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mardi 16 mai 2017

SuperHéros : des comics au cinéma, en passant par la presse




Deux unes de magazines sur les super-héros remettent à l'avant une culture longtemps traitée avec condescendance par les spécialistes des médias qui y dénoncent l'une des voix de l'impérialisme américain. Soft power ! Les comics et leurs super héro-ïne-s manqueraient de légitimité culturelle, dit-on. Comme la BD, le jeu vidéo, la chanson, la publicité ! Un pas en avant, deux pas en arrière : histoire constante de la vie culturelle. Déjà, autrefois, le roman, le cinéma...
  • un numéro hors série de Première (mai-juin 2017, 100 pages, 5,9 €) 
  • le numéro de Tout savoir. Arts & Média consacré entièrement à l'univers cinématographique  de Marvel (164 pages, 12,5 €).
Deux éditeurs américains dominent le monde des super héros : Marvel (qu'a racheté Disney en 2009) et DC Comics (lancé en 1934, filiale de Warner Bros.) Affrontement de deux groupes média. Le monde de DC Comics est celui de Batman, Superman, Wonder Woman, Green Lantern, Watchmen, etc.
Le monde de Marvel est celui des X-Men, Iron Man, Spider-Man, Captain America, Iron Fist, Jessica Jones, Guardians of the galaxy, Black Widow, Hulk, etc.
L'univers des comics a progressivement envahi le cinéma et c'est le sujet essentiel de ces deux magazines. Les comics n'en restent pas moins abondamment présents dans les points de vente presse, avec Panini entre autres. Marvel édite des comics depuis 1939 (Timely Publications). Ils acquièrent une dimension pluri-média, investissant aussi le jeu vidéo, les dessins animés et les séries télévisées (voir Jessica Jones ou Iron Fist, séries de 13 épisodes, produite et diffusée par Netflix en 2015 et mars 2017), mais la culture des comics aussi peuplant les figurines, les parcs d'attraction...

Tout savoir propose une approche presque exhaustive de l'univers cinématographique des héros de Marvel. Approche historique d'abord (avec un excellente infographie), approche par film ensuite, très détaillée. Chapitre introductif sur "Marvel, la fabrique à comics, avec un portrait de Stan Lee et un résumé de la situation compliquée des droits et des licences réparties entre différents studios (Fox, Universal, Sony). Superbe numéro, complet et clair.

Le hors série de Premiere comporte une interview du "pape" de DCU ainsique des gros plans sur Wonder Woman, sur le marché des superhéros dans la monde et l'échec des superhéros français, sur "American Gods" (série de huit épisodes pour Starz en avril 2017, et Amazon Video), un article discutant la place des superhéros dans la culture française, avec Xavier Fournier qui rappelle les héros populaires comme Fantômas, et Judex, l'histoire mouvementée du magazine Strange... Un article sur Netflix et Marvel ("Iron Fist" et, bientôt, "The Defenders"), un article sur l'exposition DC. Tout passionnera les amateurs des films de super héros.

Méprisables les super héros ? Certains héros, certains dieux ou demi-dieux ("ἡμίθεοι") de la mythologie grecque (Hésiode, Homère) n'étaient-ils pas, à leur manière, des super héros, surnaturels ? Que l'on songe à Achille ou encore à Ulysse "aux mille ruses" ("Πολυμήτις Ὀδυσσεύς") qu'Athéna rend plus fort et plus vigoureux pour qu'il impressionne dans les batailles. Le super pouvoir d'Ulysse n'est-il pas le sens de la ruse (cf. le combat contre le cyclope géant dans l'Odyssée, chant IX). Et que dire des anges, des génies et démons divers ? Wonder Woman, qui est une amazone fille d'Hippolyte, est protégée et dotée par les dieux grecs : Athéna, Demeter, Artemis, Hermès, Aphrodite, Hestia...

Les deux numéros de ces magazines donnent l'occasion d'une réflexion approfondie sur les super héros. Réflexion sur l'esthétique, bien sûr, mais aussi sur la philosophie : c'est ce qu'apporte de distance ironique le roman satirique de Robert Mayer, Superfolks (1977, publié en français en 2017 sous le titre "Supernormal", paru Aux Forges de Vulcain). Anthropologie non sans humour de la culture américaine et de sa relation aux super héros. Que l'on pense aux références constantes des personnages de la série "The Big Bang Theory" aux superhéros. Mais les superhéros ne sont pas rebelles à l'internationalisation...

Les superhéros constituent un réservoir immense de personnages, d'intrigues, de narrations, de décors (de costumes) pour des exploitations cinématographiques (avec effets spéciaux) tout comme l'ont été diverses mythologies pour les œuvres théâtrales : Mephistopheles, le diable de "Faust" (Goethe) ou Siegfried dans "L'Anneau du Niebelungen" de Richard Wagner puis dans les films de Fritz Lang.


Magazines
Powerman (ton magazine 100% héros !), bimestriel pour enfants avec fiches, BD, lancé en juillet 2016 (6,9 €)
Cinema TEASER, "Wonder Woman (Super) Héroïne du féminisme", mai 2017, 4,9€
"Toute la mythologie nordique de A à Z. La vie trépidante de 170 dieux, héros et créatures de légende", hors série de Contes & Légendes, mai 2017, 12,9€
"Les héros, réels et irréels, Antiques, médiévaux et contemporains", Contes & Légendes, 26 mai 2017, N°4,  9,5€, 132 p.
"Les superhéros passés au rayon X", hors-série de Science & Vie Junior, juin 2017, 5,5 €

Télévision
Toonami (cartoon + tsunami), chaîne du groupe Turner consacrée aux superhéros (aux Etats-Unis, bloc de la chaîne Adult Swim), est présente sur YouTube depuis avril 2017. Chaîne lancée aux Etats-Unis en 1997, en France en 2016. Ambition internationale déclarée.

voir aussi "Marvel rules The Universe", par Nicole Laporte, Fast Company, April 2017

dimanche 19 février 2017

Hallyu : Netflix dans la vague coréenne avec "IRIS" et "White nights"


Copie d'écran de l'appli Netflix.
Février 2017
"L'exotique est quotidien", dit un ethnologue à propos de l'Asie. C'est vrai également de l'immersion dans une série coréenne d'espionnage (spy drama comme "IRIS") ou "White Nights".
  • "IRIS" : le cadre de cette série est classique : ce n'est certes pas l'Allemagne de l'Est sous contrôle soviétique et le Berlin de Check Point Charlie, mais c'est la Corée du Sud, moderne et technologique, et celle du Nord où s'épanouit une dictature. Autres uniformes, autres paysages, même scenarii. Des épisodes sont tournés au Japon et en Hongrie. La série de 20 épisodes a été programmée en 2009 sur la chaîne KBS2 avec un succès d'audience et de notoriété considérable, d'abord en Corée puis au Japon avant d'être distribuée par Netflix (sous-titrée en anglais). Le budget de production aussi était considérable. Les ingrédients du genre sont classiques et les situations cornéliennes : amitié, amour, patriotisme, réunification, retournements... Bien des ressemblances avec The Black List sur NBC ou Homeland sur Showtime. Après un film en 2010, une deuxième vingtaine d'épisodes exploitant le même filon a été diffusée en 2011 (ATHENA), puis une troisième en 2013 (IRIS II). Un comic book (manwha) sera également publié en Corée et au Japon.
  • "White Nights" est le titre d'une série de 10 épisodes que distribue aussi Netflix (saison 2016, titre original : "Night Light") ; la série est diffusée par la chaîne coréenne MBC à partir de novembre 2016. Le mélodrame se déroule dans l'univers "impitoyable" de la finance et de grands conglomérats coréens (chaebols). Il y a du "Dallas" dans cette série. L'action est racontée au travers de la psychologie de trois héros, un jeune homme romantique, héritier riche et beau, son amie, empêtrée dans une enfance massacrée par un père plus que sévère, et enfin, une jeune fille pauvre qui sombre dans l'ambition et joue un rôle ambigü entre les deux. Univers feutré de violence et de business entre la Corée et le Japon. Gestion paternaliste, intrigue balzacienne dans des décors connotant à la fois le luxe (mobilier, plantes, automobiles, vêtements et accessoires de mode), ainsi que la sagesse traditionnelle : sentences inspirées de la culture confucénne, calligraphie.
Assiste-t-on à un regain de culture coréenne en Occident ? "Hallyu" a-t-on dit, en Asie, pour évoquer la vague de culture coréenne qui déferle depuis les années 1990 (韩流, hán liú, en chinois) : K-pop, séries TV, musique populaire, films, etc. assurent la promotion d'un style de vie, de produits (mode, alimentation, cosmétiques). L'Etat chinois a même pris des mesures de rétorsion anti-hallyu à partir du 1er octobre 2016 suite au déploiement en Corée du système de missiles défense THAAD. Soft power des industries culturelles et diplomatie militaire !
Signalons encore "Hello My Twenties", série distribuée par Netflix depuis décembre 2016, mi polar mi sitcom sur la vie de cinq jeunes coréennes (saison 1, 12 épisodes).

Netflix, qui est implanté en Corée, insère des éléments de la culture coréenne télévisuelle dans son offre et contribue à l'hallyu. Netflix produit "Love Alarm", une série de 12 épisodes d'après un roman avec dessins ("graphic novel", "webtoon"), ouvrage à succès de l'auteure Kye Young Chon où il est question d'une appli alertant en cas de probabilité d'amour à moins de 10 m !). La diffusion en exclusivité Netflix est prévue pour 2018. Netflix a également passé commande à l'entrepise de production Astory de "Kingdom", une série de 8 épisodes.


Références

Soo Hyun Jang, "The Korean Wave and Its Implications for the Korea-China Relationship", Journal of International and Area Studies, Vol. 19, No. 2 (December 2012), pp. 97-113

"Graphic novel emerges as comics for adults", The Korea Times, July30, 2010

Georges Condominas, L'exotique est quotidien, Paris, 1965

Seok-Kyeong Hong-Mercier, "Hallyu, la vague du soft power coréen", INA, septembre 2011

Lee Hyo-won, "Netflix Picks Up 'Love Alarm' as First South Korean Original", The Hollywood Reporter,  January 4, 2017

MediaMediorum :



mercredi 13 juillet 2016

Cinéma américain et européen : Wanda, bras droit du Soft Power chinois


Le groupe chinois Dalian Wanda (万达集团) est devenu le premier opérateur mondial de cinéma. Wanda n'a guère plus de trente ans (1988) ; il gère des entreprises spécialisées dans le luxe, le commerce, le sport et la culture.

En 2012, le groupe Wanda acquiert aux Etats-Unis AMC Entertainment (5 426 salles) ; depuis mars 2016, il cherche à s'emparer de Carmike Cinemas (2 954 salles). Wanda devient ainsi le premier propriétaire de salles de cinéma aux Etats-Unis, devant Regal Entertainment Group et Cinemark USA.
En janvier 2016, Wanda a racheté les studios hollywoodiens Legendary Entertainment qui ont produit, entre autres, "The Dark Knight", "Inception", "Straight Outta Compton", "Godzilla" et "Warcraft", l'adaptation du jeu vidéo et qui produisent égalment pour la télévision ("Colony" oiur USA Network", "Love", "Lost in Space" pour Netflix)
Wanda a négocié en vain l'achat de 49% de Paramount Pictures (Viacom).
Wanda a passé un accord de partenariat exclusif avec l'International Basketball Federation (Coupe du monde FIBA jusqu'en 2033), avec la Badmington World Federation, avec l'International Triathlon Union...
En Chine, Wanda développe Oriental Movie Metropolis qui ouvrira en 2017 à Qingdao et qui comprendra un musée de cire, un musée du cinéma, un parc à thème, de vastes studio, des salles de cinéma, un laboratoire... Dès 2018, les revenus du box office chinois devraient dépasser ceux des Etats-Unis.
Une circulaire du gouvernement chinois prévoit d'aider les films chinois qui feront une bonne performance sur les écrans étrangers.

En juillet 2016, à la suite d'une OPA, Wanda est en passe d'acquérir Odeon & UCI Cinemas Group qui, en Europe, exploite plus de 2 300 écrans (Allemagne, Autriche, Espagne, Grande-Bretagne, Italie, Irlande, Portugal).

Dalian Wanda est ainsi devenu le premier exploitant de salles de cinéma dans le monde.

D'autres interventions chinoises peuvent être également mentionnées telles celles, récentes, effectuées par Kunlun Technology (昆仑,  jeux vidéo) qui s'est emparé de Opera, le navigateur norvégien (avec Qihoo 360, en février 2016) ; Kunlun a pris une participation de 20% dans Grindr (réseau social gay, 20%), dans LendInvest (20% en 2015), place marché financière avec crowdfunding). En 2015, Kunlun a investi dans le club de l'Athlético De Madrid (20%, club de football professionnel espagnol). Wanda intervient aussi dans l'architecture et l'urbanisme à Londres et Madrid en achetant le légendaire Edificio España en 2014.
Kunlun annonce son entrée au capital de Woobo (20%, robotique) et investit en Californie, dans une entreprise d'intelligence artificielle, Kunlun AI (15%). Diversification technique et géographique avec des participations minoritaires.
Enfin, pourduivant son incursion dans le sport professionnel, Wanda pour se faire connaître mondialement et massivement, devient le premier "parrain" de la FIFA et du football international pour les coupes du monde de 2018 à 2030.

De la même manière, Shandong Honda, pour se diversifier, rachète Jagex, importante entreprise de jeux vidéo (RuneScape) en Grande-Bretagne. En France, Wanda construira EuropaCity avec Le Groupe Auchan (Immochan), un park à thème près de Paris CDG : la concurrence avec Disney est en marche.

On peut lire dans ces diverses acquisitions, une volonté politique d'expansion culturelle répondant à une ambition intérieure (cohésion nationale, créativité) et extérieure (compétitivité) à l'instigation du Parti Communiste Chinois. La culture, dite "soft power" (软实力), serait l'une des clefs de la stratégie internationale de la Chine ; on a parlé d'offensive de charme, de séduction... En 2018, Tencent Holdings (腾讯) prend une participation de 10% dans Skydance Media...


N.B. La notion de "soft" / "hard power" émerge des travaux de Joseph F. Nye dans son ouvrage Bound to Lead. The changing nature of American Power, publié en1990.
Cette notion est développée à propos de la Chine dans l'ouvrage dirigé par Mingjiang Li, Soft Power. China's Emerging Strategy in International Politics, 2009.

lundi 14 mars 2016

Netflix, première télévision mondiale


Netflix n'est pas une chaîne. Il n'y a ni maillons, ni stations comme en réunissent les networks américains, il n'y a pas de satellites de diffusion non plus comme en utilisent CNN ou ESPN.
Netflix n'accepte pas d'interruptions publicitaires. Ses revenus proviennent exclusivement de la vente directe aux consommateurs sous la forme d'un abonnement mensuel. L'absence de la publicité dans le modèle économique ne lui impose pas d'insertion dans le tissu économique national (ce qui, soit dit en passant, fait percevoir, un des effets ignorés du financement publicitaire).
Le contenu proposé aux consommateurs sera de plus en plus mondial ; ce sera de moins en moins une mosaïque de contenus nationaux, tel est l'objectif déclaré (cf. "evolving proxy detection as a global service" ). Ainsi, en mars 2015, Netflix diffuse "Daredevil" simultanément dans 190 pays. La mondialisation de Netflix, c'est du "Soft power" en faveur des Etats-Unis.
Déjà, Netflix compte plus de 30 millions d'abonnés hors Etats-Unis, 21 langues.
Netflix déshabitue les téléspectateurs des comportements de consommation hérités de décennies de diffusion linéaire (dont HBO) et généralise ses modes de consommation (habitus télévisuel) : binge watching, consommation multisupport dont smartphone, abonnement forfaitaire, chill, recommandations... Télévision armée d'innombrables données qu'elle ne partage pas.

Berlin : affichage Netflix pour "Better Call Saul",
 série issue de "Breaking Bad", mars 2016
("La vérité n'est pas non plus une solution")
Quels sont les obstacles à la mondialisation que propage Netflix ?
  • Le droit protectionniste que déploie chaque nation, les réglementations nationales : si la conquête peut être fait de culture, alors il faut résister au "Soft power" et se protéger par le droit nationalLes Etats imposent des productions nationales, en faveur de leur industrie cinématographique organisée en groupe de pression. La Chine seule résiste encore à Netflix, qui ne désespère pas. La revendication de défense des cultures nationales est incommode à prôner puisque les industries culturelles et leurs serviteurs se réclament de l'universel, en théorie.
  • La diversité linguistique. Doublage, sous-titrage : Netflix entraîne ses abonnés à l'acceptation du sous-titrage (cf. "Narcos", "Orange Is The New Black"). Notons que la barrière linguistique à l'entrée sur le marché des médias s'abaisse au fur et à mesure que les nouvelles générations acquièrent une compétence de réception de l'anglais (ou l'illusion d'une compétence : l'anglais de "Orange is the new black", par exemple, est extrêmement difficile, en raison de ses multiples sociolectes).
  • Les différences de performance des infrastructures pour le haut débit ("essential facility") pourraient et sans doute constitué un obstacle à l'implantation de Netflix. En fait, le succès de Netflix en fait l'un des accélérateurs de développement de ces infrastructures. Pour optimiser la diffusion de ses programmes, Netflix recourt au cloud (AWS d'Amazon) et à son propre Content Delivery Network (CDN) qui utilise des Open Connect Appliances (OCA) placés sur les ISP locaux. Netflix s'appuye sur des algorithmes de consommation pour prépositionner les contenus (cf"Netflix Media Center").
L'effet le plus manifeste de la mondialisation de et par Netflix s'observe d'ores et déjà en France avec la série "House of Cards". Elle a d'abord été diffusée triomphalement sur la chaîne payante Canal + qui en avait acheté les droits. En 2016, Netflix étant dorénavant présent en France, la quatrième saison de la série ne sera plus accessible qu'aux abonnés de Netflix en France. Les premières diffusions sur Canal+ auront fonctionné comme de remarquables promotions de Netflix. C'est sans doute de promotion qu'il s'agit quand TF1 diffuse les premiers épisodes de "Marseille" (co-diffusion, mai 2016).

Mondialisation de la production ? Pour remplir les obligation réglementaires que lui imposent les Etats et que requière le marketing, des productions de Netflix sont ancrées dans des économies nationales : "Marseille" (France), "Suburra" (Italie), "The Crown" (Grande-Bretagne), "Club de Cuervos" (Mexique, sur le football), "3%"(Brésil), "Okja" (Corée), "Dark" (Allemagne)...
Les produits américains télévisuels bénéficient d'une image favorable auprès des publics internationaux. Les chaînes nationales, publiques et commerciales, ont fait le lit de leur concurrence future en mettant en avant les émissions américaines dans leur grille. Désormais, une partie de celles-ci leur échapperont parce qu'elles seront produites par Netflix.
Netflix répond à la demande de générations qui ne comprennent plus les blocages nationaux et les barbelés virtuels de type "guerre froide". Une enquête de TNS Emnid en Allemagne pour le Verbraucherzentrale Bundesverband confirme que les consommateurs demandent une ouverture des frontières leur permettant d'accéder aux programmes étrangers: "digitalen Inhalte grenzüberschreitend nützen". La portabilité transfrontalière proposée par la Commission européenne va dans cette direction (cf. "cross-border portability of online content services").

Pour Netflix, le nerf de la guerre est donc désormais la production de nouveaux contenus, originaux, de qualité : 600 heures ont été promises pour 2016 (pour un budget de 1,2 milliard dollars). Netflix vise un contrôle accru de ses contenus, pour s'affranchir de la dépendance des studios hollywoodiens. De plus, l'internationalisation devrait enrichir le moteur de recommandation de Netflix de données nouvelles transcendant cultures et sous-cultures nationales.

Déjà, des opérateurs traditionnels de télévision tentent de s'inspirer de Netflix, dont ils ressentent la menace même s'ils ont réussi à produire de pseudo "études" pour clamer que la consommation de télévision linéaire n'en était pas affectée. Il s'est même trouvé un cadre du network américain NBC pour enrôler Dieu au service de la télévision linéaire : "linear TV is TV like God intended". 
Excommunions Netflix !

dimanche 13 décembre 2015

Presse et influence à vendre : Alibaba dans le quotidien


En 2013, le patron d'amazon s'est payé The Washington Post. Alibaba, le e-commerçant chinois Alibaba (阿里巴巴), achète le quotidien anglophone de Hong Kong, South China Morning Post et le SCMP Group Limited. Ce sont d'anciennes propriétés du groupe News Corp. L'acquisition inclut, entre autres, les éditions chinoises de Cosmopolitan, Elle, Harper's Bazaar, des entreprises d'affichage, de formation, de recrutement...
D'emblée, le nouveau propriétaire annonce que le quotidien chinois sera désormais gratuit sur les lecteurs sur Internet ("paywall down") ce, afin de développer un lectorat international et d'améliorer ainsi l'image internationale de la Chine (soft power ?). Alibaba se veut une entreprise chinoise citoyenne.
Notons que à la différence du Washington Post au moment de son rachat, le South China Morning Post est profitable, grâce à des revenus publicitaires élevés. Rappelons que Alibaba a pris en novembre 2015, le contrôle de Youku Tudou (优酷土豆), une sorte de YouTube chinois (vidéo online).

Illustrant la passion de la nouvelle économie pour l'ancienne, du numérique pour le papier, ces événements, comme le projet de magazine de Airbnb avec Hearst, invitent à penser de manière moins manichéenne les relations entre modèles économiques des médias et, peut-être la notion-même de disruption, concevant de manière trop radicale le changement de paradigme cher à Thomas Kuhn (1962).
La Une du South china Morning Post (SCMP), vendredi 11 décembre 2015, annonçant le rachat, l'engagement
de maintenir son indépendance éditoriale (comme toujours) et la suppression de l'accès payant (paywall) en ligne
Ces opérations dans les médias font également entrevoir un marché de la légitimité et de la notoriété (heritage, iconic status, influence) : s'agit-il d'externalités positives susceptibles de constituer des facteurs de croissance endogène dont profitent les entreprises numériques. Destruction créatrice ?
Par ailleurs, les synergies entre Alibaba et le South China Morning Post sont certaines, la presse traditionnelle profitant des savoir faire numériques et de l'expérience financière des acheteurs, Alibaba bénéficie de la capacité d'influence politique, nationale et internationale, du quotidien.

Après ces deux titres, à qui le tour ? Que pourraient vouloir acheter Apple, Google, Facebook ou Uber ?

lundi 21 septembre 2015

La Chine est proche : magazine en chinois et en français


La Chine n'est guère visible encore en France. Pourtant, on nous avait prévenus, il y a longtemps : "Quand la Chine s'éveillera..." , prémonition attribuée à Napoléon, en 1816 ! Elle s'est éveillée. La France numérique a les yeux fixés sur la Silicon Valley et sur Apple, Google, amazon, Microsoft, Facebook... tandis que ces entreprises, elles, n'ont d'yeux que pour la Chine... Tout comme les studios de cinéma américains qui se mettent à produire en chinois (Warner Bros., par exemple).

Voici un magazine publié par l'Institut Confucius en France (孔子学院). Présent dans de nombreuses villes universitaires et régions françaises (Alsace, Bretagne, La Rochelle, Montpellier, Pays de la Loire, Nice, Paris, Poitiers, etc.), l'Institut, ouvert en 2004, a pour vocation l'enseignement de la langue chinoise et la diffusion des cultures chinoises à l'étranger, à la manière du Goethe Institut, de l'Institut Cervantès, du British Council ou de l'Alliance française... Le site de l'Institut, en 7 langues dont le français, se consacre à l'enseignement du chinois.

Comme ces instituts dépendent d'un organisme gouvernemental chinois (Hanban), on y a vu parfois des instruments de propagande du gouvernement chinois (cf.  Pierre Bonnard, "Soft power chinois : faut-il fermer les Instituts Confucius ?", Rue 89, 4 novembre 2014). Un universitaire américain, Marshall Sahlins, y a même dénoncé un danger pour l'université ("Academic Malware") !

Institut Confucius. Magazine en chinois et en français, trimestriel, 5,99 €, 82 p, dos carré.

Ce magazine luxueux dédié à la langue et à la culture chinoises est bilingue. Le numéro en cours, propose des articles sur l'architecture, l'urbanisme, les villages, la peinture, la langue (un idéogramme expliqué : dans ce N°4, 家 qui signifie famille, chez soi, valeur fondamentale du confucianisme), la préparation aux examens de chinois (HSK), etc. Pas de publicité mais un peu d'autopromotion.
Une application a été développée qui, pour l'instant, reste rudimentaire, se contentant de publier les numéros du magazine en anglais (PDF).

Alors qu'il existe une presse à finalité didactique pour les langues (allemand, anglais ou espagnol), une place prometteuse est certainement à prendre pour le chinois. Plusieurs publication se positionnent déjà sur ce marché : Magazine Chine (Chine informations) lancé en janvier 2014 est consacré à l'actualité et au tourisme. Planète chinois, publication adaptée depuis 2009 par le CNDP de The World of Chinese se positionne comme la "revue de tous ceux qui étudient le chinois". Signalons encore Chine sur Seine, revue publiée par le Centre culturel de Chine à Paris ou Prespectives chinoises, revue académique du CECF (depuis 1992).

Le marché des langues (traduction automatique, assistée par ordinateur - TAO, entre autres) devrait prendre de l'importance, suivant la mondialisation des échanges commerciaux, universitaires, scientifiques, touristiques. L'école préparant mal à cette mondialisation, l'autodidaxie doit y pourvoir. Les supports numériques mobiles sont sans doute des moyens essentiels pour cet apprentissage continu, tout au long de la vie. Quelle sera la place du magazine dans ce monde plurimédia ? Quelles synergies entre ces divers supports tant il semble que les supports numériques ne condamnent pas le papier (cf. Deutsch perfekt, magazine du Goethe Institut).

mardi 24 août 2010

La Chine au Sénégal : SinAfrique numérique ?

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Une société chinoise, StarTimes, assurera le passage de la radio-télévision sénégalaise (RTS) au numérique (pour 2015). StarTimes, déjà présente en Afrique, fournit des décodeurs numériques au Nigeria, des émetteurs au Rwanda ; des projets sont annoncés en Guinée, en Tanzanie, etc. SinAfrique numérique ?
Où sont les entreprises françaises ? Et la francophonie ?
La puissance internationale média de la Chine est en marche. Softpower ?


Références

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