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lundi 7 décembre 2015

ESPN : la situation de la TV sportive se dégrade-t-elle ?


Il y a près de 40 ans, en 1979, ESPN fut une start-up, ESP-TV. Son projet reposait sur trois idées originales, innovantes : la première, réaliser une chaîne de télévision consacrée uniquement aux sports (avant même que CNN ne lance l'information TV en continu) ; la deuxième idée fut de recourir au satellite pour la diffusion nationale de cette chaîne ; la  troisième fut de faire payer les opérateurs du câble (à l'époque, 10 cents par abonné, par mois). Pour la télévision, ESPN fut donc à la fois une révolution dans la programmation, une révolution dans la distribution, une révolution dans le modèle économique.
Le succès ne fut pas immédiat et, comme pour beaucoup de start-ups, l'histoire de ESPN est marquée par des investissements manqués. Ce furent d'abord T. Turner puis Time Warner (malgré l'avis positif de son magazine sportif, Sports Illustrated) qui déclinèrent l'invitation à investir. Le premier investisseur avec 85 % du capital, fut étranger aux médias et à la publicité : Getty Oil (pétrole) en 1979 (laissant 15% aux fondateurs). En 1982, le network ABC prit 10% et une option pour 39%. En 1984, Texaco (qui a racheté Getty Oil) revend ESPN à ABC (80%) et Nabisco (annonceur de la grande consommation, 20%, qui seront rachetés par Hearst en 1990). Cécité par trop prudente de médias qui n'aiment pas prendre de risques.
ESPN The Magazine, lancé en 1998

8 ans après son lancement, en1987, ESPN était à l'équilibre. Depuis lors, la chaîne a poursuivi son développement sans trop d'encombres, conjuguant diversification (ESPN2, radio, magazine, ESPNews, MVNO, etc.) et internationalisation pour devenir bientôt "Worldwide Leader in Sports", selon son propre slogan. Dès 1995, toujours innovant, ESPN met en place une stratégie Internet offensive.
ESPN est ainsi devenue la première chaîne auprès des MVPD, la plus chère et la plus puissante, la plus indispensable pour les téléspectateurs : comptant près de 100 millions d'abonnés, la chaîne est facturée plus de 6 dollars par abonné, par mois.

Mais le modèle si remarquable semble se gripper : le groupe Disney (qui a racheté ESPN en même temps qu'il prenait le contrôle du network ABC, en 1995) doit annoncer aux actionnaires, en décembre 2015 que, au cours des deux dernières années, ESPN a perdu 7 millions d'abonnés. Or ESPN est la première source de profit du groupe Disney (près de 45 %). ESPN avait déjà annoncé en octobre 300 licenciements (ESPN compte 8 000 employés).

Que s'est-il passé ?
La première hypothèse explicative avancée est celle de la réticence croissante des foyers américains à prendre des abonnements groupés (bundling), jugés trop chers. Cord-cutting + cord-nevers constituent un phénomène général, en partie lié à l'augmentation du montant des droits sportifs auquel le groupe ESPN doit faire face (du fait, entre autres de la concurrence de Fox et de Comcast) et qu'il repasse à ses abonnés. De plus, les coûts de production du direct ne cessent d'augmenter. L'audience de l'émission emblématique, SportsCenter (lancée en 1979), baisse suite au départ de plusieurs journalistes phares.

La plupart des chaînes thématiques subissent une érosion semblable de leur portefeuille d'abonnés.
Pas d'explication par Netflix dans le cas de ESPN qui a déclaré ne pas envisager de diffuser de sport ! Toutefois,  il est probable que la chaîne amène les foyers américains à réfléchir et revoir leur abonnement groupé lorsqu'ils paient 10 $ par mois pour une offre considérable de divertissement : en comparaison, l'abonnement au câble leur paraît très cher.

Chaîne sans data
ESPN n'est pas distribué en OTT : la chaîne ne connaît donc pas ses télépectateurs, leurs comportments et leurs goûts : ce sont les MVPD, petits ou grands qui les connaissent pour l'instant. Data indispensables pour personnaliser et recommander les contenus (programmes et publicité) et construire une DMP efficace. Le passage en diffusion OTT, envisagé, supposerait que la chaîne soit vendue au moins 30 $ par mois pour garder le même niveau de profit qu'avec le modèle actuel, soit trois fois plus que l'abonnement mensuel à Netflix. C'est beaucoup... Mais surtout cela sonnerait la fin de la vente groupée de chaînes.

Si le changement paraît "inévitable" selon Disney, il est encore difficile d'en imaginer les conditions et la chronologie (du fait des contrats en cours, récemment renouvelés, avec les opérateurs MVPD et avec les fédérations sportives). Le nouveau modèle économique du sport télévisé n'est pas encore imaginé. Quel prix les téléspectateurs sont-ils prêts à payer le sport ?
Etant donnée l'importance du modèle ESPN pour la télévision sportive, son évolution prochaîne devra être suivie de près.
Le succès passé et présent de ESPN semble fonctionner comme un obstacle à l'innovation indispensable pour affronter les nouveaux marché de la télévision, ESPN n'a guère modifié son modèle économique depuis son lancement ; il l'a amélioré, pour faire mieux et beaucoup plus de la même chose, tout en conservant un même paradigme (cf. Thomas Kuhn, 1962). Que doit faire une entreprise lorsqu'elle est prise dans une disruption ?

samedi 10 janvier 2015

OTT everywhere. A TV paradigm shift?


American television goes over-the-top (OTT). Streaming, broadband, stand-alone, OTT, vMVPD: are we seeing the beginning of a TV paradigm shift?

Streaming started for TV with Netflix, Amazon and Hulu around 2006-2008. A few years later, as OTT flourishes, Netflix boasts over 43 million subscribers, more than HBO. Now, traditional media launch their own OTT service. Among them:
  • CBS All Access, a paid subscription channel ($6/month with commercials, $10 without), on-demand. Sort of catch-up TV. All kinds of its programs with a few notable exceptions: NFL or "The Big Bang Theory". CBS will use its Syncbak server. Each CBS station will be equipped with it. Generally speaking, CBS affiliated stations approve CBS All Access. Note that since it is not part of Hulu, CBS was free to develop CBS All Access. In retrospect, it also explains the determination to destroy Aereo. In July 2015, CBS All Access reaches 75% of U.S. TV homes. In August 2017, CBS All Access adds CBSN. In 2018, CBS All Access will be available ad-free via Amazon Channels (Amazon Prime subscribers).
  • CBS News
  • HBO Now launched a stand-alone OTT service, like Netflix. It is not necessary to buy packages to watch HBO (included in premium bundles) as a Web streaming-only service. No need for a pay-tv subscription. HBO is expecting 10 million subscribers. HBO costs $16 a month while Netflix is sold for $9 (in the USA). HBO Now $14,99 per month (via iTunes Store)
  • Showtime (CBS Group): the President says Showtime is "prepared for an OTT World" (Showtime's OTT service to debut in July 2015, $10.99).
  • Dish Network launched its OTT service in February 2015, Sling TV streaming 19 channels for $20 (600,000 subscribers, February 2016)
  • ESPN will create a stand-alone service with NBA
  • For Starz, "going OTT is a no-brainer for content owners". Launched in April 2016 ($8,99).
  • In December 2014, DirecTV launched YaVeo, a service for Spanish-language programming ($8), including programs from Univision, Caracol, etc. YaVeo was closed in December 2015.
  • Nickelodeon (Viacom) launched Noggin, an OTT channel dedicated to children using mobile in 2015 ($6)
  • Major League Soccer will go OTT in 2015 too
  • Urban Movie Channel (UMC) launched in February 2015
  • Watchable by Comcast (beta version, September 2015)
  • Cox Flare MeTV (November 2015), Flare Kids
  • CuriosityStream, non-fiction programming, 2015
  • Verizon Communications: Go90, free to start with (October 2015)
  • Smithsonian Earth, $3,99 (November 2015)
  • Univision Now (Univision, UniMas), $5,99, launched in November 2015
  • SeeSo, comedy channel, launched by NBCU (January 2016), closed in 2017
  • FilmStruck, streaming service, announced by Turner (April 2016, Time Warner)
  • PlayStation Vue, launched by Sony in March 2015 (120 000 subscribers in June 2016). Cloud DVR.
  • Hulu: slimmed-down bundle (planned Q1 2017)
  • DirecTV Now (with AT&T, planned March 2017)
  • Glosi ($9,99): Hispanic multiscreen service with Cox (2017 ?) 
  • Fox Nation will be launched in 2018 (fourth quarter)
A new TV paradigm? What are the implications? For the time being, the development and generalization of OTT television pose many questions.
  • HBO and Showtime going OTT could interfere with MVPDs (Multiple Video Programming Distributors) like DirecTV and MSOs, which sell HBO or Showtime as a flagship product in a bundle, a mix of programs. Is there a risk of cannibalization?
    • Could OTT increase the propensity to leave bundling, raising the number of cord-cutters or cord-nevers? Will MVPDs sell the streaming service too? What are the consequences on MVPDs and their bundle economy? Is this the beginning of the end for MVPDs?
    •  
    • Would OTT become just another way to sell TV programs, as CBS says? A "supplementary offering" to reach broadband-only homes (cord-free)? 
    • How about Net neutrality? The FCC will vote on new rules. Netflix is criticizing the Republican "fast lane" proposition, calling it a "misconception", but the FCC wonders if Netflix is not building or testing its own "fast lane".
    • What about advertising? OTT channels do not carry commercials. But this could change... Could free OTT with advertising make sense?
    • How will commercial measurement keep up with these new platform developments? 
    • In the long run, will every network develop its own OTT(s)?
    Screenshot of http://www.cbs.com/all-access/

    dimanche 17 février 2013

    Le présent de l'avenir du Web selon comScore

    .
    U.S. Digital Future in Focus. 2013. Key Insights from 2012 and what they mean for the coming years, (février 2013). Qu'est-ce qui ressort de cette publication synthétique, qu'est-ce qu'elle infirme ou confirme ?
    • Le déclin de l'ordinateur comme mode d'accès au Web. Son domaine se cantonne de plus en plus au travail (c'est le monde du Pack Office) tandis que s'étendent les domaines des supports mobiles, extensions gagnées grâce aux performances, aux ergonomies mais aussi grâce à la progression du Wi-Fi. Un tiers du temps consacré au Web l'est sur des supports mobiles, la majorité passant par des applis. Le commerce électronique via mobiles (M-Commerce) représente déjà 11% du C.A. du e-commerce. Dans cette perspective, l'expression "multi-plateforme", transitoire, contribue à dissimuler (avantageusement) le changement en cours, le temps de l'adaptation.
    • Le début de l'érosion des modalités traditionnelles de recherche. Le nombre des recherches effectuées avec des moteurs de recherche tend à diminuer et, surtout, le nombre de recherches par internaute diminue. Un nombre croissant de recherches est réalisé sur des sites tels que Facebook, Amazon, eBay, leboncoin, annuaires, catalogues, etc. Le "Vertical search", recherches effectuées au sein d'un sous-ensemble du Web, sous-ensemble délimité voire fermé, comme un "new walled garden", serait en augmentation. Le Graph Search de Facebook est symptomatique. 
    • L'explication de ces changements se trouve peut-être tout simplement du côté du mobile et de ses innombrables applis qui parcellisent le Web et personnalisent chaque appareil. Les supports mobiles rendent chaque jour le moteur de recherche moins indispensable. L'explication tient aussi à la meilleure maîtrise du Web et de ses fonctionnalités développée par des internautes de plus en plus habiles à inventer des usages.
    • En somme, le data marketing, ce sera d'abord des données issues d'activités observées sur mobile avec ce qu'elles comportent d'information géographique, historique, commerciale, d'intentions, etc. Big data enrichie en continu.
    Le rapport de comScore lézarde l'image d'un Internet établi, qui a maintenant une quinzaine d'années. Cet Internet dont le credo est inculqué et récité par le marché publicitaire connaît ses premières transformations. Dans une publications précédente, comScore parle de "post-PC paradigm" (Brave New Digital World, décembre 2012). Il s'agit plutôt, selon les termes fameux de Thomas S. Kuhn, d'un changement dans le cadre du paradigme numérique plutôt que d'une révolution accouchant d'un nouveau paradigme. Les techniques de monétisation programmées (programmatic buying) amplifieront le retentissement de ce changement jusqu'aux mutations inéluctables du marché de l'emploi.

    vendredi 7 août 2009

    Points de vente pour la presse gratuite


    Non seulement des gratuits de toutes sortes (information, consumer magazines, B2B, etc.) éclosent dans tous les catégories de presse mais ils ont aussi de plus en plus souvent leurs propres points de distribution collective : restaurants, boulangeries, épiceries, centres commerciaux, grande surface spécialisée... Avec leurs présentoirs. Sans parler des distributions aux sorties de métro...
    Cf. Ci-contre, un présentoir dans un restaurant Lina's (Paris) avec des titres consacrés à l'automobile, à l'économie, à la BD, à l'immobilier de luxe, à la finance et, bien sûr, un hors-série anniversaire du magazine de Lina's.
    Au-dessous, gratuits (free publications) dans un multiplexe américain, Regal (Miami).

    Difficile de ne pas y lire une défaillance de la presse. Quelle défaillance ? Bloquée dans des habitudes professionnelles surannées, cimentées dans le manichéisme d'un paradigme ancien, la distribution de la presse est lente à digérer les changements de mode de vie (aménagement du territoire, emplois du temps, commerce, etc.) et ne les incorpore qu'en rechignant, bricolant à la marge un modèle sacralisé.
    Le passé de la presse étouffe ses avenirs. Défaillance nécessaire d'un vieux média donc, défaillance positive, seule à même de fonder les places et les fonctions actuelles de la presse.

    La fonction d'information et de divertissement de la presse semble à reconfigurer : les modes de distribution, la division du travail entre payant et gratuit, entre numérique et papier sont à recomposer, à réorchestrer : protéger des métiers anciens n'aide en rien. Le papier et le payant ne constituent qu'un cas particulier d'un modèle plus large ; plutôt considérer cette transformation en termes d'englobement qu'en termes d'antagonismes.
    Ni le payant ni le papier ne sont condamnés. Leur place, leurs rôles sont à inventer dans un concert inouï de médias et de besoins d'information. C'est le marché qui se charge de l'innovation et de l'entrée dans le nouveau paradigme, à coup d'innovations limitées, heureuses et malheureuses. D'où l'importance d'un marché ouvert, flexible, clair qu'encourage la Loi Bichet.

    N.B.  Depuis le début de l'année 2009, en un semestre, plus de 360 nouveaux titres (dont 10% de gratuits), et deux fois plus de hors-série. Sans compter les sites correspondants. (Source : Base Presse MM). Signe d'un média créatif.