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mardi 30 mai 2017

Téléviseur : la fin du monopole


Pourquoi a-t-on tellement besoin de répéter que le téléviseur n'est en rien menacé par les autres écrans, celui de l'ordinateur, celui du smartphone ou de la tablette ? Qui faut-il rassurer ? Les annonceurs et leurs agences avant l'ouverture du marché publicitaire (upfront market), les fabricants et vendeurs de téléviseurs ?

La statistique trimestrielle que publie Nielsen concerne les adultes (18 ans et plus, pourquoi ?). Selon l'estimation de Nielsen, le téléviseur l'emporte sans conteste sur les autres écrans quant à la durée de consommation : plus de 500 milliards de minutes tandis que l'ordinateur n'en prend que près de 32 milliards, le smartphone 11 milliards, la tablette près de 5 milliards. C'est surtout ce qu'a retenu la presse spécialisée...
En revanche, lorsque l'on prend en compte l'âge des répondants, le téléviseur voit sa part décroître pour les plus jeunes générations. Qu'en serait-il pour les pré-adolescents ? Une même évolution s'observe en France chez les plus jeunes, les cadres... (cf. synthèse du CSA).

La télévision est de moins en moins consommée uniquement sur le téléviseur dont le monopole s'effrite et, avec lui, sa place centrale, point focal dans l'univers domestique. Que deviennent alors les notions de "family viewing time" ou d'audience conjointe, voire même celles de prime time ou de "foyer TV" (TVHH) ? Et avec la fin du monopole du téléviseur, c'en est fait de la télévision comme mass média d'information, de divertissement et de publicité. D'ailleurs, l'enquête de U.S Energy Information Administration confirme que le nombre de téléviseurs par foyer décline...
Ordinateurs, tablettes et smartphones sont aussi des supports domestiques. Souvent même, ils accompagnent (ou s'accompagnent de) l'usage de la télévision (social TV) : partage de l'attention... Mise à jour : AT&T (DirecTV) propose un abonnement TV pour tablette (Prime) à partir de 10$ / mois (20 août 2017).

Sans monopole du téléviseur, la question du média planning TV se pose de manière différente : il faut disperser les messages selon les appareils. Les appareils comptent peut-être autant que les horaires. Le ciblage devra faire appel à la data afin de tenir compte des duplications, faire valoir les répétitions (effective frequency), les parcours du téléspectateur au cours de la journée, de la semaine voire du mois (Live, Live+1, Live+7, etc.), d'appareil en appareil.

L'économie de la télévision multi-support demande une nouvelle mesure, de nouveaux analytiques. D'autant que la notion de ménage, elle-même est bousculée : augmentation du nombre des ménages, réduction de leur taille (on compte de plus en plus de ménages d'une ou deux personnes), familles monoparentales, etc. Le ménage tend vers la personne (cf. Fabienne Daguet, INSEE Première, 28 août 2017). Tout comme l'équipement...

Source : Nielsen, The comparable metrics report, May 25, 2017

lundi 13 juin 2016

Walmart : la grande distribution américaine prend le parti du streaming

Wal*Mart Network, décembre 2005. Photo FjM

En temps que distributeur, le plus important des Etats-Unis, Walmart a une longue histoire avec la télévisision.

D'abord, il y eut une chaîne de télévision, Walmart*Network, diffusée par satellite, sur des téléviseurs suspendus dans les magasins.
Puis, en 2010, Walmart fit son entrée sur le marché de la VOD en rachetant Vudu, pour concurrencer Netflix et Amazon.
Par ailleurs, Walmart fut, et est toujours, un très important distributeur d'équipement électronique domestique et un distributeur de DVD.
C'est à ce titre que Walmart demande maintenant à ses clients de se désabonner des MPVD (câble, satellite) et de s'acheter des appareils de substitution (streaming devices, hdtv antennas, routeurs, etc.) ou de complément (télécommandes, lecteurs Blu-ray, consoles de jeux vidéo, etc.).

Son slogan, en forme d'adresse aux consommateurs américains, est direct et clair : "Cut the cable. Switch to streaming TV".  Et le distributeur enfonce le clou, prêt à profiter pleinement de l'évolution de la consommation de télévision : "What better way to save money on your cable than by getting rid of it all together? At Walmart.com, we can help you cut the cord with devices like streaming players and antennas that will keep you entertained and save you money at the same time."
Ceci est assorti d'une promotion de l'équipement télévisuel qui durera deux mois (juin, juillet).

Cette intervention de Walmart est significative de l'évolution du marché de la consommation de télévision aux Etats-Unis. Walmart compte plus de 1 million d'employés aux Etats-Unis et plus de 20 millions de visites par jour dans ses magasins. Cette prise de position n'est donc pas anecdotique.


dimanche 16 novembre 2014

High-tech : 60 millions d'internautes à équiper


High-tech, Le guide d'achat60 Millions de Consommateurs, I.N.C., 5€90, 116 p.

Pour les spécialistes des équipements numériques et du comportement du consommateur, ce hors-série peut se lire au second degré, comme un document de sociologie de la consommation. Si les  professionnels ne sont pas directement dans la cible, évidemment, ils peuvent en revanche y apercevoir comment se débrouillent des consommateurs peu avertis (non Pro-Am), non spécialistes, qui veulent acheter un appareil numérique à l'occasion des fêtes de fin d'année, et surtout quelles difficultés ils rencontrent pour préparer leur achat "high-tech". L'ampleur des choix, la complexité des critères, le vocabulaire même sont intimidants.
Le magazine joue le bon sens et le réalisme. Ici, pas de frime : le consommateur connaît ses limites, tant techniques que budgétaires et les assume. Le magazine se veut objectif, vulgarisateur, didactique même ; de plus, l'absence de publicité le rend moins vulnérable aux sirènes des marques...

Le contenu du hors-série se décompose en quatre parties ; elles sont précédées d'un lexique de 6 pages, dont la présence indique combien les termes de ce domaine sont mal connus : beaucoup de mots anglais et d'acronymes (formats de compression, etc.). Le sociolecte de ce domaine est loin d'être maîtrisé : NFC, octet, streaming, cloud, appli, entre autres, demandent encore explication (ignorance que l'on n'avoue pas toujours).
Chaque partie propose en termes clairs des comparaisons entre appareils, entre solutions ; c'est le point fort du magazine, connu pour ses essais comparatifs.
Comment choisir, optimiser en une seule décision la contrainte budgétaire et les usages. Le magazine permet un premier débroussaillage pour construire l'ensemble de considération. Mais il y a peu d'information et de conseils sur les garanties et le service après-vente.
  • Première partie : les appareils mobiles (smartphones, tablettes, liseuses, GPS). Cela commence par une explication des dimensions et des qualités d'un écran ; ensuite, le dossier évoque la batterie, les questions de sécurité, de robustesse et d'étanchéité (IP), le passage d'Android à iOS, les applis, le stylet, le confort de lecture, etc. N.B. : attention aux imprécisions : un ouvrage acheté sur Amazon est lisible sur iOS (p. 35).
  • Deuxième partie : les ordinateurs (surtout portables et hybrides), les imprimantes, le stockage (disque dur et cloud) et le jeu vidéo (ordinateur, console).
  • Troisième partie : la photographie, les téléviseurs (dont 4K), casques, baladeurs, lecteurs DVD et Blu-ray, videéo-projecteurs, micro-chaînes.
  • Quatrième partie : les objects connectés, la domotique, les montres et les robots. Cette partie est surtout un coup d'œil sur l'avenir proche, science fiction plutôt que guide d'achat, sauf peut-être pour l'aspirateur. 
La presse est ici dans son rôle de guide d'achat qui n'est pas (encore ?) détrôné par le Web. La décision d'achat s'alimente à plusieurs sources : l'avis des proches, le Web, le point de vente et les magazines spécialisés. Il faut bien tout cela pour s'y retrouver : le choix et ses hésitations font partie des plaisirs de l'achat.
Signalons à cette occasion la place des hors-séries, de plus en plus essentielle dans l'économie de la presse (60 millions de consommateurs en publie sept par an). Cf. sur le même sujet : le "Guide d'achat numérique", Hors-série publié par le magazine images (juillet 2014).
Quelques jours après ce numéro, 01 net publiait un hors-série guide d'achat sur "Le palmarès 2015 de la high-tech" (N° 83, novembre-décembre, 5,5 €)...

dimanche 29 décembre 2013

Facebook uncool ?

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A partir d'un travail universitaire, financé par l'Union européenne, un chercheur déclare que, pour les jeunes de Grande-Bretagne, Facebook est "mort et enterré" : "it is basically dead and buried".
Cette affirmation a été reprise par de nombreux médias, telle quelle.
La formule résume les conclusions tirées d'une étude ethnographique. Selon cette étude, laissant Facebook à leurs familles, les jeunes de 16-18 ans se tourneraient vers d'autres réseaux, d'autres applis : Snapchat, Instagram, Twitter, WhatsApp.

La question que suggèrent ces conclusions est surtout celle de leur crédibilité, et d'abord de leur possibilité scientifique. Car, en fait, que peut-on savoir ?
A quelle méthodologie se fier ? Comment des adultes, des chercheurs peuvent-ils savoir ce que pensent et font les adolescents, en général, et en matière de réseaux sociaux, en particulier ?
  • De quelle ethnologie relève cette recherche ? S'agit-il de déclarations ? S'agit-il d'observations ? Conduites dans quelles conditions sociales (tout enquête établit un rapport social) ? Pendant combien de temps ? La situation d'observation ne risque-t-elle pas de perturber les personnes observées (observer effectHawthorne effect) et d'en affecter les comportements ?
  • Qui sont les adolescents enquêtés ? A quels milieux sociaux appartiennent-ils, quel est leur situation scolaire, avec ce que ceci implique de maîtrise des codes langagiers, de capital culturel, de capital social, etc. ? Des garçons, des filles ? Quel est leur équipement numérique ? Comment ces variables affectent-elles leurs opinions, leurs attitudes, leur expression ? Car comment imaginer quelque unanimité...
La question raisonnable et primordiale paraît plutôt : à quelle(s) condition(s), non intrusive(s), pourrait-on savoir ce que les adolescents font et pensent de Facebook et d'autres réseaux sociaux ? Quel pourraient-être les modes de production d'un tel savoir, leurs limites ? Comment le valider ?
En communiquant les conclusions d'une telle enquête au grand public, le chercheur laisser croire que l'on peut savoir, que c'est simple, alors que justement, comme l'on dit avec Facebook : "it's complicated". On reconnaît là les problèmes de la vulgarisation et de la communication aux non-spécialistes : le grand public demande des prophètes du monde social et il leur demande des propositions simples et frappantes, des révélations. Difficulté du métier de journaliste.

Une partie de la réponse à la question du public de Facebook se trouve chez Facebook (et Instagram), sans doute à partir d'une étude longitudinale des membres, de leurs comportements, de leurs interventions sur le réseau.
Facebook, j'imagine, se pose ces questions. J'imagine aussi que le chercheur a interrogé Facebook...
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dimanche 14 juillet 2013

TV connectée. Oui, mais comment ?

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La TV connectée est une espérance des constructeurs de téléviseurs à la recherche de valeur ajoutée pour vendre leurs appareils, de "plus-produits". Ainsi, régulièrement, depuis des décennies, les constructeurs essaient de trouver des améliorations, des extensions aux téléviseurs, des solutions marketing : interactivité, 3D, guide de programmes, intégration de décodeurs, d'enregistreurs, etc.
La télévision connectée ne sera sans doute pas non plus la solution.
C'est la conclusion d'une étude conduite auprès d'utilisateurs, de personnes qui ont acheté un téléviseur connecté et l'ont installé dans leur salon. Beaucoup sont déçues : de leur point de vue, les outils mobiles d'interaction, tablettes et smarphones, sont plus utiles et plus commodes.“Online Video Lead Adopters Bypass the Smart TV with Personal Devices”, le titre de l'étude de Tarin Tulay (Strategy Analytics) est sans appel. N.B. L'étude quali a été menée auprès de 8 personnes qui se sont équipées dès 2010, "early adopters".
C'est également le discours tenu à leurs clients par des forces de vente de la grande distribution spécialisée en France : beaucoup de vendeurs évoquent, voire recommandent, Apple TV, solution simple - ergonomie toujours - et bon marché (en 2012, AppleTV représenterait 56% des outils OTT dans le monde, selon Frost & Sullivan, juillet 2013). L'arrivée de Chromecast (Google), similaire à AppleTV (moins cher, $35 au lieu de $99) pourrait accentuer cette tendance : est-ce la fin de GoogleTV ?
Le smartphone s'avère beaucoup plus smart que la smart TV. Et, les taux d'équipement en appareils mobiles atteignent des seuils qui en feront bientôt des appareils très grand public...

L'échantillon exploité par l'étude est faible pour que l'on aille plus loin dans l'interprétation de ses résultats ; néanmoins, cette étude longitudinale est originale et rare (mais très chère, 2 000 $ : je ne l'ai pas achetée). Elle nous livre une hypothèse explicative qu'il ne faudra pas négliger, notamment lorsqu'il sera question de publicité télévisée, de mesure des audiences et de promotion des programmes.
Par leur simplicité, les services de VOD et de streaming vidéo comme Hulu, iTunes ou Netflix ont de facto dévalué le téléviseur connecté (à tel point que Samsung rachète Boxee). Les appareils mobiles s'installent chaque jour davantage dans le quotidien des foyers.
Quant à l'interaction tellement célébrée, les réseaux sociaux s'y intéressent de près, court-circuitant la télévision connectée auprès des annonceurs.
La télévision sera connectée, c'est probable, mais peut-être pas le téléviseur.
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dimanche 23 juin 2013

TV payante : désabonnements aux Etats-Unis

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Un foyer américain sur cinq n'accède à la télévision que par la transmission terrestre : ni câble, ni satellite, ni télécom, une antenne en râteau sur le toit. De cette voie terrestre, dans certains marchés (New York, Boston, etc.), les émissions peuvent être transférées à bon marché sur supports mobiles (tablette, smartphone, etc.) avec Aereo ou Boxee Cloud DVR.
Le taux de réception exclusivement terrestre est passé, en deux ans, de 14% (2010) à 19,3% (2012). Ce taux est de 41% pour les foyers appartenant à des "minorités", disposant généralement de revenus moindres, il est 28% pour les foyers de personnes de 18-34 ans, selon une récente étude de GfK Media & Entertainment, "The Home Technology Monitor". Notons encore qu'une étude de Harris Interactive pour CouponCabin.com en juin 2013 estime que 45% des Américains considèrent que s'abonner au câble relève du gaspillage ("waste of money").
Les raisons de cette désaffection pour la réception payante sont multiples et se sur-déterminent pour aboutir à une décision de rupture. Question d'économie, d'âge et de génération, sans doute.
Contestation d'un abonnement par forfait (bundle) qui fait payer certains contenus à des abonnés qui n'en veulent pas, et tout particulièrement des contenus sportifs, si onéreux que certains demandent qu'il fasse offre à part.
Sous l'effet exaspérant de la crise économique et du sentiment de ne pas en avoir pour son argent, des foyers coupent l'abonnement : cord-cutting.

D'une part, le passage de la télévision terrestre au numérique a augmenté l'offre de télévision terrestre, télévision  linéaire gratuite.
D'autre part, les chaînes "thématiques" comprises dans le forfait de base, se trouvant de plus en plus encombrées de publicité, ne constituent plus une alternative satisfaisante à la télévision terrestre, elle aussi farcie de publicité (pour les éviter, un opérateur propose un hopper). Au-delà de la télévision terrestre gratuite, la concurrence de supports sans publicité, d'accès commode avec une offre riche est nombreuse : Netflix, Hulu+, iTunes, Amazon Prime, etc.

Le luxe télévisuel n'est plus de disposer, avec le câble ou le satellite, de centaines de chaînes ; c'est plutôt, désormais, de disposer des émissions que l'on veut, quand on veut, où l'on veut, à la demande, à l'unité. Pas trop chère, sans intrusion publicitaire. Maximiser sans contraintes.
Et voici les "cord-nevers" foyers TV qui ne s'abonnent pas et ne s'abonneront peut-être jamais... Sauf à la téléphonie. S'il ne reste qu'un abonnement, ce sera sans doute celui là. Les américains le disent, surtout les plus jeunes : on peut vivre aisément sans téléviseur mais pas sans smartphone.
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jeudi 27 décembre 2012

Téléviseurs connectés : équipement et usages

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De la connaissance des équipements à celle des usages, il y a loin. Il ne suffit pas qu'un équipement soit acheté pour qu'il soit utilisé conformément à son mode d'emploi. Selon le NPD Group, sur 25 millions de téléviseurs connectés aux Etats-Unis (Smart TV), seuls 12 millions utilisent pleinement la connexion pour accéder à des services comme Netflix, YouTube, amazon, Vudu, Hulu, etc.
Source : NPD Group / Connected Intelligence
Ecart semblable à celui constaté il y a quelques années dans le cas de la télévision HD aux Etats-Unis ; semblable aussi à celui, célèbre autrefois dans le cas des magnétoscopes : la plupart n'étaient jamais utilisés pour l'enregistrement d'émissions, trop compliqué, leurs utilisateurs se contentant de regarder des vidéocassettes louées ou achetées.

Par ailleurs, n'oublions pas que les statistiques des ventes sont généralement établies à partir de déclarations de fabricants ("units shipped", sorties usines, douanes, etc.), pas des détaillants et encore moins des usages effectifs. Elles ignorent généralement le stock immobilisé dans les points de vente. Souvent, les équipements sont donc de facto surestimés.

Un équipement est souvent assorti de conditions "culturelles" d'utilisation. Presque toujours, il faut disposer de savoir faire qui ne vont pas de soi, dont l'acheteur ignore souvent qu'il n'en dispose pas, qu'il sous-estime, et, que le vendeur se garde bien d'évoquer (lui même parfois n'y connaissant rien). Le mode d'usage reste bien en-deça du mode d'emploi théorique.

Quelles sont les utilisations actuelles d'un téléviseur connecté ?
Selon NPD Group, aux Etats-Unis, pour l'ensemble des téléviseurs connectés (directement ou indirectement), les principales applis utilisées concernent la vidéo en streaming (60% des utilisations). Les applis des réseaux sociaux comptent pour près de 10% (Twitter, Linkedin, et surtout Facebook), la musique 15% (Pandora, entre autres).
Mais il est encore bien tôt pour conclure quant aux usages nouveaux du téléviseur  : 40% d'applis utilisées hors vidéo, ce n'est pas négligeable. Il restera à s'assurer que cette proportion subsite au delà de la période de découverte ("toy effect") qui produit généralement des données inflationnistes.
Et puis, le téléviseur intelligent a sans doute, pour quelque temps encore, une fonction d'ostentation ("frime") qui intervient comme raison d'acheter ("conspicuous consumption", Thornstein Veblen) et d'essayer de nouvelles fonctionnalités !

mardi 16 octobre 2012

Connected TV. Connectée à quoi ?

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L'idée de télévision connectée a maintenant plusieurs années ; pourtant, c'est loin d'être une idée claire pour le grand public. Selon le P-DG de BARB, l'organisme de mesure des audiences de la télévision en Grande-Bretagne, la plupart des gens n'y comprennent rien et confondent tout en matière de service et de technologie (cf. "People confused by connected TV", The Drum).

Avant, c'était simple : on choisissait un téléviseur, on l'achetait, on le branchait... et voilà !
Avec la télévision connectée, rien ne va si simplement. Déjà, l'expression prête à confusion : connectée à quoi ? Il faut plutôt dire "connectable", ce qui n'arrange rien et met le doigt sur une imprécision de plus.
Le téléviseur d'avant était branché à l'antenne, au câble, relié au décodeur du réseau câblé ou au décodeur connecté à l'antenne satellite. La télévision nouvelle aussi. Mais, en plus, elle est connectable à Internet. Connectée à la prise Internet, au routeur. Routeur connecté au câble qui traverse l'habitation et qui amène la TV. Ou connectée sans fil par le Wifi (via le routeur).

Sur l'écran de la télévision connectée, il y a des applis comme sur le téléphone et les ordinateurs. Mais ce ne sont pas les mêmes, enfin si, mais pas vraiment. Avec la télévision connectée, on peut utiliser une tablette ou un smartphone comme télécommande pour se connecter... A quoi ? A tout : à une chaîne, ou à YouTube ou à Facebook, par exemple... Et la télécommande pointée sur la set-top box, ça marche pour la catch-up et la VOD ? Est-ce que je dois payer en plus pour la VOD ? Oui, enfin, pas toujours, car il y a aussi de la VOD gratuite, fournie par l'opérateur du câble. Et les émissions des chaînes payantes peuvent être achetées en VOD ? Oui, parfois. Et Apple TV et Google TV ? C'est de la TV connectée... A quoi ? Est-ce qu'il faut s'abonner ?
Les vendeurs s'y perdent, les consommateurs aussi. Quant aux enquêteurs...

Il y aura 1,8 milliard de téléviseurs connectés en 2016, proclame une "étude". Les études parlent par statistiques, qui se propagent d'instituts en clients en communiqués de presse en journalistes en analystes... A l'origine de toute statistique, il y a un enquêteur, souvent modestement payé, qui, seul, a eu le contact avec un informateur qui lui a déclaré ce qu'il savait. Tous ceux qui ont mené des enquêtes sur les équipements auprès des ménages, ceux qui, sur le terrain, lisent et répètent les questions aux enquêtés désorientés, ces enquêteurs savent combien il est difficile de savoir. Surtout par téléphone. Au domicile de l'enquêté, face à face, l'enquêteur peut aller regarder de quoi il retourne. Enfin, il pourrait car, généralement, il n'a pas le temps, il ne veut pas déranger, et, surtout, il ne sait pas lui même, il n'a pas été formé ("briefé") pour interpréter les branchements sibyllins et les connexités entre appareils... Or, tout repose sur ces enquêtes qui calent les quotas des enquêtes futures.

En attendant de disposer d'enquêtes quali, ethnographiques, menées dans les points de vente au moment de l'achat, dans les foyers des clients lors de l'utilisation, la télévision connectée reste "un je ne sais quoi qui n'a de nom dans aucune langue". Objectif de telles enquêtes : comprendre pourquoi, selon certaines enquêtes, 95% de la télévision regardée le serait sur un téléviseur et de manière linéaire. Comme il y a cinquante ans, à l'heureux temps du téléphone fixe et des annuaires, quand il n'y avait que deux chaînes de TV.

N.B.  Ne pas confondre :
  • Le nombre d'appareils vendus par les constructeurs à la distribution et celui des appareils vendus par la distribution à des particuliers.
  • La statistique des apparareils connectables et celle des appareils connectés (de même qu'un appareil HD vendu ne signifie pas que l'on y regarde des émissions en HD) ; l'écart entre les deux, entre le possible et le réalisé, se resserre progressivement et constitue un indicateur pertinent de l'évolution des équipements. Fin 2012, moins de 50% des appareils connectables achetés par les foyer sont connectés à Internet.

lundi 11 juillet 2011

Mysterious, unpredictable consumers

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"Now, I know one never knows" says an old famous "talking song byJean Gabin, a French actor. That should be said about media and marketing too.
Teletext should be obsolete, dead, right? Killed by the Web stars and the digital TV sets. Wrong.
A recent survey by ConsumentenBond among 1085 new TV set buyers in the Netherlands (since 2006) shows that 55% use Teletext regularly (many times a week) : for sports scores, news, information on TV programs, weather.
New technology, new equipment do not necessarily change behaviors. It takes sometimes a long time. Data on equipment do not tell all the story. Behaviors are still unpredictable. One device, many users, many uses.
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mardi 9 novembre 2010

Haute définition, basse consommation

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Aux Etats-Unis, la TV haute définition est hégémonique : on en parle comme d'une évidence, qu'il s'agisse des équipements des foyers ou des programmes.  La réalité des consommations révélée par les observations de Nielsen s'avère différente (Source : The Nielsen Company, novembre 2010).
Certes, la HD est présente dans plus de 60% des foyers américains, mais :
  • seuls 56% des possesseurs ont branché la HD et souscrit à un service HD.
  • tous les téléviseurs d'un foyer HD ne sont pas HD : en conséquence, un tiers de la télévision regardée dans un foyer HD reste de la télévision standard (SD).
  • sur un téléviseur HD, 20% de la consommation est encore en SD.     
La HD ne représente donc que 13 à 19% de la télévision consommée aux Etats-Unis. C'est encore un phénomène télévisuel mineur. L'équipement est très en avance sur les pratiques. L'offre de programmes aussi. Et les discours qui les accompagnent le sont encore plus : ils n'ont pas pour fonction de décrire la réalité, mais de la faire advenir, de la promouvoir.
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mardi 30 mars 2010

Football 3D

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Le foot investit en force la 3D. Après quelques diffusions tests dans des lieux publics, en Grande-Bretagne (janvier) et en Allemagne (mars), les grands médias télévisuels passent à l'attaque.
  • En Grande-Bretagne, Sky Digital, le bouquet satellite lance une chaîne 3D, le 3 avril 2010 à 12H, pour le coup d'envoi du match Manchester United - Chelsea (Barclays Premier League). Cette chaîne qui a déjà sa place dans le guide de programmes (canal 217) sera gratuite pour les abonnés au bouquet HD. La promotion de Sky 3D est assurée en parrainant le film de Tim Burton, "Alice in Wonderland"qui est en 3D. Cinq autres matchs seront retransmis en 3D avant la fin de la saison de Premier League (9 mai) et celle la finale des play-offs de la Coca Cola Football League à Wembley (fin mai). 
  • Si peu de foyers sont encore équipés de téléviseurs 3D (Sony, Samsung, LG, Panasonic en proposent sur le marché), plus d'un millier de pubs en Angleterre et en Irlande se sont déjà équipés et sont prêts à recevoir les supporters avec des lunettes 3D. Evidemment, cette audience ne sera pas mesurée (cf. Ecrans foot sans mesures).
  • Aux Etats-Unis, ESPN, premier groupe sportif média mondial, lance ESPN 3D qui diffusera 25 matchs de la Coupe du monde, dont le premier, Afrique du Sud - Mexique.
  • En France, que se passe-t-il ? Rien ? Avez-vous entendu parler de quelque chose (en dehors de France-Angleterre diffusé dans 22 salles de cinéma par France 2... mais c'était du rugby (une étude d'opinion réalisée par Médiamétrie auprès des spectateurs : résultats favorables...).
Comme toujours, football et sport sont moteurs de l'innovation média. Seul, le football conjugue la passion et la visibilité qui permettent aux innovations de conquérir les très grands publics mondiaux, assurant à ces innovations notoriété et intentions d'achat. 
Comme toujours, l'innovation la plus récente commence par s'installer dans les lieux publics, ne nécessitant pour le téléspetateur aucun frais d'équipement. Influenceurs, les lieux publics lancent la tendance.
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jeudi 13 août 2009

TV sans domicile

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Dans les régions riches du monde, la télévision fourmille hors des domiciles sur-équipés pour que les annonceurs puissent suivre les consommateurs sur  des supports mobiles dans tous leurs lieux de consommation. Et dans la rue parfois, pour des événements sportifs, quand la saison s'y prête.
Dans les régions pauvres du monde, où l'équipement au domicile est rare, la télévision s'installe hors du domicile pour rencontrer son plus grand public.
En Afrique du Sud, des écrans 4x3m diffusent l'après-midi des programmes de télévision dans les parcs (14 parcs équipés, pour commencer). Les programmes reprennent des émissions diffusées par des chaînes du bouquet satellite DSTV. L'après-midi, émissions pour enfants, Disney (émissions importées). Les écrans sont allumés à partir de 14H, dès que la journée d'école est finie. En soirée, sport : football, rugby. 
L'objectif est de permettre à la population démunie, pauvre, d'accéder à la télévision en toute sécurité : "TV to the people", c'est le slogan de Township TV (MTN Ekasi TV).
Des parrains annonceurs, institutionnels, accèdent ainsi à une large notoriété et à une légitimité de service public. Les communautés locales peuvent ouvrir des stands pour la vente de boissons (pas d'alcool), de snacks, etc.
Expérience collective, plein air. Spectacle gratuit, entièrement : il n'y a pas d'achat d'équipement à acheter, aucune barrière à l'entrée. De plus, la sécurité des personnes est assurée (l'un des droits de l'homme les plus aisément oubliés). 

Cette offre de télévision collective remet en perspective les spéculations sur le "village mondial" ("global village") de Marshall. McLuhan (War and Peace in the Global Village, avec Quentin Fiore, 1968), "village  mondial" qui serait créé par la propagation des médias électroniques. Les très fastueuses dépenses que montrent au monde entier les retransmissions de la Coupe du monde de football fournissent une bonne occasion de remettre en chantier cette notion bein confuse.
Grand écran HD au salon pour les uns, grand écran dans un parc grillagé pour d'autres : il y a plusieurs demeures dans le "village mondial". Mais y-aura-t-il un seul et même message diffusé, indifférent aux conditions de réception ? Une science des médias, si un tel projet a un sens, doit critiquer cet apparent paradoxe : écarts dans les conditions de réception / unicité du message. La variation du contexte commercial mène à un début de réponse : il n'y a pas de message unique, universel. La publicité s'adapte à la réception, au contexte de consommation.
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lundi 8 juin 2009

HD : illusions comptables


Aux Etats-Unis, si 33,3% des foyers américains (selon le panel audimétrique de Nielsen) disposent de la télévision HD début 2009, mais seuls 28% des foyers reçoivent des programmes de télévision en HD. Selon d'autres recherches, l'écart équipement / réception serait encore plus élevé (39 vs 22 millions de foyers, d'après In-Stat).
Cette statistique suggère plusieurs remarques :
  • Il est bien délicat de saisir ces données d'équipement des foyers par la déclaration, surtout téléphonique : les enquêtés ne connaissent pas leur équipement, en confondent de bonne foi les caractéristiques : écran plat, 16/9, HD, set-top box, Blu-ray, etc. Cette même confusion s'observe sur le point de vente, au moment de la décision d'achat, la publicité contribuant à brouiller les cartes et les mots.
  • Dans un grand nombre de foyers, l'abonnement aux services (câble, satellite, télécoms) n'est pas au niveau de l'équipement et ceci dans un pays où les plus grandes chaînes diffusent presque toute leur grille en HD. L'équipement est nécessaire mais pas suffisant pour la HD.
  • "Curiouser and curiouser" - car comme dit Alice, on y perdrait son anglais - certains croient regarder la télévision en HD, et se trompent. Ils la regardent en définition standard ! Bonheur de l'illusion perceptive (illusio). "Oh dear, what nonsense I am talking!"
Voilà qui invite à la circonspection dans les interprétations des données d'équipement numérique déclaré, qu'il s'agisse de télévision, d'informatique, de télécoms... Seule l'enquête face à face, au domicile des enquêtés, avec des enquêteurs informés, rôdés, peut améliorer la fiabilité des données recueillies. L'objectivité est toujours difficile à construire, elle n'est pas donnée simplement parce qu'il s'agit d'objets. C'est à tort qu' une enquête d'équipement est moins suspecte de biais qu'une enquête d'opinion.
Soulignons que beaucoup de ces variables d'équipement jaugées par des études de cadrage servent à déterminer les quotas de recrutement pour nombre d'enquêtes de référence.
Gare à la propagation des approximations.

mercredi 9 avril 2008

Equipement des ménages : l’âge de nos concepts média

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Le musée est le lieu où s’entrevoit l’avenir d’autrefois. Au musée de Boulogne-Billancourt (M° Marcel-Sambat), une exposition consacrée à l'"Esthétique médiatique" raconte le design des médias du siècle passé. Plusieurs centaines d'objets réunis par Jean-Bernard Hebey, homme de radio, se voulant "archéologue de la modernité". Téléphone, téléviseurs, caméras, ordinateurs, tourne-disques, projecteurs, micros, antennes pour auto-radio… tout n’y est pas (encore) : j’aurais aussi voulu voir l’audimètre du M.I.T racheté par Nielsen (1929), le Volksempfänger de Goebbels (1933), frère de lait de la non moins "populaire" Volkswagen, le téléphone avec lequel Proust écoutait "Pélléas et Mélisande"(Debussy, 1901) au théâtrophone, des lanternes magiques …

L’exposition rappelle combien les médias ont d’abord été des objets professionnels avant d’être domestiqués, investis par le foyer familial. Objets dont le design n'importe guère avant qu'ils n'habitent un "foyer radio" puis un "foyer TV" et ne trônent dans la salle de séjour, parfois déguisés en meubles classiques, comme si l'on avait honte de leur modernité bien provisoire.

Bonne idée d’exposition qu’il faut étendre, développer, organiser, enrichir, documenter. Allez-y avec des enfants ; ils vous étonneront de leurs étonnements condescendants, car il faut tout leur expliquer : les combinés téléphoniques et la TSF, le juke boxe et les 33 tours. Même le premier Macintosh 128k de Apple (1984) leur paraît antédiluvien. A ceux qui n’ont connu que le Web et le portable, allez donc expliquer le Minitel des PTT (1982), les cassettes ou le walkman (1979) !

L’exposition rappelle que l’avenir et l’innovation ont une histoire. Que notre présent qui se prend pour une modernité définitive aura bientôt la même allure désuète : le premier coup de téléphone sur mobile (Motorola) a eu lieu 35 ans avant l’iPhone… Obsolescence programmée ? Bientôt le tour du Blackberry, de l'iPOD, des calculettes, des CD...
Enfin, gardons à l’esprit que la plupart des notions que nous mobilisons dans le travail média d’aujourd’hui ont l’âge de ces étranges machines : GRP, couverture, répétition, playliste, soap opera, feuilletons, émission, journal télévisé, bandeaux et bannières, chaînes et grilles mériteraient aussi leur place au musée imaginaire du médiaplanning. Pensons que l’on réfléchit et calcule les plans de communication pour des objets contemporains avec ces concepts rempaillés, rétamés, rafistolés.

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