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lundi 6 août 2018

Dans la jungle de l'orchestre : série musicale


"Mozart in the Jungle" est une série produite et diffusée par Amazon Studios, (février 2014 - février 2018, soit 40 épisodes de 30 minutes) ; le scénario reprend le mémoire autobiographique d'une hautboïste, Blair Tindall, Mozart in the Jungle: Sex, Drugs, and Classical Music (Atlantic / Grove Press, 2005).
La série a obtenu deux Golden Globe Awards en 2016 ("best comedies series" et "best actor"). Amazon a cessé la production après la quatrième saison, en avril 2018.

Quelle jungle ? La "jungle des villes" (Bertolt Brecht, "Im Dickicht der Städte", 1921) où se déroule l'action, New York, Venise, Tokyo ou Mexico ? Certes mais surtout la jungle de l'orchestre, monde sans pitié ni indulgence. Mozart, c'est la musique classique et l'opéra, mais c'est aussi le génie empêtré dans la ville, Vienne ou New York (on entend la chanson : "New York, Concrete jungle where dreams are made of".
Les deux héros principaux sont complexes et attachants. D'abord Rodrigo, chef iconoclaste, mexicain, maestro trentenaire, fantasque, invité à diriger le New York Symphony Orchestra, dont il remplace le chef conformiste et vieillissant ; grâce à Rodrigo, on entend beaucoup d'espagnol et d'italien. Et puis, il y a la jeune hautboïste, Hailey, frémillante et impatiente, qui occupe dans l'orchestre le pupitre difficile de second hautbois.
La jungle, ce sont d'abord les conflits d'ego et d'intérêts, les rivalités entre musiciens, les privilèges des uns, la relégation des autres. Instrumentistes que menacent, lancinantes, la perte auditive, la dystonie, l'arthrose (doigts, poignets) : fragilité à mettre en regard avec la somme d'efforts constants et de gestes répétés que requiert une pratique instrumentale professionnelle d'un tel niveau.

La série rappelle qu'un orchestre est une entreprise ; comme telle, elle doit équilibrer son budget et trouver des financements. Les musiciens, syndiqués (unionized), revendiquent et défendent leurs droits, âprement, comme tous les salariés : augmentations, pauses réglementaires, couverture médicale, retraite. Mais le talent ne suffit pas, pour que l'orchestre lève de l'argent, il lui faut courtiser les riches supporters, mécènes et parrains. Les musiciens doivent également se plier aux exigences du marketing et des médias, en accepter les contraintes commerciales parfois humiliantes. Ce sont les lois invisibles de cette jungle que la série met en scène ; des coulisses et des bureaux, où elles agissent d'habitude discrètement, la série les fait passer au premier plan, suivant le théâtre grec où l'orchestre désignait le devant de la scène, là où évoluait le choeur, juste devant les spectateurs. Comédie documentée : "sexe, drogue et musique classique", titre le mémoire d'origine. Il faut ajouter argent et voyages !
Conflits de génération, conflits de culture, conflits d'intérêt entre les gestionnaires, les musiciens, l'avocat d'affaires qui les représente, les administrateurs, les mécènes et parrains. La vie de Mozart est évoquée en arrière-fond : allusions à son père, sa sœur, à Antonio Salieri (Vienne), à Hyeronimus von Colloredo (Salzbourg), vie à laquelle Rodrigo s'identifiera au cours de dialogues imaginaires... Rodrigo, c'est Mozart.

L'orchestre est une société, un groupe où s'observent les affinités, les hiérarchies d'instruments (les cordes / vents / cuivres / percussion, etc.) qui sont autant de hiérarchies sociales, les flirts, les amitiés, les amours, les jalousies, les frustrations (tuttistes / solistes) : "le musical c'est du social" (cf. Bernard Lehmann, o.c.). Au-delà de l'autobiographie et de son réalisme, la série s'avère une illustration d'un travail sociologique, la comédie en prime. On ne s'ennuie jamais au cours des deux premières saisons ; ensuite, l'intrigue s'effiloche. La saison 4 introduit un robot humanoïde qui, ayant avalé toutes les données de la vie et de la musique de Mozart, se propose, grâce au machine learning, d'achever le "Requiem". Comme il semble bien difficile aux acteurs de simuler le jeu des musiciens, aussi de nombreuses rôles sont interprétés par des musiciens professionnels... qui jouent les acteurs.
La bande son est superbe, évidemment (cf. tunefind) : Mozart mais pas seulement, Olivier Messiaen, Franz Liszt, Ludwig van Beethoven, Gustav Mahler...
N'oublions pas qu'un orchestre peut jouer sans chef : Les Dissonances ou I Musici. La jungle sans roi ?


Références
  • Bernard Lehmann, L'orchestre dans tous ses éclats. Ethnographie des formations symphoniques, Paris, Editions La Découverte, 22 €
  • Norbert Elias, Mozart. Zur Soziologie eines Genies, Frankfurt, Suhrkamp
  • Theodor Adorno, Einleitung in die Musiksoziologie, Zwölf theoretische Vorlesungen, 1961-62, Frankfurt, Suhrkamp
  • "Blair Tindall and the Classical Music 'Jungle", NPR, August 8., 2005 
  • Philippe Greiner, "Mozart et l’archevêque de Salzbourg: les voies d’une incompréhension", Transversalités, 2008/3, N°107, pp. 125-140.

jeudi 2 avril 2015

Cours de gestion des médias par la Cour des comptes


La Cour des comptes publie son analyse de la situation de Radio France (2004-2013) : Radio France : les raisons d'une crise, les pistes d'une réforme. Avril 2015, 238 pages (dont 43 pages de réponses des adaministrations et organismes concernées).

Peu d'a priori idéologique ou partisan autre que le bon sens de gestion dans ce texte. Difficile de ne pas s'étonner, naïvement, des éléments mobilisés pour son diagnostic par la Cour : Radio France étant financée par l'impôt (90% du CA provient de la redevance), il est logique d'en attendre une gestion rigoureuse, et un style de vie frugal.

Or Le Canard enchaîné, qui se délecte de tels scandales, c'est son métier de journaliste, vient par trois fois successives d'épingler la gestion de Radio France pour des dépenses somptuaires incompatibles avec la gestion publique, pour des privilèges difficiles à admettre par les contribuables (voiture de fonction et bureau luxueux, frais de conseil en image, etc.). Toutefois, l'Inspection générale des finances ne verra aucun "caractère anormal" dans ces dépenses.
Canard et Cour des comptes, même combat ? "S'assurer du bon emploi de l'argent public, en informer le public", stipule la devise de la Cour.

L'analyse de la Cour des comptes dénonce, en une belle euphémisation, "une gestion peu rigoureuse", qu'il s'agisse des achats ou de la gestion de la masse salariale (4 300 employés).
La Cour des comptes recommande, entre autres, "la mutualisation dans le domaine de l’information et la création d’une rédaction unique" donc de "fusionner les rédactions de France Inter, France Info et France Culture"). Soulignant "l’intégration incomplète du numérique", les magistrats de la Cour demandent à Radio France d"accélerer la mue numérique". Métaphore malencontreuse, car il s'agit plus que d'une "mue", plus que d'un changement de peau ou de plumage : c'est une révolution, un changement de paradigme, de modèle économique qui demandent des actions radicales. En fait, plus encore que la gestion courante, c'est le modèle économique du média qui est en question. Même le mot "radio" ne convient plus tout à fait pour nommer ce média.

NPR, un autre modèle de radio publique

Le rapport évoque d'autres modèles de radio publique nationale européenne : Belgique (RTBF), Danemark, Grande-Bretagne (BBC). La radio publique américaine aurait pu être étudiée également, pour son articulation efficace du local et du national, notamment, et pour son mode de financement.

NPR (National Public Radio), réseau américain de 860 stations réparties sur tout le territoire américain, emploie 840 salariés. NPR fédère et coordonne des stations membres, à qui elle propose et vend des programmes (130 heures par semaine) et une interconnexion satellitaire.

NPR ne gère pas de station de radio - ceci est laissé à des initiatives locales indépendantes. NPR s'autofinance, les stations membres du network payant les programmes qu'elles diffusent (fees, qui repésentent la moitié de son CA).

L'Etat fédéral ne contribue qu'à hauteur de 2% du CA de NPR. Le CA de NPR provient également des messages de parrainage (sponsorship) retransmis par les stations (un quart du CA).

Les stations locales fournissent, le cas échéant, des sujets au network national "stations are partners in newsgathering" (station reporting). Les stations locales, indépendantes, sont d'abord financées par des donnations des auditeurs et, ensuite, par le parrainage local. Les deux tiers d'entre elles sont associées à des institutions universitaires.

N.B. Sur la structure du network de radio publique, voir npr radio and public media.
Sur les finances de NPR, voir public radio finances

dimanche 9 novembre 2014

CBSN: chaîne d'info, format mixte


CBSN : CBS News et CBS Interactive ont lancé une chaîne d'information.
Distribuée OTT, la chaîne est accessible via le Web en streaming (téléviseur connecté, smartphone, tablette). Le format est hybride pour une consommation flexible : linéaire en direct d'abord (linear stream), de 9h à 24 h en semaine, avec des journalistes présentateurs (anchored) ; ensuite, les sujets antérieurs sont accessibles à la demande (en une sorte de catch-up TV). Pas de contenus nouveaux : la chaîne accomode des programmes provenant des chaînes de CBS et des stations affiliées : l'innovation est toute dans le repackaging.

Le modèle économique est publicitaire ; les annonceurs au lancement (inaugural sponsors) sont Amazon et Microsoft ; la chaîne est présente sur le site CBSnews.com, sur des applis smartphone pour Amazon Fire et Windows Phones, ainsi que Roku. Les versions Android et iPhone viendront plus tard, en fin d'année : le parrainage a son prix et ses conditions !

Concurrente des chaînes infos du câble / satellite comme Fox News, MSNBC ou CNN / HLN (Time Warner), CBSN ne remet pas en question le modèle économique du network avec sa double présence, nationale et locale. La télévision OTT ne menace encore que le câble / satellite : pas de problème pour CBS qui n'avait pas de chaîne d'information.



mardi 18 mai 2010

écoMédia, école en vert

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Le groupe média américain CBS vient d'acquérir la société EcoMedia dont le métier est la mise en place de partenariats incluant une dimension écologique. De nombreux médias de CBS ont participé à de tels partenariats locaux (TV, radio, affichage, Internet) au cours des trois années passées.
Ces partenariats constituent en réalité des opérations publicitaires. Nombre d'entre eux incluent des participations scolaires telle la CBS-EcoZone Green Schools Initiative (notamment à Miami, mais aussi à Chicago et San Francisco) qui associe des écoles à Procter and Gamble. Un élément de plus dans la panoplie des médias publicitaires, d'autant plus efficace qu'il n'a pas l'air publicitaire, drapé de vert, d'éducation et d'enfance.
  • Comment évaluer les retombées d'un montage si complexe et si hétérogène ? Un seul moyen permet d'établir le bilan global d'une telle action, bilan immédiat et dans sa durée, synchronique et diachronique : l'analyse des effets observables sur Internet, tant en quantité (nombre de connexions, durée, etc.) qu'en qualité (analyse des traces linguistiques, des émergences lexicales et sémantiques).
  • Le Cheval de Troie écologique ouvre la voie des institutions éducatives aux annonceurs. Dans cette affaire, c'est l'école qui fait la publicité des annonceurs, habillés de vert pour l'occasion.  Quel meilleur faire-valoir que l'école ? Espérons qu'elle fait payer très cher ce soutien inestimable !
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dimanche 13 décembre 2009

La morale du parrainage

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Les marques louent fort cher l'image et la visibilité de personnes rendues célèbres par les médias. Elles espèrent profiter de la médiatisation des succès sportifs ou "artistiques" de leurs "ambassadeurs". Il s'agit d'un investissement ("celebrity endorsement"), c'est donc risqué. Surtout s'il faut que le porteur de leur image entretienne cette "image" d'un comportement vertueux, selon les canons de la morale en cours.
Si la chanteuse laisse entrevoir son sein à la mi-temps, si Miss machin, l'étourdie, a posé nue, si le joueur de golf a des amantes, les parrains se rétractent. Gillette (marque bostonienne de Procter and Gamble) et d'autres (Accenture, ATT, etc.) auraient rayé Tiger Woods de leurs publicités parce que des médias ne cessent de ressasser des commérages sur sa vie personnelle. Que des médias défassent le soir les idoles qu'ils ont érigées le matin, soit. Qu'ils veuillent être payés pour cela par des lecteurs et des annonceurs, c'est  quelque peu paradoxal. Qu'ils moralisent, c'est trop.
  • Où est la rigueur dans cette affaire ? Que sait-on - qui soit vérifiable - de l'effet de l'image de Tiger Woods (positive et négative) sur celle de Gillette et sur les ventes de produits de rasage ? Les rasés vont ils changer de marque ou garder la barbe parce que Tiger Woods rentre tard le soir ? Les golfeurs apprécient Tiger Woods pour son golf, pas pour sa "morale", qui ne les regarde pas. C'est la position de Electronic Arts (jeux vidéo) qui ne s'est pas renié et lance bientôt un jeu de golf en ligne avec l'image du champion (EA a lancé l'an passé un jeu pour console, "Tiger woods PGA Tour".
  • Les marques comme défenseurs de la moralité ? Que la marque s'en tienne à son commerce, à sa publicité, à ses facings. Et qu'elle laisse à la morale personnelle les décisions personnelles et la vie privée. C'est justement une question de morale. Cette "affaire" est une occasion manquée par les annonceurs de marquer leur distance avec une presse people, plus soucieuse de scandale vendeur que de morale.
  • Le malheur du parrainage fait le bonheur des sites people. TMZ (Warner Bros.) qui couvre l'actualité people connaît grâce à cette histoire, entre autres, de bons taux d'audience (sur le site, chercher Tiger Woods, Rachel Uchitel, etc.).
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mardi 27 octobre 2009

YouTube, c'est de la télé

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Comment (se) mentir avec des statistiques ?
YouTube ne serait pas de la télé. YouTube et la télé ne joueraient pas dans la même catégorie statistique, ce seraient des médias différents. Donc l'audience de YouTube n'existe que comme celle d'un "site" Internet. Ainsi, la méthodologie de mesure définit le média. Hors panel audimétrique, point de télé.
Et c'est tant mieux pour la part de marché TV de chaque chaîne dans chaque marché national, tant pis aussi pour l'évaluation de la concentration des médias. Car il y a de la télé qui se perd : 1 milliard de streams / jour (YouTube représenterait 5% de l'ensemble du trafic Internet, selon sandvine) !

Et ce n'est qu'un début. La vidéo voit sa part d'audience globale, sa part d'attention augmenter considérablement, grâce à YouTube, Dailymotion et aux réseaux sociaux. Progressivement, toute la télé vient à Internet. Tout est sur YouTube, des concerts, des sketches, des matchs, des reportages, des clips... Et tout y est à la demande.
Et la télévision terrestre y vient, ainsi Channel 4 qui y délivrera bientôt gratuitement pour le marché anglais toute sa catch-up TV, toute sa VOD, moyennant un partage des revenus publicitaires (30% pour YouTube). Channel 4 y gagnera en notoriété, en couverture, en durée d'écoute, en inventaire publicitaire et en GRP TV. Mais pas encore en audience TV, pas en part de marché TV !

Révisons la définition de la TV. Cessons de la définir par son écran, par sa diffusion terrestre ou sa mesure. YouTube, c'est de la télé, une porte de plus ouverte à la création, à l'innovation et à son financement (cf. vidéo parrainnée). Que la mesure suive.

Ce n'est pas l'aspect le moins stimulant de la transformation du marché média que de voir se décomposer et se dissoudre dans le numérique les catégories qui président aux divers classements professionnels, laissant émerger dans un discret effondrement un univers dessiné et pensé autrement, un paradigme nouveau.
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lundi 16 février 2009

5 mn par jour "à la recherche du temps perdu"


DayLit détaille la littérature en toutes petites tranches, en miettes même. 1075 épisodes, 5 mn par jour durant trois ans pour La Recherche. Proust à dose homéopathique.
Le principe de DailyLit repose sur un syllogisme imparable : on lit ses emails, mais on ne lit pas de livre, ergo il faut publier les livres en emails (ou flux RSS) pour qu'ils soient lus.
Des romans japonais ne sont-ils pas déjà publiés sur téléphone, commentés par les lecteurs via SMS dont les textes sont intégrés dans la version papier. Ces sortes de soap operas deviennent des "best sellers". 
Et puis il y a aussi les livres audio (audio books) pour iPods et embouteillages. Et même des vidéos de 12 secondes sur iPhone (il y a une appli pour cela ! "Why only 12 seconds? Because anything longer is boring").

A cette distribution en miettes, il existe d'honorables précédents. Honoré de Balzac publia nombre de ses romans en feuilletons. Karl Marx accepta pour la traduction française (1872) de publier Le Capital en "livraisons périodiques" : "Sous cette forme l'ouvrage sera plus accessible à la classe ouvrière" ! Pour adresser ses lettres, Stéphane Mallarmé écrivait des "Récréations postales" (1892) en forme de quatrain. En 1948, France-Soir publia "Autant en emporte le vent" en feuilleton. Et Jauffret publie en 2008 un gros volume de 500 Microfictions d'une page et demie...

Modèle économique mixte pour ces cinq minutes de littérature quotidienne. Achat et Parrainage : une marque peut parrainer un livre. Répétition assurée puisque le parrain est présent chaque jour. Ciblage séduisant, affinité élective. Sans doute est-ce le parrain qui choisit le livre à publier. Certain titres sont vendus, d'autres gratuits. L'abonné peut choisir ses horaires de livraison, la police et la taille de caractère, notamment pour la lecture sur iPhone.
Plus d'un millier de livres disponibles, quelques uns en allemand, anglais, italien, espagnol.

Chaque média redécoupe les oeuvres, rythme les publications et façonne l'attention. Entrons-nous dans une ère de tout petits formats (RSS, clips, Twitter, SMS) ? Internet bouleverse la distribution et, par conséquent, le packaging aussi. Les légitimistes de la culture s'en émeuvent. Il en fut de même pour chaque mode de distribution précédent (tablettes, rouleaux, parchemins, papier, imprimerie).

lundi 22 décembre 2008

Publicité et TV publique


"Pour cette édition 2009, le Dakar change de continent pour se retrouver en Argentine et au Chili, du 3 au 18 janvier. France 2, France 3 et France 4 mobilisent pour suivre la compétition une équipe d'une vingtaine de personnes autour de Gérard Holtz qui avait été éloigné des trois dernières éditions du rallye. Du lundi au vendredi, il présentera en direct à 18h00 "Sur la route du Dakar" sur France 2, du samedi 3 au samedi 17 "Le journal du Dakar" sur France 3 à 20h05 et du lundi au samedi "Bivouac" en direct sur France 4 en deuxième partie de soirée (avec rediffusion en 3e partie de soirée sur France 2). Un site web commun aux trois chaînes sera dédié à la course."
J'emprunte la description factuelle de ce dispositif média au magazine TELE SATELLITE.

Le "Dakar" : quelle culture célèbre ainsi, de façon somptuaire, le secteur public de télévision ? Cet ensemble d'émissions ne peut-il être perçu comme une campagne publicitaire "collective" de l'automobile, de l'industrie pétrolière et du transport routier ? 
Car il s'agit bien de publicité : non pas de celle que paie directement et explicitement un annonceur, mais de celle, moins visible, que se paient indirectement une culture, une économie. Simultanément, l'inculcation culturelle et sa "rationalisation". 
Quel message dérive du bruit médiatique qui accompagne ce rallye et ses parrains ? Le modèle socio-économique sous-jacent proposé au public, sous des apparences neutres (spectacle et exotisme), se situe aux antipodes de la défense des transports en commun, du ferroutage, de la protection de l'environnement, de l'automobile verte (greener cars) et des économies d'énergie ... 

Plus de 20 personnes ? Sérieusement ... Pour couvrir un gaspillage social ostentatoire (conspicuous consumption)
 ... Par-delà l'énoncé du problème particulier affleure un problème technique général, celui de la définition d'une publicité réelle, qui échappe aux écrans publicitaires dans lesquels on encadre les messages commerciaux (publicité formelle) entre des séparateurs visuels et sonores (jingles). Heureuse publicité qui évite la stigmatisation publicitaire pour n'en être que plus efficace.
D'ailleurs, comment "piger" ce type d'interventions ? Comment en évaluer les retombées pour le calcul du retour sur investissement des dépenses de communication ? Et d'abord, qui est l'annonceur ? 

mardi 29 janvier 2008

Télévision publique : PBS, l'autre modèle américain

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Lorsque l’on évoque en Europe la télévision américaine, il est rare que soit mentionnée la télévision publique, Public Broadcasting Service (PBS). Pourtant, un détour par ce modèle peut oxygéner la réflexion.
Six points distinguent la télévision publique américaine des télévisions publiques européennes :
  • Télévision de proximité. La télévision publique américaine est locale, d’abord. Liée aux communautés territoriales, aux universités, aux associations. Elle ne devient nationale (network) qu'à certains moments de la journée.
  • Télévision choisie, sans redevance. La télévision publique américaine ne connaît pas la redevance. Elle ne s'impose pas. Les téléspectateurs décident de verser, ou non, une cotisation volontaire (subscriptionmembership), du montant qu’ils souhaitent, à leur station locale ("Your local station"), celle qui est près de chez eux. Ce versement annuel donne droit à déduction fiscale. Les téléspectateurs peuvent aussi s’engager en participant, bénévolement, localement, à des activités liées à l’antenne locale (ils sont nombreux à le faire).
  • Télévision alternative. PBS, le network des stations non commerciales, n'est pas en concurrence avec les networks commerciaux pour l’acquisition de droits sportifs ou de films hollywoodiens. Sa programmation nationale, gérée par un network de plus de 350 stations, donne une large part aux émissions éducatives (enfants), informatives, documentaires et culturelles (des loisirs créatifs aux concerts). Le sport commercial ne saurait s'apparenter à des obligations de service public.
  • Télévision sans écrans publicitaires. Malgré quelques tentations, la télévision publique est restée sans interruptions publicitaires. Indépendante à l’égard des ratios quotidiens d’audience publicitaire, la télévision de secteur public garde cependant une relation commerciale avec les entreprises de toutes tailles par l’intermédiaire du parrainage (underwriting). La télévision publique apporte sa légitimité aux entreprises soucieuses d’image de service public. En revanche, pbs.org, le site du network public a sa régie publicitaire propre afin de bénéficier à ce stade du dynamisme que seul insuffle la compétition commerciale.
  • Télévision indépendante des pouvoirs. Son financement est diversifié, l’Etat central (fédéral) intervenant pour 15% du chiffre d’affaires, à côté des entreprises, des collectivités locales, des universités et des cotisations volontaires de téléspectateurs. 
  • Télévision innovante. Systématiquement à la pointe des technologies successives (satellite, numérique, Web, HD, ATSC 3.0, etc.), PBS est l'un des laboratoires permanent de la recherche télévisuelle américaine.
En fait, une télévision modeste, différente, audacieuse et souvent intempestive.
Alors, imaginons en France - au moins pour provoquer la réflexion - un réseau d’une petite centaine de stations, chacune couvrant un territoire télévisuel de l'ordre d'un ou deux départements. Plus de redevance, Roland Garros, le Tour de France ou d'autres événements commerciaux retransmis uniquement par des chaînes commerciales, une télévision pour enfants liée à la recherche universitaire... Des stations locales couvrant la vie locale, comme la PQR ou la PHR...

Que peut-on attendre des médias en matière de service public à l'époque du numérique ?
Tout est à revoir en fonction du développement du Web, du mobile et des réseaux sociaux. Il faudra bien un jour, sans prévention ni précipitation politiques, imaginer et concevoir le service public nouveau dont a besoin une République numérique en matière de médias. Pour l'instant, dans la plupart des pays, on s'est contenté de faire comme si le numérique n'était qu'un peu plus de la même chose, on a repeint en numérique le secteur public de radio-télévision, les aides à la presse, etc. sans jamais remettre en question des institutions et des habitudes surannées. Conservatisme.
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