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mercredi 14 mars 2018

Distribution du cinéma aux Etats-Unis : Movies Anywhere


Les distributeurs de Movies Anywhere auxquels 
s'ajoute FandangoNow (Comcast) depuis mars 2018
Movies Anywhere, lancé en octobre 2017 par Disney, soutenu par la plupart des studios hollywoodiens, semble en voie de réussir.
S'agit-il encore une contre-attaque, d'une alliance contre Netflix ?
Ensemble se retrouvent Pixar, Marvel Studios et Lucasfilm (Walt Disney) avec Sony Pictures Entertainment, Twentieth Century Fox Film, Universal Pictures et Warner Bros. Entertainment. Un guichet unique pour 7500 films téléchargeables à l'aide d'une appli via iTunes (Apple), Vudu (Walmart), Google Play et amazon. Deux absents notoires, pour l'instant : Paramount Pictures et Lionsgate (qui termine l'acquisition du bouquet TV, Starz). Pas d'abonnement, paiement à l'unité ("No subscription fee. Ever").
FandangoNow, qui appartient à Comcast, a rejoint Movie Anywhere en mars 2018.

Movie Anywhere n'est pas la première tentative du genre ; en 2011, UltraViolet l'avait précédée, que n'avaient soutenu ni Disney, ni Google, ni Apple, ni Amazon. UltraViolet a pourtant annoncé 30 millions d'utilisateurs en juin 2017. FandangoNow reste membre de UltraViolet.

L'accès à Movies Anywhere peut s'effectuer à l'aide des principaux streamers : Roku, Apple TV, Chromecast, iPhone, Amazon Fire, Android TV, etc. Les clients peuvent y retrouver les films qu'ils ont achetés en DVD ou disques Blu-ray ; ils peuvent ainsi constituer et rassembler leur librairie en un seul point ("Your Movies, Together at last", clame le slogan de Movie Anywhere). C'est le fonctionnement de iTunes Match pour la musique.
Cinq films gratuits sont offerts lors de l'inscription.

"Movies Anywhere", "TV Everywhere", streaming : aux Etats-Unis, la relation au cinéma et à la télévision est désormais universalisée : partout, n'importe où (pas nécessairement dans les salles, fût-ce de séjour), tout le temps, 24/7. Les technologies de distribution (dont ATSC 3.0) ont ébranlé puis effacé les anciennes contraintes de la linéarité (lieux, horaires) : finies les chaînes et les grilles, la télévision se libère !

jeudi 1 septembre 2016

Im-pertinences de la terminologie média


La présentation que fait Nielsen (cf. infra) de "l'univers média" américain (Total Audience Report) est révélatrice des difficultés terminologiques des médias.
Voyons cette présentation qui se veut complète (total).
  • Tout d'abord la presse est omise. Bizarre ! Or la presse est multi-support : le lectorat des exemplaires papier est également numérique, présent tant sur l'ordinateur que sur le mobile où il est d'ailleurs mêlé indistinctement à l'audience des réseaux sociaux, supports isolés ici par Nielsen et traités comme des médias à part entière. La presse a sans doute disparu, noyée dans le numérique.
  • Si la présentation de Nielsen accorde sa place à la radio (AM + FM), où ses activités numériques sont-elles prises en compte ?  Quid des réseaux et services musicaux tels que YouTube, Spotify, iHeartRadio ou Pandora ? Quid de l'audience des très nombreux sites de stations, d'émissions ? Est-elle comme la presse noyée dans la catégorie web ou mobile ? Cet "univers média" ne le précise pas, sous-estimant d'autant la catégorie "radio".
Peut-on, d'un même mouvement, mettre sur un même plan pour les comparer et en additionner les audiences, radio, presse, TV, réseaux sociaux, smartphone, etc. sans risquer de dupliquer ou/et de sous-estimer les segments ?
Car, ou bien l'on compare les médias, ou bien l'on compare les supports (media vehicles). La plupart des médias, comme la presse, la radio ou la télévision, sont désormais multi-support ; ils sont présents non seulement sur leur support de prédilection, traditionnel (téléviseurs des foyers, papier, récepteur radio) mais aussi - et parfois majoritairement (mobile first) - sur le web, donc sur les écrans d'ordinateur et de smartphone (streaming, via des réseaux sociaux, parfois). Omnicanal, dit-on, pour résumer.
Un journal, un magazine, une station de radio ou de télévision produisent des contenus, les distribuent eux-mêmes et louent également des canaux de distribution (dont les réseaux sociaux, les MVPD - Multiple Video Programing Distributors, etc.) auxquels, en échange, ils apportent de l'audience et un potentiel publicitaire.

Cette affaire de terminologie et de classification dépasse la question de l'audience ; on la retrouve dans le cas des recettes publicitaires (cf. la terminologie du Marché publicitaire utilisée par l'IREP et France Pub).
Accordons-nous au moins sur quelques distinctions élémentaires. L'économie numérique des médias et de la publicité a en effet brouillé les catégories traditionnelles, devenues obsolètes.
  • Les formes des contenus médias varient (texte, video, audio, photo). La presse comme la radio produisent aussi de la vidéo, de l'audio, du texte, de la photo, du e-commerce pour les diffuser sur leurs sites, leurs applis... On pourra de moins en moins distinguer et classer les médias selon la forme de leurs contenus  et encore moins selon la forme première du média : existe-t-il de la presse sans papier, de la télévision sans téléviseur ? L'univers de concurrence est à recomposer et d'abord à repenser... ce que fait le 7 septembre 2016 The Newspaper Association of America qui, abandonnant le papier dans son nom (newspaper), s'appellera désormais News Media Alliance.
  • Ces contenus, plus ou moins agrégés, peuvent emprunter divers canaux de distribution / réception : kiosques, boîtes aux lettres ou portage, applis de smartphones, sites web sur smartphone, tablettes ou ordinateurs, broadcast ou broadband / streaming...
  • En fait, si l'on extrapole ce raisonnement, à terme, les publishers (i.e., médias) ne se distingueront plus que par le thème de leurs contenus et non par leurs supports : cuisine, voyages, information, football... Leur distinction (unique selling proposition, USP) se résume à une marque, marque éditoriale, marque média (qui peut être une marque ombrelle). Faut-il en finir avec la notion de "pure player" ?
Et les réseaux sociaux ? Ce sont d'abord des canaux de distribution sans contenus propres autres que ceux générés par leurs utilisateurs (U-GC).
Facebook le revendique sans ambigüité. cf. Reuters (August 29, 2016) : "we are a tech company, not a media company,"[Facebook is] a technology company, we build the tools, we do not produce any content"). Alors, les réseaux sociaux constituent un support et non un média... Un tribunal californien a d'ailleurs admis l'irresponsabilité éditoriale de Twitter en août 2016.
Mais Facebook ou YouTube, comme Le Monde ou The Washington Post, toutes entreprises bifaces, ont aussi développé des régies publicitaires, très puissantes : frenemies ? Jusqu'où, jusqu'à quand ?


Sources : RBR, Nielsen, August 30, 2016.

mardi 19 janvier 2016

Advertising with Apple. No more?


Apple renonce à sa régie publicitaire (iAd). Apple ne vendra plus de publicité. Apple laisse ce modèle économique à Google, Facebook, WhatsApp... Pour Apple, la publicité s'inscrit dans la colonne des dépenses ; pour Google, elle s'inscrit d'abord dans celle des recettes.
La vente de publicité n'est donc pas le métier d'Apple qui est par ailleurs un important annonceur sur tous les médias.

Apple ne vend pas les données de ses clients aux annonceurs et à leurs opérateurs de publicité. La marque garde ces données pour son propre usage et peut ainsi se vanter de respecter la vie privée de ses clients. Depuis iOS 9, Apple accepte de distribuer des applis d'adblockers dans l'App Store iTunes, y compris une appli comme Bean Choice, qui bloque même la publicité native.
Les produits Apple sont réputés pour être chers, les consommateurs acceptent de les payer cher - et les opérateurs télécoms acceptent d'en payer une partie, comme prime de fidélité pour leurs clients. Choisir Apple, est-ce choisir de payer plus cher pour ne pas être dérangé par le spam publicitaire ? Les utilisateurs en sont-ils conscients ? Oui, si l'on en croit certaines enquêtes. Cf. Robert Klara, "2 Web brands rank surprisingly low in relevance survey", AdWeek, January 21, 2016.

Ne pas être accablé de publicité mal ciblée, intempestive pourrait devenir un luxe de consommateur, un privilège de CSP+++. La gratuité se paie et les consommateurs de médias gratuits font de la résistance à coup de zapping TV, d'adblocks, de multi-tasking, voire de Netflix ou DuckDuckGo ("the search engine that doesn't track you")... De leur côté, les médias ripostent avec la publicité cachée, dite "native". Ce jeu du chat et de la souris n'est pas socialement neutre : moins on est riche, notamment en capital culturel, plus on a de chances d'être bombardé de publicité, harcelé, reciblé, spammé...
Le débat actuel sur la publicité dans les émissions pour enfants de la télévision de secteur public français est un signe de plus, témoignant d'une mauvaise humeur à l'égard de la publicité.

Ce geste de Apple est comme une sur-détermination qui signale que quelque chose est fêlé. C'est le signal faible - pas très fort, certes - que quelque chose est peut-être en train de changer dans le monde de la publicité et de la communication. La publicité est œuvre commerciale de talent, d'information, de séduction et de vérité, pas de harcèlement.

vendredi 11 décembre 2015

De la linéarité au linéaire TV


Sélection des services
explorés par l'appli
L'hebdomadaire français télé 7 JOURS est à vendre, dit-on : ce qui fut le magazine emblématique de la télévision linéaire serait sur le point d'être cédé par Lagardère. Le magazine a perdu plus de la moitié de sa diffusion au cours de ces 20 dernières années. Créé en 1944, l'Etat le revend en 1960, télé7 JOURS a accompagné et ponctué l'histoire de la France et de sa télévision, des années 1960 aux années 2000.

Vingt ans après que lTV Guide américain ait abandonné la partie, est-ce bientôt le tour de son équivalent français ? Ce n'est pas un très bon signe pour la presse dont il était un titre phare, et c'est un très mauvais signe pour la télévision traditionnelle, celle qui avait un horaire et dont on préparait le prime time dans les foyers, dès le lundi, avec un magazine. Le streaming et Netflix l'ont rendue obsolète, les réseaux sociaux aussi avec les plateformes mobiles. Les video streamers Chromecast, Roku, Amazon Fire TV Stick, Apple TV l'achèveront.

Comme le Lycée à l'époque de l'Université Impériale mettait tous les lycéens de France à la même heure pour une version latine (c'était la fierté de Fontanes, Grand-maître de l'Université), la télévision mettait presque toute la France à la même heure pour une série ou un film, "Au théâtre ce soir" ou "Apostrophe". Jacobine et nationale, cette télévision a fait son temps. Qu'est-ce qui unit encore un pays, qu'est-ce qui lui donne un peu de cohésion et de solidarité nationale, qui pourrait s'opposer à son démembrement (sur ces notions, voir Laurent Davezies) ? Cela devait être l'école, mais elle semble y avoir échoué... La conscription ? Abandonnée. Une langue nationale ?
La télévision fut un rempart de l'unité nationale. La télévision en miettes, est-ce un progrès ? Un progrès pour qui ? De cet univers télévisuel, seul le magazine était payant. Tous égaux devant la télé ?

Au moment où télé 7 JOURS tremble, Yahoo! publie aux Etats-Unis une appli gratuite permettant de rechercher une vidéo à la demande : Yahoo Video Guide : from searching to streaming in seconds ! L'appli recherche parmi les offres de Netflix, Amazon, Hulu et d'une quarantaine de grands fournisseurs de programmes sélectionnés par l'utilisateur. Finie la linéarité, finis les horaires, voici le super marché, le linéaire TV et ses têtes de gondole. A chacun son programme, à l'heure choisie, sur le support de son choix... programme payant.
Depuis plus d'un demi-siècle, l'école et la télévision semblent avoir suivi les mêmes transformations, allant du gratuit au payant, de ce qui rassemble à ce qui segmente. Qui en a décidé ? Le progrès, l'histoire des innovations technologiques, du commerce ? Cette histoire, le progrès, encore un procès sans sujet ?

Copie d'écran de iTunes preview.

jeudi 27 février 2014

La neutralité du Net et l'accord Netflix /Comcast


Qui doit payer pour assurer aux consommateurs une liaison haut débit de qualité ? L'opérateur ou le fournisseur de contenus ? L'accord Netflix / Comcast intervenu aux Etats-Unis la semaine passée propose une réponse : puisque c'est le fournisseur de contenu qui en a le plus besoin, c'est lui qui doit payer.
Source : Netflix, US & Canada blog
Aussi, Netflix (30 millions d'abonnés) a accepté de payer le câblo-opérateur Comcast pour un accès direct à son réseau, en vertu de quoi les émissions de Netflix seront mieux acheminées aux téléspectateurs qui les achètent. La vitesse de téléchargement des produits de Netflix (séries, films) ne cessait de se détériorer en raison d'embouteillages sur les réseaux qui provoquaient la lenteur voire des interruptions de la transmission.

Ainsi, Netflix et Comcast semblent appliquer de facto la décision du tribunal de Washington (D.C.) (janvier 2014), saisi par Verizon, remettant en question les principes de l'"Open Internet". En réalité, Netflix paie parce que, dans ce cas, le trafic Netflix / distributeurs est disymétrique, presque exclusivement descendant à partir de Netflix ;  il s'agit donc plutôt d'une compensation que d'un paiement, les accords d'appairage (peering), reposant a priori sur la gratuité, puisqu'ils présupposent la symétrie. La compensation n'a rien à voir avec la neutralité du Net.

Le volume de vidéo circulant sur les réseaux s'accroissant régulièrement, de tels accords paraissent désormais inévitables, instaurant sans doute une inégalité de distribution entre fournisseurs de vidéo, celle-ci pouvant être amenée à payer de plus en plus plus cher sa distribution. Rappelons que 30% du trafic haut débit sur Comcast, aux heures de pointe, provient de Netflix.

Le bruit de ce cas particulier retentit dans le cadre d'une discussion générale sur la neutralité du Net qui stipule l'égalité de traitement de tous les contenus (au sens de Tim Wu, cf. infra). Les éléments actuels instaurant la neutralité du Net aux Etats-Unis renvoient à des notions floues comme la "discrimination déraisonnable" et la "gestion raisonnable" (cf. infra). Dans l'accord Netflix / Comcast, il semble qu'il n'y a pas de discrimination déraisonnable et qu'il s'agit d'un cas de gestion raisonnable du réseau.
Toutefois, si ce cas doit faire jurisprudence, les principaux fournisseurs de contenus vidéo devront payer les distributeurs pour leur transport. On peut penser à Hulu, à YouTube, iTunes, Disney, Amazon, aux chaînes de télévision... Déjà, Verizon (FiOS), qui réclame des frais de transit (transit fee), a fait savoir que les plus importants utilisateurs du réseau devraient contribuer davantage, invitant la FCC à intégrer des entreprises comme Google, Apple, Netflix, Microsoft dans le périmètre de sa réflexion sur la neutralité du Net. AT&T (U-verse) a déjà commencé des négociations avec Netflix. Quant à Google, Microsoft, Yahoo!, ils paient les opérateurs depuis longtemps, semble-t-il. Dans tous ces cas, nous avons affaire à des accords commerciaux classiques : à quoi bon une législation ?
  • Si une question doit être posée à l'occasion de ce débat, c'est celle du seuil de concentration : la FTC autorisera-t-elle l'achat de Time Warner Cable par Comcast ? L'ensemble représenterait plus de 32 millions d'abonnés haut débit et donnerait à la nouvelle entité un pouvoir exorbitant de négociation avec les fournisseurs de contenu.
  • Cette affaire peut éclairer la stratégie de Google Fiber, classée en tête pour la vitesse de connection aux Etats-Unis (cf. supra, tabeau de Netflix). Google pourrait compter sur la mise en place de ses réseaux hauts débits pour sécuriser la distribution de ses contenus, de YouTube notamment, qui représente presque 20% du trafic actuellement... Ses essais de très haut débit à Kansas City, Austin, Provo pourraient être étendus prochainement à une trentaine d'autres agglomérations. 
  • Un accord du type Netflix / Comcast valorise les fournisseurs d'accès Internet (FAI) qui peuvent, avec la fibre optique, escompter des revenus supplémentaires des fournisseurs de contenus ou, le cas échéant, des avantages pour leurs propres contenus. 
  • Verra-t-on Netflix reporter ses frais de transit sur la facture de ses abonnés ?
  • Quel sera son comportement de Netflix sur le marché européen ? Il semble qu'aux Pays-Bas, où Netflix est présent, le câblo-opérateur Ziggo (racheté par Liberty Global) envisage de faire payer les fournisseurs de contenus pour garantir la qualité de distribution... En Norvège, Netflix a un accord de peering avec Telenor et paie pour la diffusion de ses contenus... On dit qu'en France, Netflix négocierait une garantie de bande passante avec Orange...
  • Le débat s'envenime. Dans un post (20 mars 2014) Netflix réclame un renforcement de la neutralité du Net : "Internet Tolls and the Case For Strong Net Neutrality". A cela, AT&T rétorque dès le lendemain : "Who Should Pay For Netflix?", qui doit payer pour Netflix, sinon Netflix ou ses clients ? "As we all know, there is no free lunch, and there’s also no cost-free delivery of streaming movies.  Someone has to pay that cost".
  • Quelques semaines après la signature de l'accord Comcast - Netflix, la performance de Netflix s'est fortement améliorée sur les réseaux Comcast comme le montre la comparaison des tableaux ci-dessus (janvier mars 2014).

Rappels sur la neutralité du Net :

FCC, "Fixed broadband providers may not unreasonably discriminate in transmitting lawful network traffic over a consumer’s broadband Internet access service. The no blocking and no unreasonable discrimination rules are subject to limited exceptions for “reasonable network management.”", The Open Internet, Guide.

Tim Wu, "Internet Neutrality, Broadband Discrimination", Journal of Telecommunications and High Technology Law", Vol. 2, p. 141, 2003.

Tim Wu, "Network Neutrality FAQ",  avec biblio.

samedi 21 décembre 2013

Beyoncé, lancement sans bruit, sans publicité

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Le nouvel album "Beyoncé" est un succès de ventes. De ventes numériques. Effet de surprise. Lancé aux Etats-Unis, le 13 décembre 2013 à minuit, en exclusivité sur iTunes (Apple). Pour 15,99 dollars, 14 titres et 17 vidéos : binge-listening d'abord ! La vente à l'unité commencera une semaine après, le CD encore plus tard, sans doute, juste avant les fêtes.
Un lancement purement numérique est moins cher, assure la discrétion des préparations et limite les risques de fuites. Succès considérable pour iTunes.
Evidemment, la distribution classique n'a pas apprécié : le groupe Target a déclaré que ses magasins ne vendraient pas le CD à sa sortie (mais Wal-Mart a pris le contre-pied et vendra). Amazon est hors jeu.

Lancement sans publicité. Réussite hors conteste. Escalade de superlatifs ("fastest selling album ever on the digital music store") et surenchères d'annonces : 600 000 albums vendus en trois jours aux Etats-Unis, plus d'un million dans "le reste du monde"... tant et tant de records annoncés comme des scores.
L'événement est construit sur et par les réseaux sociaux : annoncé sur Instagram, repris par Facebook, Twitter, etc. Les réseaux et les blogs ont propagé et multiplié la nouvelle de la publication. Le bouche à oreille a fait le reste. Les médias sont hors jeu.
Variante de la stratégie du Blockbuster ? Rare réussite, de plus en plus rare dans le show business de la musique (Adele, Lady Gaga, Timberlake, peut-être). Ce lancement constitue une remise en chantier des stratégies commerciales : binge, lancement instantané, sans préparation visible (no advance marketing), pas de single, pas de RP, de promotion, etc. (comme l'ont fait en 2013 déjà David Bowie pour "My Bloody Valentine mbv" ou Death Grips pour "Government Plates").

Toutefois, attention à l'attribution. Ne perdons pas de vue qu'un tel lancement est porté par un énorme capital de notoriété, par des années de publicité répétée pour fabriquer la marque "Beyoncé". Combien de GRP avant de réussir un lancement sans publicité ? Combien de présence accumulée, calculée et continue sur les réseaux sociaux, de Facebook à Tumblr, d'Instagram à Twitter ? Tout un travail professionnel d'exhibition de la vie privée, (artiste total people) de popularité spontanément calculée ("Beyhive") ? Les contenus eux-mêmes semblent répondre à un calcul d'optimisation mêlant des moments tendres, des moments dénudés (explicit !) et un manifeste féministe avec la romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie ("Flawless"). C'est cela le talent : un calcul tellement réussi qu'il est invisible.


dimanche 18 août 2013

Le sport, limite du modèle économique de la TV

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Les opérateurs de télévision américaine (câble, satellite, telecom) doivent limiter les hausses du prix de l'abonnement au câble et au satellite et maintenir leur marge. Pour cela, ils leur faut réduire le prix payé pour la retransmission des chaînes, et notamment des plus chères, les chaînes sportives. La bataille est constante :
  • Dish Network se fâche avec Disney à propos de ESPN (98 millions d'abonnés) : le contrat expire fin septembre 2013. Dish déclare être prêt à envisager de ne plus retransmettre les chaînes de Disney. ESPN facture 5,71 $ par abonné, par mois (pour deux chaînes, selon SNL Kagan).
  • DirectTV refuse de retransmettre PAC-12 Network, un ensemble de 7 chaînes sportives dont 6 régionales.
  • Fox semble avoir eu du mal a convaincre les opérateurs de retransmettre ses nouvelle chaînes sportive FS1 et FS2 : DirecTV, Time Warner Cable, Dish Network et Bright House Networks se sont finalement mis d'accord. Ensemble, ces opérateurs représentent 50% des abonnés potentiels. FS1 remplace Speed qui coûtait 31 c / abonné / mois, Fox en aurait demandé 80 pour FS1.

  • DirectTV, AT&T (U-verse) et Suddenlink refusent de retransmettre CSN Houston (la chaîne des Astros et des Rockets) qui demande $3,40 $ par abonné, par mois. En revanche, ils proposent de la vendre à la carte, ce que CSN Houston n'accepte pas.
  • Le coût du sport est évoqué dans le désaccord entre Time Warner Cable et CBS (retransmission-consent).
Comme le sport est responsable de la hausse des abonnements ; certains opérateurs voudraient le sortir de la vente groupée en bundle et le vendre à part. Hors bundling, la plupart des chaînes disparaîtraient car elles ne trouveraient ni abonnés ni annonceurs. Quant à ESPN, elle devrait être facturée une trentaine de dollars / mois aux abonnés. Le nombre des "abonnés" diminuant, les revenus publicitaires diminueraient aussi.


Le spectacle sportif représente 50% des coûts de programme payés par les "abonnés" mais 25% des contenus consommés seulement : les contenus sportifs sont donc payés deux fois trop cher, en moyenne (on parle d'un "impôt sport"). Sans cet "impôt", certains abonnements pourraient baisser de moitié pour ceux qui ne consomment pas de sport, d'autres doubler, au moins.
Une partie des téléspectateurs qui s'intéressent peu au spectacle sportif ne veulent plus payer aussi cher et se désabonnent (cord-cutting : près d'un million de foyers au cours des 12 derniers mois) ; les nouvelles générations ne veulent pas d'abonnement (cord-nevers) préférant des modalités commerciales à la carte (iTunes) ou des forfaits non agrégés (Netflix).
Certains agrégateurs comme Verizon (Fios) ou Cablevision (MSO) commence à réclamer de pouvoir payer les chaînes en fonction de leur audience, c'est à dire, pour la plupart, rien.

Avec la critique radicale du bundling, le modèle économique de la télévision est remis en question. Le bundling, c'est à la fois l'agrégation de contenus qui fait les chaînes et l'agrégation de chaînes qui fait les bouquets (forfaits). Pyramide d'agrégations caractéristique de la culture des médias analogiques, déjà mise à mal dans le domaine de la musique et de la presse.
  • La télévision actuelle, issue d'une culture analogique, est une agrégation d'agrégations 
  • La culture numérique donne un accès direct au contenu primaire et peut facturer à l'unité
Certains économistes estiment que la fin du bundling télévisuel (désagrégation liée d'ailleurs à la délinéarisation) se traduirait pour l'industrie télévisuelle américaine par une chute des revenus de 50% tandis que survivraient moins d'une vingtaine de chaînes (au lieu de plusieurs centaines aujourd'hui). Si seul le sport était touché par la désagrégation, la chute des revenus seraient moindre mais importante pour ce secteur des programmes.
Aux consommateurs comme aux annonceurs, la désagrégation apporterait la vérité des consommationset des prix, et la transparence des coûts : on n'achète que ce que l'on désire regarder, et l'on ne regarde que ce que l'on achète. Aurait-on encore besoin de mesure d'audience ?

dimanche 14 juillet 2013

TV connectée. Oui, mais comment ?

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La TV connectée est une espérance des constructeurs de téléviseurs à la recherche de valeur ajoutée pour vendre leurs appareils, de "plus-produits". Ainsi, régulièrement, depuis des décennies, les constructeurs essaient de trouver des améliorations, des extensions aux téléviseurs, des solutions marketing : interactivité, 3D, guide de programmes, intégration de décodeurs, d'enregistreurs, etc.
La télévision connectée ne sera sans doute pas non plus la solution.
C'est la conclusion d'une étude conduite auprès d'utilisateurs, de personnes qui ont acheté un téléviseur connecté et l'ont installé dans leur salon. Beaucoup sont déçues : de leur point de vue, les outils mobiles d'interaction, tablettes et smarphones, sont plus utiles et plus commodes.“Online Video Lead Adopters Bypass the Smart TV with Personal Devices”, le titre de l'étude de Tarin Tulay (Strategy Analytics) est sans appel. N.B. L'étude quali a été menée auprès de 8 personnes qui se sont équipées dès 2010, "early adopters".
C'est également le discours tenu à leurs clients par des forces de vente de la grande distribution spécialisée en France : beaucoup de vendeurs évoquent, voire recommandent, Apple TV, solution simple - ergonomie toujours - et bon marché (en 2012, AppleTV représenterait 56% des outils OTT dans le monde, selon Frost & Sullivan, juillet 2013). L'arrivée de Chromecast (Google), similaire à AppleTV (moins cher, $35 au lieu de $99) pourrait accentuer cette tendance : est-ce la fin de GoogleTV ?
Le smartphone s'avère beaucoup plus smart que la smart TV. Et, les taux d'équipement en appareils mobiles atteignent des seuils qui en feront bientôt des appareils très grand public...

L'échantillon exploité par l'étude est faible pour que l'on aille plus loin dans l'interprétation de ses résultats ; néanmoins, cette étude longitudinale est originale et rare (mais très chère, 2 000 $ : je ne l'ai pas achetée). Elle nous livre une hypothèse explicative qu'il ne faudra pas négliger, notamment lorsqu'il sera question de publicité télévisée, de mesure des audiences et de promotion des programmes.
Par leur simplicité, les services de VOD et de streaming vidéo comme Hulu, iTunes ou Netflix ont de facto dévalué le téléviseur connecté (à tel point que Samsung rachète Boxee). Les appareils mobiles s'installent chaque jour davantage dans le quotidien des foyers.
Quant à l'interaction tellement célébrée, les réseaux sociaux s'y intéressent de près, court-circuitant la télévision connectée auprès des annonceurs.
La télévision sera connectée, c'est probable, mais peut-être pas le téléviseur.
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dimanche 23 juin 2013

TV payante : désabonnements aux Etats-Unis

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Un foyer américain sur cinq n'accède à la télévision que par la transmission terrestre : ni câble, ni satellite, ni télécom, une antenne en râteau sur le toit. De cette voie terrestre, dans certains marchés (New York, Boston, etc.), les émissions peuvent être transférées à bon marché sur supports mobiles (tablette, smartphone, etc.) avec Aereo ou Boxee Cloud DVR.
Le taux de réception exclusivement terrestre est passé, en deux ans, de 14% (2010) à 19,3% (2012). Ce taux est de 41% pour les foyers appartenant à des "minorités", disposant généralement de revenus moindres, il est 28% pour les foyers de personnes de 18-34 ans, selon une récente étude de GfK Media & Entertainment, "The Home Technology Monitor". Notons encore qu'une étude de Harris Interactive pour CouponCabin.com en juin 2013 estime que 45% des Américains considèrent que s'abonner au câble relève du gaspillage ("waste of money").
Les raisons de cette désaffection pour la réception payante sont multiples et se sur-déterminent pour aboutir à une décision de rupture. Question d'économie, d'âge et de génération, sans doute.
Contestation d'un abonnement par forfait (bundle) qui fait payer certains contenus à des abonnés qui n'en veulent pas, et tout particulièrement des contenus sportifs, si onéreux que certains demandent qu'il fasse offre à part.
Sous l'effet exaspérant de la crise économique et du sentiment de ne pas en avoir pour son argent, des foyers coupent l'abonnement : cord-cutting.

D'une part, le passage de la télévision terrestre au numérique a augmenté l'offre de télévision terrestre, télévision  linéaire gratuite.
D'autre part, les chaînes "thématiques" comprises dans le forfait de base, se trouvant de plus en plus encombrées de publicité, ne constituent plus une alternative satisfaisante à la télévision terrestre, elle aussi farcie de publicité (pour les éviter, un opérateur propose un hopper). Au-delà de la télévision terrestre gratuite, la concurrence de supports sans publicité, d'accès commode avec une offre riche est nombreuse : Netflix, Hulu+, iTunes, Amazon Prime, etc.

Le luxe télévisuel n'est plus de disposer, avec le câble ou le satellite, de centaines de chaînes ; c'est plutôt, désormais, de disposer des émissions que l'on veut, quand on veut, où l'on veut, à la demande, à l'unité. Pas trop chère, sans intrusion publicitaire. Maximiser sans contraintes.
Et voici les "cord-nevers" foyers TV qui ne s'abonnent pas et ne s'abonneront peut-être jamais... Sauf à la téléphonie. S'il ne reste qu'un abonnement, ce sera sans doute celui là. Les américains le disent, surtout les plus jeunes : on peut vivre aisément sans téléviseur mais pas sans smartphone.
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dimanche 16 juin 2013

La data mobile, avenir de l'e-mail ?

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On avait prédit la fin inéluctable du mail, au profit du SMS, des messageries et des réseaux sociaux. Déjouant les prédictions, l'usage du courrier électronique (e-mail) continue de croître significativement (+11,6% au premier trimestre 2013). Manifestement, le mobile lui a donné un nouvel élan.
Selon Experian Marketing Services, le mail est à son tour une activité majoritairement mobile, tout comme les réseaux sociaux. On consulte, on ouvre, on classe, on répond, on archive, on recherche depuis un support mobile, tablette ou smartphone. L'archivage total est essentiel avec son classement, son accessibilité et son outil de recherche.
Le courrier est ainsi devenu l'écran le plus consulté (landing page, homescreen), le lieu où se mêlent courriers professionnels et personnels ; l'adresse mail est devenue un identifiant unique permettant de se connecter à un service. De plus, tout utilisateur de Facebook dispose désormais d'une adresse Facebook (du type cvbn@facebook.com). Selon une enquête de Toluna en Grande-Bretagne (1000 personnes, juin 2013), après la voix, l'activité (task) la plus fréquente sur un smartphone est le courrier, devant la photo et les réseaux sociaux, loin devant les jeux, la musique, l'information ou les achats...

Mis à jour le 4 juillet 2013
Les applis organisant la gestion du mail donnent lieu à des surenchères d'ergonomie. Mailbox (Orchestra) racheté en mars 2013 par Dropbox, en est la plus récente et la plus brillante illustration (cf. infra). L'enjeu est tel que Outlook (Microsoft), Gmail, Yahoo! Mail, Apple, chacun y va de sa réforme ergonomique. Yahoo! acquiert le gestionnaire de courrier et de contacts Xobni en juillet.
Reste le lancinant problème du spam : plus de la moitié du courrier reçu est non désiré, encombre, gêne, exige une gestion énervante, coûteuse. Reste aussi les usagers et maldroits et fatigants  : avec l'appli, respecter un savoir-vivre élémentaire, une étiquette est encore plus nécessaire et sensible qu'avec l'ordinateur (cf. l'étude de Sendmail et Myers-Briggs).

Mail payant ou gratuit avec publicité ? La gratuité triomphe, mais elle inquiète. Si le service est "gratuit", c'est parce que nombre de fournisseurs "lisent" les courriers afin de cibler les messages publicitaires qu'ils y affichent afin de collecter quantité de données privées. La demande de data accentue la pression en faveur de la gratuité. Certains rêveurs, toutefois, continuent d'imaginer un service public postal, universel et gratuit, lié à la boîte aux lettres (bal) traditionnelle et à son marketing (cf. le travail du GIE balmétrie : on peut certainement concevoir une mesure hybride du courrier publicitaire).

L'annonce de la mort du courrier était très exagérée. Toujours cette "tentation du prophétisme" qui conduit à raisonner en fonction de ce que l'on croit qui doit être et non de ce qui est observé et que l'on sait. Piège dans lequel s'enferre parfois le journalisme des médias dont le lecteur professionnel attend les oracles ; le cas Meeker semble relever du même piège, tellement séduisant.

L'appli Mailbox dans iTunes

dimanche 5 mai 2013

"sometimes, journalists get stats wrong"

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L'un de mes profs lorsqu'il évoquait une affirmation mal vérifiée, ajoutait souvent, d'un air malicieux, "dans une certaine mesure, qu'il faudrait d'ailleurs mesurer...".
Un quotidien britannique rapporte que le site de Facebook a perdu 10 millions de visiteurs aux Etats-Unis et 2 millions en Grande-Bretagne.
  • La statistique semble ignorer la connexion via l'appli de Facebook, or, comme le notent les auteurs de l'article, les internautes sont nombreux à abandonner leur connection Web pour se connecter à Facebook avec l'appli. Notons encore que l'appli Facebook est la plus téléchargée de l'Apple Store ; Instagram, qui appartient à Facebook, est la troisième (Source : Apple, cf. iTunes).
  • La statistique est issue d'un panel dont la représentativité est difficile à estimer, notamment, par exemple, pour les générations les plus concernées par Facebook, pour les étudiant(e)s américain(e)s (ni "home" ni "work"). Il faudrait pour être plus précis se référer à un audit neutre de la méthodologie du panel.
  • Pour tout clarifier, le quotidien évoque une étude de l'entreprise socialbakers sur l'érosion de l'audience de Facebook. Or cette conclusion est démentie par les auteurs de l'étude qui laissent entendre que les journalistes concernés n'ont peut-être pas tout compris : "sometimes, journalists get stats wrong", ironise Jan Rezab, P-DG de socialbakers, in "Clarification to Guardian’s Wrong Article, Again...".
Conclusion. On ne sait rien. Comme dit Jan Rezab, "The bottom line here is that there is no story". Facebook ne commente pas. Pourquoi le ferait-il ? Cette non-histoire pose le problème de la reprise par les journalistes de statistiques qu'ils ne peuvent vérifier. Info ou intox ?

Mise à jour, 14 juin 2013 : à propos de l'affaire NSA PRISM et du journalisme : Ed Bott "How did mainstream media get the NSA PRISM story so hopelessly wrong?"
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jeudi 28 février 2013

Downton Abbey, série culte ?

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"Dowton Abbey" est une série diffusée sur le network de secteur public américain, PBS. Le dernier épisode de la troisième saison (90 mn) a été regardé par 8,2 millions de téléspectateurs (Live+7), le dimanche 17 février. Derrière CBS ("The Mentalist" et "Amazing Race" réunissaient 9 millions de téléspectateurs), derrière "The Walking Dead" qui rassembla 11,1 millions de téléspectateurs sur AMC, mais devant "Breaking Bad", "Homeland" et "Mad Men"...
Le taux d'audience a doublé de l'année 2 à l'anée 3. "Beaucoup de tweets également à propos de l'émission, y compris pendant le Super Bowl : "Dowton Abbey" serait en passe de devenir une "série culte", que l'on re-regarde, dont on parle, dont on connaît des répliques par coeur, que l'on cite...
Il s'agit d'une co-production de Masterpiece Classic (WGBH, DMA de Boston) et de Carnival (société de production britannique appartenant à NBC Universal / Comcast) ; la série est parrainée par Ralph Lauren et Viking River Cruises.


Sur le site PBS.org, la série compte 3 millions de téléchargements (avec une charge publicitaire inhabituelle : display, 1 pre-roll, 2 mid-rolls). Les épisodes des deux premières saisons sont distribués par Netflix, iTunes, Amazon (sans publicité) et en DVD. Amazon (Prime Instant Video) a acheté l'exclusivité de la saison 3 et pris une option pour la suite.

Mise à jour, 20 décembre 2013 :
Selon Comcast (XFinity On Demand Awards), en 2013, "Dowton Abbey" fut en tête des séries vendues en VOD.

La série met en scène la vie d'une famille de la noblesse anglaise et de ses serviteurs, au début du XXe siècle. Costumes et voitures d'époques, héritages, changement social (la mise en question du statut traditionnel des femmes, du mariage), changements technologiques (on voit arriver l'électricité, la machine à écrire, le téléphone, l'automobile, le tracteur, le grille-pain), résistances aux changements, etc. Une sorte de soap, un quasi-"huis clos" où l'enfer comme le paradis, "c'est les autres". Une ambiance parfois whartonienne... Une langue aristocratique avec une prononciation "distinguée" (upper-class British), très éloignée de l'américain contemporain, ajoute encore du charme à la série.

Plusieurs points remarquables quant au modèle économique. 
  • Le secteur public américain peut faire aussi bien et mieux que les grands networks commerciaux et servir de vecteur pour lancer des séries à portée internationale. On observera que la série est co-produite par une grande station du secteur public et la filiale d'un network commercial.
  • La série précipite la concurrence entre les nouveaux distributeurs de vidéo (OTT) mettant hors jeu les acteurs habituels.
  • D'emblée, la série vise un public mixte, américain (PBS) et anglais (ITV). Le casting s'adapte progressivement à cette ambition (arrivée de Shirley MacLaine en 3ème saison, recrutement en cours d'un acteur afro-américain). Distribution mondiale (en France, sur TMC seulement et en DVD).
  • L'histoire, toujours l'histoire... le Titanic, la grippe espagnole, l'indépendance de l'Irlande, la guerre mondiale 1914-18 et les tranchées... 

mercredi 30 janvier 2013

Soap opera : le retour du refoulé

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Les soap opera ont été écartés de la télévision traditionnelle américaine ; traditionnelle, c'est à dire, networks + linéarité + grand écran + mi-journée (daytime drama). A coûts de production constants, les audiences étaient trop faibles, les recettes publicitaires aussi. Mis à la porte après des années de loyale audience, voilà qu'ils reviennent par les fenêtres de iTunes, Hulu et Hulu Plus. Over The Top donc (OTT), ce qui signifie qu'ils seront regardés sur toutes sortes de supports numériques, à n'importe quelle heure, chacun à sa manière, n'importe où.

Trois possibilités seront sans doute offertes : sur Hulu (téléchargement gratuit avec publicité), sur Hulu Plus (dans le cadre d'un abonnement mensuel de 8 $), sur iTunes (achat pour 1 $ l'épisode ou 30 $ la saison). L'opération de Prospekt Park fait l'objet d'un financement par ABRY Partners (private equity, fonds spécialisé dans les médias).

Ainsi, "All My Children" (ABC / Disney 1970-2011) et "One Life to Live" (ABC / Disney1968-2012) seront de retour avec le printemps. Plus de grille mais un rythme, un rendez-vous. Format 30 mn (retour à la durée d'origine). Evidemment, l'humour des pseudo spécialistes - qui va rarement sans condescendance - s'en donne à coeur joie : les téléspectateurs des soaps ne savent se même pas se servir de Hulu ou de iTunes, etc. Médiocre sociologie, bien trop "spontanée" ! Les soaps, piliers de la culture populaire américaine, sont regardés à plusieurs degrés, les prétentieux insistant sur le second degré pour valider le premier. D'ailleurs, voyez House : le docteur misanthrope de la série (Fox) affiche sa passion pour les soaps. Excellente sociologie des stratégies de distinction ! Il faut de tout pour faire le public d'un soap, des médecins désespérés et des ménagères aussi (sur l'évolution récente des soap de la télévision américaine : lire "Soap opera : et la TV ne tournera plus tout à fait comme avant").
En France, One "One Life to Live" a été diffusé par TF1, "All My Children" aussi ("La Force du destin") mais quelques épisodes seulement. Le groupe y reviendra-t-il aussi par d'autres voies ?

Conclusions provisoires
  • Petit à petit se mettent en place les remplacements de la télévision traditionnelle et la connivence du grand public avec les plateforme numériques
  • Cette distribution est sans doute un test : des aménagements sont probables (modèle économique, format, rythme de mise à disposition, politiques des prix, etc.)
  • Ce sont les contenus qui comptent, pas les chaînes, pas les supports technologiques même si l'on continue de dire "broadcast-quality"
  • Une jurisprudence concernant les problèmes de distribution numérique s'élabore au travers d'accords avec les différentes "guildes"professionnelles : acteurs, réalisateurs et scénaristes, Directors Guild of America, Screen Actors Guild, Writers Guild of America)

lundi 14 janvier 2013

Le marché américain de l'audience française

Copie d'écran de la Lettre de Stratégies du 14 janvier 2013
Trois sociétés américaines dominent le marché français de l'audience Internet telle que l'évalue le panel Nielsen NetRatings avec Médiamétrie : Google (avec YouTube), Facebook et Apple (iTunes). Cf. supra.
  • Comment apprécier la concentration de ce marché ? Concentration qui conduit à celle du marché publicitaire où l'on valorise d'abord la puissance (couverture x fréquence des contacts). 
  • Quel serait le classement des sites actifs sur le marché français effectué selon le volume des contributions fiscales ? Quel serait également le classement établi selon l'utilisation gratuite des infrastructures (réseaux, etc.). Où peut-on se procurer de telles données ?
Nous manquons d'outils techniques et de concepts pour penser et gérer "l'internationalisation" et la "mondialisation" de l'économie de la culture. Nous disposons surtout de dénonciations.
Il s'agit d'énoncer des problèmes généraux de recherche en science politique et en économie de la culture. Ce qui renvoie à la lancinante question de la souveraineté nationale et des pouvoirs régaliens en matière de gestion de l'Internet.
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lundi 8 octobre 2012

Toy R Us dans la vidéo et les tablettes


Toys R Us, le distributeur de jouets, jeux et produits pour enfants, entre à son tour sur le marché américain de la vidéo. Son offre se compose d'un site de streaming et téléchargement pour ordinateur (Toys "R" Us Movies) avec un catalogue de 4 000 films et, à partir de la fin octobre 2012, d'une tablette (Tabeo avec Wi-Fi, vendue exclusivement dans ses magasins, 150 $). Les applis viendront logiquement avec la tablette, et, qui sait, la publicité, et ensuite l'internationalisation ?
  • Pour la technologie, Toys R Us s'appuie sur Rovi. Rovi a la capacité d'intervenir dans trois secteurs : la distribution de vidéo, le guide de programmes pour la sélection des films et séries (fonction de recherche et découverte) et la publicité (monétisation d'un réseau publicitaire multi-plateforme : Rovi Advertising Network). Rovi vise les publics multi-plateforme et la TV connectée. 
  • Pour les contenus, Toys R Us met en place des accords avec des studios (Warner Bros., etc.) pour la diffusion de séries, de films s'adressant à tous les âges de l'enfance, des bébés aux adolescents ainsi qu'à la famille : "Curious George", "Gossip Girl", etc. Les films sont vendus au public pour 2,99$, les séries pour 1,99$. L'enseigne insiste sur la qualité contrôlée de la sélection proposée aux familles (curation).
L'ensemble vise évidemment la clientèle des magasins Toys R Us : des familles avec jeunes enfants (son slogan : "We Love Kids!"), public adepte et virtuose des utilisations multi-plateformes (multiscreentasking).

Quatre tendances de la distribution de la vidéo peuvent être dégagées de cet événement commercial.

L'évolution tous terrains
Les acteurs de la distribution de la vidéo se multiplient ; leur terrain s'élargit aux enseignes de la grande distribution : distribution généraliste et CPG (Vudu  / Walmart) ou distribution spécialisée (Toys R Us), Barnes & Noble (NOOK Video et NOOK Cloud), Amazon (Kindle).
Cette évolution constitue une menace pour les chaînes de télévision traditionnelles. Elle s'ajoute à la menace d'acteurs comme Amazon, iTunes (Apple), Netflix, YouTube... Pour les studios producteurs des contenus, en revanche, cette augmentation de la concurrence constitue une formidable opportunité.

Le statut des supports mobiles
La tablette accompagne la distribution vidéo pour une sorte de "freebie  marketing" (donner le rasoir et marger sur les  lames). L'évolution de la taille des tablettes (plus petites) et des smartphones (plus grands), les capacités de synchronisation en font des supports mobiles commodes pour la vidéo. Hors grands événements, le téléviseur rencontre avec les tablettes une forte concurrence touchant d'abord les moments faibles de l'offre télévisuelle (day time, etc.) et ses cibles les plus volatiles et vulnérables (enfants, adolescents, jeunes adultes).

Le relais du point de vente physique
Le développement du marché de la vidéo online s'appuie sur les magasins traditionnels. Grâce à la commercialisation des tablettes, Walmart, Toys R Us, Barnes & Noble profitent de leurs points de vente comme relais de visibilité, de notoriété et de promotion pour la vidéo. Apple n'est pas très éloigné d'un tel modèle avec iTunes dans les Apple Stores. Et Best Buy (GSS électronique) se lance sur le marché des tablettes avec son Insignia Flex.
N.B. Walmart a cessé de commercialiser les tablettes Kindle d'Amazon (septembre 2012).

Inévitable mondialisation
Walmart, Toys R Us et Apple ont une présence internationale avec leurs magasins. Les tablettes suivent logiquement les magasins, la publicité aussi. Les accords avec les studios, pour l'instant nationaux, peuvent être facilités par une négociation internationale. Restent les législations nationales et la vente nationale des droits pour freiner l'internationalisation complète de ce marché.

La grande distribution et le marché de la vidéo aux Etats-Unis
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mardi 2 octobre 2012

ABC video

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Conférence de Ann Sweeney à propos du marché de la vidéo. Voici, rapporté par The Hollywood Reporter (28 septembre), ce qu'a dit la très puissante présidente de Disney Media Networks et de Disney / ABC Television Group.
  • La vidéo est de plus en plus souvent regardée sur des appareils mobiles, tablettes ou smartphones.  Le mobile est un facteur essentiel du développement du marché de la vidéo. 
  • Sur ces appareils mobiles, 80% de la vidéo regardée transite par des applis ; celles-ci disposent d'un atout primordial, leur simplicité d'utilisation (ergonomie). Il faut donc développer des applis pour les émissions. Et inventer des manières de raconter des histoires (storytelling) correspondant aux capacités étendues des technologies numériques.
  • Les applis qui dominent la distribution des produits ABC / Disney sont celles de Apple (cf. l'accord Disney / iTunes de 2005). YouTube a son utilité également, pour lancer l'audience. 
La marque télévisuelle
Les faits constatés étant rappelés, vient logiquement la question des marques. Il y en a deux : ABC, le network télévisuel, d'une part, et Disney, les studios, d'autre part. Ce sont deux marques distinctes aux yeux des consommateurs. Toutes deux sont "fournisseurs" de contenus (Anne Sweeney préfère l'expression "moteur de contenu", "content engine"). Mais, ce sont des fournisseurs de niveaux différents : Disney est l'un des fournisseurs principaux de ABC, ABC est l'un des distributeurs télévisuels de Disney.

Le network télévisuel
Il faut "recaractériser" le network, reconcevoir sa fonction parce qu'il est bousculé par le numérique ("It - the digital - recharacterizes the whole idea of a television network"). Dès lors se pose la question du rôle de Hulu (dont ABC est l'un des actionnaires), de la VOD, des applis (dont le ABC player) et des nombreux sites des deux marques ABC et Disney. Comment orchestrer les actions des multiples canaux de distribution ?
Chaque vecteur joue son rôle : ainsi, Hulu étend l'audience de ABC, apportant une affinité plus féminine ; la VOD facilite l'exportation (actuellement vers l'Europe du Nord), etc. Il faudrait ajouter, qui ne sont pas mentionnés, Netflix (accord de distribution), les salles de cinéma, etc.

Qu'entendons-nous au coeur de ce discours à l'air improvisé, émaillé d'anecdotes calculées ? L'organisation en network a été importante ; elle doit désormais s'adapter à l'évolution numérique des médias et à leur révolution mobile.
Voici donc annoncée, discrètement, comme en passant, la remise en question de l'organisation commerciale (distribution) de la vidéo. Ce n'est pas une mince affaire, car cettte organisation est depuis plusieurs décennies au principe même du développement de l'audio-visuel américain.
Au bout du compte, mais Anne Sweeney ne l'évoque pas, vient la question de la monétisation, entre paiement direct (VOD) et financement publicitaire auquel il faut apporter de la puissance ciblable (couverture maximisée à n contacts). Quid de la mesure qui permettrait d'optimiser la commercialisation des audiences dispersées sur diverses plateformes synchronisables ? Quid aussi de la chronologie des médias qu'il faut optimiser également ?
Copie d'écran de iTunes (USA) avec des applis ABC, Disney, Hulu ; ABC Dora est au groupe MTV


lundi 17 septembre 2012

iTunes: from Ping to Facebook

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Share with iOS 6: Facebook,
Twitter and Chinese Weibo ( 新浪微博)
Ping, the social network launched by Apple two years ago, closes at the end of September. It "will no longer be available" as the euphemization goes (cf. infra). As a social network for music, all kinds of music, Ping should have succeeded. On paper it was very promising. But it proved disappointing, despite the strong support of iTunes and its million users and music fans.
Why? Probably because of Facebook. Facebook,- more than YouTube, which seems to become more and more a place for broadcast, like radio or TV. For most people, Facebook is the natural place for sharing music with friends. Music is what we share with friends. Music is social, it is often the basic cement of friendship, a first step in sharing feelings and love.

Apple has drawn the conclusion from the Ping experience and will now collaborate with Facebook. Facebook and Twitter (already in iOS 5) will both be fully integrated. From iTunes, you can now share and like directly on Twitter or Facebook. In iOS 6, by the way, the YouTube app is no longer installed by default. All of this sounds like a major ongoing battle, Google (YouTube and Google +) on the one hand, Facebook and Apple on the other.

Why Facebook? Metcalfe's law, the network effect, incites merging,... The barrier to entry for new social networks is now very high. The only place left is for specialized social networks: music, sport, photos, health, wine, cooking, video games... and professional sites  (including LinkedIn, Viadeo, ...). And, except for professional reasons (or hobbies), you probably only use one single network. Facebook is becoming a total, one-stop networking experience: localization (check in), friending, communication, shopping...
N.B. It should be noted that, in Russia, Rutube, the so-called Russian YouTube, links up with Facebook.

Specialized social networks for musicians are plenty. Most of them are like marketplaces where people look for jobs and promotion in the music industry. Examples include: Fandalism ("Use Fandalism to show your playing and meet other musicians"); Dilettante, a social network for classical music, did not last long (January 2008 - December 2010); Pitchfolio, "the Worldwide Contact Point and Job Noticeboard for the Classical Music Profession"; Socialnetworkformusicians ("Assert your presence on social networking sites to generate sales AND expand your fanbase!"), etc. These specialized social networks all refer back to Facebook as a meta social network.

There are obviously two kinds, two levels, of social networking: those which strive to be universal and those which are specialized. In the long run, which category will Pinterest, FourSquare, Instagram, Yelp, etc. belong to?

Sceenshot of iTunes (September 2012)

lundi 20 août 2012

Video : pas de Mega-Mediathek online en Allemagne

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Le tribunal de Düsseldorf (Oberlandesgericht) rejette le projet de plateforme online (Mega-Mediathek) envisagé conjointement par les deux groupes de télévision commerciale privés allemands, RTL et ProSiebenSat.1. Le modèle économique prévu pour cette plateforme était de type publicitaire.
On en a rapproché le principe de Hulu qui, aux Etats-Unis, associe plusieurs groupes de télévision commerciale pour réaliser un service mixte (gratuit et payant), diffusé sur le Web (Hulu est contrôlé par News Corp, Disney et Comcast/NBC Universal ; son modèle économique est fragile). Le projet prévoyait d'ouvrir la plateforme aux concurrents de langue allemande, privés ou publics, de RTL et ProSiebenSat.1.
Le tribunal confirme une décision précédente prise par le "Conseil de la concurrence" (Bundeskartellamt, mars 2011) pour limiter la concentration du marché publicitaire allemand ; le président de ce Conseil déclare qu'il s'agit de donner un signal important en matière de concurrence publicitaire dans le secteur des nouveaux médias ("wichtiges Signal für den Wettbewerbsschutz im Bereich der neuen Medien") en limitant leur part du marché publicitaire dans la vidéo.
  • Cet arrêt jette un doute sur la capacité laissée à des groupes européens d'atteindre une taille leur permettant de résister à des concurrents non européens puissants et d'intervenir sur les marchés internationaux. Un tel arrêt, pris pour maintenir la concurrence entre groupes allemands, ne facilite-t-il pas la concurrence de groupes vidéo étrangers (Google-YouTube, Amazon, Netflix, iTunes, etc.) ?
  • Quel périmètre du marché publicitaire prendre en compte pour juger de la concentration (par exemple, quid des revenus Web du display, du search) ?
  • A quoi riment encore, dans ces domaines, des décisions nationales, calculées sur des revenus publicitaires nationaux, alors que tous les grands acteurs en sont internationaux ? La question primordiale n'est-elle pas plutôt celle du maintien et du développement d'une industrie de programmes européenne de puissance mondiale ?
N.B.
  • Les deux groupes de radio-télévision publique (ARD, ZDF) ont soumis un projet équivalent ("Germany's Gold") à l'examen du conseil de la concurrence.
  • En Chine, Youku (优酷) et Tudou (土豆), les deux plus importantes entreprises de video fusionnent ; ensemble, leur part de marché est de 35,5% du chiffre d'affaires total de la vidéo en Chine. L'objectif déclaré est la réduction des coûts (Source : Analysys International). Les deux sociétés sont cotées à New York.
  • Des projets du même type que Hulu se mettent en place en Belgique, tel Rumble avec VRT, VMMa et SBS Belgium.

mercredi 8 août 2012

Censure sur le Web ?

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La une de l'hebdomadaire allemand Die Zeit est souvent un événement politique en Europe. Qu'elle titre sur la censure du Web par quatre oligopoles culturels américains (Amazon, Apple, Facebook et Google) retient l'attention.
Le succès américain puis inégalement mondial de ces quatre entreprises déclenche des vagues de critiques et d'inquiétudes, plus ou moins honnêtes, plus ou moins intéressées, mais indéniables. L'idée d'impérialisme culturel revient dans l'air du temps.

La dialectique classique de l'argent et de la morale, de la gestion et de l'innovation s'est penchée sur le Web dès sa naissance. Des entreprises promettaient le bien universel, le partage de toutes les informations, l'accès libre à la culture pour tous. Avant d'entrer en bourse, elles prétendaient savoir concilier vertu et profit : "You can make money without doing evil", proclamait le Google des débuts ; "We don’t build services to make money; we make money to build better services" déclare Mark Zuckerberg à ses futurs actionnaires).

Amazon, Apple, Facebook et Google, devenues politiquement et économiquement très puissantes (cf. leur lobbying) et pluri-nationales, sont soupçonnées d'interventions dans la culture quotidienne. On pourrait d'ailleurs ajouter Twitter et Yahoo! à la liste, et bien d'autres encore.
  • L'accusation de censure est à prendre au sérieux. Ces entreprises contrôlent de diverses manières l'accès à l'information politique et à la culture (gate keepers). Le dossier évoque plusieurs cas de censure : photos d'hommes ou de femmes bloquées par Facebook, y compris dans un article de Die Zeit (cf. l'article du rédacteur en chef, "Auf einmal weg"), censure effectuée au nom de Community Standards discutables, chansons censurées, applis politiques censurées sous prétextes de diffamation, oeuvres d'art masquées, filtrage politique des recherches en fonction des exigences des régimes politique en place mais, plus encore, filtrage par les moteurs de recherche en fonction de l'activité passée de l'internaute, de sa situation actuelle (dont géographique). Moteurs de recherche qui au lieu de bouleverser, de provoquer tendent un miroir conservateur à celle / celui qui cherche : moteurs de conformisme. Compromissions politiques, pruderie, exploitation des données collectées sur le Web sans que les utilisateurs en aient connaissance et aient donné, sciemment, leur accord : la réputation de ces grandes société est altérée, entraînant dans leur sillage l'image et la réputation du Web.
Die Zeit. Copies d'écran de sa version iPad
Notons quand même que les médias traditionnels qui dénoncent les quatre sheriffs n'ont pas manqué de s'illustrer à l'occasion dans la censure et la connivence avec les pouvoirs, politiques, financiers et religieux. Et ils continuent.
Notons également que Die Zeit est client des entreprises dénoncées, que l'hebdomadaire est distribué par Amazon (Kindle Edition) et par Apple, que Die Zeit est également présent sur Facebook. Incohérence ? C'est que cela n'est pas si simple : le Web et le numérique constituent une formidable possibilité d'expansion des libertés de penser auquel un média ne peut renoncer ; la censure constitue un "dommage collatéral" qui, si elles n'y prennent garde, peut à terme ruiner ces entreprises et compromettre le Web tout entier.

Le Web, rappelle un journaliste, devait être un lieu de liberté. La censure semble y prendre pied ; parfois même, elle règne déjà risquant de transformer le Web en un "Disneyland autoritaire". Real Politik ? A moins que ne se lève un mouvement de protestation, qui semble tarder : "pourquoi ne protestez-vous pas ?" ("Warum protestiert ihr nicht?"), demande le romancier Benjamin Stein redoutant que les citoyens abdiquent leurs responsabilités et se laissent aller, naïfs, au totalitarisme. Comment résister aux sirènes des oligopoles de la pensée, s'interroge-t-il ? De l'Etat, dit-il, on peut attendre les Lumières (Aufklärung) : l'éducation et la publicité de l'information (accès public à l'information. cf. Espace public et publicité) ; pour le reste, cela relève plus de la responsabilité individuelle que des lois.


mardi 7 août 2012

La découverte de la musique par les Américains

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Les américains découvrent des musiques grâce à la radio (43%). Les recommandations d'amis comptent pour 13%, les réseaux sociaux (c'est à dire Facebook ?) pour 10%, YouTube pour 8% : ce sont les données résultant d'une enquête par questionnaires en ligne (3 000 répondants, Nielsen Music 360 Study).
Préférences d'écoute des Américains pour la musique.
"Radio" inclut la radio par satellite (SiriusXM).
Source : Nielsen Music 360
Pour écouter la musique, YouTube est utilisé par les moins de 18 ans tandis que les adultes utilisent encore majoritairement les CD, voire les cassettes. Globalement, l'écoute provient, dans l'ordre de préférence, de la radio, des CD, de YouTube et de Pandora (cf. Tableau ci-dessous) : c'est iTunes (Apple) qui sépare le plus les 13-17 ans des plus de 18 ans. Mais, la division est-elle placée à l'âge le plus pertinent ; est-ce la variable la plus discriminante : quid du diplôme ? Dans le prochain iPhone, l'appli YouTube ne sera plus présente par défaut.

Les possesseurs de smartphone disposent d'une appli pour la musique (53%), d'une appli pour la radio (44%) et d'une appli pour une boutique vendant de la musique (28%).
Ce sont les 18-34 ans qui fréquentent les concerts ; les plus jeunes d'entre eux y achètent des T-shirts et des posters.

Ces informations rapportées par la presse américaine (USAToday, The Wall Street Journal), ne distinguent pas selon les genres musicaux (variétés, jazz, classique) et selon les formats d'antenne. Par ailleurs, à la différence des enquêtes menées, en France, par le Ministère de la culture (Pratiques culturelles des français à l'ère numérique), on s'en tient à la consommation musicale, à l'écoute, à l'achat. La pratique musicale (instruments, chant), l'éducation musicale sont-elles trop rares pour être appréhendables par un échantillon si petit ? L'interrogation réduit la musique au commerce, à "la société du spectacle". Evidemment, on ne peut compter sur une enquête déclarative pour évaluer l'importance des pratiques dites "illégales" de téléchargement ; ainsi, beaucoup d'internautes écoutent de la musique sur YouTube pour l'enregister et l'utiliser ensuite avec iTunes (iPod, iPhone, iPad) : à quelle catégorie affecter cette pratique ?

Les enquêtes contribuent par la structure et les termes de leur questionnement à l'inculcation de l'image des phénomènes qu'elles étudient. L'enquête quanti est facteur de simplification.
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