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samedi 8 juillet 2023

Le Tour de France : deux étapes dans l'AIN

Spécial Tour de France 2023, La Voix de l'Ain,  24 p.

Le Tour fera cette année deux arrêts dans le département de l'Ain, ce qui fait le bonheur de l'hebdomadaire départemental La Voix de l'Ain. La première étape, le vendredi 14 juillet, ira de Châtillon-sur Chalaronne au Grand Colombier (138 km), "une étape 100% andinoise" et la seconde, le 20 juillet, de Moûtiers à Bourg-en-Bresse (185 km). Le 110ème Tour de France se jouera-t-il sur les terres de l'Ain ? Des journalistes et des sportifs donnent leur avis, prudent !

Le magazine est riche en publicités ; dès la une, deux messages pour les bicyclettes "100% made in Ain". Et l'on retrouve à nouveau des "experts du vélo", en page 2, à Ambérieu- en-Bugey. En 4 de couverture, diverses destinations vantent le département : "Cet été, faites étape chez nous !" la publicité propose de visiter des villages, de rencontrer les divers producteurs, de découvrir les vieux quartiers de Bourg-en-Bresse. Il y a aussi une invitation de france tv (2 et 3) à suivre le Tour en direct (les autres étapes !) .

Le magazine donne des cartes avec les horaires de passage, ceux de la caravane publicitaire et ceux du Tour (avec 3 vitesses). Utile, le magazine donne à ses lecteurs / lectrices l'emplacement des parkings, des fêtes et réjouissances locales aussi.

Des figures historiques du Tour : le presque centenaire Antonin Roland, qui a porté le maillot jaune à plusieurs reprises. et puis il y a aussi Roger Pingeon, vainqueur en 1967, second en 1969 (entre Eddy Merckx et Raymond Poulidor), et puis vainqueur du tour d'Espagne, la Vuelta. Mais, il y a aussi l'association "Donnons des "elles" au vélo !" qui milite pour la promotion du vélo féminin : elles arriveront un peu plus tard mais nous savons bien qu'elles finiront par arriver.

 Bon, c'est le Tour de France, alors on ne parlera donc pas de Paul Nizan, professeur de philosophie à Bourg-en-Bresse, qui tenta sa chance, en vain, aux élections législatives dans ce département en 1931.


lundi 23 novembre 2020

S, un magazine "positif, inspirant, sans tabou". Diable !

 S. Le magazine de Sophie Davant, bimestriel, CMI Publishing, 3,8 €, 148p.

N'étant pas dans la cible, j'ai commencé par la faim / fin et les recettes de cheffe. Sophie Davant propose quatre recettes. La première est une de carpaccio de saumon, facile. La seconde des pâtes aux deux saumons, frais et fumé, avec des spaghettis. Pas très compliqué mais appétissant. Cela se complique avec un "magret de canard déglacé au miel" et on en mangera volontiers. Enfin, cela se termine par un "moelleux au chocolat encore coulant" qui doit être succulent. Bon pour une entrée dans le magazine, c'est sympa, clair, bien expliqué. "Plaisir assuré".

Sophie Davant, personnalité de la télévision grand public, "accessible et inspirante", mère de deux enfants, divorcée, bientôt soixante ans. L'ancienne de "Télé Matin" lance un magazine "positif, inspirant, sans tabou" (c'est son sous-titre). Directrice éditoriale, Sophie Davant y signe quelques articles ; j'ai aimé et retenu notamment :

  • l'interview de son amie, écrivain et journaliste, Katherine Pancol, "une femme libre" ; et la copine de balancer, sur le milieu littéraire : "un milieu, qui a couvert Matzneff pendant trente ans parce que c'est un homme, est difficile à respecter" (Gabriel Matzneff, auteur de Gallimard, est "visé par une enquête pour viols sur mineurs", Le Monde, 24 septembre 2020).
  • le conseil impératif qu'elle donne aux femmes : "être indépendante financièrement. Travailler à être soi à 100%", même si "tout est plus difficile quand on est une femme"...  
  • l'interview de Francis Cabrel, son rapport à la paternité et à sa femme : "il a fallu de la patience à mon épouse. Ca n'a pas dû être simple" (S.D. : "Elle vous l'a dit ? F.C. : "Elle me l'a dit" [Il rit]. 
  • les pages tourisme ("Evasion") qui vous mèneront "Du bassin d'Arcachon à la Normandie" : suivons le guide, et nous verrons.
Beaucoup de sujets que n'aborde guère la presse féminine. Et le magazine traite aussi de la brocante, de la décoration, d'avoir des cheveux blancs, d'avoir 50 ans ("le nouveau 20"), du style vestimentaire et du maquillage de Sophie Davant ; le magazine parle aussi de chirurgie esthétique, du deuil, du départ des enfants, des fêtes, des cadeaux, de la ménopause, de la permaculture et puis, encore de la déco, du recyclage, et puis...; et puis, eh! bien, c'est la fin : et nous revoilà à la cuisine. Il faut que j'essaie une de ces recettes : allons-y pour les pâtes aux deux saumons. Nous en reparlerons, bientôt !

Le groupe qui publie S est le groupe CMI (qui, en France, publie également Elle, Télé 7Jours, Art et Décoration). Le premier numéro comporte quelques pages de publicité : pour les pistaches, Orange, Intermarché, l'eau thermale, Tena, le Café de Paris (le vin), etc ; mais la publicité la plus discrète est celle que le magazine offre pour de nombreux objets et produits divers, des adresses...
Le magazine, un féminin classique, tient beaucoup dans ce premier numéro, par sa directrice éditoriale. Sa personnalité suffira t-elle à donner au titre de la durée ? Le numéro 2 est annoncé pour janvier.

dimanche 13 septembre 2015

Fous de cuisines : éloges de la folie culinaire


fou de cuisine, bimestriel 5€. 124 pages. Dos carré. Editions Pressmaker. Distribution Presstalis.

Le titre désigne, sans ambiguïté, les lecteurs que vise ce magazine : les fous et folles de cuisine. Le sous-titre donne d'emblée une idée du sommaire type : "Tendances. Inspirations. Pas à pas. Fiches techniques. Recettes."

Commençons par la fin du magazine, on y trouve : un index des recettes, un tableau des mesures et quantités (poids, températures, conversions) utilisées dans les recettes : bonne idée, car qui sait qu'une cuillerée à café de levure pèse 3 g et une cuillerée à café de café, 8 g ?
On y trouve encore une page rappelant les adresses citées, un cahier sur l'outillage (lexi-ustensiles), des fiches techniques, un lexique de l'équipement de base, un lexique des mots et expressions, clair et sans chichi, un cahier de recettes enfin. Inutile de préciser combien tout cela est utile, que l'on soit débutant ou amateur éclairé. Ou gourmand intrépide : si les photos séduisent et éblouissent, impressionnent même, ces pages didactiques à la fin peuvent rassurer, semblant dire aux lecteurs : mais si, osez, vous allez y arriver !

fou de cuisine est un très beau magazine. Avec des photos séduisantes et efficaces, une maquette claire, sans harcellement publicitaire, trois pages seulement et quelques promo discrètes, utiles. Continuez avec peu de pub, mais, à chiffre d'affaires constant, mais vendez la très cher : car vous le valez bien (que votre régie se souvienne : elle ne vend pas des pages mais plutôt des passionné-e-s qui achètent de bons produits), de l'engagement, dit-on ! fou de cuisine est un magine engageant.

Pressmaker publie aussi FOU de Pâtisserie depuis deux ans. La maquette de fou de cuisine reprend celle de fou de pâtisserie, le sucré avant le salé, tous deux aussi alléchants. Même recette pour les deux magazines, côte à côte sur les linéaires. Economies d'échelles. Commencer par le dessert est un rêve d'enfants.

Eloge de la folie culinaire
fou de cuisine met en scène une cuisine à la fois classique et créative. Cuisine avec parfois des produits rares, cuisine qui demande de la préparation. Les recettes ne semblent pas très simples à réaliser même si les textes rassurent et si le magazine n'est pas chiche en conseils : il présente habilement une dimension pédagogique avec des pas à pas commodes (20 photos légendées pour la recette du bar de ligne), pas à pas qui démontent et organisent les opérations en cuisine, depuis le choix et l'achat des produits jusqu'au dressage. De plus, la recette s'épice souvent d'un soupçon bienvenu d'histoire (cf. articles sur le magret de canard, la carotte, l'épine-vinette).

17 chefs imposants sont présents au générique, dès la couverture. Effet attendu de la médiatisation de la cuisine. Décidément, la peoplisation est partout, après les stars du cinéma et des variétés, celles des sports spectacles, des chefs d'entreprises numériques et des politiques - qui auraient pourtant, les uns comme les autres, mieux à faire que se donner en spectacles -, voici les stars montantes de la cuisine. Comme d'habitude, on ne parle que des chefs, dont on assure ainsi la promotion ! Dommage, car derrière tout chef, il y a une équipe, des apprentis, des stagiaires, "les petits, les obscurs, les sans-grades", cuisiniers inconnus... tuttistes. Mais rendre compte d'une équipe est sans doute d'un journalisme plus difficile, moins courant...

En plus des recettes : le magazine propose un gros plan gastronomico-touristique sur la ville d'Aix-en-Provence : tables, terrasses, boutiques, desserts... On pourra aussi lire une rubrique sur les livres de cuisine (2 pages) réalisée avec la Librairie gourmande, une rubrique shopping, et aussi des descritions de techniques (la cuisson au chalumeau), des curiosités (le vin orange), des enquêtes (l'introduction de la moutarde dans le Vexin, par exemple).
Magazine dense, sans en avoir l'air, et qui donne faim de gourmandise et envie de cuisiner. Muriel Tallandier, directrice de la publication et de la rédaction, dans un édito-manifeste, évoque nos humanités à propos de cette cuisine. Ecrire et décrire la cuisine, l'illustrer, comme le réussit fou de cuisine, contribue à la défense de cet humanisme. Du potager au marché, du verger aux épices, la cuisine française se voudrait un humanisme, et qui sans doute résistera longtemps à l'intelligence artificielle, à l'automatisation et aux algorithmes. Et aux pesticides ?


Plus belle la cuisine ?
A titre de rappel de l'importance de la cuisine pour la presse, notons que Prisma publie la même semaine, en parapresse, un livre de cuisine dérivé d'une série télévisée populaire, "Le cuisine de Plus belle la vie" (480 p., 12,99 €). Bouillabaisse et crème catalane, poivrons et sardines : il s'agit de cuisine méditerranéenne, évidemment, la série se déroulant à Marseille ("La Méditerranée dans vos assiettes"). "Régalez-vous à la table du Mistral", dit encore le sous-titre. Pour mémoire, "Plus belle la vie", une sorte de soap opera lancé en été 2004, sur FR3, compte en prime time près de 3 000 épisodes et, en moyenne, plus de 4 millions de téléspectateurs par épisode.

La cuisine est l'un des secteurs les plus dynamiques de la presse magazine française, avec une quinzaine de titres nouveaux et une cinquantaine de hors série en 2015 (de janvier au 15 septembre) pour la catégorie "cuisine, gastronomie, vins", près de mille titres depuis janvier 2003 (Source : MM). Voilà pour les magazines centrés sur le thème, car, bien sûr, il y a de la cuisine dans de nombreux titres classés maison, santé, féminins, jardin, loisirs créatifs, tourisme, et même dans des magazines pour enfants. D'ailleurs, chacune de ces catégories publie de temps en temps un hors série cuisine.
La puissance d'une catégorie de presse ne tient donc pas seulement à la puissance de ses titres classiques, titres phares, anciens, soutenus par une régie publicitaire puissante et des statistiques à fin publicitaire, elle tient aussi au renouvellement continu des titres par des créations, des hors séries - qui sont aussi hors mesure de diffusion ou de lectorat, pour le plus grand bénéfice de la part de marché des titres plus mûrs.
Le dynamisme de la presse cuisine se lit dans la composition d'un magazine comme fou de cuisine, dans son esthétique aussi : rôle de la photographie, du papier, outils didactiques pour des lecteurs à convertir qui passeront à l'acte culinaire. Structure que l'on peut appliquer à d'autres types de magazines. Lire pour faire, pour avoir envie de faire, pour acheter, pour raconter une recette, une dégustation... "How to do things with words?" Avec une telle qualité, qui n'a pas de prix, de tels magazines ont de beaux lectorats devant eux.

lundi 13 juillet 2015

mcn (YouTube), nouvelles voies pour la télévision ?


La télévision et la vidéo, c'est pareil. Pour les consommateurs, du moins ; donc bientôt pour les grands annonceurs aussi. Des spécialistes ergoteront encore longtemps sur les nuances et différences. Casuistique, stérile.
Les chaînes dites historiques (i.e. anciennes) n'ont plus le monopole que leur ont longtemps valu la complexité et la lourdeur de la distribution terrestre du signal télévisuel (réseau terrestre, satellite, networks, câble, etc.). Cette lourdeur s'est accompagnée en Europe de centralisation politique, intéressée (autorisation de diffusion, réglementation, financement par l'impôt) et de contrôle étatique : "la télévision fait l'élection", disait-on.

Mise à jour avril 2017

Aujourd'hui la création vidéo se développe ailleurs et les jeunes générations ignorent une culture télévisuelle viellissante. La distribution de la vidéo sur le Web naît sous d'autres cieux, elle relève du streaming (OTT). Le modèle original en est YouTube, racheté par Google en 2006. Facebook puis Snapchat se font également diffuseurs de vidéo et tentent de concurrencer YouTube et ses mcn. YouTube apparaît de plus en plus comme une plateforme où viennent se développer de nouvelles formes de télévision et de publicité : Susan Wojcicki, qui dirige YouTube, déclarera en mars 2017 que les vidéo-bloggers sont les prochaines entreprerises média" : "Unsere Video-Blogger sind die nächsten Medien-Unternehmen".
 Les chaînes plus ou moins anciennes se réveillent de leur sommeil dogmatique : elles empruntent la voie que YouTube a ouverte avec les réseaux multi-chaînes (mcn, multi-channel networks). Les mcn sont un moyen pour les groupes télévisuels de collecter les innovations, de les aider à décoller, à trouver leur public, de faire leur place sur le Web et sur le marché américain. De facto, ils jouent un rôle d'incubateur multiplateforme ; ils permettent d'amortir la création et la production sur des espaces mondiaux et linguistiques, donc publicitaires. Ce faisant, Google s'attaque au marché publicitaire télévisuel international, visant surtout les cibles jeunes et mobiles, YouTube proposant ses GRP estampillés par les mesureurs des performances de la télévision traditionnelle. Son seul problème est la mauvaise gestion des emplacements publicitaires, dont la médiocre sécurisation a été dénoncée par les grands annonceurs.

Nous avons déjà souligné les investissements de BSkyB, de Disney, de RTL; de Comcast... Le développement des mcn, amorcé il y a quelques années, s'accentue. Ajoutons quelques exemples récents, européens notamment.
  • Pro7Sat1 vient de racheter la totalité du réseau multi-chaîne Collective Digital Studio (CDS) dont il détenait 20%, acquis en 2014. L'ensemble, CDS 71 (250 personnes), regroupera un millier de chaînes après fusion avec le MCN de Pro7Sat1, Studio71 (créé en 2013). Les visites se comptent en milliards. CDS produit "Epic Meal Time", "Good Mythical Morning" (émission quotidienne avec Rhett et Link), Lilli Singh (dite "Superwoman"). Il produit également avec Rocket Jump Studios "Video Game High School" (VGHS)
  • TF1 et Mediaset ont pris une participation dans Studio71 tandis que Pro7Sat1 prenait une participation dans le mcn de TF1, Finder Studio.
  • Modern Times Group (Kinnevik) a acheté Splay, un MCN scandinave de 420 chaines, dont le slogan est : "connecting brands and influencers". Splay se définit comme the next generation digital media house". Quelques jours plus tard, en juillet, MTG achète 51% de Zoomin.TV, un mcn de 2000 chaînes (100 millions d'abonnés dans le monde) créé aux Pays-Bas.
  • Le MCN francetv a signé un accord avec Studio 100 Media pour la distribution de dessins animés (Zigby, Blinky Bill, etc.) sur YouTube et Dailymotion.
  • Vivendi a racheté Dailymotion à Orange. Dailymotion pourrait-il développer une stratégie semblable à celle de YouTube ?
  • ITV prend en Grande-Bretagne une participation dans Channel Mum (une quinzaine de chaînes s'adressant à des jeunes mères, "mummy vloggers", "the honest face of parenting").
  • Aux Etats-Unis le network hispanophone Univision, à la recherche de nouveaux talents, lance un mcn, Univision Creators Network.
  • WPP prend des participations dans des mcn : dans Fullscreen en 2012 (avec partenariat publicitaire), dans All Def Digital (ADD, 3 millions d'abonnés), en juin 2016.
  • En France, M6 lance deux chaînes sur YouTube en janvier 2016, l'une consacrée à la danse (DotMove), l'autre, Vloggist, est consacrée à la beauté féminine.
  • En mars 2017, Sky rachète Diagonal View (15 millions d'abonnés) : "All Time 10s", "Football Daily", "All Time Movies ", "Draw my Life", "All Time Conspiracies", etc.
Capture d'écran de splay mcn (juillet 2015)

mercredi 9 avril 2014

Hors-série sur les séries TV


Studio Ciné Live, magazine du groupe Express-Roularta consacre un excellent hors-série à "toute l'actualité des séries télé" (5,5 €). Pour réaliser ce numéro, la rédaction a sélectionné 40 séries, 20 essentielles, 20 prometteuses. En introduction, un dossier de 20 pages est consacré à "Game of Thrones" (HBO), la série où ce sont les méchants qui gagnent, série qui a débordé les serveurs de HBO Go lors du début de la quatrième saison : cet accident mesure-t-il le succès de la série ou fait-il partie de la promotion ? En tout cas, HBO vient de commander deux nouvelles saisons de la série.

Le rédacteur en chef, Fabrice Leclerc, pose d'emblée les termes d'un problème crucial quant à l'industrie de la fiction : cinéma et / ou séries TV? La télévision semble en voie de dominer le marché de la fiction : pourquoi ? Afin de pouvoir répondre à ces questions, il nous semble qu'il manque à ce hors-série une partie sur la fabrique des séries aux Etats-Unis, sur leur modèle économique. Ceci permettrait d'éclairer les raisons de leur domination du marché télévision occidental. Pour un numéro futur ?

Parmi les séries essentielles, la rédaction a retenu, entre autres : "Mad Men" (AMC) dont la septième et dernière saison a déjà fait le plein publicitaire (CPM : 65 000 $ loin toutefois du record de "Breaking Bad", AMC aussi, 340 000 $), "Sherlock" (BBC), "Homeland" (Showtime), "The Good Wife" (CBS), "The Mentalist" (CBS), "Downton Abbey" (PBS), "House of Cards" (Netflix) et une série de France 3, "Un village français". Puis viennent les séries prometteuses, autant d'invitations à regarder. Cette double sélection caractérise brièvement chaque série, indique les modalités de diffusion aux Etats-Unis et en France (chaînes, DVD).

Puis viennent des articles transversaux : un dossier sur les "téléstars" (actrices et acteurs à forte notoriété aux Etats-Unis) et un article sur les "téléstars" qui réussissent à passer des séries au cinéma. Signalons également un article analysant les séries comme des "reflets de nos sociétés". Ce point, si classique et rarement révoqué en doute, mérite discussion. Tout d'abord, il n'est pas impossible que la société reflête en retour l'univers des séries américaines. Mais surtout, il serait plus juste de parler des séries comme "reflets de la société américaine". En fait, ces séries sont consommées de deux manières : l'une par les publics américains, l'autre par les publics étrangers. Il faudrait donc évoquer l'influence sur les publics français de ces séries et de la réprésentation qu'elles véhiculent des cultures américaines fonctionnant comme modèles et singées à tout va : hexis corporel et techniques du corps, habillement et mode, expressions américaines insérées dans la langue parlée en France, etc. Mais n'est-ce pas trop simple ?

Le public français n'est-il pas condamné, comme d'autres publics non américains, à ne comprendre ces séries qu'au premier degré de l'intrigue et des personnages (storytelling / narration), manquant la plupart des connotations culturelles, les allusions, la saveur de la langue et des accents.
Existe-t-il - peut-il exister - des travaux de recherche sur ces sujets qui dépasseraient l'analyse de contenu et traiteraient de la réception des séries par tel ou tel segment de public ?

vendredi 7 février 2014

Les Voix de la France


Sondage CSA / Havas Media sur les marques les plus présentes dans la vie des Français (notoriété), estimation d'un "sentiment de présence" par les Français. 159 marques étaient proposées par l'institut d'études CSA. 4 596 personnes de 15 à 59 ans ont été prises en compte (2013). Source : Havas, février 2014.
Il en ressort que les voix qu'entendent les Français sont d'abord celle de Google (Google + YouTube, qui appartient à Google). Ensuite viennent Facebook, puis TF1 et M6...
Après, mais après seulement (et après Coca Cola !), France Télévisions et Orange.

Bientôt, YouTube sera sans doute la première chaîne française.

On peut mesurer à ce bilan une situation culturelle, et l'économie vécue des médias en France. "La voix de la France" disait un Président de la République, en juin 1969, c'est l'ORTF (dont l'équivalent serait aujourd'hui l'ensemble France Télévisions et Radio France).
La voix de la France, ce serait donc surtout Google et YouTube, et Facebook ?
Exception culturelle, diversité culturelle ? C'est bien mal parti...

N.B. Nielsen Médiamétrie (MNR) confirme : en décembre 2013, YouTube comptait 1,83 milliard de vidéo vues, TF1 50 millions, France Télévisions, 20 millions (pas de données disponibles pour Facebook). Février 2014.


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vendredi 23 novembre 2012

Preview, magazine Série & Télévision

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Tout est dit dans le titre. 3,9 €, 100 pages. Peu de publicité.
Les séries constituent une pratique culturelle importante, un ensemble de références partagées, voire d'identifications. Segmentantes, elles permettent de (se) placer sur les axes principaux de "l'anatomie du goût". "Criminal Minds", "The Mentalist", "Homeland", "Glee" mais aussi celles d'autrefois : "Dallas", "ALF", "MacGyver", "I Dream of Jeannie", "Navarro", "L'Instit"... Nostalgie, culte... la série est marqueur historique. Racontant des histoires, c'est une structure narrative qui reprend des principes que ne contesterait pas le théâtre classique.

Après le DVD, la VOD et le streaming multiplient les occasions de regarder des séries hors des chaînes, sur le Web, à tout moment. Non plus seulement à doses unitaires hebdomadaires mais aussi par plus grandes rations, deux ou trois de suite. Soirée séries à la demande.

Les séries épousent souvent l'avant-garde des changements culturels (sexualité, mode, manière de parler, vie familiale, gestique, nudité, etc.) ; à ce titre, leur efficacité sociale va bien au-delà de la stricte distraction. La majorité des séries diffusées en France sont américaines de conception et de réalisation ; cela ajoute une touche d'exotisme et introduit un peu de flou dans la compréhension (même, et surtout peut-être, pour ceux qui regardent les séries en V.O.). Ces séries propagent à la périphérie des manières américaines de voir et regarder le monde, de le raconter aussi : la globalisation est souvent américanisation. De tenter d'y résister naissent des politiques d'exception culturelle (Chine, France).
Le premier numéro du magazine comporte un dossier sur les soap operas, ceux de prime-time et ceux de daytime. On y lira aussi des articles sur "Revenge" (série phare du prime time de ABC, diffusée en France par Canal Plus Family puis, ensuite, sur TF1), sur le tournage de la saison 5 de "Un Village français" (France 3), sur les nouvelles séries programmées par les networks anglophones américains mais aussi sur des séries programmées sur les chaînes européennes. A noter encore une brève réponse à une question qui mériterait de plus longs développements : "La fiction française est-elle au bout du rouleau ?"

Pour ceux qui aiment les séries, les voir et les revoir.
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mercredi 28 mars 2012

Télé en France. Rien de neuf

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Il y aura donc, en France, six chaînes commerciales de plus, à portée nationale. Toutes les autorisations ont été affectées à des groupes média déjà dominants. Toutes proposent des formats qui, peu ou prou, existent déjà, notamment dans le secteur public (France Télévisions) : sport, famille, musique, enfants, documentaire (cf. portraits des "mieux-disants"). On a beau s'y attendre, comment ne pas être déçu ? Alors qu'ailleurs les médias vivent au rythme des startups, des accélérateurs, de l'incubation et, finalement, de l'innovation risquée, en France, on semble avoir privilégié la monotonie, la conservation, le déjà vu. Pour rationaliser cette décision, on évoque l'extension de la HD et la création dite patrimoniale. Rien de bien nouveau sous le soleil télévisuel.

Mais, la "diversité" ? Parlons donc diversité : aux Etats-Unis, se développe la télévision visant les cultures et langue "hispanic". Rien de tel en France : toujours pas de berbère (tamazight), pas d'arabe... Et si peu de langues de nos régions. Les langues ne sont-elles pas diversité ? Quant au local, formidable multiplicateur de diversité, local et micro-local (LPTV) par lequel, aux Etats-Unis, transite la moitié des investissements publicitaires TV, il reste presque inexistant (hors France 3). Exception française ?

Le financement des nouvelles chaînes sera exclusivement national et publicitaire, puisant au même gisement que les chaînes "historiques". Mais rien n'indique que, grâce à ces nouvelles chaînes, les revenus publicitaires TV augmenteront significativement pour les groupes concernés. L'offre de télévision d'intérêt publicitaire est déjà importante dans les secteurs recherchés par les annonceurs visant les grands publics (FMCG) : divertissement et sport. On parle de 1 à 2 % de part d'audience, sans doute sur-estimée, par chaîne nouvelle et de 5 à 7% de part de marché publicitaire. D'où viendront les revenus nouveaux ? De la télévision, sans doute. Comment évolueront les prix de l'espace avec une offre TV plus dispersée et une demande qui ne s'accroît guère ?

Alors, rien de neuf ?
Si, si ! On apprend, mais c'est sans rapport, coïncidence malheureuse, que l'INA a confié la diffusion de ses archives à Google (via YouTube). Voilà qui ne manquera pas à terme de concurrencer les chaînes nouvellement créées, dès lors que cette télévision sera connectée au Web et, par conséquent, à Google. YouTube "se réjouit". A juste titre.
Comprenne qui pourra...
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mercredi 7 mars 2012

Public TV and the Web

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iPhone free app
In its Annual Report 2011 published 7 March 2012, Axel Springer AG lists "the expansion of state-owned TV stations into the Internet" as a "political and legal risk" for its group. Axel Springer AG targets a news app published by ARD, the leading public German channel. "tagesschau" is a "text-oriented news app", claiming to be "Die Nachrichten der ARD" (news of the ARD). It is a free app whereas news apps developed by RTL or Springer are paid (0,79 € / month for the Bild App, 2,99 for the FAZ).

Since ARD is financed by a licence fee ("Rundfunkgebühren"), a sort of a tax paid by each German household (18 € / month), Axel Springer AG complains that this is unfair competition. The group has filed a lawsuit against ARD. The results of this lawsuit could affect the business model of all public channels on the Net.

This is far from a trivial matter
In most European countries, public radio and television have developed free news apps and websites which could all be perceived by the private media as unfair competition.
This poses the question of the diversification of the public services financed by "taxes". Is the Web a different market or a logical extension of their core business (TV and radio programs) ?

N.B. Axel Springer AG is one of the major media groups in Europe; in addition to newspapers (Bild, Die Welt) and magazines, the group owns many websites: aufeminin.com, onmeda.de (santé), seloger.com, etc. The Group is active in many European countries (France, Russia, Spain, Switzerland, etc.)

Sources:
in German, Geschäftsbericht 2011, "Politische und rechtliche Risiken", Seite 70
in English, Annual Report 2011, "Political and legal risks", page 73
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mardi 19 juillet 2011

Service public : match France - Allemagne

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En Allemagne, la Coupe du Monde féminine de football a été rediffusée par les deux grandes chaînes de télévision publique, ARD et ZDF. En France, par Direct 8, chaîne privée commerciale du groupe Bolloré. Bonnes audiences dans les deux pays. Record pour Direct 8. Triomphe du foot féminin sur Twitter.
Les équipes nationales de chacun des deux pays étaient sélectionnées pour le tournoi final parmi 15 équipes sur 126, l'Allemagne, pays organisateur, étant sélectionnée d'office. L'équipe allemande sort de la compétition en quart de finale, l'équipe française en demi.
Occasion manquée en France, par les chaînes du secteur public, d'illustrer l'esprit de service public qui doit les animer (Article 8 du cahier des charges de France Télévision) ? On parle sans cesse de "diversité" (Article 37) : n'était-ce pas une occasion formidable de "favoriser" les "diversités", et notamment la première d'entre elles, la seule universelle et mesurable, celle des femmes et des hommes ("parité"). D'autant que le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel souligne la sous-représentation des femmes dans les programmes télévisés (cf. son Baromètre de la diversité à la télévision, vague 3) qui, d'ailleurs, à propos de la parité (§2), oublie tout bonnement le sport dans les "genres de programmes" étudiés).

N.B.
  • Pour les germanophones, l'article du magazine hebdomadaire Spiegel "Frauenfussball bei ARD und ZDF. Alle Spiele, alle Tore -alles richtig gemacht?".
  • La part d'audience (veille) de Direct 8 est de 2,7% pour la semaine du 11 juillet 2011 ; elle est dix fois plus élevée pour l'ensemble France 2 et France 3 (28,9%). Source : Médiamétrie. 

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mardi 17 mai 2011

Série policière en direct ?

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La vie imite l'art : comment l'actualité ne serait-elle pas perçue comme une série TV ?
L’actualité politico-people donne à suivre une série policière américaine en direct. C'est comme "CSI: New York". Crime Scene Investigation. Proximité de cet univers lointain, grâce à la télé. On est chez soi. Un présumé coupable peut-être innocent que l'on engouffre à l'arrière d'une voiture. Une "grandeur d'établissement", muette, dépouillée de ses attributs de pouvoir. Des éléments de l'enquête plus ou moins connus, d'autres distillés, des hypothèses, des rumeurs, parmi toutes les fausses, imaginer une vraie piste, de quoi alimenter les prochains épisodes. Suspense. Et tout ce qui est hors-champ, présence absente : la "scène" dite du "crime", la prison évoquée sur le mode de "Prison Break". Sur fond d'images cliché de New York, des présentateurs journalistes, énoncent la procédure, cadrés devant des bâtiments choisis. Effets de contexte, sémiologie de prudence.
Screen shot from the beginning credits

"Le juge est une femme". On ne la lui fait pas. Ah ! Bon ! Dans ses précédents rôles, elle en a vu comparaître !  Rappeurs célèbres, actrices... People. Grâce aux séries importées, le théâtre du système judiciaire américain est plus familier aux téléspectateurs que le français, qui a inspiré peu de séries ("Avocats et associés", et "Le juge est une femme", quand même). Le téléspectateur voit s'affairer au 20H tout un monde d'acteurs habitués du prime time, qu'il reconnaît aux uniformes, aux véhicules, aux badges : "Experts" de la "police scientifique". Des grappes de journalistes pour signaler : attention, "événement" ! Et, comme dans "24 heures", il faut laisser à l'action le temps de se dérouler, hors écran. Nous habitons la réalité en téléspectateurs, regards, jugements formés par la sémiologie et le rythme des séries. Notre réalité est télévisée.

Sur Twitter, en revanche, comme en contre-chant, déferlent des mots, mots vachards, mots égrillards, bons mots, le tout émaillé d'adresses raccourcies ; parfois, un peu de rationalité, de générosité, de prudence. Le standard impose son style haché : quelques mots #quelquechose et une timeline qui défile comme un flux instantané de marché (FIM), et des pseudos.

Un jour, on en fera une série, un film. Aujourd'hui, ce n'est pas encore de la télé, c'est la réalité...
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lundi 28 février 2011

Guide TV toujours



Le programme des émissions de télévision demeure un argument de vente pour la presse quotidienne. D'ailleurs, du people aux programmes, une grande partie de la presse imprimée se nourrit de télévision.
Aujourd'hui en France (quotidien national du groupe Amaury, version dé-régionalisée du Parisien, Diffusion Payée France, 170 000 exemplaires) a lancé son guide télévision qui sera publié chaque samedi, inséré dans le journal. Présenté comme "supplément gratuit", il donne les programmes de la semaine qui commence le dimanche suivant : 4 pages people, 3 pages de jeux, 2 pages de pub (dont 1 pour une chaîne TV).

Observons l'analyse que la rédaction effectue en acte de l'offre "populaire" de télévision, telle que l'objective sa présentation des programmes :
  • Page synoptique des programmes de prime time de la semaine (p. 20) : les 6 chaînes historiques ((TF1, F2, F3, C+, ARTE /F5, M6)
  • Chaque jour :
    • En première ligne, 8 chaînes : les 7 chaînes "historiques" plus TMC
    • En seconde ligne, 7 chaînes TNT : Direct8, Direct Star, W9, NT1, F4, NRJ, Gulli
    • En encadré minuscule, 2 chaînes de type info, iTV, BFM et les chaînes parlementaires
    • En encadré, 14 chaînes câble et satellite...
    • Le reste (dont les chaînes en langues étrangères, LCI et France Ô) est rejeté aux ténèbres extérieures, livré à l'enfer du zapping et au guide de programme électronique.
Tout est dit par ce classement, y compris les audiences. Guide TV pour médiaplanners ?.
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samedi 19 février 2011

Plus belle la vie (PBLV), média total

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Magazine lancé en janvier comme hors-série du guide de programmes TV Télé-Loisirs (Prisma / Bertelsmann). Prix facial : 4 €, pour 116 pages. La mise en place du premier numéro, déclarée par l'éditeur, est de 200 000 exemplaires. Distribution par Presstalis, placé en pile dans le linéaire "Télévision", à côté de Télé-Loisirs. Peu de promotion, juste un peu de PLV ; vendu comme "collector".

Le magazine est consacré à l'émission diffusée du lundi au vendredi sur FR3 où elle réunit en plein prime time (20H10), en face des journaux de Farnce 2 et TF1, plus de cinq millions de téléspectateurs qui regardent vivre les habitants du Mistral, quartier imaginaire de Marseille (où l'émission est tournée), avec sa prison, son commissariat, son bistro, son parc... L'émission co-produite par Telfrance et Rendez-vous Production, a été lancée en été 2004. Elle est diffusée aussi sur France 4 en access (17h05), en Belgique (ladeux), en Suisse (TSR 1) et en Tunisie (Nessma TV) ; l'émission est également accessible en VOD et en DVD. Au total, déjà plus de 1 800 épisodes.
L'émission est servie par de nombreux produits dérivés :
  • des livres (les romans du feuilleton, une BD, un livre de cuisine, un livre documentaire), 
  • un jeu de société, des jeux vidéo, des CD, une appli de jeux pour iPhone (0,79€) 
  • un mensuel (avec DVD) qui a cessé sa diffusion en décembre 2010 et que remplace ce nouveau magazine, 
  • un site officiel avec une boutique en ligne, et aussi un site "non officiel" de fans, un site pour les fans belges, une présence sur Facebook, sur Twitter, etc
  • des T-Shirts, des mugs, des casquettes, etc. et même un scooter aux couleurs de l'émission, MIO (Sym) ! 
Ce magazine est un exemple presque idéal-typique d'un média de médias. Le cinéma, la télévision sont grandes pourvoyeuses de contenus pour la presse, qui la reflète et dont elle profite, non sans hyprocrisie : sans télévision, pas de people ! Avec ce feuilleton, sorte de sitcom / soap opera (du genre "All in the Family"), les téléspectateurs regardent vivre des familles dans leur quotidien. On n'est jamais loin du roman-photo. Avec son audience régulière, ce format se prète bien à un prolongement magazine. Comme le site, le magazine fait voir le hors-champ sans trop céder à la tentation de la distanciation. Making-of, "stars des coulisses", etc.
La mise en page du magazine emprunte aux habitudes des réseaux sociaux (cf. "le mur Facebook du Mistral" où l'on s'exprime en termes de SMS). Un peu de déco, des pages cuisine, musique / cinéma, des tests prospectifs, mots flêchés et sudoku, horoscope. Rien ne manque, sauf la publicité. Ce premier numéro n'en comporte, et s'en tient à des promotions des titres du groupe Prisma.

Cet ensemble médiatique invite à reconsidérer les classifications des médias. Au centre, il y a une émission qui imite la vie, quotidienne, et attire des millions de téléspectateurs. Autour de ce média, circulent des médias ancillaires, multiplicateurs d'images et instigateurs d'usages, prolongeant et amplifiant l'émission par tous les sens (lecture, vidéo, musique, objets) et enfin, s'entretissant, les outils numériques redoublent l'ensemble, invitent à l'action (fans, personnalisation, achats). "Plus belle la vie" peut être qualifié de média total, pluridimensionel, en détournant, mais pas tant que cela, la notion de "fait social total" (Marcel Mauss : fait "où s'expriment à la fois et d'un coup toutes les institutions"). On gagnerait à l'appréhender dans sa totalité, tant au plan de la production que de la consommation et de ses usages publicitaires (médiaplanning, mesure d'efficacité).
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lundi 6 septembre 2010

Rigoletto : quelle culture téléviser ?

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"Rigoletto", l'opéra de Verdi, inspiré d'une pièce de Victor Hugo ("Le Roi s'amuse", 1832), filmé par Marco Bellocchio, retransmis samedi soir, en direct de Mantoue, sur la chaîne de télévision France 3 aurait, selon le Médiamat (Médiatrie), retenu l'intérêt de plus de 541 000 personnes (pour l'Acte I).
Echec, lit-on dans la presse. Effectivement, "Les Experts" ont fait dix fois mieux sur TF1, les "Stars du rire" quatre fois (France 2) et les "Simpsons" deux fois (W9). France 3 n'est même pas dans le tiercé gagnant. Si échec il y a, de quoi est-ce l'échec ? De l'enseignement musical ou littéraire, de la communication de France Télévision, etc.
Et, dans quelle mesure, cette mesure est-elle pertinente pour apprécier la réussite d'une telle retransmission ? Simpsons / Rigoletto, même combat ? Et le commentaire des audiences de la télévision ne mérite-t-il pas mieux qu'un traitement de courses hippiques ?

Qu'un opéra réunisse plus d'un demi million de personnes est pourtant un formidable succès ! Combien de salles, pendant combien de temps faudrait-il pour réunir une telle audience ? Sans compter que ceux qui ont regardé n'avaient sans doute aucune chance de fréquenter un tel spectacle en salle : obstacles géographique, budgétaire, etc. Réussite donc pour France 3. Service public accompli.
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mardi 30 mars 2010

Football 3D

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Le foot investit en force la 3D. Après quelques diffusions tests dans des lieux publics, en Grande-Bretagne (janvier) et en Allemagne (mars), les grands médias télévisuels passent à l'attaque.
  • En Grande-Bretagne, Sky Digital, le bouquet satellite lance une chaîne 3D, le 3 avril 2010 à 12H, pour le coup d'envoi du match Manchester United - Chelsea (Barclays Premier League). Cette chaîne qui a déjà sa place dans le guide de programmes (canal 217) sera gratuite pour les abonnés au bouquet HD. La promotion de Sky 3D est assurée en parrainant le film de Tim Burton, "Alice in Wonderland"qui est en 3D. Cinq autres matchs seront retransmis en 3D avant la fin de la saison de Premier League (9 mai) et celle la finale des play-offs de la Coca Cola Football League à Wembley (fin mai). 
  • Si peu de foyers sont encore équipés de téléviseurs 3D (Sony, Samsung, LG, Panasonic en proposent sur le marché), plus d'un millier de pubs en Angleterre et en Irlande se sont déjà équipés et sont prêts à recevoir les supporters avec des lunettes 3D. Evidemment, cette audience ne sera pas mesurée (cf. Ecrans foot sans mesures).
  • Aux Etats-Unis, ESPN, premier groupe sportif média mondial, lance ESPN 3D qui diffusera 25 matchs de la Coupe du monde, dont le premier, Afrique du Sud - Mexique.
  • En France, que se passe-t-il ? Rien ? Avez-vous entendu parler de quelque chose (en dehors de France-Angleterre diffusé dans 22 salles de cinéma par France 2... mais c'était du rugby (une étude d'opinion réalisée par Médiamétrie auprès des spectateurs : résultats favorables...).
Comme toujours, football et sport sont moteurs de l'innovation média. Seul, le football conjugue la passion et la visibilité qui permettent aux innovations de conquérir les très grands publics mondiaux, assurant à ces innovations notoriété et intentions d'achat. 
Comme toujours, l'innovation la plus récente commence par s'installer dans les lieux publics, ne nécessitant pour le téléspetateur aucun frais d'équipement. Influenceurs, les lieux publics lancent la tendance.
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dimanche 29 novembre 2009

Prime time chinois aux enchères

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CCTV, le secteur public télévisuel chinois met le 18 novembre de chaque année son espace publicitaire de prime time aux enchères (黄金资源广告招标) . Comme la vente upfront aux Etats-Unis, cette "ouverture de planning" constitue un test de la santé économique des entreprises chinoises. La vente a duré 13 heures pour récolter 10,97 milliards de yuans (1,36 milliard de $) : l'augmentation du chiffre d'affaires fut de 18,5% par rapport à l'année précédente (Source : CCTV9, CCTV Advertising Economic Indicator). Les présentateurs des antennes ont participé à la mise en scène des enchères.

Un millier d'annonceurs étaient présents dans le CCTV Media Center. Le premier investisseur fut la firme laitière Mengniu qui a dépensé 343 millions de Yuan. Viennent ensuite une autre firme de produits laitiers Heilongjiang Feihe, puis Gree (air conditionné) et Midea. Reculant à la 5ème place, Procter and Gamble a dépensé 256 millions.
Les émissions les plus recherchées furent le gala de nouvel an (festival du printemps), la coupe du monde de football et la météo. Un des spots les plus chers a été vendu 7,6 millions de dollars (compte à rebours du passage à la nouvelle année - 过年 - durant le gala du festival du printemps - 春节 - par Midea (équipement des foyers). Langjiu (boissons) a payé 4,8 millions pour parrainer les résultats de la Coupe du monde de football (classement des meilleurs buteurs). Le coût de l'espace a augmenté de 20%. La demande s'est accrue plus fortement pour l'espace des chaînes des agglomérations régionales : la montée du régional se confirme.
La télévision chinoise comme la télévision américaine réussissent à faire de la vente d'espace publicitaire un événement économique majeur. Cet événement procure à la publicité télévisée une visibilité et une notoriété auprès des entreprises que de nombreuses campagnes d'auto-promotion ne pourraient construire.

Les mécanismes du marché publicitaire français semblent figés et les groupes TV bien timorés en comparaison ; la régie de France Télévision a pourtant innové en mettant depuis une dizaine d'années une partie de son espace aux enchères (medi@exchange) mais le marché ne l'a pas suivie. Une ouverture de planning en France ne saurait être un événement dans un contexte commercial d'où toute surprise a été exclue : le marché de la publicité télévisée manque de supense. Ce que la vente aux enchères de 3 mn de pub par francetélévisions publicité dans le cadre d'un téléthon ne peut que souligner.
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lundi 8 juin 2009

Fenêtre ouverte sur le cinéma


La chronologie des médias qui définit l'ordre des supports (TV gratuite, payante, VOD, salles, DVD, etc.) sur lesquels sont distribués les films fait toujours l'objet de discussions vives (cf. les travaux du CNC).
Au prétexte, noble, qu'il s'agit d'un film à l'humanisme universel triomphant (sauver la planète), YouTube distribue "Home", un film de 90 mn (Yann-Arthus Bertrand, Luc Besson) en même temps que commence sa diffusion en salles. YouTube ouvre ainsi une nouvelle fenêtre de diffusion (de quelques jours seulement, pour l'instant).
Voilà qui devrait enrichir les discussions en cours, d'autant que ce film, suivi d'un débat, a été diffusé également sur France 2 (meilleures audiences de la soirée de vendredi), et sur quelques très grands écrans en plein air.

Les ambitions de YouTube s'affirment : le monde des contenus amateurs ouvre la voie des grands publics aux contenus professsionnels. Et aux grands annonceurs. On perçoit ainsi le rôle de la version grand écran (XL) de YouTube (cf. la conférence de presse de lancement). On testera également, avec les Video Analytics (YouTube Insight), ce qu'il en est de l'audience du film de minute en minute, comme en télévision, mais sans panélisation.
La promotion internationale des films dispose avec la diffusion sur YouTube d'une nouvelle arme : une bande-annonce grandeur nature. Reste à comprendre son rôle, sa place dans la panoplie courante, et à lui assigner un rang dans la suite des coups promotionnels. Quels publics en profiteront ? Quels effets sur la fréquentation des salles, les achats de DVD, de VOD ? Quel impact sur les publics (notoriété, agrément) ? Alors que le coût du marketing des films est prohibitif, YouTube offre une alternative - ou un complément - qui bouscule le marché de la publicité cinématographique.
  • N.B. : la mesure de la TV est centrée sur un panel audimétrique d'utilisateurs acceptant de collaborer à la mesure, "user centric", tandis que les "analytiques" Internet sont centrées sur les comportements observés automatiquement sur le site - "site centric" ; quant au cinéma en salles, on connaît en France le nombre des entrées (données comptables, CNC) et l'on dispose d'une mesure déclarative par panel d'usagers, "user centric" (Médiamétrie).

samedi 21 mars 2009

Huis clos scolaire


ARTE a diffusé vendredi à 21H un film ayant pour théâtre un établissement d'enseignement secondaire public d'une banlieue pauvre. L'action unique se déroule à huis clos durant un cours de français, sur Molière, dans une salle de classe. Le temps de l'action est celui de la représentation. Bienséance : le pire, on ne le voit pas. Catharsis. Théâtre classique.
L'intrigue évoque la scolarisation dans un univers livré au racisme, à l'antisémitisme, à la haine des autres, des femmes... Trafics mafieux en tout genre, viols en réunion filmés avec téléphone ("filmer, c'est pas grave", s'insurge le caméraman voyeur), intolérance, violence, racket. L'enfer scolaire, c'est souvent les autres élèves. 
Audience : selon l'audimétrie TV, 10% de téléspectateurs de ce vendredi soir ont regardé le film de Jean-Paul Lilienfeld, 30% ont préféré "Qui veut gagner des millions" sur TF1 (source : Médiamétrie). 

Quelques notes sur ce que cette diffusion dit des médias.
  • Diffusion en avant-première sur ARTE, la semaine précédant la sortie en salles  (50 salles seulement, dit-on, quand certains films ouvrent avec plusieurs centaines. Affiche ci-dessous, kiosque AAP). Entorse à la chronologie des films.
  • L'état de la langue vernaculaire rendu par le film et les acteurs. Vocabulaire, prononciation : ce qui se parle là tend par moment vers le degré zéro de la communication et du respect. Si l'on en croit ce film, il semble ainsi ne plus y avoir de mots pour dire "femme", par exemple. En attendant des analyses socio-linguistiques (cf. Labov, "Language in the Inner Citiy. Studies in the Black Vernacular", 1972).
  • La place du téléphone portable, centrale, à la ville comme à la scène. Pour le meilleur et pour le pire.
  • La parodie des émissions électorales qui légitiment une culture d'exclusion : votez, éliminez, virez, etc. "Star Ac" et "Maillon faible". Pauvreté de la vie sociale et de l'expression des opinions (s'interroger sur la prolifération sur Internet d'incitations à "voter", de sondages accompagnés de statistique insignifiante... au nom de l'engagement !). 
  • "La journée de la jupe". Parodie encore. On n'en peut plus de ces "journées" événement  : journée des accidents de la route, du Sida, contre le cancer, de la femme, sans tabac, de la télévision, du patrimoine, sans télévision...  il y en a tellement que l'on ne manquera bientôt de jours à moins de ne plus créer que des demi-journées. (il y a déjà des jours avec deux journées). Les Saints du jour sont plus drôles, et merci aux pauvres saints aémères !
Dommage que ARTE s'attache surtout à échauffer le coeur, à provoquer la fureur et la pitié des spectateurs (Boileau). Manquent, sur le site ou à l'antenne après la diffusion, qui apporteraient un contre-point salutaire à la narration tragique, des éléments documentaires, des statistiques, des interviews de profs, d'élèves, des photos, ou encore des sous-titres en français pour certains dialogues.... Ceci casserait le laisser-aller émotionnel où l'on peut s'enliser : car si l'on s'indigne généreusement, si l'on s'émeut, va-t-on penser cette indignation, cette émotion ? Le site Internet d'ARTE aide à prendre un peu de distance en donnant la parole aux jeunes acteurs. Mais c'est trop peu. Revient donc la question du statut respectif du documentaire et de la fiction, de leur éventuelle dialectique (et non de leur mélange en docu-fiction ou docutainment).

Evidemment, Isabelle Adjani joue superbement. Trop ! Evidemment, elle nous embarque, tout comme ses jeunes complices, on s'identifie et l'on en oublie de réfléchir : comment en est-on arrivé à cette misère scolaire, sexuelle, langagière, politique qu'évoque le film et que l'on tait ailleurs ? Comment en est-on venu à accepter cette destruction de l'école républicaine, laïque ? A qui profite le crime ? 
Film courageux, bonne soirée télé, ne boudons quand même pas notre plaisir. 
Nombreux, dans Bisouville (pour ce terme, désignant le petit monde du showbiz, voir l'interview du réalisateur dans Le Point), sont ceux qui ont refusé le projet, dont France Télévision. A quoi sert notre redevance sinon à financer de telles réalisations ?

vendredi 16 janvier 2009

Un peu de net dans un monde de brut


Entre voeux et galettes, voici le traditionel bilan des investissements publicitaires de l'année passée. Vertu de la concurrence : en chiffre d'affaires, le bilan est pour le moins contrasté : deux instituts, deux piges, c'est bien ; deux résultats diamétralement opposés, c'est trop. 
Pour l'un, le niveau a monté (Yacast), pour l'autre, le niveau a baissé (TNS). Dans les deux cas, significativement. Comprenne qui pourra.

Ce n'est pas le lieu de discuter la dentelle du périmètre de calcul : avec ou sans Internet, avec ou sans francetelevision publicité, avec ou sans tel ou tel secteur du hors média, du hors foyer, avec ou sans liens sponsorisés, les annuaires, etc. Sans doute a-t-on reconverti pour l'exercice des virtuoses du découpage électoral. Au moins, la confrontation fait voir les arbitraires de chaque calcul.

Quand même, donner un bilan des investissments publicitaires sans Internet, c'est gonflé.

Analystes financiers, législateurs, prévisionnistes, journalistes, etc. tous reprennent en coeur ces bilans, les commentent même, recopient les commentaires ... Ajoutant, discrètement, en fin d'"analyse" : "tout ceci est calculé à partir des tarifs bruts des régies, il s'agit d'un investissement BRUT, c'est donc sans réelle signification". 
Certains, qui savent, ou disent savoir, supputent, prennent un air entendu : -30, -60, - 80, etc. Secret bien éventé.

Demandez pourquoi de tels chiffres sont chaque mois commentés voire utilisés, la réponse est unanime : il n'y en a pas d'autres. Qui donc trouve son compte à ce capharnaüm statistique ? A qui profite le flou ? A des médias ? 
Pourtant, de tels écarts de résultats devraient plutôt inciter à inspecter les méthodologies mobilisées, à confronter les modes de calcul. Par exemple, rendre compte des investissements publicitaires dans la presse. Quels titres sont pris en compte ? Où sont classés les investissements effectués sur le site du titre, dans les investissements presse ou dans les investissements Internet ou les deux ? A-t-on pris en compte les liens sponsorisés ? Et les échanges marchandises, et les petites annonces ? Quelle date prend-t-on en compte : la date de diffusion, la date de facturation, la date de réception du paiement ?

L'interprofession a tout à gagner à des données d'investissement lisibles, exploitables, ne serait-ce que pour calculer les parts de marché ou effectuer des analyses de concurrence. A propos d'interprofession, pourquoi ces études ne sont-elles pas auditées ? Ne s'agit-il pas d'études de référence ? 
Sans audit interprofessionnel, donc sans jugement d'existence contradictoire, on voit et l'on verra se multiplier les pseudo mesures, chaque groupement d'intérêts y allant de sa cuisine, celle qui fait triompher ses intérêts et justifie des communiqués de presse triomphants. Et qui, finalement, ôte tout crédit à la mesure des investissements publicitaires.

Dans quelques semaines, l'IREP publiera des données en NET

mardi 7 octobre 2008

Transferts d'audiences et transfert de chiffre d'affaires


Quelle sera l'évolution des parts d'audience de la télévision en France, une fois appliquée la législation en cours de gestation qui réalise la demande présidentielle d'un secteur public de télévision sans publicité ? 

  • Le budget de France Télévision disponible pour la création, l'invention et les acquisitions sera au moins constant (revenu garanti, indexation sur l'inflation).
  • La charge publicitaire des chaînes du secteur public tendra vers zéro. L'encombrement publicitaire y sera nul (clutter) : donc le téléspectateur sera moins tenté de zapper (Opportunity To Zap), à fuir sans retour un écran publicitaire dont le taux d'affinité, par construction, est parfois médiocre. 
  • Inversement, et simultanément, s'accroîtra pour les chaînes du secteur public l'occasion d'accuellir et garder plus longtemps une audience qui a quitté l'écran publicitaire d'une chaîne commerciale, par désintérêt pour la publicité proposée, souvent intempestive, ou par curiosité pour un programme alternatif : confrontation favorable, par les téléspectateurs, des taux d'intérêt des programmes des chaînes où investir leur attention.
  • Le coût d'opportunité de la promotion de l'antenne, élevé sur une chaîne commerciale (équivalent au coût de la publicité dans la même tranche horaire, pour simplifier) tend naturellemt vers zéro sur une chaîne sans publicité, donnant toute possibilité aux chaînes publiques de vanter leurs programmes et les sites Internet correspondants (possibilités accrues par le déserrement réglementaire autorisant la promotion croisée entre chaînes d'un même groupe).
  • En revanche, la charge publicitaire des chaînes commerciales ne baissera pas, au contraire (a fortiori si le CPM baisse) ; cette charge maintiendra, voire accroîtra, inévitablement, l'occasion de zapper la publicité lorsqu'elle est inopportune (in-opportunity to see). Pour le téléspectateur, le coût d'opportunité de la publicité croîtra : en face d'un écran publicitaire, il y aura toujours une émission d'une grande chaîne, auquel il / elle "renonce" (rendement de l'emploi alternatif de son attention, risque faible voire nul). L'absence de publicité sur les chaînes du secteur public, et de programmes instaurant des coupures artificielles permettant de créer des écrans, fera monter le "coût de renoncement" du téléspectateur qui regarde un écran publicitaire (le concept de "coût d'opportunité", anglicisme malheureux, établi par F. von Wieser a toujours, selon lui, une dimension subjective, l'appréciation personnelle de "l'occasion").


Résultat : l'absence totale de publicité sur les antennes du secteur public avec une programmation de qualité au moins constante, cela devrait se traduire, ceteris paribus, pour les chaînes publiques, par une augmentation nette de la part de l'audience disponible (Total TV).

Dans le débat sur le calcul de l'effet de la législation en cours (évaluation des transferts de revenus publicitaires), cet aspect est souvent omis. Mépris du grand public par les mass-médiologues autorisés, mépris au principe de nombreux calculs tablant, "par défaut", sur un public amorphe, passif (ce que traduit l'expression condescendante, couch potatoes).

Et puis, il y aura Internet

Bon an mal an, une partie de l'audience d'une partie de la télévision va basculer progressivement vers Internet (mobile ou immobile), de manière variable selon les tranches horaires et selon les comportements culturels et professionnels. Le meilleur prédicteur de ce basculement partiel est sans doute la proximité avec Internet : équipement et notamment équipement mobile, très haut débit, disposition personnelle et professionnelle. Les premiers touchés seront ceux qui exercent un métier où l'excellence dans l'exploitation d'Internet est requise : les plus diplômés, les plus jeunes, les plus mobiles. Les annonceurs les suivront, où qu'ils aillent.

Or la télévision publique garde sa liberté de manoeuvre publicitaire avec Internet. Elle pourra donc exploiter en ligne la curiosité et l'intérêt pour ses émissions et y chercher les revenus publicitaires associés. Occasion de créer une nouvelle forme de présence télévisuelle avec Internet : l'émission sur grand écran plat, la publicité correspondante sur Internet, une interactivité spontanée ou guidée entre les deux supports. Un vrai labo de la TV à venir, celle des médianautes. N'est-ce pas l'une des obligations du secteur public que d'innover, d'anticiper, de participer à l'invention d'une nouvelle relation du grand public aux médias (comme le fait PBS aux Etats-Unis) ?

La nouvelle législation pourrait ainsi constituer une incitation à innover. "Ardente obligation". Délivrée des exigences du marché publicitaire TV au moment où celui-ci est en difficulté conjoncturelle, mais sans doute aussi structurelle, France Télévision pourrait focaliser ses moyens et ses talents sur la création et l'innovation y compris dans le marketing de ses antennes et de ses présences multiplateforme.

Ce projet de loi pourrait s'avérer un défi vivifiant pour la télévision publique et pour les publics de la télévision, mais aussi, paradoxalement, pour le marketing télévisuel. Car France Télévision pourrait, par sa puissance et sa notoriété, et l'autorité commerciale de sa régie, conduire la revalorisation générale de l'espace publicitaire d'Internet, tant sur le plan des tarifs que sur le plan de son rôle, trop souvent réduit, par incompétence et paresse, à un gadget de complément.