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lundi 31 octobre 2022

L'histoire de la médecine pour apprendre, et rire un peu

 Jean-Noël Fabiani-Salmon, Philippe Bercovici, L'incroyable histoire de la médecine, Nouvelle édition augmentée, Paris, Les arènes BD, 307 p., Bibliogr.

Le livre est étonnant, étonnant de qualité (mis à part le titre que je ne trouve pas très bon et ne donne pas a priori envie de l'acheter). Il est vrai que je ne l'ai pas acheté mais qu'il m'a été offert... par un médecin. 
Voilà donc plus de 30 siècles d'histoire de la médecine, d'histoires aussi, petites histoires et grandes histoires. Des siècles racontés avec talent et humour par un dessinateur, spécialiste des BD, Philippe Bercovici, et un médecin, le Professeur Jean-Noël Fabiani-Salmon qui enseigne, à l'université, l'histoire de la médecine à de futurs médecins et qui fut chef du département de chirurgie cardio-vasculaire à l'hôpital Georges Pompidou. Des experts donc.

Tout d'abord, on peut saluer la formidable correspondance des dessins, dialogues et des commentaires. Superbe travail d'association de plusieurs compétences.
Ce livre, c'est l'histoire de la médecine qui raconte et explique comment la médecine devint, petit à petit, une science. Mais qui la raconte en évoquant, chemin faisant, les anecdotes et cocasseries des étapes de cette longue histoire. Et l'on apprend de bonnes : par exemple que Edgar Monitz reçut le prix Nobel pour la lobotomie, pratique dangereuse, abandonnée quelques années plus tard, mais le prix resta ! ou encore l'histoire de l'anglaise Rosalind Franklin qui n'est même pas citée par les détenteurs d'un prix Nobel alors qu'elle est à l'origine de découvertes fondamentales sur la structure des DNA, RNA, etc.
Enfin, on apprend tout sur toute l'histoire de la médecine, celle des infirmières, du climat et de l'environnement, des sages-femmes et de l'obstétrique, de l'allergie, de l'ophtalmologie, de la sexualité...

Un beau livre, bien fait. Et qui fera penser, aux étudiants, nouveaux et anciens, l'épistémologie de la science médicale, toujours coincée entre le soin des malades et l'expérimentation, entre la vie et la mort. Un beau cadeau donc.

lundi 2 mars 2020

Hunters, une série où la chasse aux nazis est entr'ouverte


Le thème de la série Hunters (10 épisodes pour l'instant) propose de suivre la chasse (d'où le titre : "Chasseurs") que mènent des new-yorkais. Leur gibier est difficile à attraper : il est constitué de nazis allemands reconvertis, plus ou moins discrètement, par l'Amérique de l'après-guerre. Nazis efficaces dans leur temps, ils n'ont pas oublié leur passé nazi ; s'ils peuvent le dissimuler, ils en restent fiers, et savent le raviver discrètement à l'occasion de diverses solidarités.
Nous sommes dans les années 1970, à New York.
Les épisodes de la série nous font suivre la recherche et la capture de nazis aux Etats-Unis. La chasse est menée par une équipe éclectique, et peu probable, mais cinéma et actualisation obligent : des Noirs, des Juifs, un Asiatique, une religieuse chrétienne, une homosexuelle, des Blancs... On entrevoit aussi Simon Wiesenthal, authentique chasseur de nazis, partisan, lui, de remettre plutôt les nazis capturés à la Justice et de les faire juger.

La série mêle et conjugue des styles différents : des éléments relevant de la BD, des films historiques et des tournages actuels. Le tout est souvent un peu décousu, en partie inventé, pas toujours facile à suivre ; l'allemand est sous-titré. Mais on s'y fait ! La série compte 10 épisodes et est diffusée par Amazon Prime Video depuis le 20 février 2020. Al Pacino joue dans la série un rôle central qui s'affirme, et s'achève lors du dernier épisode. On peut imaginer que la série sera prolongée pour une nouvelle année, ainsi le laisse entendre le dernier épisode qui s'achève en Amérique latine.

L'histoire reste présente, bien sûr, pour partie au moins, dans cette série : notamment à travers l'opération secrète "Project Paperclip" qui amena 1 600 scientifiques nazis aux Etats-Unis (dont Werner von Braun et Hubertus Stronghold) où ils devaient participer à la lutte contre l'Union Soviétique, et conduire les projets spatiaux américains. Leur passé d'assassin est en général passé sous silence : efficacité d'abord !
Les nazis de cette époque sont morts, bien sûr, aujourd'hui, mais les fous du nazisme et autres racistes et antisémites continuent d'exister et de gesticuler politiquement, culturellement, en Amérique comme en Europe... Et on les laisse faire... C'est peut-être là l'une des leçons du film que de dire aux voisins, aux amis : cessez de vous faire avoir, de tolérer la rhétorique de ces assassins... potentiels. Voyez comment cela peut finir, semble prévenir la série.

N.B. Ceci d'ailleurs est étudié et détaillé longuement, précisément par Eric Lichtblau dans son ouvrage, The Nazi Next Door: How America Became a Safe Heaven for Hiltler's Men (New York, Mariners Books, 2014, index).


jeudi 19 avril 2018

Une vie de chat : mode d'emploi (magazines)


miaou. La revue pour ronronner de bonheur, trimestriel, 170 p. , 10€ (une version "collector" est en vente en librairies pour 12,95€), Prisma Presse, avril 2018

Tout pour le chat, et pour celles et ceux qui vivent avec. La naissance, les premiers jours, d'heure en heure ou presque ; l'odorat, la vue, l'ouïe, la perception des vibrations, parfaits pour les chats ; en revanche, leur sens du goût est limité (ce que ne dit pas la publicité TV, qu'ils ne regardent pas, de toute façon). Comment s'exprime le chat, quel est son langage corporel ? Que disent ses miaulements, ses ronronnements ? L'inventaire du mode de vie des chats commencé dans ce premier numéro est à suivre. Passées les pages style de vie (du chat), nous trouvons une page gadget, un sujet d'histoire (le chat de Louis XV), un sujet documentaire (les chats dans un temple bouddhiste), des interviews, des photos de chats, des anecdotes sur les chats, des étiquettes avec des images de chat, des cartes postales avec des chats...  Et un dossier "Vivre dans la peau d'un chat".

Le chat, depuis l'Egypte antique, occupe une place particulière dans l'imaginaire et dans les maisons. De tous les animaux domestiqués, c'est le moins utile (il fut considéré comme "utile" en Egypte et il l'est encore dans les fermes, pour écarter les souris). Animal qui tient compagnie, bien obligé ! Le chat dont on parle dans le magazine vit dans les maisons et les appartements dont il ne sort guère, plus ou moins prisonnier. Terriblement "dhommestique", comme disait Jacques Lacan.
Le chat mène grande vie dans la BD, vie commencée dans la presse le plus souvent  : "Le Chat" de Philippe Geluck fait ses premières apparitions dans le quotidien belge Le Soir, le "chat du rabbin", qui parle et veut faire sa bar-mitzva (par Joann Sfar) fait ensuite une carrière au cinéma, Garfield (1978), chat dévoreur de lasagnes et téléspectateur grognon, commence sa vie dans un comic strip qui fut, en syndication, un succès de la presse quotidienne américaine. Tous ces chats sont plus malins que les humains. Comme dans La Fontaine, anthropomorphisme oblige, dont Miaou ne manque pas non plus. Méditatifs, philosophes, les chats ? Peut-être, c'est du moins ce que prétendaient Charles Baudelaire et Claude Lévy-Strauss...
Dans la presse française, on compte une centaine de titres et hors-séries consacrés au chat publiés depuis une trentaine d'années. La concurrence est rude. C'est un peu moins que les titres concernant les chiens, et cela sans compter la presse animalière généraliste comme 30 millions d'amis qui n'ignore pas les chats (source : Base MM). On sait aussi le succès des photos de chats sur les réseaux sociaux et leur contribution aux travaux de reconnaissance d'images et de classification portant sur le distinction chien / chat (cf. la compétition lancée par Kaggle en 2013). Et puis, n'oublions pas le chat de Schrödinger qui vit ou /et mœurt dans la mécanique quantique !


Miaou est un magalivre (magazine + livre) ou, si l'on préfère, un Mook (magazine + book) ; 85 000 exemplaires ont été mis en vente selon l'éditeur, Prisma Media. Le mook représente un nouveau format, plus livre que magazine ; on en compte de plus en plus parmi les innovations presse récentes. Distribution mixte, en librairies et points de vente presse, en attendant une hybridation numérique complémentaire, une appli ? "Bel objet", se vante Laura Stioui, l'éditrice du titre. Magazine robuste, agréable à consulter, qui peut trouver sa place partout, et même être rangé, sur une étagère. Et peut se garder longtemps : son contenu est intemporel, et tout public : la passion des chats est universelle, elle ne connaît pas d'âge, de générations, d'époques, de styles de vie ("les amoureux fervents et les savants austères", disait Baudelaire). Et pourtant, la passion des chats distingue les fractions de classe, comme l'a vu Disney qui oppose "aristochats" et chats de gouttière... Sans doute, le positionnement de Miaou, quelque peu attrape-tout (famille, psychologie, féminin) mais délibérément non animalier (pas d'éthologie, etc.), sera-t-il amené à se préciser avec l'usage. "Culture chat" ! dit-elle, habile.

Signalons, pour compléter l'univers domestique des félins,
  • Mon CHAT Superstar, hors-série de Télé 7 Jours, septembre 2018 (cf. supra)
  • Tama, la chatte devenue chef de gare de Kishi et idole des voyageurs japonais
  •  neko atsume, un jeu video japonais de Sony Entertainment, appli pour smartphone lancée fin 2014. En attendant les chats, qui ne viennent que quand les joueurs ont éteint l'appli (cf. infra).
  • CryptoKitties, un jeu pour ordinateur (Chrome, Firefox) avec Blockchain, qui permet de son nourrir un chaton, de vendre, de collectionner des kitties...
Copie d'écran du jeu neko atsume ("cat collection"), appli lancée en 2014

lundi 26 mars 2018

Koï : l'Asie, proximité du lointain


Koï, 100 pages, bimestriel, Magazine de société des cultures asiatiques, bimestriel, 5,9 €. Abonnement : 30 €

"Koï" drôle de nom pour un magazine ! "Koï" signifie carpe en japonais, poisson dont on raffole en Asie et connu pour remonter le courant. Tout un programme.
Lancé en septembre 2017 au terme d'une opération réussie de crowdfunding (KissKiss BankBank), Koï traite des cultures asiatiques en France. D'abord, soulignons le pluriel, non exhaustif, et, ensuite, le fait qu'il ne s'agit pas d'exotisme, mais de cultures établies en France, parfois depuis longtemps. L'Asie, si lointaine, est proche !
Koï traite logiquement de la deuxième génération, intégrée. Loin de tout "communautarisme", prendre les questions de l'immigration par l'intégration ? "Deuxième génération. Culture fusion : ils sont le trait d'union entre tradition et modernité", titrait le N°1 qui consacrait un article aux "Cambodgiens de France".
Quelle est l'ambition culturelle du magazine ? Faire comprendre, faire valoir par touches légères, les cultures de grandes régions d’Asie en France : Chine, Viet Nam, Japon, mais aussi Thaïlande, Indonésie, Singapour "ville jardin du futur", Laos.
Cuisine et gastronomie, bien sûr, BD, cinéma, musique, urbanisme, tourisme, médecine. Présentation des fêtes et de leurs rituels : fête du Têt au Viet Nam, Nouvel An khmer, Hanami au Japon, Nouvel An lunaire en Chine (chunyun, 春运), fête chinoise des morts (Qing Ming, 清明)… Un soupçon d’exotisme mais pas trop. Volonté de faire découvrir, aimer ces cultures par un grand public non averti mais curieux. Donner envie d'y goûter, de lire, écouter, voir...
Koï ne craint pas d'être parfois utilement didactique : à propos du vocabulaire, de l’explication du symbolisme des fêtes, etc. A quand des approches des langues asiatiques, tellement stimulantes pour les francophones (décentrement), trop peu présentes dans les établissements scolaires et universitaires français, obsédés par l'anglais ? On trouvera dans le magazine des articles sur le Cambodge, la jungle et les éléphants ; sur la pâtisserie française revue par Mori Yoshida, un chef japonais qui donne sa recette du "Beige", un entremet séduisant ; sur les aromates asiatiques, les chocolats... Quelques pages de publicité bienvenues, en affinité, enrichissent le contenu éditorial... Koï présente également un agenda culturel et littéraire bien meublé. 

Au-delà d'un exotisme bon enfant, notons un article poignant sur les agressions racistes dont sont victimes, en France, des personnes d'origine ou d'allure asiatique, agressions qui n'ont pas - pas encore ? - attiré la solidarité méritée. Agressions, insécurité ne peuvent qu'augmenter les difficultés vécues par les immigrations asiatiques et nuire à l'intégration, et même au tourisme (cf. le travail doctoral de Simeng Wang (Illusions et souffrances. Les migrants chinois à Paris, Editions Rue d'Ulm, 2017). Sociologiser, c'est désenchanter mais c'est aussi dénoncer en énonçant.
Il y a déjà, en France, beaucoup de magazines traitant de l'Asie, la plupart sont spécialisés : s'adressant aux fans de culture japonaise (cf. Médias du Japon en France : animes, mangas et jeux vidéo), des magazines traitant de la Chine, de la K-pop... Koï, en revanche, qui se veut généraliste, occupe une place originale en visant le grand public mais aussi l'Asie en France. Pour se dépayser tout près de chez nous, car la Chine, le Viet-Nam, la Corée, c'est un peu ici aussi. Une partie de la richesse de ce pays, de son "patrimoine". Koï, introduction à l'Asie en France.

jeudi 19 octobre 2017

La BD dans la presse


Les Cahiers de la BD, Vagator Productions, trimestriel, 204 pages, 12,5 €. Tiré à 20 000 exemplaires. Distribution Presstalis. Abonnement annuel : 39 €.

La BD serait le neuvième art, a-t-on dit. Elle a, en France, acquis une certaine légitimité culturelle qui se traduit par sa présence dans la didactique de la lecture à l'école élémentaire (cf. J'apprends à lire en BD, ci-dessous), par un master spécialisé (à l'université de Poitiers), des Etats Généraux, un Festival International de la BD d'Angoulême (le 45ème aura lieu en janvier 2018), par des expositions dans des musées, des reprises au cinéma...
Il y aussi des librairies spécialisées, des parcs à thème, etc. Certains héros de BD sont archi-connus : Tintin (à l'époque, le seul rival international de De Gaulle, selon André Malraux), Astérix, Mickey, Calvin and Hobbes, Spirou, Pif, Lucky Luke, Le Chat du Rabin, celui de Philippe Geluck (qui fut présent pendant trente ans dans le quotidien belge, Le Soir), Garfield, Gaston Lagaffe, etc. BD et érotisme, BD et litttérature, BD et philosophie... La BD a "l'âge de raison", estime Vincent Bernière, le rédacteur en chef dans son édito. Normal donc qu'elle prenne les "chemins de la liberté" !

Il n'est pas surprenant que la presse ait son mot à dire en matière de BD, aussi, les titres consacrés à la BD ne manquent pas dans la presse française, magazines périodiques ou hors-série.
Le dernier né est un revenant : lancés en 1969, Les Cahiers de la BD avaient cessé de paraître en 1990 ; les voici de retour après 27 années d'interruption grâce à un financement participatif (avec KissKissBankBank). Ce mode de financement illustre le dynamisme de la presse et l'engagement de son lectorat.
Publicité dans Les Cahiers de la BD ? Oui, quelques pages, en affinité parfaite avec les contenus éditoriaux ; publicité jamais intrusive, jamais gênante. On compte beaucoup d'éditeurs parmi les annonceurs : Glenat, Gallimard, Casterman, Dargaud  ; des galeries, des expositions aussi... Annonceurs captifs. On pourrait certes attendre d'autres annonceurs, venant du cinéma, de la télévision (Netflix ?), par exemple...
Le contenu des Cahiers est riche et divers ; il est divisé en neuf parties. Cahier chronique, cahier icônique, cahier technique, cahier thématique (avec un article sur la mort des héros de BD), un cahier esthétique, un cahier muséographique (un dossier Goscinny, en relation avec l'exposition qui lui est consacrée au Musée d'Art et d'histoire du judaïsme), un cahier historique (avec un article sur B.D. L'hebdo de la B.D. au format tabloïd, publié en 1977-78 avec Cavanna et Choron)...

L'audience de cette presse présente des qualités de lectures certainement sous-estimées et peu évaluées par les médiaplanners et leurs clients annonceurs : le nombre de reprises en main, la présence de "longue durée" allant bien au-delà de la périodicité de publication, l'attention assurée (engagement, intention d'achat proche), la qualité de la lecture sur support papier (tranquille, calme, toute à son plaisir)... La vente en librairie (à proximité des BD dont il traite), le magazine a tout pour plaire aux annonceurs...
La BD est souvent présente avec des hors séries : ainsi, au cours des dernières semaines, on notera celui de Auto Plus, par exemple, qui mobilise Astérix, tout comme Science & Vie ("La vraie vie d'Astérix en 100 questions", octobre), et Paris Match ("Goscinny & Compagnie", septembre) ; notons encore "Corto Maltese et la mer" (Ouest France, octobre), J'apprends à lire en BD (éditions Milan, juillet), J'aime lire BD (octobre), "Gaston un philosophe au travail" (Philosophie magazine, octobre)...
Les Cahiers de la BD rejoignent de nombreux titres de magazines consacrés à la BD : dBD. L'actualité de toute la bande dessinée (mars 2006), J'aime la BD ! (Bayard, janvier 2004), La revue dessinée (septembre 2013), Topo (septembre 2016), L'immanquable (décembre 2011),  Blandice. La BD sans dessus ni-dessous (janvier 2017), Casemate. Chaque mois l'esprit BD (janvier 2008), BoDoï (septembre 1997), Comic Box (juillet 1998), Fluide Glacial (avril 1975), Canal BD (novembre 1997), L'Avis des bulles (1996)...  Sans compter les titres consacrés aux mangas et aux superhéros.

La presse confirme ainsi son rôle unique de moteur de toutes les activités culturelles (cinéma, littérature, histoire, musique, danse, BD...). Elle est miroir et accélérateur de diffusion, de légitimation.


Biblio :

- l'article fondateur de Luc Boltanski, "La constitution du champ de la bande dessinée", Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 1975, pp. 37-59.

- pour un bilan récent : "Le sacre de la bande dessinée", Le Débat, N° 195, mai-août 2017, éditions Gallimard, 208 p.


Juillet 2017 (5,95 €)

Octobre 2017 (6,9 €)

dimanche 19 février 2017

Hallyu : Netflix dans la vague coréenne avec "IRIS" et "White nights"


Copie d'écran de l'appli Netflix.
Février 2017
"L'exotique est quotidien", dit un ethnologue à propos de l'Asie. C'est vrai également de l'immersion dans une série coréenne d'espionnage (spy drama comme "IRIS") ou "White Nights".
  • "IRIS" : le cadre de cette série est classique : ce n'est certes pas l'Allemagne de l'Est sous contrôle soviétique et le Berlin de Check Point Charlie, mais c'est la Corée du Sud, moderne et technologique, et celle du Nord où s'épanouit une dictature. Autres uniformes, autres paysages, même scenarii. Des épisodes sont tournés au Japon et en Hongrie. La série de 20 épisodes a été programmée en 2009 sur la chaîne KBS2 avec un succès d'audience et de notoriété considérable, d'abord en Corée puis au Japon avant d'être distribuée par Netflix (sous-titrée en anglais). Le budget de production aussi était considérable. Les ingrédients du genre sont classiques et les situations cornéliennes : amitié, amour, patriotisme, réunification, retournements... Bien des ressemblances avec The Black List sur NBC ou Homeland sur Showtime. Après un film en 2010, une deuxième vingtaine d'épisodes exploitant le même filon a été diffusée en 2011 (ATHENA), puis une troisième en 2013 (IRIS II). Un comic book (manwha) sera également publié en Corée et au Japon.
  • "White Nights" est le titre d'une série de 10 épisodes que distribue aussi Netflix (saison 2016, titre original : "Night Light") ; la série est diffusée par la chaîne coréenne MBC à partir de novembre 2016. Le mélodrame se déroule dans l'univers "impitoyable" de la finance et de grands conglomérats coréens (chaebols). Il y a du "Dallas" dans cette série. L'action est racontée au travers de la psychologie de trois héros, un jeune homme romantique, héritier riche et beau, son amie, empêtrée dans une enfance massacrée par un père plus que sévère, et enfin, une jeune fille pauvre qui sombre dans l'ambition et joue un rôle ambigü entre les deux. Univers feutré de violence et de business entre la Corée et le Japon. Gestion paternaliste, intrigue balzacienne dans des décors connotant à la fois le luxe (mobilier, plantes, automobiles, vêtements et accessoires de mode), ainsi que la sagesse traditionnelle : sentences inspirées de la culture confucénne, calligraphie.
Assiste-t-on à un regain de culture coréenne en Occident ? "Hallyu" a-t-on dit, en Asie, pour évoquer la vague de culture coréenne qui déferle depuis les années 1990 (韩流, hán liú, en chinois) : K-pop, séries TV, musique populaire, films, etc. assurent la promotion d'un style de vie, de produits (mode, alimentation, cosmétiques). L'Etat chinois a même pris des mesures de rétorsion anti-hallyu à partir du 1er octobre 2016 suite au déploiement en Corée du système de missiles défense THAAD. Soft power des industries culturelles et diplomatie militaire !
Signalons encore "Hello My Twenties", série distribuée par Netflix depuis décembre 2016, mi polar mi sitcom sur la vie de cinq jeunes coréennes (saison 1, 12 épisodes).

Netflix, qui est implanté en Corée, insère des éléments de la culture coréenne télévisuelle dans son offre et contribue à l'hallyu. Netflix produit "Love Alarm", une série de 12 épisodes d'après un roman avec dessins ("graphic novel", "webtoon"), ouvrage à succès de l'auteure Kye Young Chon où il est question d'une appli alertant en cas de probabilité d'amour à moins de 10 m !). La diffusion en exclusivité Netflix est prévue pour 2018. Netflix a également passé commande à l'entrepise de production Astory de "Kingdom", une série de 8 épisodes.


Références

Soo Hyun Jang, "The Korean Wave and Its Implications for the Korea-China Relationship", Journal of International and Area Studies, Vol. 19, No. 2 (December 2012), pp. 97-113

"Graphic novel emerges as comics for adults", The Korea Times, July30, 2010

Georges Condominas, L'exotique est quotidien, Paris, 1965

Seok-Kyeong Hong-Mercier, "Hallyu, la vague du soft power coréen", INA, septembre 2011

Lee Hyo-won, "Netflix Picks Up 'Love Alarm' as First South Korean Original", The Hollywood Reporter,  January 4, 2017

MediaMediorum :



dimanche 30 octobre 2016

The Big Bang Theory : des hommes et des femmes savants, des geeks ridicules


En septembre 2016, la série de CBS a eu dix ans et a diffusé plus d'une deux cents épisodes. Programmée le jeudi, en prime time (20 heures), elle est en tête des audiences pour la cible commerciale des 18-49 ans. Reprise en syndication par TBS pour le câble cinq jours par semaine (distribuée par Warner Bros) et par les stations de Fox (0&0 et affiliées), la série est reprise également par CBS All Access et Netflix. L'ensemble de ces diffusions construisent une forte notoriété.
Sitcom, la série ne comporte pas d'intrigue générale ; l'intrigue, c'est la vie du groupe qui vieillit. Chaque épisode, indépendamment, tourne autour d'une ou deux situations plus ou moins imbriquées impliquant quelques uns des personnages clés, trois femmes, cinq hommes. Les situations sont souvent improbables, inattendues mais après neuf saisons, les personnages, leurs caractères sont prévisibles.
Le comique de "The Big Bang Theory" est d'abord de nature langagière : jeux de mots, exagérations verbales, catchphrases, gestes ; le tout est émaillé de références culturelles américaines et d'allusions cinématographiques. Suivie depuis le début de leur vie d'adulte, la biographie des personnages passe par les étapes attendues : premier travail hors de l'université, flirts, rendez-vous (dates), mariage. Bientôt un enfant ?
La série est tournée devant audience, ce qui nous vaut une bande-son avec rires, soupirs et autres réactions bruyantes de l'assistance du jour. Insupportable générique et ponctuation (virgules à tout moment, à la place des écrans publicitaires sur Netflix ?).

L'audience est celle que recherchent les annonceurs à la télévision, les 25-54 ans. Le message publicitaire de 30 secondes se serait vendu 286 000 dollars pendant le upfront market 2016-2017 (deux fois le prix d'un spot sur NCIS pour une audience voisine).

La culture scientifique est évoquée conformément à un stéréotype usé : on se moque des jeunes savants éthérés (geeks, nerds), quelque peu professeurs Nimbus, obnubilés par la science dont l'inaptitude aux relations sociales étonne. Chercheurs au CalTech (Pasadena, Californie), issus de grandes universités américaines, ces jeunes géniaux ont des loisirs d'adolescents. Loin du sport spectacle, fans de Prix Nobel, devisant de mécanique quantique, du principe d'indétermination de Heisenberg, du chat de Schrödinger, du boson de Higgs, des photons, de la NASA... Aussi, le bon sens pratique de Penny, la voisine sexy qui emménage sur le même palier, provoque des réactions interloquées chez ses savants voisins, séduits quand même.
Les héros des personnages masculins de la série sont surtout des personnages de films de science fiction ("Star War", "StarTrek" dont ils savent par cœur les répliques) et de super héros de comics (Batman, Green Lantern, The Flash, Wonderwoman : "intimate strangers" !). La série a invité, entre autres, comme acteurs d'un jour, des célébrités de la science et de l'astronautique : des acteurs de Star Trek, Elon Musk (Tesla Motors, SpaceX), Steve Wozniak (ex. Apple), des physiciens (dont Stephen Hawking)... La réalité hybridant la fiction.

Pour les Fans, un site propose toutes sortes de merchandising :
DVD, T-shirts : ceux de Sheldon, l'algorithme de l'amitié, etc.

Le ressort comique nait de la confrontation de deux discours, de deux logiques, de deux vocabulaires : ceux de la science (physique, astronomie, biologie) et ceux de la vie quotidienne, mondaine, et des relations sociales. On pensera aux Femmes savantes : "un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant" (acte IV, scène 3).

D'épisode en épisode, la série dresse le tableau clinique de Sheldon Cooper, donnant à voir toute la psychopathologie de sa vie quotidienne. Névrose obsessionnelle ? Il prend tout au pied de la lettre, il a du mal à percevoir les sarcasmes, tout comme l'intelligence artificielle des émotions ! Excessif, têtu à propos de diététique, d'hygiène, de cohabitation mais ni dépressif ni pédant.
Sheldon ne voit autour de lui qu'"obligeants diseurs d'inutiles paroles" : il n'est assurément pas "l'ami du genre humain". Car il y a de l'Alceste dans son personnage, souvent ridicule à force de franchise et de sincérité. Amoureux, il fait penser à l'"atrabilaire amoureux"(sous-titre du Misanthrope). Petit à petit, toutefois il est apprivoisé par ses proches, indulgents.

La mise en scène exploite jusqu'à la corde une ambiance de colocs et de campus universitaire où l'on se rencontre partout et potine : lingerie, cafeteria, palier et escaliers, bureaux, librairie de BD (comic books), salle du restaurant (Cheesecake Factory) où Penny est serveuse, appartements, surtout celui que partagent Sheldon et Leonard. Pas de tournage à l'extérieur.

On a pu se plaindre que la série développe une attitude fréquemment condescendante envers les femmes ainsi qu'un discours ridicule pour moquer les jeunes savants. Apparences, jeu ? Finalement, malgré tout, les personnages sont attachants.
Combien de saisons la série a-t-elle encore devant elle ?

vendredi 10 juin 2016

Coupe d'Europe, Copa America : le foot s'invente une presse internationale



98 est en France un trimestriel de 116 pages, publié par le groupe Michel Hommel. Le magazine est cher : 9,9 € (16$ le numéro à New York). Mais, pour les fans, le football n'a pas de prix ! L'abonnement annuel français est vendu 29,9 €. Une version numérique est disponible au même tarif.
Le groupe Michel Hommel est surtout connu pour ses titres dans l'automobile et, dans une moindre mesure, dans l'histoire. 98 est sa première incursion dans la presse du football (le groupe publie déjà plusieurs titres de cyclisme).
98 est le parent français du magazine américain (Eight by Eight), nombres qui évoquent pour les Américains les dimensions du but (goal) sur un terrain de football : 8 pieds de hauteur. 8 yards de longueur.
"So, what’s with our name? The goalposts are silent witnesses to the most dramatic moments in the game"They stand 8 feet high by 8 yards long. Eight by Eight." En français, ce jeu de mots est intraduisible, alors on lui a préféré la référence à l'année 1998 : la Coupe du Monde qui se déroulait en France vit la victoire de l'équipe de France, battant l'équipe du Brésil en finale, 3 buts à zéro. 1998 fut une année Zizou (deux buts en finale). Le temps d'une Coupe, beaucoup de Français regardèrent le monde "les yeux dans les Bleus". Formidables audiences télévisuelles, de plus en plus féminines. "Le chiffre 98 est aujourd'hui devenu un symbole de réussite, de joie, de mélange des genres et de cultures, tout simplement d'unité". Heureux irénisme, notalgique !

Le numéro 1 de 98 se trouve juste à temps dans les kiosques pour le démarrage de la Coupe d'Europe de football et de la Copa. Le visuel est le même pour les deux éditions, France et Etats-Unis. L'événement fait le média.
Le magazine met au programme Paul Pogba, en qui il invite à voir le futur meilleur joueur du monde et l'avenir du football français ("l'avenir des Bleus" / "the future of France"). Le design du magazine tranche avec les habitudes de la presse sportive. Une ambition esthétisante est affichée que traduisent illustrations et charte graphique : dans son éditorial, Julien Bée, le rédacteur en chef pour la France, demande de mettre "l'illustration au service du reportage". L'ambiance visuelle du magazine est réussie, très BD, graffitti, tatouage. Le carcan de la page imprimée est souvent déstructuré, invitant l'œil à errer et mieux penser. Des graphiques de styles divers aident à voir et anticiper le Coupe : camps de base, villes hôtes, galeries de stars... La narration, l'écriture, en revanche, restent traditionnelles. Le foot peut-il enfin imaginer une écriture originale, à la fois technique et passionnée, adaptée à l'enthousiame qu'il suscite, écriture qui rompe avec les commentaires affligeants du type humour télévisuel et style exclamatif. Peut-être faut-il relire Antoine Blondin, journaliste sportif, héraut de tant de Tours de France. De vagues jeux de mots ne suffisent pas au plaisir des lecteurs de foot. Défi lancinant du journalisme sportif.
Si 98 propose des portraits de personnages (joueurs, entraîneurs, équipes), du people (l'affaire Benzema), il aborde aussi l'examen de l'architecture d'un stade (le Parc Olympique Lyonnais), parfaitement illustré. Et, pour la réflexion politique, il y a le superbe dessin de Sue Coe en fin de magazine, consacré à la Coupe du monde au Qatar (2022) : "plus de 20 ouvriers seront morts pour chaque match joué". Mais que diable, qu'est allé faire le football dans cette galère ? 
Ce magazine new-yorkais, lancé en 2013, a pour ambition déclarée de couvrir des clubs sportifs américains et européens, leurs joueurs, leurs entraîneurs. Volonté d'internationalisation servie par une double actualité : en même temps que la Coupe d'Europe, se déroule la Copa America qui célèbre son centième anniversaire. La Copa se joue aux Etats-Unis dont l'équipe est sélectionnée avec quinze autres d'Amérique latine ; pour la première fois, la Copa a lieu hors d'Amérique du Sud, rappelant que les Etats-Unis sont un pays hispanophone et que, à ce titre, le football (soccer) y est chez lui. 98 présente les étoiles de la Copa : Lionel Messi (Argentine) d'abord, puis Fabian Johnson (Etats-Unis). De plus, ESPN consacre plus de 300 heures à l'Euro UEFA. N'oublions pas non plus que le football féminin américain contribue beaucoup à la notoriété de ce sport aux Etats-Unis, l'équipe nationale étant championne du monde.

A quoi sert le football ? Les clubs sont désormais un enjeu majeur de l'économie internationale des médias et des loisirs, au titre du soft power. Faut-il en appeler au football et à la Coupe pour distraire, distraire d'une situation présente préoccupante pour de nombreux Français : crainte d'attentats, grêve revendicative, inondations : le football a-t-il  pour premier objectif d'être un opium pour le peuple ? Cette question mériterait de plus larges développements.
L'internationalisation de ce titre est l'une des premières d'une telle qualité. Prochaine étape, une édition chinoise ?


Sur le foot et les médias dans ce blogici

vendredi 9 mars 2012

La presse dans le quartier : déménagement d'un territoire média

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C'est fini...
"La marchande de journaux ferme son étalage". Mais demain, elle ne le rouvrira pas. Martine a vendu : adieu journaux, librairie, papeterie, magazines. C'est un problème pour la presse d'abord : des titres se vendaient ici qui ne se vendront plus, visibilité en berne. C'est surtout un manque pour le quartier qui a perdu un lieu de vie, de commerce, de discussion, d'animation.

L'amertume des clients est grande, celle des marchands voisins aussi : ni le dépositaire, ni la mairie ne semblent être intervenus. Des bistrots d'à côté vendent une demi-douzaine de titres, le supermarché a développé un rayon presse standard. C'est la loi du marché comme un destin, aveugle, un insensible déménagement du territoire ? Peut-être vaudrait-il mieux aider les marchands de journaux plutôt que les journaux... Leur mission est plus large : leur boutique est un point de rencontre multi-générationnel, un lieu de socialisation, une animation de la rue. Ni le kiosque ni même le supermarché, ni une appli ne les remplaceront, lieux impersonnels, où nul lien ne se tisse, où l'on ne fait que passer, vite. Calculs bureaucratiques, de loin.
Le point de vente presse relève de l'espace public (Jürgen Habermas). Chez Martine, des gens de tous âges, de tous métiers y papotaient, commentaient les unes, les people, les matchs, les élections... Les élèves des établissements scolaires d'alentour y faisaient provision de foot et de "classiques", Molière et Ciceron, de grammaires et de BD, de cartes à jouer Panini... Martine a suivi ces élèves de la maternelle aux prépas, des premiers livres aux annales du bac. Toute leur scolarité a défilé chez elle, de la maternelle à la "grande école", de la 6° aux très Grandes Ecoles.

On y réservait son journal qu'elle mettait de côté, Le Canard Enchaîné, qui manque tout le temps, Le Monde des Livres du jeudi... Il y avait une vitrine avec des livres et des stylos. Il y avait un tourniquet où l'on parcourait les titres du Parisien ou des Echos. Il y avait surtout la panoplie complète des copies, les simples et les doubles, petits et grand formats, avec ou sans trous, petits ou grands carreaux, les cartouches pour tous les stylos de la création... La vie passait quotidiennement par là, cadeaux, emballages, photocopies, cartes de voeux, magazine TV, mots fléchés, Voici, Nous Deux, L'Huma... Livres de poche et Pléiades. Parfois, une romancière y dédicaçait son dernier livre, beaujolais charcuterie.

Derniers jours...
Réseau social en dur, avec les commerçants du quartier, le boucher et le boulanger, le teinturier et les fleuristes, le retoucheur, l'épicier que ni Facebook ni Amazon, lointaines proximités, jamais ne remplaceront.
A quelques pas de là, il y a deux ou trois ans, il y avait un concurrent. Lui aussi a vendu. A un marchand de scooters (cf. infra). Les civilisations sont mortelles. Maintenant, il travaille comme plombier.
Un an plus tard, au carrefour, on a installé un petit kiosque. Il ne vend que les titres les plus courants. Il ferme tôt. Point de vente sans commerce, point d'affichage de presse, un peu, de produits dits de luxe, surtout. Diffuseur dans le jargon de Presstalis...

Mise à jour 2016 : un marchand d'équipement pour mal-entendants a remplacé la librairie. Bonjour l'animation !


dimanche 27 novembre 2011

L'histoire des magazines

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Histoire Junior. Le magazine d'histoire pour les 10-15 ans. Editions Faton. 5,5 €

Premier numéro paru en octobre 2011. Magazine mensuel (11 numéros par an, abonnement annuel 49 €) qui vise les élèves des collèges, et leurs parents qui font réciter les leçons d'histoire. Le magazine reprend les recettes qui président depuis des années à la confection des manuels d'histoire, manuels dont le Web et Wikipedia ont déjà pris la place auprès des élèves.
40 pages. 4 pages de BD, des jeux et concours. L'histoire d'une technologie, la boussole, un guide des musées et expositions, des livres récemment parus. Approche ludique et didactique, claire.

C'est un magazine pour entrér dans l'histoire. L'éditeur espère certainement que beaucoup des jeunes lecteurs n'en sortiront pas de si tôt et poursuivront cette passion avec d'autres titres du même éditeur (filage).
Les éditions Faton sont spécialisées dans l'histoire, les arts et, plus largement, lorsqu'il s'agit des enfants et adolescents, dans l'éveil : lettres avec l'excellent Virgule, archéologie avec Arkéo Junior, mathématiques avec Cosinus, la vie politique avec Citoyen Junior, etc.

La production de la presse française révèle une obsession lancinante de l'histoire : 118 magazines nouveaux ou hors série ayant trait principalement à l'histoire depuis janvier 2011 (onze mois), 153 en 2010, 153 en 2009, 139 en 2008... Plus de trois titres par semaine ! Beaucoup plus que la cuisine : 72 titres en 2011, 83 en 2010 (Source : Base MM).

La France semble travaillée par son histoire et sa mémoire. Par son identité (Michelet, Braudel). Plus qu'une science, cette histoire à la une est un roman, un florilège de biographies. Nostalgie menteuse, enjeu de luttes politiques. La vie politique française ne cesse de s'abreuver à des thèmes historiques. On n'en finit pas de célébrer, de commémorer, d'ouvrir des musées, de "refaire" l'histoire, faute souvent d'avoir correctement établi faits et responsabilités (collaboration avec les nazis, colonialisme, etc.). Cf. Le Canard et le droit de ne pas oublier.
Les Français vivent de pain et d'histoire ! Peut-être leur faut il changer de régime et passer à la science et à l'innovation.
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lundi 27 septembre 2010

Presse TV à géométrie variable

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Lundi, dans les points de vente presse, c'est le jour de la télé. La plupart des titres de presse télévision sortent le lundi matin.
Depuis quelque temps nombre d'entre eux sortent en plusieurs versions : avec DVD, livres, suppléments divers. Dans mon point de vente, ce lundi, 8 titres. 5 d'entre eux proposent la version simple et des versions avec suppléments. Le plus diversifié, Télé 7 jours, propose 5 versions en plus de la version simple. Télé Star en propose 4. Au total, 23 modalités d'offres pour ces 8 titres.
Voyons Télé 7 Jours (20 septembre).
  • Le numéro simple, sans supplément est vendu 1€
  • Avec un CD de la collection des Concerts Mythiques de l'Olympia (cette semaine, Johnny Halliday) : 2,99€
  • Avec le DVD d'Arabesque (série policière américaine) : 5,99€
  • Avec un volume des Incontournables de la littérature en BD : 6,98€
  • Avec Paris Match : 2,5€
  • Avec Télé 7 Jeux : 1,5€
Le mercredi, Télérama propose 5 versions de son magazine : une simple, une avec album, une avec DVD musique, une avec 2 VD cinéma (cette semaine, Chabrol), et un hors-série de Télérama horizons consacré à Depardon.

Toutes ces offres enrichies sont intéressantes mais compliquées pour les clients, compliquées pour les getionnaires des points de vente surtout qui doivent exposer ou stocker toutes les versions, expliquer au client les variantes de la semaine, s'assurer qu'il a pris celle qu'il souhaitait, lui en rappeler le prix. Il y a des clients qui décident au coup par coup, selon la BD, le DVD, d'autres qui collectionnent et pour qui il faut "mettre de côté" (comme un abonnement)... Seul le réseau de diffuseurs peut assurer ces transactions complexes, changeantes.

Cette multiplication des variantes se généralise ; elle touche surtout la presse féminine : d'abord, ce furent les double formats (classique et poche), puis les "plus-produits", puis les packages de plusieurs titres (on ajoute un Hors-Série, un numéro ancien, un autre titre du même éditeur, etc.). Tout ceci n'empêche pas "la profession" de se plaindre du trop grand nombre de titres référencés, de la loi Bichet...

La presse TV reste un segment essentiel de la presse en France : les deux tiers des personnes de 15 ans et plus en lisent au moins un titre (AEPM 2010). Beaucoup de titres de presse TV sont parmi les plus puissants du marché (exemplaires diffusés X taux de circulation X reprises en main). Quel est l'effet sur la diffusion de ces offres augmentées, de cette géométrie variable du magazine ? Sur quelles concurrences, sur quels budgets mordent-elles ?
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lundi 29 septembre 2008

Les cht'is : la fabrication de l'autochtone


"Bienvenue chez les ch'tis" (en salle depuis le 20 février 2008) bat des records au Box Office (20, 7 millions d'entrées, plus que "La Grande vadrouille" à quoi s'ajoutent 2,5 millions de DVD vendus et environ 0,6 million de déléchargements "illégaux"). Le film est riche en prolongements média : une BD, un Hors Série de Trucs & astuces sur les blagues ch'tis, un autre de Détours en France ("Dans Ch'Nord"), un DVD porno, "Bienvenue chez les ch'tites coquines" et l'on attend un jeu vidéo de Mindscape. Et puis à la Une, en négatif, une banderole anti ch'tis dans les tribunes, pour finale de la Coupe de la Ligue de football.

Voici maintenant "Ch'tis magazine" (124 pages) dans les points de vente (ci-contre dans un Relay, gare de l'Est à Paris) ; selon l'éditeur, le titre doit être mis en avant près de la caisse dans le Nord de la France (on cible l'identité régionale), mais placé près du rayon "tourisme" dans les autres régions. Double positionnement. La publicité du N°1 provient presque exclusivement d'institutions de la Région, tourisme et développement économique. Le titre est publié par Milan Presse (groupe Bayard) qui compte déjà des magazines sur la Méditerranée, le Pays Basque, les Alpes, les Pyrénées, la Bretagne.

Nombre de magazines et de Hors Série illustrent un terroir, un patrimoine fait d'histoire et d'art de vivre, et de nostalgie. Toute région, tout pays a ses magazines (cf. Bretons en Cuisine. Média des racines). La ligne éditoriale y tient beaucoup du guide touristique, mais il s'y ajoute aussi une vision enchantée de la région : il faut être "fier d'être bourguignon", alsacien, breton, béarnais ou cht'imi ! Cette presse contribue à raciner une population venue s'installer au gré des migrations et du marché du travail : elle fabrique des autochtones (étymologiquement "issus de cette terre", indigènes), tout en maintenant un lien avec ceux qui sont partis s'installer ailleurs. Héritage et nostalgie pour gérer en douceur l'aménagement affectif du territoire (cf. l'essai de Marcel Detienne sur la frénésie d'autochtonie).

Ainsi, le Nord, pour des publications comme Ch'tis Magazine, Lattitude Nord ou Pays du Nord, "le magazine qui défend fièrement les couleurs de ses régions", comme pour le film, oscille entre régionalisme et folklorisation, exaltant la cuisine, la langue, l'accent et les patois, l'architecture, les paysages et la chaleur de l'accueil (déjà, Enrico Macias, l'Algérien de Constantine, avait chanté "les gens du Nord"...). Le Nord, c'est aussi le sport : l'enfer du Nord (Paris - Roubaix) et ses pavés, "Les Corons", chanson de Pierre Pierre Bachelet devenue hymne des fans du Football Club de Lens, les "Sang et Or". Symptomatique : lâchée par les Houillères, cette équipe professionnelle sera relancée par la mairie : la défense et l'illustration de la région passent désormais par les collectivités locales, qui lancent leur magazine médias (développement économique, tourisme) et tentent de faire coïncider circonscription électorale et géographie culturelle.




Dans une telle perspective, les éditeurs mettent en avant ce qui unit. Donc, oubliées Fourmies la Rouge à qui l'on doit le Premier Mai, coups de grisou et coups de poussières, Courrière-les Morts à qui l'on doit le repos hebdomadaire obligatoire. Quelle place donner après Germinal à cette barbarie au principe de la "civilisation" industrielle ? Réhabiliter les friches industrielles, aménager les ch'terrils, ouvrir un musée des luttes ouvrières, créer un ballet, "Conditions humaines" (2007), de Pietragalla sur des vies de mineurs... Louis Aragon écrivit un poème, "Enfer-les-Mines" (1940) ... "Rien n'est à eux ni le travail ni la misère"...
183 p. éditions du Seuil

Plus elle est ancienne, plus l'histoire devient acceptable : ainsi, Pyrénées Magazine Histoire (éditions Milan également), trimestriel, qui vient de paraître, s'attachera à une histoire plus lointaine, plus consensuelle : châteaux et seigneurs, Gaston Fébus, histoire déjà folklorisée, désamorcée ... people en quelque sorte. De même, Dossier pour la Science inaugure une nouvelle formule avec un numéro intitulé "Gaulois. Qui étais tu ?" ... et revoilà nos blonds ancêtres !

Mais à quoi bon revendiquer des racines ? Pourquoi vouloir se faire autochtone à tout prix ? "C'est le sol de cette langue qui est pour moi le sol français" aimait à rappeler Emmanuel Lévinas, philosophe, autochtone de nulle part. Le rôle des médias dans la célébration d'une identité réduite à la géographie, à la "terre" ne va pas de soi, et peut inquiéter : cette célébration, exacerbée, a eu, et a encore des fréquentations dangereuses (cf. "die Scholle" et son exploitation par les nazis).
Et comment l'innovation, sociale et technique, peut-elle s'extirper de cet état d'esprit tout à la conservation ?
Comment arbitrer entre les leçons du passé et ce qu'il faut dépasser, entre le musée et l'école ? "Utilité et inconvénient de l'histoire", interrogeait Nietzsche : quel partage entre mémoire et oubli "Sans l'alcool de l'oubli le café n'est pas bon" (Aragon) mais il réveille.