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jeudi 8 novembre 2018

Cord shaving, cord cutting, cord nevers... voici les cord shifters


Les résultats trimestriels de Comcast viennent de tomber (T3, 2018).
Comcast a gagné 334 000 abonnés broadband ("residential internet customers") mais a perdu 106 00 abonnés vidéo. Au cours d'une année, Comcast aura perdu 363 000 abonnés vidéo mais gagné 1,23 millions d'abonnés haut débit. Source : Multiscreen Index, Informitv.
Bilan positif ?
Sans doute, d'autant qu'il semble que la marge réalisée avec un abonné haut débit soit plus élevée que celle réalisée avec un abonné vidéo. Difficile de conclure précisément toutefois, faute de données (prise en compte des abonnements promotionnels, etc.). Néanmoins, il est raisonnable d'estimer que le modèle économique des câblo-opérateurs n'est pas aussi compromis que l'on a pu le craindre. Des abonnés se désabonnent du câble et de la réception des chaînes cab-sat (cord-cutting) et s'abonnent, ou restent abonnés au fournisseur pour la connection Internet (transfert : cord-shifting). Comcast passe progressivement du statut de câblo-opérateur à celui de Internet Service Provider (ISP, fournisseur d'accès Internet, FAI). Il compte davantage d'abonnés Internet haut débit que d'abonnés TV / vidéo, et l'écart se creuse.
Une même situation semblable peut être observée pour Charter,/ Spectrum l'autre grand câblo-opérateur : 66 000 abonnés vidéo perdus, 266 000 abonnés haut débit gagnés (T3, 2018).

"We surpassed 30 million customer relationships", a déclaré le P-DG de Comcast. "Customer relationship", relation client ; pour ne pas dire "abonné" (subscriber) ? "What's in a name"! Voici un nouveau KPI : l'ensemble de ceux qui souscrivent à un des deux types d'abonnements, au moins : l'ancien ou le nouveau ?

La connexion Internet est désormais vitale, son importance s'accroît : Comcast ne court donc aucun risque. En revanche, l'abonnement aux chaînes vidéo (cab-sat) est en baisse ; les abonnés à Internet peuvent remplacer l'abonnement aux chaînes traditionnelles (legacy) par des abonnements streaming, souscrits auprès de Netflix ou Amazon Prime Video, notamment. D'ailleurs, Comcast se vante d'être le premier fournisseur d'abonnés Netflix aux Etats-Unis... Paradoxe ? Comcast développerait une set-top box dédiée exclusivement aux services de streaming et qui ne donnerait donc pas accès aux chaînes traditionnelles.
  • Pour palier ce transfert, Comcast pourrait lancer des services OTT accessibles aux Etats-Unis et en Europe, puisque Comcast vient d'acquérir Sky. NowTV pourrait constituer un tremplin tentant. 
  • Comcast pourrait aussi s'accorder avec Netflix... 
  • Comcast pourrait également se tenir à l'écart des services en streaming, au modèle économique incertain, et se concentrer sur la fourniture de connexion Internet, au modèle économique plus sûr : développer et améliorer son réseau, vendre davantage de produits aux abonnés (domotique, cloud, par exemple), ou encore vendre de la bande passante aux utilisateurs de son réseau puisqu'il n'y a plus de neutralité du Net pour l'interdire.
Netflix sur xFinity par Comcast

Voir aussi, sur MediaMediorum :

jeudi 27 février 2014

La neutralité du Net et l'accord Netflix /Comcast


Qui doit payer pour assurer aux consommateurs une liaison haut débit de qualité ? L'opérateur ou le fournisseur de contenus ? L'accord Netflix / Comcast intervenu aux Etats-Unis la semaine passée propose une réponse : puisque c'est le fournisseur de contenu qui en a le plus besoin, c'est lui qui doit payer.
Source : Netflix, US & Canada blog
Aussi, Netflix (30 millions d'abonnés) a accepté de payer le câblo-opérateur Comcast pour un accès direct à son réseau, en vertu de quoi les émissions de Netflix seront mieux acheminées aux téléspectateurs qui les achètent. La vitesse de téléchargement des produits de Netflix (séries, films) ne cessait de se détériorer en raison d'embouteillages sur les réseaux qui provoquaient la lenteur voire des interruptions de la transmission.

Ainsi, Netflix et Comcast semblent appliquer de facto la décision du tribunal de Washington (D.C.) (janvier 2014), saisi par Verizon, remettant en question les principes de l'"Open Internet". En réalité, Netflix paie parce que, dans ce cas, le trafic Netflix / distributeurs est disymétrique, presque exclusivement descendant à partir de Netflix ;  il s'agit donc plutôt d'une compensation que d'un paiement, les accords d'appairage (peering), reposant a priori sur la gratuité, puisqu'ils présupposent la symétrie. La compensation n'a rien à voir avec la neutralité du Net.

Le volume de vidéo circulant sur les réseaux s'accroissant régulièrement, de tels accords paraissent désormais inévitables, instaurant sans doute une inégalité de distribution entre fournisseurs de vidéo, celle-ci pouvant être amenée à payer de plus en plus plus cher sa distribution. Rappelons que 30% du trafic haut débit sur Comcast, aux heures de pointe, provient de Netflix.

Le bruit de ce cas particulier retentit dans le cadre d'une discussion générale sur la neutralité du Net qui stipule l'égalité de traitement de tous les contenus (au sens de Tim Wu, cf. infra). Les éléments actuels instaurant la neutralité du Net aux Etats-Unis renvoient à des notions floues comme la "discrimination déraisonnable" et la "gestion raisonnable" (cf. infra). Dans l'accord Netflix / Comcast, il semble qu'il n'y a pas de discrimination déraisonnable et qu'il s'agit d'un cas de gestion raisonnable du réseau.
Toutefois, si ce cas doit faire jurisprudence, les principaux fournisseurs de contenus vidéo devront payer les distributeurs pour leur transport. On peut penser à Hulu, à YouTube, iTunes, Disney, Amazon, aux chaînes de télévision... Déjà, Verizon (FiOS), qui réclame des frais de transit (transit fee), a fait savoir que les plus importants utilisateurs du réseau devraient contribuer davantage, invitant la FCC à intégrer des entreprises comme Google, Apple, Netflix, Microsoft dans le périmètre de sa réflexion sur la neutralité du Net. AT&T (U-verse) a déjà commencé des négociations avec Netflix. Quant à Google, Microsoft, Yahoo!, ils paient les opérateurs depuis longtemps, semble-t-il. Dans tous ces cas, nous avons affaire à des accords commerciaux classiques : à quoi bon une législation ?
  • Si une question doit être posée à l'occasion de ce débat, c'est celle du seuil de concentration : la FTC autorisera-t-elle l'achat de Time Warner Cable par Comcast ? L'ensemble représenterait plus de 32 millions d'abonnés haut débit et donnerait à la nouvelle entité un pouvoir exorbitant de négociation avec les fournisseurs de contenu.
  • Cette affaire peut éclairer la stratégie de Google Fiber, classée en tête pour la vitesse de connection aux Etats-Unis (cf. supra, tabeau de Netflix). Google pourrait compter sur la mise en place de ses réseaux hauts débits pour sécuriser la distribution de ses contenus, de YouTube notamment, qui représente presque 20% du trafic actuellement... Ses essais de très haut débit à Kansas City, Austin, Provo pourraient être étendus prochainement à une trentaine d'autres agglomérations. 
  • Un accord du type Netflix / Comcast valorise les fournisseurs d'accès Internet (FAI) qui peuvent, avec la fibre optique, escompter des revenus supplémentaires des fournisseurs de contenus ou, le cas échéant, des avantages pour leurs propres contenus. 
  • Verra-t-on Netflix reporter ses frais de transit sur la facture de ses abonnés ?
  • Quel sera son comportement de Netflix sur le marché européen ? Il semble qu'aux Pays-Bas, où Netflix est présent, le câblo-opérateur Ziggo (racheté par Liberty Global) envisage de faire payer les fournisseurs de contenus pour garantir la qualité de distribution... En Norvège, Netflix a un accord de peering avec Telenor et paie pour la diffusion de ses contenus... On dit qu'en France, Netflix négocierait une garantie de bande passante avec Orange...
  • Le débat s'envenime. Dans un post (20 mars 2014) Netflix réclame un renforcement de la neutralité du Net : "Internet Tolls and the Case For Strong Net Neutrality". A cela, AT&T rétorque dès le lendemain : "Who Should Pay For Netflix?", qui doit payer pour Netflix, sinon Netflix ou ses clients ? "As we all know, there is no free lunch, and there’s also no cost-free delivery of streaming movies.  Someone has to pay that cost".
  • Quelques semaines après la signature de l'accord Comcast - Netflix, la performance de Netflix s'est fortement améliorée sur les réseaux Comcast comme le montre la comparaison des tableaux ci-dessus (janvier mars 2014).

Rappels sur la neutralité du Net :

FCC, "Fixed broadband providers may not unreasonably discriminate in transmitting lawful network traffic over a consumer’s broadband Internet access service. The no blocking and no unreasonable discrimination rules are subject to limited exceptions for “reasonable network management.”", The Open Internet, Guide.

Tim Wu, "Internet Neutrality, Broadband Discrimination", Journal of Telecommunications and High Technology Law", Vol. 2, p. 141, 2003.

Tim Wu, "Network Neutrality FAQ",  avec biblio.

mardi 22 mai 2012

Vendre Internet au kilo octet

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Comcast, depuis longtemps déjà, cherche un modèle économique pour la commercialisation de l'Internet.
Comcast est un groupe média complexe et tentaculaire qui réunit aux Etat-Unis : des stations de télévision (O&O), deux networks nationaux (NBC et Telemundo), des chaînes thématiques, des sites Web et des studios (Universal). C'est aussi le premier câblo-opérateur américain (MSO) et le premier fournisseur d'accès Internet (FAI).
Comcast est l'une des premières puissances du marché média américain : ses prises de position sur le marché sont suivies avec attention et circonspection, d'autant que la FCC a autorisé la fusion Comcast / NBC sous réserves que soient respectées certaines conditions anti-concentration draconiennes.

S'inspirant des modèles économiques de la téléphonie, Comcast teste de nouvelles politiques des prix pour Internet.
Depuis 2011, les abonnés haut débit qui consommaient plus de 250 GB voyaient leur abonnement interrompu. Dorénavant, au-delà d'un certain forfait (300 GB, sans distinction de source, donc téléchargement pour Netflix et Skype inclus), l'abonné serait facturé (10$ par tranche de 50 GB ?). Cf. Blog de Cathy Avgiris qui dirige ce secteur pour Comcast.
Depuis 2008, l'abonnement inclut tous les contenus fournis par l'opérateur sur le câble (XFinity) mais pas les contenus transitant par Internet comme NBC.com, Hulu mais surtout Netflix ou YouTube.
Discrimination, disent certains, dont Netflix, qui en appellent à la FCC au nom de la neutralité du net.

Quel modèle économique pour le haut débit ?
Il semble impossible de concilier abonnement illimité et prix limité, qu'il s'agisse d'Internet ou de téléphonie. Faut-il traiter également tous les contenus ? Faut-il laisser les opérateurs gérer leur politique des prix à leur manière ? Qu'est-ce qui relève d'obligations de service public dans cette affaire ? Le développement de services de VOD tels que YouTube ou Netflix, Vudu ou Amazon, oblige les opérateurs à anticiper. Pour Comcast ou Time Warner, les problèmes sont d'autant plus cruciaux et sensibles que ces MSO sont à la fois fournisseurs d'accès et de contenus. Les opérateurs de téléphonie ne manqueront pas d'être concernés également.

Le président de la FCC, l'organe réglementaire américain a fait connaître son point de vue, favorable à un prix basé sur l'utilisation : "Usage-based pricing would help drive efficiency in the networks”. Une bataille commence.
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dimanche 17 octobre 2010

La chaîne, l'opérateur du câble et Internet

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News Corp. bloque, depuis vendredi 15 octobre, la retransmission de ses stations de télévision sur des sites de l'opérateur du câble américain Cablevision Systems à New York (WWOR, WNYW), à Philadelphie (WTXF). De même, la diffusion de Fox Deportes (chaîne sportive hispanophone) de Fox Business Network et de NatGeo Wild (documentaire) est bloquée sur ces réseaux.
Les téléspectateurs ont été informés par l'opérateur sur les sites concernés : "We regret to inform you that News Corp., in an act of corporate greed, has pulled the plug on Fox 5 and My9 from your Cablevision lineup. This is an unfortunate attempt to get unreasonable and unfair fee increases from Cablevision and our customers". Les téléspectateurs ont été privés de retransmissions sportives (MLB, NFL), de "House", "American Idol", notamment. L'opérateur suggère à ses abonnés, pour faire pression contre ce "blackout", d'adresser par son intermédiaire un message de protestation à News Corps. News Corps a refusé tout arbitrage ("binding arbitration") demandé par Cablevision, y compris l'arbitrage proposé par la FCC (qui couvre l'événement sur son site, à destination des abonnés).
De tels conflits ont déjà eu lieu opposant bouquets et détenteurs de programmes. Ce qui est nouveau toutefois, c'est l'enrôlement d'Internet dans le conflit : Fox a bloqué l'accès de ses émissions sur Fox.com et sur Hulu aux abonnés haut débit de Cablevision Systems. Une débat s'en est suivi sur la neutralité d'Internet. Fox a fait marche arrière sur Internet.
Ces incidents, après bien d'autres semblables au cours des mois passés illustrent la relation entre fournisseurs de programmes (stations, chaînes) et opérateurs du câble. Fox (News Corp.) demande 150 millions de dollars (contre 70 lors du précédent contrat) au câblo-opérateur pour la retransmission de ses stations terrestres (donc du network national Fox dans les marchés desservis par Cablevision Systems), en plus de la distribution de ses chaînes thématiques.
  • Le network national, Fox, se prive d'une audience significative dans les premier et troisième marchés TV américains et sur certaines chaînes thématiques. Les annonceurs et les agences média qui ont acheté ces audiences n'apprécient pas.
  • L'opérateur du câble mécontente ses abonnés qui peuvent être tentés de regarder les stations terrestres directement ou de s'abonner à un service concurrent (bouquets télécoms et satellite). Or le câble ne cesse de perdre des abonnés.
  • Internet commence à remettre en question les habitudes et l'autonomie de décision des acteurs média traditionnels. Au cours de ces péripéties, des principes généraux du droit américain des médias montrent leurs limites (retransmission content, must carry, entre autres) et ne manqueront pas d'avoir des répercussions juridiques sur l'organisation du marché de la télévision et des programmes.
Transférons, pour voir, en une sorte de Gedankenexperiment, un tel conflit au marché télévisuel français : les opérateurs du câble devraient payer TF1 ou M6 pour retransmettre ces chaînes. Celles-ci pourraient bloquer leur retransmission sur les réseaux (dont Internet, puisque le câble est fournisseur d'accès Internet) en cas d'échec des négociations sur les tarifs. Beau sujet. De mémoire, pour l'instant !
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jeudi 12 août 2010

Opérateurs cabsat américains : les données d'abord

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Le Media Rating Council américain (MRC) modifie son métier. Au lieu d'auditer après coup, et après coût, des mesures d'audiences nouvelles, l'équivalent américain du CESP forme une coalition d'intérêts et d'entreprises pour définir les "guidelines" des mesures possibles.
Dans cette coalition, la NCC Media dont Comcast, Time-Warner Cable et Cox Media sont actionnaires ("owners") et à laquelle sont affiliés de nombreux câblo-opérateurs ("affiliates"), mais aussi DirecTV (satellite) et Verizon FIOS (télécoms). Mais pas Dish Network (satellite), pas Cablevision (câblo-opérateur), pas AT and T Uverse (télécoms). La NCC est connue pour sa régie publicitaire de réseaux câblés locaux (interconnectsspot cable) qui depuis longtemps travaille à la réalisation d'outils informatiques de commercialisation de l'espace publicitaire (EDI). Toutes ces entreprises sont caractérisées comme "Multi-Channel Video Programming Distributors" (MVPD). L'objectif est la collecte de données (data) et leur mise en cohérence. Il s'agit pour les MVPD de s'accorder : sur des méthodologies de collecte ("definitions and calculations for accumulating digital viewership data"), sur des méthodologies de traitement de ces données, leur édition, leur diffusion et sur des règles de protection de la vie privée.
Le MRC a pour mission d'étendre ces recommandations (guidelines) aux fournisseurs de contenus pour la mise en place des instruments de mesure fiables, indispensables aux métiers de la publicité.

En clair, de mon point de vue :
  • Les opérateurs traditionnels de télévision, qui sont aussi d'importants FAI, prennent la mesure de la valeur et de l'importance stratégique des données transitant par leurs set-top boxes qui distribuent la télévision, téléphonie et Internet. Notons qu'ils sont présents dans 90% des foyers américains (mais presque absents des lieux de travail, hors des foyers). 
  • Ces opérateurs veulent prendre en main leurs propres données alors que diverses entreprises (Nielsen, Kantar, etc.) prétendent effectuer, à leur propre profit, le travail de collecte et de traitement de ces données. A terme, ces données occuperont une place décisive dans le modèle économique des opérateurs (aux Etats-Unis, les opérateurs cabsat ont leurs propres régies publicitaires, locales et nationales).
  • Ces opérateurs mettent en place une stratégie analogue à celle qu'Internet développe de manière non coordonnée au travers de quelques centaines d'opérateurs de transactions publicitaires en ligne (les organes interprofessionnels étant limités, au mieux, à des rôles de caisses d'enregistrement). Devant le dynamisme ébouriffant d'Internet, laissé aux initiatives disparates du marché, ils mettent en oeuvre, de manière défensive, une économie dirigée des données. 
  • Les opérateurs cabsat se préparent à la prochaine grande bataille des médias, celle des "données" (de consommation, de navigation, etc.).
  • Dans cette perspective, les aspects socio-démographiques perdent de leur intérêt pour faire place à des profils et à des sommes et suites de comportements observés, de comportements prédictibles (probabilités). Ainsi se règle, sans problème, de manière mathématique, la question du respect de la vie privée et de la sûreté des personnes : les données personnelles s'avèrent pauvres et inutiles. En matière de marketing aussi, la vertu vient de la nécessité.

vendredi 8 mai 2009

Vivre en pannes


Il y a peu, Gmail est tombé en panne ("a glitch") ; à son tour, Hotmail tomba en panne quelques jours plus tard, puis Gmail à nouveau. Le 9 mai, dans le Sud Est, Orange a dû interrompre ses services pendant plusieurs heures (mobile, TV, Internet : triple play !). Pour les adeptes du cloud computing, c'est préoccupant. Comme Gmail et Hotmail sont gratuits pour le grand public, on leur pardonne plus facilement, d'autant qu'avec le travail off-line et le "flaky connection mode", ce fut supportable pour les usagers de Gmail.

Les fournisseurs d'accès interrompent leur service de temps en temps : ils expliquent, quand ils daignent expliquer, que c'est "la faute à France Telecom", au dégroupage partiel, total... Impossible de s'y retrouver : c'est la faute à personne. Il n'est pas surprenant qu'Internet devance de peu la téléphonie dans l'Observatoire des plaines de l'Afutt et tienne bien sa place dans le Baromètre des réclamations de la DGCCRF. Voir le commentaire mesuré de la revue Que Choisir ? et le baromètre d'insatisfaction des consommateurs prisonniers de "l'enfer des hot lines" : pour eux "la galère reste en ligne" : tous les FAI sont au-dessous de la moyenne, sauf Darty.

A propos, avez-vous déjà entendu parler de pannes de facturation ? Non ? Bizarre...

Quant aux pannes des ordinateurs, aux bugs divers, aux courriers erratiques, c'est là monnaie courante. Blogs et forums regorgent d'astuces et de trucs pour survivre dans la jungle bureautique : aidez-vous les uns les autres. Et ne comptez surtout pas sur les modes d'emploi ou les aides en ligne : ils répondent à toutes les questions que vous ne vous posez pas. Appeler un service après vente, un service client ? N'y pensez même pas ! Les opérateurs, les fabricants comptent désormais sur les clients pour venir en aide aux consommateurs qu'ils ont naufragés. Ils ont "crowd sourcé" leur SAV.

Même s'ils perdent quelques batailles, fabricants, opérateurs et consorts ont gagné cette guerre d'usure. Le consommateur, accablé, ne se plaint plus trop, il se débrouille. Triomphe du bricolage. Le nombre de réclamations, indicateur commode, sous-estime la réalité des mécontentements ; il ne prend en compte que le plus vérifiable, le plus indéniable (facturation excessive, etc.). D'autant qu'il faut du temps et du savoir-faire pour se plaindre : les plus vulnérables ne savent pas ; Que Choisir ? publie des lettres-types pour faciliter le dépôt de réclamations et aider les victimes. Le consommateur vit désormais les pannes comme un destin. Minuscule pot de terre contre tentaculaires pots de fer, il se méfie. Il sent bien que les méchantes Parques qui filent nos vies numériques, et les coupent, se réjouissent des incompatibilités entre logiciels qui nous frappent à chaque nouvelle version, à chaque mise à jour, qu'elles se réjouissent aussi des tarifs et CGV ésotériques de la téléphonie portable, des anti-virus pré-installés, des assurances, des garanties... A chaque jour suffit sa panne !

Coûts de transaction
Le temps que fait perdre cette gigantesque accumulation de pannes, de bugs, de fausses promesses, de déceptions, de dissuasion, de démoralisation a un coût, qu'il faudrait évaluer, pour revoir à la baisse les déclarations de satisfaction tonitruantes... et, à la hausse, la facture numérique réelle des consommateurs et des entreprises. A imputer aux coûts de transaction !

samedi 1 novembre 2008

Les déclarations, un art du mensonge ?


Tout le monde ment. C'est le fameux leitmotiv de House dans la série de Fox consacrée au diagnostic médical. C'est aussi l'un des postulats, plus ou moins tacite, des sciences humaines, tellement dépendantes des déclarations, confessions, entretiens, questionnaires auto-administrés, histoires de vie ... Informateur, panéliste, enquêté, patient : même combat ? 
Il en va de même avec les déclarations des entreprises qu'il faut traiter avec circonspection, prudence alors que fleurissent les communiqués de presse où elles cultivent pour plaire aux analystes, aux actionnaires, une constante auto-satisfaction.

Voici un cas de déclaration. Le "bouquet de chaînes" allemand, Premiere, est soupçonné d'avoir gonflé le nombre de ses abonnés : ce n'est pas le "bouquet", bien sûr, mais probablement une série de responsables qui ont sciemment menti, du patron à ses subordonnés qui gèrent les fichiers d'abonnés. Dévoilée par News Corp, qui est devenu récemment le premier actionnaire du bouquet (avec 25,01% des actions. Cf. post du 1 mai 2008), l'erreur est désormais publique. Evidemment, le cours de l'action a chuté. On peut quand même se demander comment a été effectuée la due diligence d'acquisition...
On ne sait donc pas exactement combien d'abonnés compte la chaîne, d'ailleurs on ne sait même pas comment sont comptés les abonnés. Un audit conduit par News Corp. reprenant les principes comptables du bouquet BkyB (Sky Digital) en Grande-Bretagne donne des résultats surprenants : Premiere disait 4,2 millions, News Corp dit 3,6 millions, dont seulement 2,3 millions de clients directs.
En presse, les abonnements sont audités régulièrement (selon les pays par l'OJD, par l'ABC, notamment). Pourquoi les abonnements de la télévision (câble, satellite, télécoms) ne le sont-ils pas ? Comment sont comptabilisées les promotions ? Combien d'abonnements payants (et à quel prix), combien de gratuits ?

Or, si l'on ne dispose pas de ces données, fiables, régulièrement mises à jour, publiées après un audit neutre et non d'une déclaration toujours propre à séduire et à mentir (communiqué de presse), comment peut-on caler les enquêtes d'audience ? Comment élaborer, puis fonder, puis, éventuellement, imposer une politique de la concentration des médias ? Comment imaginer une réglementation qui n'aurait pas, préalablement, défini un standard comptable en ce domaine.
Ou bien se résigne-t-on à entériner une sorte de "mentir-vrai" et à se satisfaire d'une méfiance généralisée, chacun ayant sa recette pour cuisiner les déclarations et les faire avaler ?

lundi 14 juillet 2008

La TV publique et le Web : quel financement

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Les impôts (redevance, etc.) doivent-ils, peuvent-ils servir à payer les développements de la télévision publique sur le Web ? Est-ce la lettre et l'esprit de la loi ?
  • PBS.org, le site du network de la télévision publique américaine semble dépasser en audience les grands networks commerciaux. Selon Hitwise, PBS.org aurait une part d'audience hebdomadaire de 24% des visites (Semaine 3, juin), devant ABC (19%), NBC (18%), CBS (18%) et Fox (17%). Le network de secteur public attribue ce succès aux nombreuses heures de vidéo mises à disposition ainsi qu'à la qualité sans cesse améliorée de son référencement naturel.
  • La BBC programme un investissement de 85 millions d'€ d'ici 2013 pour la réalisation de 65 sites Internet couvrant la totalité des régions de Grande-Bretagne, BBC Local. La BBC prédit pour la vidéo locale une audience cumulée hebdomadaire de plus de 11% des foyers d'ici 2013. La BBC déclare qu'elle ne concurrencera pas les sites commerciaux et mettra ses contenus vidéo à disposition des autres médias locaux.
  • En Allemagne, les médias commerciaux (presse, TV) demandent au législateur de limiter le développement des chaînes publiques (ARD, ZDF) sur Internet : ils y voient une concurrence déloyale (distorsion de concurrence, Wettbewerbsverzerrung) de médias financés par l'impôt ("Rundfunkgebühr", cf. l'article du quotidien Handelsblatt).
Internet, média des médias, brouille les frontières entre médias et invite à un redéploiement à 360° du débat politique sur les financements publics des médias (télévision et radio publiques mais aussi "aides à la presse").

NB : Hitwise (groupe Experian) recourt à une méthodologie dite "network centric" pour évaluer les audiences à partir des données transmises par les FAI (Fournisseurs d'Accès Internet).
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