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mercredi 25 avril 2018

Soap magazines, dernier carré de la presse TV américaine


Sur le présentoir avant une caisse
dans un supermarché Publix (avril 2018)
La presse télévision américaine a vécu ; elle a été asphyxiée par l'abondance de télévision et par le développement d'outils de connaissance et de sélection électronique puis numériques, plus commodes, offerts d'abord par le câble puis le satellite, puis, enfin par Internet. Cela se poursuit par des applis et des assistants vocaux. Netflix donne le ton du guide de la consommation de la télévision de l'abondance. L'ergonomie des guides électoniques ou numériques reste discutable ; la commande vocale est approximative... mais cela progressera ! Dernière des évolutions : Netflix propose une appli pour des previews de 30 secondes...

Pourtant, une presse résiste discrètement qui reste en vente dans les supermarchés, une presse de magazines papier qui couvrent les soap operas (en plus de deux titres spécialisés). Plutôt people télévision : gros plans sur des acteurs, leur vie, leur vêtements... Récapitulation des intrigues (Storyline recaps), indications concernant les événements en cours (sneak previews). Tout ce qu'il faut pour suivre son soap favori.

Voici trois titres. Ils se ressemblent : bimensuels, même format poche, 98 pages, même prix (4,99 $). Ils traitent des soap opera diffusés par les trois networks historiques (ABC, CBS, NBC), en début d'après-mdi (tranche horaire dite daytime). Très peu de publicité, surtout pour des produits VPC.

  • Soap Opera digest
  • CBS Soaps in depth
  • CBS ABC NBC Soaps
  • Les soaps constituent un genre télévisuel après avoir été un genre radiophonique ils témoignent d'un phénomène télévisuelet socio-culturel remarquable. Certains soaps ont une longévité étonnante. "Guiding Light" commença sa diffusion à la radio en 1937 avant de passer à la télévision en 1952 ; pendant une phase de transition, il fut diffusé à la radio et à la télévision et sa diffusion ne cessa qu'en 2009 (après plus de 20 000 épisodes - radio + télévision). Une chaîne spécialisée (câble et satellite) a existé entre 2000 et 2013, Soapnet (groupe Disney); elle se consacrait à la rediffusion de soaps.

    Les soaps, c'est toute une culture ! Ils ont leurs fans, au premier comme au second degré (House, le fameux médecin de la série, est un de ces fans). Des fans très nombreux et fidèles (loyalty). Chaque soap suit les aventures et les querelles de familles établies dans une ville moyenne, meurtres, maladies graves, mariages, divorces... c'est qu'il en faut des événements pour qu'un soap puisse durer ! Du coup, il existe des Soap Trivia pour que s'y mesurent les spécialistes et fans (exemple), et de véritables addictions.

    Les magazines traitent principalement de quatre soap opera :
    • "General Hospital" (GH), diffusé par ABC, compte plus de 14 000 épisodes ; il a débuté en 1953, c'est le plus célèbre. Elisabeth Taylor et Roseanne Barr (de "Roseanne") y ont été invitées.
    • "The Young and the Restless" (Y&R) est diffusé par CBS depuis mars 1973 et compte près de 12 000 épisodes.
    • "Days of Our Lives" (DOOL), co-produit par Sony Picture Television, a été lancé par NBC en novembre 1965. Plus de 13 300 épisodes.
    • "The Bold & the Beautiful" (B&B), sur CBS depuis mars 1987.



    mercredi 5 juillet 2017

    Jane the Virgin. Telenovela pastiche


    Diffusée par The CW pour le début de la saison 2014, "Jane the Virgin" s'inspire d'une telenovela vénézuélienne ("Juana la Virgen", diffusée par RCTV en 2002). Acclamée, nominée à de nombreuses reprises, récompensée plusieurs fois dont une d'un Golden Globe. Programmée en prime-time le lundi puis le vendredi. (N.B. The CW est un network national appartenant à Warner Bros. (50%) et CBS (50%.) ; son audience est plus jeune que celle des autres networks).
    La série se consomme à deux degrés : au premier degré, l'intrigue est typique du genre, peu subtile mais délassante ; au second degré, "Jane the Virgin" se moque sans vergogne du genre telenovela, de ses clichés (playboys aux costumes rutilants, fans qui se pâment, décors et maquillage, larmes et cris, etc.). Mise en abyme : il y a un tournage de telenovela dans la telenovela... le père de l'héroïne s'avérant un acteur de telenovela adulé et fameux...
    L'humour n'est pas absent : "Jane the Virgin" n'hésite pas à plaisanter avec certains aspects de la religiosité catholique (la virginité et la sexualité, le mariage, l'immaculée conception, etc.) et de la culture hispanic. Plus de 40 épisodes passent et Jane est toujours vierge, et elle est sans doute veuve... le suspense continue donc.
    Dramedy, soap opera, sitcom ? Genre télévisuel hybride.

    The CW a renouvelé la série pour une quatrième saison commençant en octobre 2017. Au total, la série comptera un ensemble de plus de 70 épisodes de 42 minutes chacun. En France, la série est diffusée par Téva et M6 (dont 6play).

    L'action se déroule à Miami, en majorité dans deux lieux : la maison d'une famille hispanic et un hôtel de luxe. Trois femmes latina sont au cœur de l'intrigue, quatre générations "sous le même toit", la fille, la mère et la grand-mère qui partagent le même appartement et le nouveau-né (fils de Jane). Les rebondissements sont nombreux et, pour l'essentiel, improbables et loufoques.
    La série est bilingue, l'espagnol étant sous-titré en anglais. En plus des personnages, il y a un narrateur, agissant comme un chœur qui commente et explique l'action en voix off, rappelant lors de chaque début d'émission les épisodes précédents ("it should be noted that..."). Il s'exprime aussi à l'aide d'éléments graphiques à l'écran, introduisant ainsi une sorte de distanciation (second degré).
    La narration recourt sans cesse au smartphone, toujours à portée de la main des personnages ; omniprésent, deus ex machina portable, le portable préside aux retournements de l'intrigue ; il est partie prenante du jeu de chaque personnage, son prolongement. Les textos sont affichés à l'écran au fur et à mesure de la saisie, et l'action est parfois commentée à l'aide d'une série d'emoji. Construction de la narration évoquant l'anadiplose...

    Avec sa diffusion par Netflix, la série accueille une audience élargie, internationale.


    N.B. Le personnage de Jeanne dite la Pucelle hante l'histoire de la littérature et du cinéma. Appropriation par divers partis, revendiquée en France par les républicains laïques (héroïne combattante et résistante) mais aussi canonisée par l'église catholique ("Johanna nostra est") : de Friedrich von Schiller ("Die Jungfrau von Orleans" (1801) à Jules Michelet (1841), de Paul Claudel et Arthur Honegger ("Jeanne au bûcher", 1938) à Charles Péguy (1897) en passant par Bertolt Brecht ("Sainte Jeanne des abattoirs", 1930), le personnage de Jeanne d'Arc séduit les écrivains. De nombreuses œuvres cinématographiques lui sont consacrées : Georges Méliès (1900), Carl Dreyer, Robert Bresson (1962), Jacques Rivette (1994)...

    Voir aussi : Jeane d'Arc et ses mythographes in MediaMediorum


    dimanche 13 septembre 2015

    Fous de cuisines : éloges de la folie culinaire


    fou de cuisine, bimestriel 5€. 124 pages. Dos carré. Editions Pressmaker. Distribution Presstalis.

    Le titre désigne, sans ambiguïté, les lecteurs que vise ce magazine : les fous et folles de cuisine. Le sous-titre donne d'emblée une idée du sommaire type : "Tendances. Inspirations. Pas à pas. Fiches techniques. Recettes."

    Commençons par la fin du magazine, on y trouve : un index des recettes, un tableau des mesures et quantités (poids, températures, conversions) utilisées dans les recettes : bonne idée, car qui sait qu'une cuillerée à café de levure pèse 3 g et une cuillerée à café de café, 8 g ?
    On y trouve encore une page rappelant les adresses citées, un cahier sur l'outillage (lexi-ustensiles), des fiches techniques, un lexique de l'équipement de base, un lexique des mots et expressions, clair et sans chichi, un cahier de recettes enfin. Inutile de préciser combien tout cela est utile, que l'on soit débutant ou amateur éclairé. Ou gourmand intrépide : si les photos séduisent et éblouissent, impressionnent même, ces pages didactiques à la fin peuvent rassurer, semblant dire aux lecteurs : mais si, osez, vous allez y arriver !

    fou de cuisine est un très beau magazine. Avec des photos séduisantes et efficaces, une maquette claire, sans harcellement publicitaire, trois pages seulement et quelques promo discrètes, utiles. Continuez avec peu de pub, mais, à chiffre d'affaires constant, mais vendez la très cher : car vous le valez bien (que votre régie se souvienne : elle ne vend pas des pages mais plutôt des passionné-e-s qui achètent de bons produits), de l'engagement, dit-on ! fou de cuisine est un magine engageant.

    Pressmaker publie aussi FOU de Pâtisserie depuis deux ans. La maquette de fou de cuisine reprend celle de fou de pâtisserie, le sucré avant le salé, tous deux aussi alléchants. Même recette pour les deux magazines, côte à côte sur les linéaires. Economies d'échelles. Commencer par le dessert est un rêve d'enfants.

    Eloge de la folie culinaire
    fou de cuisine met en scène une cuisine à la fois classique et créative. Cuisine avec parfois des produits rares, cuisine qui demande de la préparation. Les recettes ne semblent pas très simples à réaliser même si les textes rassurent et si le magazine n'est pas chiche en conseils : il présente habilement une dimension pédagogique avec des pas à pas commodes (20 photos légendées pour la recette du bar de ligne), pas à pas qui démontent et organisent les opérations en cuisine, depuis le choix et l'achat des produits jusqu'au dressage. De plus, la recette s'épice souvent d'un soupçon bienvenu d'histoire (cf. articles sur le magret de canard, la carotte, l'épine-vinette).

    17 chefs imposants sont présents au générique, dès la couverture. Effet attendu de la médiatisation de la cuisine. Décidément, la peoplisation est partout, après les stars du cinéma et des variétés, celles des sports spectacles, des chefs d'entreprises numériques et des politiques - qui auraient pourtant, les uns comme les autres, mieux à faire que se donner en spectacles -, voici les stars montantes de la cuisine. Comme d'habitude, on ne parle que des chefs, dont on assure ainsi la promotion ! Dommage, car derrière tout chef, il y a une équipe, des apprentis, des stagiaires, "les petits, les obscurs, les sans-grades", cuisiniers inconnus... tuttistes. Mais rendre compte d'une équipe est sans doute d'un journalisme plus difficile, moins courant...

    En plus des recettes : le magazine propose un gros plan gastronomico-touristique sur la ville d'Aix-en-Provence : tables, terrasses, boutiques, desserts... On pourra aussi lire une rubrique sur les livres de cuisine (2 pages) réalisée avec la Librairie gourmande, une rubrique shopping, et aussi des descritions de techniques (la cuisson au chalumeau), des curiosités (le vin orange), des enquêtes (l'introduction de la moutarde dans le Vexin, par exemple).
    Magazine dense, sans en avoir l'air, et qui donne faim de gourmandise et envie de cuisiner. Muriel Tallandier, directrice de la publication et de la rédaction, dans un édito-manifeste, évoque nos humanités à propos de cette cuisine. Ecrire et décrire la cuisine, l'illustrer, comme le réussit fou de cuisine, contribue à la défense de cet humanisme. Du potager au marché, du verger aux épices, la cuisine française se voudrait un humanisme, et qui sans doute résistera longtemps à l'intelligence artificielle, à l'automatisation et aux algorithmes. Et aux pesticides ?


    Plus belle la cuisine ?
    A titre de rappel de l'importance de la cuisine pour la presse, notons que Prisma publie la même semaine, en parapresse, un livre de cuisine dérivé d'une série télévisée populaire, "Le cuisine de Plus belle la vie" (480 p., 12,99 €). Bouillabaisse et crème catalane, poivrons et sardines : il s'agit de cuisine méditerranéenne, évidemment, la série se déroulant à Marseille ("La Méditerranée dans vos assiettes"). "Régalez-vous à la table du Mistral", dit encore le sous-titre. Pour mémoire, "Plus belle la vie", une sorte de soap opera lancé en été 2004, sur FR3, compte en prime time près de 3 000 épisodes et, en moyenne, plus de 4 millions de téléspectateurs par épisode.

    La cuisine est l'un des secteurs les plus dynamiques de la presse magazine française, avec une quinzaine de titres nouveaux et une cinquantaine de hors série en 2015 (de janvier au 15 septembre) pour la catégorie "cuisine, gastronomie, vins", près de mille titres depuis janvier 2003 (Source : MM). Voilà pour les magazines centrés sur le thème, car, bien sûr, il y a de la cuisine dans de nombreux titres classés maison, santé, féminins, jardin, loisirs créatifs, tourisme, et même dans des magazines pour enfants. D'ailleurs, chacune de ces catégories publie de temps en temps un hors série cuisine.
    La puissance d'une catégorie de presse ne tient donc pas seulement à la puissance de ses titres classiques, titres phares, anciens, soutenus par une régie publicitaire puissante et des statistiques à fin publicitaire, elle tient aussi au renouvellement continu des titres par des créations, des hors séries - qui sont aussi hors mesure de diffusion ou de lectorat, pour le plus grand bénéfice de la part de marché des titres plus mûrs.
    Le dynamisme de la presse cuisine se lit dans la composition d'un magazine comme fou de cuisine, dans son esthétique aussi : rôle de la photographie, du papier, outils didactiques pour des lecteurs à convertir qui passeront à l'acte culinaire. Structure que l'on peut appliquer à d'autres types de magazines. Lire pour faire, pour avoir envie de faire, pour acheter, pour raconter une recette, une dégustation... "How to do things with words?" Avec une telle qualité, qui n'a pas de prix, de tels magazines ont de beaux lectorats devant eux.

    mardi 15 juillet 2014

    Start-Ups en série


    START-UPS <silicon valley> est une série qui a été programmée par la chaîne américaine Bravo (NBCUniversal), en 2012 : la diffusion fut interrompue après huit épisodes et ne fut pas renouvelée depuis. L'audience, raisonnable pour le premier épisode (700 000 personnes selon Nielsen), diminua ensuite. "Geeks are definitely the new rock stars", prophétise le site de Bravo ; pas sûr !

    Screenshot de l'émission (générique)
    Start-ups. Silicon Valley relève du genre télé-réalité (unscripted drama) ; elle réunit six acteurs, entrepreneurs de start-ups de la Silicon Valley : deux ont lancé Ignite Wellness qui suit les activités sportives (monitoring); l'un recourt à un accélérateur Appcelerator, plateforme d'incubation d'applications (cloud software suite) ; l'une est journaliste bloggeuse; l'une travaille à une start-up pour la mode (Shonova); l'autre à un comparateur de prix pour l'automobile.

    Randi Zuckerbergexecutive producer de la série, souligne qu'il s'agit d'un reality show, pas d'un documentaire ; l'ancienne directrice marketing de Facebook se veut garante de la véracité des personnages et souligne sa volonté de vulgariser la culture des start-ups (television friendly) et de l'économie numérique.  Pour cela, la série met l'accent sur les relations, amicales et amoureuses, les flirts, les confidences ("capturing the interpersonal dynamics that go on in companies. There is real drama in start-ups", dit Randi Zuckerberg). De plus, tout ce monde se veut à la mode, s'habille avec une distinction toute californienne, parle à la mode, mange à la mode...

    Certes, la série évoque l'angoisse de la levée de fonds, le doute des jeunes entrepreneurs au moment de passer du statut de salarié à celui d'entrepreneur, de quitter la Silicon Valley pour New York... On perçoit les décors emblématiques et les rituels des entreprises du numérique : présentations PowerPoint, diagrammes jetés au feutre sur des tableaux blancs, ordinateurs portables, smartphones et tablettes omniprésents, dès le matin, de la cuisine à la salle de bain.
    Le montage fait alterner des dialogues champ-contrechamp avec des monologues introspectifs, sorte de sous-conversation disant le non-dit, illustrant la vigueur du débat intérieur.
    Derrière l'intrigue, on perçoit aussi des questions plus générales : que signifie la Silicon Valley, une aire géographique (le générique s'ouvre sur une carte de la Silicon Valley), un pôle économique ou un état d'esprit ("entrepreneurial mindset") ?

    Parce qu'elle donne une image fausse de la Silicon Valley, la série a été beaucoup critiquée. On y a vu plus de soap-opera que de réalité. Cet essai souligne combien il est difficile de montrer le travail d'une start-up du Web, la gestation si peu spectaculaire ("relatable", dit Randi Zuckerberg) des idées innovantes : codeurs devant un écran, présentations de business plan aux VCs et business angels, discussions stratégiques ("pivoting")... Comment faire vibrer un public pour des événements aussi peu visibles, si peu lisibles : pour la levée de fonds, on montre la signature du chèque de un demi million de dollars...
    D'autres émissions s'essaient à faire voir l'économie numérique et à célébrer la culture scientifique : ("Shark Tank", sur ABC depuis 2009, "The Big Bang Theory", sur CBS depuis 2007, "Person of Interest" sur CBS depuis 2011, sans compter le film sur Facebook, The Social Network).
    A priori, la vidéo semble se prêter moins bien à cette ambition de vulgarisation que l'essai ou le roman (cf. l'approche de Katherine Losse dans The Boy Kings. A Journey into the Heart of the Social Network).
    Sur le même sujet, dans un tout autre style, HBO a également produit une série intitulée "Silicon Valley", sitcom réunissant six jeunes gens créant une start-up. La première saison est un succès. A suivre.

    Bien sûr, on peut voir dans la série de Bravo une bonne idée mal ficelée, une occasion manquée de faire connaître une nouvelle économie et ses contradictions. Les start-ups y appparaissent comme un univers de privilégiés, monde irénique où tout le monde il est beau, tout le monde il est jeune et riche. A l'opposé, on oublie la gentrification provoquée par Apple, Google, Facebook et autres, aux manifestations anti-tech contre les bus transportant luxueusement les employés du numérique, aux problèmes sociaux d'Amazon... Lutte des classes dans numérique ? Belle occasion de série ?

    mercredi 30 janvier 2013

    Soap opera : le retour du refoulé

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    Les soap opera ont été écartés de la télévision traditionnelle américaine ; traditionnelle, c'est à dire, networks + linéarité + grand écran + mi-journée (daytime drama). A coûts de production constants, les audiences étaient trop faibles, les recettes publicitaires aussi. Mis à la porte après des années de loyale audience, voilà qu'ils reviennent par les fenêtres de iTunes, Hulu et Hulu Plus. Over The Top donc (OTT), ce qui signifie qu'ils seront regardés sur toutes sortes de supports numériques, à n'importe quelle heure, chacun à sa manière, n'importe où.

    Trois possibilités seront sans doute offertes : sur Hulu (téléchargement gratuit avec publicité), sur Hulu Plus (dans le cadre d'un abonnement mensuel de 8 $), sur iTunes (achat pour 1 $ l'épisode ou 30 $ la saison). L'opération de Prospekt Park fait l'objet d'un financement par ABRY Partners (private equity, fonds spécialisé dans les médias).

    Ainsi, "All My Children" (ABC / Disney 1970-2011) et "One Life to Live" (ABC / Disney1968-2012) seront de retour avec le printemps. Plus de grille mais un rythme, un rendez-vous. Format 30 mn (retour à la durée d'origine). Evidemment, l'humour des pseudo spécialistes - qui va rarement sans condescendance - s'en donne à coeur joie : les téléspectateurs des soaps ne savent se même pas se servir de Hulu ou de iTunes, etc. Médiocre sociologie, bien trop "spontanée" ! Les soaps, piliers de la culture populaire américaine, sont regardés à plusieurs degrés, les prétentieux insistant sur le second degré pour valider le premier. D'ailleurs, voyez House : le docteur misanthrope de la série (Fox) affiche sa passion pour les soaps. Excellente sociologie des stratégies de distinction ! Il faut de tout pour faire le public d'un soap, des médecins désespérés et des ménagères aussi (sur l'évolution récente des soap de la télévision américaine : lire "Soap opera : et la TV ne tournera plus tout à fait comme avant").
    En France, One "One Life to Live" a été diffusé par TF1, "All My Children" aussi ("La Force du destin") mais quelques épisodes seulement. Le groupe y reviendra-t-il aussi par d'autres voies ?

    Conclusions provisoires
    • Petit à petit se mettent en place les remplacements de la télévision traditionnelle et la connivence du grand public avec les plateforme numériques
    • Cette distribution est sans doute un test : des aménagements sont probables (modèle économique, format, rythme de mise à disposition, politiques des prix, etc.)
    • Ce sont les contenus qui comptent, pas les chaînes, pas les supports technologiques même si l'on continue de dire "broadcast-quality"
    • Une jurisprudence concernant les problèmes de distribution numérique s'élabore au travers d'accords avec les différentes "guildes"professionnelles : acteurs, réalisateurs et scénaristes, Directors Guild of America, Screen Actors Guild, Writers Guild of America)

    vendredi 23 novembre 2012

    Preview, magazine Série & Télévision

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    Tout est dit dans le titre. 3,9 €, 100 pages. Peu de publicité.
    Les séries constituent une pratique culturelle importante, un ensemble de références partagées, voire d'identifications. Segmentantes, elles permettent de (se) placer sur les axes principaux de "l'anatomie du goût". "Criminal Minds", "The Mentalist", "Homeland", "Glee" mais aussi celles d'autrefois : "Dallas", "ALF", "MacGyver", "I Dream of Jeannie", "Navarro", "L'Instit"... Nostalgie, culte... la série est marqueur historique. Racontant des histoires, c'est une structure narrative qui reprend des principes que ne contesterait pas le théâtre classique.

    Après le DVD, la VOD et le streaming multiplient les occasions de regarder des séries hors des chaînes, sur le Web, à tout moment. Non plus seulement à doses unitaires hebdomadaires mais aussi par plus grandes rations, deux ou trois de suite. Soirée séries à la demande.

    Les séries épousent souvent l'avant-garde des changements culturels (sexualité, mode, manière de parler, vie familiale, gestique, nudité, etc.) ; à ce titre, leur efficacité sociale va bien au-delà de la stricte distraction. La majorité des séries diffusées en France sont américaines de conception et de réalisation ; cela ajoute une touche d'exotisme et introduit un peu de flou dans la compréhension (même, et surtout peut-être, pour ceux qui regardent les séries en V.O.). Ces séries propagent à la périphérie des manières américaines de voir et regarder le monde, de le raconter aussi : la globalisation est souvent américanisation. De tenter d'y résister naissent des politiques d'exception culturelle (Chine, France).
    Le premier numéro du magazine comporte un dossier sur les soap operas, ceux de prime-time et ceux de daytime. On y lira aussi des articles sur "Revenge" (série phare du prime time de ABC, diffusée en France par Canal Plus Family puis, ensuite, sur TF1), sur le tournage de la saison 5 de "Un Village français" (France 3), sur les nouvelles séries programmées par les networks anglophones américains mais aussi sur des séries programmées sur les chaînes européennes. A noter encore une brève réponse à une question qui mériterait de plus longs développements : "La fiction française est-elle au bout du rouleau ?"

    Pour ceux qui aiment les séries, les voir et les revoir.
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    lundi 30 janvier 2012

    Hulu TV ? Video Battleground

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    L'événement télévisuel de ce tout début d'année est créé par Hulu, le service de VOD en ligne. Conçu pour distribuer gratuitement des séries et des films sur le Web, avec financement publicitaire (hors Hulu+), Hulu rompt avec un modèle de distribution pure et simple pour se rapprocher du statut des chaînes de télévision traditionnelles qui, elles, produisent et distribuent. Netflix, Vudu, iTunes, Redbox, Amazon se contentent de distribuer des produits off-network et des films. Jusqu'à présent, malgré de nombreuses tentatives, les acteurs du Web n'ont pas réussi à pénétrer le marché TV avec leurs "Web series".
    • "Battleground" est une série classique, originale, avec scénario : "scripted original programming". 
    • Tournée au coeur du Midwest, à Madison (Wisconsin), dans ses rues, ses parcs et ses cafés, la série est peuplée de figurants de la ville. Elle est dirigée par J.D. Walsh et Marc Webb, des enfants du pays et de ses écoles. Les incitations fiscales mises en place par l'Etat du Wisconsin en 2008 ont sans doute joué un rôle dans le choix du lieu de tournage. 
    Les acteurs devant une image emblématique du Wisconsin : le pignon d'une ferme traditionnelle
    • "Battleground" est une sorte de "comedy-drama" ("dramedy"), un faux documentaire. La série compte 13 épisodes et prend pour prétexte la campagne électorale (la première diffusion bénéficiera de la conjoncture des primaires). Elle est tournée avec une seule caméra, conformément aux lois du genre. Chaque épisode de 30 mn est interrompu par des messages publicitaires selon le modèle des networks. Le premier épisode sera diffusé le 14 février, les autres suivront à raison d'un par semaine, tandis que Netflix propose plusieurs épisodes de "Lilyhammer" simultanément. 
    • "Battleground" inaugure en matière de marketing d'antenne : la promotion de l'émission recourt entre autres à une campagne de recommandation exploitant les données collectées auprès des spectateurs de Hulu. Médiaplanning Web comptant d'abord sur les effets de réseau et sur le ciblage comportemental. Il en va de même pour la mesure de l'audience qui échappe aux habituels taux évalués par Nielsen, leur préférant des indicateurs de participation, d'engagement, de buzz, etc.
    • Fox fut à l'origine de la série (2010) mais s'en est détourné. On pense aux networks refusant des séries qui firent le succès de HBO, à "Mad Men", refusé par HBO. TV des "refusés" ou conscience lucide des effets de sélection des publics par le mode de distribution ?
    Après "A Day in a Life", lancé en janvier 2011, Hulu produit un documentaire en 10 épisodes, "Up to Speed" et une série de 6 épisodes de 23 mn sur la mode ("The Fashion Fund") ainsi qu'une sorte de magazine, "The Day After" avec des épisodes de 5 mn.

    S'agit-il de coups pour voir ou d'un virage significatif dans la logique de Hulu ? Quelles sont les intentions des actionnaires (Fox, NBC Universal, ABC/Disney) qui sont aussi les fournisseurs essentiels de ses concurrents (Amazon, Netflix, Redbox, Vudu, iTunes, etc.) ? NBC Universal / Comcast n'a-t-il pas mis fin à la production d'émission de télévision pour le Web, n'attendant de celui-ci qu'un rôle ancillaire et promotionnel (cf. NBC met le Web à son service).
    • Hulu semble chercher prudemment un positionnement réaliste entre télévision traditionnelle (financement, rythme de diffusion) et Web (ciblage, promotion, connaissance des publics). "Internet TV network" ou "Netcaster" ? Ce vocabulaire bardé de définitions surannées n'aide pas à penser l'évolution numérique des médias. 
    • Le modèle des studios et des networks fait rêver le Web : Netflix (qui lance "Lilyhammer" en février, et ensuite "Orange is the new Black") se verrait bien en HBO... tandis que Yahoo! s'imagine en cinquième network. "Dream on" ! Le Web et son public inventeront autre chose, qui n'est ni l'un ni l'autre et que tente peut-être Hulu, en tâtonnant.

    mardi 1 novembre 2011

    Vie en toc, mode d'emploi

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    Le soap est hors champ, la réalité bouscule la fiction, etc.
    La famille Kardashian, "l'incroyable famille Karadashian", se donne en spectacle pour mettre sa vie à l'écran. Mais il arrive que la vraie vie ne suive pas le script de l'émission. La chaîne américaine E! , reprise en France par différents bouquets, doit repenser le tournage de la prochaine émission "Kourtney and Kim Take New York" dans laquelle jouent les deux soeurs, Kim et Kourtney Kardashian. Kris Humphries (basketteur de la NBA) et Kim dont le mariage avait attiré plusieurs millions de téléspectateurs en octobre, ont fait savoir que, dans la vraie vie, ils divorçaient.
    Faut-il revoir le montage de l'émission du mariage, mariage payé entre autres par People Magazine, la chaîne E! et quelques autres marques. Vie en troc ? Le mariage a duré 72 jours dans la vraie vie, deux heures à l'antenne. Qu'est-ce qui maximisera l'audience à venir de la série, qu'est-ce qui maximisera la valeur de la "marque" Kardashian, chère à la chaîne ?
    Cette petite histoire est partout sur le Web, on tweet pour prendre le parti de l'un ou l'autre des ex-époux, et surtout en rire, etc. Les deux soeurs, elles-mêmes (?) tweetent à tout va... En France, les magazines people mettent l'épousée déçue à la une, Public, Oops!, "Sexuellement ça ne collait pas entre nous..."
    Voilà un événement inventé par et pour les médias (pseudo-event).
    Parmi les derniers éléments du suspense : l'actrice de télé-réalité - n'est-ce pas une contradictio in terminis -  retournera-t-elle la bague du mariage (dont le prix est estimé à 2 millions de dollars) ? A suivre ! Sur le Web, sur une appli, sur Twitter, qui relaient la chaîne : le Web et les réseaux sociaux, cela sert aussi à cela.
    Comme on ne sait plus, dans cette affaire, ce qui relève de la fiction et ce qui relève de la réalité, peut-être que la bague, c'est du toc... L'histoire elle-même semble du toc, à moins que... En tout cas, on en parle, et c'était l'objectif de la chaîne.
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    samedi 28 août 2010

    Télévision américaine: les soaps se rebiffent

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    Aux Etats-Unis, où les magazines de télévision ont pratiquement disparu, vaincus par la complexité de l'offre de télévision, il reste deux magazines, au format de poche, consacrés aux soap operas. A l'origine, en 1997, il y en avait trois versions, une par network : ABC, CBS, NBC lorsqu'ils furent crées par Bauer Publications. Il ne reste que ceux de ABC et de CBS qui s'ajoutent aux hebdomadaires Soap opera Digest et Soap Opera Weekly.


    Nous en tenons ici aux deux magazines des networks.
    ABC SOAPS in Depth et CBS SOAPS in Depth sont vendus 3,99 $, principalement dans les supermarchés, sur des présentoirs avec la presse féminine et people, près de la ligne de caisses. Bimensuels, ils couvrent deux semaines de programmes (124 pages). Ils donnent les programmes des trois soaps de ABC : "General Hospital", "All My Children" et "One Life to Live" et les trois de CBS, "As the World Turns", "The Bold and the Beautiful", "The Young and the Restless". L'abonnement pour 25 numéros met le numéro à 1,59 $ (60% de réduction).

    Parmi toutes les manières de présenter les soaps, l'étape de l'intrigue en cours, la plus novatrice est celle qui classe les actes de langage de ces soaps, les noeuds de l'intrigue : "your at a glance guide to who, what, where, when and why".
    Les actes retenus, dits "plots points", constituent tout un programme (cf. illustration jointe) : donner naissance, mourir, embrasser, quitter la ville, être attaqué (e), voyager, être enceinte, être hospitalisé (e), changement professionnel, casser (se séparer), révéler, se fiancer, déclarer (ses sentiments), "disjoncter", droguer (quelqu'un), faire l'amour, être viré, souffrir d'une maladie, se marier... Indexation qui évoque l'ergonomie d'un moteur de recherche sémantique.
    Tout, dans la conception du rédactionnel, évoque la proximité des lecteurs (trices) téléspectateurs (trices), leur identification avec les personnages des soaps, leur problèmes et leur vie quotidienne ("intimate strangers" comme dit Richard Schickel, pour décrire "The Culture of Celebrity in America". La mise en image de ces soaps dans le magazine évoque les romans photos (bulles sur photos). L'interactivité se veut présente avec un "Message Board",  ("Here's your chance to tell the stars and producers what you really think!"), une double page de "tweets" ("StarTweets"), un sondage auprès des lecteurs ("Readers' Poll"), des conseils beauté des stars, un "All-Star Scrapbook"...

    Peu de publicité, quand il y en a, elle est significative d'un ciblage "sénior"(est-ce pertinent ?) : pantoufles, alliances pour anniersaires de noces (une réplique de celle d'Elvis Presley), un magazine people ("inTouch"), éléments de déco, médicament pour le sommeil, etc.

    Ce qui manque ?
    Ces guides n'indiquent pas les diffusions des soap operas en ligne. Pourtant, parmi les meilleurs scores en ligne du network ABC, en juin 2010, "General Hospital" réunissait une audience supérieure à celle de "Lost" et "All my Children" devançait "Grey's Anatomy". De même, pour CBS, "The Young and the Restless" réunissait la meilleure audience en ligne de la chaîne, devant "NCIS", "How I met your mother", etc. (Source : comScore, June 2010).  Ce sont sans doute les applis ou des sites en ligne qui guideront les téléspectateurs en ligne (Internet fixe ou mobile) : clicker, tunerfish (partage des émissions : "let your friends know what you're watching"), TV Forecast, etc.
    Le soap opera, l'un des plus vieux formats télévisuels du monde (il existait déjà en radio), suit les Amércain(e)s dans toutes les étapes de leur vie ; ils vieillissent avec leurs actrices et acteurs. Ce format n'est pas incompatible avec la fréquentation de la télévision en ligne, au contraire : il y réinstalle sa quotidienneté, sa régularité, sa proximité (portable), son folklore (il est de bon ton, sur les campus universitaires américains, de prétendre regarder les soaps au second degré)...
    La démonstration effectuée par Richard Hoggart à propos des médias des classes populaires anglaises ("attention oblique") s'applique aux soaps.

    vendredi 11 décembre 2009

    "As The World Turns" s'arrête et le monde de la TV ne tournera plus tout à fait comme avant

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    Un soap opera s'achève, 14 000 épisodes et puis s'en va ; en septembre 2010, le network CBS arrêtera la diffusion de "As The World Turns", soap produit depuis 1956 par une filiale de Procter and Gamble (TeleNext media Inc.). Déjà, un autre soap de CBS et Procter and Gamble, "Guiding Lights", lancé à la radio il y a 72 ans, s'est éteint en septembre 2009. Les soaps doivent leur dénomination américaine aux savons et détergents qui les parainnent, produits de Procter and Gamble (comme Ivory Soap, marque lancée en 1879, toujours commercialisée, ou la lessive Duz), de Colgate-Palmolive, Lever Brothers... Les soaps ont commencé par un format de 15 mn à la radio, passant à 30 à la télévision puis 60 mn dans les années 1970. Les écrans publicitaires des soaps étant beaucoup achetés par le secteur automobile, secteur sinistré,  les difficultés économiques actuelles des soaps sont réelles.

    Les héros ont vieilli d'épisodes en épisodes, l'audience aussi. Le day time n'est plus ce qu'il était ; les ménagères, qui en étaient le coeur de cible, femmes d'extérieur devenues, travaillent désormais loin du foyer, et l'on regarde les soaps sur les campus. Le modèle économique du soap est altéré par l'érosion des audiences : "As The World Turns" sera remplacé par un talk show, au coût de production beaucoup moins élevé. Un morceau de la culture américaine change. Les rediffusions vont faire culte sous peu et les thèses ne manqueront pas sur le rôle des soaps dans la fabrique de la vie américaine : des répliques, des gestes, des marques ont été popularisés, car le soap est caisse de résonnance et de raisonnements, propageant tournures de phrases et traits d'hexis corporelle (gestes, postures, tons, etc.). Indémontrable. Mais ne doit-on pas à "As The World Turns" le premier baiser gay de la télévision américaine et des débats à l'infini à ce propos ?

    De la grand-mère à sa petite fille, toute Américaine a son soap, le regardant au premier degré, en parlant au second. Issus de la radio comme beaucoup de genres télévisuels, les soaps ont leurs magazines dédiés, petit format, Soap Opera Digest et Soap Opera Weekly. Depuis 2000, les soaps ont aussi une chaîne spécialisée, SoapNet ; appartenant au groupe Disney, cette chaîne compte plus de 70 millions d'abonnés (initialisés). Les soaps ont aussi leur rubrique dans la presse quotidienne, même dans la plus prétentieuse, aidant à s'y retrouver ceux qui ont manqué un épisode. Dr House, dans la série éponyme, est un fan déclaré de soaps ; il regarde "Prescription Passion", parodie de "General Hospital".
    Les jours s'en allaient, les soaps demeuraient... Mais la télé aussi change plus vite que "le coeur des mortels".
    Espérons que d'autres chaînes accueilleront ces soaps... Un groupe milite pour cela sur Facebook !

    Nous assistons à l'évolution d'un genre, à la fois publicitaire et télévisuel (soap opera, telenovelas). L'art de raconter des histoires en séries ("serial storytelling") s'adapte à tous les supports (on l'a vu avec le feuilleton et le roman-photo). Ce genre se caractérise aux Etats-Unis par un type de narration (un suspense à chaque fin d'épisode), un type d'éclairage (backlighting), un tournage presque exclusivement en intérieur, des décors symbolisant des classes riches, beaucoup de gros plans... Ce genre et ses conventions parfois théâtrales seront sans doute redéfinis par les tournages en HD qui touchent déjà "General Hospital" (ABC), "The Young and the Restless" (CBS) et, bientôt, "All my Children" (ABC) et " One Life to Live" (ABC).
    Certains soaps sont disponibles en streaming ("Days of our Lives" sur le site de NBC). Univision, le network hispanophone lance son propre studio de production de telenovelas. Les soaps sont passés de la presse à la radio (feuilleton), de la radio à la télé, ils auront encore une vie après la TV. C'est ici que s'observe l'effet du média sur un message qui raconte toujours la même histoire, "As the World Turns".
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    mardi 11 août 2009

    Publicité numérique dans le métro


    DMG (Digital Media Group) est une entreprise spécialisée dans l'installation et la gestion des écrans plasma dans le métro des grandes agglomérations chinoises (Beijing, Shanghai, Chengdu, Hong Kong, Chongqing, etc.). Les écrans sont placés dans les voitures et sur les quais. Près de 5 000 écrans ont été installés jusqu'à présent.

    Le dernier en date à être équipé est le métro de Nanjing (ligne 2) avec des écrans de 19 pouces dans les voitures et de 103 pouces sur les quais de correspondance. Des écrans sont également associés aux automates d'achat (Automatic Fare Collection) pour donner aux passagers des infos sur les horaires, la sécurité, les directions, la météo...
    DMG inaugurera un nouveau mobilier à Beijing (ligne 4) en septembre 2009, Beijing où le métro compte déjà 2 300 écrans (dont 1700 de 17 pouces dans les voitures,  470 écrans sur les quais de 42 pouces et des grands écrans de 103 pouces). DMG travaille à la mise en place de systèmes interactifs recourant au Bluetooth et au Wi-Fi grâce auxquels les passagers accèderont à toutes les informations souhaitées sur leur téléphone portable. Les possibilités d'innovation ouvertes au marketing sont nombreuses.

    DMG réalise également des sortes de soap operas sur mesure, dits "地铁媒体剧", concisément et joliment traduit en anglais par "sub opera". Ces sub operas au format court sont diffusés sur les écrans du métro en Chine et à Singapour. Chaque épisode, qui dure deux minutes, est parrainé ; le premier sub opera, "A Sunny Day" fut parrainé par Starbucks. Un documentaire anniversaire est en cours de réalisation, selon le même format, sur les 60 années de la République chinoise avec des contributions de la population ("我 的 六 十年", "My 60 Years").

    Le métro chinois réussit donc à orchestrer, en une innovation média totale exemplaire, recherche technologique, recherche marketing et création de fiction. Succès de communication : toutes les grandes entreprises utilisent ce média, supérieur, pour tous les critères publicitaires, à l'affichage papier. Plus écologique aussi, moins polluant. Supérieur aussi pour ce qui est de l'intérêt des passagers qui bénéficient d'un système efficace et esthétique d'information et de divertissement.

    Service public et financement du métro y trouvent leur compte.

    samedi 18 juillet 2009

    Renaissance du roman-photo










    Issu du cinéma de l'entre-deux-guerres (on publiait alors des photos extraites du film et légendées), média de masse dans l'Italie de l'après guerre, néo-réaliste à sa manière (les actrices Sophia Loren et Gina Lolobridgda y figureront), le roman-photo est lancé en France par Cino del Duca dans Nous Deux en été 1950 avec "A l'aube de l'amour" (l'hebdo est lancé en 1947). Nous Deux précéde une série d'autres titres d'un format voisin : Intimité, Confidences, Rêves, Bonjour Bonheur, etc. Depuis, le genre aura touché à tous les domaines (y compris la littérature, avec des photo-romans d'après "Madame Bovary", "Les Hauts de Hurlevent", "La cousine Bette", etc.) et inspiré le cinéma expérimental (cf. Chris Marker, "La Jetée", ciné-roman /photo-roman, 1962) et même la didactique des langues ou le cadeau personnalisé.
    Mais le domaine où s'épanouit le roman-photo, c'est le traitement de la vie sentimentale, les couples qui se font et se défont, amour et argent : des soaps et des telenovelas de papier. Média méprisé, traité avec condescendance par les "mass-médiologues" : pire qu'un "art moyen", le roman-photo est associé au lectorat populaire et à la presse féminine "bas de gamme" (entendez : lectorat pauvre).

    Le genre n'est pas mort. Nous deux (Groupe Mondadori, 300 000 exemplaires vendus en France, OJD 2008) continue d'en offrir chaque semaine à ses lectrices, et publie un Hors Série de l'été (2 romans photos). Plusieurs nouveaux titres s'adressent à un lectorat plus jeune : Girls Story d'été, Max Romanphotos et, dernier arrivé, Secret's Girl (juillet 2009). Presse bon marché (de 2 à 3 € le numéro), presse de vacances, de détente ("pour un été love et magique", titre Girls ! Story d'été). La cible visée se rapproche de l'adolescence ("girl"), ce que traduisent l'âge des personnages et leurs manières d'interagir et de s'exprimer (Nous Deux présente un profil plus âgé, avec un lectorat commençant vers la quarantaine).
    "Votre nouveau magazine roman-photo qui renouvelle le genre!" dit Secret's Girl en 4 de couv. Quoi de neuf ? Le recrutement d'artistes amateurs (crowd sourcing) : "Deviens la star de notre prochaine réalisation". Le roman-photo suit la voie de la télé-réalité. Les ressorts romanesques empruntent au people, mais les acteurs sont anonymes, et les aventures se déroulent dans un univers plus modeste, "des situations qui vous ressemblent" (déclare Secret's Girl). L'amour y reste pudique, mais on parle préservatif. Le téléphone portable est un deus ex machina fréquent pour relancer l'histoire. L'innovation, très réduite, réside dans les cadrages et recadrages photographiques et les montages.
    Le roman-photo n'est pas encore entré dans l'ère numérique. Pour l'instant, à ma connaissance, pas de roman-photo sur Internet pas plus d'ailleurs qu'en téléphonie, où on les aurait pourtant attendus sur le mode des "mobile mangas" japonais (il existe des application iPhone pour lire les mangas). Tout média "jeune" n'est pas nécessairement numérique. Le roman-photo reste un "conte de fées" à feuilleter.


    Mise à jour juillet 2012.
    Pour l'été 2012, l'hebdomadaire Grazia (groupe Mondadori) publie un photo-roman, "L'amour dure deux mois" (format papier et grazia.com) dans lequel des "peopletiendront un rôle.

    Biblio :
    voir le site Le roman photos... Charmeur d'images... et la présentation publicitaire de Nous Deux par Mondadori France 

    dimanche 27 avril 2008

    Dé-placement de produits




    Charm! est le roman réel d’un personnage de fiction. L’ "auteur" est un personnage du soap opera, “All My Children”, diffusé depuis janvier 1970 sur le network ABC (Disney) en mi-journée mais aussi sur la chaîne thématique SoapNet (65 millions de foyers abonnés) en début de soirée. Ce soap a été "testé" par TF1 au printemps 2003, sous le nom de "La Force du destin" et abandonné.

    Chaque épisode dure une heure. Le personnage et pseudo-auteur Kendall Hart est la fondatrice d’une entreprise de parfum qui se console dans l’écriture de la disparition de son mari. Charm! est son œuvre, roman écrit dans le même ton, avec les mêmes ingrédients que le feuilleton.

    http://abc.go.com/daytime/allmychildren/index.html

    http://soapnet.go.com/soapnet/show/path-showname_allmychildren

    Publié par une filiale de Disney (Hyperion), le titre a fait sa place dans la liste des best-sellers du New York Times et aurait déjà vendu plus de 100 000 exemplaires dans les librairies réelles. Mais il est aussi en vente dans les librairies fictionnelles du feuilleton ! Kendall Hart a aussi son blog (http://www.kendallhart.com/) …

    Un parfum, du même nom que le roman, "Charm!", a été en lancé en mars, distribué par Sears (comme les parfums de Victoria Beckham, de Céline Dion ou Britney Spears). Autour du flacon, pend un petit porte-bonheur (en anglais, "a charm").

    Comment se lient pour le marketing le réel et le virtuel ? Comme le placement de produit fait vivre un produit du monde réel dans une fiction, Charm! donne une vie réelle, une "vraie vie" à un produit né de la fiction, dans la fiction : dé-placement de produit.

    Pourquoi pas en généraliser le principe ?

    Les émissions de télé-réalité, selon un script plus ou moins précis serviraient d’incubateurs de produits et de services, les meilleurs produits ou services franchiraient la frontière du feuilleton pour aller vivre leur vie sur les rayons d’un supermarché, d'une librairie ou d'un grand magasin. La "Star Ac", "Super Girl" ( "超级女声") ou "American Idol" appliqués au marketing.