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lundi 16 avril 2012

TV Conversation


SocialGuide, entreprise new-yorkaise lancée en 2010, évalue les activités sociales déclenchées et propagées par la télévision. Sans grande surprise, il ressort de ces analyses que le sport d'abord, et les séries ensuite sont les émissions les plus socialisantes. Parmi les séries, celles qui relèvent du type "reality" viennent en tête ("The Voice", "American Idol", etc.).
En plus de ces statistiques qui ne manqueront pas d'intéresser les réalisateurs, les acteurs et les responsables de l'antenne, SocialGuide édite un guide TV, qui organise les émissions selon leur genre et la puissance de leur écho social (nombre de commentaires, % de buzz, etc.).

Ce classement, à la manière des hit parades et des best sellers, peut devenir une manière de "découvrir" et de célébrer les émissions. Grâce au SocialGuide, il y a désormais des scores pour toutes les émissions, des records à battre, des paris à prendre, comme pour le sport. Assistons nous à une sorte de panurgisme télévisuel ou à une dimension nouvelle de la vie des téléspectateurs ? Cette obsession de la tendance alimente une fascination curieuse, ludique, pour les statistiques, pourtant dérisoires.

SocialGuide propose évidemment son guide sous la forme d'une appli, compagnon logique de la télévision. Comme d'autres, cette appli contribue au multiscreentasking. Elle permet de prendre part à la conversation, de lire les commentaires de ses amis pendant l'émission regardée, partagée, d'y répondre. Cette interactivité est-elle le signe d'un engagement transférable à la publicité télévisée ?

Les téléspectateurs peuvent se connecter à cette appli via Twitter ou Facebook (procédures bien lourdes). Les réseaux sociaux donnent ainsi une seconde ou troisième vie aux commentaires et autres actes sociaux télévisuels, tous figurant dans la timeline de Facebook. Twitter et Facebook en tirent assurément des données très riches que les chaînes de télévision ne manqueront pas de devoir leur acheter (en attendant d'en développer elles-mêmes).
Cette application contribue à la diversification de la mesure de la télévision, bien au-delà des audiences. Tout ce nouvel environnement de la télévision (cf. Social TV) démultiplie l'expérience télévisuelle qui se trouve au centre d'une gigantesque conversation : évolution passagère ou définitive ?
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lundi 30 janvier 2012

Hulu TV ? Video Battleground

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L'événement télévisuel de ce tout début d'année est créé par Hulu, le service de VOD en ligne. Conçu pour distribuer gratuitement des séries et des films sur le Web, avec financement publicitaire (hors Hulu+), Hulu rompt avec un modèle de distribution pure et simple pour se rapprocher du statut des chaînes de télévision traditionnelles qui, elles, produisent et distribuent. Netflix, Vudu, iTunes, Redbox, Amazon se contentent de distribuer des produits off-network et des films. Jusqu'à présent, malgré de nombreuses tentatives, les acteurs du Web n'ont pas réussi à pénétrer le marché TV avec leurs "Web series".
  • "Battleground" est une série classique, originale, avec scénario : "scripted original programming". 
  • Tournée au coeur du Midwest, à Madison (Wisconsin), dans ses rues, ses parcs et ses cafés, la série est peuplée de figurants de la ville. Elle est dirigée par J.D. Walsh et Marc Webb, des enfants du pays et de ses écoles. Les incitations fiscales mises en place par l'Etat du Wisconsin en 2008 ont sans doute joué un rôle dans le choix du lieu de tournage. 
Les acteurs devant une image emblématique du Wisconsin : le pignon d'une ferme traditionnelle
  • "Battleground" est une sorte de "comedy-drama" ("dramedy"), un faux documentaire. La série compte 13 épisodes et prend pour prétexte la campagne électorale (la première diffusion bénéficiera de la conjoncture des primaires). Elle est tournée avec une seule caméra, conformément aux lois du genre. Chaque épisode de 30 mn est interrompu par des messages publicitaires selon le modèle des networks. Le premier épisode sera diffusé le 14 février, les autres suivront à raison d'un par semaine, tandis que Netflix propose plusieurs épisodes de "Lilyhammer" simultanément. 
  • "Battleground" inaugure en matière de marketing d'antenne : la promotion de l'émission recourt entre autres à une campagne de recommandation exploitant les données collectées auprès des spectateurs de Hulu. Médiaplanning Web comptant d'abord sur les effets de réseau et sur le ciblage comportemental. Il en va de même pour la mesure de l'audience qui échappe aux habituels taux évalués par Nielsen, leur préférant des indicateurs de participation, d'engagement, de buzz, etc.
  • Fox fut à l'origine de la série (2010) mais s'en est détourné. On pense aux networks refusant des séries qui firent le succès de HBO, à "Mad Men", refusé par HBO. TV des "refusés" ou conscience lucide des effets de sélection des publics par le mode de distribution ?
Après "A Day in a Life", lancé en janvier 2011, Hulu produit un documentaire en 10 épisodes, "Up to Speed" et une série de 6 épisodes de 23 mn sur la mode ("The Fashion Fund") ainsi qu'une sorte de magazine, "The Day After" avec des épisodes de 5 mn.

S'agit-il de coups pour voir ou d'un virage significatif dans la logique de Hulu ? Quelles sont les intentions des actionnaires (Fox, NBC Universal, ABC/Disney) qui sont aussi les fournisseurs essentiels de ses concurrents (Amazon, Netflix, Redbox, Vudu, iTunes, etc.) ? NBC Universal / Comcast n'a-t-il pas mis fin à la production d'émission de télévision pour le Web, n'attendant de celui-ci qu'un rôle ancillaire et promotionnel (cf. NBC met le Web à son service).
  • Hulu semble chercher prudemment un positionnement réaliste entre télévision traditionnelle (financement, rythme de diffusion) et Web (ciblage, promotion, connaissance des publics). "Internet TV network" ou "Netcaster" ? Ce vocabulaire bardé de définitions surannées n'aide pas à penser l'évolution numérique des médias. 
  • Le modèle des studios et des networks fait rêver le Web : Netflix (qui lance "Lilyhammer" en février, et ensuite "Orange is the new Black") se verrait bien en HBO... tandis que Yahoo! s'imagine en cinquième network. "Dream on" ! Le Web et son public inventeront autre chose, qui n'est ni l'un ni l'autre et que tente peut-être Hulu, en tâtonnant.

mardi 22 décembre 2009

La star et le blogger - Fable

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Une actrice menace un blogger. Motif : il a révélé qu'une photographie d'elle, publiée à la une d'un magazine de mode, a été retouchée. Amincie, la hanche de la belle ; le blogger titre joliment "ralph-laurenized". La star lance son avocat  ; il exige, il menace, il demande des excuses au blogger, interdit la dissémination... Il rêve, notre avocat... et, fort heureusement, provoque l'effet contraire.
Manifestement, la retouche est médiocre. Les spécialistes de photo numérique s'en amusent, rivalisent d'analyse, décomposent les retouches en leurs moindres détails. Tout y passe ; c'est une "leçon d'anatomie" photographique, vidéo à l'appui.
Plus on la menace, plus la blogosphère s'émeut, plus le bruit court, se propage... 
De plus, comble de malheur pour les retoucheurs, une entreprise informatique, Exomakina, a développé un logiciel, Tungstène, pour détecter les altérations commises dans des photographies. L'AFP, l'agence de presse, s'est dotée de ce logiciel de contre-propagande et de détection de mensonges photographiques. Tungstène doit être considéré comme une extension de la vision (cf. présentation générale du logiciel).

Internet a changé les règles photographiques du jeu people et des médias. Et de tout ce qui s'y apparente, images politiques et publicitaires comprises. Le monde public, la sphère publique ("Offentlichkeit", chez Jürgen Habermas) devront à leur tour se dépouiller de leurs mises en scènes et de leurs truquages. Les retouches sociologiques, les retouches rhétoriques subiront le même sort que les retouches photographiques. Généralisation qui va de pair avec celle de la peoplisation / dépolitisation, et la compense. On a déjà pu l'observer dans quelques cas récents de déclarations menteuses et de plagiats. Aux "grandeurs d'établissement", disait Pascal, reviennent des "respects d'établissement". Mais, avec Internet, c'en est fini, même de ce respect là.
  • En France, Valérie Boyer, députée, a déposé une proposition de loi en septembre 2009. Cette proposition vise à imposer la mention des retouches photographiques des images corporelles publiques (publicité, packaging, campagnes politiques, etc.). Question de santé publique, et de vérité, dit-elle.
  • En Grande-Bretagne, une intervention d'une élue anglaise, Jo Swinson, vise la marque Olay (Procter and Gamble) accusée de tromper les consommateurs en retouchant une photographie utilisée pour la publicité. Tout cela est repris par la presse anglaise (Daily Express, The Independant, etc.). L'élue met en question l'image des femmes propagée par la publicité pour les cosmétiques dans un article publié par The Independant : "Beauty and the economic beast" le 17 décembre 2009. Sur ce mouvement voir aussi le site Real Women qui a lancé une campagne "pour l'honnêteté en publicité".
  • Ce nest qu'un début ; les femmes vont continuer ce combat, que les hommes rejoindront, un jour...

Références :
  • Pascal, "Discours sur la condition des grands", Second discours, Opuscules, 1670
  • Jürgen Habermas, 
    • Strukturwandel der Öffentlichkeit, 1962, suhrkampf, 
    • traduction de Marc Launay, publiée aux éditions Payot, sous le titre de L'espace public, 1978
  • sur une notion voisine et parente, celle de "caractère public" (公共性), voir, Wang Hui, "Politique de dépolitisation et caractère public des médias de masse", Extrême Orient, Extrême Occident, 31 -2009.
Références 

mercredi 18 novembre 2009

Brigitte Bardot, people et divertissement

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Alors que leur place dans les tous médias est primordiale, les phénomènes people restent mal connus, comme la plupart des phénomènes d'imitation, de grégarisation, de panurgisme.... Une exposition consacrée à Brigitte Bardot par le musée de Boulogne-Billancourt (en 2010) ravive la conscience de nos ignorances en matière d'"effets people"des médias, pour peu que l'on effectue la visite "sans prévention ni précipitation".
Photo prise à l'exposition. La Floride est une voiture de Renault (1958-1968)
Une héritière
Toute la vie publique de Madame Bardot est étalée sous nos yeux, le cinéma, la chanson, les amants, les mariages, les animaux qu'elle défend... People à tout prix, même pour la bonne cause. Née d'une famille de la bourgeoisie parisienne, élève au Conservatoire National de Danse, dès 15 ans elle est dans Elle, dont elle fit la couverture à 16 : la famille a des relations et une usine. Brigitte Bardot est une "héritière". Le miracle BB s'accomplit en terrain favorable. Pour objectiver la dimension sociologique du personnage, il faudrait comparer sa trajectoire sociale avec celle de sa contemporaine, Sheila, "petite fille de français moyen" (titre de l'une de ses chansons, en tête du hit parade de l'été 1968 !), qui vendait avec sa famille de la confiserie sur les marchés et séduisit une classe de fans différente, l'une commença par la chanson, l'autre par le cinéma...

Icône pluri-média
Quelle place occupe BB dans la société française ? L'exposition ne propose pas de réponse, mais elle impose la question en juxtaposant les "faits" qui sont "faits" par des images et des "unes" par centaines. Images de libération féminine, d'érotisme qui indisposent plaisamment fâcheux et Tartuffe. Entrée dans le Larousse à 24 ans, De Gaulle en fit la Marianne des 36 000 mairies en 1968. BB fut aussi le faire-valoir des marques pour des créations publicitaires qu'elle écrasait de sa présence : Pschitt (soda), Simca (automobile), Paris-Presse, Les Laines du Chat Botté, Radio Luxembourg, Yamah (moto), Air France, BNP... Images de films, affiches, photographies avec les uns et les autres. Et des chansons, des émissions de télévision.

Devant le phénomène de la peopelisation, la sociologie de la culure semble démunie. BB n'a pas été de ces "intimate strangers" dont parle la sociologie des "célébrités" (Richard Schickel) et Roland Barthes ne nous apprend rien sur cette mythologie. Pour s'y retrouver, c'est peut-être vers la "psychologie économique" de Gabriel Tarde qu'il faut se tourner, qui a identifié le rôle de la presse dans la quantification de la célébrité, de la popularité, de la gloire et de la réputation (Psychologie économique, publié en 1902). Sans cette quantification, pas de people. Mais son intuition n'a pas été développée et n'a pas été adaptée aux médias plus récents et à leur contribution à la peoplisation. Pourtant avec les médias numériques, avec les réseaux sociaux, les bruits courent plus vite, plus haut.

People, "opium du peuple, soupir de la créature opprimée" ?
Pourquoi avoir baptisé cette exposition "les années insouciance" ? Insouciance du milieu où BB est mise en scène, le show business ? Sans doute. D'ailleurs Claude François chantait aussi "cette année là", 1962, une année sans histoire ! Pour d'autres, ce furent des années de guerre coloniale : 400 000 appelés du contingent font leur "service". Guerre civile : massacre d'Oran, massacre des harkis. C'était aussi l'époque de la loi Debré contre la laïcité, les avortements criminalisés, bien avant la loi Weil (1974)... A tous ceux que l'époque opprimait dans leur vie la plus quotidienne, BB parlait d'autre chose, justement, et divertissait.
"A quoi sert la beauté des femmes", s'interrogeait faussement Théophile Gautier. Ne cachez pas ce sein... Certes, mais on ne comprend toujours pas très bien le miracle people.

Durant l'été 2014, pour ses 80 ans, BB revient à la une avec des photos d'autrefois : Ici Paris titre en couverture d'un hors-série sur "les années Bardot" ; à la une de Paris Match, BB illustre "l'éternel féminin" : c'est la quarantième couverture de Paris Match consacrée à BB...
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