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jeudi 18 septembre 2014

Supplément sportif pour la télé américaine


Cable ONE,  câblo-opérateur américain, facture désormais un supplément de 2,94 $ pour l'abonnement TV de base en raison des prix des programmes sportifs (sport surcharge). Les programme sportifs, explique l'opérateur, représentent plus du tiers des coûts de programmation, souvent près de la moitié.
Le prix du sport à la télévision américaine ne cesse de croître suivant l'augmentation des droits sportifs. En moyenne, une chaîne sportive demande 75 cents par abonné, par mois, soit 3 fois plus que la moyenne des autres chaînes (Source : SNL Kagan). L'ensemble de chaînes sportives d'ESPN (groupe Disney) demande plus de 5,5 $ ; NFL Network (chaîne de la ligue de football américain) demande 1,5 $. Ce sont les services les plus chers.

En plus de sa présence dans les chaînes généralistes grand public, l'offre de sport pour les abonnés à la télévision payante est fort riche et diversifiée (près de 200 chaînes) :
  • Chaînes des ligues d'équipes sportives : NFL (football), NBA (basket), MLB (baseball), NHL (hockey), MLS (soccer).
  • Chaînes spécialisées : golf, sports mécaniques, ski, tennis, etc.
  • Chaînes sportives généralistes : CBS Sports Network, Fox Sports Network, BTN, Univision Deportes, etc.
  • Chaînes régionales (RSN) : souvent chères, de 4 à 5 $ par chaîne, par mois. Aussi les opérateurs refusent-ils de plus en plus de les retransmettre : c'est le cas avec la chaîne SportNet LA (qui appartient à TWC et a signé un contrat de 25 ans avec l'équipe des Dodgers) : DirecTv refuse de retransmettre la chaîne.
Cette augmentation du prix venant d'un distributeur est un symptôme ; elle annonce des changements de modèle économique sur le marché de la télévision. Ce symptôme en recoupe d'autres : les désabonnements (cord-cutting) et les non-abonnements (cord-never) de ceux qui ne sont pas des fans de sport : ils disposent de la télévision généraliste de base (une dizaine de chaînes / stations) et ils peuvent y ajouter un service OTT comme Netflix. Le gain est significatif, au moins une vingtaine de $ par mois.
Cette différence provoque et explique une demande de commercialisation à la carte (unbundling) venant des abonnés. Certains distributeurs voudraient sortir les chaînes sportives de l'abonnement de base. Ce que, bien sûr, refusent ces chaînes.
Netflix pourrait aussi inspirer aux entreprises de spectacle sportif un nouveau modèle économique. C'est ce que tente World Wrestling Entertainment (WWE Network) qui a lancé un service OTT pour 10 $ mensuels...

Mise à jour, 8/10/2014

Début octobre 2014, la NBA (basket) a signé un accord avec ESPN (Disney) et TNT (Tome Warner) de retransmission de 2,6 milliards de $ par an (24 milliards pour la période 2016-2024-25).

jeudi 8 avril 2010

Soccer et futbol : du football américain ?

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Ce débat américain n'est pas seulement une bataille sémantique : le soccer (le mot vient de socca, abbréviation de "Football Association", 1889) ou futbol pour les hispanophones serait-il en train de prendre des parts de marché au "football américain" (NFL, etc.) ou au baseball ? La question est irrévérencieuse, iconoclaste même : rien ne saurait entamer l'aura des grands sports professionnels américains, football, baseball, basketball et hockey ! En douter est un crime de lèse-majesté, voire d'anti-américanisme primaire. Pourtant, de nombreux signes laissent voir la progression régulière du football (soccer) aux Etats-Unis, qu'il s'agisse de pratique ou de notoriété. La Coupe du monde 2010 sera un accélérateur de cette progression. Les médias télévisuels américains ont tout intérêt au développement d'un grand sport national : disposer de contenus nouveaux, mettre en concurrence les sports traditionnels dont les droits TV sont très élevés, recrutement de nouvelles audiences (notamment féminines, hispanophones), alimenter le développements de nouveaux supports numériques.
  • ESPN, premier groupe de médias sportifs au monde, a acheté des droits de la Coupe du monde : 64 matchs en HD répartis entre ESPN 1, ESPN2 et ABC mais aussi sur ESPN 360, Soccernet (Internet) et ESPN Mobile TV. ESPN a également acquis des droits de la Premier League anglaise. Fox Sports a lancé une chaîne dédiée au foot, Fox Soccer Channel. Il existe une chaîne bilingue (américain, espagnol), Gol TV qui diffuse beaucoup de football européen (La Liga, Copa del Rey, Bundesliga, etc.) et sud-américain (Brésil, Colombie, etc.).
  • L'association du football pour les jeunes (US Youth Soccer) compte plus de 3 millions de joueurs (5-19 ans) et près de 1 million d'animateurs divers (parents volontaires, entraîneurs, administrateurs). Ses parrains : Adidas (sponsor and supplier), Clorox2 (lessive), Sports Authority (distribution spécialisée), Sunbett (barre de céréales), etc. La US Youth Soccer a un accord de collaboration avec le club anglais Chelsea FC.
  • La "maman-foot" (soccer mom) est un personnage emblématique de la culture quotidienne des banlieues américaines. Expression difficile à traduire qui désigne la mère qui conduit ses enfants à différentes acivités sportives, appartenant aux classes moyennes, conduit un mini-van, etc. Soccer Mom est le titre d'un film consacré au foot féminin.
  • Le développement du foot à long terme est à l'ordre du jour de la U.S. Soccer Federation : la formation des entraîneurs (coaches) est le premier objectif assigné au nouveau Youth Technical Director, Claudio Reyna (sélectionné pour 4 Coupes du monde en équipe américaine) et qui a beaucoup joué en Europe. 
  • Le soccer augmente sa popularité grâce aux événements internationaux, notamment grâce à sa population d'origine "latine" formée au futbol et au foot et qui le revendique. Les audiences aux Etats-Unis des grands événements internationaux du football sont comparables à celles des traditionnels événements nationaux américains comme le Super Bowl (NFL). Un annonceur américain (AON Corporation) parraine le club de Manchester United pour profiter de son audience mondiale. Des nouveaux stades sont construits : le Red Bull Arena de Harrison (New Jersey), nommé d'après la marque et inauguré en mars 2010 compte 25 000 places. Même les jeux vidéo jouent leur rôle : aux Etats-Unis, Electronic Arts aurait vendu 10 millions d'exemplaires de son jeu FIFA 10. 
"Defend Your Turf", slogan de la campagne de publicité nationale pour le football professionnel féminin (Women Professional Soccer, WPS) qui débutera la semaine prochaine (l'équipe féminine américaine a été deux fois médailles d'or aux JO). Comment traduire ce slogan qui pourrait être celui de tout le soccer aux Etats-Unis ? "Défends ton camp" ? "Défends ton territoire" ?... Any suggestions  for translation are welcome !
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dimanche 5 juillet 2009

ESPN loin de ses bases


ESPN, le groupe de chaînes sportives américaines, filiale de Disney, n'avait jamais pu s'implanter en Europe, à l'exception de ESPN Classic, consacrée aux archives du sport. ESPN est peut-être en train de réussir son débarquement grâce au football (soccer), unique porte d'entrée du sport spectacle en Europe.
La faillite du groupe Setanta Sports a créé l'occasion : ESPN a racheté (près de 400 millions de $) les droits de la Premier League britannique (Irlande comprise) abandonnés par Setanta, incapable de faire face à ses paiements. ESPN prendrait aussi place sur Freeview (bouquet de chaînes terrestres numériques) et peut être sur Top-Up (numérique terrestre payant). Un projet de chaîne HD serait en projet pour le bouquet Sky Digital.
En Grande-Bretagne, ESPN disposera de 46 matchs la prochaine saison et 23 pour les années suivantes, British Sky Broadcasting (BSkyB, groupe News Corp.) en diffusant 92 puis 115.
L'offensive est sérieuse et doit préoccuper les chaînes européennes, dont Eurosport. Car ESPN est un groupe puissant : dominant le marché télévisuel du sport aux Etats-Unis avec 98 milions de foyers abonnés, l'ancienne startup est devenue le premier groupe média du sport dans le monde (une cinquantaine de chaînes).
  • L'internationalisation d'ESPN passe par son interculturalisation, par l'acquisition de droits sportifs locaux. Sans football, ESPN ne pouvait pénétrer l'Europe. On ne pénètre pas les marchés indiens ou pakistanais sans accès au cricket, on n'entre pas sur le marché sportif euopéen sans football. Stratégie constante de ESPN qui a acquis les droits des coupes du monde de cricket pour 2011 et 2015 (ESPN Star Sports avec News Corp.). En Grande-Bretagne, ESPN a racheté des sites puissants, cricinfo.com (cricket), Scrum.com (rugby) et Racing Live (sports mécaniques). L'international tourne au pluri-national plutôt qu'au supra-national.
  • La vie d'un certain nombre de grandes chaînes ou de bouquets européens dépend du football, qui fait et défait les chaînes. Vulnérabilité des agrégateurs "historiques" alors que de nouveaux groupes arrivent sur ce marché (télécoms) tandis que la tentation de maîtriser leur contenu jusqu'au téléspectateur final saisit les fédérations et les équipes (cf. NFL Network).

dimanche 21 juin 2009

Not a home run


"Maybe you could say we are safe on third right now, [...] Third base I think is the process we are going thorough this weekend, which I think is proving by and large about what we expected it to be."

De quoi parle-t-on ? De baseball, de softball ?
Non. Ces phrases sont extraites d'une déclaration du Président de la FCC, à propos de la transition numérique de la télévision terrestre américaine (notre post du 13 juin 2009, "Kiss analog goodbye") : le Président explique que l'opération n'est pas, et ne saurait encore être déclarée un "home run". Seuls les trois quarts du chemin ont été parcourus.

Comment un moteur de recherche lexical traite-t-il un tel énoncé ?
Il s'agit de baseball ou de softball : on y reconnaît le vocabulaire de base(s) du passe-temps américain de l'été. On y retrouve aussi une métaphore d'adolescents américains pour décrire leur expérience amoureuse. Il s'agit d'une métaphore pour indiquer la progression, la réussite d'une opération. La partie de baseball se joue sur quatre bases, la quatrième étant appelée home base. Le home run désigne une réussite parfaite, acquise du premier coup. Culture de base donc, populaire s'il en est.

Or, il s'agit de télévision et de la diffusion numérique.
Le moteur de recherche, encore lexical, prend les mots au pied de la lettre. Tout comme la traduction automatique. Les automates y trouveront donc le lexique du baseball. La culture leur échappe, trop subtile. Et si l'on se met à écrire pour de tels outils de recherche ou de traduction, comme il est recommandé aux journalistes dans certaines rédactions (il faut écrire pour être trouvé par le moteur de recherche, etc.), la pauvreté langagière menace. Plus de métaphores, plus d'allusions...

Essayez "Third base" dans Google... qui place Wikipedia en tête, ou encore : dans Urban Dictionary, dictionnaire d'argot américain contemporain.

samedi 22 novembre 2008

Le stade s'habille en numérique : "Field of Dreams" ?


Le stade des Yankees à New York (53 000 places) investit 17 millions de dollars avec Cisco afin d'être à l'heure numérique pour la prochaine saison de baseball (MLB, avril 2009). Les travaux sont en cours.
  • 1 100 écrans HD seront installés ("fan-facing technology"), omniprésents dans tout l'univers du stade, le Yankee Museum, les restaurants, les bars, les boutiques diverses ("concessions stands"), les toilettes, les travées. Chaque écran pourra être programmé individuellement : statistiques sportives, informations sur la circulation, échauffements de l'équipe, météo, alertes en cas de danger (évacuation, etc.), indications pratiques, adaptées à l'emplacement de chaque écran, etc.
  • Le Wi-fi haut débit sera accessible partout pour servir les équipements des visiteurs (smart-phones, Net Pc) et leur donner accès aux boutiques du stade, recevoir les grands titres, s'abandonner à quelque "réseau social" spécialisé (MLB, baseball, fans de l'équipe) ... 
  • Un système de téléconférence (TelePresence) pour communiquer avec les fans. 
  • Des ordinateurs avec écrans tactiles dans les vestiaires des joueurs. 
Le jeu repris sous tous les angles, multiplié, partout, en direct et en bref différé. Rève d'Argus aux cent yeux, tout voir (panoptique) et revoir (Aργος Πανόπτης). Tout ceci est en phase avec une politique de présence systématique du baseball sur les médias mobiles : bientôt les Yankees seront sur tous les téléphones : fantasy games, scores, brêves, réseau social, etc.

Cisco StadiumVision apporte aux Yankees le dernier état de sa technologie avant que Cisco construise un stade portant son nom, Cisco Field (naming) à Fremont (Californie, où jouent les Oakland A's). Cisco est déjà présent dans 60% des stades américains.

Nous assistons au changement de tout l'univers visuel des spectacles grand public, musiques et sports populaires d'abord. Bientôt, la musique savante, les expositions, les musées suivront. A terme aussi, inéluctablement, les univers didactiques (établissements scolaires et universitaires).

Economie. Le stade devient un lieu de vie commerciale, sociale où l'on se rend pour passer le temps autour d'un événement sportif. Avec tous ces écrans, la périphérie devient centrale. Le sport est de plus en plus une expérience numérique, un spectacle omniprésent, un environnement : définition nouvelle du média (forme en acte du 360°). Ce média a besoin de contenus frais pour fuir la rediffusion et l'ennui, de nouvelles manières de filmer, de moins de montages a priori. C'est le spectateur dans sa déambulation qui effectue, à son gré, à son rythme le montage de l'événement. 
Le modèle économique du sport (et du spectacle en général) en est affecté, donnant plus de poids au stade, au local, au direct sur place, donc à l'audience massive et émiettée dans les stades.

Mais comment tout ces contenus offerts seront-t-ils gérés, quelle place sera donnée à la publicité, à la promotion ? Nielsen avait déclaré mesurer l'audience des écrans de Arena Media Network (34 stades, dont le Yankee Stadium et Shea Stadium à New York, le Dodger Stadium à Los Angeles, Wrigley Field à Chicago), mais cette mesure semble remise à plus tard, fautes de clients (cf. post suivant !).

Nostalgie. Avec tout cela, on est loin des petits ballparks de quartiers, soirs d'été, odeurs de hot dog, l'orgue hammond ponctuant les phases de jeu, bancs de bois, home runs guettés par les enfants, mitaine à la main, les moustiques aussi ..."The House That Ruth Built" était dans le Bronx la maison des Yankees depuis 1923. "If you build it, they will come"... Qui viendra rêver dans cet univers d'écrans ? Babe Ruth ? Shoeless Joe ? Will you still "Take me out to the ball game".