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mercredi 3 août 2016

Hulu accueille Time Warner et supprime sa version publicitaire


Time Warner prend 10% de Hulu aux côtés de Walt Disney Co., Comcast Corp. et 21st Century Fox.

Hulu lancera au début de l'année 2017 un service de type mini-bouquet (live TV bundle) susceptible de concurrencer les mini-bouquets (skinny bundles) des Multiple Video Programing Distributors (MVPD) comme Fios (Verizon) ou Sling TV (Dish Network).
Des chaînes de Time Warner  (TBS, TNT, CNN, Cartoon Network, Turner Classic Movies, Adult Swim, Tru TV, Boomerang) pourraient faire partie de ce nouveau bouquet.

Hulu avec cette rentrée de près de 600 millions de dollars sera mieux armé pour concurence Netflix.

Dans un même mouvement, le 8 août 2016, Hulu a supprimé sa version gratuite avec publicité (rejoignant ainsi la grande évasion publicitaire en cours).

Evolution délicate à suivre attentivement : nous assistons peut-être à un tournant dans l'évolution de la structure du marché télévisuel américain car les actionnaires de Hulu ont pour concurrents leurs principaux clients, les MVPD et Netflix. On a parlé de déclaration de guerre !


N.B. Lancé en 2007, Hulu compte 12 millions d'abonnés en 2016 (9 millions en 2015). L'abonnement mensuel coûte 12$ (édition payante lancée en 2010).
Hulu connaît un taux de désabonnement très élevé (50%, alors qu'il est de 9% pour Netflix, selon Park Associates).

vendredi 29 avril 2016

Médias sans pub : la grande évasion publicitaire


Le développement de médias exclusivement payants restreint le potentiel des actions publicitaires.
Netflix et Amazon en donnent un exemple significatif : les dizaines de millions d'abonnés à Netflix ou Amazon n'ont plus d'occasions de voir de publicité sur leur téléviseur (hors placement de produits). Les millennials consomment moins de télévision linéaire gratuite et achètent de plus en plus leurs contenus audio-visuels (Global Web Index, 2016).

Vidéo et musique se présentent de plus en plus souvent à deux vitesses, au choix : une version payante, sans interruption publicitaire, une autre gratuite avec publicité, pour fauchés ?
Les versions payantes, sans publicité, se multiplient : YouTube dispose maintenant de sa version premium, YouTube Red, lancée en octobre 2015 (ad-free, $9,99). Vevo envisagerait également un modèle semblable... HBO a modifié sa distribution pour suivre ce modèle avec HBO Now ($14,99) suivi par Showtime ($10,99).

Manifestement, une partie de la population préfère payer pour échapper aux interruptions publicitaires qui s'apparentent à du harcellement : nouveau modèle économique, du gratuit au payant, du ponctuel à l'abonnement mensuel. La publicité, mal conçue, repoussoir, suscite le payant.

Ce modèle est omniprésent en musique : Spotify (cf. copie d'écran ci-dessous), Pandora, Deezer, Apple Music (13 millions d'abonnés, sans publicité). Deezer souligne : "No ads, no interruptions". Même proposition pour Pandora : "Upgrading your Pandora account to Pandora One, our paid subscription option, will remove all forms of outside advertising from Pandora". Idem pour SoundCloud.
On retrouve un tel modèle dans d'autres sites : par exemple, le site de rencontres grand public Tinder Plus qui a développé une version payante sans publicité pour 5$ / mois. Kindle aussi : les liseuses d'amazon diffusent de la promotion par défaut, mais si l'on paie un peu plus cher, on a droit à une version sans publicité...
Dans le même ordre d'idées, Hulu diffuse ses émissions pour enfants sans publicité mais, en août 2016, Hulu finit par supprimer sa version avec publicité, gratuite, lancée à ses débuts en 2007. Et l'on dit que CBS All Access envisagerait une version sans publicité pour 2017.

A cette évasion publicitaire, s'ajoute désormais celle des utilisateurs d'Adblocking ("adblockalypse !).
La presse développe parfois une argumentation homologue : si vous n'acceptez pas la publicité (adblocking), alors il vous faut payer pour le contenu... Adblock Plus voit dans le paiement direct avec Flattr Plus un moyen systématique de monétiser les contenus autrement que par la publicité...

Cette double évasion publicitaire est loin d'être négligeable ; elle l'est encore moins si l'on imagine le type de profils qui échappe à la publicité de cette manière : des jeunes adultes, des millennials, des personnes plutôt aisées, ou et diplômées, les parents de jeunes enfants... Comment retrouver et toucher cette cible tellement intéressante et précieuse, celle des publiphobes ? Superbe défi pour ceux qui savent utiliser subtilement les données...

Abonnement Spotify Premium (30 JOURS gratuits, puis, 9,99 € / mois)


dimanche 13 décembre 2015

Presse et influence à vendre : Alibaba dans le quotidien


En 2013, le patron d'amazon s'est payé The Washington Post. Alibaba, le e-commerçant chinois Alibaba (阿里巴巴), achète le quotidien anglophone de Hong Kong, South China Morning Post et le SCMP Group Limited. Ce sont d'anciennes propriétés du groupe News Corp. L'acquisition inclut, entre autres, les éditions chinoises de Cosmopolitan, Elle, Harper's Bazaar, des entreprises d'affichage, de formation, de recrutement...
D'emblée, le nouveau propriétaire annonce que le quotidien chinois sera désormais gratuit sur les lecteurs sur Internet ("paywall down") ce, afin de développer un lectorat international et d'améliorer ainsi l'image internationale de la Chine (soft power ?). Alibaba se veut une entreprise chinoise citoyenne.
Notons que à la différence du Washington Post au moment de son rachat, le South China Morning Post est profitable, grâce à des revenus publicitaires élevés. Rappelons que Alibaba a pris en novembre 2015, le contrôle de Youku Tudou (优酷土豆), une sorte de YouTube chinois (vidéo online).

Illustrant la passion de la nouvelle économie pour l'ancienne, du numérique pour le papier, ces événements, comme le projet de magazine de Airbnb avec Hearst, invitent à penser de manière moins manichéenne les relations entre modèles économiques des médias et, peut-être la notion-même de disruption, concevant de manière trop radicale le changement de paradigme cher à Thomas Kuhn (1962).
La Une du South china Morning Post (SCMP), vendredi 11 décembre 2015, annonçant le rachat, l'engagement
de maintenir son indépendance éditoriale (comme toujours) et la suppression de l'accès payant (paywall) en ligne
Ces opérations dans les médias font également entrevoir un marché de la légitimité et de la notoriété (heritage, iconic status, influence) : s'agit-il d'externalités positives susceptibles de constituer des facteurs de croissance endogène dont profitent les entreprises numériques. Destruction créatrice ?
Par ailleurs, les synergies entre Alibaba et le South China Morning Post sont certaines, la presse traditionnelle profitant des savoir faire numériques et de l'expérience financière des acheteurs, Alibaba bénéficie de la capacité d'influence politique, nationale et internationale, du quotidien.

Après ces deux titres, à qui le tour ? Que pourraient vouloir acheter Apple, Google, Facebook ou Uber ?

mercredi 17 juin 2015

Numérique et destruction créatrice de médias


Depuis 20 ans, les médias traditionnels d'information sont assaillis par de grands services numériques sans contenu propre, sauf fourni par les utilisateurs eux-mêmes (User-Generated Content).

Tout support numérique sans contenu se fonde sur un service aux consommateurs (réseau social, moteur de recherche) pour accumuler et vendre des contacts publicitaires. Chaque service y va de son appli mobile, qui recherche et puise des contenus dans les productions des médias traditionnels et les agrège à son bénéfice. Les médias traditionnels, "legacy media", médias de contenus, sur le fond, n'ont pas changé : la presse comme la télévision ou la radio restent d'abord des créateurs organisateurs de contenus, d'information entre autres, et, notamment, d'information locale.
Le numérique n'y change pas grand chose : la collecte de cette information ("All the news that's fit to print", selon le slogan du New York Times depuis 1896), son traitement (vérification, curation, narration, illustration) coûtent cher. La monétisation semble rester en rade ; elle s'est empêtrée dans sa distribution traditionnelle.

S'agit-il de destruction créatrice ? Disruption : une concurrence terrible qui vient d'où l'on ne l'attend pas. La presse américaine n'attendait pas les moteurs de recherche, elle n'attendait pas les réseaux sociaux, elle ne se méfie pas de la géolocalisation... Les quotidiens ont craint USA Today et The  National Sports Daily comme les networks ont redouté les chaînes thématiques, CNN, ESPN... Aveuglés par ces leurres involontaires, armés d'analyses de concurrence, classiques et trompeuses, on dirait que les médias n'ont rien voulu voir venir.

Qu'est-ce qui a été détruit et recréé ? Ce sont les modes de distribution. Mais cette destruction n'a été possible que parce qu'ont subsisté, inaltérés et disponibles gratuitement, la création journalistique des médias, les contenus.
Si les plus jeunes se tournent vers le Web, mobile surtout, et abandonnent les supports traditionnels de l'information (Reuters Institute for the Study of Journalism at the University of Oxford, 2015), ils n'abandonnent toutefois pas les contenus ! L'agrégation de contenus opérée par les médias traditionnels est une commodité de distribution (packaging). La désagrégation en cours correspond à de nouvelles formes de distribution. Mais, toujours, derrière cette mutation du papier aux applis mobiles, il y a des contenus, des créations, du plaisir.
La distribution peut compter sur l'automation et l'intelligence artificielle pour optimiser son modèle économique et réduire sans cesse les coûts de transaction. En revanche, la création, qui lutte contre le chaos et l'entropie, ne peuvent guère compter que sur l'intelligence naturelle d'une main d'œuvre créatrice (journalistes, etc.).

Récemment Apple, Facebook, après d'autres (Google News, Flipboard, etc.) se sont positionnés comme distributeurs de produits élémentaires de la presse, désagrégés, l'article étant l'atome de lecture mobile.
  • Après Paper (1994), Facebook teste Instant Articles. Paper a joué un rôle de brouillon ; avec Instant Articles, Facebook se positionne comme distributeur d'articles de presse à part entière. Les articles sont publiés directement dans l'appli Facebook (iOS), bénéficiant d'une meilleure ergonomie : alors qu'actuellement, les articles de presse se téléchargent lentement, Facebook promet un téléchargement 10 fois plus rapide que le Web mobile et des modalités d'édition enrichie (zoom, plein écran, autoplay, légendage audio, etc.). L'information est-elle déjà "Facebookified" ? Quelle part du trafic des médias vient de Facebook ?
    • La publicité sera gérée directement par le titre qui alors gardera 100% des revenus ou bien elle sera confiée à Facebook Audience Network qui prendra 30% des revenus. Par ailleurs, Facebook propose aux éditeurs les fonctionnalités de LiveRail (people-based targeting pour mobile.
    • Les éditeurs pourront aussi utiliser leurs propres analytiques, dont Google Analytics ou comScore, s'ajoutant aux outils mis à disposition par Facebook (Tools and Insights for Publishers).
Les titres engagés avec Instant Articles (source Facebook, May 2015)

  • Apple annonce News pour l'automne 2015 (Etats-Unis, Australie et Grande-Bretagne d'abord). News sera une appli iOS 9, personnalisable, qui devrait remplacer Newsstand et agrégera des articles de presse. Le partenariat de lancement mobilisera The New York Times, ESPN et des titres du groupe Condé Nast (bon appétit, etc.). 
    • Les titres commercialisent leur espace publicitaire, mais à la différence de Facebook, les données de consommation de la presse ne seront pas transmises aux titres afin de garantir la vie privée des lecteurs ("Apple doesn't share your personal data"). Apple commercialisera les espaces publicitaires invendus.
    • Branding : avec Apple News Format for Publishers, Apple laisse la possibilité aux éditeurs d'effectuer la promotion de leurs titres (abonnements).
    • Le contenu proposé par News tiendra compte de ce que le lecteur lit habituellement en vue d'atteindre un niveau d'intérêt et d'engagement croissant. 
    • Au travail de gestion suivant un algorithme, pourrait s'ajouter un travail de curation humaine.
  • Twitter travaillerait à Project Lightning, une fonctionalité permettant de suivre un sujet ou un événement ; des curateurs incorporeraient des tweets sélectionnés en une narration (story) accessible et mise à jour sur l'appli Twitter pour iOS.
Parmi les questions que suscitent ces développements :
  • La mesure totale du lectorat total n'en finit pas de se complexifier ? Comment intégrer ces audiences nouvelles avec les analytiques actuels de la presse ? 
  • Qui détient les données de lecture ? Le titre pourra-t-il y accéder pour construire sa stratégie éditoriale, promotionnelle, publicitaire ?
  • S'il se crée des carrefours (hubs) où les lecteurs peuvent se rendre pour découvrir des articles, des revues, si l'on peut y passer sans effort d'une publication à une autre, quelle marque en bénéficie ? Apple ou Conde Nast ou Bon Appetit ? Qui profite de la notorité (branding) ? A qui les lecteurs seront-ils fidèles ? A Facebook, Apple, ou à l'éditeur ? La marque éditeur ne risque-t-elle pas d'être diluée ?
  • Avec des opérations comme News ou Instant Article, les médias de contenus accroissent leur dépendance vis à vis de leurs puissants distributeurs (addiction). On dirait parfois qu'ils se livrent en aveugles au destin numérique qui les entraîne...
De plus, la mainmise progressive d'agrégateurs ("massive social media aggregators") comme Google, Apple ou Facebook sur les contenus des médias américains semble se doubler de la concurrence que ces entreprises font aux médias traditionnels en matière d'information, notamment en période électorale. Ainsi, Facebook semble la source de plus en plus fréquente des informations politiques, pour les moins de trente ans (cfPew Research Center, 2014). Voir aussi le rôle de Facebook (Obama et les networks) et de YouTube (Google) dans la communication gouvernementale (cf. Un président sur YouTube).
Facebook guigne les dépenses publicitaires des partis politiques et des candidats, réduisant d'autant la part de marché des médias locaux, notamment celle de la télévision. Mais ce n'est pas la seule avancée de Facebook dans l'information : le réseau s'attaque indirectement aux médias traditionnels en facilitant la tâche des relations publiques (PR). Ainsi, alors que le nombre de journalistes décroît, celui des PR augmente : les journalistes font carrière dans les RP (y compris des jouralistes ayant obtenu des prix Pulitzer). La communication l'emporte sur l'information.
Twitter de son côté concurrence aussi 
les médias traditionnels pour la couverture des campagnes électorales (cf. le travail de Peter Hamby, journaliste de CNN, "Did Twitter Kill the Boys on the Bus? Searching for a better way to cover a campaign", Shorenstein Center Fellow, Harvard University, Spring 2013, 95 p.) : la conclusion de l'auteur sonne comme une menace de plus : "More and more, the mainstream political press is being cut out of the election process".

Les applis sur mobiles deviennent le mode le plus courant de la consommation d'information (newsreading apps). La majorité des visiteurs de la plupart des sites d'information viennent du mobile (selon Pew Research Center). Face à des entreprises gigantesques, attrape-tout, comme Facebook, Google ou Apple, les médias d'information et de divertissement semblent coincés, hypnotisés : ne pouvant les battre, ne leur reste-t-il à qu'à s'y rallier ? Facebookisation de l'information, Facebook assurant la police de l'information (content cop) ?

N.B. Pour d'autres formes d'intervention des réseaux sociaux dans l'information, voir, par exemple, les collaborations successives de Storyful (News Corp.) avec Facebook (2014) puis YouTube (2015).

lundi 8 septembre 2014

Un Canard pas assez déchaîné ?


Le Canard enchaîné rend des comptes à ses lecteurs. Transparence appréciable : la qualité de la gestion, le montant des bénéfices sont garants de l'indépendance éditoriale.
Pour 2013, les ventes ont chuté (16 %). Ce n'est pas le prix de vente au public qui est en cause puisque, depuis  23 ans, le prix de vente n'a pas changé (1,2 €). Alors ?
L'explication que propose l'hebdomadaire ressort de la politologie : « notre diffusion baisse – c'est ainsi – quand la gauche est au pouvoir ». D'après le P-DG du Canard, le déficit de lectorat proviendrait de la désertion de l'électorat des partis de gauche. Selon cette explication, l'électeur lecteur de gauche, partisan, bouderait le Canard, lui rapprochant de tenir un discours hostile aux partis qu'il a élus.

On pourrait ajouter deux autres hypothèses.
  • D'abord, une hypothèse technique. L'insuffisance du réseau de distribution et un certain manque de souplesse et de réactivité dans la gestion de l'approvisionnement. Le réglage des services est insuffisant : souvent le Canard, publié le mercredi, est absent des points de vente avant la fin de la semaine. Le Canard, qui ne fait pas concurrence aux points de vente de Presstalis avec une distribution numérique plus ou moins gratuite, mériterait d'être mieux traité. 
  • Ensuite, d'un point de vue politologique, on pourrait renverser l'explication que donne Michel Gaillard (cf. document infra) : des partis de dits de gauche étant au pouvoir, le contenu du Canard deviendrait moins féroce, donc moins drôle et moins intéressant. Pas assez déchaîné, trop domestiqué le volatile ? Du coup, la partie du lectorat qui appartient à l'électorat de l'opposition, de gauche ou de droite, serait moins encline à acheter le Canard
Pour tester et vérifier ces hypothèses explicatives - qui ne sont pas incompatibles et sans doute se cumulent, il faudrait disposer d'une analyse de contenu longitudinale, qui n'existe pas. Faute de cela, on pourrait invoquer l'habitus intellectuel et politique des collaborateurs du Canard... Mais ces études n'existent pas non plus, à notre connaissance. Que fait la science politique des médias ?
  • « Le Canard, écrit M.G., ne tire ses ressources que de ses lecteurs ». Pas tout à fait : il y a une aide de 557 000 € (compensation pour tarif postal en 2013, Source : Ministère de la culture et de la communication). C'est bien peu, comparé à d'autres titres qui contribuent si faiblement au débat démocratique et au pluralisme mais empochent des millions. De plus, Le Canard enchaîné n'a aucun revenu publicitaire : il ne vend pas ses lecteurs à des annonceurs, ne tire aucun profit de son lectorat secondaire (faute d'études d'audience, on ne peut calculer le taux de circulation du titre ; le lectorat secondaire est sans doute égal au double ou au triple de sa diffusion payée, au moins). Journal unique par son modèle économique, son contenu et son rôle dans le débat politique.
Le Canard enchaîné, 3 septembre 2014, p. 4 (M.G. = Michel Gaillard, P-DG de l'hebdomadaire)

Références sur l'histoire du Canard enchaîné :
  • La thèse de Laurent Martin, "Le Canard enchaîné ou les fortunes de la vertu. 1915-1981", Université de Paris 1.
  • Son article dans la revue Vingtième siècle - Revue d'histoire, "Pourquoi lit-on le Canard enchaîné ?",  2000, N°68, pp. 43-54 (disponible ici)
  • Le Canard enchaîné. 100 ans. Un siècle d'articles et de dessins. Avec "Le roman du Canard" par Patrick Rambaud, Paris, 2016, Seuil, 614 p.

jeudi 19 décembre 2013

Economie de l'information, économie du divertissement : dépense des consommateurs

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L'INSEE publie, dans Insee Première, N°1479, de décembre 2013, une étude sur "La dépense des ménages en produits de l’économie de l’information depuis 50 ans", étude réalisée par Danielle Besson et Nathalie Morer (division Synthèses des biens et services).
La période couverte va des années 1960, de la fin des "trente glorieuses" à 2012. Ceci est une note de lecture.

Rappelons ce que comprend "l'économie de l'information", catégorie dont le nom peut prêter à confusion : au titre des services, elle inclut la consommation de programmes cinématographiques et télévisuels (dont cassettes, DVD, etc.), les jeux vidéo, les programmes musicaux (disques, CD, fichiers) ; au titre des biens, elle inclut les équipements nécessaires pour consommer ces services (terminaux divers : téléviseur, console, tablette, smartphone, etc.).
En fait, il s'agit surtout de l'économie du divertissement. Pour 72,2%, la dépense des ménages est consacrée aux services : divertissement (cinéma, séries, spectacle sportif, variétés, jeu vidéo), communication et la bureautique (téléphonie, Internet).
Les équipements nécessaires à la consommation de ces services (biens) représentent 28,8% de la dépense des ménages, la baisse des prix occultant une importante hausse des volumes achetés. 90% de ces biens (équipement) sont importés.

Dépenses pré-engagées
"La moitié des dépenses liées à l’économie de l’information en 2012 sont pré-engagées, prélevées sur le budget des ménages sous forme par exemple d’abonnements ou de redevances". Câble et satellite, télécoms et Internet fonctionnent à l'abonnement : ces dépenses sont, par construction, relativement rigides ; elles sont moins vulnérables aux aléas de l'économie domestique que l'achat à l'unité (chaque occasion risque de le remettre en cause). Mais rien n'indique pourtant que ce mode de consommation pré-engagée soit pérenne ; la consommation à la demande (VOD) prend de l'ampleur et l'on observe aux Etats-Unis des phénomènes de désabonnement ou de non abonnement, notamment dans le domaine de la télévision (cord-cutting, cord nevers), phénomènes qui pourraient se développer en France. Beaucoup de consommateurs pourraient vouloir s'engager moins longtemps, se dégager plus facilement (résiliation)...

Comment sont payés les services ? La gratuité apparente par la publicité
Hors télécommunications, beaucoup de services sont financés par la publicité ; c'est le cas des médias (télévision, radio, presse) et de nombreux outils du Web (réseaux sociaux, exploration, recherche). Le consommateur ne paie pas ou presque rien, il paie indirectement en se constituant cible publicitaire ou fournisseur de données. Ce troc, paiement indolore, n'est pas pris en compte dans cette étude. De même, ne figure pas non plus la part des services qui sont importés, et son évolution. Or la plupart des services généraux du Web sont importés (Google, Facebook, Twitter, iTunes, Yahoo!, LinkedIn, etc.) mais, étant payés par les annonceurs, ils ne figurent pas dans cette étude qui ignore le troc "service contre data". La data collectée et revendue n'est pas mesurée ici : c'est une limite de cette analyse (cf. Ni biens ni service : data) qu'il faut étudier.
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dimanche 3 novembre 2013

Economie de l'ennui et wait marketing

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"L'économie de l'ennui" (无聊), c'est l'expression utilisée par 子怡, étudiante de Master 226 dans son mémoire sur les écrans installés dans les immeubles des grandes villes chinoises, là où l'on attend : devant les ascenseurs, dans les ascenseurs (cf. Focus Media, notamment). Audience captive. L'expression "économie de l'ennui" traduit de façon créative la notion de "wait marketing" (cf. Diana Derval, 2006).

Où attendons-nous ? Où perdons-nous notre temps ? Où patientons-nous ? Chez le médecin, le coiffeur, le dentiste ; quand on fait la queue, à la poste, à la caisse des magasins, au musée, au cinéma... Temps mort, temps vide, dit-on... Qui peutt être du temps pour réfléchir, penser, divaguer...
L'économie de l'ennui et de l'attente s'empare logiquement des transports puisque l'on y attend vraiment beaucoup : on attend au départ, on attend à l'arrivée pour en sortir ou retrouver quelqu'un. Et il y a les retards, les pannes, les accidents, les arrêts pour des causes diverses...
Pour meubler l'attente, patienter, on a pensé aux écrans. Depuis longtemps déjà, les aéroports, où l'on perd de plus en plus de temps, sont en proie aux écrans (CNN Airport Network a plus de vingt ans). Mais le Wi-Fi, d'après mon expérience du moins, y est si peu ou si mal développé que l'on ne peut guère compter dessus.

Le métro a maintenant des écrans : il ne lui manque que le Wi-Fi qui désormais relève du service minimum à rendre au public de ses clients.
Dans plusieurs villes, les stations passent au Wi-Fi, à l'instigation des câblo-opérateurs qui trouvent là une extension de leur activité. Après Time Warner et Cablevision à New York, voici Comcast à Philadelphie. Comcast, premier opérateur du câble américain (MSO), contrôle aussi NBC et les studios Universal) ; c'est l'opérateur du câble de Philadelphie (DMA n°4) où se trouve d'ailleurs son siège social. Comcast y installe le Wi-Fi "gratuit" dans les stations de métro (SEPTA) : en échange de la "gratuité", l'opérateur affiche de la publicité sur les smartphones des clients du métro lorsqu'ils se connectent ; c'est un message vantant son service Xfinity qui les accueille. Le service fournira aussi une appli donnant accès à des informations voyageurs (horaires, retards, etc.). Le câblo-opérateur établit une continuité de service domicile / hors domicile. A quand, pour achever cette continuité, le Digital Signage ?
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dimanche 16 juin 2013

La data mobile, avenir de l'e-mail ?

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On avait prédit la fin inéluctable du mail, au profit du SMS, des messageries et des réseaux sociaux. Déjouant les prédictions, l'usage du courrier électronique (e-mail) continue de croître significativement (+11,6% au premier trimestre 2013). Manifestement, le mobile lui a donné un nouvel élan.
Selon Experian Marketing Services, le mail est à son tour une activité majoritairement mobile, tout comme les réseaux sociaux. On consulte, on ouvre, on classe, on répond, on archive, on recherche depuis un support mobile, tablette ou smartphone. L'archivage total est essentiel avec son classement, son accessibilité et son outil de recherche.
Le courrier est ainsi devenu l'écran le plus consulté (landing page, homescreen), le lieu où se mêlent courriers professionnels et personnels ; l'adresse mail est devenue un identifiant unique permettant de se connecter à un service. De plus, tout utilisateur de Facebook dispose désormais d'une adresse Facebook (du type cvbn@facebook.com). Selon une enquête de Toluna en Grande-Bretagne (1000 personnes, juin 2013), après la voix, l'activité (task) la plus fréquente sur un smartphone est le courrier, devant la photo et les réseaux sociaux, loin devant les jeux, la musique, l'information ou les achats...

Mis à jour le 4 juillet 2013
Les applis organisant la gestion du mail donnent lieu à des surenchères d'ergonomie. Mailbox (Orchestra) racheté en mars 2013 par Dropbox, en est la plus récente et la plus brillante illustration (cf. infra). L'enjeu est tel que Outlook (Microsoft), Gmail, Yahoo! Mail, Apple, chacun y va de sa réforme ergonomique. Yahoo! acquiert le gestionnaire de courrier et de contacts Xobni en juillet.
Reste le lancinant problème du spam : plus de la moitié du courrier reçu est non désiré, encombre, gêne, exige une gestion énervante, coûteuse. Reste aussi les usagers et maldroits et fatigants  : avec l'appli, respecter un savoir-vivre élémentaire, une étiquette est encore plus nécessaire et sensible qu'avec l'ordinateur (cf. l'étude de Sendmail et Myers-Briggs).

Mail payant ou gratuit avec publicité ? La gratuité triomphe, mais elle inquiète. Si le service est "gratuit", c'est parce que nombre de fournisseurs "lisent" les courriers afin de cibler les messages publicitaires qu'ils y affichent afin de collecter quantité de données privées. La demande de data accentue la pression en faveur de la gratuité. Certains rêveurs, toutefois, continuent d'imaginer un service public postal, universel et gratuit, lié à la boîte aux lettres (bal) traditionnelle et à son marketing (cf. le travail du GIE balmétrie : on peut certainement concevoir une mesure hybride du courrier publicitaire).

L'annonce de la mort du courrier était très exagérée. Toujours cette "tentation du prophétisme" qui conduit à raisonner en fonction de ce que l'on croit qui doit être et non de ce qui est observé et que l'on sait. Piège dans lequel s'enferre parfois le journalisme des médias dont le lecteur professionnel attend les oracles ; le cas Meeker semble relever du même piège, tellement séduisant.

L'appli Mailbox dans iTunes

mercredi 10 avril 2013

Data: the price of our opinion


Let's start with three propositions:
  • There is an abundant supply of opinions : everyone can produce an opinion about anything, on any topic, at any time (change opinions). An opinion is the product of interrogation; it can also be expressed and observed through behavior:  a program watched (TV meters), consumer paths in a store, the location of a smartphone user, social graph, etc.
  • There is a growing demand for opinions from marketing research institutes and polling companies (advertisers).
  • There is therefore a marketplace for opinions.
Here is a look at the evolution in the various business models.

Business model 1 (M1)
At the beginning, people were willing to give their opinion for free. It was fun; there was a flattering illusion of importance. The business model was simple: a company collected opinions (polling, etc.), processed the data and sold the results as "public opinion". They did not buy opinions: people gave their opinions and were happy - if not proud-  to do so. Free labor was there for the taking. A bit like crowd sourcing.
To motivate and encourage people, esp. those taking part in a long time panel, the companies compensated (incentivised) panelists for their participation with a small a gift, a little money. Something symbolic.
But people are now less and less likely to give their opinion for free. There are too many phone surveys. They do not want to waste their time. Some do not even answer a land line anymore. They do not want to answer surveys on a mobile phone. They do not agree to answer long surveys (some might require more than 7 hours)... Consequently, marketers have to pay more, give better gifts: the average price of an opinion is increasing. Unless surveys are very quick and not intrusive at all.

Business model 2 (M2)
It is bartering, but stealth bartering; a service is first offered : the exchange starts once the service is used. The exchange is rarely explicit, so most people have the impression of using something for free whereas, in fact, data is taken without the user's knowledge.
Companies build services first (webmail, maps, apps for productivity, translation, directories, catalogs, games, weather, search engine, etc.). They offer these services in exchange for data. Do ut des. I give (you) so that you will give to me ("Gib, dann wird Dir gegeben"). This old maxim from Roman law could be the motto for the digital advertising economy. Data is collected smoothly while people use the service. Users pay for the service with their opinion. The research company builds knowledge with the collected data (raw material) and sells it once aggregated and processed.
Consumers become sensitive to privacy.
All the illustrations here are taken from e-mails received since December 2012 from Panel Institut.
Some even wonder now if it wouldn't be safer to pay cash for these services than to be "robbed" of their data / privacy. App.net, an ad-free social network, says: "We are selling our product, NOT our users".
Business model 3 (M3)
People sell their opinion. It is a clear and obvious transaction. This is the ultimate step.
See above and below a recent example from a French company. People are asked to turn their time - i.e. their opinion - into money ("Je convertis mon temps en argent").

"Votre opinion rémunérée" = "we pay for your opinion"
"Your opinion is worth money" ("votre opinion [est] rémunérée"). Answering surveys has become a job.
See also:
HitBliss: people watch commercials to collect points that allow them to rent movies
Panel App: collects location data and, in exchange, provides points redeemable for different incentives, including entry in a monthly sweepstakes.

This third business model is different from the free labor model as described by Pierre Collin and Nicolas Colin in their report on digital economy and taxes ("Mission d'expertise sur la fiscalité de l'économie numérique", January 2013, p. 2.).

Remarks
  • Surveys in which people are asked to give their data for money could help determine the market price of any collected data.
  • Conscious of the market value (price) of their opinion, people might sell their own opinions, auction them and thereby "kill" the first business model. There could be opinion exchange platforms with RTB, etc. 
  • The competition in marketing research opposes two major categories of companies, i.e. two kinds of business models: the first with traditional marketing research firms (M1) and the second (M2) with Web companies (social networks, search, geography, mobile, etc.). The third category (M3 is only nascent)
  • The value of an opinion diminishes with time. Opinions change quickly and often. Who wants yesterday's opinion? What is the expiration date?
  • Who owns our opinion? It sounds like a Faustian question! Can we sell our soul? 

lundi 4 mars 2013

Les jours de moindre activité des quotidiens

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Que doivent faire les médias à modèle économique exclusivement publicitaire lorsque la majorité de leur lectorat est en vacances ? Le "quotidien gratuit d'information générale"(lundi-vendredi) 20 minutes qui suspend habituellement sa parution pour les vacances de Noël et d'été (mais avec une édition des Plages) cesse aussi sa parution pour deux jours au début des vacances les 4 et 5 mars. Metro sera absent toute la semaine du 3 au 9 mars.

La raison évoquée est publicitaire. L'audience de cette presse, du fait de son mode de distribution, est dépendante des déplacements pour activité professionnelle dans les grandes agglomérations. Les jours de vacances scolaires sont souvent des "jours de moindre activité" professionnelle pour les familles avec enfants à charge, donc des jours de moindre audience pour les cibles marketing des actifs urbains.

Qu'appelle-t-on "quotidien" ?
Voici quelques exemples de diffusion de "quotidiens" en 2012 (source : OJD) pour quatre catégories de journaux.
  • Presse gratuite nationale
    • Metro a paru 202 fois au cours des 12 derniers mois (février 2012-janvier 2013)
    • 20 minutes a paru 210 fois (février 2012-janvier 2013)
  • Presse nationale 
    • Pour Les Echos (lundi-vendredi), on compte 249 parutions en 2012
    • Pour Le Figaro (lundi-samedi), on en compte 310 
  • Presse départementale 
    • Pour Le Journal de la Haute-Marne (Champagne)on compte 360 parutions (308 pour l'édition du lundi-samedi et 52 pour celle du dimanche).
  • Presse régionale
    • Pour Sud-Ouest, quotidien régional, on compte 363 jours de parution en 2012 (310 + 53).
La notion de "quotidien" s'avère une notion quelque peu trompeuse : fondée sur la priodicité de la publication, elle désigne également des titres comptant de 202 à 363 jours de diffusion. D'où l'intérêt de se reporter à l'OJD pour préciser le rythme réel de parution derrière le rythme affiché.

Evidemment, l'édition numérique, qui n'a ni les mêmes structures de coûts ni les mêmes contraintes de distribution que la presse papier, peut s'accorder un rythme de parution flexible. Sur le Web, un numéro ne chasse pas l'autre, comme sur les points de vente ; ainsi a-t-on pu dire que le Web devenait un droit de chaque jour, "comme le pain" (come il pane).
On imagine aisément que ces différences ne vont pas sans conséquences tant pour l'évaluation des audiences mixtes (Web / papier / applis) que pour les outils et concepts de médiaplanning.
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mercredi 12 décembre 2012

The tablet as a perfect gift

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Of course, it makes perfect sense for Google to give a nexus 7 to households who subscribe to its Google Fiber in Kansas City, since the tablet is going to be used as a remote control for the television set. It is also an opportunity to test and find out who uses it, when and what for, who doesn't, etc. And of course, this tablet is a Google tablet (android).

Magazines and newspapers follow an old promotional path. In the past, with a subscription you might receive a radio, a CD player, a calculator or a clock, etc. Now it is the time of the tablet. In early 2012, for a yearly subscription to The New York Times there was a Nook tablet (Barnes & Noble). Now The Times proposes a Google nexus 7 to new subscribers (18 months / $28 a month) at a very reduced price (£50 instead of £199). The Financial Times (Pearson) offers nexus 7 to its digital subscribers (12 months at $48 a month, in the US). An FT app is - of course - preloaded. Do manufacturers help cover part of the gift? In French-speaking Europe, Le Soir, Les Echos (iPad mini), La Montagne, Le Progrès, Le Figaro (Arnova7 Archos) and now (March 2013) the local papers (Le Télégramm) also propose a tablet.

According to buzz from Santa's helpers, his sleigh is full of tablets. But no idea if there are newspaper or magazine subscriptions that come with them. Doubtful.

On the other hand, The Wall Street Journal (News Corp.) does not seem to need to sell tablets to convince people to subscribe.


mardi 10 juillet 2012

YouTube Google YouTube Google YouTube Google

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  • Selon Médiamétrie, YouTube/Google est en tête des audiences de l'Internet mobile du mois (top 20 des groupes).
  • En automne 2012, YouTube/Google lancerait 13 chaînes de télévision thématique originales gratuites (source : AFP)... Un appel d'offres pour la création a été lancé (Endemol, Capa, Aufeminin.com, etc.
  • YouTube achète des droits du football
  • Selon comScore, YouTube/Google est en tête de l'audience vidéo.
  • Avec Médiamétrie, YouTube/Google s'installe en toute légitimité dans la mesure mixte des audiences TV / Internet.
  • Les téléviseurs dans les foyers seront de plus en plus connectés au Web, et il y aura des applis GoogleTV.
Alors ?
La télévision traditionnelle ne pourra plus feindre très longtemps d'ignorer YouTube/Google. Les législateurs et les organismes de réglementation non plus.
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jeudi 5 juillet 2012

Presse gratuite : la Une est en Trois

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Avec la presse gratuite dite d'information, il arrive que la publicité prenne la première place. Ainsi, aujourd'hui, mercredi, sur Direct Matin, le discours de politique générale tenu par le Premier ministre à l'Assemblée nationale est rejeté en page 3, après les soldes de CDiscount. 20 minutes confie sa une et sa deux à un film, "The Amazing Spider-Man".
Sur A nous Paris, la Une et la page 2 sont vendues à Heineken (avec un slogan en anglais).

Normal : le modèle économique de cette presse impose une telle mise en page. Les gratuits vendent leur "lectorat" à des marques, à des annonceurs. La pub paie tout, le lecteur rien.
La Une avec la Deux sont devenues des emplacements publicitaires préférentiels. En cela, la presse gratuite ne fait que suivre les autres médias gratuits : à la télévision comme à la radio gratuites, la publicité précède l'information.
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mardi 22 mai 2012

Vendre Internet au kilo octet

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Comcast, depuis longtemps déjà, cherche un modèle économique pour la commercialisation de l'Internet.
Comcast est un groupe média complexe et tentaculaire qui réunit aux Etat-Unis : des stations de télévision (O&O), deux networks nationaux (NBC et Telemundo), des chaînes thématiques, des sites Web et des studios (Universal). C'est aussi le premier câblo-opérateur américain (MSO) et le premier fournisseur d'accès Internet (FAI).
Comcast est l'une des premières puissances du marché média américain : ses prises de position sur le marché sont suivies avec attention et circonspection, d'autant que la FCC a autorisé la fusion Comcast / NBC sous réserves que soient respectées certaines conditions anti-concentration draconiennes.

S'inspirant des modèles économiques de la téléphonie, Comcast teste de nouvelles politiques des prix pour Internet.
Depuis 2011, les abonnés haut débit qui consommaient plus de 250 GB voyaient leur abonnement interrompu. Dorénavant, au-delà d'un certain forfait (300 GB, sans distinction de source, donc téléchargement pour Netflix et Skype inclus), l'abonné serait facturé (10$ par tranche de 50 GB ?). Cf. Blog de Cathy Avgiris qui dirige ce secteur pour Comcast.
Depuis 2008, l'abonnement inclut tous les contenus fournis par l'opérateur sur le câble (XFinity) mais pas les contenus transitant par Internet comme NBC.com, Hulu mais surtout Netflix ou YouTube.
Discrimination, disent certains, dont Netflix, qui en appellent à la FCC au nom de la neutralité du net.

Quel modèle économique pour le haut débit ?
Il semble impossible de concilier abonnement illimité et prix limité, qu'il s'agisse d'Internet ou de téléphonie. Faut-il traiter également tous les contenus ? Faut-il laisser les opérateurs gérer leur politique des prix à leur manière ? Qu'est-ce qui relève d'obligations de service public dans cette affaire ? Le développement de services de VOD tels que YouTube ou Netflix, Vudu ou Amazon, oblige les opérateurs à anticiper. Pour Comcast ou Time Warner, les problèmes sont d'autant plus cruciaux et sensibles que ces MSO sont à la fois fournisseurs d'accès et de contenus. Les opérateurs de téléphonie ne manqueront pas d'être concernés également.

Le président de la FCC, l'organe réglementaire américain a fait connaître son point de vue, favorable à un prix basé sur l'utilisation : "Usage-based pricing would help drive efficiency in the networks”. Une bataille commence.
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mardi 13 septembre 2011

Die Zeit sur iPad : presse de qualité et numérique

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L'hebdomadaire allemand Die Zeit ("le temps" ; diffusion : 490 000 exemplaires, lectorat : 2 millions ; édité par le groupe Holzbrinck) en vient à l'iPad. Le plus classique des titres du journalisme germanophone franchit le pas. Le mercredi, donc un jour avant l'édition papier, on pourra désormais, sur iPad, accéder au numéro de la semaine. Le site propose le journal complet plus une galerie de photos, de vidéos, etc.
Défi majeur : passer du très grand format papier (broadsheet) au petit écran de la tablette.
Le lecteur peut télécharger une version complète du titre ou une version allégée (texte uniquement). En fait, le lecteur dispose de deux lectures, l'une à la manière d'un livre, sans illustration ni publicité, l'autre avec illustrations et publicité (Original Ansicht) que l'on peut agrandir et zoomer à volonté.

Modèle économique ?
Aucune incitation économique à lire le titre sur l'iPad plutôt que sur papier. Sur l'iPad (l'appli est gratuite), Die Zeit est vendu au prix du numéro papier, sauf pour les lecteurs qui paient déjà abonnés à une édition numérique ou à une édition papier.
Ecran avec page complète. A gauche, le sommaire déroulant
  • Prix de l'édition numérique (au numéro)
    • Pour les abonnés papier : 0,40 €
    • Pour les abonnés numériques : 2,99 €
    • Pour les non abonnés  :  3,99 €
  • Prix de vente de l'édition papier en Allemagne : 4€ (mais 5,2 € en France)
  • Un taux de circulation (= lectorat / diffusion) voisin de 4 peut inciter l'éditeur à favoriser les achats personnels par rapport aux achats pour les foyers. En effet, bien que dite payante, cette presse est lue gratuitement par au moins 3 lecteurs sur 4 (= lectorat - diffusion payée). 
Ecran avec texte seulement (page allégée)
Evidemment, l'App Store de Apple (iTunes) prend sa marge (30%) en tant que distributeur, pour chaque numéro acheté, soit 1,2 €.

Il semble que la publicité soit la même sur papier et sur iPad. Dans ce cas, le lectorat iPad pourra être additionné au lectorat papier (ABC /OJD) mais cela risque de confondre, dans certains cas, apport de couverture et apport de répétition (lecture papier + lecture iPad). Pour l'instant, la publicité n'est pas clickable, les messages ne comportent aucun lien, n'engagent aucune transfo (il faudrait une créa spécifique et l'autorisation d'Apple). Pas d'index des pages de publicité, non plus (comme dans la version papier)...Pas de liens pour des mots difficiles, propres ou communs, vers un dictionnaire ou vers Wikipedia. En revanche, on peut remplir les mots croisés faisables directement sur la tablette, tout un programme ! On perçoit donc les limites, et les avantages, de reproduire à l'identique la version papier sur l'iPad.

Au bas de l'écran, menu avec pages miniatures
En feuilletant cet hebdomadaire sur iPad, on pressent que la presse de qualité est mal à l'aise dès qu'elle est loin du papier. Elle n'arrive pas à s'en détacher, elle s'y empêtre. Elle pense papier, articles, tournes, titres, longs paragraphes, longues phrases. Le journaliste écrit, compose papier. En fait, Die Zeit n'a pas admis que l'évolution de son lectorat n'est pas tant une question de support que de contenu et d'accès au contenu. Un même contenu rébarbatif sur papier ne devient pas aimable sur écran. Beaucoup de lecteurs attendent autre chose de la presse (qu'il ne faudrait plus appeler la presse, nous sommes prisonniers de la terminologie) : Twitter, Facebook, FourSquare, Tumblr, YouTube, Google Places et d'autres donnent des indications sur ces attentes, sur les ergonomies et l'esthétique qui les façonnent.

Publicité pleine page
Le lecteur de Die Zeit sur iPad peut choisir la taille des caractères, ce qui est agréable, mais il ne peut pas choisir la taille des articles, leur style, leur esthétique. Penser à Nietzsche qui, toute sa vie intempestif (unzeitig), réclama un lecteur à sa convenance, qui l'aurait lu comme un philologue d'autrefois lisait son Horace (Ecce Homo, 1888), un lecteur lisant lentement, profondément... "Apprenez à bien me lire", exhorte la préface d'Aurores (Morgenröte : "Lernt mich gut lesen", 1881). C'est ce que semblent affirmer tacitement aussi bien la version iPad que la version papier de Die Zeit : apprenez à bien me lire. Pourquoi pas : apprenons à bien écrire ? N'est-ce pas -aussi - l'objectif de l'édition sur tablettes que de promouvoir une autre "mise en mots" pour une autre lecture? Notons au passage que les plus belles pages, les plus communicantes, sont des pages de publicité. Quant au format papier, si l'école n'enseigne plus à le lire dans sa mise en page austère, la bataille de Die Zeit est perdue. Formé à la lecture des textes numériques, le lecteur, sauf s'il est aussi "philologue", ne saura plus lire ces textes. Dans quelques générations, plus de "philologues" ! D'où surgissent quelques questions : comment mettre Nietzsche sur iPad ? peut-on enseigner contre son temps ?
Défi actuel de la presse : s'adapter, inventer et changer la lecture et les lecteurs ou maugréer contre l'air du temps qui a changé, contre les lecteurs qui ne savent plus lire... 
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samedi 10 septembre 2011

Du câble au Wi-Fi

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Après celle de New York City, Time Warner Cable investit l'agglomération de Los Angeles (DMA N°2). Les abonnés du réseau câblé (RoadRunner) de TWC (locaux et visiteurs) peuvent bénéficer gratuitement de ce service (TWC Wifi) déployé dans l'agglomération (hotspots).  Cf. la présentation du service par TWC, d'une part, et par le Los Angeles Times, d'autre part.
A New York City (DMA N°1) qui compte trois câblo-opérateurs (Cablevision Systems, Comcast et Time Warner Cable), ceux-ci se sont accordés pour optimiser la couverture des réseaux sans fil pour tout le DMA et tous leurs abonnés (accord de roaming). Les non abonnés au câble peuvent se connecter avec un Access Pass en payant à l'heure ($2.95) ou au mois  ($49.95). Le service est commode : une seule authentification est nécessaire.
  • Ce type d'opérations confère aux réseaux câblés une nouvelle dimension de service public dans l'agglomération et la collectivité locale qu'ils équipent. Enrichissant son offre, le Wi-Fi renforce le câble, fidélise ses abonnés (important en ces temps de cord-cutting), améliore son image (elle en a bien besoin) et constitue une base de prospection et de recrutement d'abonnés. 
  • Il s'agit d'un nouvel espace de développement, indispensable aux câblo-opérateurs (MSO) pour reprendre la main par rapport aux OTT qui les débordent.
    • Exacerbation de la concurrence avec les opérateurs des télécoms (AT and T, Verizon) et ceux du satellite (Dish Network, DirecTV).
    • Importance de la distribution de la télévision sur supports mobiles, les tablettes notamment. Cf. notre post : L'iPad dérange la TV américaine
    • Confirmation, s'il en était besoin, que les réseaux Wi-Fi constitueront de plus en plus une alternative efficace à la 3G/4G qui pratique des tarifs désarmants. 
    • Enrayer la concurrence de fournisseurs de Wi-Fi comme Towerstream qui propose une connection "gratuite" contre de la publicité (via des applis distribuées par BlisMobile) et collabore avec les opérateurs télécoms pour qu'ils puissent fournir du Wi-Fi à leurs abonnés. En échange, Towerstream récupère de très riches données de localisation dont les détaillants sont friands. N.B. Towerstream équipe Manhattan en Wi-Fi "gratuit", notamment dans les parcs (Central Park, etc.)

dimanche 8 mai 2011

La presse, ça marche si...

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Les revenus du Wall Street Journal sont en hausse, quand toute la presse quotidienne américaine est à la baisse. Les revenus de la diffusion papier et la diffusion numérique (circulation revenue) ont augmenté, les revenus publicitaires (ad revenue) afférents également. Cf. Communiqé du PD-G de Dow Jones.
Quelles hypothèses explicatives peut-on proposer ?
  1. C'est un quotidien spécialisé (économie, finances), les autres sont généralistes. Son lectorat est composé de décideurs, de professionnels et dispose d'un pouvoir d'achat élevé.
  2. Son contenu rédactionnel est moins courant, moins disponible ailleurs sur le Web gratuit ; il est plus approfondi, plus crédible (enfin, c'est ce que l'on peut croire).
  3. Souvent, c'est l'entreprise qui paie l'abonnement professionnel au WSJ (perk) ou bien il est inclus dans les déductions fiscales.
  4. L'éditon numérique est payante, depuis toujours. Le groupe News Corp., lors du rachat du titre, avait envisagé le passage de WSJ.com au tout gratuit : il s'en est bien gardé.
En résumé : le WSJ est peu interchangeable avec d'autres supports d'information quotidienne, il est plus crédible (image), et rien n'y est gratuit. Le lecteur paie.  

vendredi 18 mars 2011

Politique des prix d'un quotidien : le NYT et son paywall

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Mise en place d'une nouvelle politique des prix pour la lecture du New York Times (NYT) en ligne (tests en cours au Canada). Le quotidien offrira désormais 20 articles gratuits par mois, par lecteur. Au-delà, il faudra payer ou ne plus lire le NYT et aller chercher son information ailleurs (paywall). Lorsqu'ils atteindront la limite des 20 articles (un compteur est mis en place), les lecteurs seront invités à s'orienter dans une politique des prix compliquée, selon qu'ils sont abonnés par portage à l'édition papier, qu'ils sont abonnés sur e-reader (Kindle, Nook), qu'ils utilisent un smartphone, une tablette, etc. (cf. le FAQ du NYT)

Comment interpréter cette politique des prix du point de vue des lecteurs ? Il leur faut gérer ce potentiel de 20 articles gratuits avec parcimonie, au compte-gouttes. Et, sur le Web, ne plus s'adresser au NYT pour glaner ou survoler n'importe quelle information banale, courante, qu'ils pourraient trouver ailleurs, partout. Il leur faut réserver ce potentiel aux articles exclusifs, originaux, indispensables.

De facto, chaque lecteur est ainsi invité à se construire son NYT premium, sur mesure. La lecture du quotidien devient geste calculé. Finie la lecture en passant, "oisive" que stigmatisait Nietzsche. La politique des prix du quotidien en ligne engage une lecture gérée, voire pré-méditée. Pourquoi pas ? Elle induit un journalisme à deux vitesses et un nouveau type de contrat de lecture en ligne. D'un côté, un journalisme de papotage, de PR, de rapportage, financé par le contexte publicitaire ; de l'autre, un journalisme d'investigation et d'analyse, payé directement par le lecteur. Les deux lectures n'ont en commun que de compter, pour leur modèle économique, sur l'exploitation des cookies.
Puis vient la lecture du troisième genre, au gré de twitts, de liens sur Facebook et de flux RSS. Celle-ci ne sera pas comptabilisée (sauf pour les moteurs de recherche). Cette lecture est donc encouragée et elle privilège les réseaux sociaux par rapport aux moteurs de recherche.
Ensuite, il y a la lecture de la "Une", vitrine publique toujours libre d'accès sur la plupart des supports numériques. Et, enfin, la lecture des articles archivés (1923-1986).

La nouvelle politique des prix du NYT s'avère, en acte, une théorie de la pratique de lecture à l'époque des supports  numériques. Cette théorie s'organise à première vue en couples de notions :
  • lecture choisie, délibérée / lecture de rencontre, du tout-venant (non trié, sans curation) ; 
  • articles exclusifs à valeur journalistique ajoutée / articles courants, banal (banalisé) ; 
  • lecture recommandée (par des pairs, des "amis", etc.)  / lecture trouvée au terme d'une recherche par mots clefs.
Chaque lecture a son prix, son coût de transaction ; chacune aura son coût de production (feuille de temps pour les journalistes ?), son chiffre d'affaires, son taux de marge. Cette politique des prix précipite une comptabilité analytique de la lecture (au sens fort d'analytique, puisqu'elle provoque chez les lecteurs une décomposition des actes de lecture). Premiers pas pour une gestion non intuitive de la production et de la distribution de l'information.


N.B. Parce que cela n'est pas neutre, épistémologiquement, mentionnons le cas de ceux (professionnels des médias, personnel politique, "patrons", chefs d'entreprise, etc.) qui ne paient pas leur information ("services de presse", notes de frais, abonnements gérés par des secrétaires etc.) : ils n'entreverront rien des effets de la politique des prix (gestes, coût, ergonomie), car, pour eux, tout information payante a l'air gratuite. Comme ils sont souvent ceux qui opinent à tout-va, mieux vaut être lucide quant à leur cécité structurelle.
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mardi 4 janvier 2011

Qu'est-ce qu'un média local (3) : La Liberté, quotidien de Fribourg (Suisse)

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La Liberté est un quotidien suisse romand, en langue française, édité à Fribourg depuis 1871. C'est un journal indépendant des grands groupes de presse. Le journal est vendu 2,5 francs (CHF) en semaine et 3,7 le samedi (soit approximativement 1,9 et 2,8 €). Il paraît 6 jours par semaine du lundi au samedi.
L'abonnement annuel s'élève à 378 FS. Notons qu'un rabais est accordé, sur demande, aux moins de 22 ans et aux étudiants (ainsi qu'aux chômeurs).
Le numéro du vendredi comprend un encart de 16 pages "TV sélection" qui donne les programmes de la semaine à venir. Le samedi, TV8, le supplément TV est vendu avec le quotidien (86 000 exemplaires vendus) ; il donne de manière détaillée, en une centaine de pages, les programmes de la semaine à venir. Le premier cahier de ce magazine, au contenu people, jeux, etc. semble rencontrer un succès publicitaire.
Le tirage contrôlé du quotidien (certifié Remp, Recherche et études des médias publicitaires), pour 2009-2010, est de 39 000 exemplaires. Le lectorat est de 101 000 personnes. Soit un taux de circulation supérieur à 2 : le titre engendre peu de lectures gratuites. Le lectorat est en progression (7,5% sur dix ans).
Différents cahiers de La Liberté. 
La concurrence régionale provient de La Gruyère, tri-hebdomadaire sud-fribourgeois (34 000 lecteurs) mais également de 24 Heures, le quotidien vaudois de Lausanne, sur les secteurs limitrophes des cantons de Vaud et de Fribourg (régions d'Avenches-Payenne-Moudon-Oron). Le Freiburger Nachrichten, qui vise la population de langue allemande dans la région de Fribourg, voit son lectorat progresser (41 000 personnes).
  • Le prix facial est ce qui surprend le plus un habitué des médias français : le quotidien régional est plus cher en France qu'en Suisse.
  • Deuxième surprise : pas d'aides de l'Etat, à la différence de la France. Seulement des tarifs postaux adaptés, comme partout dans le monde.
  • Presse qui ne perd pas de terrain, alors que les grands titres régionaux ou nationaux, gratuits (20 minutes) ou payants (La Tribune de Genève) connaissent des baisses de diffusion importantes
Le numéro du vendredi (comptages effectués sur ceux du 12 novembre et du 17 décembre) compte 32 pages réparties, comme toujours en 4 sections (cahiers) : une première section nationale et internationale, une section Régions, une pour le Sport, la dernière section compte une page "Jeunes", une page cinéma, une page de programmes télévision, une page multimédia, une dernière page, généraliste avec la météo et trois pages de publicité.
Le quotidien accueille au total 6 pages de publicité (sur 32). Dans le numéro de samedi, la quatrième section est ititulée  "Magazine Culture" (8 pages).

La Liberté est déclinée partiellement en accès gratuit sur Internet (http://laliberte.ch/). Un abonnement annuel à la version PDF du titre est vendu 199 francs (contre 378 pour l'édition papier). Le coût d'accès au PDF pour les abonnés à la version papier est de 35 francs.
Le site compte en page d'accueil de nombreuses vignettes clickables (petit format). Petites annonces immobilières, emploi. Des bonnes adresses (classement thématique). Le titre est présent sur Facebook.
Le titre a confié sa régie publicitaire à Publicitas.

Seule la section "Régions" est vraiement locale, une partie de l'information sportive également (en concurrence avec les pages Sport du Matin). La publicité et les petites annonces sont locales. Tout le reste est supra-régional (collaboration avec des titres francophones : Libération, Rue 89 et La Libre Belgique). Pour les informations en Suisse, La Liberté collabore à un pool rédactionnel et pubicitaire comprenant des régionaux non lémaniques ; il dispose aussi de rédactions décentralisées à Lausanne, Berne, Payerne, Bulle et Romont.
Les archives sont numérisées de 1871 à 1920, rendant l'histoire locale et régionale accessible à tous.

En résumé, à confronter avec notre approche d'un régional américain et d'un régional français :
  • Le positionnement du titre est délibérément généraliste et pluri-dimensionnel, local (Fribourg), régional, national et international. Le lecteur dispose avec ce journal d'une offre informationnelle complète.
  • Le titre se vend plus cher qu'un quotidien régional français (à titre de comparaison, l'abonnement annuel au Bien Public, quotidien régional de Bourgogne s'élève à 306 €).
  • Le titre maintient et améliore sa position sur le marché média malgré le développement de la concurrence numérique, de la télévision locale (la télé) et de la presse gratuite. "Cela signiifie que nous habitons très bien notre zone économique", résume Nancy Zürcher (responsable marketing).
  • La numérisation semble se mettre en place prudemment, lentement peut-être. Il s'agit sans doute d'être en phase avec le lectorat. Toutefois, étant donné l'importance de la population universitaire dans la région, des initiatives numériques plus hardies permettraient, peut-être, d'étendre le lectorat du quotidien et de moderniser l'image du régional. L'"infomanie", qui permet aux lecteurs témoins d'un événement d'alerter les journalistes par téléphone, pourrait aisément devenir la base d'un dispositif de crowd sourcing de l'info locale et régionale.

mercredi 3 novembre 2010

News Corp. et Rubicon

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Alea jacta est. Un groupe média franchit le Rubicon. Le jeu de mots est facile et ne vaut pas cher, je le concède. Pourtant, il marche bien. News Corp. vient d'échanger la régie Internet de ses sites (Fox Audience Network, FAN) contre une participation dans Rubicon Project. S'associant à Rubicon, News Corp. ajoute des technologies de place de marché à ses régies.
News Corp. rejoint le camp des éditeurs qui dénoncent les serveurs de publicité (ad servers) et les réseaux publicitaires (ad networks) : le Manifesto de Rubicon est clair sur ce point. La philosophie de cette union est conservatrice : restaurer le poids de certains éditeurs, détenteurs autoproclamés de contenus "premium", ne concevant Internet que comme un média secondaire, complémentant des médias nobles.
Ce franchissement est symbolique, cohérent avec l'enfermement des sites de presse du groupe News Corp. derrière des octrois et la campagne récente du Wall Street Journal (racheté par News Corp.) contre les identifiants uniques (cookies). On peut y lire une réaction contre l'esprit d'ouverture, de gratuité, de liberté et d'égalité qui préside au développement d'Internet. Derrière un comportement de rationalisation technologique de l'activité de régie se profile un comportement réactionnaire, au sens strict du terme.
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