux, le détecteur de fumée, les objets que l'on perd souvent (les clefs : pour les retrouver : Tile), l'aspirateur, les caméras de surveillance que vendent aussi les compagnies d'assurance, la santé, toute la smart home... c'est un monde de capteurs (sensors) et d'algorithmes que nous habitons, et habiterons de plus en plus. Capteurs de sons, d'humidité, de température, de lumière, de vitesse. Et l'automobile qui se conduira bientôt toute seule (LIDAR, etc.). Et, ici, il n'y a pas de fake news : des choses parlent aux choses dans leur "folie de machine" (Guillaume Apollinaire : "Les tramways feux verts sur l'échine // Musiquent au long des portées // De rails leur folie de machines"...).

Donc, prendre toutes les choses comme des faits sociaux, en inversant la règle célèbre d'Emile Durkheim ou en reprenant celle de Wittgenstein "Die Welt ist alles, was der Fall ist" (comme il l'énoncera à son tour : "le monde est tout ce qui arrive", traduira Pierre Klossovski). Les médias comme prolongements, la ville, le marché, le centre commercial, les transports, etc.
Quelles données ? Toutes : celles des observations armées par des capteurs, données composées et organisées en amont, pré-construites (cf. Bachelard). "Machines talk, we listen", déclare Augury. L'importance primordiale du Wifi, de sa qualité et de sa fiabilité : en cas de panne, que se passe t-il pour la température des pièces, les alertes de sécurité, etc.
Quid de la sécurité des objets gérant la sécurité ? Question de maintenance prédictive, de la mesure des consommations pour la maison intelligente ? Pour Minim, "To the smart home, the broadband quality is only as good as the WiFi signal". On pense au "Texte sur l'électricité" de Francis Ponge qui convainc que "l'électricité existe, que les appareils d'application existent, qu'il s'en trouve ou va s'en trouver (de plus en plus nombreux) dans chaque bâtiment, dans chaque demeure..." ou à la domotique, dont nous pouvons dire de même que veulent s'emparer les câblo-opérateurs (Comcast, etc.) ou Google avec Nest, Amazon, Apple...

Les problèmes spécifiques posés par ces choses connectées : la sécurité, le diagnostic à distance, la détection des anomalies, fingerprinting, identification du lieu, de l'appareil, du consommateur, les tests, les gestes... sont aujourd'hui les problèmes essentiels d'Internet. Notre vie est chaque jour davantage organisée et veillée par Internet.

vendredi 1 juin 2018

Patrimoine national, tous héritiers ?


Découvertes. PATRIMOINE, magazine trimestriel, premier numéro publié en avril 2018, 100 p., publication du groupe Cap Elitis, 9,9€

La presse magazine constitue un observatoire des passions françaises ; le patrimoine est l'une de ces passion et, semble-t-il, l'une des obsessions françaises. D'ailleurs, n'y a-il pas chaque année, depuis les années 1980, des journées du patrimoine : 17 000 lieux, 26 millions de visiteurs (en 2016). Voilà qui promet un bel avenir à ce magazine, entre les châteaux et les églises, les marchés et les remparts, les beffrois et les forts, les routes, les anciennes usines... Le second numéro (juin 2018) porte sur "les sites touristiques de France les plus visités" mais évoque aussi la fameuse tarte des sœurs Tatin et le Cadre noir de Saumur ("école de l'excellence à la française"). Son premier hors-série est consacré aux "40 plus beaux châteaux de France" (juillet 2018, 9,9 €).

Qu'est-ce que le patrimoine ? Ce que l'on possède (et qui nous possède ?), ce dont certains héritent et qu'ils transmettront peut-être à leur tour, tout comme un patrimoine génétique, ensemble de "lieux de mémoire", carte de l'identité nationale. Quand on naît Français, quand on le devient, on hérite, bon gré mal gré, d'un patrimoine national. Dans ce patrimoine, il y a des monuments conçus pour que les générations futures se souviennent (du latin monere, faire se souvenir). Et, parmi les monuments, il y a les ponts auxquels est consacré ce premier numéro.
Pont du Gard, pont d'Avignon, pont Valentré à Cahors, viaduc métallique de Garabit (1900, Gustave Eiffel), viaduc de Millau... Indispensables à la circulation, ils commémorent aussi (Alexandre III, Louis-Philippe, Arcole, Iena, Austerlitz, Sully, etc. ). Découvertes. PATRIMOINE propose un dossier sur les ponts de Paris, sans le pont Mirabeau, sans Apollinaire... Dommage, mais il y a tant de ponts et de viaducs en France. On aurait pu faire figurer le viaduc de Chaumont dans l'inventaire et combien d'autres...  Dans son numéro 3, Découvertes. PATRIMOINE inscrit la collection des ouvrages de La Pléiade ("le fleuron de la littérature française, Gallimard), Honoré de Balzac (son roman, Les Illusions perdues) et le cassoulet dans son inventaire du patrimoine. Le numéro 3 est consacré aux églises.

Le patrimoine suscite une floraison de titres dans la presse : environ 300 titres depuis 2003 (cf. infra, source : Base MM, janvier 2019), dont plus de 200 hors-séries. L'attribution d'une catégorie à un magazine n'est pas commode car, pour la plupart des titres, le thème du patrimoine se combine à l'histoire, à la région, à l'architecture, à la cuisine, au transport, au tourisme. La notion de patrimoine est confuse et ses contours sont flous : "le train c'est aussi notre patrimoine", annonce le magazine Le Train Nostalgie (lancé en avril 2015, trimestriel, 14,9 €). Notre comptage est plutôt restrictif - et discutable : nous y intégrons les routes (ainsi, chaque année Moto Revue publie un hors-série sur "les plus belles routes de France" qui fait une part belle au patrimoine) et les villages ("Les plus beaux villages de nos régions", hors-série annuel de Détours en France, "Les plus beaux villages de bord de mer", hors-série de Télé Star, mai 2018, 7,9 €), "Partir en France" (juin 2018) titre sur "Les 50 plus beaux villages" (sous-titre : "A la découverte du plus beau pays du monde"). Notre statistique comprend donc une part inévitable d'intuition et comporte certainement, hélas, de nombreuses omissions. La notion de patrimoine ne va pas sans épouser les arbitraires d'une époque.


Tout est prétexte à patrimoine. Quelques exemples récents : en mars 2018, Le Point titre : "comment sauver le patrimoine français". "Soyons fiers de nos territoires", titre #Nous, le nouvel hebdomadaire du groupe Nice Matin lancé en avril 2018. Châteaux & Patrimoine est publié en mai 2018 (trimestriel, 5,9 €). Le magazine Pyrénées évoque "l'héritage romain" et invite à la "découverte d'un patrimoine d'exception" (numéro spécial, juin 2018, 6,95€). "Découvrez les trésors de notre patrimoine", (hors-série de Détours en France, juin 2018). Géo publie en juin 2018 un hors-série sur le Tour de France : "étape par étape, les trésors et pépites de notre patrimoine" (6,9 €). Quant au nouveau magazine Storia Corsa, il est sous titré "histoire et patrimoine" (juin 2018, 9,9 €). Télé Star en juillet 2018 publie un trimestriel Jeux intitulé "Patrimoine & Régions"... Télérama, plus radical, titre : "Réinventons le patrimoine !" (15 septembre 2018). Quant à Ça m'intéresse - Questions & Réponses, il consacre son numéro de janvier 2019 aux "secrets de notre patrimoine" (la perruque de Louis XIV, la Tour Eiffel, les vieux cépages, le Mont Saint-Michel...).

Patrimoine et terroir, territoire, patrie et terre, culture, pays, patriotisme, fierté nationale... Champ sémantique complexe dont on perçoit pourtant l'axe et la dominante... Mais il existe une liste officielle des monuments historiques, un monument y est "inscrit" ou "classé" (la Maison de la radio vient d'y être inscrite, en avril 2018). On compterait en France 44 000 monuments, inscrits ou classés, beaucoup sont en péril et, l'impôt n'y suffisant pas (i.e. le budget de l'Etat), on recourt à un loto (18 septembre 2018) pour les "sauver".
La notion de patrimoine est large et dépasse les monuments, tout le passé, l'histoire peuvent être dits patrimoine : la culture (musique, littérature, cinéma), la cuisine et le vin également et même la publicité peinte (pignons publicitaires de longue durée). Quid du patrimoine agricole, du patrimoine industriel, des anciens ateliers, des moulins, des canaux, des vignobles (cf. l'œnotourisme), des jardins : Marianne a publié un hors série sur "les derniers vrais fromages de France"(juin 2015, 7,5 €) tandis que Le Figaro magazine publie, en mai 2018, "les 100 inventions qui font la fierté de la France" (mayonnaise, douche, soutien-gorge...).

Notons encore que beaucoup des monuments du patrimoine relèvent d'une "architecture de domination" comme les monuments gallo-romains, les arcs de triomphe (triomphe de qui ?), de lieux d'exercice du pouvoir d'anciennes classes dominantes : châteaux, palais, tribunaux, voies romaines, casernes...
La notion de patrimoine ouvre d'ailleurs bien des problèmes que l'on pourra trouver délicats : ainsi les noms des ponts de Paris, comme ceux des boulevards extérieurs, n'en fissent pas de célébrer la légende militaire napoléonienne. Voulons-nous encore commémorer cette histoire alors que se construit une Europe qui se veut paisible et accueillante aux touristes ?
En mars 2019, Le Parisien annonce un hors-série régulier consacré au patrimoine : Patrimoine & balades. Le premier numéro traite des châteaux. (5,9 €)

Découvertes. PATRIMOINE est un magazine qui sensibilise son lectorat à la dimension historique du patrimoine, à l'architecture, à la technique des constructions monumentales. Invitation intelligente au tourisme "culturel" en France, heureuse vulgarisation. Devrait intéresser les annonceurs malins (et leurs conseils !).


Références

Pierre Nora, Les lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1984-1992.

MediaMediorum, Musées et patrimoines : une histoire transnationale

Marc Combier, Les publicités peintes de nos nationalales (2 vol.)

vendredi 20 janvier 2017

La presse automobile entre dans l'histoire par la nostalgie



En septembre 2010, le magazine L'Histoire publiait, avec Les Echos, un hors-série intitulé Le Siècle de l'automobile, qui, d'emblée, déclarait : "on croit fabriquer des automobiles, on fabrique une société". Ajoutons que l'on fabrique aussi une nostalgie. Marshall McLuhan, théoricien de la culture publicitaire, écrira que l'automobile est "l'épouse mécanique" de l'homme industriel (cfThe Mechanical Bride, 1951). "Belle oubliée", "Reine", Déesse"... Que de passion et de tendresse aussi dans la champ sémantique de l'automobile ancienne...
Voiture électrique, voiture sans chauffeur. On est loin aujourd'hui de la mécanique, de la manivelle, de l'euphorie de la Nationale 7 (Charles Trénet, 1955)... Plus la technologie se modernise, plus s'accroît la nostalgie. Effet de générations aussi : à chaque génération ses nostalgies et ses souvenirs automobiles...
La nostalgie demande un recours croissant aux archives de la presse et des marques, à leur monétisation (photographies). L'automobile est toujours objet d'émerveillement et de passion, de luxe et de collection, de bricolage aussi. Tesla, déjà dix ans, nostalgie de l'avenir ?

L'histoire d'une marque appartient à l'image présente d'une marque, à son branding. Des marques automobiles sont devenues légendaires : la DS (décapotable dans The Mentalist), la 2CV (La Deuche a 70 ans rappelle Auto Plus Classiques en novembre 2018), la 4CV et leurs chevaux-vapeur, la 4L... cette dimension est présente dans de nombreux titres où l'on valorise la filiation des modèles nouveaux avec les modèles prestigieux ou légendaires anciens. L'automobile permet la datation d'une époque : "années DS", "années 2CV", titrent les magazines. Une automobile peut donner naissance à un mythe : la DS -déesse - (Citroën,1955), où Roland Barthes voit l'équivalent moderne des cathédrales (Mythologie, 1957). Même la Trabant (Allemagne de l'Est, 1958) a pu devenir voiture culte (trabbi) !

Logiquement, conjuguant culte et nostalgie, la presse magazine a lancé de nombreux titres et hors série consacrés à la célébration de l'histoire des automobiles et des marques : voitures de légende, voitures de collection, voitures fabuleuses... Acheter une marque (un nom), c'est aussi s'offrir une histoire, un patrimoine, une communauté : d'où l'importance pour une marque d'entretenir ce patrimoine (cf. Renault ClassicRenault Classic Car Club).
Nous distinguerons, arbitrairement, les magazines consacrés à une marque et ceux consacrés à un modèle plus ou moins ancien.

Approche par la marque
  • Marques de prestige : Porsche, Ferrari d'abord. La Vie de l'auto célèbre "70 ans de Ferrari"(janvier 2017) puis "EVO Ferrari 70 ans de V12" (juillet 2017), L'Automobile magazine, "La magie Ferrari"(HS de novembre 2010). Citons encore "Porsche, la fabuleuse histoire", HS de FLAT 6 Magazine, 9,9€, octobre 2015 ; "La Porsche éternelle", HS de L'Automobile magazine , mai 2012. RétroViseur, mensuel, 5,8 € HS "La saga Porsche", Porsche 911 - De 1963 à nos jours, HS de German Cars Magazine, août 2015. "Les 100 Porsche qui ont fait l'histoire" (HS de German Cars Magazine, décembre 2016, 6,5€). Evoquons aussi British Motors : "le magazine français des belles mécaniques anglaises"... Etoiles Passion. Les Mercedes-Benz d'hier et d'aujourd'hui, 6,5€, avril 2008 ; "Lamborghini Urraco P111, La belle oubliée", Rétro Passion, "Ferrari : 70 ans de course automobile", Sport Auto, 14,9€, mars 2017. "Jaguar, les modèles les plus emblématiques" (Sport Auto, février 2018, 14,9€.
  • Ou marques populaire, grand public : Chevronnés, le magazine des passionnés de Citroën, bimestriel, 5,9€), lancé fin 2013, avec la Traction, "reine éternelle", à la une en janvier 2017 ; Citroscopie Magazine. 100% Citroën-Panhard, 5,9€, bimestriel). RClassic ("le mag du losange sportif et collector", lancé en 2015, trimestriel, 5,95€), 4L magazine, "l'univers Renault 4", 4X4 Story, "le magazine de la Jeep" lancé en octobre 2011 (6,9€). "Spécial années 70", VW Power, HS Mai 2017. Le luxe et le prix n'expliquent pas tout de cette consommation certes ostentatoire mais aussi intime, miroir de la relation à l'automobile ! "100 ans de Citroën", hors série de La Vie de l'auto" (février 2019).
Approche par les modèles

"Ford mustang : 50 ans de Pony Car", HS de Sport Auto, (14,9€, janvier 2017)Deuches et méhari (le magazine de TOUS les passionnés de 2CV et dérivés), Planète 2CV (1998, relancé en 2003, 5,5€) et 2CV Xpert ("le satellite technique de Planète CV"), 6€, la DS (L'Auto Journal : "les années DS") en avril 2013, Echappement Classic, "DS Compétition & Route. 60 ans spécial anniversaire", les Dauphine Gordini, la Chevrolet Corvette (Big Block, juillet 2013), la Ford Mustang (Big Block, novembre 2012), Torque American Cars Magazine : HS "Spécial Camaro 1967-2017"(janvier -mars 2017, cf. supra), 6,5 € "la fabuleuse histoire". 100% Range Rover, "La Bible du passionné 1970-2015", 5,9 €, février 2015, "1948-2018 70 ans de passion Land Rover" (HS, Land mag supercharged, janvier 2018, 8 €), "Voitures cultes des années 70-90" (Youngtimers, lancé en juillet 2014), "Alpine. Le sang bleu 1955-2018" (HS, L'aventure automobile, mars 2018, 12 €), "Alpine. La fabuleuse histoire" (HS Auto Plus, septembre 2018, 14,9€), la Simca 1100 (HS,  L'Aventure automobile (octobre 2018, 14 €)...

Le cinéma participe à la célébration des automobiles, créant la légende et la notoriété de "belles américaines" (Robert Dhéry, 1961). L'automobile est un personnage (cf. le Ford Mustang dans "Un homme et une femme", Claude Lelouch, 1966, ou encore la Ford Torino, celle de la série Starsky & Hutch et de la NASCAR)...
Contribuent aussi à l'édifice de célébration, à l'hégémonie de la culture automobile, la couverture des rallyes, des courses et de leur historique (Monte-Carlo, 24 heures du Mans, courses de côte, cf. les HS "Le Mans" de Ouest France (mai 2015, 6,9 €), "Les instantanés de Monthléry1963-1970" par Echappement (avril 2015). Mentionnons encore la réactualisation : Rétro Course. L'actualité des courses de voitures historiques, "le premier magazine 100% véhicules historiques" (mensuel, 6,9€). La nostalgie s'alimente de collection : "4000 voitures de collections de 1900 à 1984" (HS de La Vie de l'Auto, juin 2015, 6,1€), voir "La traversée de Paris. Le musée à ciel ouvert" (janvier 2017, La Vie de l'Auto), qui s'affirme"le numéro 1 de la presse auto de collection". Voir aussi Rétro Passion Automobiles, "La voiture ancienne autrement". Classic & Sports Car, "Le N° 1 mondial des magazines de voitures anciennes" (5,95€, 2008), Gazoline : "vivre au quotidien la voiture ancienne" (1995), mensuel, 4,2 € ; carbu, " Le premier magazine 100% technique et restauration de l'automobile ancienne", lancé en mars 2009. Nitro, "L'univers de l'américaine depuis 1981", bimestriel, 5,8€ ; Auto Collector & Classic, Autoretro, mensuel, 5,6 € (sous-titre  : "Soyez moderne, roulez en ancienne !"), "Le n°1 de l'automobile de légende depuis 1980", Auto Plus ClassiquesMaxi Austin Le magazine des anciennes Mini (trimestriel, 6,9€) qui a publié un hors série Spécial 50 ans Mini (1964 - 2014), 9,9€, Mustang & Shelby Magazine (2013, trimestriel, 5,95€)... L'Authentique, la revue de le fédération française des véhicules d'époque, trimestriel, février 2018, 7€...
Et enfin, Passion 43ème ("Tout l'univers de l'auto miniature", bimestriel,  6,5€), le monde ancien des Dinky Toys..., Auto modélisme, "le magazine de la miniature automobile", avril 1995, 6,5€.
Cette accumulation, volontairement en vrac, de titres et de hors série, loin d'être exhaustive, témoigne du foisonnement et de l'actualité de l'histoire de l'automobile. Un marché de l'automobile ancienne s'est structuré, un champ ou un écosystème, avec ses guides d'achat, ses collectionneurs, ses manifestations, ses clubs, ses associations, etc.), ses fascicules, ses petites annonces, ses conseils de bricolage, ses musées, ses salons. Et surtout, sa presse segmentant des passionnés par milliers... La presse automobile, lie et mélange du passé plaisir et du présent utile. Elle rentre dans l'histoire en passant par la nostalgie. Les dernier nés : en juillet 2017, Auto Souvenir (5,95 €) met la DS21 Pallas en couverture, puis L'aventure automobile. L'histoire automobile du XXème siècle, (novembre 2017, 12 €), Automobile Verte (janvier 2018)...

Terminons cet inventaire désordonné avec "la petite auto", poème visionnaire de Guillaume Apollinaire, inaugurant, il y a un siècle, une "époque nouvelle" et une re-naissance Calligrammes, 1918 (Gallimard, 1965) :

    "Nous comprîmes mon camarade et moi
    Que la petite auto nous avait conduits dans une époque
    Nouvelle
    Et bien qu’étant déjà tous deux des hommes mûrs
    Nous venions cependant de naître"

Avec la voiture électrique, "verte", silencieuse, numérisée et sans chauffeur, les automobiles à essence ou diésel vont prendre un grand coup de vieux et devenir plus que jamais objets de collection et de nostalgie avec leur mécanique surannée (levier de vitesse, volant ramenés au rang de la manivelle qui lançait le moteur...). La nostalgie va prendre de la vitesse et Capital peut titrer sur "la voiture de demain" (HS, septembre 2018, 5,9 €), connectée, intelligente, propre... enfin !


*Mentionnons l'histoire refoulée de la Volkswagen, hitlérienne : issue du dessin d'un ingénieur juif dépossédé, attribuée à Ferdinand Porsche et Adolf Hitler, devenue Käfer, Beetle ou Coccinelle et inspirant la 4CV de Renault... Renault dont la collaboration avec l'Allemagne hitlérienne fut un moment peu glorieux de l'histoire automobile française (cf. le dossier de cette collaboration par Annie Lacroix-Riz).

vendredi 18 novembre 2011

Smartphone, multiphone, polyphone

.
Le téléphone portable, dans ses modèles les plus avancés, porte un nom devenu, après quinze ans, inadéquat. Téléphoner est désormais n'est plus sa fonctionnalité première. Du coup, il faut défaire ce nom de sa gangue d'étymologie technicienne et historique, comme le fit Apollinaire du cinématographe devenu ciné : c'est ce que fait le mot américain "smartphone", Smart connotant malin, débrouillard (street smart).
A la une d'un iPhone (iOS5)
On a comparé l'iPhone, premier des smartphones, au couteau suisse. Comparaison tentante mais inexacte.
  • Chaque élément miniaturisé du couteau suisse est généralement inférieur à l'outil à part entière, scie, ouvre-boîte ou tournevis. Restent la portabilité, la disponibilité dans la poche, au bout d'une chaîne, à portée de main (Zuhandenheit). Pour cet aspect, la métaphore est efficace (dont gardent trace, par exemple, l'allemand Handy, le chinois 手机). 
  • Au contraire, la plupart des applis d'un smartphone sont aussi efficaces et commodes, voire davantage, que l'outil analogique qu'elles remplacent : agenda, contacts, courrier, prise de notes, pense-bête (reminders), cartes et plans (dont ceux des lignes avec leurs horaires, des centres commerciaux, des hypermarchés), messagerie instantanée, musique (stockage, organisation, recherche, écoute, boutique), calculette scientifique, souris / pointeur, carte de paiement, porte-monnaie, météo, guide TV, télécommande, radio, dictionnaires, manuels de langue (compréhension écrite, orale, tests) et... téléphone (FaceTime). N.B. 75% des possesseurs de téléphone portable envoient régulièrement des textos, 50% prennent des photos, 23% surfent sur le Web (Source : Pew Research Center, 2011). Cette statistique confond tous les types de portables ; elles est certainement plus élevée si l'on isole les utilisateurs de smartphone. 
Quelques caractéristiques essentielles transcendent tous les usages qu'illustre la longue traîne des centaines de milliers d'applis ?
  1. Portabilité, miniaturisation
  2. Mobilité / synchronisation avec d'autres outils / plateformes
  3. Localisation (opt-in)
  4. Mémorisation. Fonction secrétaire ("secret"), fonction de mémoire à tout tenir et retenir (cloud), les messages, les numéros de téléphone, les paysages, les adresses, les musiques, les visages...
  5. Identification (paiement, couponnage, sécurité)
  6. Interaction, interopérabilté de la plupart des fonctions : le plan utilise le carnet d'adresses et l'agenda, la météo utilise la localisation, etc. 
Dans quel but une analyse aussi élémentaire, sorte de variation éïdétique sur le smartphone  (comme nous l'avons déjà esquissée avec la notion de "mobile immobile") ?
  • D'abord souligner l'écart considérable qui sépare les smartphones des téléphones simples (monophones). Nos statistiques ne les séparent guère.
  • Observer que toutes les fonctions du smartphone sont confondues sans discernement dans de nombreux agrégats courants (durée totale d'usage, audience cumulée des 30 derniers jours, par exemple).
  • Que signifie "utiliser" un smartphone ? Quel rapport entre lire un plan et photographier un ami, entre utiliser la télécommande et payer son café ?
  • Avec sa myriade d'applis, le smartphone bénéficie de rendements croissants d'adoption ("increasing returns of adoption", W. Brian Arthur).

mercredi 15 septembre 2010

La rue : méli-mélo médias


Tout média, expliquait Marshall McLuhan, contient d'autres médias, tout média nouveau englobant les précédents.

La rue rassemble des médias depuis toujours (vitrines, enseignes, monuments, échoppes) ; de plus, elle attire les médias à la recherche d'audience (affiches, crieurs, etc.). On en trouve de nombreuses mentions dans l'épigraphie, dans la musique, dans la littérature : Clément Janequin ("Voulez-vous ouyr les cris de Paris", 1545), Marcel Proust et l'activité commerciale de la rue évoquée dans La Prisonnière ("cris où nous est rendue sensible la vie circulante des métiers, des nourritures de Paris", 1923), Guillaume Apollinaire dans "Alcools" ("Zone" : "Les inscriptions des enseignes et des murailles / Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent", 1913).
En ce sens, la rue commerçante, la place du marché sont, au même titre qu'Internet, des médias de médias (media mediorum).

Un rue à New York
Les médias les plus modernes de la rue, ici les écrans numériques, ne font pas disparaître les anciens médias ; tout se passe, au contraire, comme s'ils en ravivaient les couleurs.
Tout y fleurit comme en cet endroit de New York où se mêlent des écrans numériques de toutes tailles, des hommes-sandwichs, des crieurs, des PLV, des vitrines, des ventes ambulantes, des mobiliers urbains, des enseignes, des véhicules de transport public bardés de publicité, des distributions de prospectus, etc.
Quelques siècles de média coexistent en un coin de rue. L'intégrale des médias.

Du coup, la difficulté est moins de déceler les caractéristiques d'un nouveau média que d'estimer le mélange nouveau de médias dans lequel il s'insère, le cocktail inédit qui s'établit progressivement au gré des usages, la répartition de l'attention des passants et chalands.

Les nouveaux médias complexifient l'usage des médias précédents : la difficulté ultime, c'est la transition d'un cocktail média à l'autre, le mélange, l'interaction des médias. Dans la rue, triomphe le cross média.

mardi 4 mars 2008

Ecrans des villes, vidéo ou non ?

.
La Commission des transports du Texas vient d’autoriser, à l’unanimité, les panneaux d’affichage numérique ("digital boards" ou, plus exactement, "changeable electronic signs") le long des voies de circulation, en agglomération ("within city limits"). La réglementation stipule que les images doivent être sans mouvement, statiques, renouvelées toutes les 8 secondes, pas plus rapidement, et visibles dans un seul sens de circulation. Toutes précautions prises au nom de la sécurité routière, afin d’éviter de distraire les automobilistes. Pour l’instant, l'affiche numérique est donc réduite à une sorte de Power Point géant, à la dimension urbaine.

Les panneaux pourront aussi servir pour diffuser des alertes, en cas d’urgence (Amber Alerten cas de disparition d’enfants), d’intempéries ou des informations simples lors d’événements (résultats d’élection, ou de matchs, par exemple).
  • Combien de temps faudra-t-il pour que la vidéo soit autorisée sur les écrans, comme au cinéma ? Rappelons que les auto-radios furent d'abord interdits pour des raisons de sécurité car le législateur de l’époque estimait qu’il fallait choisir : écouter ou conduire. Or nous avons appris qu’un nouveau média éduque toujours son public et transforme l’économie de l’attention et ses habitudes perceptives. Mais, dans l'intérêt du travail publicitaire, les annonceurs ont besoin de tests rigoureux pour comparer l'impact d’une image, fixe ou animée, sur des spectateurs mobiles. Tests qu'il faut étendre aux centres commerciaux, aux gares, au stations de métro, aux aéroports, sur les trottoirs, par exemple, où le passant se déplace.
  • Lorsqu’un nouveau média passe au numérique, nous savons que s’en suit une meilleure gestion des contenus, qu’il s’agisse de publicité ou de services publics, une commercialisation plus fine et plus flexible de l’inventaire, optimisée par tranche horaire ou selon la météo, la circulation (par exemple). Commercialisation ouverte aux enchères (RTB), promise aux places de marché. A court terme, la mesure d’audience sera inéluctablement affectée (grâce au téléphone mobile, au GPS, etc.). On peut aussi en attendre une pige plus précise, sans délai, parfaitement synchronisée avec les données d’audience. Cette communication urbaine rejoint ainsi, dans ses méthodes de travail, le Web et la télévision. Elle rompt avec l'affichage papier, dont elle est souvent prisonnière et qui l'entrave. Les synergies entre médias avec écrans s’en trouveront facilitées, jouant sur les messages délivrés au foyer, en route et sur les points de vente.
  • Etant donnée la taille de ces écrans urbains, la qualité de la création sera plus que jamais décisive, tant pour l’efficacité que pour l’esthétique du paysage urbain, déjà si mal traité. « Les affiches qui chantent tout haut », dans lesquelles Apollinaire voyait de « la poésie », devront être à la hauteur.