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samedi 3 février 2018

Les mois de la presse : saisons, événements



Cette statistique des nouveautés presse papier porte sur plus de 38 500 nouveaux titres publiés en France (sont pris en compte les titres en circulation depuis 1990 ; les hors-série ne sont pris en compte que depuis 2003). Elle inclut toutes les périodicités, tous les titres, payants ou gratuits ; seules en sont exclues - et c'est peut-être dommage - les très nombreuses publications consacrées aux jeux (mots croisés ou fléchés, sudoku, scrabble, etc.).

Octobre l'emporte : c'est la rentrée dans une nouvelle année (scolarité, emploi, politique, prix littéraires, etc.). Vendémiaire, était le premier mois du calendrier républicain. Mois des vendanges, et des "marronniers" aussi ! La presse enfants et celle de la décoration, la presse de la cuisine également préparent dès octobre les fêtes de fin d'année. C'est aussi le mois de la chasse, des champignons, des nouveaux modèles automobiles (salons, guides d'achat)...
Juin, mois de transition, est également un mois favorable à la presse, avec beaucoup de hors-série, comme juillet : sans doute, est-ce l'effet de spectacles sportifs de masse, des périodes d'examen (le bac, ses sujets, ses corrigés !), de la proximité des grandes vacances d'été, des plages ensoleillées (presse pour enfants, invitation au voyage, beauté-mode, etc.) ? Célébration et préparation de l'été à venir sont à la une des magazines : "Envies d'été" (Grazia, juin 2018), "Le meilleur de l'été" (Esprit d'ici, hors-série, juin 2018), "Je perds 3 kg avant l'été !" (Top Santé, juin 2018), "On mange dehors" (Modes & Travaux, juin 2018), "Nos plus beaux jardins d'été" (Mon Jardin & ma maison, hors-série, juin 2018), "6 histoires à lire tout l'été" propose Les belles histoires (hors-série, Bayard) aux parents de jeunes enfants...
Août, en revanche, n'est pas favorable aux lancements : fermeture de nombreux points de ventes, faible actualité prévue... Mai est un mois relativement faible également : sans doute en raison des nombreuses fêtes (1er mai, 8 mai, Ascension, Pentecôte, Fête des mères) et des ponts qui les accompagnent souvent.

Pour les innovations en presse, ce sont les événements prévisibles, réguliers qui comptent surtout, (salons, prix, rentrées, fêtes, saisons, anniversaires). Ainsi, 2018 verra fêter le centenaire de la fin de la Première guerre mondiale (Clémenceau), le cinquantenaire de 1968 (assassinats de Martin Luther King, de J.F. Kennedy, Mai 68 en France), le 200ème anniversaire de la naissance de Karl Marx, le vingtième anniversaire de la victoire française lors de la Coupe du monde de football, le quarantième anniversaire de la mort de Claude François... Les anniversaires peuplent ainsi régulièrement la thématique "histoire". Forcément, l'imprévisible est traité après qu'il ait eu lieu (hors série pour célébrer des célébrités récemment décédées, des victoires sportives, etc.).
Seuls les médias audio-visuels et le Web peuvent traiter l'événement en temps réel. Reste à la presse la possibilité de créer ses propres événements : le Tour de France (lancé par Le Vélo puis L'auto, 1903), suivi du Giro en Italie (lancé par La Gazzetta dello Sport, 1909), la Fête de l'Humanité (1930), le Critérium du Dauphiné Libéré (1947), le cross du Figaro (1961), le Festival Historia (février 2018), les festivals estivaux musicaux de Nice-Matin (Les Aoutiennes, Lunallena)... Certains événements durent depuis plus d'un siècle et sont devenus des institutions nationales, d'autres n'ont vécu que quelques décennies. La plupart sont des événements ponctuels et relèvent d'une stratégie promotionnelle (cf. le cas du Financial Times selon Ian Burrell).

La presse dans MediaMediorum, entre autres :

vendredi 8 juin 2012

La France heureuse 1945-1975

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Historia, Paris Match, 1945-1975 Les trente glorieuses. La France heureuse, Hors-séries, 130 p., 8,9 €

La France a changé. Les années que nous vivons n'ont plus cet air de bonheur d'autrefois, et elles ne sont pas glorieuses, assurément. Deux titres réalisent en commun un Hors-Série d'histoire contemporaine, magazine musée, album de photos souvenirs. Nostalgie d'une France qui semblait prospère et heureuse !

Dans un format BD avec couverture cartonnée, l'ouvrage suit le canevas de l'ouvrage de Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses ou la révolution invisible publié en 1979. Le fil historique est interrompu par des flash-backs d'histoire plus ancienne, en contre-point.
Cette histoire est d'abord celle de la croissance et du progrès technique, celle d'une France sans chômage (1% en 1955) dans laquelle se développe une société dite de consommation : automobile, tourisme, transistor, téléviseur, 45 et 33 tours, électro-ménager et, pour accompagner et faire vendre ces produits, la publicité commerciale : à la radio, sur des murs, dans la presse mais pas à la télévision.

Dans cette société, l'économie suscite une classe de cadres et des classes moyennes (futurs CSP+ du médiaplanning), et, pour les former, ouvre les portes des lycées et des universités. Nouvelle démographie scolaire et universitaire, sans laquelle le printemps de 1968 aurait été comme les autres.
La plupart des événements de ces trente années portent en germe les problèmes d'aujourdh'ui : le "poids de l'immigration" (p. 128), les ghettos en banlieues, la dépendance pétrolière, la construction de l'Europe, l'Etat providence (allocations familiales, sécurité sociale), le salaire minimum (SMIG), etc.
Trente année pour changer les moeurs : la pilule (merci De Gaulle) et le planning familial. Le mouvement de libération de la vie des femmes s'accentue, sexualité, accès à tous les emplois : la première femme est admise à l'Ecole Polytechnique en 1972, mais les femmes restent sous-payées (p. 53).
  • Cette "glorieuse" histoire est aussi celle des médias : la radio-télévision d'Etat (ORTF) et son ministre de l'information, les magazines féminins, la radio devenue portable, "périphérique" et commerciale, Salut Les Copains et ses "idoles" sur Europe 1 avec un magazine people qui diffusera plus d'un million d'exemplaires à des adolescents (on importe pour la reconstruire à la française la notion de teenager), les films, le show biz et leurs people pour peupler les magazines (dont Paris Match et Lui). Oubliées, hélas ! semble-t-il, L'Huma Dimanche (1948, plus d'un million d'exemplaires) et sa fameuse Fête annuelle...
  • Sous-estimée l'hégémonie culturelle et politique du Parti communiste qui domine tous les débats de cette période. 
  • Trop peu sur la douleur des Pieds Noirs rapatriés, sur les harkis abandonnés, sur l'incroyable impéritie de l'administration française. Plaie longtemps non refermée de la (dé)colonisation ; l'est-elle ?
  • Trop peu, comme disait Camus, sur l'école laïque et l'intégration réussie des immigrés italiens, polonais, espagnols, portugais.
  • De drôles de concepts ont été forgés pour célébrer et décrire l'euphorie, inégalement répartie, des Trente Glorieuses : culture de masse, mass média, temps libre, niveau de vie, civilisation des loisirs, société de consommation... Sciences sociales ou journalisme ?
La critique est facile ! Les auteurs ont néanmoins réussi un tour de force en juxtaposant, sans donner de leçons, les moments de cette époque qui est celle de la jeunesse de beaucoup des Français d'aujourd'hui. Des mots, des statistiques bien distillées, et des photos, encore des photos, qui ne choquent plus. L'ensemble est agréable à feuilleter et riche en informations. Bien sûr, on aurait pu effectuer d'autres choix : le football, Fausto Coppi, la culture ouvrière, les grandes grèves, l'exode rural, les HLM, l'armée et le service militaire... Cette publication souligne l'intérêt constant des Français pour leur histoire, intérêt encore mal expliqué. La plupart des titres d'histoire présents dans les kiosques sont consacrés aux guerres et aux grands personnages ; cette incursion dans l'histoire sociale de Paris Match avec Historia me paraît une première réussie (Historia a d'autres collaborations pour des Hors Série, par exemple avec Le Point pour un numéro sur "Les derniers secrets de Versailles") ; Historia a déjà publié des Hors Série sur "Les années 60".

Un peu avant Fourastié et ses "Trente Glorieuses", en 1973, Alain Peyrefitte publie un essai qui retentit aujourd'hui comme un avertissement lucide, Quand la Chine s'éveillera... le monde tremblera, puis, en 1976, un livre à la résonance clinique, Le Mal français. Mal chronique ! Une France moins heureuse entre en scène, désillusionnée : endettement, chômage, dépendance énergétique, balance commerciale déséquilibrée, échec scolaire, communautarismes, violences urbaines...
Quarante ans plus tard, des média numériques prennent le pas sur les médias des "trente glorieuses", désillusionnés, eux aussi.
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