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dimanche 25 janvier 2015

Un Président sur YouTube : désenclaver le débat politique


Le Président Obama a fait appel à YouTube au terme de son intervention sur l'état de l'Union (SOTU, State of the Union Address, 20 janvier 2015).
En une vingtaine d'années, l'audience apportée par les chaînes de télévision traditionnelle (networks nationaux) a baissé, telle que mesurée par Nielsen ; en revanche, il semble que l'audience apportée par les médias numériques soit en augmentation et concerne surtout de nouvelles couches de population, plus jeunes (plus 12 millions de posts et de likes sur Facebook). Beaucoup de sites ont retransmis en direct et mis à disposition le discours du président (streams). Le dispositif de diffusion a été systématiquement élargi et déployé au-delà de la télévision classique (pour un bilan complet du dispositif, voir ici).


#YouTubeAsksObama a permis de conduire un débat dans une forme nouvelle. Parmi les sujets retenus par trois stars de YouTube ("YouTube personnalities") pour leurs dialogues avec le Président des Etats-Unis : accès à l'enseignement supérieur ("the best investment you can make"), relations avec Cuba, sécurité sociale ("Obamacare"), mariage de personnes de même sexe, police et minorités (racial profiling), légalisation de la marijuana, harcellement sur le Web et les réseaux sociaux ("cyberbullying")...

Question de média
Cet événement consolide l'image et la réputation de YouTube comme lieu d'expression politique et comme forme nouvelée de télévision (déjà, en novembre 2014, Obama avait privilégié Facebook pour l'annonce de sa politique d'immigration). Bien sûr, les dialogues sont encore un peu guindés, la mise en scène singeant les débats électoraux (cf. les introductions médiocres, à base d'histogrammes, d'un "présentateur" de Google News Lab). Mais, le pli est pris : la télévision traditionnelle, linéaire, perd décidément ses anciens privilèges. Sympôme d'un changement de paradigme média ?

Question de politique
Le Web peut-il permettre d'avancer sur la voie d'une démocratie plus directe, moins confisquée par des réprésentants élus professionalisés ? B. Obama, en fin d'émission, souligne son ambition de recourir grâce au Web à des moyens de communications moins vermoulus, moins compassés, plus commodes et plus proches pour les jeunes générations d'électeurs et d'électrices. Avec les médias numériques et les réseaux sociaux, la socialisation politique emprunte des voies nouvelles.

lundi 31 décembre 2012

Magazine pour enfants : le Facebook de François 1er

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OKAPI, 100% ado, 5,2 €, bimestriel, éditions Bayard, 52 pages

Facebook a banalisé un mode d'exposition auprès d'une partie de la population française, et notamment des plus jeunes. Aussi, s'adressant à de jeunes adolescents (cible déclarée par le titre : 10-15 ans), il peut paraît raisonnable et efficace (ou démagogique) pour un magazine d'éveil de traiter un personnage historique comme si le lecteur était son ami sur le réseau social dominant.
François 1er aurait donc eu 10 000 amis. Sa vie privée est "compliquée". Sa timeline semble simple. Quelles traces aurait-t-il laissées sur Facebook ?
  • Il dialogue avec son fils, sa soeur, avec le pape,  avec Jacques Cartier qui colonise le Canada sans y trouver d'or (ce qui déçoit le Roi qui, comme l'Espagne, compte sur des colonies pour financer ses guerres). Cartier publi une image de lui-même posant avec des Iroquois qui l'accompagneront en France où certains se marieront.
  • Il fait de la langue française la langue officielle du royaume (à la place du latin) ; il met en place le dépôt légal.
  • La liste de ses amis est longue et brillante : des savants et artistes comme François Rabelais, Guillaume Budé qui lui suggère de fonder ce qui deviendra le Collège de France ("docet omnia" - tout enseigner, en commençant par le grec et l'hébreu), des princes, des jeunes femmes (c'est vraiment "très compliqué"), le sultan Soliman, son allié contre leur ennemi commun, Charles Quint. Mais où est Clément Marot ?
  • La publicité est lourdement présente : pour un emprunt d'Etat (les finances de l'Etat vont mal), un bijoutier, les voyages, des cartes officielles du royaume, une imprimerie, des livres, un tapissier...
  • Le Roi "aime" ("like") les arts italiens, la chasse, la musique de luth, le jeu de paume et les châteaux... Il aime la poésie ; on lui doit des vers émouvants : "Malgré moi vis, et en vivant je meurs ; de jour en jour s'augmentent mes douleurs...". Il publie l'image de l'un des tableaux qu'il préfère, "La Joconde"... François 1er a de l'avenir dans sa timeline !
En fait, ce mode narratif et son vocabulaire (storytelling) se révèlent féconds et stimulants. Moins anachroniques qu'il n'y paraît, souvent drôles, ils ne manquent pas de vertus pédagogiques. Grâce aux outils d'exposition décalqués de Facebook (timeline, open graph / social graph, like, etc.), les jeunes lecteur entr'aperçoivent d'un seul coup d'oeil des liens entre les arts, la politique, la religion et le commerce d'une époque ; ils peuvent situer les acteurs et les enjeux qui trament leurs relations.
Un travail plus ambitieux au plan des contenus consisterait à analyser le réseau social de François 1er avec des outils de la théorie des graphes, comme ont pu le faire certains chercheurs à propos d'oeuvres comme L'Iliade. On passerait alors du réseau social comme procès d'exposition au réseau social comme procès de recherche. Et si l'on produisait un Facebook du passé, à partir des travaux des historiens ? Osons admettre qu'une didactique nouvelle peut émerger des outils et de la culture numériques. L'enseignement de l'histoire ne peut qu'y gagner en efficacité.

Cet exemple indique combien les outils numériques inculquent insensiblement des manières de percevoir et concevoir le monde (et son propre monde), de s'exprimer aussi (habitus). Facebook s'avère un outil dynamique de classement et d'organisation de la pensée au même titre qu'un moteur de recherche (cf. "res googlans").
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mercredi 15 août 2012

Visibilité : réseaux sociaux et gonflette

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0 Sancta Visibilitas ! 
L'économie des médias est une économie de la visibilité (cf. Visibilité et énergie médiatique) ? Il faut être visible. Faut-il ? Visible de qui ?
Faut-il faire croire aux autres (voire à soi-même !) que l'on est visible ?

Le nombre de fans comptabilisés par les réseaux sociaux est souvent fallacieux. Certains fans sont produits par des robots. De plus, nombres de fans sont inactifs... Fans d'un jour, d'une heure !

Gonflette ! On peut aussi bien sûr acheter des followers sur Twitter : c'est ce que proposent Buy Twitter Followers, FanMeNow, etc. Pour une poignée de dollars, on peut s'acheter quelques milliers de followers, des likes sur Facebook ou Instagram, des views sur YouTube. Manœuvres de RP.

Il y a une app pour évaluer le taux d'inflation global des scores de visibilité : StatusPeople permet d'approcher le taux de faux followers et de followers inactifs parmi les followers d'une marque, d'un politicien, d'une chanteuse ou d'un footballeur. Ce faker score constitue un indicateur pertinent de performance sociale : il a sa place sur le tableau de bord d'une marque. Ci-dessous : le score de Media Mediorum pour Twitter.

  • Désinflation ou taux de gonflette (selon des données citées par Fast Company) : 
    • - 84% Cristiano Ronaldo (12 millions de followers) : 52% faux, 32% inactifs
    • - 77% Lady Gaga (28 millions de followers) : 43% faux, 34% inactifs 
    • - 64% Justin Bieber (27 millions de followers): 31% faux, 33% inactifs

jeudi 23 février 2012

Facebook's Great Advertising Expectations as TV's Risk Factors?

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Facebook's "mission" is "to make the world more open and connected".
Facebook's business is advertising (advertising accounts for 85% of its revenue, 2011).
Facebook emphasizes its value for advertisers: building long term branding and awareness. Is Facebook doing what TV and traditional offline media do, but better? Let's check the text of the IPO Filing.
  • Reach: more than 840 million monthly active users (425 million mobile users), and growing
  • Frequency: people connect many times a week, often many times a day
  • Engagement via social context and affinity ("relevance") 
  • Highly targeted GRPs (TRPs)
  • International campaigns (nearly impossible with TV)
  • Local, regional, national, international advertising: all possible dimensions, tailored to advertisers' needs
  • Richer measurements: GRPs and many new indicators to measure efficiency of campaigns (likes, comments, fans, etc.). A new advertising currency.
  • Not even to mention Facebook for mobiles (which will translate into immediate purchase):  425 million monthly users already
  • And finally, keep in mind that Facebook is the most used social media while people watch TV (MultiScreenTasking)
"Historically, advertisers interested in generating awareness or and demand for their brands have heavily relied on offline media to reach their audience at scale. We believe that these brand advertisers will increasingly dedicate a portion of their advertising dollars to Facebook because the broad audiences they are trying to reach are active on Facebook on a daily basis, because we can reach their desired audiences with precision, and because they can spark word of mouth marketing through Facebook. IPO Filing (Prospectus, Feb. 1, 2012).
To make its point clearer, Facebook mentions Walmart's huge campaign for Black Friday (cf. "Walmart, média total du jour le plus long"), Procter & Gamble, Nike (in 20 countries), American Express, etc.

If it were true ? It probably is... Facebook should now be included in TV's business risk factors.

See what the CEO of P&G has to say: "We’re using technology to shift our spending from more traditional advertising on television to digital and mobile advertising."We’re using technology to more effectively and efficiently target consumers, allowing us to build one on one personal relationships with every consumer." (Source: quoted by D. Farey-Jones in Marketing Magazine (Feb. 24, 2012).


* By the way, most of the off-line media, which are also brands, use Facebook and show off proudly with their Facebook pages and all their "likes", fans and comments. "Curiouser and curiouser", as Alice says, in another wonderland.
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mardi 20 décembre 2011

Sentiment, réputation, engagement : la fabrique d'une actualité

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Les réseaux sociaux importent, dans le champ du marketing et des médias, des notions et une terminologie qui empruntent à la psychologie morale plus qu'à la psychologie sociale. Notions si courantes et si floues que chacun de nous croit savoir de quoi il est question : engagement, réputation, participation, influence, sentiment. Sans compter les notions, toutes aussi confuses, de "Like" (aimer bien), de "talking about this" (Facebook), de "followers" (Twitter).
Des dizaines d'entreprises tentent d'évaluer l'engagement, le sentiment envers une marque, la réputation d'un annonceur, à partir des interventions et des traces laissées sur les réseaux sociaux. Terrain magnifique pour les études de marketing et pour les études d'opinion. Le travail de base est d'analyse lexicale (comptage) et de classement sémantique (souvent effectué à la main, de manière empirique). Le marché des études électorales s'empare d'un tel terrain.

OTUS News (pour "Of The United States"), émission produite par le network ABC exploite les commentaires et autres contenus de Facebook et Twitter (pas de Google+) pour calculer une cote continue des candidats aux postes politiques ("political stock market"). Il s'agit de copier/coller la bourse : la cote défile à l'écran comme un flux instantané de marché (FIM, ticker), comme les scores sportifs (d'ailleurs, il y a aussi un "scorecard" et un compte à rebours - "countdown to"- dans la colonne de droite).
Pour l'émission, un cocktail à la mode est confectionné : connaissances politiques d'initiés (punditry) relevées d'un trait subtil de média social ("It’s political punditry with a sophisticated dash of social media – a new way to measure who’s up and who’s down in a tumultuous campaign"). Commentaires d'expert et statistiques descriptives pour parer l'élection d'une image scientifique.
Bluefin Labs assure l'exploitation des données issues des médias sociaux (analytics), dégageant des tendances ("By the numbers", etc.). Du marketing de marque au marketing électoral.

Au bout du compte, la cote monte ou baisse au gré des déclarations et des événements de la campagne : il se passe toujours quelque chose sur le marché des valeurs politiques (7h-19h ; L-V) donc il y a chaque jour, pour chaque bulletin d'information, quelque chose à commenter, que peut-être d'autres médias reprendront à leur tour, à quoi des politiciens voudront réagir, etc... Donnez-nous le marronnier de chaque jour. Journalisme qui crée son actualité.


Cette tentative de modernisation de l'opinion publique retrouve inévitablement certains éléments de la critique classique de l'opinion publique :
  • Représentativité : qui fréquente régulièrement (active users) les réseaux sociaux et y publie des opinions ? Quid de l'inégalité des moyens d'expression des opinions. Où sont les non-réponses ? Comment s'exprime l'abstention ? 
  • Risque de bidonnage : de même que les marques invitent les consommateurs à dire qu'ils les aiment, (like), des partis ou groupes de pression peuvent demander aux électeurs de se déclarer en leur faveur. L'émission elle-même risque de susciter des porte-parole se mettant sur le devant de la scène, etc.
  • Risque que le client (candidat, parti politique) retienne abusivement de ces analyses - et le proclame - que l'opinion publique est avec lui ! 
Conclusion : si les réseaux sociaux sont de formidables médias de ciblage, ils ne peuvent pas, par construction, apporter la même rigueur à la connaissance des opinions et des comportements.

dimanche 11 décembre 2011

Walmart, média total du jour le plus long

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Walmart, premier distributeur mondial, met en chantier son activité numérique aux Etats-Unis (cf. Walmart is going digital). Dans cette perspective, les réseaux sociaux jouent un rôle primordial tandis que les applis pour smartphones et iPad confirment une volonté de s'inventer une voie dans le numérique interactif et mobile. Pourtant, on ne comprend pas cette stratégie sans la replacer dans le cadre plus général de l'action commerciale sur le terrain local, dans les points de vente. Walmart n'est pas Amazon.

La période qui va de Thanksgiving (dernier jeudi de novembre) à janvier, point culminant de l'année commerciale, constitue un point d'observation privilégié de la mise en oeuvre de la stratégie commerciale globale de Walmart. Les points de vente et les réseaux sociaux constituent la force de frappe commerciale primordiale de cette stratégie, servie par des actions publicitaires tactiques.
A l'entrée de cette période, le week-end allant du jeudi de Thanksgiving au dimanche suivant le Black Friday est depuis quelques années le jour le plus long, et le plus important, pour les achats de fin d'année, devançant désormais le samedi précédant Noël.
  • Les magasins Walmart ont été ouverts à 22 H le jour de Thanksgiving (deux heures avant les principaux concurrents, Target, Macy's, Best Buy). A l'ouverture, les promotions concernaient l'équipement de la maison, les jouets, les vêtements ; à minuit, toute la nuit, ce fut le tour de l'électronique, puis à à partir de 8 heures le matin jusqu'au week-end, les promotions touchèrent une sélection beaucoup plus large d'articles.
  • Sur les réseaux sociaux 
    • Walmart s'est assuré, durant cette période, une maîtrise absolue de la prise de parole : l'enseigne y a été mentionnée en moyenne 3,2 fois par seconde. Notons que Walmart compte plus de 10 millions de fans ("like") sur Facebook, soit 5 fois plus qu'Amazon (mais qu'est-ce que c'est, un "like" ?).  
    • Shopycat est une appli Facebook conçue pour choisir des cadeaux pour ses amis, recourant à un algo de recommandation qui exploite les données des "amis" accessibles sur Facebook.
  • Sur le web en général. La notoriété des opérations de Walmart, selon MacNaughton (Chief Merchandising Officer), aurait été assurée avec 279 millions d'impressions sur les pages d'accueil de Yahoo, MSN et AOL...
  • Walmart.com : en même temps que Walmart remplissait ses magasins, l'enseigne renforçait sa présence en ligne, Walmart.com offrant la livraison gratuite pour le Black Friday. Le site a connu semble-t-il de grandes difficultés. N.B. Après le week end de Thanksgiving, viennent le Cybermonday et la Cyberweek, consacrés exclusivement au commerce en ligne.
Pour cette stratégie, les réseaux sociaux ont manifestement été utilisés comme des médias de masse (couverture maximum X répétition élevée). Au point que, à terme, Facebook peut se révéler un concurrent publicitaire de la télévision, surtout si la vidéo est présente. Si l'on y ajoute la dimension locale que développe systématiquement Walmart avec Facebook, ce média publicitaire détiendra un pouvoir incomparable. Déjà, il semble que Facebook détrône les "portails" (Yahoo!, MSN, AOL) et les "grands" éditeurs de contenus comme ESPN ou CNN, tout ce qui a fait la base indiscutée de tant de plans média en display depuis des années.

Appli iPad localisée pour le Walmart de Marinette, petite ville du Midwest (Wisconsin) : 10 000 habitants
Les résultats de cette campagne pour Black Friday sont positifs : les ventes, la présence dans les points de vente le démontrent.  Observons encore que grâce à l'orchestration des actions on et off-line d'une part, locales et nationales, d'autre part, le distributeur produit une richesse considérable d'informations (data), uniques ("We've amassed an enormous amount of data. Like almost everybody, we're trying to figure out how to get all that data into the same place so we can see how these data interact with each other", reconnaît S. Quinn qui dirige le marketing de Walmart USA ("Walmart's Makeover").
La question de l'intégration opérationnelle et continue de toutes ces données est un défi marketing primordial (où l'on retrouve les écrans placés dans les linéaires et toute forme de PLV interactive) qui peut constituer un avantage compétitif dont ne peuvent pas disposer des distributeurs présents exclusivement en ligne comme Amazon (ce qui peut donner à comprendre la stratégie Apple d'implantation de magasins).

Dans cette perspective massive, les initiatives de Walmart pour exploiter des applis iPad et iPhones paraissent à court terme plus anecdotiques. En revanche, elles peuvent jouer bientôt un rôle déterminant, l'habitude en étant prise par les clients de Walmart. Les clients inventeront les usages : au commerçant d'en installer la possibilité puis de retenir les usages retenus par les clients (d'où l'importance de la synergie pratique de ces "données" ainsi construites avec celles produites dans les points de vente, off et on line).

Notes
  • Pendant le week-end de Thansgiving / Black Friday, 24%des acheteurs étaient connectés via mobile (source Rich Relevance, décembre 2011)
  • Dans le microcosme numérique, on n'a que Google ou amazon en tête. Le vrai monde est ailleurs. Lors de votre prochain voyage aux Etats-Unis, allez faire vos courses chez Walmart. Tant que l'on ne connaît pas Walmart, on ne connaît pas les Etats-Unis.
  • Tout cela va arriver en Europe, fatalement.
  • Le mot "donnée" est un faux ami : les données si mal nommées sont des informations conçues, construites, "faites" (comme tous les "faits" sociaux) et non de simples sous-produits de l'activité commerciale. Le marketing numérique ne relève pas de l'économie de cueillette.
  • Plus philosophiquement : nous assistons à une formidable laïcisation de la société et de son calendrier assurés par les événements commerciaux au détriment des événements symboliques traditionnels (religieux).



lundi 10 mars 2008

Internet, média performatif

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Les annonceurs et les éditeurs australiens réclament des investissements (10 millions de dollars) pour que soit établie une mesure permettant à Internet d’être sur un pied d’égalité avec les médias traditionnels, TV, presse, notamment. Internet est selon eux sous-investi : 10% de part de marché publicitaire contre 18% de part de durée média (« share of media time and our share of advertising revenue »). C’est l’occasion d’introduire un peu de doute à propos des usages de la durée par le marketing des médias. La durée est une notion ineffectuable pour comparer des médias hétérogènes.
  • Lire un journal et passer devant une affiche ne relèvent pas de la même activité psychique, pas plus que regarder la télévision ou passer devant un écran dans un centre commercial, entendre et écouter la radio, etc. Avec une mesure aussi floue, le journal ou Internet perdront toujours au jeu de la part de durée. La durée n’est pas le dénominateur commun des médias. Ou alors il faut au moins lui associer un coefficient correcteur pour prendre en compte l’attention.
  • Comment traiter la dimension multitâche de la consommation médias ? Des durées simultanées peuvent être inégales. Par exemple : écouter la radio en travaillant sur Internet. Les deux médias font l’objet d’investissements d’attention différents de la part des auditeurs internautes. Pour la radio, il s’agit d’un fond de tâche, pour Internet, d’une tâche.
  • La durée est une donnée ambiguë. Par exemple, la durée d'écoute d'un auditeur en compagnie d’une station musicale indique une affinité avec la programmation de la station : elle situe approximativement l’intérêt de l’auditeur. En revanche, sur un site transactionnel, brièveté peut signifier efficacité. La notion de stickyness (cf. taux d’assiduité, DEA) peut être un indicateur fallacieux et celle de bounce rate sans pertinence. La durée passée sur un site n’a de sens que mise en rapport avec la transaction, la conversion (jusqu’où, quel montant, etc.). La durée moyenne de la conversion est alors un indicateur d’efficacité du site (usability), de sa conception, de ses ergonomies. Un site d’information ou de commerce qui améliore son design voit sa durée d’usage par internaute diminuer. La durée, en revanche, est pertinente pour des sites comme YouTube qui font de la TV.
  • On ne mélange pas des occasions de voir ou d’entendre avec des occasions de faire. Il y a des publicités d’accompagnement et des publicités d’action (d’inter-action). Ne les confondons pas dans une nuit de la mesure où toutes les vaches sont noires. Souvent ce qui importe pour un annonceur, ce n’est ni l’audience ni la durée, mais l’accomplissement d’une transaction.
En avril 2001, l’IAB a décidé de changer son nom, substituant Interactif à Internet pour se distinguer des autres médias. En effet, quel média publicitaire est aujourd’hui interactif, quel média permet de passer im-médiatement d’une information à une action (recommander, acheter, demander, comparer, dénoncer, vendre, voter, faire passer, opiner, "like", etc.) ? 
Puisque l’on se complaît à classer les médias, déjà séparés arbitrairement du vaste « hors médias », empruntons aux linguistes la notion de performatifs pour qualifier des médias dont la consommation est de l’ordre du faire et les distinguer des médias inactifs (constatifs, diraient les mêmes linguistes !), dont le faire éventuel s’exécute hors média. Les premiers ont des acteurs, les autres des spectateurs, des passants, des auditeurs. Internet, immobile ou mobile, a aussi des spectateurs et des passants, mais c’est le seul média qui ait des acteurs. D'ailleurs, quand les médias traditionnels veulent se faire inter-actifs, ils se développent sur le Web ou sur des écrans mobiles (multiscrentasking).
On peut en débattre car, manifestement, il n’y a pas consensus sur le rôle de la durée dans la mesure (cf. les modifications introduites récemment par comScore) ; deux points sont susceptibles de faire achoppement :
· Internet (dont l’Internet mobile) est-il aujourd’hui le seul média inter-actif ?
· Que faire de la notion de durée dans les médias ? Quand, à quelles conditions présente-t-elle un intérêt ? N'est-elle qu'un pis-aller, un plus petit commun dénominateur de tous les médias.