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dimanche 23 février 2014

Déclaration d'indépendance médiatique du sport : 120 Sport et NFL Now


L'organisation de la télévision sportive américaine a changé au cours des années passées. Beaucoup de ligues sportives ont étoffé leur présence numérique et développé leurs propres chaînes, tandis que les éditeus de networks nationaux développaient des chaînes de télévision multi-sport. Ceci n'était que l'extension d'une offre traditionnelle.
En revanche, deux projets qui verront le jour durant l'année rompent avec cette tradition pour épouser d'emblée et complètement la révolution numérique : 120 Sports et NFL Now.
Un cahier des charges tacite semble énoncer les caractéristiques de cette rupture télévisuelle : formats courts, immédiateté, multi-support, c'est à dire réception mobile, appli, personnalisation, direct, vitesse, souplesse, réactivité, continuité, contenu à la demande.

120 Sports
Lancée au cours des mois qui viennent, 120 Sports est une télévision multi-sport qui réunit Time Warner et quatre ligues de spectacle sportif : la chaîne rassemblera des éléments de basket ball (NBA), baseball (MLB), hockey (NHL) et de sport mécanique (NASCAR) ; s'y ajouteront des sujets provenant des conférences sportives universitaires ("college sports") via Campus Insiders.
Délivrées en live streaming pour tout support numérique, sans recourir à une authentification comme TV Everywhere, procédure contrôlée par des opérateurs de télévision payante, à leur profit.
Le format des émissions sera de 2 minutes (120 secondes) : citations et extraits de matchs ("highlights", "game footage"), commentaires de journalistes, de fans. L'ensemble mélangera vidéo et data ("built to intuitively integrate video and data"). Pour commencer, le modèle économique sera publicitaire (appli gratuite pour le téléspectateur) ; une version payante sera proposée en 2015.

Les moyens techniques, le développement et le marketing proviendront de trois partenaires disposant d'une expérience dans les médias du sport :
- MLB Advanced Media qui travaille déjà avec ESPN.
Silver Chalice, entreprise spécialisée dans le sport pour le numérique, prendra en charge la production ; Silver Chalice, basée à Chicago, a lancé SportsLab ("the home of digital sports"). Elle est liée aux Chicago White Sox, l'équipe de baseball. La production se déroulera à Chicago, dans les studios Harpo Studios (Oprah).
- Le magazine Sports Illustrated (groupe Time Inc.) pour le marketing et la régie publicitaire.

NFL Now
Si la puissante NFL (football) est l'absente notoire de ce groupement, c'est parce qu'elle est de son côté engagée dans son propre projet, NFL Now, appli qui sera lancée quelque mois après 120 Sport, durant l'été 2014. Dans les grandes lignes, ce projet ressemble à celui de 120 Sports. Ses partenaires seront Yahoo!, Microsoft, Verizon et Gillette. Le service permettra la personnalisation (choix de l'équipe préférée) ; il proposera des transmissions en direct, des débats, des conférences de presse, en partie à la demande.

Remarques :
  • Le lancement de ces chaînes retentit comme une déclaration d'indépendance médiatique du sport.
  • Time Warner qui vient de rompre avec l'économie du câble en vendant TWC à Comcast, qui n'a pas de network (sauf une participation de 50% dans The CW) et qui ne gère pas de station locale, a désormais les mains libres pour inventer une nouvelle télévision numérique (pas de TV Everywhere à respecter). Parmi les actifs essentiels de Time Warner : HBO, Warner Bros, Time Inc., CNN, Cartoon Network, Hanna-Barbera, Castle Rock Entertainment.
  • Le modèle économique de ces deux chaînes, conçues d'emblée pour être multi-support, repose sur le développement de la publicité numérique multi-support. La demande se confirmera de responsive design mais surtout d'analytics ne nécessitant pas de recours à des panels, à des mesures mixtes et des GRP de synthèse, comme en proposent Nielsen avec Facebook (OCR) ou comScore avec Google (vCE).
  • Avec la réception sur les appareils mobiles, smartphones et tablettes, les format courts s'imposent avec des implications dans la production, le mode d'exposition, de narration (storytelling) du sport.

samedi 17 décembre 2011

Le sport remet en question la distribution de la TV

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Les droits sportifs atteignent de tels niveaux aux Etats-Unis qu'ils suscitent une contestation des  modalités de distribution de la télévision. Trop cher, le sport : certains abonnés, câble ou satellite, qui ne s'y intéressent pas, ne veulent plus payer. Les opérateurs craignent de reporter les augmentations sur la facture de leurs abonnés et veulent démanteler les packages (unbundle).

Mise à jour 7 janvier 2012 : MSG n'est plus repris par TWC sur les réseaux de New York et Buffalo ; MSG répond via TWC Conversations.
  • A New York (et à Buffalo), le câblo-opérateur, Time Warner Cable (TWC, 2 millions d'abonnés), refuse le prix que réclame MSG Network (Madison Square Garden), chaîne régionale (Regional Sport Network, RSN) qui détient des droits des Knicks (basketball, NBA) et des Rangers (hockey, NHL). L'opérateur du réseau câblé (MSO) paie actuellement 4,65 $ / abonné / mois à MSG (pour les deux chaînes, selon SNL Kagan). MSG, selon TWC, demanderait une augmentation de 53%. Mi-janvier alors qu'il restait aux protagonistes deux semaines pour se mettre d'accord, MSG espérait enrôler les amateurs de sport dans la bataille en ouvrant un site bilingue keepmsg.com avec pétition et mobilisation sur Twitter et Facebook invitant même les abonnés TWC à changer de fournisseur de télévision (cf. infra). Une campagne du même ordre tournait sur de nombreux sites, stations de radio et dans la presse new-yorkaise ; slogan : "Time Warner Cable Might Cancel Your New York Sports".
  • En 2011, selon SNL Kagan, ESPN obtiendrait 4,7 $ des opérateurs du câble (par abonné/mois) et demandera bientôt davantage car le renouvellement du contrat avec la NFL (football) jusqu'en 2022 coûtera cher (60% d'augmentation ?).
En bas à gauche, suggestion d'autres fournisseurs : satellite (DirecTV), opérateur  câble (RCN),  télécom (FIOS)
Avec le système actuel des abonnements (câble, satellite, télécoms), les chaînes sportives sont généralement placées dans un bouquet de base que tous les foyers abonnés au câble et aux bouquets satellite paient. Certains foyers ne veulent plus payer au forfait mais plutôt à la chaîne, à la carte, pour ne payer que ce qui leur convient. Quant aux opérateurs (MSO, etc.) certains se plaignent d'un "impôt" levé par les entreprises sportives sur la télévision. Certains MSO veulent placer certaines chaînes sportives dans un package optionnel (cf. Comcast / Tennis Channel).
A TWC, on suggère que les progarmmes sportifs soient vendus à part, dans un bouquet spécifique ("separate tier"). Ainsi, ceux qui aiment le spectacle sportif paieraient davantage et les autres beaucoup moins.

Un même raisonnement peut s'appliquer à toute chaîne, à toute thématique, non seulement au sport. Un foyer peut ne pas vouloir les chaînes d'information, ou de musique, ou pour enfants, ou généralistes. Ou bien ne vouloir s'abonner qu'aux chaînes sportives, qu'aux chaînes en espagnol, etc.
Affichette de TWC chez les revendeurs
La mise en question à l'occasion du sport des modalités de commercialisation des chaînes, voire des émissions, pourrait entraîner des changements radicaux dans l'économie de certaines chaînes qui perdraient non seulement des revenus directs payés par les opérateurs mais aussi, perdant de l'audience, des revenus publicitaires. Ce sont des chaînes sans audience que l'économie actuelle de la télévision subventionne. Time Warner Cable cite le cas de la chaîne musicale Fuse dont l'audience est presque nulle et que MSG impose (TWC a cessé de la retransmettre début décembre). Déjà en mai, le câblo-opérateur Cablevision avait réclamé à la FCC de mettre fin aux pratiques de "bundling" (dit aussi "tying"), épousant en cela les revendications des associations de consommateurs. Ce débat dure depuis des années.

Le problème soulevé ne concerne pas que les Etats-Unis ; le mode de vente au forfait groupé (bundling), par palier, est présent dans de nombreux pays où les abonnés pourraient réclamer de ne payer à la carte que ce qu'ils consomment, ou se désabonner.
  • On peut voir dans ce conflit un des signes de la progression d'une culture de consommation prudente qui favorise l'achat à la carte au détriment des engagements renouvelables automatiquement (abonnements, retraits automatiques, etc.).
  • La crise économique, l'endettement des ménages avec le risque de désabonnement qu'ils suscitent (cord-cutting) amplifient cette réflexion.
  • Le Web et la télévision connectée pourraient bientôt arbitrer ce débat en favorisant la consommation à la carte des émissions grâce au moteur de recherche et au micro-paiement (désarmant l'objection des coûts de transaction élevés brandie par les tenants du "bundling".