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vendredi 20 juin 2025

Johann Chapoutot, Les irresponsables. Qui a porté Hitler au pouvoir ?, Paris, Gallimard, 305 p., Index Nominum, 21 €

La responsabilité des Allemands est très bien partagée : les socialistes (SPD), les communistes pro-soviétiques, le centre, la droite classique et la droite extrême en leurs diverses composantes sont complices. Le diagnostic est clair et net : ils ont "porté" Hitler au pouvoir. En laissant faire, en se préoccupant d'abord de leurs petits intérêts. Aveuglement et bêtise. Mais au-delà des groupements politiques, on voit aussi clairement la complicité du grand patronat, de l'armée. La contribution de élites économiques du patronat allemand est analysée et se termine par un discours sur l'extermination du marxisme.

Le livre effectue une analyse des trois années qui ont précédé l'arrivée de Hitler au pouvoir. On voit aussi à l'oeuvre le spécialiste nazi du droit, Carl Schmitt, qui adhéra au nazisme un peu tard (1er mai 1933) ; il est organisateur d'un colloque sur "La juiverie dans les sciences juridiques".

Le livre est brillant, et l'auteur est en colère, souvent. Le diagnostic d'une "profonde bêtise politique" tombe à la fin, irrémédiable. La conclusion à propos de la Vème République en France, avec Capitant, Debré, De Gaulle est, de mon point de vue, plus confuse. 

Ce livre est un réquisitoire, bien mené.

mercredi 9 avril 2008

Equipement des ménages : l’âge de nos concepts média

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Le musée est le lieu où s’entrevoit l’avenir d’autrefois. Au musée de Boulogne-Billancourt (M° Marcel-Sambat), une exposition consacrée à l'"Esthétique médiatique" raconte le design des médias du siècle passé. Plusieurs centaines d'objets réunis par Jean-Bernard Hebey, homme de radio, se voulant "archéologue de la modernité". Téléphone, téléviseurs, caméras, ordinateurs, tourne-disques, projecteurs, micros, antennes pour auto-radio… tout n’y est pas (encore) : j’aurais aussi voulu voir l’audimètre du M.I.T racheté par Nielsen (1929), le Volksempfänger de Goebbels (1933), frère de lait de la non moins "populaire" Volkswagen, le téléphone avec lequel Proust écoutait "Pélléas et Mélisande"(Debussy, 1901) au théâtrophone, des lanternes magiques …

L’exposition rappelle combien les médias ont d’abord été des objets professionnels avant d’être domestiqués, investis par le foyer familial. Objets dont le design n'importe guère avant qu'ils n'habitent un "foyer radio" puis un "foyer TV" et ne trônent dans la salle de séjour, parfois déguisés en meubles classiques, comme si l'on avait honte de leur modernité bien provisoire.

Bonne idée d’exposition qu’il faut étendre, développer, organiser, enrichir, documenter. Allez-y avec des enfants ; ils vous étonneront de leurs étonnements condescendants, car il faut tout leur expliquer : les combinés téléphoniques et la TSF, le juke boxe et les 33 tours. Même le premier Macintosh 128k de Apple (1984) leur paraît antédiluvien. A ceux qui n’ont connu que le Web et le portable, allez donc expliquer le Minitel des PTT (1982), les cassettes ou le walkman (1979) !

L’exposition rappelle que l’avenir et l’innovation ont une histoire. Que notre présent qui se prend pour une modernité définitive aura bientôt la même allure désuète : le premier coup de téléphone sur mobile (Motorola) a eu lieu 35 ans avant l’iPhone… Obsolescence programmée ? Bientôt le tour du Blackberry, de l'iPOD, des calculettes, des CD...
Enfin, gardons à l’esprit que la plupart des notions que nous mobilisons dans le travail média d’aujourd’hui ont l’âge de ces étranges machines : GRP, couverture, répétition, playliste, soap opera, feuilletons, émission, journal télévisé, bandeaux et bannières, chaînes et grilles mériteraient aussi leur place au musée imaginaire du médiaplanning. Pensons que l’on réfléchit et calcule les plans de communication pour des objets contemporains avec ces concepts rempaillés, rétamés, rafistolés.

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