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vendredi 19 décembre 2025

Voleur, agrégateur ? 1828-1856. Et aujourd'hui, qui compile ?

Vignette de 1828, par Henri Monnier

Le Voleur fut une publication des années 1800, sous-titrée "Journal littéraire de Paris" ou encore "Gazette des journaux français et étrangers". Hebdomadaire, cette publication paraissait tous les 5 jours. Fondée en 1828 avec Emile de Girardin. Honoré de Balzac y a publié des extraits de "La peau de chagrin" mais on y trouvait également des textes de Chateaubriand, Victor Hugo, Lamartine, etc. En fait, le titre regroupait surtout des extraits de toute la presse française et étrangère de l'époque, d'où son titre, honnête, "Le Voleur", et sa légende : "Au peu d'esprit que le bonhomme avait // L'esprit d'autrui par complément servait, // Il compilait, compilait, compilait." Aujourd'hui, qui compile, sans s'en vanter ?

lundi 19 février 2024

Notre temps, un magazine pour passer le temps

 Notre temps, mars 2024, 132 p., mensuel, 4,4 €

De qui est-ce le temps ? Quel temps, celui qui passe, celui auquel on appartient ? Si l'on s'en tient à la une de ce magazine, à la photo qui illustre ce numéro mensuel, on ne peut douter : il s'agit du temps des trentenaires. Mais en feuilletant le magazine, le doute s'installe, et il s'agit plutôt de la seconde partie de la vie, de celle qui précède et anticipe la retraite, la maladie, la mort, les petits enfants, partie de vie jamais nommée mais horizon toujours présent de toutes les décisions, médicales ou économiques. Mais enfin, déclare une actrice interviewée, "il y a de beaux rôles pour les actrices de plus de 50 ans". D'autant que la part de la population des "50 ans et plus" s'accroît régulièrement... 

Si l'on en croit l'OJD et l'ACPM, l'audience de ce titre est de 2,4 millions de personnes, composée d'un tiers d'hommes et de deux tiers de femmes. Les abonnements représentent 81% de la population des acheteurs du titre ; des fidèles donc. Rappel : en France, une personne sur cinq a au moins 65 ans (source : INSEE, 2022) et la France compte 66 millions de personnes, donc 13 millions sont la cible de Notre temps, cible du magazine papier et/ou cible du site Internet de ce même titre. Au total d'ailleurs, ce magazine est de facto le premier des magazines, juste derrière les hebdomadaires de fin de semaine et ceux de télévision dont les audiences sont menacées par les divers outils numériques.

En gros titre, en rouge, donc, de ce numéro de mars : la retraite des femmes. Cela constituera le "cahier central" intitulé "vos droits et votre argent" : tout d'abord, le logement qui est traité en tenant compte de l'avancée en âge ("après un veuvage", etc...), des déménagements. Ensuite, vient la retraite : le passage à la retraite est souvent difficile pour les femmes, retraite dont le calcul financier est compliqué par des carrières interrompues par les enfants, par le métier du mari, qu'elles suivent, en général.

Puis, après un peu d'activités manuelles (un "tote bag brodé"), il sera question de la cuisine, de celle que l'on se mijote, centrée ce mois-ci sur le citron ,"un zeste de soleil" ; 6 pages lui sont concentrées, avec des recettes mais aussi des conseils diététiques (la santé toujours !), mais rien sur le citronnier qui pousse dans le jardin ou sur le balcon, dommage ! Ensuite, il est question du marché : l'églefin, les oranges sanguines, les radis red meat et les asperges ; puis du supermarché ("Banc -test : les crottins de chèvre", avec les prix au kg). Articles utiles, voire indispensables. Ensuite, des recettes pour les feuilletés.

L'agriculture ("le bio a pris racine", 2 pages pour un bilan qui reste modeste), et le salon des séniors. Puis une page pour l'année 1974 ("Souvenirs, souvenirs", cela s'est chanté, il y a bien des années). Le dossier santé est consacré à la musculature, il est suivi de deux pages sur les compléments alimentaires, puis d'un dossier sur la presbytie, d'un dossier sur une innovation médicale, les ultrasons pour améliorer la situation du coeur et, enfin les fleurs sauvages : c'est beau et bon pour le sol.

Ensuite, vient la culture avec le cinéma et les DVD, des romans (il y en a même un sur Spinoza, philosophe malin, si loin de son temps !). Puis viennent quatre pages, dans le cadre des "Amours historiques", sur celle qui deviendra l'héroïne du Roman de la rose, épouse de Louis IX, dit Saint Louis, à qui les français de religion juive devront de porter une rouelle d'étoffe jaune, suggestion faite au roi en 1269 par un juif converti ! Ensuite, quatre pages sur Evreux, puis cinq pages sur Sri Lanka : tourisme, ici ou là-bas.

Finalement viennent les jeux, mots croisés, mots fléchés, le bridge, etc. puis la publicité et les annonces classées (pp. 110-132) : au total, environ 38 pages de publicité dans le magazine, presque toutes utiles.

Concluons. Manifestement, dans Notre temps, il y en a pour tous les goûts, pour de nombreuses lectures actives (moi, j'aime bien les recettes) : il y en a pour un mois. Magazine multitâche sans être généraliste, il est conçu pour aider ses lectrices et lecteurs à devenir vieux. Alors qu'est-ce que c'est qu'être vieux, que devenir vieux ? Ce magazine donne des réponses à ces questions futiles mais vitales que l'on ne se pose pas, sauf parfois le soir quand on ne dort pas. Les réponses sont intelligentes, variées. Du très bon travail, assurément. "Notre temps, le plaisir d'avoir son âge", promet la régie publicitaire du titre. Peut-être !

lundi 3 juillet 2023

La Voix de l'Ain en vacances d'été

 Destination 01, Eté 2023, Evadez-vous !, supplément à La Voix de l'Ain, 84 p.

Ce magazine se termine par "L'agenda des sorties 2023" qui répertorie les festivals, les visites, les concerts, les randonnées dans le département. Et il commence par une carte touristique où l'on peut situer, d'Est en Ouest : la Bresse, les Dombes, le Bugey et le Pays de Gex.

Cela se poursuit avec le "Terroir et bonnes tables" ; la gastronomie est une spécialité de l'Ain et les produits locaux le démontrent. La carpe des Dombes, la galette de Pérouges, la tarte bressane, la quenelle sauce Nantua, les crêpes parmentières ou les grenouilles à la persillade sont des spécialités régionales au même titre que les fromages, Morbier ou Bleu de Gex. Et n'oublions pas la volaille de Bresse ! On nous emmène aussi à la découverte du Pouilly-Fuissé, Bourgogne réputé.

Et le magazine poursuit ainsi évoquant le patrimoine de la région, patrimoine fait de nature et de culture. L'histoire est partout, avec le "Musée de la grande vapeur" à Oyonnax (sur l'électricité) ou la Maison d'Izieu dont les enfants et animateurs, raflés par les nazis, finirent leurs jours à Auschwitz en 1944. La Dombes et ses étangs, les gorges de l'Ain et de nombreux lieux qui invitent à la randonnée à pied, à cheval ou à vélo. Bourg-en-Bresse accueille cette année la 18ème étape du Tour de France, et puis nous revoilà dans les Dombes, le Parc des oiseaux, Trévoux et l'on s'embarque en montgolfière... On atterrit dans les Soieries Bonnet et l'usine-pensionnat de jeunes filles, fondés en 1835. Et nous revoilà dans le Bugey, terre de vins, la cuivrerie de Cerdon, le Festival d'Ambronay (musique classique), à deux pas de la Suisse.

Vendre un pays, une région, son été, ses vacances, sa cuisine, ses vins, ses restaurants tel est l'objet de ce magazine régional. Destination 01 vend bien le département. C'est un guide touristique, pour les vacances. Tout y est publicité et rien ne l'est. Tout y échappe aux classifications habituelles. Sa durée de vie est d'un trimestre au moins, et son nombre de reprises en main (non calculé ici) est sans doute très élevé. Comment est-il distribué ? On pense aux touristes de passage, entre autres. Il peut être distribué partout, par chaque commerçant, par chaque administration. Superbe travail, méticuleux, précis, et utile aux commerçants comme aux touristes.

dimanche 11 décembre 2022

Un magazine qui se veut beau : manifestement optimiste !

 BEAU demain. Magazine manifestement optimiste, trimestriel, automne 2022, 16 €, 196 p. distribution MLP.

C'est un magazine que l'on nous promet trimestriel. Il est beau comme un livre. Bien sûr, le beau est difficile à définir et le magazine "écoute la richesse de ce temps fragile mais créatif, curieux, généreux et militant". Ainsi il "Renoue avec le beau. Et permet de l'éprouver". Voilà le programme qu'annonce la rédactrice en chef, Charlotte Roudaut (p. 12), face à une bouteille de Champagne, Blanc de Blancs, de Ruinart. Donc pas de définition mais des exemples, et la publicité en fait partie, celle de Chanel qui se vante d'un "temps d'avance sur la beauté", celle du rouge d'Hermès pour qui "la beauté est un geste", celle du livre de Michel Pastoureau qui raconte "l'histoire d'une couleur, le blanc", ou d'Agata Toromanoff, "Sculpter la lumière", "Panorama en 500 lampes", et enfin, celle pour la Suisse ("J'ai besoin de nature, J'ai besoin de Suisse"). 

En fait, il y a de tout dans Beau : un article sur Patti Smith qui évoque l'environnement, un article sur des librairies de Tokyo, ou encore sur Ali Akbar piéton de Paris, vendeur de journaux à Saint-Germain des Prés.  Il y a un article sur le lavomatic à New York qui invite à refuser la machine à laver domestique, celle que chacun a chez soi. Et puis, il ya la moisson par Triticum (à Rouen), de la cuisine avec une tarte "citrouille, épices et chantilly de coco", il y a aussi la nouvelle vague du design au Portugal. On rencontre encore le prix Nobel d'architecture, Diébédo Francis Kéré, qui invente des bâtiments au Burkina Faso. On rencontre aussi Jean-Guillaume Mathiaut, sculpteur sur bois et architecte. Car il faut de tout pour faire un magazine, et il y a de tout dans Beau

Comment ne pas penser à Platon et à l'Hippias Majeur ? "Récemment, en effet, dans une discussion où je blâmais la laideur et vantais la beauté de certaines choses, je me suis trouvé embarrassé par mon interlocuteur. Il me demandait, non sans ironie : " Comment fais-tu, Socrate, pour savoir ce qui est beau et ce qui est laid ? Voyons, peux-tu me dire ce qu'est la beauté ?" Et moi, faute d'esprit, je restai court sans pouvoir lui donner une réponse satisfaisante." (Platon, Hippias Majeur, 286 d, 1921 - 1965, Paris, Les Belles Lettres, texte établi et traduit par Alfred Croiset). Beau reprend ainsi le dialogue de Platon, "Sur le beau, genre anatreptique". Qu'est-ce qui est beau ? Par exemple, dit le dialogue, une belle jeune fille, une belle jument, une belle lyre, une belle marmite, l'or, l'ivoire, la cuiller en bois de figuier ou encore le plaisir causé par la vue ou l'ouïe... On n'aboutit à rien ou à tout, au bout de cet inventaire, et Socrate de conclure que "le beau est difficile" (304 e). Dialogue infructueux donc, mais réaliste ! C'est le sens d'anatreptique, Socrate a tout mélangé et l'on aboutit à rien, à une aporie (ἀπορία). Pas de définition, seulement des objets, plus ou moins beaux.

Beau, le magazine nous fait penser à ce dialogue platonicien : il y a du beau partout et le beau est difficile à définir. On l'invente, on le trouve, au hasard des rencontres. Bonnes lectures, bonnes idées... car le magazine a une longue espérance de vie ; il sera lu et relu, au cours d'une vie qui dépassera les trois mois de sa périodicité annoncée. Et l'on attend les prochains numéros : quels contenus ? Pour les réponses, relisez l'Hippias majeur car "le beau est difficile" mais le magazine est optimiste !

dimanche 13 juin 2021

Le marché publicitaire français en 2020, selon l'IREP

IREP, Le marché publicitaire français en 2020, Paris, 2021, 115 p.

Comme chaque année, depuis plus de cinquante ans, l'IREP publie sa vision de l'état du marché publicitaire français. Le bilan prend en compte cette année les médias suivants : la télévision, le cinéma (les salles), la radio, la presse quotidienne nationale et régionale, la presse hebdomadaire régionale, la presse magazine, la presse spécialisée, la presse gratuite d'information, locale et thématique, la publicité extérieure, Internet (search, social,  display et autres - affiliation, courrier, comparateurs), les annuaires, le courrier publicitaire et les imprimés sans adresse. 

Le résultat total montre, pour la durée annuelle, une chute globale de 11,6% des recettes publicitaires. C'est la presse qui souffre le plus avec une chute de plus de 30% (publicité commerciale) ; la publicité extérieure perd beaucoup également (-33%). 

Et c'est Internet, seul, qui présente un résultat fortement positif.

Dans le bilan global, c'est donc Internet qui domine le marché français (42,4% - Tableau 5, p. 13). Si l'on compare avec le marché américain (cf. p. 75), on voit que la part de marché d'Internet en France est inférieure à ce que l'on observe aux Etats-Unis (où elle atteint près de 61%, comme en Russie) ; cette part de marché dépasse d'ailleurs 70% en Chine, et 71,5% en Grande-Bretagne. Pourquoi ces écarts, et notamment pourquoi un écart de près de 30% avec la Grande-Bretagne ? Beaux sujets de réflexion...

Comme on le voit, il y a du grain à moudre dans ce bilan annuel et il faut saluer le travail de Christine Robert qui dirige l'IREP et a permis l'établissement de ce bilan. Bien sûr, comme dans tout travail de ce type, il y a des a priori choisis pour ces calculs, a priori que l'on peut discuter et disputer, mais qui sont inévitables. C'est sans doute sur ces choix mis en oeuvre lors des calculs qu'il faut s'interroger maintenant, pour les améliorer, si possible. 

"L'essentiel par pays" est bienvenu même s'il comporte quelques "oublis" que l'IREP aura tout intérêt à combler : l'Espagne, la Pologne, la Suisse, l'Autriche, les pays scandinaves et le Portugal pour donner tout le marché européen ; au plan mondial, la Corée est absente.

L'ensemble constitue un outil de référence interprofessionnel pour les acteurs du marché publicitaire.

Le marché publicitaire des médias américains (estimation WARC, mars 2021)

jeudi 4 février 2021

Le smartphone à plein régime pour tout le monde

Mieux utiliser votre smartphone et votre tablette - Le guide pas à pas & conseils utiles, Pleine Vie, Hors série N° 58, 124 p.    

Il y a tout ou presque dans ce magazine, tout ce que vous voulez, tout ce que vous pouvez vouloir faire avec un smartphone ou une tablette, que vous soyez débutant-e, que vous changiez de marque d'appareil, que vous vouliez améliorer votre compétence et devenir un peu plus fort-e. A la une, une série d'expressions qui commencent par "Je" : tout y est des savoir-faire que l'on peut vouloir acquérir et maîtriser avec ces appareils, y compris l'application "Pleine Vie" (à télécharger).

La cible est celle du magazine (Reworld Media), donc cela vise plutôt les plus de cinquante ans, pour autant qu'une cible définie par l'âge ait encore du sens dans ce domaine. Car les plus de 50 ans constituent une cible de plus en plus confuse : elle mêle à quelques oisifs et retraités des gens qui travaillent, qui ont besoin d'une formation, qui changent encore de métier, qui doivent encore élever leurs enfants... Et puis, ce sont des lectrices et lecteurs qui doivent sans cesse apprendre à vivre.

Dans le magazine, les explications et le mode d'emploi sont simples. J'ai été parfois surpris par la présence des mentions Facebook et Cie (WhatsApp, etc.) comme allant de soi d'autant que leur sécurité est de plus en plus mise en question (cf. le débat avec Apple). Mais dans l'ensemble, les savoir-faire mentionnés, décrits, expliqués, témoignent que le smartphone, plus que la tablette, sont des outils courants ; tout le monde doit savoir s'en servir et le minimum se trouve dans ce magazine, pour tous les moments de la vie, ou presque, de la maternelle à l'arrière grand-mère (en 2021, on compterait désormais 76% des 11 ans et plus équipés d'un smartphone selon le Pôle numérique Arcep – CSA). Manque peut-être un index des noms, des fonctions... 

A mon avis, il est temps pour un tel magazine de faire évoluer sa cible, de l'élargir ou, du moins, de suivre l'évolution de la population : les "50 ans et plus" représentent désormais une bonne partie de la population, française, une bonne partie de celles et ceux qui prennent des loisirs, des vacances, qui travaillent, qui s'occupent d'enfants (les leurs ou / et ceux de leurs propres enfants). Ce ne sont pas des inactifs en fin de vie : la liste des savoir-faire à maîtriser, telle qu'elle est donnée à la une est parfaite. Il faut simplement la complexifier car l'informatique nécessaire est aussi devenue un exercice vital pour toutes et tous, une formation continue, indispensable.


lundi 23 novembre 2020

S, un magazine "positif, inspirant, sans tabou". Diable !

 S. Le magazine de Sophie Davant, bimestriel, CMI Publishing, 3,8 €, 148p.

N'étant pas dans la cible, j'ai commencé par la faim / fin et les recettes de cheffe. Sophie Davant propose quatre recettes. La première est une de carpaccio de saumon, facile. La seconde des pâtes aux deux saumons, frais et fumé, avec des spaghettis. Pas très compliqué mais appétissant. Cela se complique avec un "magret de canard déglacé au miel" et on en mangera volontiers. Enfin, cela se termine par un "moelleux au chocolat encore coulant" qui doit être succulent. Bon pour une entrée dans le magazine, c'est sympa, clair, bien expliqué. "Plaisir assuré".

Sophie Davant, personnalité de la télévision grand public, "accessible et inspirante", mère de deux enfants, divorcée, bientôt soixante ans. L'ancienne de "Télé Matin" lance un magazine "positif, inspirant, sans tabou" (c'est son sous-titre). Directrice éditoriale, Sophie Davant y signe quelques articles ; j'ai aimé et retenu notamment :

  • l'interview de son amie, écrivain et journaliste, Katherine Pancol, "une femme libre" ; et la copine de balancer, sur le milieu littéraire : "un milieu, qui a couvert Matzneff pendant trente ans parce que c'est un homme, est difficile à respecter" (Gabriel Matzneff, auteur de Gallimard, est "visé par une enquête pour viols sur mineurs", Le Monde, 24 septembre 2020).
  • le conseil impératif qu'elle donne aux femmes : "être indépendante financièrement. Travailler à être soi à 100%", même si "tout est plus difficile quand on est une femme"...  
  • l'interview de Francis Cabrel, son rapport à la paternité et à sa femme : "il a fallu de la patience à mon épouse. Ca n'a pas dû être simple" (S.D. : "Elle vous l'a dit ? F.C. : "Elle me l'a dit" [Il rit]. 
  • les pages tourisme ("Evasion") qui vous mèneront "Du bassin d'Arcachon à la Normandie" : suivons le guide, et nous verrons.
Beaucoup de sujets que n'aborde guère la presse féminine. Et le magazine traite aussi de la brocante, de la décoration, d'avoir des cheveux blancs, d'avoir 50 ans ("le nouveau 20"), du style vestimentaire et du maquillage de Sophie Davant ; le magazine parle aussi de chirurgie esthétique, du deuil, du départ des enfants, des fêtes, des cadeaux, de la ménopause, de la permaculture et puis, encore de la déco, du recyclage, et puis...; et puis, eh! bien, c'est la fin : et nous revoilà à la cuisine. Il faut que j'essaie une de ces recettes : allons-y pour les pâtes aux deux saumons. Nous en reparlerons, bientôt !

Le groupe qui publie S est le groupe CMI (qui, en France, publie également Elle, Télé 7Jours, Art et Décoration). Le premier numéro comporte quelques pages de publicité : pour les pistaches, Orange, Intermarché, l'eau thermale, Tena, le Café de Paris (le vin), etc ; mais la publicité la plus discrète est celle que le magazine offre pour de nombreux objets et produits divers, des adresses...
Le magazine, un féminin classique, tient beaucoup dans ce premier numéro, par sa directrice éditoriale. Sa personnalité suffira t-elle à donner au titre de la durée ? Le numéro 2 est annoncé pour janvier.

vendredi 14 août 2020

Pâtisserie de chez vous ?

"Fou de Pâtisserie, La France en 120 pâtisseries sucrées de nos régions", opus #10, Hors série, août - septembre - octobre, 212 p., Index des recettes (p. 210). Adresses pour chacune des quatre régions (Cahier technique, pp. 163-209).

Alors voilà un livre pour les fous de pâtisseries, pour ceux et celles qui sont déjà des professionnels et ceux et celles que cela prend de temps en temps, de se professionnaliser, le temps d'un week-end ou de quelques vacances. 212 pages pour 120 recettes. 

La France est divisée en quatre chapitres renvoyant à des restaurants et des pâtissiers professionnels de la région. Et il y en a pour toutes les saisons, pour tous les goûts, et pour tous les talents.

Beaucoup de recettes sont en quelque sorte des chefs d'oeuvres. Et les amateurs prendront le temps pour réussir leur dessert favori, celui qui mettra en relief tous leurs talents.

Je n'ai aucun espoir gastronomique mais je vais essayer une recette dite de "pain d'épices à l'ancienne", je ne devrais pas la manquer : je fais du pain d'épices depuis plus de 20 ans avec mes enfants. Alors, allons-y !

La recette est claire. Pourtant, la farine "T45" est introuvable, alors j'ai pris la farine banale. Pour le reste, j'ai tout trouvé à la maison ou presque. Il m'a fallu une bonne heure, vaisselle comprise (la recette prévoit 25 minutes de préparation), et 10 minutes d'infusion. On peut garnir le pain d'épices avec un mélange de confiture d'oranges et d'abricots. J'ai essayé, je trouve que cela n'apporte pas grand chose, mais c'est plus joli.

Et voilà !

C'est bon ; au petit déjeuner, trempé dans le café au lait. Il faut améliorer la recette en jouant avec les confitures. J'ai mis de la confiture d'oranges amères et de la marmelade de citrons verts, comme l'indique la recette (p.j.), mais on doit pouvoir mieux faire.







jeudi 6 août 2020

Un magazine pour comprendre l'histoire des Templiers


"Tout savoir sur les Templiers", Mondes anciens, 164 p., repères bibliographiques

Le magazine se veut une histoire complète des Templiers, depuis leur naissance au début des croisades, de la chevalerie chrétienne au Moyen-Âge à leur fin (Philippe le Bel). L'acte fondateur est lié à la conquête et à la défenses des lieux "saints". L'ordre des Pauvres Chevaliers du Christ deviendra l'ordre du Temple, en 1119. S'invente alors une figure neuve, celle du "moine-chevalier", liée à celle de "guerre juste" puis de "guerre sainte" (Augustin, puis Thomas d'Aquin) et enfin de "croisade" sous l'influence cistercienne de Bernard de Clairvaux au Concile de Troyes en 1128 (la bulle "Omne datum optimum" qui dispense les Templiers de la dîme et les établit les soldats du Christ, "milites christi"). On dira que Bernard de Clairvaux est une sorte de "révolutionnaire doctrinal" qui fera valider la notion de guerre sainte. Donc d'abord une véritable révolution doctrinale, "monstruosité doctrinale" au service de la papauté.
Mais les missions des Templiers ne sont pas restées seulement militaires, les donations affluent et ils deviendront également banquiers, et notamment banquiers du Roi de France. Mais le 18 mars 1314, le maître de l'ordre, Jacques de Molay, sera brûlé vif en présence du Roi de France. Il en sera dès lors fini des Templiers, mais leur légende alors commence. Qu'est devenue la fortune de l'ordre, a-t-elle été dissimulée ? Certains cherchent encore...

Le magazine prend le prétexte de l'histoire des Templiers pour aborder des problèmes clés de l'histoire de France : le conflit entre les pouvoirs des papes (ultramontanisme) et ceux des rois et princes (gallicanisme), la mise en place de la monarchie absolue en France, le temps des croisades, à partir d'Urbain II (son appel de 1095 à Clermont) et jusqu'à celle, la dernière, que prêcha Louis IX (dit Saint Louis").
Cette histoire est un peu compliquée mais il s'agit de trois siècles de l'histoire de l'Occident. Le magazine s'achève par un intéressant article sur l'établissement du droit romain par Grégoire VII (1075 - 1140), puis se consacre à deux ordres, quelque peu semblables à celui des Templiers, celui des Hospitaliers et l'Ordre Teutonique.

jeudi 23 juillet 2020

KoKo, un excellent mook franco-japonais



KoKo. La première revue interculturelle bilingue fançais - japonais,  "L'art  urbain", avec P'tit KoKo. "Koko et Nina à la découverte du street art"15€, trimestriel, abonnement : 55 €, 144 p + 32 p. Conseils de lecture et Conseils cinéma.

C'est un mook original, rare, bien construit. Un vrai livre. Tout d'abord, parce qu'il est bilingue et, comme tel, il intéressera d'abord tous ceux et celles qui apprennent le japonais, ou qui envisagent de l'apprendre. Ou ceux et celles qui apprennent le français. Parfait manuel. Mais on peut se satisfaire de l'une des deux langues, si, comme moi, l'on n'a pas appris le japonais à l'école. Ensuite, le magazine, un véritable mook avec ses 144 pages, est accompagné d'un petit magazine (de 32 pages) pour jeunes enfants (5 à 10 ans) : P'tit Koko. Ce magazine est consacré au même thème que le magazine adulte et comporte deux pages de vocabulaire pour que les enfants, qu'ils apprennent le japonais ou le français comme seconde langue, s'y retrouvent et... apprennent leur vocabulaire. Parents, à vous de jouer !

Koko se considère comme "une passerelle entre la France et le Japon", selon l'introduction de Eventhia Moreau (ancienne élève de l'INALCO à Paris) qui veut faire de Koko un "espace de dialogue interculturel entre les cultures françaises et japonaises". L'équipe est entièrement féminine (https://revuekoko.com/index.php/qui-sommes-nous/).

Le magazine commence par un article introductif de Lord K2 qui montre que la place de cet art urbain n'est pas encore gagnée au Japon, même si Shibuya, quartier branché de Tokyo, peut nous en donner une idée. Le second article est né d'une inspiration, venue de la cinéaste Agnès Varda ("Mur Murs", son film consacré à l'art mural à Los Angeles, sorti en 1982) ; l'auteur, Kool Killer, qui enseigne à l'université de Tokyo, retrace l'histoire de l'art urbain à Tokyo. Ensuite, nous sommes confrontés à divers articles consacrés à l'art urbain dans différents environnements : Okinawa (par l'artiste Denpa), Paris où deux graffeurs, Lek et Sowat, s'emparent d'un supermarché désaffecté au Nord de la ville, "Le Mausolée". Rackgaki (i.e. graffiti japonais) décrit la scène japonaise de la "street culture". Stew raconte son "Héron bleuté" qui, du haut de ses 50 mètres, domine le XIIIème arrondissement de Paris... Et puis, il y a de nombreux portraits et interviews : Mina Hamada, Shiro, Da Cruz, Mademoiselle Maurice, Dragon 76, K12 One, C215 et son chat haut de six étages dans le XIIIème arrondissement (à l'angle de la rue Nationale et du boulevard Vincent Auriol - si vous voulez aller le saluer !), Sasu, etc. Le magazine s'achève par un retour dans Shibuya et puis encore des interviews de Native et Simon qui parlent du samouraï noir, Yasuke.

Le magazine comprend également des "conseils ciné" et des "conseils lecture", alimentés de références bibliographiques "pour découvrir les scènes urbaines" japonaises et françaises.
Koko fait changer l'air culturel que nous respirons, et il faut l'encourager, car il y a du travail ! Après ce numéro sur "l'art urbain", j'attends la suite, impatiemment.

jeudi 16 juillet 2020

Des clés carto pour notre monde


"Les clés carto pour comprendre le monde", hors-série, l'éléphant. la revue de culture générale, 152 p. , ScriNeo, 16 €

Le titre dit tout : le magazine explique le monde à l'aide de la cartographie et ce principalement grâce à la collaboration de l'IGN (Institut national de l'information géographique). C'est donc globalement de géographie dont il est question. Cela commence par une excellente BD consacrée à Erathostène, qui dirigea la bibliothèque d'Alexandrie et entreprit de mesurer la circonférence de la Terre, avec succès (en 230 avant notre ère). Ensuite, Jacques Lévy, normalien et Professeur,  explique la notion de "capital spacial", notion qui renvoie à celle, voisine, de "capital culturel" (Pierre Bourdieu), et joue comme variable essentielle dans l'explication du vote (André Siegfried toujours !). Et l'auteur, interviewé, de conclure du rôle de l'école : "l'intérêt de la société tout autant que de ses membres est d'avoir des individus créatifs et agiles". Est-ce le cas en France aujourd'hui ? 

Remarquable article de Jean-Luc Arnaud (CNRS) sur le Service géographique de l'armée qui montre le retard pris par l'analyse géographique du territoire national, retard militaire : "De l'Ancien Régime à la IIIe République. Histoire d'un art au service du pouvoir". L'Institut national de l'information géographique et forestière, créé en 1940, est désormais devenu un outil indispensable à l'aménagement des territoires, à la surveillance des eaux, des sols, des forêts. Les dessinatrices gravent les cartes (ce sont des femmes, uniquement, jusqu'en 1970). La photographie aérienne quant à elle, doit beaucoup aux B-17, bombardiers de l'armée américaine, désarmés et recyclés pour la paisible cartographie ; ils sont remplacés aujourd'hui par des Mystères 20.
On apprend beaucoup de choses en lisant ce magazine : par exemple, qu'il n'y a pas d'accord franco-italien pour la carte définitive du mont Blanc, ou encore l'histoire de la sauvegarde difficile des temples d'Dabou Simbel en Egypte, la mesure de l'élévation du niveau des mers (3 mm par an en Méditerranée). Un article met aussi en relation le service commercial Google Maps et le Géoportail de l'IGN, service public qui crée la donnée, que Google se contente d'agréger.

L'article sur les forêts de France (un tiers de la surface du territoire national) part d'un constat : la forêt française est privée pour les trois quarts, situation qui freine la réalisation d'un inventaire. Qui donc possède les forêts français : dommage, on ne nous le dit pas ! La forêt française reste une richesse importante qui compte douze espèces d'arbres dominants (sans compter ceux de la forêt de Guyane) quand la Finlande n'en compte que deux.
Enfin, Marseille, avec son marégraphe, donne le niveau zéro de l'altitude et permet de dire que, depuis 1885, la mer a monté de 16 centimètres : réchauffement climatique !

Et puis, le magazine donne de nombreux autres éclairages liés à la cartographie : les zones à risques pour les prochaines épidémies, l'état de la concurrence russo-américaine, l'histoire de la guerre européenne en 1939-45, la "ruée vers l'Ouest" français, l'industrie minière en Australie, le méridien de Greenwich et les albatros qui, armés d'une balise, peuvent repérer les navires de braconniers... Et le magazine, dont je suis loin d'avoir tout dit, se termine par un article sur Julien Gracq, normalien et géographe, marcheur impénitent, surtout : "La description, c'est le monde qui ouvre ses chemins, qui devient chemin, où déjà quelqu'un marche ou va marcher". Très bel article de Sophie Doudet, qui nous prend pour ce que nous sommes : des humains qui parcourent un petit bout de notre monde, avant de le quitter. Signalons encore, en fin de magazine, une bibliographie, bien faite, "pour aller plus loin", pour les lecteurs curieux (enseignants, étudiants, parents ... vous, lectrice et lecteur).

Voici un magazine qui donne une idée de ce que peut apporter une presse bien conduite : une introduction aux savoirs qui joue avec tous les éléments du style journalistique, y compris des éléments de jeux ("jouer pour retenir"), des photos, des histoires, des cartes, des quiz, des articles de longueurs différentes, des dessins, des images de satellites artificiels. Cette revue de culture générale met donc tout en oeuvre pour le plaisir et le savoir de ses lecteurs. Sans publicité, elle-mérite d'être gardée, parcourue à nouveau, et encore. C'est une belle réussite de presse et d'édition et qui commence par une formidable question de sa direction: " Combien de données faudra-t-il encore produire avant que les hommes ne se décident à réagir collectivement face à l'urgence écologique ?"

4 de couv du magazine


samedi 11 juillet 2020

Beau, bon et utile pour cuisiner l'été



Saveurs Green. Le magazine naturellement responsable, bimestriel, juillet-août 2020, 124 p.

Voici nouveau un magazine qui tient ses promesses : il est bourré de recettes "végétariennes et équilibrées", accompagnées de conseils (l'"avis de la nutritionniste"). Il y en a pour tous les goûts, pour les grands et pour les enfants, pour ceux qui veulent "se dépolluer" (les "assiettes détox"), pour les sportives, et de nombreux plats plus sérieux aussi... et enfin des desserts glaces et des sorbets.
Dos carré, excellentes photos, le magazine est beau et facile à feuilleter. Et il y a des menus rapides - "à table dans 20 minutes"- et des plats plus lents qui demandent une préparation plus sophistiquée. Mais pourtant tout à l'air facile, à portée de la main !
Enfin le magazine donne envie de partir, mais pas nécessairement loin, à Troyes "en Champagne", par exemple. Carnet d'adresses en fin de magazine, sommaire des recettes. Et il y a des trucs pour nettoyer sa cuisine, un régime pour démarrer des moments de running, des idées sur le sucre, pour y démêler le vrai du faux. Bien sûr, il y a de la publicité, mais si bien placée qu'elle passe presque inaperçue d'autant qu'elle retient l'attention des lecteurs et lectrices (beau contrat de lecture). En début de magazine, il y a des "actus green", des idées pour l'apéro... Bon, vous avez compris, il y a tout ce dont on peut rêver pour cuisiner l'été. Et le magazine est fait pour être lu et gardé, collectionné même.

Excellent magazine. Bien équilibré, bien conduit. Du travail de professionnel-le-s. On a tellement envie de goûter tant de plats, que l'on va finir par s'abonner.

dimanche 5 juillet 2020

Le déconfinement de la presse française : premier bilan


La presse française repart
Après le confinement, les marchands de journaux mettent les unes en avant pour de nouveaux titres, principalement des hors-séries (nous n'avons compté que 9 nouveaux titres pour 308 titres hors-série). Sur neuf semaines, c'est une très bonne moyenne, surtout pour le début du mois de juillet ; on compte donc plus de 30 nouveaux titres par semaines.

Ce sont les titres touchant à l'histoire, au sens large, histoire contemporaine ou plus ancienne, qui dominent l'innovation : "50 ans d'amour à l'anglaise" (sur l'automobile), "Vauban", les "Vikings : de la Scandinavie à la Normandie", Emile Zola, "30 femmes d'exception", "1870 : la disparition d'un monde", le tracteur Renault, "L'Egypte antique", "Les Trente Glorieuses" par Spirou (!), "le Mirage 3", "Gainsbourg" et les femmes de sa vie, "Pompéi, etc. L'histoire est très diversifiée.

La presse pour enfants suit, puis viennent la santé et la vulgarisation scientifique. Que dira le mois de juillet, à peine commencé ? Nous verrons... en mettant cette statistique à jour régulièrement. Toutefois, il ne s'agit que de l'offre : comment ira la demande ?



samedi 27 juin 2020

Toute la nouvelle Aquitaine en revue



Le festin. Toute la nouvelle Aquitaine en revue, 15 €, dos carré, 130 p.

C'est un beau magazine, bien fait, bien conduit. Un régional aussi qui couvre le Sud-Ouest de la France, largement, allant des Pyrénées jusques à Poitiers.
Parcourons le numéro récent (juin 2020), trouvé gare Montparnasse à Paris. A la une, au choix (selon la région de vente, je suppose) : "Bordeaux, les bassins en lumière", mais aussi "Gaston Fébus en Béarn, avec le château de Pau" (pour le Sud), mais encore "L'hôtel de ville de La Rochelle" (pour le Nord). Trois couvertures donc pour trois régions du Sud-Ouest. Le magazine couvre systématiquement chacune des composantes de cette vaste région.

Mais d'abord, l'édito de Xavier Rosan qui plaide pour l'association du patrimoine et du matrimoine (Mére nature !), les deux, le vert et la pierre constituant selon lui un ensemble indissociable. Indiscutable aussi.
Le magazine tient-il cette promesse difficile ?  Il s'y efforce même si la pierre l'emporte sur le vert. Tout d'abord un article sur la base sous-marine (Kriegsmarinearsenal) construite par les Allemands aidés par les collaborateurs français au début de la guerre. Cet ensemble de U-Boot-Bunker, vestige impressionnant du conflit mondial, fut inauguré en mai 1943 ;  repris progressivement depuis la fin de la guerre, il est devenu un lieu d'exposition et est reconnu comme "architecture contemporaine remarquable", en 2016, par le Ministère français de la culture.

Suit un article sur le Centre international d'art et du paysage de Vassivière, et un article sur les jardins de Cognac dont un sur le parc François 1er qui fut détruit par un ouragan en 1999 mais qui est régénéré depuis. Un article détaillé sur la restauration de l'hôtel de ville de La Rochelle. Un long article sur Périgueux. Signalons encore un article sur Fébus (Gaston III de Foix-Béarn), par François Galès, qui détaille les constructions diverses et nombreuses de Fébus, prince des Pyrénées, entre Orthez et Pau.
Un excellent article sur l'oeuvre de Camille Claudel au musée Sainte Croix de Poitiers. La sculptrice y figure au travers de nombreuses oeuvres que Sophie Bozier sait présenter avec talent. "La valse" (1905) et "La Niobide blessée", entre autres, illustrent cet article. Le musée Sainte Croix, qui est présenté ensuite, illustre la tendance "brut de décoffrage" (années 1970) qui fait son succès.

Tout le magazine - et je n'en ai donné ici qu'un rapide résumé - est une invitation au voyage, au tourisme et au bon temps, tranquille, à passer dans les diverses régions évoquées (car lectrices et lecteurs peuvent oublier le bruit et les embouteillages des lieux). Un festin ! Le magazine peut être longuement conservé pour préparer un voyage ou en retrouver des éléments. Les quelques pages de publicité (des vins de Bordeaux, un hôtel Radisson) ne peuvent qu'y contribuer.

mercredi 15 mai 2019

La presse cuisine, on en n'a pas soupé !


La Grenouille à Grande Bouche. La société à travers ce que l'on mange, 116 p, 13€

Derrière (sous) ce titre étrange, se trouve un fort beau magazine qui intéressera ceux qui s'intéressent à l'histoire sociale et/ou ceux qui aiment cuisiner. Les auteurs sont d'origines, d'âges et de compétences diverses (crowd sourcing oblige) ; la publicité est absente : le lecteur est le payeur, pas la marchandise. Une seule page, quand même pour des cafés et chocolats acheminés et fabriqués à Morlaix (Grain de Sail) selon des normes respectueuses de l'environnement. La soupe, c'est d'abord loin de la frime et de la gastronomie pédante, la maison maternelle, le chez soi, la famille.

Chaque numéro est thématique. Le premier numéro est consacré à la soupe ; le suivant sera consacré au lait. La ligne éditoriale est déclarée par le sous-titre : sciences sociales et alimentation, on est ce que l'on mange, dit-on aussi. L'alimentation est traitée par les auteurs comme un analyseur des sociétés. Alors, que dit, que révèle la soupe à propos des sociétés, de leur organisation, de leurs contradictions, de leurs illusions aussi.

Cela commence par une histoire des soupes industrielles conçues pour nourrir à bon marché la population ouvrière et maintenir la force de travail en état de produire : Liebig et Royco, Knorr, le bouillon KUB. Bel éclairage, une lumineuse leçon d'économie sur le capital humain. Avec des avis sans concessions de l'UFC-Que Choisir et de Foodwatch.
La dominante régionale du titre est bretonne mais on trouve aussi des éléments concernant le Nord ("la Louche d'or") et la Champagne troyenne  ("Kantinetik"). Un article évoque la tradition de la soupe au lait pour célébrer les mariages en Bretagne. Non loin du folklore, on trouve quelques pages de Germinal (Emile Zola) pour se rappeler la qualité des portraits du romancier et la vie ouvrière dans le Nord en pays minier où la soupe occupait une place essentielle dans l'alimentation.
Beaucoup d'idées de lecture (la soupe aux livres) y compris de livres dits "d'enfants". Une playliste pour des soupes à écouter !

Beaucoup de recettes, d'origines diverses, sont expliquées, commentées. Un gros plan sur les soupes de poisson avec l'interview d'un poissonnier de Rennes (qu'en dirait un poissonnier de Toulon ?), un article sur la soupe miso (Japon) et des recettes de soupes "anti gueule de bois".
Bien sûr, chaque lectrice regrettera l'absence de certaines soupes qui lui sont proches : celle de la garbure (du Béarn), celle de la chorba des dîners de Ramadan (ah! la chorba blanche algéroise !), celle des gaudes avec son lait froid (Bresse), "the chicken soup" (pas celles de Campbell qu'a peintes Andy Wharol (1968) et auxquelles allude la une du magazine mais celle, traditionnelle, que recommandait Maïmonide, dite parfois "Jewish penicillin", soupe qui requinque. Manque aussi "l'alphabet soup" qui permet aux enfants d'écrire leur nom sur le bord de l'assiette mais qui désigne aussi la surabondance d'acronymes rencontrés dans les médias, le web et la publicité. Et la soupe à la queue de boeuf (Ochsenschanzsuppe ou Oxtail soup)... La grenouille a de quoi publier un second numéro consacré aux soupe.

Il y a des tests produits, appétissants (il y a des enfants testeurs, bien vu). Il y a un point lexical sur la soupe, clair et  bien utile (vous saurez enfin la différence entre soupe et potage, consommé et bouillon, etc.) ; il y a des rubriques santé et des tests de trois lieux d'achat ("le panier de la grenouille"), des faits divers, les épices, les herbes : en fait, il y a de tout chez cette grenouille, sauf l'explication du titre (je ne l'ai pas trouvée : a-t-il été tiré au hasard dans la dictionnaire, comme Bourbaki ?). Une géographie de la France des soupes serait bienvenue.

La revue se veut "participative", elle est parrainée par un animateur de France Inter ("on va déguster"). Lisez l'édito (ci-contre) : tout y est (bien) dit. Richement illustré, la diversité de ce magazine en fait un véritable "lieu de savoir" culinaire.
Notons la créativité continue des magazines de presse cuisine française : cf. le trimestriel 180°C . Des recettes et des hommes.

N.B. Pour la presse cuisine dans ce blog, cliquer ici.

lundi 6 mai 2019

The Big Bang Theory : c'est la dernière séance


La série TBBT qui finit par s'achever fait la une d'un numéro de l'hebdomadaire Entertainment Weekly , "The Ultimate Guide to the Big Bang Theory", $13,99, publié par  Meredith Corp. en mai 2019.

Le tournage du dernier épisode (qui dure une heure) de la plus longue des séries multi-caméra de la télévision américaine vient de s'achever en présence du public. 279 épisodes pour CBS, le network national, produits par WarnerMedia. Immédiatement après le dernier épisode (le 16 mai 2019), CBS diffusera une sorte de rétrospective de 30 minutes, "Unraveling the Mystery: A Big Bang Farewell", animée par deux des acteurs, Johnny Galecki et Kaley Cuoco.

Succès d'audience en prime time depuis 12 ans, donc succès publicitaire pour ce média traditionnel (legacy), nombreuses nominations pour des Emmy Awards et les Golden Globe. Entre la première diffusion et la rediffusion en syndication (reruns sur TBS depuis 2011, en exclusivité, et sur de nombreuses stations, dont les stations O&O de Fox), le succès aurait rapporté gros, y compris aux acteurs de la série, dont les revenus seraient comparables à ceux des acteurs de "Friends" (NBC).

Conclusions ? 
  • Alors que commencent les ventes publicitaires (upfront market), le modèle télévisuel le plus traditionnel, network national de stations locales puis syndication, semble encore fonctionner et les annonceurs américains s'y engagent toujours. Bien sûr, les audiences ne sont plus ce qu'elles furent, bien sûr l'audience se répartit autrement dans la durée, bien sûr la consommation en streaming (OTT) ne compense pas l'érosion de la diffusion linéaire et des MVPD (cord cutting et cord shifting). Mais, pour une marque, rien ne vaut une série comme TBBT, pour sa puissance sur une une cible large de consommateurs. 
  • La diffusion en syndication off-network (second marché télévisuel, broadcast et chaînes câble satellite) continue de bien se tenir, de même que les ventes à l'étranger qui, depuis des années, en font une série télévisuelle presque mondiale.
  • TBBT a été produite et lancée avant la réussite du streaming, avant l'ère de Netflix et Amazon Prime Vidéo et de la vente directe aux consommateurs : qu'en sera-t-il dans le nouveau marché de la vidéo, marché dit parfois "flixocalyptic" ?


Références
"The Big Bang Theory : des hommes savants, des geeks ridicules", Media Mediorum, octobre 2016.

lundi 4 mars 2019

Travail: et toi, tu fais quoi dans la vie ?



Welcome in the jungle, février 2018, trimestriel, distribution MLP, 114 p. 6,9 €. Dos carré.

"Tu fais quoi dans la vie ?", titre le premier numéro de ce magazine consacré à l'emploi, au travail, "média dédié au travail" : "on passe un tiers de nos vies à bosser", rappelle d'emblée le magazine, justifiant ainsi son existence. On pourrait ajouter que l'on passera de plus en plus de temps à changer de travail, à chercher du travail, à se former pour un autre travail. Le travail, le souci du travail et de l'employabilité débordent largement la population active telle que la définissent le BIT ou l'INSEE. Pourtant, il n'y a pas en France - à ma connaissance - de magazine concurrent qui embrasserait la place du travail dans les vies. Au-delà des petites annonces donc.
"Tu fais quoi dans la vie ?""la question qu'on déteste mais qu'on adore poser", précise la une (beau graphisme, jouant avec les points). Question centrale pour le journalisme. Suffisamment vague et peu directive pour être féconde et pourtant que tout le monde comprend, chacun à sa manière. A la différence des questions sur la "profession et catégorie socioprofessionnelle" faussement précise pour les enquêtes (au moment même de l'enquête, catégorie de classement pertinente a posteriori). Répondre à cette question, n'est-ce pas raconter sa vie ? "Question de clichés", titre un article : quelle vie n'est pas un cliché ?

Le sommaire illustre de multiples réponses à la question, normal puisqu'il n'y a pas de sot métier : "mon village, 700 habitants et une startup", dialogue entre "le flic et l'avocat" (bien loin des séries), la vie difficile des salariées enceintes au Japon, les data scientists (confrontation de six profiles d'entre eux/elles), le métier d'enseignant contractuel des "profs sans diplôme" (statistique édifiante et triste : la France manque de profs de maths ! Bravo !) et puis le lecteur rencontre nombre de métiers inattendus qui feraient rêver des enfants jouant aux noms de métier : tradeuse, espion, réalisateur de motos sur mesure, sauveteur de plantes, dealeuse d'art et créatrice de bijoux...
La mise en page est élégante, la lisibilité parfaite, servie par des trouvailles rédactionnelles : par exemple, des articles à base de citations, de vécu ("Je me suis fait virer" : superbe traitement de la question en deux pages de citations percutantes) ou encore le montage, face à face, à cinq siècles distance, d'une  une page de Thomas More (Utopia, 1516) et une liste d'énoncés (réalistes et surréalistes) entendus à propos du télétravail (depuis Biarritz), cette utopie ?
Plus que de la jungle, le monde du travail semble plutôt relever des "eaux glacées du calcul égoïste" (Karl Marx). Et encore, rien sur la grève, peu sur le chômage, les stages...

Le titre du magazine, que l'on ne perçoit pas au premier abord (en haut, à gauche), annonce la couleur et la tonalité : l'emploi, le métier, la profession, c'est la jungle. Welcome To The Jungle. WTTJ. Sous ce titre avait déjà été lancé un trimestriel gratuit, début 2016, s'adressant aux étudiants (avec un premier dossier sur les métiers de la restauration, "le food"). Le trimestriel a publié en mars 2018 un numéro consacré aux nouveaux médias. Au magazine est bien sûr associé un site. Pas d'encombrement publicitaire : une seule page, élégante et discrète, pour la Société Générale.

Lancements de titres de presse traitant de l'emploi, dont hors-série (2003-2018). Source Base MM, mars 2019

L'innovation presse concernant l'emploi et de travail passe beaucoup par les hors séries (cf. supra). Il n'est guère de secteur économique que ne couvre au moins un hors-série du type "guide de l'emploi", des écoles ou des formations, plus ou moins régulier, annuel souvent. Par exemple, le magazine Phosphore, désormais presque seul depuis que L'étudiant a abandonné ce terrain, publie des "guides des métiers" visant les étudiants. Notons encore des hors-série pointus. :"Les métiers du numérique, jeu vidéo, cinéma" (Jeux vidéo), "Tous les métiers du cheval" (Cheval magazine), "Les métiers de l'aérien" (Aviation et Pilote), "Les métiers d'art en France" (Connaissance des Arts). "Moi freelance. "Le guide des indépendants" (socialter),  "Les métiers de l'archéologie" (Archéothéma), etc. On parle aussi des métiers très tôt aux enfants (Wapiti, par exemple, publie "50 métiers pour les fans de nature et de science") ; il existe aussi, depuis 2010, un magazine pour devenir fonctionnaire : Vocation Service Public et particulièrement enseignant (Vocation Enseignant). Quant aux portraits professionnels, ils constituent un genre journalistique à part entière, dispersé dans tous les segments de la presse (par exemple : "Vies de médecin" dans le Quotidien du médecin)...

Avec ce thème "tu fais quoi dans la vie", ce magazine aborde un territoire immense et en friche qui déborde l'emploi et le strict métier : il y a du pain sur la planche. On peut donc espérer de beaux numéros, par exemple, les stages, le travail domestique, la mobilité, les métiers que l'on quitte, le repas pris au travail, les robots (sujet déjà évoqué dans ce numéro)...

Référence
INSEE, Nomenclatures des professions et catégories socioprofessionnelles
INSEE, Population active / Actifs

mercredi 6 février 2019

Le magazine et l'intention d'achat d'une voiture



Auto Plus Guide l'Acheteur, janvier 2019, 132 pages, Mondadori, trimestriel. 4,95 €

Un magazine automobile rassemble une majorité de lecteurs qui ont l'intention d'acheter une voiture, a fortiori si ce magazine est un guide d'achat. Auto Plus, qui vient d'avoir trente ans, est l'un des importants titres de la presse automobile européenne ; il publie désormais en France (licence Auto Bild de l'éditeur allemand Springer) un trimestriel consacré à l'achat d'une automobile neuve. L'éditeur déclare un objectif de vente de 100 000 exemplaires.
Comparaisons de prix, conseils pragmatiques, pour le choix d'un véhicule. Analyses comparatives, étude de concurrence pour éclairer les acheteurs potentiels (les acheteurs de ce trimestriel sont des "intentionistes", assurément) mais aussi les vendeurs, concessionaires, etc.

Optimiste, le magazine commence par un tour complet, deux pages, des primes encourageant l'achat de véhicules électriques, hybrides ou la destruction des diesels. Il fournit également  une grille de calcul pour le "malus écolo". Notons qu'il n'y a pas (encore) de primes pour encourager le non-achat de véhicules, degré zéro de la pollution !
Ensuite, un long article décrit les nouveaux modèles : "quelle voiture acheter en 2019". Puis viennent des articles comparatifs : le prix des voitures françaises comparé à celui des voitures étrangères de la même catégorie, puis leur confort. Un article polémique évoque le rappel des véhicules : conclusion, "les voitures commercialisées ne sont pas toujours 100% au point". Preuve à l'appui. Ensuite, un "guide pratique", réaliste, sur la location avec option d'achat et la location longue durée : "Comment savoir si l'on se fait avoir... ou pas ?". Pour finir, un épais dossier est consacré aux "300 meilleures voitures du marché", fondé sur les tests d'Auto Plus.
La publicité est à peine présente : le salon Rétro Mobile, des croisières en Asie et PayCar, une appli pour faciliter et sécuriser le paiement des véhicules d'occasion : bon plan, beaucoup de ceux qui achèteront un véhicule neuf vont aussi vendre une voiture d'occasion ! Aucun constructeur, ce qui est rassurant pour l'utilisateur.

Par construction, les comparatifs et les classements simplifient, forcément ; ils demandent beaucoup de quantification, de pourcentages. Expliquer comment les lire, ce qu'ils disent et ne disent pas, pourrait être bienvenu. Le guide d'achat est l'un des genres journalistiques les plus représentés dans la presse française, qu'il s'agisse de numéros réguliers ou de hors série. Depuis des années, on compte plus d'une centaine de hors-série à dominante "guide d'achat" par an (154 en 2017, 127 en 2018, source : Base MM, février 2019) ; un grand nombre de ces titres concerne l'automobile.
Guider les achats, conseiller le consommateur sont des fonctionnalités essentielles de la presse. Plus que des opinions sans doute, le consommateur i.e. celui qui paie son magazine de sa poche, qui est donc de ce fait, comme l'on dit, un lecteur "engagé", attend de la presse un service utile de description, d'explication et de comparaison méticuleuses des produits, nouveaux ou pas. La publicité également participe de cette fonctionnalité, plus ou moins, mais le consommateur attend du magazine le maximum d'objectivité possible. Et d'esprit critique aussi, ce qui n'est pas toujours compatible avec la publicité des marques. D'ailleurs, il est parfois difficile de distinguer entre rédactionnel (description d'un produit) et publicité (cf. les décisions de CPPAP).

Conclusion : magazine bien conçu,  de lecture agréable, voici un bon outil pour préparer ses choix avant une opération porte ouverte, un essai en concession... On ne sait pas encore quels articles sont des rubriques régulières et seront mises à jour, et à que rythme, dans les prochaines numéros. Mais l'espérance de vie et d'utilité du magazine est certainement longue et comptera beaucoup de reprises en main.

mercredi 28 novembre 2018

Magazines : des lieux qui ont une âme



L'Ame des lieux. Les lieux qui font le monde, trimestriel, lancé au début de l'été 2018. 162 p. 15€. Abonnement : 60€. Editée par les éditions ScriNéo qui publient également les magazines l'éléphant (La revue de culture générale) et Aider (S'engager pour les autres).

Les lieux ont-ils une âme ou bien ne sont-ils pas tout simplement remarquables pour des raisons historiques ou esthétiques générales, ou encore parce que nous les associons à des souvenirs personnels ? Tout comme les choses et autres "objets inanimés". L'édito du N°2 explique la vision du magazine : "La géographie le confirme : un lieu naît de son interaction avec l'homme. Il porte en lui une part de subjectivité, un peu de chacun de nous, un peu de nos histoires, de nos envies, de nos fantasmes..." (Stéphanie Tisserond, Jean-Paul Arif). Ouf ! On échappera donc au romantisme louche des racines et de la terre.
Le concept de L'âme des lieux est d'associer histoire et tourisme, réalisant une "revue curieuse et voyageuse". Le premier numéro conduit les lecteurs dans des "endroits qui [nous] rendent heureux" : Venise, bien sûr, et de manière plus originale, l'Ile d'Elbe , Tipaza (Algérie), les volcans d'Islande, le Verdun des Vosges, les toits de Paris, la Dordogne et le Périgord, la Réunion : il y en a pour tous les gouts, Bohin dans l'Orne (où l'on fabrique des aiguilles), Le Touquet, Sancerre et Chavignol...

La 4 de couverture du N°2 : un sommaire
Le magazine traite "l'actu par les cartes", rubrique qui fait voyager dans le temps aussi. Dans le premier numéro, cela commence par la culture des cerises et le Vaucluse. Une carte et un peu d'histoire, la burlat. La nostalgie du temps des cerises nous prend "mais il est bien loin"... Puis la  rubrique traite de la bière, des glaces. Dans le deuxième numéro, la rubrique élargit son horizon au Brésil puis à l'Europe ("les migrants, géographie d'un malaise"), à la Nouvelle Calédonie, avant l'élection, à la Russie, à Israël. La rubrique continue avec "la désertification rurale en France". Car "le désert croît" ! : de la Corrèze à la Haute-Marne jusqu'aux Ardennes, se dessine une diagonale inquiétante où le nombre de médecins diminue et où il ne fera pas bon être malade. Enfin, la Pologne face à son histoire : après Auschwitz, un antisémitisme qui n'en finit pas de renaître, Solidarnosc, l'occupation soviétique...
Le coeur du deuxième numéro, c'est Chicago, ses plages le long du lac, ses hauts immeubles (dont la Tribune Tower, immeuble néo-gothique, qui fut jusqu'en juin 2018 le siège du quotidien Chicago Tribune), Chicago river et ses canaux, le métro aérien ("the L"). "Windy city", certes mais "my kind of town", anyway). Bien vu. Une centaine de pages plus loin et l'on arrive à Lons-le-Saunier (Jura) patrie de La Vache qui Rit, qui germanophobe en temps de guerre, fut wagnérienne (Wachchyrie !).
Chaque numéro s'achève par une recette de cuisine : risotto de la plaine du Pô et kouign-amann de Douarnenez pour les premiers numéros.
Toutefois, un spectre hante cette géographie avenante : celui du tourisme qui défigure, des foules qui déferlent, compromettant la valeur et l'âme des lieux et risque de ruiner "l'esprit d'ici" que met en avant "le magazine de l'art de vivre en région" (ESPRIT D'ICI, 2012, Burda).

En fait, ce magazine sans publicité a des airs de documentaire géographique, extrêmement varié et habilement conçu ; pour rêver, anticiper des voyages ou des lectures, apprendre et se distraire, entre anecdotes, cartes postales et cartographie. Magazine confortable, de garde, qui vieillira bien. Les articles sont parfaitement illustrés, clairs. Le pari cartographique apporte une lisibilité innovante et constitue une entrée féconde pour s'orienter dans les principaux sujets. Les notions de patrimoine ne sont jamais loin. Bien positionné entre histoire et territoire, traditions et terroirs, L'âme des lieux devrait avoir un bel avenir.

jeudi 1 novembre 2018

Elle, Laeticia Halyday, des centaines de Unes : la presse populaire, limite des sciences sociales ?

24/09/2018







Laetitia Halliday ? Si elle n'existait pas, la presse aurait dû l'inventer. Mais d'ailleurs, ne l'a t-elle pas "inventée" ?
Combien de unes sont consacrées chaque semaine à Laeticia Hallyday depuis la mort de Johnny ? Veuve joyeuse ? Mante religieuse ? Mère consciencieuse ? Amoureuse ? Pardonnera, pardonnera pas, pardonnera qui ? Héritera, n'héritera pas ? A-t-elle ou non retrouvé l'amour ? A-t-elle refait sa vie ? Avec qui ? Et le confinement ? Et près le confinement ? Que dit-elle ? Tout ?


 

le 17/07/2020

05/07/20202


Comme le mass-médiologue se complait dans la condescendance, il adore la presse people ; d'ailleurs, il sait quels sont les "bons" magazines : ce sont ceux que lui-même lit, "presse de prestige", dit le politologue. Au mieux, les analyses de contenu, armes de sémiologues, désormais aux mains de data scientists, donnent à connaître les idées, le style voire - qui sait ? - les sentiments des producteurs de contenus, journalistes encartés, photographes, pigistes ou paparazzi (de quelle "Dolce Vita" ?). Décrire, compter, ce qui n'est pas rien. 
Quant aux lecteurs et lectrices, de leurs raisons, de leurs intérêts, des effets de ces médias sur les comportements, on ne sait rien : on imagine, on croit savoir, on dénonce, et l'on se moque, surtout. La presse magazine s'intéresse à la vie amoureuses mais aussi aux enfants de "l'idole" des anciens jeunes. Laura et David. Et à la première des épouses, Sylvie. "Ex fan des sixties"...

Même Charlie Hebdo prit parti dans le débat, avec humour. Caricature féroce qui sera reprise tous azimuts, avec avidité, par la presse quotidienne francophone. Laeticia Hallyday s'avère un formidable gisement de questions, d'étonnement, de compassion ou d'indignation pour la presse des célébrités presse dite people : CloserParis Match, Diva, Voici, Gala, Public... mais aussi L'OBS qui raconte le "polar de l'héritage" (second degré, bien sûr !) ou Télé Poche, Télé Star. En avril 2018, le directeur du Point s'était déplacé, en personne, "pour recueillir le témoignage de Laeticia", à Los Angeles : "c'est un document historique", dira-t-il. Premier degré 

Toute presse n'est-elle pas, à sa manière, people et feuilleton ? Faut-il s'en moquer, s'en désintéresser ? 
Voici plus d'une centaine de unes réparties sur plus de deux années. L'ensemble est cohérent, la combinatoire prévisible : l'amour, l'argent et la vie d'une femme ("Frauenliebe und Leben", auraient dit Chamisso et Schumann, 1840). Plus ou moins d'amour, plus ou moins d'argent aussi.

Pensons aux travaux de Richard Hoggart sur "la culture du pauvre" pour reprendre le titre, bien discutable, de l'édition française de The Uses of Literacy: Aspects of Working Class Life with special reference to publications and entertainments. Richard Hoggart y évoque l'attention "oblique", "attention à éclipses", rusée en quelque sorte, dont sont capables les lecteurs de la presse dite populaire, capables d'y croire sans y croire. "Mentirvrai", dirait Louis Aragon, qui s'y perdait lui-même. Richard Hoggart, "ethnographe de la citadinité populaire", selon l'expression de Jean-Claude Passeron, décrit la "réception paradoxale" de cette presse que les classes intellectuelles moyennes fustigent, condescendantes. Car elles sont sûres, elles qui détestent le vulgaire profane et l'évitent, que les lecteurs des frasques et malheurs de Laeticia Hallyday y croient, et s'en soucient sincèrement. Mais ces lecteurs et lectrices savent bien, pourtant, aussi, que le "lundi au soleil", ce n'est pas pour eux : "Arrête de lire Ici Paris Paris/ Faudra r'tourner bosser lundi", chantait Patricia Kaas ("Regarde les riches").


















































"Les  grecs ont-ils cru à leurs mythes", se demandait Paul Veynes. Comme lui, nous pourrions nous interroger : "que faire de cette masse de billevesées ? Comment tout cela n'aurait-il pas un sens, une motivation, une fonction ou au moins une structure ?" Tant de unes, ces centaines de milliers d'exemplaires achetés, consultés ne peuvent pas ne rien vouloir dire.





A ce sujet, de tout cela, les "sciences" des médias ne veulent rien dire et restent muettes.
Quel sens donner au mythe de Laeticia Hallyday (après celui de Johnny) ? "Opium du peuple", "soupir de la créature opprimée" (Karl Marx) ? Une enquête pourrait-elle le dire ? Quelle enquête ? Déclarative ? Certainement pas.

Le personnage social de Laeticia Hallyday et sa réception privée semblent décidément réfractaires à l'analyse. Comme tous les médias et l'approche people-lisante qui domine de plus en plus la politique, le sport, le business et la littérature, le personnage public indique surtout la limite des sciences sociales : la subjectivité. Laeticia Hallyday renvoie les professionnels des médias à l'"injustifiable subjectivité" (Jean-Paul Sartre) des lecteurs, et à notre définitive mais bavarde ignorance. Le lectorat de nombreux segments de presse constitue une classe parlée ; par qui ? Des journalistes, des photographes ? Classe muette mais rémunérée... Catégorie de ciblages publicitaires ? Femmes...
Revenir au moins à Marcel Proust qui prévenait : "Détestez la mauvaise musique, ne la méprisez pas". Donc, détestez cette presse, ne la méprisez pas. "Sa place, nulle dans l'histoire de l'Art, est immense dans l'histoire sentimentale des sociétés".

N.B. En décembre 2018, edd a publié un classement des personnalités dont la presse française a parlé en 2018 : en tête vient Laeticia Hallyday, elle est suivie de Laura Smet, fille de Johnny Hallyday, puis de David, fils de Johnny Hallyday et Sylvie Vartan. CQFD !
Références
  • Richard Hoggart,  The Uses of Literacy: Aspects of Working Class Life with special reference to publications and entertainments, Londres, Chatto & Windus, 1957 ; en français, La culture du pauvre. Étude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre. Présentation de Jean-Claude Passeron, Paris, Editions de Minuit, 1970. 
  • Paul Veynes, Les  grecs ont-ils cru à leurs mythes? Essai sur l'imagination constituante, Paris, Seuil, 1983.
  • Jean-Claude Passeron, "Portrait de Richard Hoggart en sociologue", Enquête. Cahiers du CERCOM, N°8, 1993.
  • Marcel Proust, "Eloge de la mauvaise musique" in Les Plaisirs et les jours, XIII,  Paris, Gallimard, 1924
  •  Jean-Paul Sartre, L'être et le néant. Essai d'ontologie phénoménologique, Paris, Gallimard, 1943.