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jeudi 5 mars 2020

Quibi, la télé mobile sera lancée dans un mois


Quibi, la télé pour smartphones, qui devrait bientôt se lancer, vient de lever 750 millions de dollars qui s'ajoutent au milliard de dollars levés au premier tour. Le premier tour comptait parmi ses premiers investisseurs Alibaba Holding et de nombreuses sociétés hollywoodiennes (dont Disney, Warner Bros., Sony Pictures, etc.).
Quibi promet des vidéos de moins de dix minutes, payées 4,99 $ par mois (7,99 $ sans publicité) : 50 shows dès le premier jour dont la moitié de "daily essentials" et des films découpés en chapitres. Les premiers annonceurs seront, entre autres, Walmart, Procter & Gamble, Pepsico, General Mills, et Google (Alphabet). 150 millions de dollars ont été investis pour la première année... Les spots dureront 6, 10 ou 15 secondes ; ils seront places avant les shows et seront inévitables (unskippable).
La chaîne envisage de réagir rapidement à la demande des auditeurs et des annonceurs et ajustera en conséquence. “I think within three or four months we’re going to understand what consumers love… and we’ll be able to adjust our content strategy quite nimbly”, déclare Meg Withman, sa directrice (ex. HP CEO). Pour l'instant, voici les programmes envisagés : "All the projects coming to Quibi, Jeffrey Katzenberg's bite-size streaming service", par Tyler Aquilina.

 La chaîne Quibi ("Quick Bits") sera lancée le 6 avril 2020 (sans manifestation publique en raison du Coronavirus) et elle offre trois mois gratuits ("90-day free trial"). Alors, la vidéo sur portable, cela va marcher, ou pas ? Il faut parier !
Verizon y avait renoncé après avoir annoncé un service un peu semblable, Go90, en 2015. Trop tôt ? En revanche, YouTube a gagné 15,5 milliards de dollars en 2019 et joue beaucoup sur le portable.


lundi 20 mai 2013

Online GRP. Nielsen vs comScore

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La bataille pour la mesure des audiences multi-support online se déroule aux Etats-Unis, qui sont encore, pour quelque temps, le premier théâtre des opérations publicitaires online. Deux petits événements, l'un publicitaire, l'autre média, colorent la situation actuelle.
  1. Les agences qui achètent aux Etats-Unis les médias Web pour les clients du Groupe Publicis ont choisi comScore plutôt que Nielsen. Procter & Gamble, l'annonceur qui dépense le plus en publicité dans le monde (grande consommation, FMCG, CPG), premier client de Publicis, avait déjà choisi comScore et son Validated Campaign Essentials (vCE).
  2. Le concurrent du vCE de comScore est un produit de Nielsen, Online Campaign Ratings (OCR) qui peut se targuer de clients éditeurs comme AOL, Disney (ABC, ESPN), Facebook. Récente victoire de Nielsen : OCR est étendu aux supports mobiles dans le cadre d'une collaboration (pilote) avec le groupe sportif multimédia ESPN (chaînes de télévision, magazine, Web, mobile, radio). OCR se met en place en Europe (Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, France), en Australie et au Canada.
vCE et OCR ont été partiellement audités et accrédités par le Media Rating Council ; certaines de leurs fonctionalités sont encore en cours d'audit (pour le détail des données accréditées, cf. infra). Les critères pris en compte et validés par le MRC sont de deux types :
  • les composantes de vérification : visibilité (viewability), sécurisation de la présence de la marque (brand safety), respect et contrôle du ciblage géographique des campagnes (in-country geographic delivery), exclusion des contacts provenant de robots (removal of non-human traffic) et engagement. Ces notions sont inégalement vérifiables, la plus confuse étant celle d'engagement.
  • les composantes de mesure d'audience : audience unique (cookie unique), couverture et répétition, GRP.
Source : MRC, novembre 2012 (dernière information disponible).
A la mesure publicitaire, Nielsen ajoute une mesure de l'audience en ligne des émissions avec Nielsen Digital Program Rating dont la méthodologie est calquée sur OCR. Ce pilote (mai-juillet 2013), auquel participent tous les grands networks, donnent les audiences veille, la couverture et le nombre de streams, le tout croisé avec une typologie d'émissions, l'âge et le sexe pour les programmes regardés en ligne.

L'enjeu premier de l'affrontement Nielsen / comScore est le marché de la mesure de la publicité online. En fait, Nielsen et comScore s'accordent sur deux points : le principe du panel et la reconnaissance de l'arbitrage méthodologique du MRC.
Au-delà de ce consensus, il s'agit pour Nielsen de pouvoir combiner les audiences de la télévision collectées par les audimètres (NTI, NSI), avec celles du Web et du mobile (OCR), afin de calculer un GRP multi-plateforme, dédupliquant les audiences entre divers appareils (les chaînes s'accordent pour estimer que l'audience des émissions sur le Web - audience non commercialisable actuellement - représenterait 12% de l'audience totale). L'adjectif pour décrire cette opération est "holistique" : qui constitue un tout, complet (du grec olosὅλος). C'est l'ambition de Nielsen avec son Cross Platform Campaign Ratings, XCR (en cours d'audit). Publicité inter-écrans (cross-screen et responsive design) et extension des campagnes TV avec la "social TV" (cf. Twitter, par exemple).
Ainsi, Nielsen dispose d'un avantage compétitif important, pour plusieurs années. Au-delà, une fois la grande majorité des téléviseurs connectés au Web, vCE comme OCR seront à même de traiter la télévision connectée. Enfin, avec la fusion de Nielsen avec Arbitron, l'avantage de Nielsen s'accroît encore de la mesure de la radio off-line.

Trois commentaires :
  • La comparaison Nielsen / comScore suggère le besoin pour comScore d'un panel permettant la mesure de la télévision off-line. D'où l'enjeu de la fusion Arbitron / Nielsen : en cas de refus par la FTC, comScore aurait pu être intéressé... (cf. Fusion en cours dans l'audience des médias).
  • Dans cette bataille, les armes de l'audit et de l'accréditation sont de plus en plus importantes.
    • Le MRC distingue trois niveaux : "en cours d'audit" (in process), "soumis pour accréditation" (submitted for accreditation consideration) et accréditation. Précisions qui évitent toute ambiguité de communication de la part des audités. 
    • Le champ de l'audit du MRC n'est pas précisément décrit. S'agit-il de la méthodologie seulement ou également des données ? 
    • Dans quelles limites les conclusions tirées d'observations américaines sont-elles transférables en Europe ? 
  • Third party data: l'ampleur de cette bataille renvoie au Big Data ; Facebook figure avec Experian parmi les premiers fournisseurs de données (third-party data suppliers). Quid de Twitter ou de YouTube ? Certains voient dans l'utilisation de Facebook par OCR un risque pour la vie privée.

jeudi 23 février 2012

Facebook's Great Advertising Expectations as TV's Risk Factors?

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Facebook's "mission" is "to make the world more open and connected".
Facebook's business is advertising (advertising accounts for 85% of its revenue, 2011).
Facebook emphasizes its value for advertisers: building long term branding and awareness. Is Facebook doing what TV and traditional offline media do, but better? Let's check the text of the IPO Filing.
  • Reach: more than 840 million monthly active users (425 million mobile users), and growing
  • Frequency: people connect many times a week, often many times a day
  • Engagement via social context and affinity ("relevance") 
  • Highly targeted GRPs (TRPs)
  • International campaigns (nearly impossible with TV)
  • Local, regional, national, international advertising: all possible dimensions, tailored to advertisers' needs
  • Richer measurements: GRPs and many new indicators to measure efficiency of campaigns (likes, comments, fans, etc.). A new advertising currency.
  • Not even to mention Facebook for mobiles (which will translate into immediate purchase):  425 million monthly users already
  • And finally, keep in mind that Facebook is the most used social media while people watch TV (MultiScreenTasking)
"Historically, advertisers interested in generating awareness or and demand for their brands have heavily relied on offline media to reach their audience at scale. We believe that these brand advertisers will increasingly dedicate a portion of their advertising dollars to Facebook because the broad audiences they are trying to reach are active on Facebook on a daily basis, because we can reach their desired audiences with precision, and because they can spark word of mouth marketing through Facebook. IPO Filing (Prospectus, Feb. 1, 2012).
To make its point clearer, Facebook mentions Walmart's huge campaign for Black Friday (cf. "Walmart, média total du jour le plus long"), Procter & Gamble, Nike (in 20 countries), American Express, etc.

If it were true ? It probably is... Facebook should now be included in TV's business risk factors.

See what the CEO of P&G has to say: "We’re using technology to shift our spending from more traditional advertising on television to digital and mobile advertising."We’re using technology to more effectively and efficiently target consumers, allowing us to build one on one personal relationships with every consumer." (Source: quoted by D. Farey-Jones in Marketing Magazine (Feb. 24, 2012).


* By the way, most of the off-line media, which are also brands, use Facebook and show off proudly with their Facebook pages and all their "likes", fans and comments. "Curiouser and curiouser", as Alice says, in another wonderland.
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jeudi 3 mars 2011

Digital GRP : contact et capping

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La vidéo généralise sa présence sur le Web. Le haut débit le permet, les détenteurs de programme y distribuent de plus en plus d'émissions : des marques vidéo nouvelles se constituent sur Internet (Boxee, Hulu,Vudu, Netflix, Amazon, YouTube, etc.). La mobilité va dynamiser ce marché : ainsi, par exemple, Cablevision, opérateur du câble à New York, propose toute son offre TV sur iPad.
Partout, le marché publicitaire s'interroge (Facebook, Procter and Gamble, Starcom, par exemple) : faut-il comme en télévision produire et utiliser un GRP numérique (digital GRP) comparable au GRP TV et ainsi faciliter l'utilisation cohérente de l'un et l'autre support pour établir sans difficulté des plans mixtes ? Avant d'en arriver là, objectif raisonnable, il faudra résoudre, de manière consensuelle, plusieurs problèmes d'uniformisation des méthodes de mesure. En effet, il importe que le comptage sur Internet s’effectue selon des principes aussi  équivalents que possible à ceux, plus ou moins arbitraires, que suit le comptage des GRP en télévision. Il faut notamment que les principes de calcul retenus pour le GRP numérique ne produisent pas moins ou plus de GRP que la télévision, toutes choses égales par ailleurs. Evoquons, pour commencer, deux de ces problèmes.
  1. Premier problème : la définition du contact. En télévision, elle est plutôt laxiste ; un contact est égal à une Occasion De Voir (ODV) : être présent dans la pièce où se trouve le téléviseur quand le message est diffusé, déclaration de panéliste, non vérifiable. Quel sera l'équivalent qui ne pénalisera pas le Web ? Que le visionnement du message ait été déclenché, qu'il soit diffusé dans la partie visible de l'écran ? Cette définition du contact, plus stricte, génère moins de GRP mais elle est aussi plus rassurante pour l'annonceur.
  2. Second problème : le capping. 
    1. Sur le Web, le capping est la limitation stricte, via le serveur, du nombre de contacts d'un internaute avec un message publicitaire donné (i.e. répétition), pour une durée de campagne donnée ; ce nombre maximum de contacts est défini par l'annonceur et peut être ajusté, en cours de campagne, sur des critères d'efficacité observée (taux de transformation, par exemple).  
    2. La télévision ne pratique pas le capping ; toutefois, l’optimisation (ex ante), qui tend à resserrer l’histogramme de distribution des contacts autour de la classe de contacts considérée comme efficace (répétition =3, par exemple) s'y apparente. Les contacts TV les plus dispersés sont moins utiles, soit insuffisants (<<3), soit redondants (>>3). La répétition est constatée (ex post). Par construction, le Web "manque" donc tous ces contacts moins "utiles", notamment réalisés au-delà du capping. Le capping réduit la répétition, donc le GRP, ne gardant que la « répétition utile » (« effective frequency »).
    3. Le capping recourt à des cookies. Si l'internaute refuse ou détruit les cookies, s'il utilise plusieurs navigateurs, plusieurs plateformes, il altère le comptage des GRP, convertissant de la répétition en couverture, réduisant la première et augmentant indûment la seconde (Cf. comScore en Australie d’une part et l’audit de Mediamind par le MRC, d’autre part).
Le GRP que pratique la télévision commerciale est un indicateur reconnu d'audience et d'accumulation de capital de marque (branding). Que peut-il apporter à la vidéo et au rich média distribués sur le Web, qui déjà apportent une évaluation, qu'ignore le GRP, des actions déclenchées par une campagne (lead, transfo, etc.) ? Ou s'agit-il seulement de réaliser une monnaie commune favorisant  la coopération TV / Internet pour la vidéo ? Dans l'hypothèse d'une campagne mixte, l'annonceur peut espérer disposer, en plus d'un bilan global GRP, un bilan en termes d'actions que seul le Web peut proposer.

samedi 13 novembre 2010

The Google School

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Google has become the university for the media. When companies try to hire away Googlers they recognise the added value Google brought to their employees' basic training. Google is for the media today what Procter used to be for marketing. Google experience multiplies the educational investment made at universities. What companies recruting from Google admit is: we need people with a Google experience (i.e. we do not know how to train people for the jobs we need to fill). 

Le débat journalistique sur le débauchage d'employés de Google par des entreprises oeuvrant dans des domaines voisins (dont, dernièrement, Facebook) met en évidence le rôle majeur joué par Google dans la formation aux métiers des médias. Avoir "fait Google" est une référence sur le marché des emplois média ; par conséquent, il est normal de vouloir "faire Google" pour en sortir ensuite mieux diplômé. Google est devenu un lieu éminent de formation et de légitimation des formations, comme le fut Procter and Gamble pour le marketing. En débauchant des Googlers, les entreprises média saluent en acte le travail de formation qui s'accomplit chez Google.
Au lieu d'une approche people de la question, mieux vaudrait s'interroger sur le rôle des entreprises innovantes dans la formation, sur leur relation - dialectique - aux universités, etc. Dans quelles universités recrute Google, comment ? Quelle est la valeur ajoutée de Google à cette formation initiale qui donne un tel prix à certains "Googlers"? La question de la relation des universités aux entreprises, tellement ressassée, devrait être reprise à l'aide de cet exemple. Veut-on que nos étudiants soient recrutables par Google ou prétend-on faire le travail de Google ?
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mardi 18 mai 2010

écoMédia, école en vert

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Le groupe média américain CBS vient d'acquérir la société EcoMedia dont le métier est la mise en place de partenariats incluant une dimension écologique. De nombreux médias de CBS ont participé à de tels partenariats locaux (TV, radio, affichage, Internet) au cours des trois années passées.
Ces partenariats constituent en réalité des opérations publicitaires. Nombre d'entre eux incluent des participations scolaires telle la CBS-EcoZone Green Schools Initiative (notamment à Miami, mais aussi à Chicago et San Francisco) qui associe des écoles à Procter and Gamble. Un élément de plus dans la panoplie des médias publicitaires, d'autant plus efficace qu'il n'a pas l'air publicitaire, drapé de vert, d'éducation et d'enfance.
  • Comment évaluer les retombées d'un montage si complexe et si hétérogène ? Un seul moyen permet d'établir le bilan global d'une telle action, bilan immédiat et dans sa durée, synchronique et diachronique : l'analyse des effets observables sur Internet, tant en quantité (nombre de connexions, durée, etc.) qu'en qualité (analyse des traces linguistiques, des émergences lexicales et sémantiques).
  • Le Cheval de Troie écologique ouvre la voie des institutions éducatives aux annonceurs. Dans cette affaire, c'est l'école qui fait la publicité des annonceurs, habillés de vert pour l'occasion.  Quel meilleur faire-valoir que l'école ? Espérons qu'elle fait payer très cher ce soutien inestimable !
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mercredi 3 mars 2010

Google, marque ombrelle grand public

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Le marketing de Google a quitté le terrain des spécialistes, des "geeks" pour devenir marque très grand public, traduisant l'évolution de la place d'Internet dans la vie quotidienne. Premier symptôme : Google est depuis peu rentré comme annonceur dans la publicité grand public (au Superbowl en télévision aux Etats-Unis, dans le métro en France, etc.).
Ajoutons deux symptômes, parmi d'autres, de ce virage.
  • Selon un sondage, Google serait avec Pampers (couches pour bébés, de Procter and Gamble) et Soupline (assouplissant pour machines à laver, de Colgate) en tête du classement des marques établis par Milward Brown en termes de confiance et de recommandation, classement qui vise à évaluer l'attachement aux marques. Position enviable entre deux grandes marques FMCG.
  • En même temps, chez les diffuseurs, cette semaine, un numéro spécial du magazine Dossiers de Micro revue (Lafont presse) est mis en vente (5,9 €, 132 pages). La revue fait sa une sur la gratuité, sur l'ampleur et la variété de l'offre Google ("des millions de services gratuits", "une mine de possibilités", "une foule de services" p. 18). Tous les produits Google grand public sont évoqués dans ce numéro : un éloge exhaustif sous forme de modes d'emploi. 
Google change de statut. Le moteur de recherche n'est plus sa seule référence. Google devient marque ombrelle abritant divers outils de communication courante (plans et cartographie, téléphonie, navigateur, diffusion vidéo, album photo, bureautique, librairie, courrier, traduction, etc.).
Quelles sont les conséquences prévisibles de cette manifeste stratégie de marque grand public ? Un tel changement n'advient pas sans calcul...
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mardi 22 décembre 2009

La star et le blogger - Fable

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Une actrice menace un blogger. Motif : il a révélé qu'une photographie d'elle, publiée à la une d'un magazine de mode, a été retouchée. Amincie, la hanche de la belle ; le blogger titre joliment "ralph-laurenized". La star lance son avocat  ; il exige, il menace, il demande des excuses au blogger, interdit la dissémination... Il rêve, notre avocat... et, fort heureusement, provoque l'effet contraire.
Manifestement, la retouche est médiocre. Les spécialistes de photo numérique s'en amusent, rivalisent d'analyse, décomposent les retouches en leurs moindres détails. Tout y passe ; c'est une "leçon d'anatomie" photographique, vidéo à l'appui.
Plus on la menace, plus la blogosphère s'émeut, plus le bruit court, se propage... 
De plus, comble de malheur pour les retoucheurs, une entreprise informatique, Exomakina, a développé un logiciel, Tungstène, pour détecter les altérations commises dans des photographies. L'AFP, l'agence de presse, s'est dotée de ce logiciel de contre-propagande et de détection de mensonges photographiques. Tungstène doit être considéré comme une extension de la vision (cf. présentation générale du logiciel).

Internet a changé les règles photographiques du jeu people et des médias. Et de tout ce qui s'y apparente, images politiques et publicitaires comprises. Le monde public, la sphère publique ("Offentlichkeit", chez Jürgen Habermas) devront à leur tour se dépouiller de leurs mises en scènes et de leurs truquages. Les retouches sociologiques, les retouches rhétoriques subiront le même sort que les retouches photographiques. Généralisation qui va de pair avec celle de la peoplisation / dépolitisation, et la compense. On a déjà pu l'observer dans quelques cas récents de déclarations menteuses et de plagiats. Aux "grandeurs d'établissement", disait Pascal, reviennent des "respects d'établissement". Mais, avec Internet, c'en est fini, même de ce respect là.
  • En France, Valérie Boyer, députée, a déposé une proposition de loi en septembre 2009. Cette proposition vise à imposer la mention des retouches photographiques des images corporelles publiques (publicité, packaging, campagnes politiques, etc.). Question de santé publique, et de vérité, dit-elle.
  • En Grande-Bretagne, une intervention d'une élue anglaise, Jo Swinson, vise la marque Olay (Procter and Gamble) accusée de tromper les consommateurs en retouchant une photographie utilisée pour la publicité. Tout cela est repris par la presse anglaise (Daily Express, The Independant, etc.). L'élue met en question l'image des femmes propagée par la publicité pour les cosmétiques dans un article publié par The Independant : "Beauty and the economic beast" le 17 décembre 2009. Sur ce mouvement voir aussi le site Real Women qui a lancé une campagne "pour l'honnêteté en publicité".
  • Ce nest qu'un début ; les femmes vont continuer ce combat, que les hommes rejoindront, un jour...

Références :
  • Pascal, "Discours sur la condition des grands", Second discours, Opuscules, 1670
  • Jürgen Habermas, 
    • Strukturwandel der Öffentlichkeit, 1962, suhrkampf, 
    • traduction de Marc Launay, publiée aux éditions Payot, sous le titre de L'espace public, 1978
  • sur une notion voisine et parente, celle de "caractère public" (公共性), voir, Wang Hui, "Politique de dépolitisation et caractère public des médias de masse", Extrême Orient, Extrême Occident, 31 -2009.
Références 

dimanche 13 décembre 2009

La morale du parrainage

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Les marques louent fort cher l'image et la visibilité de personnes rendues célèbres par les médias. Elles espèrent profiter de la médiatisation des succès sportifs ou "artistiques" de leurs "ambassadeurs". Il s'agit d'un investissement ("celebrity endorsement"), c'est donc risqué. Surtout s'il faut que le porteur de leur image entretienne cette "image" d'un comportement vertueux, selon les canons de la morale en cours.
Si la chanteuse laisse entrevoir son sein à la mi-temps, si Miss machin, l'étourdie, a posé nue, si le joueur de golf a des amantes, les parrains se rétractent. Gillette (marque bostonienne de Procter and Gamble) et d'autres (Accenture, ATT, etc.) auraient rayé Tiger Woods de leurs publicités parce que des médias ne cessent de ressasser des commérages sur sa vie personnelle. Que des médias défassent le soir les idoles qu'ils ont érigées le matin, soit. Qu'ils veuillent être payés pour cela par des lecteurs et des annonceurs, c'est  quelque peu paradoxal. Qu'ils moralisent, c'est trop.
  • Où est la rigueur dans cette affaire ? Que sait-on - qui soit vérifiable - de l'effet de l'image de Tiger Woods (positive et négative) sur celle de Gillette et sur les ventes de produits de rasage ? Les rasés vont ils changer de marque ou garder la barbe parce que Tiger Woods rentre tard le soir ? Les golfeurs apprécient Tiger Woods pour son golf, pas pour sa "morale", qui ne les regarde pas. C'est la position de Electronic Arts (jeux vidéo) qui ne s'est pas renié et lance bientôt un jeu de golf en ligne avec l'image du champion (EA a lancé l'an passé un jeu pour console, "Tiger woods PGA Tour".
  • Les marques comme défenseurs de la moralité ? Que la marque s'en tienne à son commerce, à sa publicité, à ses facings. Et qu'elle laisse à la morale personnelle les décisions personnelles et la vie privée. C'est justement une question de morale. Cette "affaire" est une occasion manquée par les annonceurs de marquer leur distance avec une presse people, plus soucieuse de scandale vendeur que de morale.
  • Le malheur du parrainage fait le bonheur des sites people. TMZ (Warner Bros.) qui couvre l'actualité people connaît grâce à cette histoire, entre autres, de bons taux d'audience (sur le site, chercher Tiger Woods, Rachel Uchitel, etc.).
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vendredi 11 décembre 2009

"As The World Turns" s'arrête et le monde de la TV ne tournera plus tout à fait comme avant

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Un soap opera s'achève, 14 000 épisodes et puis s'en va ; en septembre 2010, le network CBS arrêtera la diffusion de "As The World Turns", soap produit depuis 1956 par une filiale de Procter and Gamble (TeleNext media Inc.). Déjà, un autre soap de CBS et Procter and Gamble, "Guiding Lights", lancé à la radio il y a 72 ans, s'est éteint en septembre 2009. Les soaps doivent leur dénomination américaine aux savons et détergents qui les parainnent, produits de Procter and Gamble (comme Ivory Soap, marque lancée en 1879, toujours commercialisée, ou la lessive Duz), de Colgate-Palmolive, Lever Brothers... Les soaps ont commencé par un format de 15 mn à la radio, passant à 30 à la télévision puis 60 mn dans les années 1970. Les écrans publicitaires des soaps étant beaucoup achetés par le secteur automobile, secteur sinistré,  les difficultés économiques actuelles des soaps sont réelles.

Les héros ont vieilli d'épisodes en épisodes, l'audience aussi. Le day time n'est plus ce qu'il était ; les ménagères, qui en étaient le coeur de cible, femmes d'extérieur devenues, travaillent désormais loin du foyer, et l'on regarde les soaps sur les campus. Le modèle économique du soap est altéré par l'érosion des audiences : "As The World Turns" sera remplacé par un talk show, au coût de production beaucoup moins élevé. Un morceau de la culture américaine change. Les rediffusions vont faire culte sous peu et les thèses ne manqueront pas sur le rôle des soaps dans la fabrique de la vie américaine : des répliques, des gestes, des marques ont été popularisés, car le soap est caisse de résonnance et de raisonnements, propageant tournures de phrases et traits d'hexis corporelle (gestes, postures, tons, etc.). Indémontrable. Mais ne doit-on pas à "As The World Turns" le premier baiser gay de la télévision américaine et des débats à l'infini à ce propos ?

De la grand-mère à sa petite fille, toute Américaine a son soap, le regardant au premier degré, en parlant au second. Issus de la radio comme beaucoup de genres télévisuels, les soaps ont leurs magazines dédiés, petit format, Soap Opera Digest et Soap Opera Weekly. Depuis 2000, les soaps ont aussi une chaîne spécialisée, SoapNet ; appartenant au groupe Disney, cette chaîne compte plus de 70 millions d'abonnés (initialisés). Les soaps ont aussi leur rubrique dans la presse quotidienne, même dans la plus prétentieuse, aidant à s'y retrouver ceux qui ont manqué un épisode. Dr House, dans la série éponyme, est un fan déclaré de soaps ; il regarde "Prescription Passion", parodie de "General Hospital".
Les jours s'en allaient, les soaps demeuraient... Mais la télé aussi change plus vite que "le coeur des mortels".
Espérons que d'autres chaînes accueilleront ces soaps... Un groupe milite pour cela sur Facebook !

Nous assistons à l'évolution d'un genre, à la fois publicitaire et télévisuel (soap opera, telenovelas). L'art de raconter des histoires en séries ("serial storytelling") s'adapte à tous les supports (on l'a vu avec le feuilleton et le roman-photo). Ce genre se caractérise aux Etats-Unis par un type de narration (un suspense à chaque fin d'épisode), un type d'éclairage (backlighting), un tournage presque exclusivement en intérieur, des décors symbolisant des classes riches, beaucoup de gros plans... Ce genre et ses conventions parfois théâtrales seront sans doute redéfinis par les tournages en HD qui touchent déjà "General Hospital" (ABC), "The Young and the Restless" (CBS) et, bientôt, "All my Children" (ABC) et " One Life to Live" (ABC).
Certains soaps sont disponibles en streaming ("Days of our Lives" sur le site de NBC). Univision, le network hispanophone lance son propre studio de production de telenovelas. Les soaps sont passés de la presse à la radio (feuilleton), de la radio à la télé, ils auront encore une vie après la TV. C'est ici que s'observe l'effet du média sur un message qui raconte toujours la même histoire, "As the World Turns".
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