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lundi 6 mai 2019

The Big Bang Theory : c'est la dernière séance


La série TBBT qui finit par s'achever fait la une d'un numéro de l'hebdomadaire Entertainment Weekly , "The Ultimate Guide to the Big Bang Theory", $13,99, publié par  Meredith Corp. en mai 2019.

Le tournage du dernier épisode (qui dure une heure) de la plus longue des séries multi-caméra de la télévision américaine vient de s'achever en présence du public. 279 épisodes pour CBS, le network national, produits par WarnerMedia. Immédiatement après le dernier épisode (le 16 mai 2019), CBS diffusera une sorte de rétrospective de 30 minutes, "Unraveling the Mystery: A Big Bang Farewell", animée par deux des acteurs, Johnny Galecki et Kaley Cuoco.

Succès d'audience en prime time depuis 12 ans, donc succès publicitaire pour ce média traditionnel (legacy), nombreuses nominations pour des Emmy Awards et les Golden Globe. Entre la première diffusion et la rediffusion en syndication (reruns sur TBS depuis 2011, en exclusivité, et sur de nombreuses stations, dont les stations O&O de Fox), le succès aurait rapporté gros, y compris aux acteurs de la série, dont les revenus seraient comparables à ceux des acteurs de "Friends" (NBC).

Conclusions ? 
  • Alors que commencent les ventes publicitaires (upfront market), le modèle télévisuel le plus traditionnel, network national de stations locales puis syndication, semble encore fonctionner et les annonceurs américains s'y engagent toujours. Bien sûr, les audiences ne sont plus ce qu'elles furent, bien sûr l'audience se répartit autrement dans la durée, bien sûr la consommation en streaming (OTT) ne compense pas l'érosion de la diffusion linéaire et des MVPD (cord cutting et cord shifting). Mais, pour une marque, rien ne vaut une série comme TBBT, pour sa puissance sur une une cible large de consommateurs. 
  • La diffusion en syndication off-network (second marché télévisuel, broadcast et chaînes câble satellite) continue de bien se tenir, de même que les ventes à l'étranger qui, depuis des années, en font une série télévisuelle presque mondiale.
  • TBBT a été produite et lancée avant la réussite du streaming, avant l'ère de Netflix et Amazon Prime Vidéo et de la vente directe aux consommateurs : qu'en sera-t-il dans le nouveau marché de la vidéo, marché dit parfois "flixocalyptic" ?


Références
"The Big Bang Theory : des hommes savants, des geeks ridicules", Media Mediorum, octobre 2016.

mercredi 20 février 2019

La télévision locale américaine séduit plus que jamais


A la base de la télévision nationale américaine se trouvent plus de 1700 stations commerciales locales réparties en 210 DMA. Cette télévision des origines (1950) ne cesse de se renouveler sans toutefois modifier radicalement son modèle économique ; pourtant, elle continue de séduire les investisseurs. Et, plus que d'autres médias, elle semble garder la confiance du public américain (cf. 2018 Poynter Media Trust Survey).

Apollo Global Management se porte acquéreur des stations audiovisuelles de Cox Media Group : stations de TV et radio ainsi que de quelques quotidiens régionaux. Cox Media Group gardera une participation minoritaire. L'ambition des investisseurs semble être de constituer un groupe de stations de télévision de taille nationale ; aussi, d'autres acquisition de stations ne devraient manquer d'être annoncées (dont celles que devrait revendre Nexstar Media Group pour se conformer à la réglementation en cours).

Les 14 stations vendues par Cox sont situées dans d'importants marchés (DMA) : Seattle, Atlanta, Daytona, etc. ; la plupart de ces stations sont affiliées à des networks nationaux : 3 à CBS, 4 à Fox, 1 à NBC (Comcast), 1 à MyNetworkTV, 3 à ABC (Disney) et l'on compte 2 stations indépendantes (Orlando, Charlotte).
Le montant de la transaction s'élèverait à 3 milliards de dollars, ce qui en dit beaucoup sur la santé de ce marché et les retours d'investissement que l'on en escompte. Le marché de la télévision locale attire les investisseurs car son modèle économique mixte reste prometteur : publicité(locale et supra-locale, traditionnelle et numérique), d'une part, rémunération par les opérateurs MVPD qui les retransmettent (retransmission fees), d'autre part.

Voici une étape de plus dans la consolidation des médias traditionnels (legacy) : consolidation qui semble indispensable pour résister à la puissance publicitaire des principaux groupes numériques, Facebook, Google (YouTube), Amazon, Microsoft (Linkedin), AT&T, notamment. Mais aussi pour se mettre  au niveau des concurrents comme Sinclair Broadcast Group ou comme Nexstar.

La réglementation est au coeur du débat, problème politique ; le marché attend un désserrement des contraintes en termes de concentration (nombre de stations et taille de la couverture totale que peut contrôler un même groupe). En revanche, certains dénoncent les risques que la consolidation fait courir au localisme, à la diversité et à la qualité de l'information locale.

Beaucoup de médias locaux traditionnels un tournant classique de leur histoiree  : Cox est un groupe média familial ("a rich heritage") dont les racines remontent à la fin XIXème siècle (presse quotidienne locale). Apollo voudra certainement en moderniser la gestion, innover pour en faire un média dynamique, numérique et local. Un nouveau modèle est à inventer.


Sur le même sujet :




https://www.coxmediagroup.com/

lundi 3 décembre 2018

Nexstar, premier groupe de télévision locale américaine


Nexstar Media achète les 42 stations de télévision du groupe Tribune Media Company pour 4,1 milliards de dollars (6.4 in accretive transaction) devenant ainsi le premier groupe de stations de télévision locale aux Etats-Unis. Le groupe Sinclair qui avait envisagé l'achat de Tribune Media Company (pour 3,9 milliards) a dû y renoncer alors que la FCC se montrait préoccupée ("serious concerns").
Nexstar Media possède déjà et gère 174 stations dans 58 DMAs, petits et moyens.

Au terme de la transaction, Nexstar acquiert 42 stations de Tribune Broadcasting dont trois lui donnent une présence dans de grands DMAs : San Francisco-Oakland-San Jose (N°6), Tampa-St. Petersbourg-Sarasota (N°11) et Phoenix-Prescott (N°12). Nexstar s'empare également de WGN America, chaîne cabsat accessible par 70% des foyers, et détiendra 31% de TV Food Network (le reste appartenant à Discovery) et d'une radio (WGN-AM). Mentionnons encore deux digicasts, Antenna TV and THIS TV ainsi que le site d'information sportive Covers Media et 5% dans l'équipe des Chicago Cubs (baseball, MLB). S'y ajoute encore un site d'analyse des programmes de télévision (TV By the numbers / Zap2it) Et, bien sûr, de l'immobilier.

Une fois l'accord de cession signé, Nexstar détiendra 216 stations dans 118 DMAs ("216 combined, pre-divestiture full power, owned or serviced, television stations in 118 markets") ; il lui faudra alors mettre en vente (divest) un certain nombre d'entre elles, dans une quinzaine de DMAs, pour se conformer à la réglementation sur la concentration (39% des foyers TV, les stations UHF étant comptées pour 50%). La plupart des stations à revendre sont affiliées : on dit que Fox se porterait acquéreur de plusieurs.
Dans le communiqué de presse, Nexstar réitère son engagement pour le localisme de la télévision.

L'adaptation du marché des médias traditionnels américains au numérique provoque de nombreuses fusions et acquisitions, aboutissant à la constitution de groupes plus puissants. Ces groupes seront mieux à même de résister aux Facebook (cf. Today In), Amazon, Google, Microsoft qui visent leurs annonceurs locaux ; ils seront mieux à même, également, de négocier le montant des droits de retransmission (fees) que doivent leur verser les MVPD (retransmission consent). Certains estiment qu'une telle acquisition risque de compromettre la diversité des programmes locaux. Mais qu'en est-il  de la diversité avec les GAFAM ?


Tribune + Nexstar



jeudi 8 novembre 2018

Cord shaving, cord cutting, cord nevers... voici les cord shifters


Les résultats trimestriels de Comcast viennent de tomber (T3, 2018).
Comcast a gagné 334 000 abonnés broadband ("residential internet customers") mais a perdu 106 00 abonnés vidéo. Au cours d'une année, Comcast aura perdu 363 000 abonnés vidéo mais gagné 1,23 millions d'abonnés haut débit. Source : Multiscreen Index, Informitv.
Bilan positif ?
Sans doute, d'autant qu'il semble que la marge réalisée avec un abonné haut débit soit plus élevée que celle réalisée avec un abonné vidéo. Difficile de conclure précisément toutefois, faute de données (prise en compte des abonnements promotionnels, etc.). Néanmoins, il est raisonnable d'estimer que le modèle économique des câblo-opérateurs n'est pas aussi compromis que l'on a pu le craindre. Des abonnés se désabonnent du câble et de la réception des chaînes cab-sat (cord-cutting) et s'abonnent, ou restent abonnés au fournisseur pour la connection Internet (transfert : cord-shifting). Comcast passe progressivement du statut de câblo-opérateur à celui de Internet Service Provider (ISP, fournisseur d'accès Internet, FAI). Il compte davantage d'abonnés Internet haut débit que d'abonnés TV / vidéo, et l'écart se creuse.
Une même situation semblable peut être observée pour Charter,/ Spectrum l'autre grand câblo-opérateur : 66 000 abonnés vidéo perdus, 266 000 abonnés haut débit gagnés (T3, 2018).

"We surpassed 30 million customer relationships", a déclaré le P-DG de Comcast. "Customer relationship", relation client ; pour ne pas dire "abonné" (subscriber) ? "What's in a name"! Voici un nouveau KPI : l'ensemble de ceux qui souscrivent à un des deux types d'abonnements, au moins : l'ancien ou le nouveau ?

La connexion Internet est désormais vitale, son importance s'accroît : Comcast ne court donc aucun risque. En revanche, l'abonnement aux chaînes vidéo (cab-sat) est en baisse ; les abonnés à Internet peuvent remplacer l'abonnement aux chaînes traditionnelles (legacy) par des abonnements streaming, souscrits auprès de Netflix ou Amazon Prime Video, notamment. D'ailleurs, Comcast se vante d'être le premier fournisseur d'abonnés Netflix aux Etats-Unis... Paradoxe ? Comcast développerait une set-top box dédiée exclusivement aux services de streaming et qui ne donnerait donc pas accès aux chaînes traditionnelles.
  • Pour palier ce transfert, Comcast pourrait lancer des services OTT accessibles aux Etats-Unis et en Europe, puisque Comcast vient d'acquérir Sky. NowTV pourrait constituer un tremplin tentant. 
  • Comcast pourrait aussi s'accorder avec Netflix... 
  • Comcast pourrait également se tenir à l'écart des services en streaming, au modèle économique incertain, et se concentrer sur la fourniture de connexion Internet, au modèle économique plus sûr : développer et améliorer son réseau, vendre davantage de produits aux abonnés (domotique, cloud, par exemple), ou encore vendre de la bande passante aux utilisateurs de son réseau puisqu'il n'y a plus de neutralité du Net pour l'interdire.
Netflix sur xFinity par Comcast

Voir aussi, sur MediaMediorum :

mardi 6 novembre 2018

And now, it's HBO that goes dark!


A dispute is going on between an MVPD, Dish Network, and WarnerMedia (now part of AT&T). There is a disagreement over the pricing policy for HBO and its sister channel, Cinemax, both pay TV channels. Consequently, the 1st of November, HBO and Cinemax went dark for the first time in 46 years. Therefore, the 2.5 million households also subscribing to HBO, from among the 13 million Dish Network subscribers, no longer receive their channel. For how long? Who knows? For the time being, no negotiation is in sight.

This situation could be - and has been - interpreted as an indirect consequence of the recent acquisition of Time Warner by AT&T. AT&T owns DirecTV, which is in head-on-competition with the satellite operator Dish Network.
The Department of Justice (DoJ) has always questioned AT&T's acquisition, which could give ATT too much power over TV consumers. Does this situation mean the DoJ is right? Dish Network has testified against the acquisition and could take advantage of this blockage: according to Dish Network, AT&T tries to prevent Dish from distributing WarnerMedia channels (HBO being the most prestigious of them). Every concentration has side effects.

The fight is just beginning. Next episode, the belligerents will meet in the Court of Appeals. HBO subscribers patiently (or not) wait until the end of the blackout... or subscribe to Netflix or Amazon Prime Video. These last two may well end up being the real winners of this battle.

N.B. Dish Network lost 341,000 pay-TV subscribers (third quarter 2018), DirectTV lost 359,000.

lundi 22 octobre 2018

Des questions pour Comcast, nouvel acteur média international


Quelle est la situation de Comcast après sa tentative infructueuse de rachat de Fox contre Disney et après l'acquisition de Sky en Europe. Nous avons repéré six questions essentielles.
  1. Hulu, que faire ? Vendre ou ne pas vendre les 30% que Comcast détient ? Le vente serait certainement bienvenue pour le désendettement. En revanche, cet actif minoritaire peut se révéler utile pour surveiller Disney qui en détient 60%, et pour ne pas lui laisser les mains libres de faire de Hulu un service de streaming VOD d'envergure, qui serait un redoutable concurrent pour les projets de Comcast (cf. Hulu vMVPD). Rester présent dans Hulu, c'est aussi conserver l'accès aux données collectées par Hulu auprès de ses 20 millions d'abonnés.
  2. L'image de marque de Comcast aux Etats-Unis est catastrophique. Il lui faut prendre garde qu'elle  ne contamine l'image de Sky en Europe. Comcast a communiqué sur son offre XFINITY (broadband) à un giga mais sa position quant à la neutralité du net, telle qu'elle apparaît en Californie, peut inquiéter grand public et actionnaires.
  3. Comcast avec Sky est devenu un acteur télévisuel international. Quelle sera sa relation à Netflix ou / et Amazon Prime Video, acteurs internationaux ? Comcast est à la fois un MVPD traditionnel et un fournisseur d'accès Internet majeur (broadband) qui distribue donc Netflix (tout comme Sky déjà, qui met Netflix en avant, cf. infra). Comcast et Netflix, frenemies en Europe comme aux Etats-Unis, contre Amazon, contre Disney ? Faut-il que Comcast se lance dans une concurrence frontale coûteuse et risquée étant donné la dynamique de Netflix et d'Amazon ?
  4. Si Disney ne peut se passer de Comcast, Comcast ne peut guère ignorer Disney. Relation compliquée que la bataille pour Fox a sans doute exacerbée. Comme MVPD, Comcast doit distribuer les chaînes et les stations de Disney contre rémunération (retransmission consent). Sky distribue des chaînes de Disney en Europe.
  5. Sur Sky, promotion de Netflix
  6. Développer un service SVOD mondial à la Netflix, comme l'annoncent aussi Disney ("Disneyflix") ou AT&T ("Warnerflix") ? Comcast en a les moyens et les contenus (Universal, NBC, telemundo, Sky, des chaines sportives...). Comcast peut également lancer des chaînes et des bouquets OTT. Notons que Sky / Comcast, pour assurer une distribution européenne, devrait remédier à son absence de France : quels alliances ou acquisition imaginer ?
  7. Développer FreeWheel (qui appartient à Comcast)... pour en faire un outil publicitaire international de gestion de la télévision connectée (programmatic). N.B. Disney est actuellement client de FreeWheel...

jeudi 4 octobre 2018

Comcast, nouvelle puissance télévisuelle européenne ?


Pour les Américains, Comcast est avant tout un câblo-opérateur. L'un des plus importants MSO (Multiple System Operator) avec plus de 22 millions d'abonnés, l'un des plus impopulaires aussi. Décrivons d'abord, à grands traits, l'ensemble de ses activités aux Etats-Unis.
  • Comme tout MVPD (Multichannel Video Programming Distributor), Comcast, créé en 1963, a d'abord distribué, via ses réseaux câblés, des chaînes éditées par des groupes média, des studios : ESPN, HBO, Nickelodeon, MTV, The Weather Channel, Showtime, etc. Son bouquet (bundle), de plus en plus fourni, propose plus d'une centaine de chaînes, à des prix croissants mais il est confronté aux désabonnements sous les coups de cord-cutters demandant le démembrement des bouquets (unbundling) afin de pouvoir acheter à la carte, à la demande.
  • Comcast retransmet bien sûr les stations locales (broadcast) des DMA où ses réseaux (cable systems) sont installés ; par voie de conséquence, il retransmet les networks que ces stations, O&O ou affiliées, retransmettent. C'est donc un distributeur de distributeurs locaux.
  • Comcast (Xfinity) fournit un accès haut-débit (broadband) au web, donc aux services de streaming (OTT, Netflix, etc.) qu'il peut contrôler. 
  • Xfinity est fournisseur de téléphonie, fixe et mobile (Xfinity Mobile, MVNO avec Verizon).
  • Tirant profit de sa présence dans les foyers, Comcast investit dans la domotique et l'internet des objets domestiques (acquisition de Icontrol et investissement dans l'IoT). 
  • Dans certains marchés, Xfinity a installé des hotspots Wi-Fi, étendant hors des foyers la couverture de ses services. 
  • Comcast édite plusieurs chaînes régionales, sport et information 
  • Comcast détient 30% de Hulu, a racheté SportsEngine, FreeWheel Publishers (dont l'un des clients est Disney !), Craftsy, a pris des participations dans Snapchat, Buzzfeed, Vox,... Comcast (NBCU) assure également la régie publicitaire de Apple News...
  • Comcast a racheté en 2011 les studios Universal et les networks NBC et Telemundo. Comcast acquiert Dreamworks Animation en 2016 et serait candidat au rachat des studios Lionsgate Entertainment. Comcast est donc producteur de contenus, séries, films, dessins animés, etc. On lui doit "Saturday Night Live", "The Black List", "The Voice", "The Office", "Good Girls", etc.
A ce triple titre de MVPD, de networks et de studios, Comcast paraissait déjà un monstre audio-visuel tentaculaire sur le territoire américain, tant dans le domaine des contenus que de la distribution.
Après l'acquisition de Sky, un MVPD pan-européen (39 milliards de dollars), Comcast devient également un opérateur européen primordial : 23 millions d'abonnés, un grand nombre de chaînes. Avec Sky, qui gère des bouquets satellite, le voilà présent en Grande-Bretagne (son siège social est à Londres), en Allemagne, en Irlande, en Italie, en Espagne et en Autriche. Ne manquent, pour être parfaitement européen, que la France, la Suisse, les Pays-Bas, le Portugal et la Belgique. Linguistiquement ne manquent que le français, le néerlandais et le portugais. Notons que NBC détient 25% d'Euronews (chaîne financée en partie par la Commission européenne) : le partenariat européen Euronews / NBC est en marche pour constituer une chaîne d'information paneuropéenne dynamique, concurrente de la BBC, France 24 et Deutsche Welle.

Avec l'arrivée d'un acteur aussi puissant que Comcast, l'Europe télévisuelle change (N.B. la Commission européenne avait donné son accord au rachat de Sky dès juin) : la concurrence - ou coopétition - avec Netflix et Amazon Prime Video peut dès lors prendre une nouvelle tournure. Quels sont les coups possibles pour les opérateurs commerciaux européens ? Comment réagiront-ils? Quelles acquisitions, quelles fusions, quelles alliances imaginer ? Quel rôle pour les médias des secteurs publics nationaux ?

mercredi 20 juin 2018

(AT&T + Time Warner) + Appnexus = la riposte des médias traditionnels américains s'organise


AT&T pourra fusionner ses activités avec celles de Time Warner moyennant 85 milliards de dollars et un endettement très élevé (180 milliards selon Moody). Le ministère américain de la justice (Department of Justice, Antitrust Division) avait marqué son opposition à cette fusion verticale annoncée par AT&T dès octobre 2016. Le Tribunal de Washington (U. S. Court District for the District of Columbia) l'a autorisée (Memorandum Opinion, June 12, 2018) réfutant un à un tous les arguments du gouvernement dans un document de 172 pages. Le juge s'étonne même qu'un débat ait dû avoir lieu : "small wonder it had to go to trial".
Copie du début de la décision du juge Richard J. Leon
Cette décision peut ouvrir la voie à d'autres fusions dont celle, retentissante, en cours de discussion, de 21st Century Fox, soit avec The Walt Disney Co. (71 milliards de $, cash and stock), soit avec Comcast (65 milliards de $, "all cash" son endettement atteignant alors 170 milliards) ; elle crée une sorte de jurisprudence qui pourrait éveiller l'intérêt, par exemple, de Lionsgate Entertainment, des chaînes Hallmark Channel ou AMC, voire même des groupes CBS et Viacom. Selon le juge, la fusion Time Warner / AT&T ne restreint pas la concurrence, contrairement à ce qu'estimait le gouvernement et elle n'affectera pas négativement les consommateurs.
Toutefois, le ministère de la justice (DoJ) peut encore faire appel de la décision du juge Richard J. Leon et, de son côté, la FCC peut ajouter des restrictions à la fusion. La fusion avait été acceptée par la Commission européenne en mars 2017.

L'ensemble AT&T / Time Warner est apparemment considérable mais il faut l'évaluer en comparaison avec la puissance des acteurs intervenant désormais sur les deux marchés pertinents :
  • le marché de la télévision et du cinéma avec la concurrence des SVOD de dimension internationale : Netflix, Amazon Prime, Google avec YouTube, Facebook avec Facebook Watch, et peut-être bientôt Apple. 
  • le marché de la publicité numérique : Amazon, Google, Facebook et Comcast.
La fusion associe deux métiers : connectivity business pour AT&T, entertainment business pour Time Warner ou, autrement dit, l'intégration de la distribution et de la production de contenus (programming). L'ensemble nouvellement constitué par cette fusion comprend :
  • des télécoms (AT&T est le premier opérateur mobile américain avec 151 millions d'abonnés)
  • un important MVPD (avec son bouquet de télévision payante, DirecTV et U-verse) et un MVPD virtuel, DirecTV Now 
  • des chaînes de télévision : HBO et toutes les chaînes de Turner Broadcasting (CNN, TBS, FilmStruck, TNT, etc.), des chaînes sportives régionales
  • des studios de production cinématographique et de télévision (Warner Bros.)
Grâce à AT&T, les chaînes de télévision de Turner Broadcasting pourront accéder à leurs propres données de consommation ce qui leur permettra un meilleur ciblage publicitaire. De plus, AT&T a annoncé le lancement prochaine d'une chaîne sportive OTT (AT&T Watch).

L'argumentation du juge repose sur le fait que la concentration verticale ne modifie pas immédiatement le niveau de concentration dans chacun des deux marchés concernés ; au contraire,  la concentration verticale présente plusieurs avantages : elle réduit les coûts de transaction (bargaining friction, elimination of double marginalization) ce qui peut se traduire par une réduction du prix de DirecTV pour ses abonnés ; enfin, elle facilite la distribution direct to consumers (OTT, SVOD).
Néanmoins, l'ensemble issu de cette fusion serait bien loin de rattraper les Facebook, Apple, Netflix, Amazon et Google : il resterait loin derrière, "chasing tail lights".

La première réaction de AT&T, dès l'acquisition de Time Warner (rebaptisé WarnerMedia), est une autre acquisition, celle de l'adexchange Appnexus (1,6 milliard), acquisition qui renforce les moyens de AT&T dans la publicité numérique (programmatic, etc.). 

Quelles leçons pour l'Europe ?
Une consolidation européenne dans les médias semble indispensable ; est-il même une autre voie ? Il faut reconsidérer les questions de taille des entreprises médias : les entreprises européennes semblent sous-dimensionnées. Pour contrer les effets induits par la puissance des GAFA et de Netflix, que le juge américain qualifie de "tectonic changes", l'Europe doit revoir l'approche des questions de concentration, en revoir les outils d'analyse (l'opinion du juge émet notamment des doutes sérieux sur la validité de certaines évaluations d'audience).
Les règles anciennes ne correspondent pas à la situation nouvelle crée par les GAFA qui révolutionnent la notion de marché pertinent. Tout semble indiquer, si l'on en croit l'analyse du juge américain, qu'il faille encourager les concentrations verticales qui associent distribution et production de contenus. D'autant que le développement prochain de la 5G ne manquera pas d'affecter fortement la distribution des contenus...

vendredi 16 mars 2018

Cord-cutter, cord nevers ? Le malaise des abonnés américains


L'enquête de TiVo auprès des abonnés à la télévision payante (depuis 2012) semble indiquer que les désabonnés (cord-cutters) au câble ou au satellite (MVPD) ne se réabonnent plus (cord-nevers). Cord-cutter un jour, cord-never toujours !
Les téléspectateurs américains ont de bonnes raisons de se désabonner : d'abord, le prix élevé de l'abonnement (un tiers d'entre eux paie plus de 100$), ensuite la qualité croissante de l'option alternative : antenne + streaming.
L'antenne pour capter la télévision terrestre donne accès à la réception gratuite des principales chaînes commerciales nationales (networks), à la télévision publique (PBS) et aux stations locales de la région (DMA). Donc aux séries du moment, à l'information, notamment locale, et surtout aux événements sportifs (football, baseball, basket, jeux olympiques). Une étude de Park Associates (mars 2018, cf. infra) confirme cette tendance et précise que 20% des abonnés haut débit (broadband) utilisent désormais une antenne terrestre, équipement en progression régulière ces dernières années.
Ensuite, pour qui en veut d'avantage, il y a le streaming, donc Netflix et, de manière secondaire, Amazon et Hulu, tous trois en hausse constante ; pour le streaming du sport, Facebook, Amazon et NFL.com prennent une place significative. Plus des deux tiers des répondants (68,2%) utilisent un service de streaming à la demande (SVOD), 54,8% utilisant Netflix, 25,6% amazon, 16,7% Hulu, 8,5% YouTube TV.
Pour les désabonnés, Netflix est plébiscité (83,3%). 
Retour de l'antenne terrestre : Netflix + antenne terrestre, nouvelle formule de base pour la télévision ?

Le mécontentement semble se stabiliser mais les intentions de changement (déclarées) restent élevées : désabonnement, et désir insistant de ne s'abonner qu'aux quelques chaînes qu'ils regardent (mini bouquet, skinny bundle). La demande de télévision à la carte est presque unanime (81,3%), le bouquet mensuel idéal se réduisant à 24 chaînes à 1,5 € pièce soit 36 $, les chaînes les plus demandées étant A&E, Discovery, Food Network, AMC. Cette demande correspond d'ailleurs à la structure et au prix des bouquets proposés depuis peu par les MVPD virtuels  (Hulu Live, YouTube TV, etc.).
Comment trouver ce que l'on cherche ? Le papier, c'est fini, ou presque. A côté du programme électronique, s'installe la commande vocale (voice search) ; elle est déjà présente dans un foyer sur quatre mais elle n'est utilisée que  par 14%, en hausse toutefois. Malgré tout, les amateurs de sports se plaignent de ne pouvoir trouver aisément des programmes sportifs qu'ils recherchent. Les assistants vocaux, smart speakers, présent chez 21% des répondants, n'aident pas, pas encore du moins.

Sources :
  • Q4 Online Video and Pay-TV Trends Report. L'enquête trimestrielle porte sur 3 330 abonnés à TiVo aux Etats-Unis et au Canada. L'échantillon est représentatif de la population de 18 ans et plus. Marge d'erreur : 2%.


vendredi 9 février 2018

T-Mobile and Layer3 challenging "old cable"


Although we observe a trend towards concentration among MVPDs, the advent of a new one should attract our attention. Cord-cutting might not be inevitable.
Layer3 TV is a new cable operator based in Denver (Colorado). Proclaiming itself "The New Cable", it has launched in the Chicago, Los Angeles, Dallas and Washington, D.C. and Denver DMAs; it is soon to be in New York as well. Layer3 TV wants to attract households "tired of old cable", cord-cutters. Among the investors in Layer3 are SeaChange, Altice USA (inherited from Suddenlink).
For $89 / month, Layer3 uses only 4K-capable boxes (boxes include a DVR). A very big and less expensive bundle (over 250 channels), with a promise for better customer service.

"Enjoy TV EveryWhere": with TV EveryWhere enabled, subscribers using their TVE credentials can access many channels, such as A&E, ABC, AMC, BBC America, CBS Sports Network, CMT, CNBC, Comedy Central, Discovery, ESPN, Fox, Fox News, Fox Sports, HBO Go, HGTV, Epix, Hallmark Drama, History,  Insight TVLifetime, MTV, National Geographic, Nasa TV (4K version), NBC, Nickelodeon, Syfy, Telemundo, Tennis Channel, The Smithsonian Channel (4K version), etc. Layer3 TV also includes Xumo in its set-top box, along with Pandora, iHeart, YouTube apps, and Shop by Remote, an interactive TV app from HSN. 

Some say that Layer3 TV might be the number 4 MVPD, with 13 million subscribers. It remains to be verified! Layer3 TV seems to primarily target high-end subscribers: the box, designed by DesignWorks (a BMW company!), integrates Alexa (amazon) for voice control and incorporates social and music streaming media as well.
Layer3 TV management hopes subscribers will switch TV providers. And what about virtual MVPD?

In December 2017, T-Mobile has acquired Layer3 TV ($325 million) and says it "is coming to TV with Layer3 TV technology" (cf. infra, screenshot of the website). Will T-Mobile offer OTT services and "change the cable & satellite TV game for good"?


jeudi 21 décembre 2017

A new business model for TV: virtual MVPDs (Hulu Live TV, YouTube TV...)


Hulu is an American streaming platform (or virtual MVPD) jointly owned by three national networks (ABC/Disney, Comcast/NBCUniversal, Fox) and, since 2016, by Time Warner (which now could is part of AT&T). Hulu was created in 2007, ten years ago; it now boasts 20 million-plus subscribers ($7.99/month).
Since Disney acquired the 30% Fox owned in Hulu (December 2017), Disney is now the major stakeholder with 60%.

In June 2017, Hulu launched a new live TV service. The service includes the four major legacy networks (ABC, CBS, NBC, Fox) and will also give access to parent cable channels: Fox News, ESPN, etc. Fox did not negotiate with its local affiliated stations: instead of local programming, the network will air national programs from Fox channels (Fox News, National Geographic, etc.). Missing, for the time being, are Univision and PBS (public TV).
Hulu Live TV has also inked deals with Turner Networks (CNN), A&E Networks (Lifetime, The History Channel, etc.) and Scripps Network Interactive (HGTV, Food Network, Travel Channel, Newsy).
Of course, it also includes the Hulu SVOD service.
Major virtual MVPDs. Philo is a sports-free service, was first incubated at Harvard Innovation Lab (2009).
Updated October 22, 2018

New and noticeable features for Hulu Live TV
  • Cloud DVR and unlimited number of screens per subscriber ($19.99)
  • Episode badging (shows if there is something new to watch)
  • Optional commercial-free service ($4 / month)
  • Up to six individual profiles (personalization algorithm: viewing habits, device, schedule)
  • Available on Apple TV, iOS, Android, the console Xbox One, Amazon Fire TV but remains unavailable on Roku
  • Nielsen includes Hulu viewership in the standard TV rating (C3 and C7)
  • Soon (spring 2018), a TV guide
Advertising and measurement tools for Hulu Live TV
  • Interactivity, local advertising: T-commerce (Brightline platform) will let viewers engage directly with a commercial to locally purchase advertised products.
  • Dynamic ad insertion on local level two minutes per hour: Hulu sells advertising pods on cable networks or in the cloud DVR environment (ads in recorded programming)
  • Streaming advertising campaigns will be measured using DAR (Digital Ad Ratings, Nielsen: all viewing devices included)
  • Campaign effectiveness management with interactive TV platform Samba TV (campaign is extended to all devices - hence cross-device, de-duplication, programmatic segments, TV DMP) and Nielsen Catalina. N.B. Since May 2017, Samba TV partners with Kantar Millward Brown for a single-source solution (TV advertising effectiveness analytics). Samba TV is a data and analytics company. Holistic measurement across screens.
  • Since August 2017, AWS (Amazon) is the cloud provider for Hulu and its cloud DVR (N.B.  AWS also provides the service for Netflix and Amazon Prime Video).
  • In Sept. 2017, Hulu received a "Primetime Emmy Award for Outstanding Drama Series" for "The Handmaid’s Tale". 
Virtual MVPDs do not profoundly revolutionize TV yet. They carry the same commercial networks, the same stations, the same programming. Nevertheless, it should be noted that YouTube TV is streaming a MLB network (baseball)...
Hulu Live TV counts mainly on Nielsen for advertising management. In fact, the streaming services mentioned in our chart are but a kind of MVPD (Multi Video Programming Distributor): is Hulu competing against cable operators?

lundi 18 décembre 2017

Disney, Fox... et maintenant ?


Risquons un commentaire quant aux conséquences sur le marché des médias américains du rachat par Disney d'une partie de Fox (62 milliards de dollars). Qu'en sera-t-il, sous réserve d'accord des institutions réglementaires (FCC, FTC, Department of Justice) ?

Fox
  • Fox reste un network classique généraliste puissant, contrôlant complètement 28 stations locales (dites O&Os) dont 7 duopoles dans les 10 premiers DMA (New York, Los Angeles, Chicago, Dallas, San Francisco, Washington D.C. et Houston). Par ailleurs, Sinclair Broadcast Group est propriétaire d'un grand nombre des stations affiliées à Fox (surtout après son rachat de Tribune Media). Que peut vouloir Fox ? Acheter d'autres stations et renforcer son network, si une nouvelle réglementation le permet (N.B. l'essentiel des revenus d'un network provient des stations O&Os) ?
  • Fox garde un pied dans l'information avec Fox News et Fox Business (FBN) et avec la presse, dont les quotidiens The Wall Street Journal et le tabloïd New York Post : instruments politiques favorables aux Républicains ? Notons l'extraordinaire puissance médiatique totale de Fox / News Corp. à New York.
Disney
  • Avec Hulu dont il détient dorénavant 60%, Disney contrôle un MPVD (virtual). Hulu est en passe de devenir une puissance télévisuelle locale : Hulu reprend déjà 492 stations locales (O&Os et affiliées, YouTube n'en reprend que 302). L'affrontement avec Google (YouTube TV) et Facebook semble inéluctable pour la diffusion de la vidéo (notamment pour le sport).
  • La puissance des studios de Disney s'accroît de ceux de XXI Century Fox. Armes de production pour contrer Netflix ? Sans doute : Disney a déjà annoncé le lancement de deux chaînes OTT, l'une en 2018, pour le sport (ESPN Plus) et l'autre, en 2019, pour le divertissement.
  • La situation finale dans le domaine des retransmissions et droits sportifs est pas encore confuse et il faudra attendre l'achèvement de la transaction pour d'y voir clair (d'ici 12 à 18 mois). La puissance de Disney dans ce secteur avec ESPN s'augmente assurément de l'acquisition des 22 chaînes régionales de Fox mais Disney, qui n'a pas l'expérience du local, pourrait décider de les revendre.
Les inconnues

La réflexion, dans son état actuel, doit intégrer trois inconnues au cœur de l'évolution du marché télévisuel américain :
  1. L'allègement probable de la réglementation américaine de la concentration : le verrou des 39% pourrait sauter, ouvrant la voie à davantage de consolidations dans les groupes de stations, groupes d'affiliées (Sinclair Broadcast Group) ou groupe d'O&Os (Fox). L'un des objectifs de l'aggiornamento réglementaire serait de rééquilibrer le marché publicitaire en faveur des groupes traditionnels au détriment du "duopole" (cf. déréglementation à l'américaine).
  2. La fin de la neutralité du net, si elle est confirmée, renforce le pouvoir des MPVD dont l'activité principale est désormais de fournir la bande passante numérique (broadband) pour la téléphonie portable et la télévision OTT. Suivre l'évolution de Comcast, de T-Mobile (qui vient d'acquérir Layer3), de la fusion AT&T / Time Warner (fusion bloquée, pour l'instant, par le Ministère de la justice).
  3. La vitesse et l'ampleur de l'évolution de la télévision grand public qui passe de la télévision linéaire distribuée par des MVPD (câble, satellite) à une vente directe aux consommateurs, en streaming, comme le fait Netflix (direct-to-consumer). Le rôle des MPVD traditionnels peut s'en trouver diminué au profit de virtual MVPD (dont Hulu). L'évolution des équipements familiaux et personnels va dans ce sens (téléviseurs connectés, smartphones, streaming media players - dont Roku qu'acquiert Disney). 

jeudi 14 décembre 2017

New York publicité : le retour d'un média télévisuel sans pareil


New York Interconnect : en 2018, Altice USA, Charter Communications (avec quelques MVPD locaux, dont Comcast Corp.) ont créé un nouvel Interconnect pour le DMA de New York, le premier des DMA américains. Altice couvre New Jersey et Long Island, Spectrum couvre New York City. La présidence est confiée au président de Altice Media Solutions, la régie publicitaire de Altice USA. Un interconnect est une régie publicitaire commune à plusieurs réseaux câblés appartenant à différents câblo-opérateurs couvrant une région ou un DMA donnés.
  • Rappel : le DMA (Designated Market Area) est une circonscription de la télévision locale, terrestre (broadcast). L'exploitation d'un réseau câblé (cable system) est attribuée à un câblo-opérateur par une collectivité locale, généralement une commune, une ville ou un regroupement de communes. Donc, il y a éventuellement plusieurs réseaux câblés dans un même DMA. Ces deux aires géographiques ne se recouvrent pas. Le DMA comme le réseau câblé sont sans rapport avec l'Etat, ces trois aires relevant de logiques différentes (politique, administrative, commerciale).
L'aire urbaine desservie par le nouvel interconnect compte 6,2 millions de foyers, répartis dans trois Etats (New York, Connecticut et Pennsylvanie) ; le DMA compte 7,7 millions de foyers. La couverture est complète puisqu'elle regroupe les trois principaux Multi System Operators opérateurs de New York (MSO, desservant ensemble 85 réseaux). Seuls en sont exclus les foyers non abonnés.
Le nouvel interconnect de New York, lancé au deuxième trimestre 2018 prend en charge la publicité traditionnelle mais aussi la publicité numérique. Il sera intéressant de voir comment son audience sera mesurée, comment sera prise en compte la fonctionnalité TV Everywhere. Le précédent Interconnect n'intégrait plus Time Warner Cable (TWC) depuis 1998, mais TWC a été racheté entre temps par Charter Communications qui rejoint l'interconnect.

L'interconnect constitue un guichet unique (one stop shopping) pour les annonceurs et les agences en termes d'achat d'espace publicitaire local. Il simplifie les transactions dans un univers complexe. L'interconnect a pour concurrents la presse quotidienne et magazine locale, la publicité extérieure, les stations de radio et de télévision locales du DMA (dont  WNBC qui appartient à Comcast / NBCU). L'interconnect commercialise l'espace local des réseaux câblés et notamment les espaces locaux que leur confient des chaînes qu'ils retransmettent (une cinquantaine, les plus importantes). L'interconnect de New York commercialisera également l'espace non local de deux chaînes hyperlocales new yorkaises, News 12 Networks et Spectrum News NY1.

On compte plus d'une centaine d'interconnects aux Etats-Unis (135). Il existe par ailleurs une régie publicitaire nationale (national representative sales firm), pluri-locale des réseaux câblés, NCC Media.

Couverture géographique de l'interconnect de New-York

jeudi 7 décembre 2017

ATSC 3.0 : la télévision nouvelle génération (Next Gen TV) testée aux Etats-Unis


"Parent" Standard A/300
Différentes sections de ATSC 3.0
Source : ATSC3.0,
"What will the standard look like?"
Qu'est-ce que le standard ATSC 3.0 ?
"Advanced Television Systems Committee" désigne un ensemble d'entreprises américaines représentant les différents métiers de la télévision, associées pour établir un nouveau standard : équipementiers (broadcast), cinéma, électronique grand public, câble, satellite, semi-conducteurs...

L'objectif de l'ATSC est de concevoir les standards correspondants à l'évolution récente de la télévision et notamment à sa réception sur divers terminaux (appareils), en de multiples lieux, par l'intermédiaire de diverses technologies, principalement via Internet. Ce n'est donc pas un seul standard mais plutôt une suite de standards (on évoque une série de boîtes à outils).
Le standard ATSC 3.0 se décompose en sections (standards parents, cf. ci-contre) chacune comprenant une suite d'une vingtaine de standards. Cette modularité est conçue pour faciliter les réparations et les adaptations (maintainability). A cet effet, elle doit être rigoureusement documentée (referencing).

Les principaux mots clés, mots d'ordre de la nouvelle télévision, selon ATSC 3.0, sont la scalabilité, l'inter-opérabilité” et l'adaptabilité. Flexibilité et agilité sont indispensables pour accueillir les innovations futures issues de la mobilité, de l'interactivité et de la très haute définition (4K), entre autres.
Le précédent standard datait de 1996 ; il concernait la télévision linéaire (broadcast).

Une question majeure concerne la compatibilité entre le standard nouveau, ATSC 3.0, et celui de la télévision ancienne, linéaire (broadcast), télévision qui reste omniprésente à travers la télévision locale notamment mais qui chaque jour est de plus en plus minoritaire chez les consommateurs (cord-cutting, cord-nevers) : les deux tiers des foyers américains sont déjà équipés, d'une manière ou d'une autre, pour recevoir la télévision numérique, "connectée" (OTT). C'est le problème des périodes de transition, que de devoir faire coexister, pendant quelque temps, l'ancien et le nouveau, sans compromettre le modèle économique.

La FCC vient de donner son feu vert pour cette TV nouvelle génération (Next Gen TV). Ceci devrait donner davantage de possibilités à la télévision locale (terrestre) et ses stations, les annonceurs bénéficiant à terme de nouvelles capacités de ciblage, plus précises (adressabilité) et d'une standardisation nationale. Concurrencer les médias issus du web lui sera facilité .
Des tests techniques de viabilité ont lieu dans le DMA de Phoenix (model market) avec 10 stations (groupes Fox, Scripps, Meredith, Telemundo, Univision, Pearl TV, Tegna). Le DMA compte 1,8 million de foyers TV, un sur cinq utilisant directement la télévision terrestre.
Un groupe de stations explore également les possibilités qu'offre le nouveau standard aux stations de la télévision publique.
L'hostilité des MVPD à ce standard est liée à l'augmentation probable de leurs coûts et de leurs abonnements. La question de la mesure des audiences sera abordée dès le test.

N.B. Le standard ATSC 3.0 a été testé en Corée pour les émissions Ultra HD (2017) et sera utlisé pour la diffusion des Jeux olympiques d'hiver (2018).

lundi 9 octobre 2017

Le règlage économique local de la télévision américaine


Toute station  de télévision américaine est, par définition et construction, locale (elle est, de droit, un vecteur essentiel de l'information locale). Pour sa diffusion non-terrestre, elle doit choisir les modalités économiques de sa retransmission par un Multi Video Programming Distributor (MVPD : "pay TV operators", câble, satellite, télécoms). Voici l'alternative réglementataire qui s'offre à elle et qui illustre le localisme de la télévision américaine :
  • oubien elle oblige le MVPD, un câblo-operator, par exemple, à, retransmettre toutes ses émissions en faisant jouer la règle d'obligation de transport (must carry rule). Dans ce cas, la station ne sera pas rémunérée par le MVPD pour les émisssions qu'elle lui fournit.
  • oubien elle entre en négociations avec le MVPD pour définir, avec lui, un niveau de rémunération de la station par le MVPD ("negociations in good faith") : accord dit "retransmission consent".
Ces règles individuelles sont mises en application au niveau des groupes de stations. Voyons le cas présent de Ion Media Networks Inc., un groupe de 60 stations locales. Le groupe choisira-t-il, courant octobre 2017, de bénéficier d'un accord d'obligation de transport (must carry) ? Un tel choix priverait les stations des rémunérations des MVPD (retransmission fees). M à J 17 octobre 2017. Ion a choisi le must carry (mandatory carriage) avec l'ensemble des MVPD.

Dans une telle perspective, un accord d'affiliation entre FOX Broadcasting et Ion Media, pour 29 stations, semble improbable. FOX chercherait à rompre avec Sinclair Broadcast Group qui, avec Tribune, contrôlerait 26 de ses stations affiliées. Actuellement, Ion Media n'a aucun accord d'affiliation avec des networks et ne peut compter donc que sur les rémunérations publicitaires liées aux programmes que ses stations diffusent. On dit que Ion Media serait prêt à rétrocéder une grande partie (90%) des retransmission fees à Fox (retransmission fees qui lui seraient payés par les MVPD).
Si des stations de Ion Media s'affiliaient à FOX, cela constituerait pour Ion Media une très forte augmentation de la valeur des stations en question.

La suite dépend notamment de l'attitude de la FFC envers l'acquisition de Tribune par le Sinclair Broadcast Group.

lundi 18 septembre 2017

Concentrations à venir dans la télévision américaine ?


La question de la concentration est au cœur du débat télévisuel américain. Après l'administration démocrate qui freinait la concentration dans les médias classiques mais voyait d'un œil favorable l'émergence d'oligopoles numériques formidables (Google, Facebook, Amazon, Microsoft, notamment), l'administration républicaine semble prête à remettre en chantier les règles concernant la concentration dans la télévision traditionnelle (legacy media).
Le sujet passera probablement inaperçu en Europe car il s'agit de la concentration des groupes de stations de télévision (broadcast). Stations locales, bien sûr. Marché intérieur américain certes, mais qui fonde la puissance des acteurs américains sur le marché international.

Sinclair Broadcast Group est le plus important des groupes américains de stations ; il en possède 193 (source : SBGI). Il se propose de racheter le groupe Tribune Media Company qui en possède 54 (N.B. on compte 1 386 stations de télévision commerciale aux Etats-Unis). Une telle acquisition, pour 3,9 milliards de dollars, donnerait naissance à un groupe de télévision disposant d'une couverture technique de 72% des foyers TV américains (sans "UHF discount", mais 39% avec), présent dans 108 DMAs. (N.B. Une acquisition de même ampleur - Media General acquis par Nexstar / pour 4,6 milliards - a été approuvée par l'administration démocrate début 2017, mais elle se situait dans la limite légale des 39%). Concentrations horizontales.
L'audience de Sinclair est une audience locale pour des informations locales. En cas de fusion, sa puissance publicitaire totale (locale et supra-locale) ainsi que son poids dans les négociation des droits de retransmission (retransmission consent) avec les MVPD seraient déterminants. De plus, après la fusion ("post transaction"), le nouveau groupe Sinclair ("combined company") contrôlerait un grand nombre des stations affiliées au network FOX.
L'enjeu est donc significatif pour les médias locaux concurrents, presse, radio et télévision notamment. Comme Sinclair a la réputation d'être politiquement conservateur, les élus démocrates se sont mobilisés pour s'opposer à cette fusion. Une coalition d'acteurs économiques hostiles à la fusion s'est même créée (Coalition to Save Local Media).
Sinclair a déposé sa demande en juin 2017. La FCC a demandé le 14 septembre 2017 un complément d'information concernant les mesures envisagées pour se mettre en conformité avec les règles de concentration en cours (éventuelles reventes de stations, "divestiture"), les investissements (capital investments) que promet Sinclair pour améliorer la programmation des stations et la contribution de la fusion à la transition au standard ATSC 3.0. Qu'en est-il de l'intérêt général ("public interest") ?
La réponse de Sinclair est attendue pour le 5 octobre, à la suite de quoi le public pourra commenter.
  • Le débat enclenché pourrait conduire à la remise en cause de la limite imposée aux groupes en terme de taille (39% des foyers TV). Pour cela, la première étape consisterait à revenir sur le mode d'évaluation de la concentration et compter pour moitié seulement la couverture des stations UHF (principe dit "UHF discount"). Ce mode de calcul, mis en place en 1985, a été éliminé par l'administration démocrate en 2016, restauré par la FCC en février 2017 puis bloqué par le tribunal ("a stay of execution", D.C. Circuit Court of Appeals) en juin.
  • Cette acquisition pourrait déclencher d'autres mouvements ; on évoque un rapprochement entre le network FOX et Ion (qui pourrait reprendre les affiliations des stations Sinclair avec FOX). La discussion de l'interdiction dans un même DMA de contrôler une station de télévision et un quotidien régional (dite cross ownership rule de 1975) est également relancée. Enfin, la fusion AT&T / Time Warner (HBO, CNN, etc.) est toujours en cours d'examen au ministère de la justice (US Justice Department). Une acquisition dans les télécoms serait en cours : T-Mobile rachèterait la majorité des actions de Sprint à Softbank ; ensemble les deux entreprises compteront 130 millions d'abonnés (soit 28,8% du marché de la téléphonie mobile, mobile wireless market).
Ce débat, considéré avec quelque de recul, s'avère crucial pour l'économie nouvelle des médias, bien au-delà du marché américain.
La taille des groupes de télévision traditionnelle ne doit-elle pas être reconsidérée dès lors qu'il leur faut affronter la concurrence des Facebook, Google et Amazon ? Dans une telle perspective, la réflexion sur les concentrations dans les médias prend une nouvelle dimension. C'est aussi l'occasion de remettre en question la définition des taux de concentration et de l'univers de référence pour les médias, définitions souvent simplificatrices, sinon obsolètes, en période de mutation technologique.
Assistons-nous à une augmentation de la concentration dans le marché de la télévision ou, plus radicalement, à une adaptation de la réglementation de la concentration dans l'ensemble des médias à l'ère de la numérisation ? 

MàJ : septembre 2018. la fusion envisagée n'aura pas lieu ; Tribune Media poursuit Sinclair en justice pour avoir entamé des consultations de manière unilatérale (dont la FCC).


Sur l'évolution des périmètres de concurrence dans les médias :

mardi 12 septembre 2017

Broadcast only, why not?


In the US the number of broadcast-only homes is increasing, reaching 15.9 million (there are 126 million TV households, according to Nielsen, commissioned by the broadcast company Ion Media). 13% of TV households do not pay for TV and there is no tax on TV set ownership like in most European countries ("redevance TV", "TV licence", Rundfunkbeitragetc.). In other words, 87% of American TV households pay for TV, one way or another, subscribing to cable or satellite.
The number of households which do not pay is increasing : up by 41% in the five last years, the study says. Why? Subscribing to MVPD (cable or satellite) has become very expensive, too expensive, especially for those who are not interested in watching sports (ESPN, etc.). There are more and more cord-cutters (do not subscribe anymore), not to mention cord-nevers, people who never subscribed or will never subscribe to any kind of MPVD (Mutiple Video Programming Distributors).

Why did Ion Media commission Nielsen for such a study? Ion Media owns 60 full-power broadcast stations, covering 98 million homes (present in the top 20 DMAs). Part of Ion Media turnover comes from advertising on its stations : it is crucial for Ion Media to highlight that only 16 million homes receive local stations (via a TV antenna or Over-The-Air, OTA). For advertisers, the only way to reach these broadcast-only households is to buy local time from a TV station.
Cord-cutters or cord-nevers can choose to watch Netflix for series and movies (without commercials, for a basic price of $8) and live TV and local news using an antenna (free). Given that the average cable TV bill is more than $100, cord-cutting seems to be a bargain even if you subscribe to more than one streaming service... Not surprisingly, cord-cutting is on the rise.

lundi 21 août 2017

Ce que la presse pourrait apprendre de Disney... et de Netflix


Disney cessera de vendre ses contenus vidéo à Netflix en 2019. Jusqu'à cette date, l'abonné américain à Netflix pourra regarder un grand nombre des productions Disney à volonté : c'est dans son forfait mensuel. C'est le contrat Disney - Netflix (first-run movie output deal). Or, depuis plusieurs années, Disney perd des abonnés, perd des téléspectateurs, donc des revenus de toutes sortes : cord cutting, cord shaving, cord nevers alimentent l'abonnement à Netflix. Disney a-t-il nourri l'ogre qui le dévore ? En attendant que Netflix mette en œuvre ses propres productions, développe sa notoriété mondiale, Disney aura permis à Netflix de se développer puis de décoller. C'en est fini : Disney lancera bientôt sa propre chaîne de streaming (OTT, SVOD) comptant que ses revenus compenseront la fin du contrat Netflix.
Trop tard ?
Disney comme détenteur de contenus originaux, populaires de qualité, était a priori en position de force dans la négociation car Netflix avait besoin de contenus attractifs. Disney n'est plus en position de force, beaucoup moins.
"The Defenders" (Marvel), publicité sur les
kiosques presse à Sydney (Australie),
mi-août 2017

Pour palier une probable rupture avec Disney, longuement anticipée, Netflix a entrepris de produire ses propres programmes (2012) ; aujourd'hui, "Stranger Things", par exemple, est produit et entièrement financé par Netflix. Récemment (été 2017), Netflix a racheté Millar Comics, le concurrent de Marvel Studios (Disney) et a débauché Shonda Rhimes, productrice phare de ABC/Disney ("Grey's Anatomy", 2005 ; "How to Get Away with Murder", 2014), Netflix a également débauché Scott Stuber, le directeur de la production de Universal Pictures, pour diriger la division cinéma de Netflix. Netflix lance un département de TV réalité (unscripted and TV reality series) avec David Letterman (ex. "Late Show" de CBS) et Jerry Seinfeld (“Comedians in Cars Getting Coffee") ; Netflix a aussi mis en place un département de télévision pour enfants et familles, etc. Au total, plus de 200 productions originales dont certains documentaires culturels consacrés à des écrivains journalistes Joan Didion, Guy Talese...

L'endettement de Netflix est élevé (20 milliards de dollars) mais l'internationalisation (104 millions d'abonnés) permet une récupération plus rapide des investissements. Netflix déploie un nouveau modèle économique : pas de pilot (ce qui témoigne de la confiance dans le projet et séduit les réalisateurs). Pas de mesure d'audience non plus mais une exploitation approfondie des données collectées (recommandations, etc.) : tout ceci leur donne davantage de liberté créative et de notoriété mondiale. Réussite due au développement, depuis "House of Cards" (2013), d'un nouveau mode de distribution / consommation, binge culture.
Après avoir révolutionné la TV, Netflix s'attaque au cinéma, à sa distribution et à la sacro-sainte chronologie des médias. Cela commence avec "Beasts of No Nation" (2015) de Cary Fukunaga lancé sur grand écran et à la télévision, se poursuit avec "Okja" de Bong Joon-ho... Innovation à tout prix qui déstabilise la concurrence. Reste à pourfendre les protectionnismes nationaux...

Toutes choses égales par ailleurs, Facebook et Google veulent prendre la place de la presse comme Netflix veut prendre celle de Disney. Si le "duopole" réussissait à tuer le papier, la voie dès lors serait libre, il n'y aurait alors plus de barrière à l'entrée. Le duopole, auquel il faudra peut-être ajouter Apple qui a racheté Texture (mars 2018), pourrait aisément contrôler entièrement la distribution de la presse et la mesure de son audience. Tout se passe donc comme si l'intérêt, à terme, du "duopole" était la réduction de la presse à sa dimension numérique. Ce qui conduit à repenser l'importance du caractère hybride de la presse (cf. "Etats de la presse écrite"). Une fois entièrement numérisée, la presse est-elle condamnée ? Le "digital first" (cf. Le Progrès) est-il la première étape du "digital only" ?


N.B.
  • Fox avec sa chaîne OTT, FX+ semble suivre la même stratégie que Disney : les studios 21st Century Fox mettent de plus en plus de nouvelles productions directement à la disposition de FX+.
  • TF1 (France) ne semble ne pas tenir compte de la mise en garde de Disney puisque Newen a vendu les droits de la série "Demain nous appartient" (succès de TF1, prime-time) à Amazon (mars 2018).
  • AT&T (décembre 2018) semblerait prêt à s'accomoder d'une solution hybride et distribuer "Friends" sur Netflix et son propre SVOD (à venir). Cf. “And broad and wide distribution is something I feel very strongly about. And so do I—do I care if ‘Friends’ is shown on Netflix and on a Warner Media SVOD service? Probably not.” (The Wall Street Journal, December 4, 2018)

jeudi 3 août 2017

Ozark, Netflix en été


iPhone, July 31, 2017
La structure narrative de "Ozark", la distribution des personnages ressemblent à celle de "Breaking Bad" (AMC, 2008-2013) : un couple de parents avec leurs deux enfants, un mari et une femme anti-héros dotés de compétences professionnelles indiscutables (finances, chimie, communication) bientôt mises au service d'activités illégales : fabrication et distribution de drogue, blanchiment d'argent. Deux héros adolescents, témoins sidérés de l'histoire de leur famille.
Confrontation avec des manières expéditives du "cartel" de la drogue (personnes assassinées dont le corps est dissous dans des tonneaux d'acide, personne éliminée en la jetant du haut de son balcon, etc.). Famille forcée, pour survivre, de s'éloigner de son milieu habituel urbain (Chicago) et de s'exiler dans le Sud profond (rednecks). Violence, trahisons, armes. Ré-acculturation.
Polard sombre, film noir, superbe photographie. Majesté de la nature l'été, des lacs, des forêts... On attend la deuxième saison.
Les pseudo spécialistes de la critique TV et cinéma ont donné une note faible à la série ("critical flop"). Qu'importe ! Les médias sociaux (Twitter, Reddit, etc.) semblent avoir compensé largement cette défaveur... Encore une innovation, peut-être involontaire, de Netflix !

Diffusé par Netflix en 10 épisodes de 1 heure (mis à disposition en une seule fois, le 21 juilllet 2017), alors que la saison télévisuelle des networks traditionnels est terminée. Netflix s'empare ainsi d'une période faible de la progammation concurrente, période habituellement riche en rediffusions. Près de la moitié des foyers américains sont abonnés à Netflix : 52 millions d'abonnés au deuxième trimestre 2017 (source : Netflix) pour 118 millions de foyers TV (selon Nielsen, août 2016), mais le foyer TV est-il encore un indicateur pertinent ? Netflix a gagné 1,45 million d'abonnés durant le trimestre).

Nouvelle série, exclusivité Netflix, c'est une incitation à élaguer l'abonnement au câble (cord-shaving) voire au désabonnement (cord-cutting) ou, même, pour les nouvelles générations, à ne pas s'abonner du tout (cord-nevers). Désormais, Netflix compte plus d'abonnés que n'en compte l'ensemble des câblo-opérateurs (MVPD).
En Grande-Bretagne, selon Parrot Analytics, "Ozark" est, de très loin, le programme le plus demandé en termes de VOD.
Mise à jour: 15 Août 2017 : Netflix déclare renouveler la série pour une seconde "saison" (en fait, une dizaine d'épisodes, le terme "saison" étant désormais inapproprié).

lundi 31 juillet 2017

Upftont market 2017 : quel bilan pour la TV américaine ?


On appelle aux Etats-Unis upfront market le marché d'espace publicitaire prime time qui se tient en avance ; les ventes par les régies nationales, comme il est de tradition, se sont terminées en juillet, pour l'ensemble de la saison télévisuelle 2017-2018 qui commence en septembre.
Pour juger des résultats du marché upfront, c'est à dire du dynamisme de la vente d'espace publicitaire par les régies télévision, celles des chaînes du câble et satellite (MVPD) et celles des networks (broadcast, nationaux), deux critères sont essentiels : le Coût Pour Mille (CPM) et le volume vendu.
Cette année, les CPM sont à la hausse (de 8 à 9%) soit 29$ pour les networks et 16$ pour les chaînes du câble, le chiffre d'affaires est en hausse également atteignant 20 milliards de dollars, soit une augmentation globale de 5,9% (+4,1% pour les networks nationaux, +7,6% pour les chaînes cab-sat).

Conclusions ?
  • Le marché upfront, tellement décrié qu'on le dit condamné depuis des années, a toujours la faveur des annonceurs et des agence. Notons que les spécialistes, pessimistes, avaient prévu des CPM constants, pariant un peu légérement sur les effets de l'érosion des audiences et sur les désabonnements (cord-cutting). La rationalité de ce marché échappe encore au calcul économique classique.
  • Les annonceurs continuent de privilégier la télévision pour leurs campagnes nationales (branding). L'augmentation des CPM ne les dissuade pas ; l'avantage d'une puissante couverture (reach) reste déterminant. De plus, le marché télévisuel n'est pas gangrené par des débats sur la visibilité des messages publicitaires (le Media Rating Council envisage de durcir les critères de la visibilité sur le Web), ni par les problèmes de mesure (cf. les miscalculations de Facebook) ou de mauvais placements (YouTube). Dans la plupart des cas, à ce stade, le numérique, et notamment la vidéo, ne joue encore qu'un rôle ancillaire. Apprentissage.
  • Manifestement, les acteurs du Web n'entament pas l'économie des chaînes de télévision. En revanche, ces chaînes ont davantage vendu leur actifs numériques. Les grands groupes de télévision sont mixtes : network, cab-sat et numérique. On ne sait pas distinguer quelle part des revenus revient aux plateformes de streaming, skinny bundles, comme Hulu, DirecTV Now ou Sling...