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jeudi 19 décembre 2019

PBS en ligne... et la télévision publique américaine ne sera plus gratuite


PBS est sur YouTube TV, du moins une centaine de stations (locales) de PBS sont présentes sur YouTube, pour l'instant, parmi les 350 stations publiques que compte le network de la télévision publique américaine. Cette centaine de stations représentent les trois quarts de la population américaine qui peuvent donc désormais regarder sur YouTube TV des émissions de la télévision publique. C'est le premier vMVPD (virtuel) de la télévision publique : il faut donc s'y abonner pour y accéder. L'objectif de PBS est, biensûr, de rendre la chaîne accessible, partout, à tout moment.


Cette étape est d'importanc stratégique alors que le gouvernement de Monsieur Trump envisage de supprimer les subventions à la chaîne et réclame "zero funding" de l'Etat (Corporation for Public Broadcasting) pour les stations de PBS. Ceci constituerait sans doute un grave problème, notammment pour les stations des zones en difficulté (rurales notamment).
Cette présence de PBS sur YouTube TV est néanmoins contestée par certains élus, plutôt Démocrates, qui se plaignent de la manière dont YouTube TV est organisé quant au respect de la vie privée ; le Center for Digital Democracy se demande, par exemple, comment YouTube TV collecte et partage les informations provenant des enfants : "We are especially concerned that PBS, in order to gain a few more viewers, is willing to trade away the privacy rights of children, parents and others. PBS must explain what data will be gathered and how it will be used by Google and advertisers to target the public."
A quoi la direction de PBS rétorque que les enfants pourront regarder les émissions de PBS sur YouTube TV sans publicité, ce qui ne violera donc pas la loi sur la vie privée des enfants (Children's Online Privacy Protection Act)...
Il faudra néanmoins aux foyers qui désirent regarder les émissions de PBS sur YouTube TV s'abonner : YouTube TV leur demande 49,99 $ par mois, ce qui n'est pas rien...
Le débat qui s'annonce est donc d'importance tant pour la télévision publique que pour la politique américaine.

Extrait du document publié le 17 décembre par PBS à propos de sa présence sur YouTube TV

mardi 26 février 2019

What is public television? Europe vs United States


It is difficult to explain European public TV to American media specialists. They don't get it. PBS, the American public television, is a different business model, completely. What can be learned from a comparison?

According to a recent survey, PBS is the most trusted American institution. PBS is trusted for its news and public affairs programming. More trustworthy than the federal government, the courts of law or even Congress. Only the nation's military defense institution does better.
Of course, other media (digital platforms, cable and satellite channels, broadcast commercial networks) are far behind. PBS Kids is praised for its great educational value, outranking Disney or Universal Kids.

PBS is a network of public TV stations: it is, therefore, both national and local thanks to its 350 member stations.
PBS is free for consumers: nevertheless, they can elect to support their local stations through donations or even participate actively (volunteering). There is no yearly tax (no "redevance" as this tax is called in France, where a tax must be paid by any household with a TV set: 139 € / year (i.e. 158 $). 13$ a month: more than the price of a Netflix subscription!
Of course, PBS airs no mass entertainment such as football, baseball or car racing, leaving these to the commercial networks. When hearing about European public TV, Americans ask: tax money for sports retransmissions? How strange! If sport belongs to entertainment it is consequently a matter of individual choice and budget (cord-cutting in the US shows that not all people are ready to pay for sports programming).
And there are no commercials on PBS whereas most European public TV channels air commercials; PBS carries only sponsorship, discreet underwriting,  considered favorably by companies since a PBS partnership is good for their image.
That is why 30% of American people trust PBS compared to 13% who trust commercial broadcast TV or 8% who trust the newspapers. PBS can boast that it is "America's Largest Classroom, the Nation's Largest Stage and a Trusted Window to the World".
Survey developed by PBS, conducted online within the United States, by M&RR, January 3-8, 2019
Sample: 1,015 adults ages 18 and older (495 men and 530 women).
Results weighted to be nationally representative of the U.S. adult population.
Why are there so many public channels in Europe, channels which most of the time imitate or follow commercial channels? Public television in Europe is often nothing but State-run commercial television (with at least two noticeable exceptions, the French-German ARTE, and the BBC in the UK).

Now that the Internet carries thousands of programs, does a developed country still need public television to air the same kind of programs as commercial TV channels?
After education, what are nowadays the most important tasks of the State when it comes to culture and communication?
Once there is no "digital divide" (we are not there yet), once everybody will be able to access the web and the services it carries (a question of training to be solved), what becomes of public television's purpose? Such a question belongs clearly in the tax debate.

mercredi 7 mars 2018

Suisse, débat sur la redevance et sur le secteur public de radio télévision


No Billag ? Non. Une votation a eu lieu en Suisse le 4 mars 2018 à propos de la redevance TV. Finalement, démentant les sondages, 71,6% des votants demandé le maintien la redevance qui finance la SSR (Société Suisse de Radiodiffusion et télévision). Une longue et dynamique campagne hostile à la redevance ("No Billag") a eu lieu, commencée fin 2015. Le référendum d'initiative populaire a été organisé suite à une pétition recueillant 100 000 signatures.
Billag est l'entreprise suisse qui perçoit actuellement la redevance obligatoire, redevance assise sur la possession de tout appareil de réception, y compris le téléphone portable et l'ordinateur ; la redevance s'élève à 451 Francs suisses par an (392 € ou 481 $). Bientôt, elle devrait baisser un peu pour les personnes et augmenter pour les entreprises...

No Billag ? Non mais... Au-delà du résultat, l'important est surtout qu'il y ait eu débat, que la redevance n'aille plus sans dire, que le principe même d'une radio-télévision publiques puisse être discuté. "Démanteler le service public", accusent les uns, refuser des "médias sous perfusion publique", se défendent les autres. "La SSR est tout sauf une vache sacrée", rappelle en arbitre le rédacteur en chef de la Tribune de Genève (19 février 2018), elle n'est plus intouchable : le débat reviendra et la SSR doit l'anticiper avec des réformes drastiques.
Le débat reviendra aussi dans d'autres pays d'Europe. Aux Etats-Unis, où pourtant il n'y a pas de redevance mais un versement volontaire, l'idée et l'existence même d'une radio-télévision publique sont discutées. Le Danemark vient de supprimer la redevance (mars 2018), la Wallonie (Belgique) l'a déjà supprimée...

En Europe, les secteurs publics de radio et télévision ont été conçus et mis en place dans un monde de médias de papier dominants. Des décennies avant la télévision commerciale (c'est l'inverse aux Etats-Unis). Leur vocation était culturelle et éducative, sans publicité aucune. Quel rôle concevoir aujourd'hui, pour la puissance publique nationale, en matière d'information et de divertissement, dans un univers numérique où triomphent sans partage des réseaux sociaux américains (YouTube, Facebook, LinkedIn, Twitter, Snapchat), un moteur de recherche américain (Google), la vidéo payante américaine (Netflix, Amazon), la radio payante internationale (Apple, Spotify) ?
Parmi les arguments des défenseurs de la radio-télévision publique, la défense des cultures nationales a été essentielle ; les artistes suisses, les organisateurs de manifestations sportives, le cinéma suisse ont été mobilisés... Quels moyens d'action sont aujourd'hui les plus appropriés pour défendre les cultures nationales, si du moins elles doivent-elles être défendues ? Quel secteur public construire pour développer la démocratie, renforcer les libertés ? La radio-télévision commerciale d'Etat est-elle encore un levier adéquat ? Les médias, tous les médias, ne devraient-ils pas être indépendants de l'Etat ?
La votation suisse invite à y penser, à douter, à remettre en chantier cette institution. On ne peut plus ne pas se poser la question. Question qui est du même ordre que celle qui concerne l'école publique, elle aussi bouleversée et affectée jusqu'en ses racines, par la numérisation.

Ce n'est qu'un début, continuons le débat !
En Suisse et ailleurs, le débat se poursuivra et son centre se déplacera, passant de la notion de radio-télévision publique à la notion plus large de médias publics. Car la presse aussi participe du service public d'information générale et de divertissement, l'affichage numérique urbain (DOOH) de plus en plus... L'information ce n'est pas seulement le débat politicien, électoral, c'est aussi la consommation, les modes vie, les loisirs et la presse magazine y joue un rôle important.
Qu'en pensent les plus jeunes générations qui ont mieux intégré la culture numérique et qui sont plus friandes de médias numériques étrangers que de télévision nationale, et qui réclament en Suisse le droit d'affecter les 450 CHF de la redevance aux médias de leur choix ? Avec Netflix et YouTube, la télévision n'est plus pour ces générations une affaire d'Etat.

La grande peur que No Billag a provoquée dans le cinéma suisse

mercredi 7 mars 2012

Public TV and the Web

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iPhone free app
In its Annual Report 2011 published 7 March 2012, Axel Springer AG lists "the expansion of state-owned TV stations into the Internet" as a "political and legal risk" for its group. Axel Springer AG targets a news app published by ARD, the leading public German channel. "tagesschau" is a "text-oriented news app", claiming to be "Die Nachrichten der ARD" (news of the ARD). It is a free app whereas news apps developed by RTL or Springer are paid (0,79 € / month for the Bild App, 2,99 for the FAZ).

Since ARD is financed by a licence fee ("Rundfunkgebühren"), a sort of a tax paid by each German household (18 € / month), Axel Springer AG complains that this is unfair competition. The group has filed a lawsuit against ARD. The results of this lawsuit could affect the business model of all public channels on the Net.

This is far from a trivial matter
In most European countries, public radio and television have developed free news apps and websites which could all be perceived by the private media as unfair competition.
This poses the question of the diversification of the public services financed by "taxes". Is the Web a different market or a logical extension of their core business (TV and radio programs) ?

N.B. Axel Springer AG is one of the major media groups in Europe; in addition to newspapers (Bild, Die Welt) and magazines, the group owns many websites: aufeminin.com, onmeda.de (santé), seloger.com, etc. The Group is active in many European countries (France, Russia, Spain, Switzerland, etc.)

Sources:
in German, Geschäftsbericht 2011, "Politische und rechtliche Risiken", Seite 70
in English, Annual Report 2011, "Political and legal risks", page 73
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mardi 29 janvier 2008

Télévision publique : PBS, l'autre modèle américain

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Lorsque l’on évoque en Europe la télévision américaine, il est rare que soit mentionnée la télévision publique, Public Broadcasting Service (PBS). Pourtant, un détour par ce modèle peut oxygéner la réflexion.
Six points distinguent la télévision publique américaine des télévisions publiques européennes :
  • Télévision de proximité. La télévision publique américaine est locale, d’abord. Liée aux communautés territoriales, aux universités, aux associations. Elle ne devient nationale (network) qu'à certains moments de la journée.
  • Télévision choisie, sans redevance. La télévision publique américaine ne connaît pas la redevance. Elle ne s'impose pas. Les téléspectateurs décident de verser, ou non, une cotisation volontaire (subscriptionmembership), du montant qu’ils souhaitent, à leur station locale ("Your local station"), celle qui est près de chez eux. Ce versement annuel donne droit à déduction fiscale. Les téléspectateurs peuvent aussi s’engager en participant, bénévolement, localement, à des activités liées à l’antenne locale (ils sont nombreux à le faire).
  • Télévision alternative. PBS, le network des stations non commerciales, n'est pas en concurrence avec les networks commerciaux pour l’acquisition de droits sportifs ou de films hollywoodiens. Sa programmation nationale, gérée par un network de plus de 350 stations, donne une large part aux émissions éducatives (enfants), informatives, documentaires et culturelles (des loisirs créatifs aux concerts). Le sport commercial ne saurait s'apparenter à des obligations de service public.
  • Télévision sans écrans publicitaires. Malgré quelques tentations, la télévision publique est restée sans interruptions publicitaires. Indépendante à l’égard des ratios quotidiens d’audience publicitaire, la télévision de secteur public garde cependant une relation commerciale avec les entreprises de toutes tailles par l’intermédiaire du parrainage (underwriting). La télévision publique apporte sa légitimité aux entreprises soucieuses d’image de service public. En revanche, pbs.org, le site du network public a sa régie publicitaire propre afin de bénéficier à ce stade du dynamisme que seul insuffle la compétition commerciale.
  • Télévision indépendante des pouvoirs. Son financement est diversifié, l’Etat central (fédéral) intervenant pour 15% du chiffre d’affaires, à côté des entreprises, des collectivités locales, des universités et des cotisations volontaires de téléspectateurs. 
  • Télévision innovante. Systématiquement à la pointe des technologies successives (satellite, numérique, Web, HD, ATSC 3.0, etc.), PBS est l'un des laboratoires permanent de la recherche télévisuelle américaine.
En fait, une télévision modeste, différente, audacieuse et souvent intempestive.
Alors, imaginons en France - au moins pour provoquer la réflexion - un réseau d’une petite centaine de stations, chacune couvrant un territoire télévisuel de l'ordre d'un ou deux départements. Plus de redevance, Roland Garros, le Tour de France ou d'autres événements commerciaux retransmis uniquement par des chaînes commerciales, une télévision pour enfants liée à la recherche universitaire... Des stations locales couvrant la vie locale, comme la PQR ou la PHR...

Que peut-on attendre des médias en matière de service public à l'époque du numérique ?
Tout est à revoir en fonction du développement du Web, du mobile et des réseaux sociaux. Il faudra bien un jour, sans prévention ni précipitation politiques, imaginer et concevoir le service public nouveau dont a besoin une République numérique en matière de médias. Pour l'instant, dans la plupart des pays, on s'est contenté de faire comme si le numérique n'était qu'un peu plus de la même chose, on a repeint en numérique le secteur public de radio-télévision, les aides à la presse, etc. sans jamais remettre en question des institutions et des habitudes surannées. Conservatisme.
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